CANNELLE
l'épaisseur du petit doigt ou d'un tuyau de plume, renfermant plusieurs écorces introduites les unes dans les autres et ordinairement enroulées également sur leurs deux bords, de façon à donner sur la coupe l'aspect d'un double canon de fusil ou plus exactement des deux spires d'un chapiteau ionique. La couleur est d'un blond roux : la surface extérieure est lisse et, comme l'écorce a été réduite à son liber par le grattage, on y distingue les lignes longitudinales blanchâtres et un peu sinueuses produites par les rayons médullaires, ainsi que quelques taches jaunâtres correspondant au point d'attache des ramuscules sur la branche. La cassure est esquilleuse : l'écorce est mince (1 miUim.) et très cassante. L'odeur est toute spéciale et douée d'une grande finesse. La saveur est chaude, aromatique, sucrée et apparaît d'emblée. Au microscope, on distingue, sur une écorce entière, 7îon raclée, les couches suivantes, de dehors en dedans : un suber médiocrement épais, se détachant par plaques, un parenchyme cortical renfermant de nombreuses cellules à essence disséminées, partagé en deux par une zone discontinue de cellules scléreuses, à paroi épaisse et criblée de ponctuations. Le liber est parenchymateux en grande partie, divisé régulièrement par de nombreux rayons médullaires, et parsemé de fibres épaisses, à cavité très réduite, et de quelques cellules à essence ; tous ces parenchymes renferment des grains d'amidon. L'écorce de cannelle de Chine présente la même structure fondamentale, avec un liber plus développé et des îiots de cellules scléreuses plus espacées, renfermant parfois aussi de l'amidon. D^ R. Blondel.
II. Pharmacie. — La cannelle a été employée comme médicament dès la plus haute antiquité, sous le nom de cassia; elle est signalée dans les livres bibliques, ainsi que dans les ouvrages de Théophraste, d'Hérodote, de Galien, de Dioscoride, de Pline et de Strabon ; mais la cannelle des anciens est le Cassia lignea de Chine ou Cannelle de Chine, et non la cannelle employée en pharmacie, la Cannelle de Ceylan, produite par le Cinnamomum zeylanicum. La cannelle de Chine, retirée du Cinnamomum Cassia, est un produit inférieur qu'on ne rencontre guère de nos jours que chez les épiciers. Actuellement, le cannellier de Ceylan est cultivé aux îles Maurice et à Bourbon, à Cayenne et aux Antilles, etc., et c'est ce produit, de qualité un peu inférieure à la cannelle de Ceylan, qu'on rencontre le plus souvent chez les droguistes. La cannelle est une écorce riche en essence, dont le principe actif est constitué par l'aldéhyde cinnamique. Elle est employée en pharmacie dans les formes suivantes : poudre, eau distillée, alcoolat, teinture, vin cordial ; elle entre en outre dans un grand nombre de préparations composées, comme le baume de Fioravanti, l'alcoolat aromatique de Sylvius, l'esprit de vie de Matthiole, l'eau de Magnanimité, etc.
La poudre de cannelle se prépare en pulvérisant l'écorce sans résidu; elle est employée comme tonique à la dose de quelques décigrammes, ou comme excitant à la dose de 60 centigr. à 4 gr.
Ueau distillée de cannelle se prépare en faisant macérer l'écorce concassée avec 7 à 8 p. d'eau, puis en distillant de manière à recueillir 4 p. de produit. Après vingtquatre heures de repos, on filtre au papier mouillé pour obtenir un liquide parfaitement limpide. Les anciennes pharmacopées signalent wie eau de cannelle alcoolique, une êau de cannelle or gée, mais ces préparations sont tombés en désuétude ; il en est de même de l'eau de cannelle vineuse, qu'on préparait en distillant du vin blanc sur de la cannelle.
V alcoolat de camielle se prépare en lixiviant 1 p. de cannelle pulvérisée par 8 p. d'alcool à 80»; on distille au bain-marie pour retirer toute la partie spiritueuse,
La teinture de cannelle s'obtient en faisant macérer pendant quinze jours 4 p. de cannelle de Ceylan avec 5 p. d'alcool à 80o.
CANNELLE — CANELURE
Le vin de cannelle se fait avec 1 p. de cannelle, 2 p. d'alcool à 80<* et 30 p. de vin rouge. On verse ralcool sur la cannelle concassée; après vingt-qualre heures, on y ajoute le vin, on laisse macérer pendant dix jours, on passe et on filtre.
Le vin cordial des hôpitaux se prépare en mélangeant 400 gr. de teinture de cannelle avec 900 gr. de vin rouge; on filtre pour avoir un produit limpide. Additionné du quart de son poids de sirop d'écorce d'oranges amères, il constitue la potion cordiale des hôpitaux de Paris. Ed. Bourgoin.
111. Thérapeutique. — Les propriétés stimulantes et aromatiques de la cannelle ont été constatées de tout temps et la liste des diverses préparations dans laquelle on la faisait entrer serait excessivement longue. Ses propriétés se rattachent à celles de ses deux pri^^^ipes actifs : l'huile essentielle et le tannin. A la première, elle doit son action locale excitante, qui lui permet de réveiller les contractions d'un tube digestil engourdi, tout en produisant un certain degré d'analgésie locale qui la rend utile dans les gastralgies : elle lui doit surtout son action stimulante sur le système nerveux central, action des plus marquées et des plus rapides, qui s'accompagne d'accélération du pouls, d'élé\ation de la température et d'un réveil de la circulation cutanée en même temps que de la circulation pulmonaire ; c'est le médicament par excellence des lypolhymies, de la syncope, du refroidissement général après l'asphyxie ou la submersion ; chez les sujets transis par le froid, par la pluie, etc., et, en péril de pneumonie ou de bronchite, la cannelle se montre souvent héroïque. Au début des bronchites, elle rend également de grands services. Enfin elle possède une action stimulante et en même temps hémostatique sur l'utérus, qu'il n'est pas très facile d'expliquer, mais que l'on peut comparer à celle de l'ergot de seigle ; il est certain que ce médicament régularise notablement la menstruation, arrête les hémorragies utérines, et a pu, dans certains cas, prévenir des hémorragies de la délivrance regardées comme imminentes. A son tannin, la cannelle doit son action astringente qui oblige à en restreindre l'emploi chez les dyspeptiques, dont elle relèverait Ténergie stomacale, mais dentelle augmenteraitlaconstipation,sion ne l'associe à une médication laxative : son astringence la fait également recommander comme topique, en poudre, sur les ulcères atoniques ou gangreneux qu'elle déterge et excite à la cicatrisation, en lotions sur les gencives anémiées ou scorbutiques, etc. On prescrit rarement la cannelle isolément, à tort peut-être; on donne à l'extérieur soit la poudre, soit les lotions avec une teinture alcoolique (eau de Botot), — à l'intérieur la teinture de cannelle (4 à 30 gr., dans une potion, un sirop ou une liqueur alcoolique), l'infusion de cannelle (4 à 40 gr. dans un litre d'eau ou plus souvent de vin chaud), l'eau distillée (400 à 450 gr., comme véhicule de potion), l'alcoolat, plus tonique et moins astringent que la teinture (4 à 30 gr.), et l'essence de cannelle (2 à 40 gouttes dans une potion ou sur un morceau de sucre). D'^ R. Blondel.
BiBL : GuiBOURT et Plai^chon, Hist. nat. des Dr. simples, JII, 6^1, et il, 404, 7« éd. — Flûckiger et Hanburv; Pharmacographia.^ II, 224. — ■ Delioux de Savignac, Dict. encycl. des Se. wéd., art. Cannelle. — Tanner, Bull. gén. de Thér.^ XLV, p. 377. — Chomier, Bull. gén. de Tliérap., XLIX, p. 76. — Gubler, Comm. thérap. du Codex.
CANNELLE (Essence de) (Chimie). Les écorces des Cinnamomum fournissent au commerce deux essences aromatiques : l'essence de cannelle de Ceylan et l'essence de cannelle de Chine. La première, qui est la plus estimée, est préparée à Ceylan par la distillation avec l'eau des écorces plus ou moins brisées ; ces dernières en fournissent 4 % de leur poids, tout au plus. Elle était connue au xvi® siècle de Valerius Cordus, qui fit la remarque qu'elle était plus dense que l'eau, qu'elle se réunissait au fond des récipients, au lieu de surnager comme les autres
' essences; vers la fin du siècle dernier, les Hollandais avaient seuls le monopole de sa fabrication, et la transportaient en Europe, surtout en Angleterre. C'est un liquide jaune doré, possédant l'odeur forte delà cannelle; sa saveur est douce, aromatique, mais brûlante; elle dévie fortement à gauche le plan de polarisation de la lumière polarisée; sa densité est de 4,035.
L'essence de Chine, qu'on retire de divers Cinnamomum des parties chaudes de l'Asie, notamment du cassia lignea (C. de Chine), possède une odeur moins fine et moins agréable que la précédente; sa densité est de 4,066 ; elle dévie très faiblement vers la droite. Elle laisse parfois déposer un corps cristallin, que Rochleder et Scbwarz ont étudiée sous le nom de benzhydrol (V. ce mot). Les essences de cannelle sont surtout constituées par ïaldéhyde cinnamique C*8[J8Q2 ^y^ ^e mot) . Ce corps est accompagné d'une quantité variable d'un carbure d'hydrogène, probablement un térébenthène, et d'une matière camphrée qui rend l'essence trouble à basse température; elles absorbent rapidement l'oxygène de l'air, s'épaississent et contiennent alors de l'acide cinnamique, accompagné de matières résineuses. Suivant Mulder, ces dernières seraient formées de deux matières distinctes : une résine « fondant vers 60», soluble dans l'alcool froid ; une résine (3, fusible à 445°, à peine soluble à froid dans l'alcool, très soluble à chaud. On trouve parfois dans le commerce une essence préparée avec les feuilles du cannelier de Ceylan. D'après Pereira, on la prépare dans l'île en faisant macérer les feuilles avec de l'eau de mer et on soumet ensuite le tout à la distillation. Suivant Stenhouse, cette essence, qui est d'un prix assez élevé lorsqu'elle est pure, est douée d'une odeur pénétrante rappelant celle de l'essence de girofle; comme cette dernière, elle se compose surtout d'eugénol et d'un carbure térébénique C^oH^e. e^j, Bourgoin.
BiBL. : Bertagnini, Action des bisulfites alcalins sur l essence de cannelle {An. ch. et phys.^t. XXXVIII, 372). — BouLLAY, Composition de V huile de cannelle (Journ. Pharm., t. XIV, 497 [18281). ~ Dumas et Peligot, Sur l'essence de cannelle {An, Ch.iet phys , t. LVII, 385 [21). — Mulder, Ann. der Ch. und Pharm. (t. LXXXV, 372). — Stenhouse, Essence des feuilles de cannelle de Ceylan {Journ. p/^. et chirn., U XXVIII, 237 [3]). ~ Virey, Essence du Laurus cinnamomum {Bull, de pharm., t. VI, 199 [1814]).
CANNELLE. Nom souvent donné dans les filatures à des sortes de bobines en bois autour desquelles s'enroulent les rubans formés par les bancs d'étirage.
CANNELLE. Com. du dép. delà Corse, arr. d'Ajaccio, cant. de Sari d'Orcino ; 499 hab.
CANNELLIER. Nom vulgaire donné indistinctement aux Lauracées qui composent le genre Cinnamomum (V. ce mot).
CANNELURE. L Architecture. — Cavité en forme de canal, disposée verticalement ou en spirale le long du fût des colonnes, des pilastres, des gaines, des consoles ou même des sarcophages et des vases. Les cannelures ornant ainsi le fût des colonnes sont en plus ou moins grand nombre, généralement de seize à trente-deux dans les ordres antiques ou étudiés à l'imitation del'antique ; elles sont aussi plus ou moins concaves et à arêtes vives ou séparées par des listels : leurs extrémités supérieure et inférieure afiectent des formes variées et elles occupent enfin toute la hauteur des colonnes ou seulement une partie (la plus rapprochée du chapiteau) de cette hauteur. Parfois encore les cannelures sont interrompues par des bagues ou des bossages plus ou moins ornés, avec lesquels elles alternent. LVigine des cannelures est très controversée, cependant on peut croire ce mode d'ornementation inspiré des colonnes égyptiennes à seize faces de Beni-Hassan. Les Perses après les Egyptiens, puis les Grecs et les Romains, et surtout les architectes modernes, utilisèrent ce mode de décoration, qu'ils varièrent à l'infini, grâce à une ornementation des plus riches. Les pilastres ont rarement plus de sept à neuf cannelures, et on appelle canneaux les pe-
tites cannelures simples ou ornées de sculptures qui décorent les frises. Souvent aussi, les cannelures couvrant les colonnes ou les pilastres sont remplies jusqu'au tiers de leur hauteur d'une sorte de bâton simple ou taillé en manière de corde que l'on nomme rudenture, Ch. L.
II. Art militaire. — Les cannelures sont des évidements pratiqués sur les deux faces de la lame de certaines armes blanches pour en diminuer le poids sans nuire à la raideur ni à la solidité du tranchant. Suivant leur largeur elles prennent le nom de pans creux ou de gouttières. Le sabre de cavalerie modèle 1882 présente un pan creux de chaque côté de la lame ; il en est de même du sabrebaïonnette modèle 1866. L'épée-baïonnette du fusil modèle 1874 n'a pas de cannelure à proprement parler ; celle du fusil modèle 1886 est carrée et présente quatre gouttières.
m. Métallurgie (V. Laminoir).
IV. Mines. — Lorsqu'une fracture tend à se propager à travers l'écorce terrestre, elle prend la voie de moindre résistance. Si nous supposons d'abord la masse homogène, ce sera la voie la plus courte, c.-à-d. le plan vertical. Si, au contraire, la masse du terrain n'est pas homogène, la surface de moindre résistance ne sera plus celle de moindre étendue géométrique . Ce qu'il y a lieu de rendre alors minimum par la pensée sera la somme des produits de chaque élément superficiel par sa ténacité spécifique. On comprend d'après cela que la surface d'ensemble, tout en restant plane dans chaque strate homogène, pourra présenter une orientation variable d'une couche à l'autre. Ce filon, si on le mettait à nu par l'enlèvement de son toit, présenterait à la vue une série de bandes comprises entre des droites parallèles, formant
Fig. 1.
des cannelures de directions et de plongements variables. La fig. 1 représente, avec le système des plans côtés, cet état de choses. H s'attache par suite un grand intérêt à discerner l'influence que pourra exercer sur la richesse la variation de la direction et du plongeraent d'une cannelure, suivant qu'on se dirigera dans le filon par une galerie de niveau ou par une fendue suivant la ligne de plus grande pente. En ce qui concerne d'abord la variation de l'inclinaison de la cannelure, on peut énoncer cette règle générale : les parties les plus raides sont les plus riches. 11 va sans dire que cette formule ne doit pas être entendue d'une manière absolue, mais que dans un même filon, soumis originairement à la même circulation hydrotbermale. les parties les plus redressées ont été, en général, les plus enrichies, par le mode de formation. On attribue d'ordinaire cette remarque à Richard Thomas qui l'a formulée en 1849 ; mais le fait était bien connu des anciens mineurs français, car Hellot l'a énoncé en 1756 dans ses descriptions de l'exploitation des mines de Baigorri, en basse Navarre ; cette règle était cependant encore niée par Déluis en 1773. Le fait, du reste, s'explique facilement. En effet, dans le glissement du toit sur le mur (fig. 2), les parties plates, servant de support, n'ont pas de motif de varier sensiblement d'épaisseur, tandis que la largeur des parties verticales va toujours en augmentant par l'écartement progressif de leurs éponîes. De plus, les vides sont toujours entretenus dans ces zones par les petits mouvements successifs, tandis que le poids supporté par la partie plate doit la broyer dans ce glissement, en produisant des salbandes argileuses et gênant la circulation des sources hydrothermales. C'est donc dans les
Fig
. -- Cannelures
(mines).