CARREAU
coûtent des sommes considérables ; mais les gîtes houil- 1ers sont puissants, réguliers et rémunérateurs ; ils justifient les sacrifices faits pour le matériel et les installations du jour. Le climat est rude ; dès lors, toutes les manutentions se font à couvert sur le carreau de la mine, et Ton voit les grands wagons de dix tonnes entrer vides dans ces grands bâtiments et en sortir chargés, sans qu'on puisse apercevoir les apparaux qui ont effectué la classification et les chargements. Les carreaux des houillères anglaises ont en général un tout autre caractère ; rien n'est donné au luxe d'extérieur ni au confortable du travail. A l'exception de quelques établissements nouveaux, la condition normale des manutentions est de se faire en plein air, sauf la ressource d'appentis et de hangars en planches. Dans quelques bassins, ceux du pays de Galles et d'Ecosse, par exemple, l'économie est poussée à ses dernières limites; l'aspect négligé et souvent sordide qui on résulte ferait penser que les manutentions des charbons s'exécutent à des conditions coûteuses ; il n'en est rien : toutes les fois qu'une manœuvre spéciale doit être exécutée, les moyens ont été établis avec le sens pratique qui caractérise l'industrie anglaise. Ajoutons d'ailleurs que dans les bassins où les puits sont coûteux, par exemple dans les bassins de Newcastle, du Lancashire et du Staffordshire, on a construit des installations remarquables par leurs proportions, leur ensemble et leur caractère architectural ; nous pouvons ajouter par la bonne tenue et l'ordre qui en résultent. Les installations dominantes en France et en Belgique tiennent en quelque sorte le milieu entre les établissements grandioses de l'Allemagne et les installations par trop utilitaires de l'Angleterre. On est arrivé à un genre d'installation qui présente deux types. Le plus simple a pris naissance à Anzin ; on couvre le puits par un chevalet à quatre piliers, lequel sert lui-même de charpente pour abriter le puits et entretenir le bois, la machine étant placée à distance. Le second type consiste à comprendre sous la même toiture et dans un même bâtiment tous les puits, machines et appareils consacrés aux divers services du siège de l'exploitation, ateliers, magasins et bureaux. On trouve à cela deux avantages: d'abord, celui de couvrir les câbles, qui n'ont plus à supporter, du moins au même degré, les effets des intempéries, et, en second lieu, celui de tout réunir dans un même bâtiment, ce qui facilite à la fois les manœuvres et la surveillance. L. Knâb.
V. Art des jardins. — Dans les jardins à l'italienne ou à la française, on appelle carreau toute division, généralement de forme carrée ou rectangulaire (d'où leur nom), faisant partie d'un parterre, division limitée par des allées et garnie aux bords de buis nain ou de plantes s'élevant peu, tandis que, à l'intérieur du carreau garni de fleurs, croissent des arbustes et parfois de véritables arbres. Ch. L.
VL Peinture. — La mise au carreau est un procédé employé par les peintres et par les dessinateurs pour reproduire en l'agrandissant ou en la diminuant une œuvre quelconque. Son origine remonte, on peut le dire, à celle de la peinture même ; on le trouve décrit pour la première fois dans l'ouvrage de L.-B. Alberti : De pictura, prœstantisslma et nunquam satis laudata arte^eic, Basileœ, 1540.
Ce procédé est généralement employé pour reporter une esquisse sur la toile où le tableau sera peint définitivement et dans la grandeur voulue. Pour procéder à cette opération, on divise d'abord en parties égales les quatre parties de la superficie, puis on tire des lignes, de façon à obtenir une série de carreaux réguliers. Le même travail, répété une seconde fois sur la toile ou le papier qui doit recevoir l'œuvre définitive, présente des carreaux agrandis ou diminués dans les proportions que l'on a choisies. Si le champ à couvrir est de petites dimensions, une règle de bois suffira pour le tracé des carreaux ; si, au contraire, il faut opérer sur une vaste
surface, on se sert d'un cordeau frotté de craie ou de sanguine. Quand ce cordeau est fixé sur deux points correspondants, de manière à former une ligne bien droite, on le pince à la façon d'une corde de harpe et il frappe une ligne sur le champ où l'on opère. Cette façon de mettre au carreau s'appelle tringler. Après avoir numéroté les carreaux, on s'applique à dessiner avec précision dans chacun d'eux les lignes qui se retrouvent dans les carreaux correspondants du modèle de l'esquisse. Lorsqu'on craint d'endommager, en y traçant des lignes, la peinture ou le dessin que l'on veut reproduire, on peut établir les carreaux au moyen d'une série de fils tendus verticalement et horizontalement. Si cet ouvrage est de très petites dimensions, une miniature, par exemple, on se sert d'un papier à la gélatine, dit papier glace, sur lequel on trace les carreaux à la pointe, après l'avoir appliqué, comme une vitre, sur le modèle. Ad. Tiiiers.
VIL Art héraldique. — Carré parfait, représentant la pièce de brique dont on pavait le sol dans les bâtiments fortifiés ; c'est une figure naturelle appartenant aux choses de la guerre et entrant dans le blason d'hommes d'armes ; il n'est pas d'un usage général.
VIII. Archéologie. — Trait empenné et court qu'on lançait au moyen d'une arbalète. Au lieu d'avoir une pointe fine et effilée comme celle de la flèche, le carreau portait une grosse tête d'acier, carrée ou en forme de losange cubique. Le carreau est parfois nommé carre
Carreau, d'après le musée d'artillerie.
OU quarrel dans les anciens écrits. Certains gros carreaux, quelquefois empennés d'airain, étaient lancés à l'aide de la baliste. Des carreaux étaient encore lancés par les canons et bombardes de l'artillerie primitive. Froissart, parlant des Anglais qui défilaient près de Carcassonne en 1356, s'exprime ainsi : « Au passer, on leur envoya, des tours de la forteresse, en canons et en espringalles, carreaux gros et longs... » Parlant ensuite du siège de Breteuil, sous le roi Jean, il dit que ceux de la garnison « étaient pourvus... de canons jetant feu et grands carreaux pour tout dérompre ». Ces projectiles que rhistorien nous donne comme empennés d'airain, grands et gros, étaient donc semblables à ceux de l'arbalète de position ou de Ja baliste.
IX. Physique. — Carreau étincelant. On désigne sous ce nom un petit appareil de physique destiné à former des dessins avec des décharges électriques. Pour cela, on colle sur une lame de verre une bande de papier d'étain très longue allant de côté et d'autre de la plaque et formant sur celle-ci une sorte de rayure régulière. Les deux extrémités communiquent avec deux petites sphères métalliques entre lesquelles on peut faire jaillir les décharges électriques. Si le papier était continu, la décharge passerait et une étincelle jaiHirait seulement entre la sphère et le conducteur lui amenant l'électricité ; mais on pratique dans le papier d'étain de petites solutions de continuité, de façon que l'ensemble des parties enlevées forme un dessin. Il est indispensable que les parties du verre ainsi mises à nu soient plus étroites que la distance entre deux lignes consécutives du papier d'étain, afin que les étincelles jaillissent bien entre les solutions de continuité et non pas d'une ligne à l'autre. Le carreau étant ainsi préparé, si l'on met une des extrémités de la bande d'étain en communication avec le sol et l'autre avec une machine électrique, entre chaque déchirure du papier d'étain il ^^se formera une étincelle, et si l'on est dans l'obscurité, le dessin que l'on aura ainsi formé avec toutes ces solutions de continuité apparaîtra lumineux. On peut aussi disposer la bande d'étain sur un tube et faire communiquer ces deux extrémités l'une avec une machine électrique et l'autre avec le sol, A, J,