CARQUOIS — CARRA
Archer phrygien.
flèches à Tabri et les empêchait de s'échapper quand le mouvement d'une marche rapide, d'une course ou d'un saut les secouait dans leur étui. Quelquefois, le carquois comportait deux compartiments servant de gaine l'un aux flèches, l'autre à l'arc. On le portait à l'aide d'une bandoulière, tantôt obliquement, derrière l'épaule droite, par-dessus laquelle on n'avait qu'à passer la main droite pour prendre une flèche ; tantôt le long de la hanche gauche ou sous l'aisselle, comme une épée, et pour y puiser on taisait le même mouvement que pour dégainer ; tantôt, enfin, derrière les reins, à la façon d'une giberne, l'ouverture tournée de telle sorte qu'elle fût à la portée de la main droite, passant le long de la hanche droite. De ces trois modes d'attache, le premier était en usage chez les Grecs de l'époque homérique ; les deux autres étaient surtout familiers aux populations asiatiques (Pour l'illustration et la bibliographie, voir 'art. Arc). J. Mabtha.
CARR (V. Broyeur).
ffl CARR (Robert), favori du roi Jaques P"* d'Angleterre, né vers 1590, mort en juillet 1645. il était fils de sir Thomas Ker, gentilhomme écossais et page du roi Jacques qui l'amena avec lui en Angleterre, il devint, dit-on, le favori du roi à la sujte d'une chute de cheval qu'il fit en sa présence et dans laquelle il s'était cassé le bras. Il fut fait chevalier le 23 décembre 1607 et devint bientôt le chef de ce qu'on appelle la coterie écossaise, le 25 mars 1611, il fut créé vicomte Rochester ; c'était la première fois qu'un Ecossais entrait à la chambre des pairs d'Angleterre; sa faveur s'accrut par la chute d'Overbury qui fut enfermé à la Tour. Carr devint comte de Somerset le 3 nov. 1613, trésorier d'Ecosse et épousa la femme divorcée de lord Essex. Mais le jeune Villiers (Buckingham) Tayant supplanté dans la faveur du roi, Somerset fut accusé ainsi que sa femme d'avoir empoisonné Overbury. Un procès scandaleux fut engagé, lady Somerset fut condamnée à mort sur ses aveux (24 mai 1616) puis graciée. La culpabilité de Somerset ne fut pas établie aussi réellement, le roi ne laissa pas son procès suivre son cours et lui offrit son pardon à la condition de recourir à l'intervention de Buckingham. Sur son refus, Somerset resta à la Tour jusqu'en 1622 avec sa femme ; relâché vers 1624, il fut inquiété par la chambre étoilée (1630) et profita d'une amnistie accordée à l'occasion de la naissance du futur Charles II. L'histoire de ce courtisan est surtout curieuse dans le détail. Ses lettres au roi Jacques donnent la plus singulière dée du caractère de ce souverain. L. Bougier.
BiBL. S. R. Gardiner, History of England, 1603-^2; Londres, 1885, t II, in-8.
CARR (John), appelé aussi Carr of York^ architecte anglais, né à Horbury, près Wakefield, en mai 1723, mort à Askham Hall, près York, le 22 fév. 1807. Ayant commencé par travailler de ses mains, John Carr, que l'on dit s'être mspiré des œuvres d'Inigo Jones, s'établit à York et y jouit d'une grande réputation comme l'un des plus fervents adeptes de cette Ecole qui voulut adapter aux édifices anglais le style de Palladio ; il amassa même Une fortune considérable et fut deux fois (en 1780 et 1785) élu maire de la cité d'York. Parmi les nombreux travaux qu'il dirigea, il faut citer la transformation du château d'York en cour de justice et en geôle, la maison de ville de Newark (comté de Nottingham), la açade orientale et la galerie occidentale du château, ainsi
que le mausolée du marquis de Rockingham, à Wintworth Castie, près Beverley et le pont sur l'Ure à Boroughbridge. John Carr fit encore construire, mais à ses frais, l'église paroissiale de son village natal d'Horbury où il voulut être enterré. Charles Lucas.
BiBL. :J. Fergusson, Hist. of modem Architecture; Londres, in-12,È2«éd. — Leslie Stephen, Dict. of nat. biography ; Londres, 1887, t. IX, in-8.
CARR (Johnson), paysagiste anglais, né en 1743. Il fut élève de R. Wilson, et donnait par sa précocité de grandes espérances, quand il mourut prématurément le 16 janv. 1765. Ses dessins, exécutés dans la manière de son maître, sur papier teinté, sont particulièrement remarquables.
CARR (Joseph- William Comyns), critique d'art et dramaturge anglais contemporain, né à Londres le 1^"^ mars 1849. II a collaboré depuis 1870 aux principales revues anglaises (4mc?^m^, Saturday Review , Examiner, etc.) et est devenu rédacteur en chef de The lllustrated Magazine. Il s'est chargé en 1875 de publier l'édition anglaise de VArt auquel il collabore. Ses principaux ouvrages sont: Drawings hy the old Masters (1877) ; the Abbey Church of Saint Albans (1878) ; Examples of contemporary art (1878) ; Essays on Art ; Art in provincial France (1883) où il passe en revue les musées et collections provinciales de France (trad. franc. in-12) ; Papers on Art (1884) ; il a collaboré à un ouvrage sur Rubens, publié une bonne étude sur le paysage moderne (Modem Landscape), etc. Il s'est occupé activement en Angleterre d'organiser des expositions de tableaux, a été sous-directeur de Grosvenor Gallery, puis directeur avec M. Halle de New Gallery de Regent-Street. Il a écrit pour le théâtre Fhr From the Madding Crowd (1882) et Called Bach (1884) avec Hugh Gonway. Parmi ses autres ouvrages, citons : A fireside Hamlet et Kate Percival (1886). Sa femme, M^® Comyns Carr, a publié un volume sur l'Italie du Nord, North Italian Folk, avec illustration de Caldecolt.
CARRA (Jean-Louis), littérateur et homme politique français, né à Pont-de-Veyle (Ain) en 1743, mort à Paris le 31 oct. 1793. Ses premières années sont assez mal connues. Ses adversaires politiques disaient, mais sans preuves, que, dans sa jeunesse, accusé d'un vol peu considérable, il s'était expatrié, avait voyagé en Allemagne et était devenu secrétaire d'un hospodar de Valachie. En 1773, il publia à Londres le Système de la raison ou le Prophète philosophe, ouvrage inspiré par les idées des encyclopédistes. Rentré en France, il fut employé comme secrétaire par le cardinal de Rohan. C'est sans doute par la protection de ce prélat qu'il obtint une place à la bibliothèque du roi. Il publia contre Calonne des libelles qui lui avaient été, dit-on, inspirés par Loménie de Brienne. Au début de 1789, il se rendit célèbre par un pamphlet libéral, V Orateur des Etats généraux de 1189, qui eut plusieurs éditions. L'un des électeurs élu par le district des Filles-Saint-Thomas, il fit, dès le 10 juil. 1789, dans l'Assemblée des électeurs de Paris, une motion pour la formation de la commune et de la garde nationale. Il participa à la rédaction du journal de W^ de Keralio, le Mercure national ou Journal d'Etat et du citoyen (31 déc. 1789-30 août 1790). W fut, de juin 1791 à juil. 1793, le principal rédacteur des Annaleê patriotiques et littéraires, fondées par Mercier, feuille très véhémente, (jui suivit la fortune et défendit les idées du parti girondin. C'est dans ce journal qu'il accusa les ministres de Louis XVI, Bertrand de Moleville et Montmorin, de faire partie d'un Comité autrichien, Roland le nomma, conjointement avec Chamfort, bibliothécaire à la Bibliothèque nationale, aux appointements de 4,000 livres avec le logement (19 août 1792). Il offrit à la Législative, le 8 sept. 1792, pour contribuer aux frais de la guerre contre la Prusse, une tabatière qui lui avait été donnée jadis par le roi de Prusse. Député de Saône-et-I^ire à la Con-
vention, il dénonça le général Montesquieu. Il fut nommé avec Sillery et Prieur (de la Marne) commissaire à Châ- Ions et près de l'armée du centre pour surveiller les opérations de la défense nationale. De nouvelles missions lui furent confiées, d'abord dans les Deux-Sèvres et la Vendée, avec Auguis (9 mars 1793), puis près de l'armée des côtes de La Rochelle, avec Choudieu, Garnier (de Saintes), Goupilleau, Mazade etTrullard (30 avr. 4793). Sa conduite, dans la guerre de la Vendée, fut souvent inculpée par Marat. Rappelé le 43 juin 4793, il fut décrété d'accusation avec les Girondins et guillotiné avec eux. F.-A. A.
CARRA-Saint-Cyr (Jean -François, comte), général français, né en 4756, mort à Wailly-sur-Aisne (Aisne) le 5 janv. 4 834.' Plusieurs biographes l'ont confondu, à certains endroits de son histoire, avec Gouvion-Saint-Cyr et ont ainsi rendu incompréhensible le récit de sa vie. Le personnage auquel est consacré cet article servait comme officier, avant 4789, dans le régiment de Bourbonnais, avec Aubert-Dubayet, qui devint son ami et plus tard ne l'oublia pas. En effet, ce dernier, très puissant sous la Convention, le fit nommer général de brigade (4794) et, chargé de commander l'armée des Côtes-de-Gherbourg, le prit comme chef d'état-major. Plus tard, Aubert-Dubayet, envoyé comme ambassadeur à Constantinople (4796), emmena comme premier secrétaire Carra-Saint-Cyr, qui eut à remplir une mission particulière auprès du hospodar de Valachie et du célèbre pacha de Viddin, Pasvan-Oglou. Après la mort de son chef, dont il épousa la veuve, le secrétaire devint à son tour ambassadeur. Mais, la Porte ayant rompu avec le Directoire lors de l'expédition d'Egypte, il fut rappelé en France (4798) et reprit bientôt du service dans les armées. 11 se distingua notamment sous Bonaparte à Marengo et un peu plus tard sous Brune à Monzambano (4800). Promu général de division en 4803, il fut chargé d'occuper les territoires vénitiens à la fin de 4805, se fit ensuite remarquer dans la campagne de Prusse, à Eylau (4807), commanda la place de Dresde en 4809, puis fut envoyé dans les provinces illyriennes. En 4842, l'empereur lui confia le commandement de la 32® division militaire, à Hambourg. Ce poste devint fort difficile à tenir l'année suivante. La population faisait mine de se soulever. Sept condamnations à mort, ordonnées par le général, ne la calmèrent pas. Menacé par l'armée russe et n'ayant sous la main que 3,000 hommes, Carra-Saint-Cyr crut devoir, en mars 4843, évacuer Hambourg et se retirer derrière le Weser. II éprouva pour ce fait la disgrâce momentanée de Napoléon, qui lui rendit, il est vrai, bientôt sa confiance en le chargeant du commandement des places de Condé, Bouchain et Valenciennes (4844). Carra-Saiiit-Cyr fut nommé chevalier de Saint- Louis par la Restauration. Mis à la retraite le 4 sept. 4815, il rentra en activité deux ans plus tard, gouverna la Guyane française de4847à4849etse retira définitivement à cette dernière date. A. Debidour.
CARRABAS, quelquefois CARÂBAS. Voiture publique, fort incommode, en usage à la fin du xviu® siècle. Les carrabas, ainsi appelés de char à bas prix, de char à bancs ^ peut-être de carabes, chaises à porteurs en osier, ou plutôt, par ironie, du carrosse du marquis de Carabas, avaient le privilège de desservir les environs de Paris, Saint-Germain, et surtout Versailles. Le carrabas était une sorte de longue cage en osier, sans châssis ni vitres, montée sur quatre roues dont les deux grandes, placées derrière, arrivaient juste à la hauteur de l'ouverture qu'on atteignait de l'extérieur par un escalier de fer à larges degrés. L'intérieur de la cage était occupé par cinq banquettes transversales contenant chacune quatre places. Les carrabas stationnaient à l'entrée du Cours-la-Reine, près des Champs-Elysées. Ils étaient attelés de huit chevaux et mettaient six heures et demie pour aller de Paris à Versailles. Chaque place coûtait dix sols. On ne partait que quand il y avait un nombre suffisant de voyageurs.
G, Derennes.
S27 - CARRA — CARRACCI
CARRABLE ou QUARRABLE. \]ne aire est carrable en termes finis quand on peut l'évaluer en faisant usage des signes ordinaires de l'algèbre élémentaire y compris les exposants, les logarithmes, les signes trigonométriques employés en nombre fini. Elle estcarrable algébriquement, quand on peut l'évaluer avec les seuls signes de l'algèbre élémentaire employés en nombre fini. Elle est carrable au moyen des fonctions elliptiques quand on n'emploie pas dans son évaluation de transcendantes d'ordre supérieur à ces fonctions, etc. A l'époque ou Leibniz et Newton créaient le calcul infinitésimal, les géomètres se proposaient souvent des problèmes sur la quadrature des aires planes ou courbes; l'un de ces problèmes, résolu par Leibniz, est resté célèbre sous le nom de problème de Viviani ou de la voûte carrable.
Voûte carrable. — Etant donnée une demi-sphère de rayon R, on trace dans le plan équatorlal qui lui sert de
base un cercle OMA de rayon -j passant par le centre 0
de la sphère et par conséquent tangent à la circonférence qui limite la
base de la demi- g
sphère, on considère ensuite le cylindre droit ayant pour base le cercle OMA, il coupe la sphère suivant une courbe ANB; on demande d'évaluer la surface sphérique limitée par cette courbe ANB.
L'aire en question est donnée par la formule (iz —2) R-. — Le volume cylindrique intérieur à la demi-sphère est
donné par la formule (t^ — |) R^. H. Laurent.
CARRACA. Localité d'Espagne, prov. de Cadix, sur la baie de Cadix ; là se trouve le grand arsenal maritime de l'Espace, dans une île formée par le canal Santi-Petri, et derrière l'île Verde.
CARRACCI (Lodovico), peintre, graveur et sculpteur italien, né à Bologne le 21 avr. 4555, mort le 43 déc. 4619. Il est l'aîné de cette famille des Carrache qui a fait la gloire de l'école bolonaise (V. Bologne). Fils de Vincenzo Carracci, un boucher, il fut d'abord placé par son père chez Prospero Fontana qui ne montra pas grande confiance dans sa vocation et l'engagea à se choisir une autre carrière que celle des arts. Ses camarades ne furent pas plus encourageants. Ils l'appelaient « le Bœuf » et Lodovico quitta l'atelier. Il se rendit à Venise et entra chez LeTiutoret qui, lui non plus, ne put croire à l'avenir de son élève. Alors, le jeune homme résolut d'étudier par lui-même. Il voyagea, copiant les tableaux d'Andréa del Sarto, étudiant ceux du Parmesan, du Corrège et de Jules Romain. Cette sorte de gymnastique lui donna l'idée de la formule qui est l'essence de la doctrine bolonaise, c.-à-d. d'une peinture un peu emphatique et déclamatoire empruntant un peu partout son inspiration et ses procédés. Revenu à Bologne, il y fonda cette Académie à laquelle est resté attaché le nom de Carrache. Ses deux cousins, Annibal et Augustin, en furent avec lui les maîtres. Sa renommée s'étendit bientôt par toute l'Italie. Le cardinal Farnèse l'appela à Rome avec Annibal pour y décorer son palais. Mais Lodovico, dont la véritable passion était pour son Académie où se formaient des artistes tels que le Dominiquin, le Guide, l'Albane, préféra envoyer à sa place son jeune cousin, Augustin Carrache. Ce ne fut que lorsque les travaux du palais Farnèse furent achevés qu'il se décida à aller à Rome, pour satisfaire Annibal et Augustin qui étaient inquiets de leur œuvre et voulaient avoir les conseils de celui qui jusque-là avait été leur guide. Lodovico revint bientôt à Bologne, 0(1 l'appelait le soin de son enseignement. Cet enseigne-
CARRACCI — 528
ment, on peut le dire, valait mieux que ses œuvres, encore que celles-ci obtinssent auprès de ses contemporains les suffrages des gens de goût. Les quatre ou cinq tableaux que possède de lui le Musée du Louvre et les treize peintures qui se trouvent à la pinacothèque de Bologne indiquent qu'il fut, comme dit P. Yillot, « un artiste au génie élevé, à l'exécution gracieuse », mais surtout un réformateur, car c'est lui qui opposa à la manière expéditive et libre, trop en faveur à cette époque Î>armi les peintres de la Lombardie, « l'étude réfléchie de a nature et de l'antique ». Sa Nativité de saint Jean- Baptiste et sa Transfiguration sur le mont Thabor^ du musée de Bologne, ne donnent assurément pas une haute idée de son talent, pas plus que Y Annonciation, la Nativité de Jésus-Christ ou V Apparition de la Vierge à saint Hyacinthe, du Musée du Louvre, où éclatent des exagérations de rhéteur. Pour ce dernier tab'eau, Lodovico Carracci avait, paraît-il^ modelé d'abord en terre la composition, et les plâtres qui en furent faits servirent longtemps à l'étude des élèves de son Académie. Voilà qui est caractéristique et explique la manière de cet artiste dont le principal mérite, encore une fois, réside dans son enseignement. Cela suffit, en définitive, à sa renommée.
CARRACCI (Agostino), peintre et graveur italien, cousin de Lodovico et frère d'Annibal Carracci, né à Bologne le 15 août 1557, mort à Parme le 22 mars 1602. Il était l'aîné d'Annibal, et son père le destinait à l'orfèvrerie. Mais, comme son frère et son cousin, le goût de la peinture l'entraîna, d'abord dans l'atelier de Fontana, puis dans celui de Passarotti. Pour n'avoir pas su choisir entre la gravure et la peinture, il n'a pas atteint la renommée d'Annibal. Il paraît même qu'une assez vive jalousie divisa longtemps les deux frères. La disproportion des bénéfices qu'ils retirèrent l'un et l'autre de la décoration du palais Farnèse n'était pas pour atténuer cette jalousie. A PAcadémie de Bologne, Augustin semble avoir été surtout le théoricien. C'est lui qui avait rédigé les traités servant de base à l'enseignement de l'école. Il existe même un sonnet de lui dans lequel sont condensés les principes qu'il professait et où Ton recommande « le dessin de l'école romaine, le mouvement et les centres des Vénitiens, le beau coloris de la Lombardie, le style terrible de Michel-Ange, la vérité et le naturel du Titien, le goût pur et souverain du Corrège, la prestance et la solidité de Pellegrini, l'invention du docte Primatice, et un peu de la grâce du Parmesan ». On voit qu'il y en avait pour tous les goûts et qu'Agostino Carracci allait loin dans le plus tolérant des éclectismes. Suivant l'usage du temps, cet artiste avait beaucoup voyagé. C'est ainsi qu'à Venise, il rencontra Véronèse, le Tintoret et cultiva la gravure sous la direction de Domenico Tibaldi. Il se perfectionna dans le maniement du burin à l'école du Hollandais, Corneille Cort. Parmi ses tableaux, la Communion de saint Jérôme, que possède le Musée du Louvre, est un des plus remarquables. On cite aussi V Assomption y de l'église San-Salvador, à Bologne ; les Amours dormant, de Naples; le Saint-François d'Assise, de Madrid; sa Fuite en Egypte et son Ecce Homo, de Venise, et un Paysage avec musiciens, qui se trouve à Florence.
CARRACCI (Annibal), peintre italien, le plus justement célèbre de la famille des Carrache, né à Bologne en 1560, mort à Rome en 1609. 11 avait débuté par apprendre le métier de son père, tailleur à Bologne, mais son cousin, Lodovico, frappé de ses dispositions pour la peinture, le prit à son école et lui fournit les moyens de compléter son éducation par les voyages et la fréquentation des maîtres. A Parme, il étudie le Corrège ; à Venise, il se lie avec le Tintoret et Paul Véronèse. Quand il est de retour à Bologne, Félève a de beaucoup dépassé le maître qui, sans jalousie, admire le talent de son cousin et l'associe, ainsi que le frère de celui-ci, Agostino, à ses travaux de l'Académie. Tous trois travaillent activement, Annibal plus encore que les deux autres, car de toute part on lui de-
mande de ses œuvres. Lorsque le cardinal Odoardo Farnèse le fait appeler à Rome et qu'il part avec Agostino pour exécuter la décoration de son palais, c'est lui qui se charge de la partie importante du travail, car son frèfe, humilié de la supériorité de son cadet, avait rejeté ses pinceaux pour s'adonner à la gravure. Pendant huit ans, Annibal travailla sans relâche au palais Farnèse et la décoration qu'il fit dans la grande galerie mesurant 20 m. de long sur 5 de large reste son chef-d'œuvre. Poussin déclarait que c'est une des merveilles de l'art. Au centre du plafond, peint entièrement à la fresque, Annibal a représenté le Triomphe de Bacchus et d'Ariane, tous deux montés sur des chars marchant de front et traînés par des tigres et des boucs blancs. Autour sont des faunes, des satyres, des bacchantes qui leur font cortège. Le reste du plafond est rempli par dix autres panneaux et une quantité de médaillons ou pendentifs, figurant tous des scènes empruntées à la mythologie, qui sont symétriquement divisés par des ornements d'architecture imitant des stucs. Ici, c'est le dieu Pan offrant à Diane la laine de ses chèvres; là, c'est Mercure offrant à Paris la pomme d*or ; plus loin, c'est Galatée, entourée de nymphes, d'amours et de tritons, qui parcourt la mer sur un monstre marin ; ailleurs, sur la muraille faisant face aux fenêtres, on voit Jupiter recevant Junon dans son lit nuptial, puis Diane caressant Endymion, Hercule et Me, Anchise et Vénus, etc. Aux deux extrémités de la galerie, Annibal Carrache a représenté, en vastes compositions : Andromède attachée au rocher et sauvée par Persée et Persée montrant à Phrynée la tête de^ Méduse. Toutes ces peintures, d'une coloration harmonieuse et riche, sont groupées sans confusion et avec beaucoup d'ingéniosité. L'effet en est très grand.
Pour récompense d'un si colossal travail, le cardinal Farnèse, sur les insinuations perfides d'un méchant courtisan. Don Juan de Castro, ne donna à Annibal que la modique somme de 500 écus (5,000 francs). Le peintre était certes désintéressé, mais une telle injustice l'atteignit cruellement et il revint de Rome profondément découragé. Un voyage qu'il fit à Naples ne réussit pas à dissiper sa mélancolie, et il retourna à Rome pour y mourir à l'âge de quarante neuf ans. En expirant, il exprima le vœu, qui fut exaucé, d'être enterré auprès de Raphaël.
L'œuvre d'Annibal Carrache est considérable et se trouve dispersé dans tous les musées de l'Europe. Le musée du Louvre, qui a de lui plus de trois cent cinquante dessins, possède quelques-uns de ses principaux tableaux, une Nativité, un Christ mort sur les genoux de la Vierge, une Résurrection, un Martyre de saint Etienne et quelques paysages qui ont inspiré le Poussin. Le musée de Dresde a son Assomption de la Vierge, V Aumône de saint Roch, saint Mathieu ; Florence, une Bacchante et un Satyre ; le Belvédère, de Vienne, le Christ et la Samaritaine, le Christ mort sur les genoux de la Vierge; Munich, le Massacre des Innocents; la pinacothèque de Bologne, la Vierge dans sa gloire, etc. Dans la plupart de ces œuvres, pour lesquelles une chronologie est difficile à établir, Annibal Carrache se montre peintre habile, consciencieux, respectueux de la nature, éclectique et systématique. Comparé aux Vasari, aux Sabbatini, aux Passerotti, disciples dégénérés des grands maîtres, il est savant et sobre. Chef d'école et réformateur, ennemi des exagérations, des musculatures outrées et des raccourcis extraordinaires qu'on aimait de son temps, il n'en reste pas moins enfermé dans les formules. Ses tableaux religieux ne sont que l'expression de la piété sentimentale et maniérée de ses contemporains. Ses Vierges, aux grâces languissantes, ses belles saintes aux mains potelées et vêtues de robes d'une coloration adoucie allant du violet pâle au rouge rayé de clair-obscur, dont les plis se déroulent avec une douceur caressante et ambiguë ; ses saints Jean et ses Madeleine, tout cela ressemble à une cour d'amour dont les personnages s'épanchent avec une com-
CARRACGI — CARRAGAHEEN
plaisance attendrie non exempte de fadeur. C'est une religion pleine de mignardise, raffinée, mélangée, nuancée, composée de plaisir et d'ascétisme, incertaine entre le théâtre et l'église, entre le prie-Dieu et Talcôve, traduite dans une peinture, qui, selon l'expression de M. Taine, « correspond aux doucereuses beautés de la poésie qui règne, du sigisbéisme qui commence et de l'opéra qui va se fonder ».
CARRACGI (Antonio), fils naturel d'Augustin, né à Venise en 1583, mort à Rome en 1618. A la mort de son père, il fut adopté par son oncle Annibal. 11 donnait les plus grandes espérances, quand la mort le surprit à l'âge de trente-cinq ans. Le Louvre possède son meilleur tableau, le Déluge^ estimé 5,000 livres tournois dans l'inventaire du cardinal Mazarin. Il y a encore de lui un Saint-Thomas à Rome, et un Portrait d'homme à Vienne.
CARRACCI (Franceschino), frère d'Annibal et d'Augustin. Il naquit à Bologne en 1595 et mourut à Rome en 1622. Il n'est guère connu, si ce n'est pour avoir tenté d'élever une école rivale de celle de son cousin Louis, son maître, et de ses frères. Sur la porte, il avait fait graver cette inscription : « Ici est la véritable maison des Carrache. » Sa présomption et son ingratitude ne lui portèrent d'ailleurs pas bonheur. Il dut émigrer à Rome où il mourut à l'hôpital. Il était plutôt dessinateur que peintre. V. Champier.
BiBL. : Lanzi, Histoire de la peinture italienne. — F. Baldinucci, Noiizie de' prof es sort ^del disegno ; Florence, 1681-1688, 6 vol. in-4. ~ Bryan, Dict, of paint. and engrav. — Malvasia, Vite de' Pitt. bolognesi. — Ch. Blanc, Histoire des jpeintî^es, Ecole bolonaise; Paris, 1874. — P. Mantz, les Chefs-d'œuvre de la peinture italienne; Paris, 1870, in-fol.— - Wilhelm Lûbke, Geschichte der Italienischen Malerei ; Stuttgart, il878, 2 vol. in-8. — WoLTMANN et WoERMANiV , GescMchte der Malerei. — Taine, Voyage en Italie, 1865, t. Il, pp. 196-203.
CARRACHE (Les) (V. Carracci).
CARRADORl (Gioacchimo), médecin et physicien italien, né à Prato (Toscane) le 6 juin 1758, mort à Prato le 24 nov. 1818. D'abord professeur de philosophie au séminaire de Pistoie, il écrivit une brochure célèbre, Teoriadel colore (Prato, 1787), puis se retira dans sa ville natale avec le titre de professeur honoraire de l'Université de Pise, pour y exercer sa profession. Il publia une série de monographies, sur le suc gastrique, la respiration des grenouilles, l'irritabilité chez les animaux et les plantes. Carradori répandit avec ardeur la vaccination et publia plusieurs brochures sur le galvanisme, sans compter une foule d'articles de physique dans les recueils périodiques. D"^ L. Hn.
CARRAGAHEEN (ou encore Carrageen^Carpagaheen, Mousse d'Islande, Mousse ferlée^ Fucus crispus, Chondrus crispus^ Chondrus polymorphus^ en angl. Pearl Moss). I. Botanique. — Genre d'Algues, de la famille des Gigartinées, ordre des Floridées. Le thalle rouge, brun ou pourpre foncé à l'état frais (car la dessiccation lui fait perdre sa matière colorante), est ramifié et aplati, à divisions dichotomes en forme de lames larges et comme lobées ou de baguettes étroites et plates. Ces dernières portent de préférence les organes reproducteurs {cystocarpes et tétraspores). Les tétraspores se forment par la segmentation en croix des cellules mères. Les cystocarpes avec leurs spores en leur centre sont situés dans l'épaisseur du thalle et produisent à la surlace des saillies elliptiques, ils sont logés au-dessous d'une substance corticale formée de petites cavités arrondies et de membranes gélifiées très épaisses, à l'intérieur d'un tissu incolore à cellules très irrégulières, souvent étoilées et pourvues aussi de membranes gélifiées extrêmement épaisses. Les spores proviennent de la division en quatre articles des rameaux renflés produits par les anastomoses des filaments issus de l'œuf avec les cellules du thalle ; le même sporogone forme donc un plus ou moins grand nombre de noyaux sporifères, séparés par un tissu stérile. Le Chondrus crisgrande encyclopédie, — IX.
pus Lyngb. est une plante polymorphe que l'on rencontre communément sur les rochers et les pierres à mi-marée. Il s'y fixe par un pied presque cylindrique. Henri Fournier.
Carragaheen.
IL Thérapeutique. — Les frondes du Carragaheen se présentent dans le commerce en lanières crispées, translucides, d'un blanc jaunâtre et de la consistance de la corne, La saveur est salée : l'odeur est celle du varech. Mis en contact avec l'eau froide, le carragaheen se gonfle rapidement et donne environ cinq fois son propre poids de matière mucilagineuse : à l'ébullition, il s'en dissout la plus grande partie. Cette propriété a fait employer le carragaheen en chirurgie, au même titre que les éponges préparées, pour amener la dilatation des trajets fistuleux ou des cavités organiques dans lesquelles on l'introduit, et qu'il distend doucement et graduellement en augmentant de volume ; on a préparé en outre, avec des plaques de ouate trempées dans le mucilage du carragaheen, puis desséchées, des cataplasmes dits instantanés, très légers et très propres, qu'il suffît de plonger quelques instants dans Peau tiède pour les voir se gonfler et absorber une grande quantité de liquide. Cette gelée a été employée également à la préparation de capsules médicamenteuses ; dans Pindustrie, elle sert à la confection de certains apprêts pour étoffes. La gelée de carragaheen est consommée comme aliment par les populations pauvres des régions boréales : elle ne renferme qu'une proportion insignifiante de matière nutritive, bien qu'on l'ait proposée en thérapeutique comme analeptique au même titre que le mucilage du salep ; cette gelée peut d'ailleurs parfaitement remplacer dans la pratique le mucilage des graines de moutarde blanche, ou des graines de lin, comme émoUiente, dans les dyspepsies. La petite quantité d'iode que renferme le carragaheen l'a fait recommander, surtout en Angleterre, contre la scrofule et la phtisie comme un faible succédané de l'huile de foie de morue. On l'emploie quelquefois en tisane, à la dose de 5 grammes, comme adoucissant et béchique, ou à l'état de gelée aromatisée à l'eau de fleurs d'oranger, ou encore sous forme de saccharure de carragaheen, ou enfin à l'état de pâte pectorale comme le lichen. L'analyse chimique a indiqué dans le carragaheen la présence de sels, de matières grasses, d'une résine et d'un abondant mucilage insoluble dans le réactif cuprique de Schweitzer, précipitant par l'acétate de plomb et donnant de Pacide mucique par l'action de Pacide azotique concentré, mucilage qui se rap-
CARRAGAHEEN — CARRARD
proche plutôt, comme on le voit, des gommes solubles que de la cellulose. Blondeau en a retiré une matière azotée, inerte, la goémine, insipide et inodore. D^ R. Blondel.
CARRAGO. Ce mot, qui semble d'origine barbare (Ammien Marcellin, XXXI, 7), désignait chez les Romains les retranchements faits par les peuples du Nord à l'aide de leurs chariots, rangés en cercle autour du camp. On remploie aussi pour désigner le camp ainsi formé, ou l'ensemble des équipages d'une armée barbare.
CARRAN-TUO HILL ou CARNTUAL La plus haute montagne d'Irlande, comté de Kerry (i ,046 m.), dans les Mac Gilliaddy'sReeks;son nom signifie, dit-on, la faucille renversée, et indique sa forme.
CARRANZA (Diego), missionnaire et linguiste hispanoaméricain, mort en 1576 à Tehuantepec. Il avait près de trente ans lorsqu'il entra dans Tordre de Saint-Dominique à Mexico, fut envoyé à Nexapa pour apprendre le zapotee. Ayant été le premier à étudier l'idiome des Chontals, il fut bientôt chargé de la conversion de ces nomades qu'il réunit en villages, qu'il pourvut de chapelles, et pour lesquels il traduisit le Catéchisme, des Exercices spirituels et des Sermons, Au bout de douze ans de pénibles travaux, il fut atteint de la lèpre qui l'emçorta. — Un autre dominicain, Joseph de Carranza, écrivit à la fin du xviii^ siècle une grammaire de la langue nahua. — Un ceYiSim Pedro Carranza, qui avait fait la campagne de la Nouvelle-Galice (1531), avec Nuno de Guzman, écrivit sur les cruautés de ce conquérant un rapport sincère publié dans Documentos inéditos del archivo de Indias (Madrid, 1870, t. XIV, pp. 347-373, in-8). B-s.
CARRANZA (Bartholomé de), né en 1503 à Miranda en Navarre, mort à Rome le 2 mai 1576. Devenu dominicain, il professa la théologie à Valladolid, fit partie, de 1543 à 1546, de la délégation de théologiens espagnols envoyée par Charles-ftuint au concile de Trente, et se distingua dans cette assemblée par l'énergie avec laquelle il réclama la réforme de la discipline ecclésiastique, en particulier l'interdiction du cumul des fonctions ecclésiastiques et Tobligation pour les évoques de résider dans leurs diocèses ; de là son opuscule : Controversia de necessaria personali prœsentia episcoporum (Venise, 1547, in-4). De retour en Espagne, il devint provincial de son ordre et confesseur de l'infant Philippe. Lors du mariage de ce prince avec la reine Marie d'Angleterre, il le suivit dans ce pays et y prit une part active à la réaction catholique. Pour prix de ses services, Philippe II lui conféra, en 1557, l'archevêché de Tolède ; en cette qualité, il administra les derniers sacrements à Charles-Quint, l'exhortant à placer son espoir en la mort rédemptrice de Jésus- Christ. Il appartenait en effet à la famille des théologiens catholiques de cette époque qui, sincèrement convaincus des droits de la hiérarchie et de la papauté en particulier, désiraient une réforme des abus et un renouvellement de la piété par l'étude de l'Ecriture, sans songer à quitter leur Eglise. Cette tendance réformatrice se manifeste dans sa Summa conciliorum et pontificum (Venise, 1546, in-fol.), qui est un résumé de l'histoire des dogmes ecclésiastiques, et surtout dans son fameux commentaire sur le catéchisme, Commentarios.,. sobre el catecismo cristiano (Anvers, 1558, in-fol.). Accusé d'hérésie par des adversaires jaloux de sa haute situation, il fut arrêté en 1559 dans son palais par le grand inquisiteur Ferdinand de Valdès, archevêque de Séville, resta huit ans dans les prisons de l'Inquisition à Valladolid, malgré l'intervention du concile de Trente qui déclara son commentaire irrépréhensible, et fut enfin transféré à Rome où, après neuf nouvelles années de captivité au château de Samt-Ange, il fut condamné, le 16 mars 1576, à abjurer seize propositions extraites de ses livres et à rester suspendu de ses fonctions d'archevêque pendant cinq ans qu'il devait passer dans un couvent de son ordre. Peu après, Carranza expirait au couvent de la Minerve, à Rome. A. Jundt.
BiBL. : QuÉTiF etEcHARD, Scriptores ordinis prsedica-
torum; Paris, 1721, II, 236-243, in-fol, — J.-A. Llorente, Histoire critique de l'Inquisition d'Espagne; Paris, 1818, III, 183-315, in-8. — Gachard, Retraite et mort de Charles- Quint au monastère de Yuste ; Bruxelles, 1854- 55, I et II, passim. — Ad. Helfferich, Der Protestantismus in Spanien zur Zeit der Reformation» dans Monatshlœtter de Gelzer, 1856, pp. 294 ss. — H. Laugwitz, Ba?^tholomâus Carranza, Erzbischof von Toledo ; Kempten, 1870, in-8.
CARRARA (Giovanni-Michaele-Alberto), médecin, historien et littérateur italien, né à Bergame, mort à Bergame le 26 oct. 1490. 11 servit dans sa jeunesse sous les ordres de Ph. Visconti contre Fr. Sforza, puis exerça Fart médical dans sa ville natale. Il fut souvent consulté par les princes d'Italie, de France et d'Allemagne. C'était l'un des hommes les plus instruits de son temps. On cite de lui : De Omnibus îngeniis augendœ memoriœ (Bologne, 1491); Oratio in funere Barth. Coleonis (Bergame, 1732) ; puis, des ouvrages latins et italiens, historiques, poétiques, etc., non imprimés. D^ L. Hn.
CARRARA (Pier- Antonio), poète italien du xvii^' siècle, natif de Bergame. Il a laissé une traduction en vers de VEnéide plusieurs fois réimprimée : V Enéide di Virgilio tradotta in ottava rima, cogli argomenti del mede- 5im{? (Venise, 1681). R. G.
BiBL. : L.-F. BarnabaVAERiNi, Gii Scrittori dîBergama; Bergame, 1784, in-4.
CARRARA (Francesco), jurisconsulte italien moderne, célèbre criminaliste, né à Lucques le 18 sept. 1805, élève et successeur de Carmignani dans la chaire de droit criminel de l'Université de Pise. Il fut successivement député de 1865 à 1870 et sénateur (1876); une cécité presque complète Péloigna des affaires. 11 a préparé pour la Suisse, qui lui a accordé le droit de cité honoraire, un projet de code pénal. Il a vivement combattu la peine de mort. Ses principaux ouvrages sont : Programma del corso di diritto criminale (9 vol. divisés en parte générale; 5^ éd., Lucques, 1877 et parte spéciale; 5« éd., Lucques, 1881), traduit en français par P. Baret (1876, in-8); Opuscoli di diritto pénale (1 vol.); Pensieri sul progetto di codicê pénale italiano del i874 (3« éd., Lucques, 1878); Lezioni sul grado nella forza fisica del delitto (6® éd., Lucques, 1870); Lineamenti di pratica legisîativa pénale (Rome, 1874; Turin, 1882); Studj sul diritto perfetto (Lucques, 1879). A.-M. B.
CARRARD. Famille vaudoise qui, à partir du xviu^ siècle, tient une place des plus honorables dans la science et la magistrature. Ses représentants les plus distingués sont : i^Benjamin-Samuel'GeorgeSf né à Orbe le 21 janv. 1740, ministre du saint Evangile, auteur de plusieurs mémoires économiques et juridiques estimés, entre autres : Qu'est-ce qui est requis dans l'art d'observer et jusqu'où cet art contribue-t-il a perfectionner V entendement? réponse à une question mise au concours de l'Académie des sciences de Haarlem (Amsterdam, 1777, in-8);; De la jurisprudence criminelle^ un essai provoqué par une demande de la société économique de Berne au sujet d'un nouveau code pénal (Genève, 1785, 2 vol. in-8) ; 2^ Henri- Vincent, né à Fey, près d'Echallens, le 9 oct. 1766, mort le 7 mai 1820. Il étudia la jurisprudence à l'Académie de Lausanne, puis à l'Université de Tubingue qui lui conféra, en 1789, le doctorat. La révolution de 1798, en affranchissant sa patrie de la domination bernoise, en fit un homme politique et l'amena à siéger successivement au grand conseil helvétique (1798), au conseil législatif (1800), à la diète du canton de Vaud et à l'assemblée des notables (1802). Dans ces différents corps, H.-V.Carrard prit aux débats une part prépondérante et fut chargé d'élaborer un projet de constitution. En 1802, il fut nommé préfet de Lausanne et, quelques mois après, président de la cour d'appel et du tribunal de district; la même année, l'Académie de Lausanne l'appela à la chaire de droit naturel sur la présentation de la thèse De origine domini; 3«Her?n,néàLausannele2sept.l824,mortle8marsl889.
CARRARD — CARRARO
II commeDça à rAcadémie de cette ville des études juridiques poursuivies à Paris, à Berlin et y fut nommé en 1869 professeur pour le droit civil et commercial. Député à diverses reprises au grand conseil vaudois, président du tribunal civil, docteur en droit honoris causa de l'Université de Zurich (1883), membre des commissions fédérales qui ont élaboré le code des obligations (4883) et la loi sur les poursuites (1888), président de la Société d'histoire de la Suisse romande (1880-1884), M. Henri Carrard se montra l'un des érudits les mieux renseignés sur les annales du pays de Vaud sous la domination des comtes de Savoie et pendant le moyen âge. Nous lui sommes redevables entre autres des deux mémoires suivants : Principales divergences qui existent entre la législation des cantons allemands et des cantons français^ et manière de les concilier (1873) ; le Combat de Chillon a-t-il eu lieu et à quelle époque? (1887).
Ernest Stroehlin.
CARRARE (Carrara), Ville d'Italie, prov. de Massa et Carrare, dans la Toscane. Carrare commande le défilé de la Lunigiane où passe la route très souvent suivie par les invasions entre Sarzane et Pise. Elle est entourée d'un cirque de montagnes formées de blocs de marbre depuis la base jusqu'au sommet. Là sont exploités ces beaux marbres statuaires dont le prix atteint parfois jusqu'à 2,000 fr. le m. c. Tous les monuments privés et publics de Carrare sont naturellement construits avec ce marbre. La ville entière est comme un immense atelier de sculpture. Beaucoup d'ouvriers s'occupent à ébaucher sur place les œuvres des sculpteurs italiens ou étrangers, ce qui diminue d'autant la cherté du transport. Carrare possède une académie des beaux-arts avec un musée renfermant une collection nombreuse de moulages intéressants. Là se forment beaucoup de sculpteurs et d'ornemanistes. Tous les trois ans, l'élève qui a remporté le prix du concours de bas-relief est envoyé à Rome et pensionné. Plusieurs sculpteurs de talent sont nés à Carrare : Pietro Tacca, élève, puis émule de Michel- Ange; Carlo Finelli ; Franzoni qui travailla au Vatican pour le compte de Pie VI et, parmi les contemporains, M. Pietro Tenerani. La population de Carrare était en 1881 de 11,869 hab.
Exploitation des marbres de Carrare. Les riclîes dépôts de marbre exploités par les Etrusques dans la vieille ville de Luni et par les Romains dans toute la contrée avoisinante furent à peu près abandonnés depuis la chute de l'empire romain jusqu'au xi® siècle. Mais la richesse croissante des villes d'Italie et le goût des monuments somptueux donnèrent un aliment nouveau à l'extraction. Elle est poussée actuellement avec la plus grande activité et les marbres de Carrare sont exportés jusque dans l'Amérique et au Bengale. Voici à ce propos les principaux renseignements statistiques tirés d une notice officielle accompagnant le Catalogue des échantillons de marbre exposés à Anvers (Rome, 1885, in-8). « Toutes les variétés de marbre qu'on exploite dans les Alpes Apuennes appartiennent au terrain du trias. On a du marbre à tous les niveaux de cette formation, mais la zone qui offre les plus grandes ressources est celle du milien qui forme à elle seule une énorme lentille de calcaire cristallin ayant son maximum d'épaisseur à Carrare (environ 1,000 m.). Cette lentille fait le tour du massif ellipsoïdal des Alpes Apuennes... Actuellement, l'exploitation en grand n'a lieu que dans les vallées de Carrare, Massa et Seravezza qui ont leur débouché sur la mer. Toutefois, deux autres vallées du côté nord, celle d'Arni, qu'on exploite sur quelques points, et celle de Vinca qu'on a explorée dernièrement, ont aussi beaucoup d'avenir. La lentille centrale mentionnée plus haut forme le gisement du marbre par excellence. Elle se compose presque entièrement de marbre blanc commun (bianco chiaro), mais elle donne aussi souvent le bleu cendre (berdiglio) et sur quelques points le statuaire. Ainsi, au monte Altissimo, près de Seravezza, et aux carrières du Polvaccio, près de Car-
rare, on rencontre de belles masses de cette qualité supérieure. Au-dessous de la lentille se développe une zone de calcaires compacts blanchâtres ou grisâtres, dits grez- %07ii, contenant parfois (Carrare) des bancs intercalés d'un beau calcaire noir. Au-dessus de la lentille se trouvent des couches calcaires et schisteuses contenant toutes les variétés de marbre blanc et coloré et notamment le marbre statuaire. Il y avait, en 1885, 557 caprières en exploitation dont 387 à Carrare employant 5,800 ouvriers; 70 à Massa employant 1,180 ouvriers, et 100 à Seravezza et localités voisines employant 1,480 ouvriers. La quantité de marbres produite dans les trois vallées principales a été, en 1884, de 170,739 tonnes. Sur cette quantité, 125,000 tonnes environ sont exportées à l'étranger. La valeur commerciale des marbres exportés est évaluée par les douanes à 23,500,000 fr. L'unité de mesure adoptée en Italie pour la vente des marbres est le palmo qui correspond à 0^^249. Il y a donc environ 16 palmes carrés dans un m, q. et 64 palmes cubes dans un m. c. A l'aide de ces rapports, il est aisé de réduire le prix des marbres aux mesures métriques. H. Vast.
CARRARE. Nom d'une famille illustre qui, pendant plusieurs générations, exerça la souveraineté à Padoue vers la fm du moyen âge. — Giacopo Carrare, mort en 1324. 11 s'empara de la souveraineté à Padoue et, pour s'y maintenir, se reconnut vassal de Frédéric d'Autriche (1318-1324). — Marsilio Carrare, neveu du précédent. Il invoqua l'appui de Cane délia Scala, seigneur de Vérone ; mais se brouilla avec son fils Albert. Il ressaisit le pouvoir avec le secours de Florence et de Venise et mourut en 1337. — Ubertino Carrare, neveu du précédent. Il lui succéda en 1338. Il se vengea d'abord d'Albert délia Scala, qui avait outragé sa femme, puis se Réconcilia avec son fils Marsilio délia Scala (1338- 1355). — Marsilietto Carrare, son parent éloigné, fut assassiné après deux mois de règne, à Padoue (1348). — Giacopo II Carrare, parent et assassin du précédent. Il se fit acclamer par le peuple seigneur de Padoue, régna avec quelque modération et périt lui-même assassiné (1351). — Giacomino Carrare et Francesco i«^ Carrare, l'un frère, l'autre fils du précédent. Ils régnèrent d'abord conjointement (1351-1355) ; mais le neveu fit assassiner l'oncle. François régna seul ; il lutta d'abord contre la maison de Visconti avec l'aide de Venise, puis contre les Vénitiens avec le secours de Louis de Hongrie et des Génois. Il dirigea contre la république de Venise la guerre de Chioggia qui faillit la perdre et qui lui coûta Trévise, Feltre, Bellune (1378-1384). Mais il perdit ses conquêtes et mourut au château de Como, où Jeao-Galéas Visconti l'avait enfermé (1388-1393). — Francesco II Carrare, fils du précédent. Détrôné par Jean-Galéas, il se fit ramener tout-puissant à Padoue avec l'aide des Florentins et des Vénitiens. Puis, devenu suspect à Venise, par suite de ses projets d'agrandissement, il fut détrôné par les troupes vénitiennes et étranglé en vertu d'une sentence du Conseil des Dix (17 févr. 1406). Avec lui finit la maison souveraine de Carrare. H. Vast,
CARRARI(Domenico), peintre, né à Bovolentaenl750, mort en 1839. Placé tout jeune au collège de Padoue, il dut interrompre ses études littéraires, qu'il arriva pourtant à compléter à force de volonté, une fois rentré à la maison paternelle. Il a laissé comme peintre littérateur et musicien une réputation honorable dans sa patrie, et il est à regretter qu'il n'ait pu étudier à fond un seul des arts qu'il a cultivés.
CARRARO (Giambattista), comédien fameux en Italie au commencement de ce siècle, né à Padoue en 1800. A dixsept ans, il s'engagea comme second amoureux dans la troupe Colonnesi. H brilla ensuite comme jeune premier dans celle de Giovanni Andolfati, puis dans celle que dirigeaient Luigi Riva et la fameuse Gaetana Goldoni. En 1824 il faisait partie, à Naples, de la compagnie Internari, qui comprenait quelques-uns des premiers comédiens
CARRÂRO -- CARRE
— on —
del 'Italie, et où Garraro se distinguait dans les rôles d'Oreste, d'Egisthe dans Mérope, deJasondans Médëe, ce qui ne Tempêchait pas de faire preuve de qualités toutes différentes dans les plus vives comédies de Goldoni. L'année suivante, sans quitter Naples, Carraro s'engagea dans la troupe comique de Tessari, qui occupait le théâtre des Fiorentini. Pendant cinq ans, il obtint à ce théâtre des succès éclatants; en 1830, ayant épousé une cantatrice, Marietta Mari, qui triomphait de son côté au théâtre San Carlo, il abandonna une carrière qui promettait d'être toujours plus brillante, pour suivre sa femme en Espagne, en Angleterre et ailleurs. A partir de ce moment, il ne s'occupa plus personnellement de théâtre que comme régisseur et administrateur,
CARRATEYRON (Le), c.-à-d. le petit charretier, pseudonyme pris au commencement du xvi® siècle par un poète provençal qui nous a laissé un certain nombre de chansons satiriques. Ses poésies ont été publiées, vers 4530, dans une petite plaquette aujourd'hui introuvable. Réimprimées d'abord par les soins du chevalier B. de P. (les Chansons du Carrateyron ;M2iVsei\\e, 1855,in-12), puis dans la collection Gay (Nice, 1872, in-12).
CARRATRACA. Bourgade d'Espagne, prov. de Mâlaga, district de Campillos, entre les deux montagnes del Bano et de Caparam de la sierra de Aguas, jouit d'un climat sain et frais, qui fait rechercher son séjour l'été par les habitants des régions chaudes de Cordoue et du littoral. Des eaux ninérales sulfureuses à 22^ y donnent un débit de 30,000 litres par heure et sont réputées très efficaces dans certaines maladies de la peau. Aussi la population du bourg, qui n'est ordinairement que de 4,791 hab., s'élève-t-elle à 5 ou 6,000 personnes du 45 juin à la fin de septembre. E. Cat.
Eaux minérales. — Cette source hypolhermale (49«) amétallite, sulfureuse faible, carbonique moyenne (Rotureau), jaillit abondamment, à la base d'une montagne calcaire et magnésienne. C'est une station très suivie, quoiqu'il n'y ait pas d'établissement thermal proprement dit. Les eaux, employées intus et extra, servent principalement dans les affections cutanées sèches, dans le rhumatisme ancien, la scrofule, dans la syphilis constitutionnelle, contre laquelle elle présente une action pour ainsi dire spécifique, puis dans les affections catarrhales des muqueuses, les maladies utérines, les névralgies et les névroses, les plaies anciennes, etc. D^ L. Hn.
CARRATTE. Petite monnaie arabe, 6,400 carrattes fontuntoman qui vaut environ 40 fr. 36. La carratte est seulement une monnaie de compte.
CARRAU (Ludovic), philosophe contemporam, né à Paris le 6 sept. 4842, mort à Paris le 24 févr. 4889. Après de fortes études au collège Rollin, il entra en 4864 à PEcole normale, d'où il sortit agrégé en 1864. Professeur de philosophie tour â tour aux lycées d'Alençon, de Caen et de Strasbourg, il fut reçu docteur en 4870 avec ces thèses : De Sermonibus fidelibus F. Baconi Verulamii et Exposition critique de la théorie des passions dans Descartes, Malebr anche et Spinoza, Professeur k la Faculté des lettres de Besançon, depuis 4874, il fut appelé comme maître de conférences (1881) à celle de Paris, où il venait d'être nommé professeur adjoint (1888) quand il mourut dans la force de l'âge, en pleine activité. Il a publié : la Morale utilitaire (1875, in-12) ouvrage couronné par l'Acad. des se. morales ; Etudes sur la théorie de révolution (1879, in-12) ; Etude historique et critique sur les arguments du Phédon de Platon en faveur de Vimmortalité de l'âme, lue devant TAcad. des se. morales (1887); la Conscience psychologique et morale dans llndi^ vidu et dans V Histoire (4887, in.l2) \ la Philosophie reliaieuse en Angleterre depuis Locke jusqu à nos jours (4888, in-8). Dans tous ces ouvrages, un spiritualisme large, souple et très informé revêt une forme des plus élégantes. On doit de plus, a M. Carrau, la )
traduction de l'ouvrage de Flint, la Philosophie de l'histoire en France et en Allemagne (2 vol.), et de nombreux articles dans la Revue des Deux Mondes, la Revue philosophique, la Revue politique et littéraire, le Journal des Débats, Enfin, il collaborait à la Grande Encyclopédie. H. Marion.
CARRÉ ou QUARRÉ. L Géométrie. — Rectangle dont les côtés sont égaux. On prend pour unité de surface le carré construit sur l'unité de longueur.
Carré de^ V hypoténuse. Nom donné à un théorème célèbre attribué à Pythagore et qui peut s'énoncer ainsi : le carré construit sur Vhypoténuse d'un triangle rectangle est égal à la somme des carrés construits sur les autres côtés. On connaît un grand nombre de démonstrations de ce théorème. Nous donnerons la suivante, sans la recommander au point de vue didactique.
Supposons que le triangle rectangle soit une des équerres égales ombrées sur chacune des figures ci-dessous ; la fig. 4 occupe la même surface que la fig. 2 ; la première contient les équerres plus le carré de l'hypoténuse de cette équerre, la seconde contient aussi quatre équerres plus la somme des carrés des côtés de
Fig.i.
l'angle droit d'une équerre, ce qui constitue une preuve à la fois théorique et expérimentale de notre théorème.
Réciproquement, lorsque dans un triangle le carré d'un côté est égal à la somme des carrés des deux autres, ce triangle est rectangle. De là, un moyen fort simple d'improviser un angle droit et souvent employé à la guerfe quand on n'a pas d'instruments à sa disposition, on construit un triangle en ficelle; les côtés ont 3 m., 4 m. et 5 m. Comme 3^ + 4^ =: 5^, ce triangle est rectangle et fournit l'angle droit dont on a besoin.
II. Arithmétique. — Elever un nombre au carré c'est le multiplier par lui-même, probablement parce que pour avoir la superficie d'un carré il faut élever le nombre qui mesure son côté au carré, — Un nombre est un carré ou encore un carré parfait, quand il existe un nombre entier qui, élevé au carré, le reproduit; 0, 4,4, 9, 46, 25...., sont des carrés. — Tout nombre entier est la somme de quatre carrés.
Racine carrée (V. Racine).
m. Algèbre. — Le carré d'une expression algébrique est le produit de cette expression par elle-même ; — un polynôme est un carré quand il existe un polynôme entier qui élevé au carré le reproduit. — Tout polynôme entier du second degré à n variables est une somme àQ n -\-i carrés de fonctions linéaires ; la décomposition peut se faire d'une infinité de manières, mais les carrés qui peuvent être additifs ou soustractifs sont tels que, de quelque manière que l'on efi*ectue la décomposition, on trouve toujours le môme nombre de carrés additifs, soustractifs ou nuls. — La théorie des surfaces et des courbes du second degré est fondée en partie sur la théorie de la décomposition en carrés.
Moindres carrés, La méthode des moindres carrés, inventée par Legendre et perfectionnée par Gauss, Laplace, Bienaymé, etc., a pour but de résoudre un système d'équations contenant plus d'inconnues que d'équations. Dans ces équations, les coefficients sont des données expérimentales entachées d'erreurs que Ton ne peut éviter
CARRE
et qui tiennent à Timperfection des méthodes employées pour effectuer les mesures. Si les mesures pouvaient être effectuées exactement, les équations en question devraient être compatibles ; en réalité, elles ne le sont pas. La méthode des moindres carrés apprend à profiter de toutes les équations de manière à en déduire les valeurs les plus probables des inconnues que Ton cherche. Nous nous bornerons ici à indiquer la pratique de la méthode sans la justifier, en renvoyant pour cet objet à la traduction française des travaux de Gauss par M. Bertrand, à la théorie analytique des probabilités de Laplace, et à notre traité du calcul des probabilités.
Disons tout d'abord que l'on peut toujours supposer que les équations à résoudre sont du premier degré ; en effet, si elles ne sont pas du premier degré appelons les
Xf 2/,... désignant les inconnues en nombre w, on prendra au hasard n de ces équations, on les résoudra ; soient a,p,...w^ système de solutions (celui qui est voisin de celui que l'on cherche) soit ^ = a + 8^, yz=z^-\-ly,,,, aux inconnues ic, t/,... on substituera les inconnues Zx, Sî/,... et les équations à résoudre deviendront :
/iKPv.O + B^
dt.
dot.
et en négligeant les termes d'ordre supérieur en o^, 8?/,... très petits, on sera ramené à des équations du premier degré en 8^, §2/,...
Ceci posé, considérons des équations du premier degré en rc, î/,î5,...
■ hv +
lii)
Ordinairement on les remplace par les suivantes en nombre égal à celui des inconnues :
l xHa^ + yllab + zHac... ç= Hak,
Nous justifierons en quelques mots cette manière de procéder, en nous hâtant de dire qu'une théorie bien faite, devrait recevoir de plus amples développements. Imaginons que dans les formules (1) on remplace x^y,%,.., par leurs valeurs exactes; les quantités k^^ k^,,, devraient être remplacées par k^-h^i^ ^2 + ^w* respectivement, pour que ces formules (1) fussent compatibles, s^, s^» ••• sont alors ce que l'on appelle les erreurs. On démontre à l'aide du calcul des probabihtés que, pour obtenir les valeurs les plus plausibles des inconnues x, ?/,... il faut rendre minimum s^^ + s^^ + ... ou ce qui revient au même :
{a^x+b^y-^,„~-k^)'^-{-{aç^x-hb^y-\'.,.'^n.^i
ce qui se fait en égalant à zéro ses dérivées relatives à a-,?/, ;s,..., ce qui donne
-\- a^{a^x -+- ^2?/ + ... — kç^) + ... = 0,