CARRERA — CARREY
cruel, ignorant, ne sachant même pas lire, son administration rétrograde fut dominée par l'influence conservatrice, le fanatisme religieux et un militarisme effréné. Tout progressiste fut proscrit. En 4847, il proclama le Guatemala République indépendante, brisant ainsi le pacte fédéral centre-américain, puis, devenu impopulaire, il renonça à la présidence et se retira au Mexique. Revenu en 1850, il fut réélu président en 'ISSl, puis nommé président à vie en 1854. Il repoussa victorieusement toutes les tentatives de Cabafias, président du Honduras et de Gerardo Barrias, président du Salvador, pour rétablir la fédération centre-américaine, en 1851 et en 1863, Il envahit même, dans cette dernière année, le Salvador dont il prit la capitale. L. Goîlaine.
CARRERA (Valentino), auteur dramatique italien, né à Turin le 19 déc. 1834. Parmi les assez nombreuses pièces qu'ilfit représenter : // Lotto, drame (1859); Don Girella (1862) ; rhicubo, Il conte Orazio, drames fantastiques ; 0 Vuna o Valtra, drame « social », qui commença sa réputation ; la Bote, comédie de mœurs ; la Quaderna di Nanni (1870), étude de mœurs modernes, pièce dans le genre moralisant qui démontra au peuple les dangers de la loterie, le Quaterne des Nanni^ autant dire Trente ans ou la vie d'un joueur « à la loterie » ; au reste, cette pièce reste intéressante par une très vive et pittoresque peinture du populaire de Florence; Capitale e mano (1870), encore un drame « social » ; un Avvocato delV avvenire (1873) ; Galateo nuovissimo (1875); Scarabochino (1876); Alessandro Puschin drame (1877) ; Tempeste alpine (1878) ; il Denaro del Comune (1879) ; la Mamma del Vescovo^ (1884), comédie très hardie, assez habilement construite pour avoir plu, même à Rome, aux deux partis, si délicat qu'en fût le sujet ; la Filosofia di Giannina (1885) , jolie pièce d'un goût fin. Parmi d'autres travaux, une excellente étude sur il Conte G. Glraud (dans la Rivista Europea de 1871). Quant à l'imagination que M. Carrera aurait « fondé le drame populaire en Italie », elle est fort hasardée. Il avait organisé, en 1876, une sorte de théâtre libre ancien où on joua, entre autres pièces, la Mandragore de Machiavel; mais cet essai, malheureusement, encouragea certains exploiteurs d'obscénités qui, d'une tentative curieuse, firent un pur scandale. C'est un habile et brillant dramaturge. R. G.
BiBL. : GuBERNATis, D'ict. international des écrivains du jour; Florence, 1880, in-8. — A. Roux, Hist. de la littérature contemporaine en Italie (1859-1874); Paris, 1874, in-18.
CARRERA (Martin), président de la rép. mexicaine (1854-56) (V. Mexique [Histoire]).
CARRERA (Quintino), auteur dramatique italien, né à Turin le 19 déc. 1842. Si ce n'est il Successo^ qui n'en eut guère, et A. B. C»^ comédie écrite en collaboration avec son frère Valentino, il n'a donné que des pièces en dialecte piémontais, dans le goût de celles de Bersezio, presque toujours bien accueillies : Pensionnarj d'Monsû Neirot ; Gl'Impegnus : el Lunes; le Occasion, etc. Son théâtre en dialecte a été recueilli : Teatro in dialetto piemontese (Turin, 1886, 2 vol. in-12). R. G.
'' BiBL. : GuBERNATis, Dict. international des écrivains dtf Jour ;^ Florence, 1888, in-8.
CARRÉ RE. Corn, du dép. des Basses-Pyrénées, arr. de Pau, cant. de Thèze ; 295 hab.
CARRÉ RE. Famille de médecins français, originaire de l'ancienne province du Roussillon :
François Carrère, né à Perpignan le 11 mars 1622, mort à Barcelone le 14 mai 1695. Il fut médecin en chef des armées du roi d'Espagne et publia entre autres : De Sainte militum tuenda (Madrid, 1679, in-8).
Joseph Carrère, neveu du précédent, né à Perpignan en 1680, mort à Perpignan le 11 avr. 1737 . Il a eu le malheur de combattre, dans ses Animadversiones in circulatores (Perpignan, 1714), la grande découverte de la circulation. Il a encore publié, en 1718etl721, des opuscules sur les fièvres.
Thomas Carrère, fils du précédent, né à Perpignan le 11 févr. 1714, mort à Perpignan le 26 juin 1764. Il fut professeur de l'université de sa ville natale (1737) et recteur de ce corps académique. Parmi ses ouvrages, assez nombreux, citons : De Sanguinis putredine (Perpignan., 1 759, in-8) et De Hœmatoscopia (Montpellier, 1 759, in-8),
Joseph-Barthélemy-François Carrère, fils du précédent, né à Perpignan le 24 août 1740, mort à Barcelone le 20 déc. 1802. Il fut professeur d'histoire naturelle dans sa ville natale, directeur du cabinet d'histoire naturelle, puis inspecteur général des eaux minérales du Roussillon et du comté de Foix ; il vint ensuite à Pariiî et fut nommé médecin du garde-meuble delà couronne, Ouvrages principaux : Traité théorique et pratique des maladies inflammatoires (Paris, 1774, in-4) ; Bibliothèque littéraire, historique et critique de la méd. ancienne et moderne (inachevé ; Paris, 1776, 2 vol. in-4) ; Recherches sur les îualadies vénér, chroniques (Paris, 1788,in.l2). Dr L. Un.
CARRERO (Pedro-Garcia), médecin espagnol de la fin du XVI® siècle et du commencement du xvii® siècle. Natif de Calahorra, il alla exercer la médecine à Alcalâ de llenâres et professa avec éclat à l'Académie de cette ville. Sa réputation de savoir le fit choisir pour un des médecins de Philippe III et de son fils Philippe IV. Il a laissé Disputationes medicœ et commentarii in omnes libros Galeni de locis affectis (Alcalâ de Henâres, 1605-1612, in-fol.) ; Disputationes medicœ et commentarii ad Fen /, libri /, Avicennœ; hoc est de febrihus (Alcalâ de Henâres, 1612, in-foL; réimprimé à Bordeaux, 1628, in-fol.) ; Dissertationes medicœ et commentarii in Fen i, libri iT, Avicennœ, in quibus non solum quie pertinent ad theoricam, sed etiam ad praxim locu^ pletissime reperiuntur, édité par son disciple P. Ferriol à Bordeaux (1628, in-fol.). Ë. Cat.
CARRÉS (Muscles) (V. Muscle).
CARRESSE. Com. du dép. des Basses-Pyrénées, arr. d'Orthez, cant. de Salies; 623 hab.
CARRET (Jules), homme politique français, né en 1842. Reçu docteur de la Faculté de médecine, en 1867, avec une thèse qui fit beaucoup de bruit, il alla s'établir à Chambéry, où, en s'acquittant des devoirs de sa profession, il fit de la propagande républicaine. Il n'entra dans la vie publique qu'en 1883. Au décès de M. Chevallay, il se présenta comme candidat dans la 1^® circonscription de Chambéry. Au premier tour de scrutin, il obtint 5,874 voix sur 1 5,496 votants, mais ne fut élu qu'au scrutin de ballottage, le 6 mai 1883, par 7,753 voix. Porté sur la liste de concentration républicaine, aux élections générales du 4 octobre 1885, il fut élu le troisième sur quatre par 29,635 voix. Aux élections du 22 sept. 1 889, M. Jules Carret ne s'est pas représenté devant les électeurs. Au Palais-Bourbon, il faisait partie du groupe de la gauche radicale, dont il fut plusieurs fois questeur. 11 a été aussi secrétaire de la Chambre des députés. En 1870, M. le docteur Jules Carret a publié la Politique de Jean-Claude (in-12). Louis Lucipia.
CARRETA (Punta). Cap du littoral de Costa Rica, sur le golfe du Mexique, à l'O. de l'embouchure du rio Tiliri.
CARRETTO (Francesco-Saverio, marquis Del)(V.Del-
CARRETTO) .
CARREY (Jacques) , peintre et dessinateur français, né à Troyes le 12 janv. 1646, mort à Troyes le 18 fév. 1726. Jacques Carrey fut recommandé par Le Brun, dont il était l'élève, au marquis de Nointel, nommé ambassadeur à Constantinople, et qui voulait emmener un peintre avec lui. Carrey accompagna M. de Nointel et travailla presque d'après ses ordres. Nous devons à ce voyage une suite de tableaux de circonstance qui furent placés dans le palais de l'ambassade et qui représentaient V Audience accoi'dée par le grand-vizir, une Vue du Saint- Sépulcre, une Vue de Jérusalem et V Entrée de M. de Nointel dans la ville sainte. Quand l'ambassadeur revint en France,
CARREY — CARRICKMACROSS
il rapporta ces tableaux et en décora son château de Bercy ; ils ont été vendus en 4860. Le musée de Bordeaux possède deux compositions de €arrey, qui représentent des cérémonies turques, Carrey nous a laissé mieux que des productions originales. Il avait vu le Parthénon, avant que ce temple ne fût ruiné par les bombes des Vénitiens et en avait dessiné plusieurs parties pour M. de Nointel. Ces dessins, exécutés au crayon rouge et à la mine de plomb, sont conservés aujourd'hui au cabinet des Estampes; ils forment un volume relié sous ce titre : Temple de Minerve à Athènes, M. Beulé a déclaré, avec raison, que ces dessins ont une valeur nestimable. On connaît la reproduction qui en a été faite par les soins de M. de Laborde, le Parthénon^ documents 'pour servir à une restauration (Paris, 4848). A la fin du recueil de Carrey, se trouvent quelques vues prises à Athènes. Le volume est précédé d'une courte biographie manuscrite; cette notice nous apprend que Carrey, revenu à Paris, reprit sa place parmi les auxiliaires de Le Brun; il fut occupé aux peintures de la galerie de Versailles. Il se retira^ après la mort de son maître, dans sa ville natale, où il peignit quelques morceaux importants, entre autres la Vie de Saint-Pantaléon, en six grands tableaux, pour l'église qui porte ce nom. Ant. V.
BiBL. : Grosley, Ephémérides,— Corrard de Breban, Recherches sur quelques œuvres de Jacques Carrey^ peintre troyen^ extrait des Mémoires de la Société académique de l'Aube ; Troyes, 1864.
CARREY (Emile), homme politique français, né à Paris le 26 sept. 4820, mort à Paris le 9févr. 4880. Il fut d'abord avocat au barreau de Paris, mais, en 4840, il abandonna cette profession ayant été nommé sous-bibholhécaire à la Chambre des pairs. Il conserva ces fonctions jusqu'à la révolution du 24 févr. 4848, En 4847, il fut envoyé aux Etals-Unis pour négocier un échange de documents parlementaires entre la Chambre des pairs et le Sénat des Etats-Unis. De 4852 à 4855, il fut chargé d'une mission dans l'Amérique du Sud qu'il explora au point de vue industriel et commercial. En 4857, il suivit l'expédition de Kabylie en qualité de correspondant du Moniteur universel, auquel il resta attaché jusqu'en 4864. Pendant la guerre franco-prussienne de 4870-4874 , il était maire de Vieille-Eglise en Seine-et-Oise. Il s'y fît remarquer par son attitude énergique vis-à-vis de l'ennemi. En 4876, aux élections générales du 26 févr. lors de l'organisation de la Chambre des députés, il posa sa candidature, comme républicain, dans l'arr. de Rambouillet, contre M. Maurice Richard, ancien ministre de Napoléon III, candidat impérialiste. Il fut élu par 8,596 voix. Au coup d'Etat du 46 mai 4877, il fut un des 363 députés qui protestèrent par leur vote ; aussi fut-il combattu, après la fiissolution de la Chambre, par un candidat offfciel, le duc de Padoue, qui n'obtint que 6,392 voix contre 9,702, M. Carrey faisait partie du groupe le centre gauche. — Il a publié : Recueil complet des actes du gouvernement provisoire de i848(iS^S, in-I2); f Amazone, romsui en trois parties : 4*^ Huit jours sous l'Equateur, 2<> les Métis 'de la Savane, 3^ les Révoltés de Para (3 vol. in-42, 4856-4857); Récits de Kabylie (4858, in-42); Grandeur et avenir des Etats-Unis (4863, in-8) ; les Aventures de Robin Jouet (4863, in-8) ; le Pérou (4875, in-8) ; Questions d'aujourd'hui et de demain (sous-préfectures, libertés civiles, réforme administrative, colonisation, etc.) (4878, in-8). Louis Lucipia.
CARREY DE Bellemare (V. Bellemare, t. VI, p. 63). CARRHES. VilleduN. de la Mésopotamie, près d'Edesse, sur le fleuve Balissus (mod. Belik), la Charris de la Table dePeutinger, aujourd'hui en ruines. Célèbre dans l'antiquité par un temple au dieu Lunus (Sin, Mên ou Aglibol). Cette ville paraît avoir été une colonie macédonienne fondée par Alexandre et restée fidèle à Séleucus (Diodore). C'est près de Carrhes, à Sinnaca (Strabon), qu'eut lieu la
bataille livrée en 53 av. J.-C, entre les Parthes et les Romains et où Crassus perdit la vie ; c'est aussi près de Carrhes que Caracalla fut assassiné par ordre de Macrin en 247 de J.-C. L'empereur Julien s'arrêta dans le temple de cette ville avant son expédition chez les Perses en 363. Il existe des monnaies autonomes de Carrhes et des monnaies frappées sous les empereurs romains. Sur les mon-
Carrhes (monnaie de bronze).
naies autonomes du temps de Caracalla, les Carrhéniens prennent le titre de Col. Metr. Antoniniana Avr. Alex., rappelant ainsi leur origine alexandrine. On a quelquefois confondu Carrhes avec Haran de la Bible et la ville des Sabiens, dont l'emplacement est incertain (V. Haran). — Carrhse est aussi le nom par lequel Pline (Xll, 49) désigne à tort la ville de Gerrha en Arabie. Quinte-Curce cite un apud Carrhas où campa Alexandre de l'autre côté du Tigre, il s'agit ici de la ville de Carae en Médie. E. Drouin.
CARRI (Métrol.). Mesure de capacité usitée à Naples valant 48 hectol. 42.
CARRl-LE-RouET. Com. du dép. des Bouches-du- Rhône, arr. d'Aix, cant. de Martigues ; 499 hab.
CARRI CK. I. Vêtement (V. Costume).
II. Carrosserie. — Nom donné à une caisse de cabriolet, et par extension à toute la voiture (V. Cabriolet). Le carrick à pompe est une voiture à deux roues s'attelant à deux chevaux avec un timon ; l'arrière de la caisse a la forme en S ; on ne fait pas de variétés de ce genre. Dans l'attelage à pompe, les brancards ne sont que de la longueur de la caisse, et portent chacun un palonnier ; un timon, fixé sous la caisse, porte un ressort qui, par deux courroies formant 8, le relient à une traverse, reliée ellemême aux sellettes des harnais par deux poupées qui y sont vissées. Dans cette voiture, le centre de gravité étant à 40 cent, en avant de l'essieu, au lieu d'être en arrière comme d'habitude, le timon appuie constamment sur le ressort et annule ainsi le mouvement de vannage. L, K.
CARRICK ON Shannon. Ville d'Irlande, comtés de Leitrim et Roscommon ; c'est le ch.-l, du comté de Leitrim. Mines de houille; 4,500 hab.
CARRICK ON SuiR. Ville d'Irlande, comté de Tipperary, tanneries, brasserie, ruines de l'abbaye de Carrickleg. Les manufactures de draperies introduites par la famille Ormonde ont disparu ; 6,583 hab.
CARRICK (John-Donald), publiciste anglais, né à Glasgow en avr. 4787, mort à Glasgow le 47 août 4837. Après avoir collaboré à divers journaux, il dirigea le Scots Times en 4828, le Perth advertiser en 4833 et fonda le Kilmarnck Journal en 4834. Il a publié Life of sir William Wallace of Elderslie (4830, 2 vol.) ; Whistle Binkie or the Piper of the Party (4832), collection curieuse de chants humoristiques ; Laird of Logan, collection de récits écossais (4835). Ces deux derniers ouvrages ont été souvent réimprimés.
CARRICKFERGUS. Ville d'Irlande, comté d'Antrimsur le golfe de Belfast; 40,009 hab. Vieux château construit par Hugues de Lancy et servant d'arsenal; pêcheries, teintureries, mines de sel gemme. En 4690, 44 juin, Guillaume III y débarque; en 4760, Eliot y capture la flotte française de Thurot.
CARRICKWIACROSS. Petite ville d'Irlande, comté de Mon^ghan. Tanneries, brasserie, fabrique de chapeaux : 2,529 hab. (8,500 avec la commune).
CARRIER
CARRIER (Jean-Baptiste), homme politique français, né en 1756 à Yolet, près d'Aurillac, guillotiné à Paris le 16 nov. 1794. On ne sait presque rien sur sa jeunesse, si ce n'est qu'il fit son droit à Paris et eut pour camarades dans ses études quelques-uns de ses futurs collègues à la Convention (V.son discours justificatif du 21 nov. 1794). En d790, il était conseiller au bailliage d'Aurillac, et c'est en cette qualité qu'il comparut devant le Châtelet, comme auteur d'un libelle anonyme contre plusieurs « aristocrates » d'Aurillac qu'il accusait d'usure. Député du Cantal à la Convention, il y joua d'abord un rôle effacé, quoiqu'il opinât avec la fraction la plus ardente de la Montagne. Dans le procès de Louis XVI, il vota dans le sens le plus rigoureux, mais ne motiva son vote qu'en quelques paroles insignifiantes. Le 9 mars 1793, il demanda en deux mots et obtint que la Convention décrétât en principe l'établissement du tribunal révolutionnaire. Le 6 avr., à la nouvelle de la trahison de Dumouriez, il réclama l'arrestation immédiate de Sillery et de Philippe- Egalité ; le 8, il proposa l'expulsion de l'armée de tous les ci-devant nobles; le 2 juil., il veut priver les membres de la droite de leur indemnité parlementaire de 18 livres par jour pour les punir de leurs sympathies girondines et fédéralistes : la droite l'appuya bruyamment, et la Convention passa à l'ordre du jour. Le rôle oratoire de Carrier avait donc été jusque-là fort modeste. Mais, aux Cordeliers et aux Jacobins, il passait pour un homme d'action. Les Hébertistes comptaient sur lui. Collot d'Herbois était son modèle. Ces relations lui valurent d'être, le 12 juil. 1793, envoyé avec Pocholleen mission dans les dép. de la Seine- Inférieure, de la Manche, de l'Eure, de l'Orne, du Calvados et autres circonvoisins, pour y combattre l'insurrection girondine. Le 14 du même mois, ses pouvoirs furent étendus aux départements de la Bretagne. Il fit son entrée à Caen le 2 août 1793, et écrivit de cette ville à la Convention une lettre emphatique où il annonçait « la chute du trône de Buzot » ; mais, dans cette mission, il ne se montra ni cruel, ni même rigoureux . Au reste, sa mission fut de courte durée : le 11 août, il est à la tribune et demande un décret d'accusation contre les administrateurs fédéralistes du Gard. C'est dans ce discours que ses instincts sanguinaires, éveillés par le spectacle de la guerre civile, se révèlent pour la première fois : « Plus de paix ! s'écrie-t-il, plus de miséricorde!... La France réclame vengeance!... » Le 13 oct. suivant, il est chargé d'une mission près de l'armée de l'Ouest avec Bourbotte, Francastel, Pinet aîné et Turreau. Le 28, il est à Nantes avec Ruelle et Francasiel. Bientôt il y reste seul. Alors commença son proconsulat, qui dura un peu plus de trois mois. Il s'imagina que le meilleur moyen de préserver Nantes de l'insurrection vendéenne, qui la menaçait , c'était d'être cruel et de répandre la terreur avec le sang. Dès le 7 nov., dans une lettre à la Convention où il dit que « l'apostolat de la raison éclairant^ électrisant tous les esprits les élève au niveau de la Révolution », et où il vante l'attitude révolutionnaire de l'ex-évêque Minée, il ajoute ceci : « Un événement d'un autre genre semble avoir voulu diminuer le nombre des prêtres. Quatre-vingtdix de ceux que nous désignons sous le nom de réfractaires étaient enfermés dans un bateau sur la Loire. J'apprends à l'instant, et la nouvelle en est très sûre, qu'ils ont tous péri dans la rivière. » Trois jours plus tard, il annonce à la Convention une nouvelle analogue : « Cinquante-huit individus, écrit-il, désignés sous le nom de prêtres réfractaires, sont arrivés d'Angers à Nantes. Aussitôt, ils ont été enfermés dans un bateau sur la Loire. La nuit dernière, ils ont tous été engloutis dans cette rivière. Quel torrent révolutionnaire que'' la Loire ! » Ces deux lettres en disent plus long sur les barbaries de Carrier que tous les récits contradictoires émanés de ses contemporains. Il y a eu sur son compte une sorte de légende, dont il serait fastidieux et inutile de répéter ici les détails : on voit que la réalité ne fut pas moins horrible
que la légende. Emprisonnements arbitraires, fusillades, noyades, débauches, furent le passe-temps ordinaire de Carrier à Nantes, Le comité de Salut public voulut mettre fin à la mission de ce bourreau. Mais, craignant de rendre courage à l'insurrection royaliste, il voulut avoir contre Carrier une dénonciation qui fût républicaine. Elle partit du club des Jacobins de Nantes, dit club de Vincent-la-Montagne. Carrier, par un caprice de despote, avait fermé ce club pour trois jours, puis incarcéré un de ses membres. Les Jacobins de Nantes envoyèrent alors secrètement deux de leurs membres à Paris pour dénoncer Carrier. Celui-ci se présenta comme un furieux à la tribune du club, injuria les assistants, et, dit un témoin dans son procès, tira son sabre dans un accès de colère et coupa les chandelles placées devant lui. Puis, il se calma et la réconciliation se fit à la grande inquiétude de ceux qui avaient envoyé les deux dénonciateurs à Paris. Heureusement pour Nantes, ce fut le moment où le jeune Jullien, envoyé par Robespierre, arriva dans cette ville et risqua sa tête pour approcher du proconsul et avoir une impression personnelle sur l'homme. Aussitôt il écrivit à Robespierre de faire rappeler Carrier. Ce rappel eut lieu, malgré Collot d'Herbois et peut-être Billaud.* Le 8 févr. 1794, le comité de Salut public lui écrivit : « Tu as désiré être rappelé... Ta santé a été altérée par tes occupations incessantes ».
Le jour même de son départ, ses deux séides préférés, Lambertye et Fouquet, furent traduits devant la commission militaire pour avoir soustrait des femmes de l'entrepôt. Leur procès révéla toutes les horreurs du proconsulat et leur condamnation à mort inquiéta Carrier qui pourtant ne perdit pas contenance et, à la Convention, affecta du zèle. Le 21 févr., il fit son apologie indirecte dans un rapport sur la guerre de Vendée dont la conclusion était : « Tuons donc tous les rebelles sans miséricorde. » Le même jour, aux Jacobins, il s'opposa à tout projet d'amnistie et disculpa Ronsin, Rossignol et Santerre. Collot lui répondit en le féhcitant de son habileté et de son courage militaire (il avait fui à la bataille de Cholet). Le 4 mars, aux Cordeliers, par son discours véhément contre les Indulgents, il fut une des causes de la levée de boucliers qui amena l'arrestation des Hébertistes, et, pour échapper à leur sort, le surlendemain, aux Jacobins, il désavoua son discours. Au 9 Thermidor, il contribua à renverser Robespierre ; on dit même qu'il le suivit jusqu'à l'échafaud ea criant : Mort au tyran ! C'est son ennemi , le jeune Jullien, qu'il visait ; dès le 11, il demanda à la tribune et obtint l'arrestation de celui qui avait mis fin à son proeonsulat. Puis il se mêla aux rangs des Montagnards qui luttaient contre la réaction thermidorienne. Mais l'un d'eux, Romme, le fit décréter d'arrestation (11 nov. 1794), à l'unanimité moins deux voix. Carrier vint s'asseoir à côté des quatre-vingt-quatorze terroristes nantais que le tribunal révolutionnaire jugeait alors et qui, depuis longtemps, réclamaient la présence de leur ancien chef et complice. D'abord, il se défendit par des subtilités de procureur. Mais, souffleté par son co-accusé Foullin, il se décida à tout avouer, et allégua pour se justifier Tébranlement nerveux que lui avait causé le récit des supplices infligés par les Vendéens aux patriotes qu'ils avaient pu prendre.
Il serait intéressant d'avoir quelques détails sur le physique de Carrier. Ses portraits sont médiocres et contradictoires. Celui qui est gravé en tête de l'opuscule de Babeuf, Du Système de dépopulation , lui prête un air de folie. L'auteur de sa notice biographique dans la Biographie nouvelle des contemporains (1821) a peutêtre exquissé de visu ce portrait de Carrier au tribunal révolutionnaire : « C'était un homme d'une taille haute et un peu courbé : il portait cette chevelure noire et grasse que les tyrans populaires avaient mise à la mode ; son geste était forcé, brusque et menaçant; sa* voix dure et rauque ; sa prononciation forte et précipitée ; il avait l'œil