‹ La Grande encyclopédieChapitre 175 sur 397 · CAROUBIER — CAROUGE — 51Ô · texte numérisé non relu

CAROUBIER — CAROUGE — 51Ô

dont le tronc droit, à écorce brune, raboteuse, donne naissance à de nombreux rameaux tortueux et étalés, formant dans leur ensemble une cime arrondie. Ses feuilles sont alternes, persistantes, paripinnées, à folioles coriares, peu nombreuses, ovales-obtuses et glabres. Ses fleurs, disposées en grappes courtes qui naissent sur le bois des rameaux déjà anciens, sont polygames-dioiques et apétales. Le calice, de couleur rougeàtre, se compose de cinq sépales très petits et l'androcée, stérile dans les fleurs temelles, est formé de cinq éta mines terminées chacune par une anthère versatile, biloculaire et introrse, déhiscente par

Caroubier (Ceratonia siliqua L.) (Rameau florifère et fructifère).

deux fentes longitudinales. Le fruit est une gousse, plus ou moins allongée, droite ou arquée, à péricarpe drupacé, indéhiscent, à mésocarpe plus ou moins gorgé, à la maturité complète, d'une pulpe sucrée, de couleur brunâtre. Les graines, supportées par un funicule grêle assez long, renferment, sous leurs téguments, un embryon verdâtre placé au centre d'un albumen corné abondant.

Le Caroubier croît dans les terrains pierreux de la région méditerranéenne, surtout dans le midi de l'Espagne, en Sicile, en Grèce, dans le nord de l'Afrique et dans le Levant. Il est connu depuis la plus haute antiquité. C'est le Kspaùvia de Théophaste, le KspaTSLa ou Kspàxiov de Dioscoride, le Siliqua de Matthiole et le Siliqua grœca des Latins. Les Arabes l'appellent Chirnub ou Charûb, les Kabyles Takharrout, les Italiens Curraho ou Carubio, les Allemands Johannis brodbaum. Son bois dur, veiné de rouge foncé, est utilisé dans l'ébénisterie. Ses feuilles et son écorce, riches en tannin, servent pour le tannage des peaux. Ses fruits, appelés vulgairement Caroubes y Carouges, Pain de saint Jean^ Fèves de Pythagore, sont comestibles, bien qu'ils possèdent des propriétés laxatives très prononcées. Dans le midi de l'Espagne on les récolte en abondance; ils servent à la nourriture des bestiaux. Enfin, les graines donnent une belle teinture jaune. Ed. Lef.

Il, Sylviculture. — Tous les sols, sauf ceux qui sont humides ou marécageux, conviennent au caroubier. Jl prospère également dans les terrains secs et pierreux pourvu qu'ils aient du fond. On le multiplie par marcotte et par bouture, mais surtout par semis. On sème les graines au printemps sur place ou mieux en pépinière. La germination ne demande que quelques jours. Le sol doit être bien fumé et ameubli. Lorsque le milieu lui convient, le caroubier a une croissance rapide ; coupé, il repousse abondamment de souche. Son couvert est épais, sa longévité considérable. Ses usages sont nombreux; la menuiserie et l'ébénisterie recherchent son bois serré, dur, très dense et susceptible d'un beau poli. Le charronnage l'emploie également. Ce bois est bon pour la fente; exposé

à l'humidité, il dure peu et présente le défaut de se voiler, il fournit un charbon très estimé et un bon combustible. L'écorce et les leuilles renferment du tanin et fournissent du tan. Mais c'est par son fruit surtout que cet arbre est f>récieux. « La tradilion des chrétiens d'Orient porte que saint Jean se serait nourri de caroubes dans le désert, et c'est de là que, dans le moyen âge, on a tiré le nom de pain de Saint-Jean, pour le caroubier, » Dans les régions habitées par cet arbre, là où l'aridité du milieu s'oppose au succès d'autres cultures, les caroubes entrent dans le régime des habitants en fournissant un aliment sain et agréable. La pulpe est sucrée, et à ce titre utilisée par les Arabes en guise de sucre ; souvent aussi, ils la font fermenter et en extraient de Teau-de-vie. Elle sert encore à faire un sirop pectoral et, en Espagne, paraît-il, elle entre dans la fabrication d'un chocolat économique. Ces fruits sont une ressource précieuse pour l'aHmentation du b(';tail ; ils renferment, outre le sucre, une notable proportion de matières grasses et sont très propres à l'engraissement des boeuis et des porcs qui les mangent avec avidité. Les chevaux les recherchent également.

Un arbre aussi utile mérite les soins dont on l'entoure dans certaines contrées. 11 y répond largement et produit chaque année plusieurs milliers de kilog. de fruits à l'hect. La production d'un seul pied peut même dépasser annuellement 1,000 kilog. Un si beau résultat ne s'obtient que dans un terrain riche, arrosé, ameubli, où le Caroubier étend à son aise ses nombreuses racines. 11 faut, de plus, le greffer. Cet arbre, en effet, quelquefois polygame, porte le plus souvent ses fleurs mâles et ses fleurs femelles sur des pieds difiérents, aussi pour obtenir le maximum de rendement, il convient de faire développer sur les sujets mâles des bourgeons pris sur des pieds femelles. D'ailleurs, la greffe fournit les meilleures variétés ou les plus productives. Sur les pieds mâles, on ne conserve qu'une branche mâle, et sur les sujets femelles, il est utile de greffer une branche mâle pour assurer la fécondation. On greffe en écusson lorsque les jeunes caroubiers ont atteuit 0'"50 de hauteur. A cinq ou six ans, on les plante en motte à 15 m. d'intervalle. Le Caroubier fleurit en automne et ses fruits sont récoltés l'automne suivant. Pour les conserver, on les dispose en couche mince et en tas lorsqu'ils sont secs. Entassés aussitôt la récolte faite, ces fruits s'altèrent, noircissent et fermentent. G. Boyer. CAROUGE. Ville de Suisse, cant. de Genève, à un kil. et demi de Genève, sur la rive gauche de l'Arve et à peu de distance du confluent de cette rivière avec le Rhône; 5,889 hab. , cath. pour la plupart. Fabriques d'horlogerie, manufactures de tabacs et de porcelaines. Au siècle dernier, Carouge n'était qu'un village appartenant à la Sardaigne, lorsqu'on 1786 le roi Victor-Amédée II l'érigea en ch.-l. de prov. et chercha par de grands privilèges à y attirer les étrangers et à y fonder des industries afin d'en faire la rivale de Genève, et de porter de la sorte un coup fatal à la petite république réformée; mais les événements ne tardèrent pas à déjouer les intentions du roi. Réunie à la France en 1792, puis à la Suisse en 1816, Carouge a fait dès lors partie du canton de Genève. L'ancienne prov. de Carouge, annexée à la France en 1860 avec le reste de la Savoie, forme aujourd'hui l'arr. de Saint- Julien du dép. de la Haute-Savoie. Arthur de Clapârède. CAROUGE. 1. Botanique. — (V. Caroube). Le Carouge à miel est le Gleditschia triacanthos L., ou Fèvier d'Amérique (V. Gleditschia).

IL Ornithologie. — Ce nom qui, à l'origine, désignait une espèce de Troupiales de la Martinique, Vlcterus bonana {Oriolus bonana L.) a été emj)loyé par la suite comme terme générique. Ainsi Daubenton appelait Carouge de Saint-Domingue ï Icterus dominicensis (Oriolus dominicensis L.) et Carouge du Mexique Vlcterus xanthornus Gm., qui, pour le dire en passant, ne se trouve pas au Mexique mais en Colombie, dans le Vene-

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zuela et à la Guyane, et G. Cuvier (Tab, élém., 1798 et Règn» anim,, 4^® édit., 1817, t. 1, p. 394) faisait des Carouges ou Xanthornus une subdivision des Cassiques dans laquelle il taisait rentrer les Oriolus icterus, minor, guyanensiSy phœniceus, americanus, leucopterus, bonana^ cayanentis, iderocephalus, mexicanus, xanthornus, baltimore, spurius QimelancholicusdQUimé, de Gmelin et de Latham. Cuvier ajoutait que les Carouges ne diffèrent des Troupiales que par leur bec tout à tait droit; mais cette légère différence n'est même pas constante et on trouve toutes les transitions entre les Carouges et les Troupiales parmi lesquels, d'ailleurs, Cuvier plaçait l'espèce de Saint-Domingue que Daubenton qualifiait de Carouge. Il n'est donc pas étonnant que les auteurs n'aient pu s'entendre sur les limites à assigner au genre Xanthornus et c'est avec raison que dans une monographie récente, M. Ph.-L. Sclater a fait disparaître cette subdivision des Icterus^ au même titre que les prétendus genres Ândriopsar (Cass.), Pendulinus (V.), Melanopsar (Cass.), Bananivorus (Bp.), Yphantes (V.), etc. (V. Troupiale). E. Oustalet.

BiBL. : Ornithologie. — Daubenton, Pi. Enl. de Buffon, 1770, pi. 5, fig. 1 et 2, et pi. 535, fig. 1. - Ph.-L. Sclater, Cat. B.Brit. Mus., 1886, t. XI, p. 368.

CAROUGE (Bertrand-Augustin), astronome français, né à Dol le 8 oct. 1741, mort'à Paris le 25 mars 1798. Lié avec Lalande, il fit pour lui de nombreux calculs, notamment pour la réduction en décimales des tables astronomiques, et inséra dans la Connaissance des temps de 1781, 1789 et 1798, divers mémoires, notamment sur les parallaxes. Le même recueil, pour 1801, contient son dernier travail, tables pour les phases de la lune. 11 collabora également au Globe céleste de Delamarche. Longtemps obligé, pour vivre, de se consacrer à des éducations particulières, il obtint, en 1793, de Larevellière-Lépeaux, une nomination comme administrateur général des postes, qui lui permit d'achever sa carrière avec quelque aisance.

CARP (Pierre), homme diktat et publiciste roumain contemporain, né à Jassy en 1837. Il a fait toutes ses études en Allemagne. Rentré en Roumanie vers la fin du règne du prince Couza, il fut nommé conseiller référendaire au Consed d'Etat et prit une part active à la fondation, à Jassy, de la société littéraire Junimea (la jeunesse). En 1866, il se fit nommer secrétaire privé de la lieutenance princière et, peu après, obtint le poste de secréiaire à l'agence roumaine de Paris. Cette situation n'était pas faite pour un homme aussi remuant et aussi ambitieux. Rentré en Roumanie, il tonda, avec M. Nicolas Blaremberg, le journal le Pays roumain^ qui se fit remarquer par ses violentes attaques contre le parti libéral. Rallié au f»arti conservateur, M. Carp devint agent diplomatique à Vienne, puis ministre dans le cabinet Lascar Catargiu (1871-1876). C'est de cette époque que datent ses premiers efforts pour fonder un nouveau parti politique, qu'il intitula d'abord parti à^^ jeunes conservateurs, puis parti des j animistes. Cependant, en 1883, après la proclauiation de la royauté, il accepta, sous le ministère Jean Bratiano, le poste de ministre de Roumanie à Vienne. Au bout de deux ans, il résigna ces fonctions pour aller prendre part, à Bucarest, à la campagne entreprise contre le parti libéral. Il fut un des orateurs de la coalition des conservateurs, qui aboutit à la retraite de M. Jean Bratiano (mars 1888). Les junimistes furent, seuls appelés à recueillir la succession du cabinet démissionnaire et M. Carp prit le portefeuille des affaires étrangères dans le cabinet présidé par M. Théodore Rosetti. Le chef des junimistes dut alors reconnaître que son parti ne formait qu'un petit groupe parlementaire, qu'il manquait d'hommes rompus aux affaires et qu'il n'avait d'autorité ni sur le Parlement ni sur le pays. Pour se maintenir pendant une année au pouvoir, il dut faire d'importantes concessions aux vieux conservateurs qui obtinrent une majorité écrasante aux élections générales de l'automne 1888. L'ad-

jonction de deux ministres vieux conservateurs au cabinet Rosetti-Carp ne retarda que de quelques mois la chute du ministère junimiste, qui a été remplacé, en avr. 1889, par un cabinet Lascar Cartargiu. M. Carp a traduit Hamlet, Othello et Macbeth de Shakespeare, et a publié ses discours politiques sous le titre de Era noua (la ISou^ velle Ere).

CARPAGCIO (Vittore), célèbre peintre vénitien, qui fleurit de 1490 à lolo. Les dates de sa naissance et de sa mort sont inconnues. Une tradition peu sûre le fait naître dans une ville d'istrie, on ne sait laquelle. Il fut, dès sa jeunesse, compagnon d'un certain Lazzaro Bastiani, dont Vasari a fait son frère. En l'absence de tout document biographique (Ridolfi nous apprend seulement qu'il était issu d'une ancienne famille bourgeoise et que sa mort l'ut un deuil public), il faut s'efforcer de classer par époques les œuvres admirables qui le désignent comme un des maîtres les plus originaux de Técofe vénitienne. Le germe des chefs-d'œuvre de Carpaccio est dans un Tableau d'autel dédié à saint Vincent dans l'église des SS. Jean et Paul de Venise. Le saint s'élève sur des nuages, dans une gloire formée de petites têtes d'anges, entre saint Christoptie et saint Sébastien ; trois compartiments supérieurs renferment un Christ en croix, la Vierge et VAnge de V Annonciation \ le gradin représente des Scènes de la vie de saint \ incent. L'œuvre a été attribuée tour à tour à Giovanni Bellini, à Bartolommeo Vivarini, enfin à Carpaccio. La véiité est que plusieurs artistes durent travailler ensemble aux différents panneaux, et que le tout s'exécuta sans doute dans l'atelier du vieux Vivarini. Carpaccio eut encore un collaborateur, Luigi Vivarini, lorsqu'd fut appelé, après Giovanni Bellini, à décorer de ses peintures l'école de San Girolamo à Venise; par malheur, toutes les œuvres peintes a[)partenant à cette confrérie religieuse ont été dispersées et perdues ; elles devaient être fort intéressantes pour l'étude des procédés du peintre, et marquer chez lui le moment de transition entre la détrempe et la peinture à Fhuile.

On suppose qu'en 1479 Carpaccio accompagna Gentile Bellmi à Constantinople, et qu'il rapporta de fà-bas cette ampleur de dessin, cette couleur chaude, ces lumineux paysages, enfin cette prédilection pour le costume oriental qui le caractérisent; en tout cas, on peut atfirmer qu'il est redevable à Gentile, plus qu'à tout autre, de cette grandeur du style et de cette science de la composition qui sont déjà, avec moins de lumière peut-être, et de délicatesse, l'apanage de l'aîné des Bellini. Nulle part il ne rivalise de plus près avec Gentile que dans cette admirable Légende de sainte Ursule, qui occupa sa féconde imagination de 1490 à 1495. Ce monument de l'art chrétien, qui comprend toute une série de neuf tableaux, exécuté sur l'ordre pieux d'une confrérie, est conservé maintenant à l'Académie de Venise, où il est peut-être trop à l'étroit, trop écrasé par les vastes ouvrages des artistes postérieurs, pour que l'on se fasse une juste idée de la grandeur de l'ensemble, et des minutieuses merveilles qu'enferme chaque composition. Carpaccio d'ailleurs, s'il a représenté les principaux é[isodes de la légende, s'obt fort peu soucié de la chronologie pour les ordonner ; il peignit, en 1490, ï Arrivée de sainte Ursule à Cologne; en 1491, sa Glorification après sa mort; en 1493, son Rêve et son Entretien avec le prince d'Angleterre ; dans Tintervalle, ï Audience de congé des ambassadeurs anglais dans le palais du roi Maurus ; leur Retour en Angleterre ; la. Rencontre d'Ursule et de ses lierges avec le Pape aux portes de Rome; la Réception des ambassadeurs venant demander la main d'Ursule pour leur roi; enfin, la Mort de la sainte. Il n'y a rien de plus frappant dans ces tableaux, d'ailleurs un peu endommagés et assombris par le temps, que la parfaite correction de la perspective linéaire, et dans les paysages et dans les

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intérieurs ; il est évident que Carpaccio a appris du môme maître que Bellini tous les problèmes alors éclaircis de sa science. Partout les proportions sont sagement observées, depuis la figure du doge jusqu'à celle du moindre batelier; partout la richesse dans les architectures, la variété dans les combinaisons de groupes et de costumes, enfin un réalisme précis qui corrige les défectuosités voulues de l'arrangement, et les répétitions forcées. Par exemple, dans une des meilleures compositions, le Voyage et r arrivée du prince (T Angleterre, le môme personnage, au premier plan, est figuré jusqu'à trois fois, dans trois scènes successives ; mais ce défaut d'unité, conservé des peintres primitifs, est corrigé ici par l'ensemble charmant du décor. A droite et à gauche, des terrains boisés, des palais comme en peindra Claude Lorrain ; dans le milieu, la mer, toute lumineuse, couver! e de vaisseaux ; en avant, sur une sorte de chaussée en bois que divise ingénieusement un grand mât à oriflamme, se meuvent les personnages, dont les groupes s'équilibrent de part et d'autre sans pesanteur. D'un côté, le prince quitte son père ; de l'autre, il est reçu par le roi Maurus ; et toutes ces petites figures ont chacune leur individualité bien marquée, avec un luxe de costumes que Titien et Véronèse ne dépasseront pas.

En 1494, Carpaccio fut appelé, avec Mansueti, Diana et Lazzaro, à décorer l'école de San Giovanni Évangelista. 11 y peignit le Patriarche de Grado chassant un démon, tableau intéressant, aux nombreux personnages, qui procède, plus encore que la Légende de sainte Ursule, de la manière de Gentile. On y remarque une vue excellente de l'ancien Rialto et du palais du patriarche de Grado, tel qu'il existait à la fin du xv« siècle. De 1496, est un Christ sanglant parmi les anges, œuvre assez médiocre, au Belvédère de Vienne. Quelques années plus tard, les Dalmates établis à S. Giorgio de' Schiavoni choisirent Carpaccio pour décorer leur petite chapelle; ils voulaient y faire représenter la vie du Sauveur et des saints patrons de la Dalmatie et de l'Albanie, Jérôme, Georges et Tryphon. Carpaccio leur livra en cinq ans, de 1502 à 1508, neuf petites compositions et un tableau d'autel, qui ont survécu jusqu'à nos jours sans trop de dommages. Le sentiment poétique du peintre s'y montre avec moins d'éclat que précédemment, mais avec un charme plus intime. Le Saint Jérôme dans sa cellule est très curieux ; cette cellule est une vaste chambre où il y a des livres à profusion, un autel surmonté d'une statue du Christ; on aperçoit par la fenêtre ouverte deux chevaux de bronze contre un mur. Basaiti a imité ce tableau. Dans la Mort de Saint Jérôme on remarque de beaux costumes orientaux, comme aussi dans le Baptême des Gentils par saint Georges; dans le Combat de saint Georges contre le dragon, le paysage lumineux est tout oriental ; autour du dragon se voient des cadavres et des débris humains d'un réalisme violent. Il y a d'admirables détails dans plusieurs autres compositions : Saint Tryphon tuant le dragon d'Albanie, qui fait pendant au Saint Georges ; le Christ h la table du Pharisien, et le Christ sur la montagne; la Madone entre deux anges, qui forme le tableau d'autel.

A la même période appartiennent une Annonciation, de 1504, à l'Académie des Beaux-Arts de Vienne ; la Gloire de saint Thomas d'Aquin, de 1507, au musée de Stuttgart; les Funérailles de la Vierge, de 1508, à la galerie de Ferrare. La vive amitié qu'il témoignait à Giovanni Bellini n'empêcha point Carpaccio d'accepter la commande d'une Présentation au temple pour l'église de San Giobbe, oii l'on admirait un des principaux tableaux d'autel de Bellini ; et il voulut le surpasser. L'effort visiblement est grand, et le succès demeure honorable. Le tableau dénote une étroite parenté avec la composition de BelHni, auquel on pourrait fort bien attribuer les trois petits anges musiciens assis sur les marches de l'autel ; il lui est supérieur par la noblesse des groupes : le vieil-

lard Siméon est un véritable pape suivi par ses cardinaux. La même largeur de style et la même noblesse paraissent dans le Christ à Emmails de l'église San Salvatore, que l'on a longtemps attribué à Giovanni Bellini. Vers l'année

1510, Carpaccio atteint à l'apogée de son talent, et il élar^ git encore sa manière. Il peint, dans la salle du grand conseil, V Indulgence de saint Marc, peat-ôtre son chefd'œuvre, malheureusement détruit par le fatal incendie de 1577 ; et il se range parmi les inventeurs de la peinture familière avec son charmant tableau du musée Correr, Dames vénitiennes jouant sur une terrasse. C'est alors qu'il mérite pleinement l'excellente appréciation de Ch, Blanc, qui a marqué que son génie était à la fois expressif et décoratif, et que par une alliance peutêtre unique dans l'histoire de la peinture, il avait réuni deux qualités qui paraissent incompatibles : l'intimité du sentiment et le goût des magnificences extérieures. En

1511, il entreprend encore un vaste ouvrage pour la confrérie de Saint-Etienne, toute une vie du martyr, en quatre tableaux qui ont été dispersés en différents pays : la Vocation de saint Etienne, qui date de 1511, est au musée de Berlin ; la Prédication du saint, au Louvre ; sa Dispute avec les docteurs, de 1514, au musée Brera; son Martyre, de 1515, à Stuttgart ; on y retrouve le même talent que dans les séries destinées aux confréries de sainte Ursule et de saint Georges des Esclavons.

Ensuite commence un rapide déclin. En 1514, Carpaccio peint un tableau d'autel pour San Vitale de dimensions et de composition inusitées. Le saint patron est à cheval dans une cour, entre d'autres saints ; au fond, sur une éminence, on voit saint Pierre et saint André qui adorent la Vierge glorieuse. En 1515, il compose un autre tableau d'autel, fort médiocre, pour les moines de S. Antonio di Castello de Venise. La même année, il peint, pour S. Francesco de Trévise, la Rencontre de saint Joachim et de sainte Anne, que Previtali dut achever ; puis il exécute divers petits tableaux que l'on conserve àKovigo, à Bergame, au musée Brera, au Louvre (Sainte Famille), au musée de Berlin (Vierge et saints). On s'étonne, en voyant la faiblesse de ses dernières œuvres, qu'au moment où Titien travaillait déjà pour le palais ducal, Carpaccio, vieilli, ait pu trouver encore d'importantes commandes en Istrie et en Lombardie, dans le Frioul. On a de lui des peintures datées jusqu'en 1519 ; il disparaît alors, laissant à un pauvre rejeton de sa race, Benedetto, une ombre de son talent. En résumé, Vittore Carpaccio est un des plus charmants précurseurs des grands Vénitiens du xvi*^ siècle ; il ébauche par avance, dans ses petits tableaux si équilibrés, si savants, la composition ample de Titien, le décor somptueux de Véronèse. Il fond en lui les qualités les plus diverses des deux Bellini, le goût du pittoresque et la douceur tendre et intime. 11 touche encore, par un côté, aux primitifs les plus délicats, tandis qu'il montre discrètement la science accomplie, le dessin et le coloris de ses glorieux successeurs; mérite rare, qui explique suffisamment la faveur dont il jouit auprès des artistes modernes. A. Pératé.

BiBL. : Crow'E et Cavalcaselle , Historij of Painting in North lialy, t. I.— Gh. Blanc, Hist. des peintres^ Ecole vénitienne,— Rio, De rAric/u^éhen, 1874, t. IV, p. 97,

CARPACCIO (Benedetto), peintre vénitien, xvi® siècle. Frère du précédent, il l'aida peut-être dans quelques-unes de ses dernières productions ; ses propres œuvres témoignent d'une partaite médiocrité.

CARPANI (Giuseppe), poète dramatique italien, né à Villalbese, district de la Briansa (Milanais), le 28 janv. 1752, mort à Vienne (Autriche). Parini accueillit avec éloge ses premiers vers écrits en dialecte milanais et sa première pièce, une comédie, obtint un certain succès ; cela détermina sa cairière. Néanmoins, il se fit journaliste pendant la Révolution, puis, suivant la retraite des Autrichiens, se retira à Vienne, où il fut attaché comme poète,

CAHPANI — CARPE

c.-à-d. comme librettiste au théâtre impérial. Lié avec Haydn, il écrivit, sous le titre de Haydines et en forme de lettres, la vie du grand compositeur. Ce fut cet ouvrage même que Beyle traduisit en français et s'appropria ; les Lettres écrites de Vienne en Autriche sur le célèbre compositeur Jh, Haydn, suivies d'une vie de Mozart et de considérations sur Métastase et l'état présent de la musique en Italie, par Louis- Alexandre- César Bomhet (Paris, 4814, in-8) ne sont, en effet, autre chose que les Haydines légèrement modifiées, selon les opinions musicales de Beyle. Carpani, non sans raison, cria au plagiat et Beyle,' Stendhal et Bombet durent avouer la fraude. Ceci a rendu Carpani presque célèbre en France et on peut croire, en somme, que Beyle lui a rendu service, il eut deux autres polémiques avec le Vénitien Majer au sujet de l'école vénitienne, puis à propos de Rossini ; c'était un grand batailleur, non pas un mauvais caractère ; battu ou vainqueur, il n'en voulait pas à ses adversaires. Outre les Haydine, overo lettere intorno alla vita e le opère del célèbre maestro Giuseppe Haydn (Milan, 1812, in-8), nous ne citerons aucun autre des nombreux ouvrages de Carpani, théâtre, critique, poème, etc. Tipaldo en donne la liste détaillée. R. G.

BiBL. : Tipaldo, Biografia degli Italiani illustri, — M. Colomb, Notice sur la vie et les ouvrages de M. Beyle (en tête de la Chartreuse de Parme, éd. de 1846).

CARPASIA (Géogr. anc). Presqu'île et ville à l'extrémité orientale de Chypre, aujourd'hui Carpasso ; devant cette ville, se trouvaient les îles Carpasiques.

CARPATES (V.Karpates).

CARPATHOS. Ile de l'Archipel, l'une des Sporades, appelée aussi quelquefois de son nom italien Scarpanto, Elle est située entre la Crète et Rhodes, un peu plus voisine de cette dernière, et s'étend du N. au S. par 24« 55' long. E. et 35« 30' lat. N. Sa plus grande longueur est environ 55 kil. , sa largeur 18, son circuit 139. L'île est montagneuse et abrupte, et la côte en est généralement peu accessible; mais elle jouit d'un climat doux et très salubre. L'histoire de Carpathos dans les temps anciens est peu connue; on sait qu'elle fut soumise à Minos, et plus tard colonisée par des Dorions d'Argos ; dans la suite, elle passa sous la domination rhodienne et fut conquise avec Rhodes par les Romains. Elle avait alors, suivant les géographes anciens, quatre villes : Strabon cite Nisyros, Ptolémée Posidion; Arkésia et Brykonte sont connues par les textes épigraphiques. Aujourd'hui, l'île appartient à la Turquie; elle forme avec l'île voisine de Casos une circonscription qui fait partie de l'eyalet de Djezaïr (les îles), dont le ch.-l. est à Rhodes. Elle contient environ 7,000 hab., tous grecs et parlant grec, répartis en neuf villages : Apérion, ch.-î. de l'île, Arkassa, Ménétès, Mésokhôria, Olympos, Othos, Pylse, Spôa et Volas, auxc[uels il faut ajouter les petits ports de Pigadia, Giaphani et Phiniki. M. Beaudouin.

CARPE. I. Ichtyologie. — Nom vulgaire des Cyprins en général et plus spécialement du Cyprin carpe. Poisson osseux (Téléostéens), de l'ordre des Physostomes et de la famille des Cyprinidœ, auxquels nous renvoyons pour tout ce qui concerne la Carpe vulgaire et ses congénères. ROCHBR.

II. Elève et Pêche. — La carpe habite les eaux tranquilles, où elle se lient sur les fonds vaseux ; elle fréquente de préférence les étangs et pièces d'eau sans écoulement. Sa nourriture consiste en larves d'insectes, vers, petits coquillages, frai de poisson, jeunes plantes aquatiques, débris de substances végétales et animales de toutes sortes. Elle mange avec une gloutonnerie telle que souvent elle en périt, aussi doit-on lui ménager la nourriture. On sait avec quelle avidité elle se jette sur les morceaux de pain. Lorsque les carpes ont une eau et une alimentation convenables, elles grossissent et engraissent rapidement pendant les premières années, ensuite très lentement ; il n'est pas rare d'en voir de 6 à 8 kilogr. ;

on en cite qui atteipent le poids de 30 kilogr. De telles carpes sont naturellement parvenues à un âge très avancé. A Charlottenbourg, on en a trouvé qui avaient atteint cent vingt ans. L'étang du parc de Fontainebleau en possède de centenaires.

La carpe fraye de mai en septembre ; elle dépose dans les endroits herbeux ses œufs que les mâles viennent ensuite féconder. L'éclosion se fait le sixième ou le septième jour après la ponte ; la reproduction a lieu dès la troisième année. La fécondité de ce poisson est prodigieuse : on a compté jusqu'à 600,000 œufs dans l'ovaire d'une femelle de 4 kilogr. Mais tous ces œufs ne deviennent pas carpes, beaucoup sont la proie d'autres poissons, sans conjpter différentes circonstances qui contribuent à arrêter leur développement. Quand le nombre d'individus devient trop grand dans un étang, il en résulte une gêne dans la circulation, et une alimentation insuffisante; par suite, leur accroissement se ralentit et leur chair perd de sa qualité. On remédie à cet inconvénient en leur adjoignant (juclques brochets ou des perches, qui détruisent les jeunes. Ce poisson fournit un aliment facile à digérer et l'on peut encore l'améliorer par un procédé semblable à celui employé pour faire les chapons. Pendant le premier âge, on enlève les ovaires ou la laitance, et, après avoir rapproché et cousu les bords de la plaie, on rejette les carpes à l'eau. Quand elles ont deux ans, on les engraisse dans un étang ad hoc; à trois ans, elles possèdent une chair d'un goût délicat; c'est, dit-on, dans la cinquième année qu'elle est le plus agréable. La carpe était connue des Grecs et des Romains qui la prisaient moins que nous ; sa fécondité l'avait fait consacrer à Vénus.

On pêche la carpe à l'aide des différents filets en usage, tels que l'épervier, ou à la ligne avec le ver de terre, le blé ou les fèves cuites comme amorces. L'hameçon doit être tout près du fond et même traîner à terre. Lorsque la carpe tient l'appât dans sa bouche, ce qui est indiqué par un mouvement fuyant et continu de la flotte, il faut ferrer d'une façon brusque. On amène ensuite le poisson à terre par les procédés connus. La consommation française est alimentée par les étangs de la Sologne, de la Bresse et du Forez et par l'importation allemande. Celle-ci fournit aussi la Russie. Les carpes de Bohême et de Silésie sont très estimées; les étangs de la Prusse en nourrissent beaucoup.

ni. Art culinaire. — Les carpes de rivière sont plus estimées que celles des étangs, parce qu'elles n'ont pas un goût de vase; les plus grosses et d'une couleur dorée sont les meilleures, et c'est pendant l'automne et l'hiver (d'octobre à avril), que leur chair doit être recherchée pour ses bonnes qualités nutritives. Pour empêcher la carpe pêchée en eau vaseuse d'avoir un goût de bourbe, il suffit de lui faire avaler un petit verre de vinaigre, ou de la conserver pendant une huitaine de jours dans une boîte percée de trous et traversée constamment par une eau courante. — Les carpes de rivière sont reconnaissables à leurs écailles un peu brunes sur le dos, blanchâtres sur le ventre et d'un jaune doré sur les côtés. — Pour la consommation il faut les choisir grosses, larges et peu allongées. On doit donner la préférence aux carpes laitées. Elles peuvent s'apprêter de bien des manières :

Carpe frite. Après l'avoir écaillée, vidée et bien nettoyée, on la fend par le dos, on retire la laitance ou les œufs, on aplatit la grosse arête et on fait mariner pendant une heure ou deux avec poivre, sel, oignon, thym, laurier, persil et un peu de vinaigre. On passe ensuite le poisson dans la farine et on le met dans une friture très chaude avec la laite ou les œufs farinés à part. La cuisson achevée, on sert le tout avec un jus de citron ou une garniture de persil frit.

Carpe à la Chambord, La carpe, choisie grosse et laitée, est écaillée, vidée et lavée, puis garnie intérieurement et extérieurement d'une farce à quenelles (V. ce mot), emballée dans un linge et cuite au court-bouillon.

CABPE — CARPEÂUX — 514

Une fois cuite, on l'égouUe, on la déballe et on la dresse sur un plat avec une garniture dans le genre de la financière (V. ce mot).

La carpe peut s'apprêter encore à la provençale, en matelote (V, ce mot), à la maître d'hôtel, sur une farce d'oseille. Nous renvoyons pour ces différents procédés aux Manuels de cuisine en usage.

CARREAUX (Jean-Baptiste), sculpteur français, né à Valenciennes (Nord) le 11 mai 1827, mort à Courbevoie le 12 oct.. 1875. Fils d'un pauvre maçon chargé de famille, il connut dès les premiers pas l'âpreté de la lutte pour l'existence, et dut peut-être au métier paternel le désir secret de faire vivre la pierre ou le marbre. Ses premières études se firent à l'Académie de Valenciennes. Puis il vint à Paris, où il commence par suivre les cours de l'Ecole de dessin et de mathématiques (rue de l'Ecolede-Médecine), de 1842 à 1844. Reçu à l'Ecole des beauxarts le 2 oct. 1844, il y travaille avec acharnement pendant dix ans en vue du prix de Rome qu'il finit par obtenir, après plusieurs essais infructueux, le 9 sept. 1854 (Hectqr tenant dans ses bras son fils Astyanax). Bien qu'élève de Rude et ayant même subi, dit-on, l'influence de David d'Angers, il était encore fort sage alors ou du moins feignait de l'être, et tenait plus du classique Duret, son second maître, que des deux grands initiateurs qui ont fondé l'art moderne. Ses débuts, au Salon de 1853, n'eurent rien d'un révolutionnaire (T Empereur Napoléon recevant Abd-el-Kader au palais de Saint-Cloud, basrelief en plâtre). Il avait exécuté auparavant, en 1844, quatre statues en plâtre des Pères de l'Eglise pour l'église de Monchy-le-Preux (Pas-de-Calais) et surtout en 1848 la Sainte Alliance des peuples, grande frise en bas-relief, pour un de ses protecteurs et amis les plus fidèles, M. J.-B. Foucart, avocat à Valenciennes. Cette œuvre peu connue n'est pas sans intérêt, et la figure de la Paix notamment, qui descend sur la terre en semant des fleurs, annonce déjà l'amour du sourire. Mais c'est à Rome qu^il découvrit son jeu, qu'il se souvint de Rude tout en adorant Donatello et Michel-Ange, et devint par excellence le maître de la statuaire agitée que nous avons connu. II commença par faire une étude attentive du type italien moderne. Parmi ses premiers envois figure le buste de la Palombella (1856), réexposé en marbre au Salon de 1864. Son Jeune Pêcheur napolitain, qui écoute bruire une coquille (1858), a le tort de rappeler trop ouvertement \ Enfant à la tortue de Rude, et d'exagérer peutêtre jusqu'à la frénésie l'animation joyeuse. Mais tout Carpeaux est déjà là en germe, avec ses qualités comme avec ses défauts. Rien n'égala le succès de cette charmante figure, qu*il a d'ailleurs exploitée largement. Réexposée en bronze au Salon de 1859, elle lui valut d'emblée une médaille de 2® classe. Malade, ayant passé en France la plus grande partie de 1860 et obtenu une prolongation de séjour de deux ans, il se contente de la renvoyer encore, ébauchée en marbre, comme envoi retardé de quatrième année. Elle ne fut achevée sous cette forme définitive qu'en 1863.

Carpeaux du reste en prit toujours un peu à son aise avec les règlements d^école. Il avait la réputation d'être un insoumis, et son envoi de dernière année, Ugolin et ses enfants, ne se fit pas sans difiiculté. Il attachait une grande importance à ce groupe dramatique inspiré de fiante. Il croyait naïvement travailler dans le sublime. Peut-être y trouve-t-on pourtant plus de fièvre que de vraie grandeur, une certaine redondance même qui rappelle plutôt Bandinelli que Michel- Ange. Exposée exceptionnellement au printemps de 1 862 à l'Ecole des beauxarts, l'œuvre reparut en bronze au Salon de 1863 avec le Jeune Pêcheur napolitain (marbre) et le beau portrait de la Princesse Mathilde, buste en marbre conçu à la manière des Coysevox et des Coustou, et qui a si grand air sous l'opulence des draperies. Ce chef-d'œuvre, qui marque le début de ses relations avec la famille im-

périale (elles devinrent de plus en plus étroites), contribua au succès de son exposition pour laquelle il obtint une médaille de l'« classe. Il s'était déjà essayé à Rome à ces portraits sculptés, qui comptent pour une part importante dans son œuvre (bustes de la Marquise de La Valette, marbre; du Marquis de Piennes et de M. Vaudremer, architecte, bronze). En 1864, outre la Palombella, souvenir de la Sabine (buste en marbre), il expose la Jeune Fille à la coquille, plâtre destiné à fournir pour le commerce un pendant au Jeune pêcheur et qui a tous les défauts d'une réplique trop exacte, quelque chose de forcé dans l'attitude et le sourire. En 1865, il fait un certain nombre de bustes, ceux de MM. Ernest et Edouard André, du peintre Eugène Giraud (bronze), de M. Tissot, consul à Jassi, du comte Welles de la Valette, de W^^ Benedetti, mais dont aucun ne figure au Salon. Il était alors occupé à deux œuvres considérables et qui l'absorbaient complètement, la décoration du

Groupe de Flore,

Pavillon de Flore et la statue du Prince impérial, exposées en plâtre au Salon de 1866. Un groupe en pierre représentant la Tempérance, achevé en 1865 et placé très haut sur une des faces latérales de la Trinité, a beaucoup moins d'importance. Le jour où il conçut l'ornementation décorative du pavillon de Flore compte parmi ceux où il fut le plus heureusement inspiré. Le fronton qui parut seul au Salon (la France impériale portant la lumière dans le monde et protégeant Vagriculture et le commerce) n'est pas la meilleure partie ni la plus originale. Mais le merveilleux bas-relief placé au-dessous, bien qu'un peu exubérant peut-être, est la personnification même de son art sous sa forme parfaite. Jamais il n'a été plus libre et plus sainement joyeux. Flore elle-même, la déesse de la jeunesse et de la grâce, nous apparaît à demi agenouillée, souriante, écartant les buissons fleuris, et laissant passer sous ses bras une ronde d'enfants joueurs qui trébuchent parmi les roses. Rubens eût admiré ce corps de femme et Donatello ces pétulants marmots. La statue du Prince impérial eut un succès non moins mérité, et Carpeaux fut nommé chevalier de la Légion d'honneur le 13 août 1866. Au Salon de 1867, il réexposa en marbre le buste du petit prince, ainsi que lai Jeune fille à la coquille, achetée par l'impératrice. La statue entière du prince reparut en marbre à l'Exposition universelle, accompagnée du Jeune Pêcheur, de l' Ugolin, etc. (méd. de 1'® classe), et en bronze argenté au Salon de 1868, avec Télégant buste en marbre de la Duchesse de Mouehy,

Carpeaux venait alors de recevoir une importante commande : il était chargé d'exécuter l'un des quatre groupes de la façade du nouvel Opéra. Ce fameux groupe de la

CARPEÂUX

Danse ^ achevé et mis en place en 4869, rendit son nom définitivement populaire, grâce aux protestations indignées qui lui firent une sorte de réclame. La pudeur pu-

f-r/f/tifius ^A' Sa \

Groupe de la Danse.

blique s'en crut offensée, et un défenseur anonyme de la vertu pensa faire œuvre de justice en lançant contre le groupe une bouteille d'encre. 11 est certain que cette oeuvre fougueuse et d'un réalisme exalté ne parle pas aux sens un langage très noble : la joie de vivre y aboutit à l'ivresse ; c'est une ronde de bacchantes affolées que guide le jeune dieu au sourire de faune. Mais quelle animation et quelle audace \ On y retrouve l'élève de Rude, de Tadmirable artiste qui a animé d'un si grand souffle le Chant du départ sur l'Arc de triomphe de l'Etoile. Cette fois encore pourtant, Carpeaux avait eu le tort grave de déborder les limites prescrites. De là, un manque choquant d'équilibre et d'harmonie dans l'architecture. Les années suivantes sont remplies par de menus travaux, des bustes surtout. Il avait déjà reçu la commande de la fontaine du Luxembourg. Au Salon de 1869, il expose une étude à mi-corps pour une des figures, la ISégresse (marbre) et l'étonnant buste en bronze si agité et remuant de Ch, Garnier, l'architecte de l'Opéra. Il fit cependant par reconnaissance deux œuvres plus importantes destinées à sa ville natale : une statue de Watteau (bronze) en vue d'un monument projeté (1869), et un bas-relief en pierre (la Ville de Valenciennes repoussant Vinvasion) pour le fronton de l'hôtel de ville (1870). Au Salon de 1870 figuraient deux bustes en marbre, celui de M^^^ Eugénie Fiocre et une Mater Dolorosa d'une expression profonde, qui prouve qu'il était mûr désormais pour traiter la douleur. En Angleterre, pendant la Commune, il fit le buste en bronze un peu théâtral, mais vivant de M. Ch, Gounod (1871). Sa dernière grande œuvre fut la fontaine qui termine les allées du Luxembourg, du côté de l'Observatoire. Le mo-

tif central seul est de lui (les Quatre parties du monde soutenant la sphère); les animaux sont de Frémiet. Exposée en plâtre au Salon de 187^, avec le beau buste en bronze de M. Gérôme, cette composition ingénieuse et hardie n'eut pas tout le succès qu'elle méritait. Coulée en bronze et mise en place (1874), elle a repris la faveur du public. Carpeaux, toujours préoccupé de la vérité et de la couleur, rêvait de donner à chacune des figures une patine diff^érente, pour mieux marquer le caractère et la coloration môme des races. Il est fâcheux qu'on n'ait pas cru devoir exécuter ce projet original. Les dernières années de sa vie furent assombries par un mariage malheureux, par une longue et cruelle maladie. On vit encore de lui au Salon : en 1873, les bustes de M. et M^'^ Chardon- Lagache (marbre); ceux de M^*' Sipierre et de M. Alexandre Dumas fils (marbre), auxquels il avait joint une délicate statuette en marbre, l'Amour blessé (acheté par le prince Stirbey); en 1875 enfin, ceux du peintre Chérier^ son ami (bronze) et de M"^« Alexandre Dumas (marbre). Nommé officier de la Légion d'honneur à peu près in extremis le 6 août 1875, il mourut à Courbevoie lelSoct.

Dessinateur infatigable, comme le sont rarement les sculpteurs, Carpeaux a rempli jusqu'à la fin des albums de croquis dans les intervalles de ses atroces souffrances. Cette force de résistance, cette activité prodigieuse justifient le mot attribué à David d'Angers : « Coupez la tête

Groupe de la fontaine de l'Observatoire.

à Carpeaux, ses mains continueront à modeler l'argile. » Il songeait à un Saint Bernard pour le Panthéon. Peutêtre était-il sur la voie d'un art plus éloquent et plus noble. La plus grande partie de ses dessins a été donnée )ar le prince Stirbey, l'ami fidèle des derniers jours, à a ville de Valenciennes ; le reste, à l'Ecole des beaux-arts et au Louvre. On a également de Carpeaux quelques eaux-fortes, il a fait en grand nombre des modèles de terres cuites pour le commerce. S'il manqua souvent de

CARPEAUX — CAKPEISTER

mesure et de goût, si son idéal fut singulièrement fiévreux et sensuel, en revanche, il lui sera beaucoup pardonné parce qu'il a connu la grâce et le frémissement même de la vie. Paul Leprieur.

BiBL. : Ernest Chesneau, le Statuaire J.-B. Carpeaux^ sa vie et son œuvre ; Paris, 1880, in-8 fçrav.). — Gazette des beaux-arts, 1876, 2« période, t. XIII, pp. 573-631 (art. de Paul Mantz). — Jules Claretie, J.-B. Çarpeaux ; Paris, 1875, in-32. — Du même, Peintres et sculpteurs contemporains; Paris, 1882, in-8 (l^° série). -- Paul Foucart, Catalogue du musée Çarpeaux à Valenciennes: Paris, 1882, in-12.

CARPE LAN (Vilhelra-Maximilian), graveur et topographe fmno-suédois, né à Lojo (Nyland) le 7 janv. iisi, mort à Stockholm le 19 mai 1830. Il fit comme officier les campagnes de Finlande (4808-9), de Poméranie (1813) et de Norvège (1814) et devint lieutenant-colonel (1823). Entré comme lieutenant au corps de topographie militaire (1810), il détermina avec le baromètre la hauteur de beaucoup de montagnes de Norvège, fut chargé de graver la carte de Suède au 100,000« et rendit de grands services comme directeur du bureau de gravure (1826). On lui doit : Carte des environs de Stockholm au 40, 000^. (1817, 3® édit. avec une description, 1828) ; Carte de la Norvège méridionale au 800,000^ (1826) ; Atla§ manuel (facs. I, H, 1827) ; Carte du Djurgârd ou Parc zoologique de Stockholm au i 0,000^ (1829) ; en outre : Voyage pittoresque aux Alpes norvégiennes (1821-2, 16 pi. en 2 fasc, avec texte français et suédois) ; Vues norvégiennes (8 pi. en 2 fasc), et plusieurs planches de la Suède ancienne et moderne de Thersner. Il prononça Téloge de ce dernier (1830) à l'Académie des sciences militaires dont il était membre (1829). B-s.

CARPELLE (Bot.). Les carpelles sont les parties du quatrième vertieille floral, le plus interne ; ils sont les homologues des sépales qui forment le premier vertieille ou calice, des pétales qui forment le second ou corolle, des étamines qui forment le troisième ou androcée. Leur ensemble est le gynécée. Comme les parties des autres verticilles, ils dérivent de feuilles dont ils sont des modifications par métamorphose ascendante. Aussi retrouvet-on dans la structure d'un carpelle les éléments de la structure d'une feuille : épiderme aux deux faces muni de stomates, nervure médiane accentuée, le plus souvent sans élément de soutien, parenchyme homogène. On a successivement donné à la feuille modifiée qui est le carpelle les noms de Feuille carpellaire, Carpophylle, Carpidie, et Ton a difi'éremment expliqué la formation d'un pistil par un ou plusieurs carpelles. Tandis que Endlicher, Unger et Ad. de Jussieu admettaient que l'ovaire est dû soit au limbe soit à la gaine de la feuille carpellaire. Bravais pensait que l'ovaire est formé par le pétiole, le limbe constituant les stigmates. Schleiden considérait l'ovaire comme formé par la gaine, le style par le pétiole, le stigmate par le limbe. Avec A. deSaint-Hilaire, la plupart des botanistes admettent une opinion se rapprochant de celle d'Endlicher : l'ovaire est formé par le limbe, le style et le stigmate par un prolongement et un épanouissement de la nervure médiane. Il peut y avoir, au gynécée, un ou plusieurs carpelles. Lorsqu'il y en a un, ses bords se rejoignent et se soudent donnant ainsi lieu à un ovaire uniloculaire, ou bien ils se reploient de manière à venir toucher la nervure médiane en se sou* dant par une partie de la surface reployée ; dans ce cas, l'ovaire est biloculaire. Lorsqu'il y en a plusieurs, ils peuvent rester indépendants et former plusieurs pistils, agissant alors comme s'ils étaient seuls. Ils peuvent aussi s'unir bord à bord pour former un ovaire uniloculaire ou reployer leurs bords vers le centre où ils se soudent tous dans le cas d'un ovaire pluriloculaire. Ce sont les bords reployés en dedans des carpelles qui portent les ovules. Certains botanistes pensent que tous les ovules, quelle que soit leur situation dans l'ovaire, sont des lobes du carpelle, et cette théorie, dite carpellaire, a été soutenue par

Ad. Brongniart, Celakowski, Caspary, Cramer, Van Tieghem, tandis que pour d'autres auteurs les ovules peuvent avoir des origines différentes. C'est la manière de voir de Payer, Eichler, Magnus, J. Sachs, etc. (V. Ovule). Ce sont les carpelles qui, après la fécondation, subissent des modifications diverses et deviennent le fruit, c.-à-d. l'enveloppe des graines. Leurs parois sont alors tantôt sèches, tantôt charnues (V. Fruit). P. Maury.

CARPENTARlEXGolfe de). C'est le plus considérable des golfes de l'Australie ; il pénètre dans le nord de ce continent jusqu'à 750 kil., large de 675 kil. Situé en face de la Nouvelle-Guinée, entre la terre d'Arnhem et la péninsule d'York, il forme une mer intérieure semée d'îles et dans laquelle se déversent nombre de petits cours d'eau et quelques fleuves, dont le Flanders et le Mitchell. On attribue sa découverte k Carpentier (1623-1627), d'autres à Tasman, qui aurait donné son nom en souvenir de Carpentier, son protecteur. C. de Varigny.

CARPENTER (Nathanael), écrivain anglais, né à Northleigh (Devonshire) le 7 févr. 1589, mort à Dublin au commencement de 1628. Professeur à l'Université d'Oxford, puis à Exeter et à Dublin, il a écrit : Philosophia libéra triplici exercitationum décade proposita, publiée d'abord sous le pseudonyme de N.-C. Cosmopolitanus (Francfort, 1621), puis sous son nom (1622, 1636, 1675) , c'est une réfutation de la philosophie d'Aristote ; Geography delineated forth in two booths (1625 et 1635), traité fort estimé en Angleterre; Architophel or the picture of a wicked politician (1627- 1642), etc.

CARPENTER (George, lord), général anglais, né dans le comté d'Hereford le 10 févr. 1657, mort le 10 févr. 1732. Page du comte de Montagu, ambassadeur à Paris (1671), il entra dans l'armée en 1672. Lieutenantcolonel, il prit part à la campagne d'Irlande de 1690 et à celle de Flandre. Brigadier général en 1705, il servit en Espagne où il se distingua en couvrant la retraite d'Almanza. Blessé grièvement, il fut fait prisonnier à la bataille de Brihuega. Promu lieutenant général (1710), il fut chargé au moment de la rébellion de 1715 du commandement en chef des troupes du nord de l'Angleterre. Il obtint de grands succès contre les rebelles à Newcastle et à Preston et fut nommé gouverneur de Minorque (1716) et créé lord Carpenter de Killaghy (1719) en récompense de ses services. En 1711, il avait représenté Whitchurch à la Chambre des communes. Il fut encore élu par Westminster en 1722.

BiBi.. \ Life of George lord Carpenter; Londres, 1736» in-8, av. portr.

CARPENTER (James), amiral anglais, né en 1760, mort le 16 mars 1845. Entré dans la marine en 1776, lieutenant en 1780, il combattit à la Martinique (30 avr. 1781) et de nouveau en 1794. Il servit ensuite aux Indes oii il fut fait prisonnier par un navire français. Revenu en Angleterre, il commanda un corps d'inlanterie de marine de 1803 à 1810 et fut envoyé à Terre-Neuve en 1811. Promu contre-amiral le 12 août 1812, il passa à l'ancienneté vice-amiral (12 août 1819) et amiral (10 janv. 1837).

CARPENTER (Lant), pasteur unitariste anglais, né en 1780, mort en 1840. Après avoir terminé ses études à Glasgow (1801), il fut successivement maître d'école près de Birmingham, bibliothécaire de l'Athenaeum de Liverpool, professeur libre, prédicateur. En 1805, il fut appelé à remplir les fonctions de ministre unitariste à Exeter et, en 1817, à Bristol. Carpenter est connu, à la fois, comme pédagogue et comme théologien. Pendant qu'il était à Exeter, il dirigea un pensionnat de jeunes gens. Il réussit pleinement dans son rôle d'éducateur et sut inspirer à ses élèves des sentiments de respect et d'affection pour sa personne. Ses principes pédagogiques sont exposés dans un traité spécial : Principles of éducation intellectual moral and physical (1820). Comme théologien. Car-

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