CARREL «- CARRELET
et dans ma vie politique, si vous la faites loyalement, vous ne trouverez rien qui ne soit honorable, n'est-ce pas, monsieur ! — Oui, monsieur, » répondit M. de Girardin.
Il avait été décidé par les témoins que les combattants seraient placés à quarante pas et qu'ils pourraient faire dix pas chacun. M. Carrel franchit la distance d'un pas ferme et rapide. Parvenu à sa limite et levant son pistolet, il tira sur M. de Girardin qui n'avait encore fait que trois pas environ en ajustant. La détonation des deux armes fut presque simultanée ; cependant M. Carrel avait tiré le premier. M. de Girardin s'écria : « Je suis touché à la cuisse », et fitïeu. « Et moi à l'aine, » dit M. Carrel après avoir essuyé le feu de son adversaire. Il eut encore la force d'aller s'asseoir sur un tertre, au bord de l'allée. Ses témoins et son ami, le docteur Marx, coururent à lui. M. Persat fondait en larmes : « Ne pleurez pas, mon bon Persat, lui dit Carrel; voilà une balle qui vous acquitte », faisant allusion au procès du ISational, qui devait avoir lieu le lendemain. Après lui avoir donné les premiers soins, ses amis le prirent dans leurs bras pour le porter à Saint-Mandé, chez M. Peyrat, son camarade de l'Ecole militaire. En passant auprès de M. de Girardin, M. Carrel \oulut s'arrêter : « Souffrez-vous, monsieur de Girardin ? — Je désire que vous ne souffriez pas plus que moi. — Adieu, monsieur, je ne vous en veux pas. »
M. Peyrat accourait au-devant de son ancien camarade. « Ah ! voilà Peyrat, s'écria-t-il, vous le voyez, les amis se rencontrent toujours, même quand ils ont suivi des lignes différentes. Maintenant que je connais votre maison j'y reviendrai. » Carrel fut placé sur le lit. Il était calme, quoiqu'il commençât à souffrir beaucoup. Il ne se faisait du reste aucune illusion sur la gravité de sa blessure ; car, dès ce moment, il demanda qu'on le transportât directement au cimetière, sans le présenter à l'église : « Point de prêtre, point d'église », telle fut sa première recommandation. Il mourut le surlendemain.
L'autopsie du corps fut faite vingt-quatre heures après, c.-à-d. le 2o juil., à cinq heures du matin. La conclusion fut que la blessure était nécessairement mortelle.
Les obsèques d*Armand Carrel eurent lieu le même jour à quatre heures du soir. Le convoi partit de Saint- Mandé. A la tête du cortège marchait le père du défunt. Puis venaient Béranger, arrivé de Fontainebleau pour rendre les derniers honneurs au vaillant écrivain, Chateaubriand, Arago, Laffitte,,Cormenin, Garnier-Pagès,etc., ainsi que de nombreux représentants de la presse de Paris. Plus de dix mille personnes suivaient le corbillard. Le cimetière de Saint-Mandé eût été trop petit pour contenir la fouie. Le cortège s'arrêta à l'entrée. Là, des paroles d'adieu furent prononcées par M!\I. Arnold Seheffer, Martin Maillefer et Thibaudeau. Chateaubriand et Arago avaient manifesté l'intention de dire quelques mots sur la tombe du jeune et déjà célèbre polémiste .; mais l'émotion qui les avait saisis à la nouvelle de sa mort était plus poignante encore en face de son cercueil, et ils durent renoncer à saluer pour la dernière fois celui qu'ils avaient honoré de leur amitié.
Le National^ par la plume de M. Littré, retraça, dans un supplément, la vie d'Armand Carrel. Au cours de cette notice, le biographe exprimait le désir que ses articles fussent réunis en volumes. Ce désir, M. Littré lui-même le combla. Avec Taide de M. Paulin, ancien gérant du National, il rassembla les articles d'Armand Carrel' qui ne firent pas moins de cinq volumes (Paris, 4854, in-8). Après la mort d'Armand Carrel, une souscription fut ouverte dans les colonnes du National pour l'érection d'une statue sur la tombe de l'éminent publiciste. Cette statue, élevée dans le cimetière de Saint- Mandé, est l'œuvre du sculpteur David (d'Angers). Une autre statue d'Armand Carrel a été érigée à Rouen en 4887. " A. Crié.
CARRELAGE. Revêtement en carreaux de diverses formes et de diverses matières (marbre, pierre, terre
cuite, etc.), du sol des portiques et généralement des pièces à rez-de-chaussée et des cuisines. Chez les anciens, le carrelage se faisait en dalles de marbre ou de pierre (V. Dallage) et, Burtout dans le monde grécoromain et, plus tard, dans le monde gallo-romain, en mosaïque de marbre (V. Mosaïque). Les Romains employaient aussi, comme on le fait de nos jours, les briques, posées à plat ou sur champ, pour recouvrir le sol des passages, des trottoirs et des endroits exposés à l'action de l'eau. Au moyen âge, dans le nord de l'Europe, les carreaux de terre cuite, d'abord d'une seule couleur, puis de différentes couleurs et enfin émaillés et incrustés d'ornements de couleur sur un fond uni, servirent à décorer le sol des sanctuaires des églises ou des appartements de réception des riches habitations, et de nombreux exemples de ce mode de décoration, montrant tout le parti que l'on peut tirer de la céramique employée pour le revêtement du sol, se voient encore en de nombreux endroits, entre autres dans les châteaux de Blois et d'Eeouen, dans les cathédrales de Saint-Omer et de Langres et dans l'église abbatiale de Malvern (Angleterre). L'usage de ces carreaux de faïence se conserva toujours dans le midi de l'Europe et dans tout l'Orient musulman ; mais, abandonné dans le nord de l'Europe, il n'y reprit guère faveur que de nos jours ; en repnche, grâce à l'impulsion donnée à ce mode de carrelage, par quelques architectes contemporains et grâce aussi à l'habileté de nombreux céramistes modernes, notre époque n'a rien à envier au moyen âge pour l'ornementation et la richesse de ses carrelages. On emploie aussi, de nos jours, les ciments coloriés pour obtenir des carrelages offrant une grande résistance au choc et à l'action de l'humidité. — En France, dans les cuisines, dans les passages et partout oii l'on ne fait pas la dépense du parquet, on se sert de carreaux de terre cuite, carrés ou hexagones, le plus souvent de couleur rouge et provenant des usines de Beauvais, des environs de Paris, de la Bourgogne et du Midi. Ces carreaux se posent à joints presque vifs, sur une aire de béton recouverte de mortier de chaux et de sable ou sur une forme composée de plâtre et de poussière : on appelle pièces ou pointes les morceaux de carreaux, faits ou taillés à la demande, servant à raccorder les angles des pièces. Les vestibules et les salles d'apparat, à rez-de-chaussée, sont souvent carrelés de carreaux alternés de liais et de marbre de couleur formant des dessins dont la simplicité n'exclut pas la richesse. Les carreaux de terre cuite et de faïence sont aussi employés en revêtement (V. ce mot) le long des murs des salles de bains et^ dans les cuisines, sur les fourneaux et autour des pierres d'évier.
Les travaux de carrelage se comptent au mètre superficiel toutes les fois qu'il s'agit de travaux neufs ou de réparations importantes, et à la pièce lorsqu'il s'agit de carreaux posés isolément ou en recherche.
Charles Lucas.
BiBL. : DiDRON, Annales archéol.; Paris, in-8, pi.' passim.— Viollet-Ledug, Dict. de l'Architecture du xi« au xvi« siècle, Paris, 1867, t. IL, fig.in-8.
CARRELET. I. Pêche. — Le carrelet est un filet en forme de nappe carrée, il est tendu par deux demicerceaux se croisant en diagonale ; ce système est suspendu à l'extrémité d'un long levier qui sert à l'amener horizontalement sous l'eau et à le relever doucement, de manière à ramener le poisson qui se trouve au-dessus.
II. Marine, — En terme de voilerie, le carrelet désigne une aiguille pour coudre les voiles ou plus exactement l'arrête de Taiguille; lorsqu'on se sert pour la première fois d'une aiguille on doit en adoucir le carrelet qui, sans cette précaution, couperait les fils de la toile au lieu de les écarter.
III. Armes. — Epée dont la lame est à trois carrés. Quand cette lame était mince, légère, peu propre à la parade, on l'appelait épée à la financière (xvrii^ siècle).
CARRELET ■- CARRENO