CARRIER — CARRIER-BELLEUSE
petit et hagard, le teint basané, Fair sombre, commun et féroce. » F,-A. Aulârd.
CARRIER (Joseph-Auguste), peintre français, né en 1800 à Paris, mort en 1875. Elève de Prud'hon et de Gros, cet artiste se mit ensuite sous la direction du chevalier Saint pour étudier le portrait en miniature. Il reçut, lui dernier, le titre de peintre de Louis de Bourbon, prince de Condé. Ses portraits miniatures figurèrent à presque tous les Salons de 1854 à 1840 ; dans cette première série, les portraits les plus remarqués furent ceux, en pied, du baron de Lagarde, ancien secret, général du Directoire et des consuls , ancien préfet de Seine-et-Marne^ et de VEvêquede Poitiers (1834). — Vers 1840, J.-A. Carrier agrandit le format de ses portraits et appliqua son talent au paysage, avec moins de succès toutefois que dans le genre précédent. Ses principales œuvres en paysages furent : la Gorge aux Loups, dam la forêt de Fontainebleau (S. 1843) ; Chemin creux aux Choisets, près Jouane (S. 1863) ; Chemin boisé (S. 1866) ; Vue prise dans la forêt de Compiègne (S. 1867) ; Métairie près de Nantes (S. 1874) ; Dans la forêt de Rambouillet (S. 1875). Cet artiste avait reçu une médaille de 2® classe en 1835, une de 1^® classe en 1837 et la croix delà Légion d'honneur en 1866. Ad. T. CARRIERA (Rosalba), peintre italien, née à Venise le 7 oct. 1675, morte à Venise le 15 avr. 1757, Rosalba Carriera, qu'on a appelée aussi plus communément, en France et en Italie, la Rosalba, fut élève du chevalier Diamantini, de Lazzari et du Balestra. Son père exerçait l'office très modeste de chancelier dans la petite ville de Gambarare, sur la Brenta. Obligée de subvenir pour une part aux dépenses de sa famille, elle avait commencé par exécuter des dessins pour des dentelles, industrie toute vénitienne. Elle avait peint ensuite des dessus de boîtes, des tabatières et des miniatures. Un artiste français établi à Venise, Jean Steve, l'avait tout d'abord initiée aux secrets de ce genre de travail. Le goût du pastel lui fut inspiré par un artiste anglais; Rosalba Carriera, renonçant à la peinture à l'huile, devint bientôt, d'une façon presque exclusive, pastelliste et miniaturiste. Vers 1705, elle jouissait déjà d'une certaine réputation ; elle était membre de deux académies. Le roi de Danemark visita Venise et voulut avoir son portrait peint par elle ; il lui commanda, en même temps, idée assez galante, les portraits des douze jeunes filles les plus jolies de la ville. Rosalba Carriera fit, peu de temps après, des pastels pour l'électeur palatin et pour Auguste III, l'électeur de Saxe qui devint plus tard roi de Pologne. Un autre amateur, celui-ci prince de la finance et alors le premier collectionneur de l'Europe, Pierre Crozat, vint à son tour à Venise et fréquenta l'atelier de la pastelliste ; il l'engagea à venir à Paris et lui offrit de la recevoir dans son hôtel. Rosalba avait deux sœurs qui travaillaient avec elle ; l'une, Angela, avait épousé Antonio Pellegrini, un artiste vénitien, très occupé à des décorations murales, qui était allé à Londres, et qui, en passant à Paris pour retourner à Venise, avait reçu de Law la commande du plafond de la fameuse salle du Mississipi, à la Banque royale. Pellegrini eut sans doute quelque influence sur la détermination de Rosalba ; elle partit avec celui-ci, ses deux sœurs et sa mère pour Paris en mars 1720. Elle avait alors quarante-cinq ans ; elle usa, en arrivant, pour elle et sa mère, de l'hospitalité de Crozat qui leur offrit « l'appartement, la table et le carrosse ». Pour suivre Rosalba Carriera à Paris, nous n'avons qu'à lire le journal de son séjour, qu'elle a écrit elle-même et qui a été publié en 1793, par Vianelli, chanoine de la cathédrale de Chiogga. Ce journal nous apprend qu'elle fut surchargée de commandes. Elle commença un portrait en miniature de Louis XV, âgé de dix ans; elle peignit le régent, M"i® de Parabère, M^"® de Prie, toute la famille de Law, de Julienne, . W^atteau lui-même. Antoine Coypel la fit recevoir membre de l'Académie de peinture.
Le séjour de Rosalba à Paris fut marqué par bien des événements, mais il ne dépassa pas une année. Elle repartit pour sa ville natale et alla ensuite à Modène exécuter les portraits des princesses de la famille d'Esté. Elle fit un voyage à Vienne en 1735, et reçut un accueil empressé à la cour. Elle donna même des leçons de pastel à l'impératrice Elisabeth-Christine, femme de Charles IL « Cela se met dans une vie d'artiste, dit Mariette, et sert à la relever, quoique, apprécié à sa juste valeur, ce ne soit pas grand'chose. » Les dernières années de Rosalba Carriera se passèrent à Venise ; sa vue s'affaiblissait ; atteinte de cécité, sa vieillesse fut triste ; elle mourut à un âge avancé, à quatre-vingt-deux ans.
Le talent élégant, très féminin de la Rosalba est fait d'un charme un peu frêle, d'une grâce mince et fluette. Ses pastels sont coquets et vaporeux; la chair a des tons qui s'effacent et s'atténuent discrètement. Rosalba, tout en usant de certains artifices qui enjolivent, a représenté la femme de son temps. On sent, à considérer ses œuvres, au musée du Louvre, on ne sait quoi de frivole dans quelques-uns des types qu'elle a fait revivre. Ces visages du temps de la Régence, nous révèlent peu de santé ; on dirait que les personnages retracés par Rosalba n'ont plus de forces morales. Rosalba, nous le voyons par son journal, a peint une société cosmopolite qui prenait déjà Paris pour une ville de plaisirs. Brillante improvisatrice, on peut lui reprocher, du reste, de n'avoir pas assez pénétré au dedans de ses modèles. On remarque, au Louvre, un contraste saisissant entre ses pastels et ceux de La Tour, placés dans la même- salle. Rosalba Carriera s'est abandonnée à un art de surface, fait pour plaire à première vue et où le charme ne tarde pas à se volatiliser. Les œuvres que possède notre musée national permettent d'apprécier ses qualités et ses défauts. Un autre musée, celui de Dresde, renferme jusqu'à soixante-dix-huit pastels de Rosalba Carriera et une suite de miniatures non cataloguées. C'est une galerie précieuse pour retrouver son talent sous toutes ses faces. Ces ouvrages proviennent, pour la plupart, de la célèbre collection du duc de Modène, acquise par Auguste III. Ant. Valabrègue.
BiBL. : Alfred Sensier, Journal de Rosalba Carriera pendant son séjour à Paris, en 1720 et 1721, publié en Italien par Vianelli, traduit et annoté et augmenté d'une biographie et de documents inédits; Paris, 1865. — Ch. Blanc, Histoire des peintres, école vénitienne, — Mariette, Abecedario. — Basan, Catalogue du cabinet de Mariette, — Courrier de VA rt, 1888 : Lettres de Mariette à Temanza (publiés par E. Mûntz). — Ed. et J. de GoncouRT, l'Art du xviip siècle ; La Tour.
CARRIER-BELLEUSE (Albert-Ernest), de son vrai nom Carrier de Belleuse, sculpteur français contemporain né à Anizy-le-Cbâteau (Aisne) le 12 juin 1824, mort le 3 juin 4887, à la manufacture nationale de Sèvres, où il était directeur des travaux d'art. Conduit à Paris par sa mère qui était devenue veuve, Carrier-Belleuse entra d'abord dans diverses maisons de^ciselnre et d'orfèvrerie. Reçu à l'Ecole des beaux-arts, le 1^^ avr. 1848, il remporta une médaille au premier concours auquel il prit part ; le nouvel élève ne pouvait cependant suivre les cours avec régularité, forcé de travailler pour l'industrie. En 1846, il exécuta une série originale, les Armures ; cette suite comprend des Joueurs de dés, des Retires, des Lansquenets. Le jeune artiste avait donné cours à sa fantaisie et à sa verve en composant ces figures décoratives, mais il n'avait pas encore trouvé sa voie ; il s'arrêtait à des recherches ingénieuses ; il n'était pas encore le statuaire gracieux et délicat que nous connaissons. En 1848, le travail manquant, il alla en Angleterre, oU il fut occupé aux fabriques de faïence de Minton. En même temps, le gouvernement britannique le chargeait de faire un cours aux écoles de Stoke et de Hanley, cours qu'il professa en anglais. Il revint en France en 1855, lorsqu'il se décida à participer au Salon de 1857, début un peu tardif à une exposition, Carrier-Belleuse avait un talent narvenu à sa plénitude d'expression, il était
CARRIER-BËLLEUSE — CARRIÈRE
mailre de sa forme. Il exposa un groupe en bronze, 'Amour et V Amitié, et plusieurs bustes. En 4859, il envoya six ouvrages, Jupiter et Phébé, groupe en bronze, la Mort du général Desaix, groupe en plâtre, une Vestaie, buste en terre cuite et trois autres bustes. Au Salon de 1861, il exposa dix ouvrages, parmi lesquels Salve Regina, groupe en plâtre, le buste en bronze de Tempereur en Italie, et les bustes de Renan, de Jules Simon et de Chifflart, Une médaille de 3® classe lui fut décernée. Au nombre des œuvres assez importantes que Carrier-Belleuse produisit aux Salons qui suivirent, on peut citer la Bacchante, statue de marbre (1863), et YOndine (1864). Carrier-Belleuse s'était acquis à ce moment une renommée toute spéciale par ses bustes en terre cuite, bustes expressifs où revivait la grâce de l'école française. C'étaient des personnages mythologiques, des soubrettes, des coquettes, des jeunes filles à l'air ingénu, des Parisiennes aux gestes délurés. Angelica, statue de marbre, exposée en 1866, eut un succès retentissant. Angelica, c'est l'héroïne de FArioste, représentée sous un aspect pathétique et vivant. Cette statue fut achetée par Girardin et valut à l'artiste une première médaille.
A l'Exposition universelle de 1867, Carrier-Belleuse obtenait la grande médaille et la croix de la Légion d'honneur. 11 avait réexposé Angelica et envoyé en même temps deux groupes : Entre deux amours ^ et le Messie. Carrier-Belleuse se livrait aussi à la statuaire monumentale, en exécutant le monument élevé à la mémoire de Masséna, à Nice (Salon de 1868). 11 esquissait le projet d'un autre monument à élever à la mémoire d'Ingres (S. de 1869). 11 composait presque en même temps une charmante Phébé endormie^ placée aujourd'hui au musée du Luxembourg. On se rappelle Psyché abandonnée (S. de 187-2) ; le Portrait de M^^^ Croizette (S. de 1874) ; les bustes de Thiers et de Grévy, la statue de Camille Desmoulins, monté sur une table du Jardin du Palais-Royal (S. de 1883). On connaît de Carrier-Belleuse la figure de la nymphe maritime qui surmonte une des fontaines de la place du Théâtre-Français. 11 a sculpté les plafonds du Louvre, dans les deux pavillons qui flanquent le guichet du pont des Saints-Pères. 11 est l'auteur des deux candélabres du foyer de l'Opéra et d'une cheminée du foyer.
Son expérience en matière d'art décoratif et la nature même de son talent le firent appeler à la manufacture de Sèvres, oîi il a donné une impulsion active. Ces recherches d'art décoratif, ces inventions de formes et de contours, Carrier-Belleuse les a fixées lui-même dans une suite de dessins publiés en album chez Goupil. Le musée des arts décoratifs a acquis une grande partie des dessins de Carrier-Belleuse, avant la vente des oeuvres qui se trouvaient dans son atelier, lors de sa mort, vente qui a eu lieu à l'hôtel Drouot, en déc. 1887. Ant. Valabrègue.
BiBL. : Saint-Juirs, Carrier-Belleuse, Galerie contemporaine^ publiée par Ludovic Baschet. — Théophile Gautier, TiioRÉ, Salons. — Jules Claretie, l'Art et les Artistes français. — Courrier de Vart, déc. 1887.
CARRIÈRE. 1. Industrie. — L'exploitation des carrières, surtout l'exploitation à ciel ouvert, remonte à une haute antiquité, et les bas-reliefs égyptiens de l'époque des Ramsès reproduisent l'extraction et le transport d'obélisques ou de blocs considérables, accomplis par des procédés primitifs mais à l'aide de nombreuses troupes de prisonniers de guerre réduits en esclavage. L'exploitation par galeries souterraines est, elle aussi, fort ancienne et l'on voit des carrières exploitées de cette façon aux abords des antiques cités de la Grèce, de la Sicile et de l'Italie, témoin les carrières de Rome devenues les catacombes de cette ville, comme, plus tard, les carrières de la colline Saint-Jacques — d'où Ton avait extrait, au moyen âge, une partie des pierres ayant servi à la construction de l'église Notre-Dame — devinrent les catacombes de Paris. Dans ce mode d'exploitation, on creuse une galerie principale, à droite et à gauche de laquelle on grande encyclopédie. — IX.
extrait les matériaux en soutenant le plafond ou ciel de la carrière à l'aide de piliers réservés dans la masse ou consolidés et même construits à cet effet; mais, lorsque la partie que l'on veut exploiter est située trop profondément, on l'atteint au moyen de puits, à partir du sol inférieur desquels on creuse les galeries d'extraction. Les carrières de moellons des environs de Paris, sur la rive gauche de la Seine, sont ainsi exploitées, et les treuils servant à l'extraction, avec les grandes roues les accompagnant, donnent un aspect particulier à ce côté des environs de la ville. Les procédés d'extraction se modifient avec les progrès de la science et les conditions d'exploitation des carrières ont subi le contre-coup des lois économiques de notre époque ; mais on ne saurait trop exprimer avec Viollet -Leduc (Dict. de V Architecture, art. Carrière), le désir de voir « établir une police de l'exploitation des pierres » et aussi des autres matériaux provenant des carrières ;''car beaucoup de carriers ignorants ou mal habiles, sacrifiant surtout à un rendement immédiat et peu coûteux, négligent les conditions d'une bonne exploitation et gaspillent ainsi les richesses souterraines d'un pays. Charles Lucas.
IL Administration et Législation. — • Les carrières sont, aux termes de la loi du 21 avril 1810 (art. 4), les terrains qui « renferment les ardoises, les grès, pierres à bâtir et autres, les marbres, granits, pierres à chaux, pierres à plâtre, les pouzzolanes, le strass, les basaltes, les laves, les marnes, craies, sables, pierres à fusil, argiles, kaolin, terres à foulon, terres à poterie, les substances terreuses et les cailloux de toute nature, les terres pyriteuses regardées comme engrais, le tout exploité à ciel ouvert ou avec des galeries souterraines ». Cette longue énumération de terres que l'on peut considérer comme renfermant des carrières^ a pour but de les séparer des mines et des minières dont elles diffèrent à des points de vue importants. Une mine ne peut être exploitée cju'en vertu d'une concession du gouvernement, concession qui a pour effet d'en faire un immeuble distinct du fonds où elles se trouvent ; rien de semblable n'est exigé pour l'exploitation des carrières. Quant aux minières, l'autorisation administrative est nécessaire lorsqu'il s'agit de les exploiter par galeries souterraines, prescription que nous ne trouvons pas lorsqu'il s'agit des carrières. En outre, les minières sont soumises au même régime de surveillance que les mines, tandis que les carrières ne le sont qu'autant qu'elles sont exploitées par galeries souterraines. .
Droits du propriétaire d'un fonds renfermant une carrière. On applique l'art. 552 du C. civ. aux termes duquel la propriété du sol emporte la propriété du dessus et celle du dessous, et le propriétaire d'un terrain dans lequel on trouvera des gisements de la nature de ceux indiqués par l'art. 4 de la loi de 1810, cité plus haut, aura sur ces gisements le droit le plus absolu (C. civ. art. 544) et pourra, par conséquent, les exploiter ou ne pas le faire, aucune limitation n'est apportée à son droit sous ce rapport. Mais comme l'acte de mettre une carrière en exploitation peut causer au fonds un grave préjudice, on s'accorde à refuser à ceux qui n'ont que l'administration ou la jouissance d'un immeuble la faculté d'y ouvrir une carrière. Nous appliquerons notamment ce principe au mari, administrateur des biens personnels de sa femme (C. civ. art. 2428), à la femme séparée de biens (art. 1449) et à l'usufruitier qui ne peut user de la chose qu'à la charge d'en conserver la substance. Il faut cependant donner à ce dernier la faculté d'extraire les pierres du sol, pour procéder aux réparations qui sont à sa charge (art. 592, argument d'analogie). Le droit absolu que nous reconnaissons au propriétaire du fonds oii se trouve une carrière conduit également à lui permettre de démembrer son droit, à vendre le tréfonds, le sous-sol, et de ne conserver pour lui que la superficie. Il y aura en pareil cas deux immeu*