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CAROLINES — CAROLINGIENS

leraent comme avides, soupçonneux et cruels, bien que quelques voyageurs aient loué leur douceur. On a découvert en 1873 dans l'île de Ponapi des tables sculptées et gravées assez curieuses. Le Musée ethnographique de Berlin contient un assez grand nombre d'objets provenant des Carolines (colliers faits avec des coquillages ou des noix de cocos, fétiches de la secte de Duc-Duc, lances, fuseaux, pirogues, etc.).

Histoire. — Les îles Carolines furent successivement découvertes, le 22 août 1526 par le navigateur espagnol Toribio Alonzo de Salazar, à la tête de l'expédition qui avait eu pour chefs Loaysa, puis Sébastian del Cano ; entre 1526 et 1528, par le Portugais Diogo da Rocha ; et en 1528, par Alvaro de Saavedra qui en prit possession au nom du roi d'Espagne ; les habitants lui donnèrent 2,000 noix de cocos et le comblèrent de signes d'amitié. Ces voyageurs et leurs successeurs Villalobos (1542) ; Bernardo de la Torre (1543), Ortez de Retes (1545), Legazpi (1565), donnèrent aux îles qu'ils découvrirent les noms d'îles des Coraux, des Hommes peints, des Jardins, des Rois, des Sœurs, des Hommes barbus, appliquant ces noms à des groupes plus ou moins étendus. En 1686, Francisco Lezcano donna à l'une des îles, qui est peutêtre Yap , en l'honneur du roi Charles II, le nom de Caroline qui a été étendu plus tard à l'archipel tout entier. Les missionnaires espagnols établis aux Mariannes firent plusieurs voyages dans l'archipel voisin; l'un d'eux, le P. Pablo Clain publia en 1697 une : Brève noticia del nuevo descubrimiento de las islas Pais ou Palaos. Vers 1700, un chef des îles Carolines ayant été jeté par la tempête dans l'une des Philippines, Francisco Padilla fut chargé de le rapatrier et en même temps de faire dans les Carolines un établissement durable ; mais le P. Duberron qu'il débarqua à Sonsorol avec quatorze personnes fut tué et mangé par les naturels. En 1731, le P. Cantova s'établit à Falalep; il fut assassiné quelques mois après, son manuscrit, Descubrimie7ito y descripcion de las islas de los Garbanzos^ a été publié en 1881 par D. Fr. Carrasco dans le Bulletin de la Société de Géographie de Madrid. Les voyageurs espagnols Thompson (1773), Mourella (1780), Quintana (1795), Lafita (1802), Terres (1804 et 1808), Monteverde (1806) ; les Anglais Carteret (1768), Mortlock (1793), Wilson (1793), qui fait un tableau enthousiaste des mœurs des indigènes des Palaos et de leur « aimable innocence », Gilbert et Marshall (1788), Bishop (1799); les Français Freycinet (1819), Duperrey (1824). et Dumont-d'Urville ; les Russes Kolzebue (1817 et 1823), et Lutke (1828), ont visité les Carolines. De bonnes cartes sont dues à Duperrey et à ses officiers Bérard, Lottin et Biosseville ; la relation de ce voyage a fait connaître les Carolines centrales, et celles de Dumont-d'Urville, Jacquinot, (|uoy, Gaimard et A. Lesson, la géographie, la faune, la flore et l'ethnographie des Carolines orientales. L'amiral allemand Knorr a fait plus récemment des études hydrographiques aux Carolines. Le voyageur russe Miklouho- Maklay a exploré Yap, les Palaos et Ouleai (1876). Enfin, tout récemment, ces îles ont été visitées par le I)*^ Finsch et par M. Hernstein.

Situation politique. — Dès 1852, le colonel Coello a signalé l'avantage qu'aurait l'Espagne à occuper efi'ectivement les Carolines pour protéger et développer le commerce entre les PhiHppines, la Nouvelle-Guinée, l'Australie, l'Amérique du Sud. Cet appel n'a pas été entendu. Ponapi était seulement un centre de relâche pour les baleiniers. Des négociants allemands se sont établis depuis une dizaine d'années dans les îles occidentales où ils importent du tabac, des objets en fer et des boissons alcooliques. Des missionnaires anglais et américains habitent dans les groupes orientaux. Bien que toutes les publications anglaises et allemandes comprennent les Carolines au nombre des colonies espagnoles, l'Allemagne et l'Angleterre protestèrent au mois de mars 1875 contre

la prétention du gouvernement de Madrid de percevoir des droits de douane des bâtiments qui aborderaient aux Carolines et notamment aux Palaos, où le gouverneur des Philippines avait envoyé un agent. A la suite du voyage du navire Velasco (1885), l'Espagne décida l'envoi à Yap d'un gouverneur et de quelques soldats. Le navire espagnol fut devancé par une canonnière allemande dont le commandant prit possession de l'île de Yap au nom de l'Empire (août 1885). Devant les vives réclamations de l'Espagne, l'empereur Guillaume consentit à soumettre la question à l'arbitrage du pape qui se prononça en faveur de l'antériorité des droits de l'Espagne ; mais le gouvernement de Madrid, qui put dès lors occuper effectivement les Carolines, ne réclama pas la souveraineté des Marshall et promit à l'Allemagne de la laisser établir une station navale dans l'une des Carolines centrales ou à Yap. La chancellerie impériale a, en 1887, renoncé à exercer ce droit que la prise de possession des îles Marshall au nom de l'Allemagne rendait inutile. L, Del.

BiBL. : D'- Hamy, Découvertes et établissements des Espagnols aux Caroline s {{Journal des Débats, 10 sept. 1885). — Coello, la Conferencia de Berlin y la cuestion de las Carolinas ; Madrid, 1885, avec une carte. — Lettres édifiantes, 1881, t. V. -- Torres de Mendoza, Coleccion de documentos ineditos reiativos al descubrimiento de las antiguas posesiones espanolas; Madrid, 1866, t. V. — De Brosses, Histoire des navigations aux terres australes, t. II, p. 443. — BuRiNEY, llistory of the discoveries in the South Sea, 1817. -- Gaimard, Nouvelles Annales des Voyages, 182;^, t. XVIII, p. \3k.~CHEY^E, Description of the Islands in the Western Pacific Océan; Londres, 1852. — Duperrey, Voyage autour du Monde, partie historique, in-4. — Dumont-d'Urville, Voyage de VAstrolabe et de la Zélie, 1832, t. V, p. 117. — Lutke, Voyage de la Sémavine, 1833, t. II. — Gulick, Annales hydrographiques, t. XXVI, 1864. — Doane, the Carolines islands (Geographical Magazine^ 1874). — Van de.v Hœven, Bescrijving van schedels van Inboorlingen der Carolina Eilanden; Amsterdam, 1865. — Voyage de la corvette Rapack {Bull, de la Soc. Acad. Indô- Chinoise, t. II, p. 505). — Taviel de AiNDRADE, Hlstorïa del conftlcto de las Carolinas, 1886. — Leintiser, Das internationale Kolonialrecht, — Flauchut, Revue scientifique, 5 sept. 1885. — Anuario de la Direccion de Hidrografia, t. XVL — Bull, de la Soc. de Géog. de Madrid, 1881 et 1885. — Le Globus; Brunswick, 1886, n^* 4, 6 et 7. — Cartes du dépôt de la marine, Carte de la Direction d'hydrographie de Madrid, 1879. — Rienzi^ l'Océanie {Univers pittoresque), etc.

CAROLINGIENS ou CARLOVINGIENS. Les historiens désignent ainsi, du nom du plus illustre de ses membres, Charlemagne, la famille qui a donné à la France la seconde dynastie de ses souverains, depuis Pépin le Bref (752) jusqu'à Louis V (987), et de nombreux monarques aux divers royaumes démembrés de l'empire de Charlemagne.

La généalogie des Carolingiens, comme celle de toutes les familles royales, est fort obscure. Il est difficile de remonter au delà de saint Arnoul,évêque de Metz en 614, et de Pépin de Landen, maire du palais d'Austrasie sous Clotaire II, Dagobert P^ et Sigebert 11, non par défaut de renseignements, mais parce qu'il semble impossible de déterminer la part de vérité qui se trouve dans les généalogies composées au ix^ siècle, après le rétablissement de l'Empire, et dont le but visible est de rattacher la nouvelle dynastie, d'une part à celle des Mérovingiens et d'autre part aux dignitaires de l'administration romaine en Gaule. C'est ainsi qu'elles font descendre saint Arnoul d'un certain Tonantius Ferreolus, de famille sénatoriale, qui vivait au v^ siècle et était gendre du préfet des Gaules, Afranius Syagrius. Le petit-fils de ce personnage, Ansbert, aïeul de saint Arnoul, aurait épousé Blithilde, fille de Clotaire il et sœur du roi Dagobert.

Pour nous en tenir aux données historiques, nous nous contenterons de constater que cette famille était originaire d'Austrasie, qu'elle paraît avoir été riche d'immenses domaines, et qu'elle avait un caractère ecclésiastique très accusé. Saint Arnoul, né, d'après une tradition du ix*^ siècle, au Castrum de Layo, localité qu'on identifie avec Lay- Saint-Christophe (Meurthe-et-Moselle, cant. de Nancy), appartenait à l'aristocratie austrasienne qui gouvernait le

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pays. Après le triomphe du parti austrasien sous le règne de Clotaire II, il devint évêque de Metz (614) et administra le royaume avec le maire du palais Pépin de Landen. Arnoul et Pépin avaient été Tâme de la conjuration qui avait fait périr Brunehaut et sa descendance, placé sur la tête du roi de Neustrie, Clotaire il, les couronnes des trois royaumes francs, mis la Bourgogne sous l'administration du maire austrasien Warnachaire, et élevé Pépin à la dignité de maire du palais d'Austrasie. Des deux fils de saint Arnoul, l'un, saint Cloud, fut duc de l'Austrasie mosellane et plus tard pourvu, comme l'avait été son père, de l'évêché de Metz (656) ; l'autre, Ancliis ou Ansegise; épousa l'une des filles de Pépin de Landen, Begge, et de cette alliance naquit Pépin dlléristal.

A la mort de Pépin de Landen, survenue en 639, son fils Grimoald lui avait succédé dans les fonctions de maire du palais du roi Sigebert 111; il gouverna l'Austrasie sous le nom de ce prince qui mourut en 6^6, La puissance du maire du palais paraissait alors si bien établie qu'il crut pouvoir écarter le fils du roi mort, un enfant de quatre ans, et placer sur le trône son propre fils Childebert. La tentative était prématurée, les grands se soulevèrent, demandèrent l'appui du roi de Neustrie, lui offrirent le trône d'Austrasie pour son fils et chassèrent les usurpateurs qui ne tardèrent pas à périr en prison.

Dès lors, le fils d'Ansegise et de Begge, Pépin d'Héristal, était le seul descendant mâle de Pépin def^anden; il recueillit l'immense fortune territoriale laissée par Grimoald et son fils, et la réunit à celle qu'il tenait de son aïeul saint Arnoul. Un autre petit-fils de saint Arnoul, Martin, fils de l'évêque de Metz, saint Cloud, s'allia à lui pour venger Grimoald. L'occasion s'ofl'rit, s'ils ne la firent pas naître, en 679. Le fils de Sigebert lli, Dagobert II, écarté du trône par Grimoald, rappelé en 674 par les grands d^Austrasie, périt assassiné le 23 déc. 679. Pépin et Martin sont accusés par plusieurs chroniqueurs d'avoir irempé dans le meurtre. Dans tous les cas, ils en profitèrent, car à partir de ce moment ils devinrent les véritables maîtres dans le duché d'Austrasie. Ils eurent aussitôt à soutenir une lutte contre la Neustrie et son maire Ebroin. Le duc Martin, qui s'était enfermé dans la ville de Laon, périt assassiné (680) ; Pépin continua seul à lutter contre les maires de Neustrie et remporta en 687 la victoire décisive de Testry. Le roi de Neustrie, Thierry III, fut à la merci du maire austrasien qui, loin de le détrôner, le fit reconnaître en Austrasie, et sous son nom gouverna toute la monarchie franque en prenant le titre de dux et princeps Francorum, Ce n'est pas ici qu'il convient de dire comment il réussit à pacifier le royaume, à l'agrandir par ses expéditions et à acquérir le prestige d'un grand chef militaire. A sa mort cependant (714), son œuvre était encore bien précaire. La lutte entre la Neustrie et l'Austrasie était à peine assoupie, les conquêtes au delà du Rhin étaient perdues, et, dans la Gaule même, l'Aquitaine, la Yasconie, la Provence et la Bourgogne ne reconnaissaient plus guère le pouvoir des Francs! La discorde allait s'étendre à la famille même du vainqueur. Deux de ses fils, Drogon et Grimoald, qui avaient été maires des palais de Bourgogne et de Neustrie, l'avaient précédé dans la tombe. Sa veuve, Plectrude d'Aquitaine, entreprit de donner pour successeur à Pépin son petitfils, encore enfant, Théodoald, fils de Grimoald. Elle échoua dans sa tentative de l'imposer aux Neustriens et ceux-ci la poursuivirent jusqu'en Austrasie. Ce fut alors qu'un troisième fils de Pépin fit son apparition; quoique l'aîné, il avait été tenu à l'écart, sinon emprisonné, comme fils d'une coticubine. Charles Martel, salué par les Austrasiens comme le vrai successeur de Pépin, bat les Neustriens près de Malmédy (T16), puis à Vincy (717), donne à l'Austrasie un roi mérovingien en la personne de Clotaire IV, et enfin assure son autorité par une nouvelle victoire contre les Neustriens et les Aquitains réunis à Soissons. Ce n'est pas ici le lieu de raconter sa vie ni

d'expliquer comment il agrandit le royaume, assura son autorité et sauva la chrétienté de l'invasion des Sarrasins. Fort de son prestige militaire, après la mort du ro Thierri IV en 737, il négligea de le remplacer par un Mérovingien et sans prendre cependant le titre de roi, il gouverna seul l'empire des Francs. En mourant, il avait partagé le royaume entre ses deux fils Carlomanet Pépin; un troisième, Grifon, fils d'une captive allemande, n'avait reçu que quelques possessions éparses dans les royaumes de ses frères. Mécontent de son lot, il se souleva à quatre reprises et, toujours vaincu, périt dans une dernière tentative en 751 . Maîtres de la Gaule, les deux frères jugèrent cependant opportun de faire ou de laisser encore couronner un roi. En 742, un Mérovingien obscur et douteux fut tiré d'un couvent et placé sur le trône, sous le nom de Childéric IIL Les deux frères combattirent ensemble ou séparément avec succès les Aquitains, les Saxons, les Souabes, les Bavarois. En 747, Carlomon, d'accord avec son fils Drogon, prit la résolution de se retirer du monde, et partit effectivement pour l'Italie où il devint abbé du Mont-Cassin. Pépin, seul maître du royaume, en acheva la conquête et la pacification et, en 750, il se sentit assez fort pour prendre la couronne sans même attendre la fin du xMérovingien qui la portait. Le pape Zacharie, consulté par ses ambassadeurs, répondit qu'il valait mieux que ce fût celui qui exerçait le souverain pouvoir qui prît le titre de roi; le i^^ mars 752, le roi Pépin reçut l'onction des évêques rassemblés à Soissons.

Bien des causes avaient amené la révolution qui fut alors consommée. Depuis longtemps, par suite de l'épuisement de l'ancienne race royale, le pouvoir effectif avait passé aux maires du palais : cette charge avait été exercée en Austrasie par les chefs d'une famille aristocratique du pays aussi influente que puissante, forte de Tappui du clergé, et dont les membres avaient su acquérir le double prestige de guerriers et de politiques. Dès le milieu du vii^ siècle, l'un d'eux s'était cru assez fort pour placer la couronne sur la tête de son fils; mais cette tentative faite avant que la Neustrie fût vaincue avait avorté. Depuis lors, l'Austrasie avait triomphé de la Neustrie, les chefs de la maison des Pépins avaient réuni sous un même sceptre les royaumes francs, l'un d'eux avait sauvé la chrétienté de l'invasion des païens. La Gaule ne connaissait plus d'autres chefs ; ils avaient depuis longtemps gouverné, rendu la justice, administré en leur propre nom ; eux seuls pouvaient donner à l'Eglise romaine l'appui dont elle avait besoin ; aussi le pape s'était-il empressé de sanctionner une usurpation depuis longtemps accomplie en fait. Pépin, avant de mourir, le 24 sept. 768, avait, suivant la tradition mérovingienne, partagé le royaume entre ses deux fils, Carloman et Charlemagne; mais la mort de Carloman, après trois ans de règne, rendit l'unité à la monarchie franque que son frère devait transformer en reconstituant, avec l'appui de la papauté, l'ancien empire d'Occident. Avec Charlemagne, l'Europe retrouva un moment l'unité que l'empire romain lui avait donnée ; mais c'était là une œuvre factice. Déjà, de son vivant, il avait prévu lui-même le démembrement de son empire et, pour prévenir les dissensions que la division de ses Etats pourrait faire naître après sa mort, il en avait réglé lui même le partage ^806). Un seul des fils légitimes de l'empereur, Louis, qui gouvernait l'Aquitaine depuis 781, lui survécut. L'aîné, Charles, était mort en 811 ; le second, Pépin, en 810. Le fils naturel de ce dernier, Bernard, fut pourvu des Etats de son père par Charlemagne en 8 12 ; révolté contre Louis le Pieux en 817, après l'assemblée d'Aix, il fut vaincu, condamné à perdre la vue et mourut des suites du supplice le 17 avr. 818, laissant un fils. Pépin, qui, en dédommagement du royaume d'Italie confisqué, reçut de l'empereur des possessions dans le nord de la Gaule et fut la tige des comtes de Vermcmdois et de Valois (V. ces mots).

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Louis ie Pieux recueillit donc avec le titre d'empereur la totalité de l'héritage paternel (814), mais, dès 817, à l'assemblée d'Aix-la-Chapelle, il partagea à son tour ses Etats entre les trois fils, Lothaire, Pépin et Louis, que lui avait donnés la reine Erraengarde. Il avait cru assurer l'unité de l'empire en stipulant que les deux {)uînés, Pépin et Louis, demeureraient soumis à l'aîné, Lothaire l^'^, qu'il associait à l'empire. C'était là une vaine illusion. La naissance d'un quatrième fils, qui fut Charles le Chauve, né de la deuxième femme de Louis le Pieux, Judith, en 823, donna lieu, dès 829, à un remaniement du partage au détriment de ses frères et particulièrement de Lothaire. Ceux-ci se révoltèrent et deux fois l'empereur Louis fut déposé (830 et 833), puis rétabli en 834 avec l'appui de Pépin et de Louis le Germanique. Un nouveau partage en 835 attribua l'Aquitaine à Pépin, la Bavière à Louis et l'Allemagne à Charles. Quant à Lothaire naguère associé à l'empire, il était disgracié, exilé, mais on lui laissait l'Italie. Des remaniements subséquents (837 et 838) agrandirent le royaume de Charles; puis Pépin d'Aquitaine étant mort le 13 déc. 838, ses deux fils. Pépin et Charles, turent privés par l'empereur de l'héritage paternel ; Pépin, l'un d'eux, réussit toutefois à s'y établir à la mort de l'empereur (840). Le deuxième, Charles, enfermé à Corbie après 818, devint plus tard archevêque de Mayence et mourut en 863. En même temps, Louis le Germanique, mécontent, se soulevait et était bientôt soumis ; mais cette révolte eut pour résultat de faire rappeler Lothaire. L'héritage de Gharlemagne fut alors partagé entre Lothaire et Charles (Diète de Worms, mai 839).

Louis le Pieux ne survécut que quelques mois et sa mort (20 juin 840) remit tout en question. Lothaire, conformément au règlement de 817, entendait bien n'être pas empereur seulement de nom et voulait réduire ses frères au rang de vassaux. Allié à Pépin II d'Aquitaine, il imposa d'abord un traité onéreux à Charles le Chauve, mais l'union de celui-ci avec son frère, Louis le Germanique, contre Lothaire et Pépin ne tarda pas à changer la face des choses. Lothaire fut vaincu le 25 juin 841 dans la grande bataille de Fontenoy et dut consentir au partage de l'empire qui fut sanctionné à Verdun au mois d'août 843.

Le traité de Verdun consacra le démembrement de l'empire, en reconnaissant l'indépendance absolue des souverains qui le conclurent. Lothaire eut le titre d'empereur qui demeura attaché à la possession de ftome et de l'Italie, et son royaume fut formé d'une longue bande de territoire allant de la Meuse au Rhin, de la Saône et du Rhône aux Alpes. Louis eut la Germanie et Charles le Chauve la France ; l'Aquitaine, toutefois, en vertu d'un traité signé avec Charles en 845, demeura à Pépin II qui revendiquait ce pays sur lequel son père avait régné vingt ans. Des révoltes successives des Aquitains en 848, 852, 855, firent passer alternativement le royaume d'Aquitaine à Pépin et à Charles le Chauve ou à l'un de ses hls Charles ; enfin Pépin ayant été lait prisonnier en 865, et le jeune Charles étant mort en 866, l'Aquitaine échut ù un autre fils de Charles le Chauve, Louis le Bègue , qui fut le dernier roi carolingien de ce royaume. L'empereur Lothaire K mourut le 28 sept. 855, laissant trois fils entre lesquels, peu de jours avant sa mort (22 sept. 855), il avait partagé ses Etats. L'aîné, Louis 11, avait été associé à l'empire dès 850 ; il hérita de la couronne impériale et du royaume d'Italie. Le second, Lothaire II, avait reçu le royaume qui, de son nom, fut appelé Lotharingie puis Lothier, ou Lorraine, et le gouverna quatorze ans. En mourant (8 août 869), il laissa un fils, Hugues, auquel il avait concédé, en 867, le duché d'Alsace. Mais ce fils, considéré comme illégitime, ne lui succéda pa? ; il se vit même dépouillé des possessions que son père lui avait assurées et, à la suite de plusieurs tentatives pour les reprendre, fut fait prisonnier, eut les yeux

crevés et fut relégué dans les monastères de Saint-Gall, puis de Prûm. Le royaume de Lothaire, d'abord envahi par Charles le Chauve, fut ensuite partagé entre lui et l'empereur Louis II. Le troisième fils de Lothaire ï^r, Charles, avait reçu de son père le royaume de Provence; il mourut le premier des trois frères, en 863, et les deux survivants, Louis et Lothaire, se partagèrent ses Etats. L'empereur Louis II avait donc réuni la plus grande partie des Etats possédés par son père Lothaire I^^, à l'exception d'une partie de la Lotharingie qu'il avait dû céder à Charles le Chauve, lorsqu'il mourut le 2 août 875, ne laissant qu'une fille. La couronne impériale et le royaume d'Italie turent aussitôt revendiqués avec succès par Charles le Chauve, qui fut couronné empereur à Rome le 25 déc. 875 par le pape Jean VllI. Hanté de la chimère de réunir sur sa tête les couronnes de tous les royaumes démembrés de l'empire de Gharlemagne, Charles le Chauve avait recueilli, par la mort de ses neveux, — au prix, il est vrai, de l'attaibhssement et même de la ruine d'une partie du royaume de France qui lui avait été assigné, — l'héritage entier de deux de ses trères, Lothaire i«^ et Pépin. 11 ne restait avec lui que le troisième des fils de Louis le Pieux, Louis le Germanique, qui mourut le 28 août 876, mais en laissant trois fils entre lesquels il avait, de son vivant déjà, partagé ses Etats. L'aîné, Carloman, régna sur la Bavière, la Pannonie, la Carinthie, la Bohême et la Moravie ; il mourut le 22 mars 880 laissant de sa concubine, Liatswinde, un fils nommé Arnoul, auquel il laissa la Carinthie et qui parvint plus tard à l'empire. Le second, Louis 111, eut la Saxe, la Thuringe, la Frise et une partie de la Lorraine ; la mort de son trère aîné lui laissa la Bavière ; il mourut le 20 janv. 882. Ses deux fils l'avaient précédé dans la tombe. Le troisième des fils de Louis le Germanique, Charles le Gros, eut la plus haute fortune, mais il en était le moins digne ; pour sa part des Etats de son père, il avait eu la Souabe, l'Alsace et quelques villes de la Lorraine ; il songea, à son tour, à réunir sous son sceptre les membres épars du grand empire.

Charles le Chauve était mort (6 oct. 877) sans avoir réalisé son rêve, au retour d'une expédition infructueuse en Lombardie contre son neveu Carloman. Il avait eu huit fils ; quatre étaient morts en bas âge. Charles, auquel il avait donné l'Aquitaine enlevée à son neveu Pépin II, était mort le 29 sept. 865 ; Lothaire, abbé de Moutier-Saint- Jean, était mort en 866; Carloman, d'abord abbé de Saint-Médard, prêtre malgré lui, accusé en 870 d'avoir conspiré contre son père, avait été condamné à mort, relégué à Corbie les yeux crevés, et enfin, recueilli par son oncle Louis le Germanique, était mort en 874, abbé d'Epternach. Louis le Bègue, né en 846, subsistait seul. Roi d'Aquitaine depuis 867, il succéda à son père dans le royaume de France, mais non pas à la couronne impériale qui resta vacante. Il régna moins de deux ans et mourut le 10 avr. 879, laissant, d'un premier mariage, deux fils, Louis HI et Carloman, qui régnèrent après lui, quoique leur légitimité ait été contestée. En vertu d'un partage qu'ils eflec tuèrent en mars 880, le premier régna sur la France proprement dite et mourut prématurément le 5 août 882. La Bourgogne, l'Aquitaine et la Septimanie formèrent le lot de Carloman, qui mourut d'un accident de chasse, deux ans après avoir recueilli la succession de son frère (6 déc. 884). La seconde épouse de Louis le Bègue était, à sa mort, enceinte d'un fils qui fut nommé Charles et était, par conséquent, âgé de cinq ans à la mort de son frère, mais les circonstances critiques que traversait alors la France, en proie aux ravages des Normands, et les intrigues de Charles le Gros, firent exclure ce jeune enfant de lu couronne. Charles le Gros, que nous avons vu recueillir, en 876, parmi les Etats de son père la Souabe et l'Alsace (Alamanie), avait déjà accru son lot, d'abord en Lotharingie (877), puis en Italie, où, en 879, il s'était fait couronner roi d'Italie

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à Ravenne par le pape Jean VllI; il sollicita dès lors la couronne impériale et l'obtint le 25 déc. 880. La mort de ses frères lui avait fait réunir tous les Etats de son père, Louis le Germanique. En 884, la défaillance, dans la ligne française des Carolingiens, d'héritier en état de porter les armes, le fit appeler par les seigneurs français au trône de Charles le Chauve. Il fut reconnu comme roi de France à l'assemblée de Ponthion en juin 885, réunissant ainsi entre ses mains l'empire presque entier de Charlemagne. Il ne devait pas tarder à le perdre. Dépourvu de courage, déloyal et cruel, il ne songeait qu'à assurer la transmission de ses Etats à son fils naturel nommé Bernard. Déposé à la diète de Tribur (nov. 887), il se retira à Neidingen sur le Danube, oii il mourut le 13 janv. 888.

Cinq royaumes surgirent du nouveau démembrement de l'empire, conséquence de la diète de Tribur , un seul échut à un prince de la maison carolingienne. La couronne impériale, trois ans vacante, fut donnée pour la première ibis, le 21 févr. 891, à un étranger à la famille de Charlemagne, Guy de Spolète, qui disputait le royaume d'Italie au duc de Frloul Bérenger, En France, les seigneurs appelèrent à les gouverner celui d'entre eux qui avait si vaillamment défendu Paris contre les Normands en 886, le comte de Paris, Eudes. La Bourgogne reconnut pour roi Rodolphe, fils du duc de la Bourgogne transjurane ; en Provence enfin, Louis l'Aveugle, fils de Boson, fut proclamé roi en janv. 890. Les Germains seuls restèrent fidèles au sang de Charlemagne ; ils offrirent la couronne à un bâtard du roi de Bavière, Carloman, au duc de Carintbie, Arnoul. Celui-ci, appelé en Italie par le pape Formose, pour le défendre contre Lambert de Spolète, occupa Rome et se fit couronner empereur (25 août 896). Il mourut le 8 déc. 899, laissant un fils légitime, Louis IV l'Enfant, qui lui succéda comme roi de Germanie, et deux fils naturels, Zwentibold et Rathold. Il avait, de son vivant (895), reconstitué le royaume de Lothaire en faveur de Zwentibold. Celui-ci, après la mort de son père, repoussé par ses sujets, entra en lutte avec son frère Louis IV et périt dans une bataille (13 août 900). Louis IV fut le dernier roi carolingien de Germanie; lorsqu'il mourut sans postérité le 20 août 911, les seigneurs de la France orientale offrirent la couronne à Otton de Saxe, descendant de Charlemagne par les femmes et, sur son refus, à Conrad de Franconie, duc de Worms, petit-fils, par sa mère Glismonde, de l'empereur Arnoul. Les Lorrains, au contraire, se donnèrent au seul prince carolingien qui régnait alors, au roi de France, Charles le Simple. Ce fils posthume de Louis le Bègue, écarté successivement du trône au profit de Charles le Gros et du comte Eudes, avait été reconnu roi par quelques seigneurs en 893 et avait vaillamment lutté depuis lors contre l'usurpateur. Il l'avait forcé, en 896, à un partage du royaume et, à sa mort survenue le 1^^ janv. 898,H avait été reconnu seul roi de tout le royaume. II accrut encore ses Etats par l'acquisition de la Lorraine à la mort de Louis l'Enfant en 912 ; mais de cette époque commencèrent pour lui les difficultés. Il perdit, en 922, la couronne de France que les seigneurs donnèrent au frère du roi Eudes, Robert, et, après la mort de celui-ci, tué à la bataille de Soissons, le 15 juin 923, au duc de Bourgogne, Raoul (13 juil. 923). Retiré en Lotharingie, Charles le Simple, qui continuait à lutter pour conserver son royaume de Lorraine, fut attiré dans un guet-apens, fait prisonnier par Herbert de Vermandois et enfermé à Péronne, où il mourut le 7 oct. 929. La Lorraine fut alors réunie à l'Allemagne sous le sceptre des souverains de la maison de Saxe.

Charles le Simple laissait un fils âgé de neuf ans que sa mère, une princesse anglaise, avait emmené en Angleterre après que son mari eut été détrôné. La famille carolingienne, qui n'est plus représentée que par ce jeune enfant, disparaît alors complètement de la scène politique.

Les compétitions et les conflits qui suivirent en France la mort du roi Raoul (15 janv. 936) l'y ramenèrent pour quelque temps. Le plus puissant des seigneurs du royaume, Hugues le Grand, fit revenir Louis IV d'outremer qui fut couronné à Laon le 49 juin 936, à l'âge de seize ans, et régna jusqu'à sa mort (10 sept. 954) sans cesse en lutte contre ses vassaux. Deux fils étaient nés de son mariage avec Gerberge : l'aîné, Lothaire, hérita du trône de France, et fut couronné à Reims, le 48 nov. 954 ; au second, Charles, avait été assigné, suivant plusieurs auteurs, le royaume de Bourgogne, mais il n'aurait pas tardé à en être dépossédé par son père. Pour prévenir plus tard toute revendication de sa part, Lothaire fit couronner roi dès 978 son fils Louis. Il avait perdu deux autres fils et laissa un bâtard, Arnoul, qui devint archevêque de Reims. Louis V, associé au trône depuis 978, succéda à son père le 2 mars 986 et mourut sans postérité le 21 mai de l'année suivante. Le royaume de France aurait dû revenir au dernier survivant de la famille carolingienne, à ce fils de Louis IV, Charles, qui avait reçu en 976 de l'empereur Otton H le duché de Basse-Lorraine; mais avant qu'il eût pu faire aucune démarche, Hugues Capet s'était fait proclamer roi par les grands réunis à Senlis dès le 1^^ juin 987, puis couronner à Noyon par l'archevêque de Reiras. Charles réunit des troupes et marcha contre lui ; il avait réussi à s'emparer de Laon, de Heims et de Soissons, lorsqu'une trahison de Févêque de Laon le livra à Hugues Capet (2 avr. 991) qui l'enferma d'abord à Senlis, puis dans la forteresse de Laon, où la plupart des chroniqueurs ont cru qu'il était mort. Cependant l'épitaphe de son tombeau trouvé en 1666 à Maestricht prouve qu'il avait été rendu à la liberté et qu'il vécut jusqu'à l'an 4001. Ce fut le dernier représentant de la famille carolingienne qui ait élevé des prétentions à l'un des trônes de ses ancêtres. Il n'était pourtant pas mort sans postérité : son fils aîné Otton lui succéda dans le duché de Basse-Lorraine et mourut sans enfants en 1005 ; deux autres fils de Charles, Charles et Louis, nés pendant sa captivité à Orléans, lui survécurent, mais on ne sait trop ce qu'ils sont de\enus. ûueli|ues historiens les font recueillir par Guillaume III, comte de Poitiers, qui les aurait même fait proclamer rois en Aquitaine ; d'autres disent que, chassés de France, ils se réfugièrent auprès de l'empereur et que leur descendance se serait continuée en Thuringe jusqu'en 1248. Les généalogistes du xvi^ et du xvii® siècle n'ont pas manqué de s'emparer de la personne de ces princes pour illustrer l'origine de leurs clients.

La famille carohngienne, qu'on voit apparaître avec saint Arnoul et Pépin de Landen dès le début du vu® siècle avait occupé la scène politique pendant près de quatre siècles; la bravoure etPhabileté politique de ses représentants, leur alliance avec le clergé, la victoire de l'Austrasie sur la Neustrie, et l'épuisement de la race mérovingienne lui avaient valu le royaume des Francs ; elle avait donné au monde, dans la personne de Charlemagne, un génie incomparable, qui réussit à étendre sa domination sur la plus grande partie de l'occident de l'Europe, et à reconstituer l'empire romain dont les débris formèrent la France, l'Allemagne et l'Italie, sur lesquels régnèrent ses descendants, sans parler des royaumes secondaires d'Aquitaine, de Provence, de Bourgogne, de Lorraine, qui s'agrégèrent peu à peu aux autres grandes nations, et qui, tantôt séparés et tantôt réunis, finirent au x® siècle par constituer les nations modernes. Les invasions des Normands, la formation et le développement de la féodalité, détruisirent bientôt l'œuvre du grand empereur et amenèrent ce que Ton a nommé la décadence carolingienne. Il est bon toutefois de faire observer que cette décadence ne fut pas produite comme sous les Mérovingiens, par le défaut de vigueur et d'énergie des représentants de la dynastie. Plusieurs des derniers princes de la famille carolingienne ne manquèrent ni d'activité, ni de courage, ni

d'habileté politique; mais, comme il arrive souvent aux princes, ils n'eurent ni les uns ni les autres la conscience des révolutions profondes qui s'accomplissaient de leur temps; l'unité de l'empire, la réunion sous un même sceptre des Etats de Charlemagne, la possession de la couronne impériale furent les chimères que chacun d'eux poursuivit dans des luttes stériles et auxquelles ils sacrifièrent leur autorité dans les royaumes sur lesquels leur naissance les avait appelés à régner. Affaiblis par les inva sions normandes, ruinés par les largesses féodales, ils durent céder la place à ceux qui avaient hérité de la richesse et de la puissance et qui avaient acquis dans la guerre nationale contre les Normands le prestige de gloire auquel la dynastie carohngienne avait dû elle-même au viii^ siècle son élévation.

BiBL. : Les principales sources de l'histoire des carolingiens sont réunies dans les Monumenia, Germaniœ historica, Scriplores, t. I à IV, Leges, t. I et II, et dans les t. 1 à X du Recueil des historiens de la France de D. Bouquet. — BÔHMER-MÛLBACHER, Die Reoesien des KaiseiTeichs tinter den Karolingern, 752-918; Innsbruck, 1880 et suiv., en cours de publication. — Th. Sickel, Acta regum et imperatorum Karolinovuyn dlgesta et enarrata; Vienne, 1867-1868, 2 vol. in-8. — H. Léo, Karl dév grosse, seiner Abstammung nach ein Romane, dans Neue Zeitschrift fur die Geschichte der Germanischen Vôlker; Halle, 1832, t. 1. — LoEBELL, Disputatio de causis regni Francorum a Merovingis ad Carolingos translati; Bonn, 1844, in-8. — Lesbroussart, Mémoire Jiistorique sur les causes de r agrandissement de la famille des Pépins, dans les Mém, de VAcad. de Bruxelles, t. I, p. 201. — H.-E. Bon- NELL, Die Ayifànge des karolingischen Hauses ; Berlin, 1866, in-8. — V/arnkoeinig et Gérard, Histoire des Carolingiens; Bruxelles, 1862, 2 vol. in-8.— HiMLY, De la Décadence carolingienne y dans Bihl. de l'Ecole des Chartes, 1851, 3« série, t. II. -- Aug. Bernard, Les Derniers Carolingiens; Lyon, 1867, in-8.

GAROLINIEN. Terme appliqué en Amérique, par M. Heilprin, à la division supérieure du miocène, sur le versant atlantique des Etats-Unis (V, Miocène).

CAROLINS. Les livres Carolins (libri Carolini^ opus Caroli) sont la réponse officielle de l'Eglise iranque aux actes du 7^ concile œcuménique de Nicée (787), qui avait établi, contrairement aux décisions du Concile iconoclaste de Conslantinople de l'an 754, avec l'assentiment du pape Adrien 1®»', la légitimité de la « vénération respectueuse » des images, comme s'adressant non à ces images mêmes, mais aux êtres célestes qu'elles représentent, 1' « adoration » étant réservée à Dieu seul. Ces actes avaient été envoyés, en 790, par Adrien I®^ à Charlemagne qui, iriité de la prétention des Grecs d'imposer à l'Occident un dogme qu'il n'avait pas concouru à établir, les soumit à l'examen de ses théologiens, ce que fit également le roi anglo-saxon Offa, auquel il les fit parvenir. Alcuin, alors en Angleterre, rédigea au nom des évêques anglo-saxons, contre la doctrine des Grecs, son Epistola ex auctoritate divinarum scripturarum mirabiliter afflrmata, qui est perdue ; un des théologiens francs, probablement l'abbé Angilbert, disciple d' Alcuin, composa, vers l'an 790, les livres Carolins, en s'inspirant de ÏEpistola de celui-ci, ce qui expliquerait les ressemblances que Ton a constatées enlre leur texte et des passages d'Alcuin, sans qu'il soit nécessaire de les attribuer à Alcuin môme (encore moins à Charlemagne), comme on l'a lait. Uopus Caroli se divise en quatre livres et cent vingt chapitres ; il fut apporté au pape par son auteur, sans doute immédiatement après le concile de Francfort (794) qui sanctionna la doctrine qu'il renferme. Voici cette doctrine : les conciles iconoclaste et iconolâtre des années 756 et 787 se sont trompés tous deux ; les images ne doivent être ni brisées ni « adorées » ; il est permis de les conserver dans les églises dant un but artistique et pédagogique, à titre d'ornements et de souvenirs ; à Dieu seul revient l'adoration, aux saints la vénération, aux hommes la salutation ; les reliques des saints, les croix, les vases sacrés, l'Ecriture, peuvent être « vénérés », puisque telle est la tradition de l'Occident, mais non les images. Outre cette question spéciale, les livres Carolins touchent encore

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