CARRION
bienveillante attention du premier consul. Il défendit hautement le Concordat, réprouva, dans une discussion relative à l'instruction publique, les doctrines de J.-J. Rousseau et, jaloux sans doute de son collègue Curée, qui venait de proposer rétablissement de l'Empire, s'éleva, par un discours qui eut beaucoup de retentissement (4^^ mai 1804), contre les objections que Carnot avait faites à ce projet. « Nous ouvrons, dit-il, les portes d'un siècle qui brillera de la gloire civile et militaire et de celle de tous les arts ; cette gloire si pure embellit toujours les époques tranquilles qui suivent les grandes crises... Le citoyen Carnot croit voir revenir l'ancienne royauté de France, la royauté téodale et propriétaire ; avec un peu de réflexion, il est cependant facile d'apercevoir qu'entre cette espèce de royauté et la forme d'empire que nous proposons, il y a autant de différence qu'entre la lumière même et les ténèbres... »
L'empereur récompensa le zèle de son ancien camarade en le nommant officier de la Légion d'honneur et chef de la 9« cohorte, qui avait pour chef-lieu Montpellier. Mais le public se montra dur pour Carrion-Nisas. Sa tragédie de Montmorency, représentée en 1803, n'avait eu que ce qu'on appelle un succès d'estime. Celle qu'il donna, sous le titre de Pierre-le-Grand, au Théâtre-Français le 19 mai 1804, c.-à-d. fort peu après le discours cité plus haut, fut outrageusement sifïlée, bien qu'elle ne fût pas sans mérite. Pour comble de malheur, le tribun courtisan s'attira quelque temps après la disgrâce du maître pour avoir osé blâmer le décret qui excluait de la succession à Tempire Lucien et Jérôme Bonaparte. Il résolut alors de rentrer dans la carrière militaire et obtint, en 1806, un emploi de lieutenant dans la compagnie des gendarmes d'ordonnance, où il devint capitaine pour s'être distingué à Zurmin, pendant la campagne de Prusse. Chargé l'année" suivante par l'empereur de porter à l'impératrice la première nouvelle du traité de Tilsitt, il eut l'imprudence en le quittant de lui conseiller une politique pacifique. Napoléon sembla vouloir lui en garder rancune. Pour recouvrer sa favfur, Carrion-Nisas, quoique tribun, applaudit, plus bruyamment qu'il ne convenait, à la suppression du Tribunat (fin de 1807): « Cette suppression, s'écria-t-il publiquement à cette époque, est accompagnée de tant de témoignages d'estime de la part du souverain, ces témoignages sont d'un si grand prix, ils sont d'une solennité si éclatante, que je suis certain d'être l'interprète fidèle du cœur de mes collègues en leur proposant de porter au pied du trône une adresse qui exprime nos sentiments d'amour et de dévouement au monarque qui l'a ordonnée. »
Devant tant de complaisance, la mauvaise humeur du maître se dissipa. Carrion-Nisas, nommé chef d'escadron, fut attaché à l'état-major de Junot, qu'il suivit en Portugal et qu'il sauva par sa bravoure à la bataille de Vimeiro (août 1808). Il passa ensuite en Espagne, prit une part brillante au siège de Saragosse (1809) et, après la bataille indécise de Talavera (juiL 1809), fut chargé par le roi Joseph d'une mission spéciale auprès de Tempereur, qu'il rejoignit à Schœnbrunn et qui, après l'avoir fort bien reçu, le nomma baron. De retour dans la péninsule, il guerroya deux ans en Catalogne, parvint au grade de colonel, mais, par une étrange fatalité, ne put échapper à une nouvelle disgrâce. S'étant laissé surprendre par l'ennemi, il fut destitué. Mais il ne montra nul découragement. Peu après, il s'engageait comme simple soldat et parvenait assez rapidement à reconquérir son grade. On le retrouve en Allemagne, pendant la campagne de Saxe, dont Napoléon le charge d'écrire le journal. Il se distingue en plusieurs rencontres, avant comme après Leipzig. Un peu plus tard, il se fait particulièrement remarquer au combat de Pavillon, en Champagne (1814).
La royauté étant rétablie, Carrion-Nisas s'y rallia sans larder, reprit son titre de marquis, fut attaché comme secrétaire-général adjoint au ministère de la guerre et ne proposa pas moins de trente-deux moyens d'arrêter Napo-
léon qui, en mars 1815, revenait de Tîle d'Elbe. On n'en adopta aucun. Aussi ne se fit-il pas scrupule, quand l'empereur fut rentré à Paris, de lui offrir ses services sans lui dissimuler d'ailleurs les conseils qu'il avait donnés contre lui. Napoléon lui sut gré de sa iranchise et le chargea de défendre les ponts de Sèvres et de Saint-Cloud, près de Paris. Carrion-Nisas se comporta effectivement fort bien dans ces deux postes où, après Waterloo, il mit en fuite 15,000 Anglais et Prussiens, bien qu'il n'eût luimême que 3,000 soldats. Le gouvernement provisoire le nomma maréchal-de-camp pour ce beau fait d'armes. Mais la nomination ne fut pas confirmée après la seconde Restauration. Carrion-Nisas suivit l'armée de la Loire jusqu'à Bourges, où il fut interné et dut rester deux ans sous la surveillance de la haute police. On lui permit^ en 1817, de retourner à Paris, où il publia cette année même son important ouvrage sur V Organisation de la force armée en France (in-8, avec neuf tableaux). Dès lors et jusqu'en 1830, il parut ne plus songer qu'à ses travaux littéraires. Après la révolution de Juillet, il fut attaché quelque temps au dépôt de la guerre, prit sa retraite et alla mourir à Montpellier âgé de soixante-quatorze ans. Ses principales publications, outre le livre indiqué ci-dessus et ses deux tragédies, sont: Discours sur le Concordat (Paris, 1802, in-8) ; Lettres sur le poème de la Pitié, de Delille (Paris, 1803, in-8) ; Discours sur r hérédité de la souveraineté en France (Paris, 1804, in-8) ; Songe du professeur F. Monti (traduit de Titalien) (Paris, 1805, in-4) ; Lettre à un électeur sur les prochaines élections, etc. (Paris, 1820, in-8) ; Essai sur rhisioire générale de l'art militaire, de son origine, de ses progrès et de ses révolutions, etc. (Paris, 1823, 2 vol. in-8, av. 14 pi.) ; Observations sur V ouvrage de M. le lieutenant-général Max. Lamarque, intitulé De r Esprit militaire eri France (Paris, 1827, in-8); Du Remplacement et du rengagement dans f armée française, etc. (Paris, 1828, in-8). A. Debidour.
BiBL. : Arnault, Jay, Jouv, Norvins, Biographie nouvelle des contemporains. ^ Monileur universel, de 1800 à 18U4. — Th. Muret, l'Histoire par le théâtre, t. I. — QuÉKARD, la France littéraire. — Victoires et conquêtes des Français, t. XVII I, XXII et XXIV.
CARRlON-NiSAS (André-Henri-François-Victor, marquis de), littérateur et homme politique français, fils du précédent, né à Lézignan-la-Cèbe (Hérault) le 24 janv. 1794, mort en 1867. 11 se fit remarquer de très bonne heure par une grande activité littéraire et par des idées libérales qu'il poussa jusqu'au républicanisme. Comme écrivain, il aborda presque simultanément et non sans succès, sous la Restauration, plusieurs genres : l'histoire, la politique, le théâtre, l'économie politique. C'est ainsi, qu'en dehors de la part importante qu'il prit à la rédaction des Victoires et Conquêtes des Français, il publia, de 1815 à 1830 : Histoire romaine depuis la fondation de Rome jusqu'au règne de Constantin (Paris, 1815, 2 vol. in-i2); De la Jeunesse française (Paris, 1820, in-18); De la Loi salique (Paris, 1820, in-8) ; Des Idées républicaines (Paris, 1821, in-8); Valérien, ou le Jeune Aveugle, drame en 2 actes (Paris, 1823); La France au xix® siècle, ou Coup d'œil sur Vétat présent des lumières, des richesses, de la moralité et de la liberté (Paris, 1821, in-8); Coup d'œil sur l'Europe à propos du congrès (Paris, 1822, in-8) ; Principes d'économie politique (Paris, 1824) ; le Forgeron, drame en 3 actes (Paris, 1824, in-8) ; Résumé de Vhistoire de la république de Venise (Paris, 1826, in-8). Après la chute de Charles X, à laquelle il applaudit hautement, il se jeta dans la politique militante et brigua plusieurs fois, mais sans succès, de 1830 à 1848, comme candidat radical, le mandat de député. La révolution de Février lui valut d'être envoyé comme commissaire du gouvernement provisoire dans le dép. de PHérault qui, peu après, l'élut représentant du peuple (avr. 1848), le sixième sur dix. A l'Assemblée constituante il prit
phce à l'extrôrne gauche, rendit des services comme membre du comité de l'agriculture et du Crédit foncier, combattit, après le 40 déc, la politique de TEIysée, ne fut pas réélu à TAssemblée législative et rentra dans la retraite (1849) d'où, depuis lors, il ne sortit plus.
A. Debidoor.
CAR RI ON! (Giovanni- Ambrogio-Stefano), graveurs en pierres fines du commencement du xvi® siècle. Ces trois frères, fils de Girolamo Carrioni, travaillaient pour le grand-duc François i®"^ de Toscane (Palais Pitti, Galerie de Florence).
CARRIZAL (bajo, port et alto), constitue, avec Canto del Agua et Cerro Blanco, par 28^ 04' de lat. S. , dans la province de Atacama (Chili), un centre minier de sulfures de cuivre. Importantes fonderies et laveries. Chantiers à 700 m. au-dessous du sol; 81 kil. de voies ferrées ; près de 9,000 hab. C. W.
CARRO (Antoine-Etienne), antiquaire et littérateur français, né à Châteaubriant (Loire-Inférieure) en 1797, mort en 1875. Imprimeur à Meaux, à partir de 1838, il devint bibliothécaire de cette ville et publia quelques travaux d'archéologie et de littérature. Nous citerons : Episodes vendéens (1837, in-12) ; Contes au coin du fèu, récits, esquisses et nouvelles (1841, in-12); Santerre, général de la République française (1847, in-8); Voyages chez les Celtes, ou de Paris au mont Saint- Michel (1857, in-8) ; Mémoire sur les monuments primitifs dits celtiques et antéceltiques (1863, in-8) ; les Voyages lointains d'un bourgeois désœuvré (1870, 2 vol. in-8) ; Histoire de Meaux et du pays Meldois (1865, in-8).
CARROBALISTA (V. Bâliste).
CARROCEDO. Petit lac ou marais d'Espagne, prov. de Léon, voisin de la rive gauche du Sil, où il déverse ses eaux. Il monte ou baisse suivant la saison et a en quelques endroits une profondeur de près de 30 m.
CARROLL (John), prélat américain, de la célèbre famille marylandaise des CarroU of Carrollton, né en 1735, mort en 1815, cousin du suivant. Elevé à Saint- Omer, il fut ordonné prêtre à Liège, et entra dans la société de Jésus. Chassé de France 'en 1762, lors de la dissolution de la société des jésuites, il vécut en Angleterre, dans la famille du comte d'Arundel, et fut quelque temps professeur à Bruges. Lorsque éclata le conflit entre les colonies anglaises et la métropole, il retourna en Amérique, prit parti pour les insurgents et accompagna son cousin Charles Carroll, Franklin et Samuel Chase dans leur mission infructueuse au Canada (1776). Après la reconnaissance de l'indépendance des Etats-Unis par le traité de paix de 1783, le clergé catholique romain aux Etats-Unis obtint du pape l'établissement d'une hiérarchie dans ce pays. John Carroll reçut le titre de vicaire général en 1786 et fixa sa résidence à Baltimore. Trois ans plus tard, il fut consacré le premier évéque des Etats-Unis avec le titre d'évêque de Baltimore. En 1815, peu de temps avant sa mort, il fut fait archevêque. Aug. M.
CARROLL OF Carrollton (Charles), patriote de la Révolution américaine, et dernier survivant des signataires de la Déclaration d'indépendance, né à Annapolis (Maryland) le 20 sept. 1737, mort le 14 nov. 1832. Héritier de la dernière des propriétés seigneuriales du Maryland et d'une fortune, la plus considérable de toutes les colonies anglaises au moment de la Révolution, évaluée à 2 millions de dollars. Il avait fait son éducation en France, d'abord au collège des jésuites anglais à Saint- Omer, puis chez les jésuites de Reims, et à l'Ecole de droit de Bourges. 11 passa ensuite un an à Paris, deux ans à Londres, et rentra en Amérique en 1764. Il prit, dès le début, parti pour les droits des colonies dans la querelle survenue avec la mère-patrie au sujet des prétentions fiscales du Parlement. En 1776, il lut un des commissaires chargés dé se rendre au Canada pour engager les habitants de ce pays à se joindre aux autres