CARROSSIER — CARROUSEL
bassin de la Méditerranée, notamment l'Egypte et la Turquie ; on compte à Marseille 32 établissements. Lille, ville manufacturière, qui alimente en partie le dép. du Nord et les départements voisins ; néanmoins la Belgique, par ses produits inférieurs et à bas prix, lui fait une sérieuse concurrence. Il y a à Lille 25 établissements. D'autres villes encore fabriquent bien, et leur commerce est assez étendu ; mais nous devons nous borner à citer les précédentes qui sont réellement nos centres de production les plus importants.
L'enseignement spécial à la carrosserie était à peu près inconnu avant 1860; celui qu'on donnait alors sous ce nom était un composé de moyens empiriques dont les formules feraient sourire aujourd'hui les plus jeunes apprentis. Les ouvriers se formaient exclusivement à l'atelier ; quelques rares privilégiés ayant des notions de dessin, les enseignaient le soir à leurs camarades moyennant une rétribution. Dès 1839, pourtant, M. Zablot, patron menuisier, travailleur et intelligent, était parvenu à bien comprendre la géométrie descriptive, et à en appliquer les lois à la menuiserie en voiture ; on lui doit dès cette époque plusieurs modes de générations pour les surfaces courbes avec ou sans gauche. Bien que ce fiU là le prélude d'une profonde modification dans la méthode du travail, beaucoup d'années se passèrent avant que ces moyens scientifiques fissent sérieusement école. En 1858, M. Briee Thomas fonda une école payante à l'effet de dresser des contremaîtres et des chefs d'ateliers ; les leçons qu'il y donna sur l'ensemble de la construction, furent suivies aussitôt par des jeunes gens, fils de carrossiers de province ou de l'étranger. En 1863, M. Thomas, absorbé par la composition du journal qu'il avait créé sous le titre du Guide du carrossier, céda la direction de ces cours à son beau-frère, M. A. Dupont. Cependant, rien ou presque rien n'avait été fait pour les ouvriers proprement dits, lorsqu'on 1868, la chambre syndicale des ouvriers menuisiers eut la pensée, sous l'inspiration de M. Laillet, de créer un enseignement populaire. M. Zablot s'offrit spontanément pour faire, le soir, un cours oral et gratuit sur la géométrie descriptive et ses applications à la menuiserîe et au charronnage; l'impulsion était donnée, de nombreux collaborateurs vinrent se grouper autour de M. Zablol, et on peut dire que, dès lors, une école était réellement créée pour les ouvriers. Outre l'importance et l'élévation du but poursuivi, ce qui frappe dans ce premier essai, c'est qu'il a été conçu, administré, aidé pécuniairement par les ouvriers; que les professeurs étaient des camarades de leurs élèves, d'anciens ouvriers eux-mêmes. En 1875, la ville de Paris accordait une subvention à cet enseignement, et la chambre syndicale des patrons carrossiers du dép. de la Seine créait des prix destinés aux élèves. En 1878, une nouvelle école fut fondée sous le patronage de la chambre syndicale, pour marcher parallèlement avec celle créée en 1868; le programme des cours fut un peu élargi, mais le but évident était d'attirer un plus grand nombre d'élèves ; dès la première année, 200 ouvriers ou apprentis suivaient les leçons données dans ces deux écoles. L. Knab.
CARROUGES. Ch.-l. de cant. du dép. de l'Orne, arr. d'Alençon ; 981 hab. Château bien conservé du xiv^ siècle, oii l'on trouve entre autres curiosités les portraits de la famille Le veneur, une des plus anciennes du département. Commerce d'ardoises, de fer, de céréales et de bestiaux. CARROUGES (Tanneguy I«^ Le Veneur, comte de Til- LiÈRES et sieur de), diplomate français, mort en 1592. Gentilhomme ordinaire de la Chambre du roi, capitaine de cent hommes d'armes de ses ordonnances et conseiller d'Etat, le sieur de Carrouges fut nommé lieutenant général au gouvernement de Normandie par la protection du duc de Guise. En 1531, il fit partie de l'ambassade qui fut envoyée en Angleterre pour traiter du mariage de Monsieur, duc d'Alençon, avec la reine Elisabeth. Fait
chevalier des ordres du Roi le 29 juil. 1588, il mourut quatre ans après. II avait épousé Madeleine de Pompadour.
CARROUGES (Jacques Le Veneur, comte de Tillières, baron de), fils du précédent. Il fut conseiller d'Etat, capitaine de cinquante hommes d'armes des ordonnances, bailli et capitaine de la ville et des châteaux de Rouen (19 mars 1576). Créé chevalier des ordres du Roi le 31 nov. 1586, il succéda à son père comme lieutenant général au gouvernement de la haute Normandie et mourut en 1596. Il avait épousé Charlotte Chabot deCharny, fille du grand écuyer de France.
CARROUGES (Tanneguy II Le Veneur, comte de Tillières, baron de), diplomate français, né dans les dernières années du xvi« siècle, mort à Paris en sept. 1652, fils du précédent. Bailli et gouverneur de Rouen, il épousa, le 21 août 1608, Catherine de Bassompierre. Au mois d'août 1619, il fut envoyé comme ambassadeur en Angleterre pour y négocier le mariage du roi Charles l^^ avec Henriette de France. Il en repartit en juin 1624, avec le titre de chambellan de la reine de Grande-Bretagne. Il a laissé des Mémoires qui ont été publiés par M. C. Hippeau (Paris, 1862, in-12). Louis Farges.
BiBL. : Le P. Anselme, Hist. généalogique, fc. VIII et IX. — La Chesnaye des Bois, Dic^ de la. noblesse.
CARROUSEL Jeu militaire qui jouit d'une grande vogue au xvii« siècle et s'est conservé jusqu'à nos jours. Il remplaça le tournoi (V. ce mot) dont il se distingue par son caractère pacifique. Ainsi que l'étymologie findique, le carrousel, originaire d'Italie, eut d'abord pour caractère principal des défilés de chars somptueusement décorés et chargés de figures allégoriques. Mais dans les carrousels français les quadrilles prirent bientôt la place prépondérante. Les quadrilles (italien squadra) étaien des escadrons où les chevaliers étaient suivis de leur^ pages, estafiers et musiciens. Chaque quadrille adoptait un costume et une couleur ; le goût de la Renaissance pour les allégories mythologiques ou historiques se donna libre carrière dans ces fêtes ; les cavaliers qui devaient jouter se déguisaient avec leur suite en faunes, en mercures, en nymphes ; ils représentaient les quatre éléments, des peuples anciens, Romains, Parthes, etc. Voici quelle était d'ordinaire la marche d'un carrousel. Dans la lice, aux sons de fanfares qui ne cessaient d'accompagner les divers actes de la fête, les quadrilles s'avançaient avec leurs bannières ; ils paradaient, se croisaient suivant un ordre convenu et se promenaient autour de la lice ; après ce défilé, la comparse, les tenants de chaque quadrille se plaçaient au centre suivis de leurs pages qui portaient des boucliers de parade, et d'estafîers ou valets ; les cartels rédigés en style précieux étaient proclamés par le soin des hérauts d'armes et la joute commençait ; les entr'actes étaient remplis par des défilés de chars chargés d'animaux fantastiques, de figures allégoriques; puis avaient lieu des récits poétiques commandés par les conducteurs de quadrilles, on y célébrait la fête, les grands personnages, les dames; on se livrait ensuite à divers jeux : courses de têtes, dans lesquelles il fallait fendre ou abattre des têtes de bois fichées sur des poteaux ou posées à terre; jet du javelot; jeu de bagues, etc. A la fin, tous les quadrilles se réunissaient pour « faire la foule », manœuvrant dans la lice en un désordre apparent où chacun déployait toutes ses qualités et ses grâces d'écuyer.
Le premier grand carrousel donné à la cour de France eut lieu à l'hôtel du Petit-Rourbon, près du Louvre, en 1605. Le plus célèbre est celui des 5 et 6 juin 1662 donné par Louis XIV qui y déploya un faste inouï; Molière l'a décrit ; il fut donné en l'honneur de Louise de la Vallière ; Benserade composa les devises ; Louis XIV commanda le quadrille des Romains ; son frère. Monsieur, celui des Persans ; le prince de Condé celui des Turcs, le duc d'Enghien son fils celui des Moscovites, le duc de Guise