II. Carte civique (V. Carte de sûreté
III. Carte de sûreté pendant la Révolution. — Les comités de surveillance établis dans chaque commune par la loi du 12 mars 1793 étaient chargés de surveiller les étrangers et de leur délivrer, s'il y avait lieu, des certificats d'autorisation de résidence qu'on appela, dans l'usage, cartes de sûreté. Peu à peu ces comités étendirent leur surveillance aux nationaux et ils devinrent les célèbres comités révolutionnaires (V. ce mot). C'est alors (fin de 1793) qu'ils commencèrent à délivrer aux citoyens des cartes civiques, sorte de passeport qui indiquait qu'on n'était pas suspect. Ce droit d'accorder ou de retirer ces cartes fut en plus d'un cas équivalent à un droit de vie ou de mort exercé par les membres de ces comités sur leurs concitoyens. Le 16 janv. 1795, un décret delà Convention transféra ce droit aux comités civils des sections, mais ne supprima pas les cartes civiques ou de sûreté. Quiconque ne s'était pas fait inscrire pour obtenir une de ces cartes devait être détenu comme suspect. Néanmoins, depuis 1795 jusqu'au 18 Brumaire, les cartes de sûreté ne furent plus aussi rigoureusement exigées que sous la Terreur. F.-A. A.
Administration (V. Police et Prostitution).
Carte de visite. — I. Histoire. — C'est sous le règne de Louis XIV que, sous le nom de billet de visite, la carte de visite fit son apparition dans le monde et dans les relations sociales. D'après une pièce en vers publiée à Paris à la fin du xvii« siècle et intitulée les Incom" modités réciproques du Jour, de l'An, le billet de visite fut d'abord une simple carte à jouer retournée, sur laquelle on inscrivait son nom, et qu'on mettait dans la
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serrure quand on ne trouvait pas la personne. De là Porigine des cartes de visite, qui furent longtemps manuscrites. A Fépoque de la Régence et pendant les règnes de Louis XV et de Louis XVI, les cartes de visite autographes cédèrent le pas aux cartes de visite imprimées. Vers 4750, on y fit graver des armoiries, puis cette originalité devint une mode. Comprenant toute la valeur qu'ils pouvaient donner à ces petits bouts de papier que nos pères voulaient enguirlandés du caprice des plus illustres et des plus habifes artistes, les Cochin,lesEisen, les Fragonard, les Choffart, les Moreau, s'étaient faits les ornemanistes de ces riens hanorés par l'art, comme disent les frères de Concourt, semant les fleurs et les caresses de l'image sur ces mille cartes éphémères et volantes. Sur les unes, on inscrivait le nom à la main, sur les autres, gravées spécialement pour les personnages de marque, ceux-ci faisaient mettre non seulement leurs armes, mais encore des figures ou ornements symboliques, en conformité de leurs goûts et de leur situation actuelle. C'est ainsi que dans la collection de M. le D'^ Piogey, la veuve d'un général se fait représenter en Arthémisc près du monument que décorent l'épée, le casque et le bouclier du défunt; qu'un M. de Wertheinstein, d'humeur vagabonde sans doute, fait déchiffrer par un voyageur le nom qu'il a tracé sur les pierres d'une ruine; qu'une comtesse de Wurben octroie à Cupidon l'honneur de signer pour elle sur un marbre enguirlandé de roses, au milieu desquelles se caressent des colombes; que la princesse de Palme, dans un cartouche écrit de sa main, présente ses civilités à M«^« la comtesse de Linange ; d'un autre côté, le graveur Adam Bartsch, conservateur du cabinet des estampes de Vienne, prend pour émissaire de ses civilités le plus sympathique des caniches, tandis que François Casanova confie ce soin à un héroïque baudet portant sur son dos un drapeau, dans les plis duquel le nom du célèbre peintre de batailles est inscrit en toutes lettres. Aux approches de 4789, les temps devinrent plus graves; la mode n'était plus aux petits objets charmants qui avaient fait l'engouement du siècle. On renonça dès lors aux amours, aux colombes, aux flèches, aux cœurs enflammés. Ainsi simplifiées, les cartes de visite prirent un caractère civique tout républicain. Augustin de Saint-Aubin fut longtemps réduit, comme gagne-pain, à graver les feuilles de laurier des cartes de visite des citoyens. Avec Bonaparte, les cartes de visite reprirent leur ancienne vogue. Pendant les beaux jours de l'Empire, l'aigle impérial y déploya ses ailes ; des enfants s'y jouaient au milieu des drapeaux et des trophées. D'autres cartes étaient frappées en relief sur carton rose, avec personnages costumés à l'antique et ornements dans le style de Percier et Fontaine. La Restauration conserva l'usage des cartes gaufrées. Le nom du visiteur était frappé au timbre sec ou inscrit à la main. Peu après, les encadrements en relief firent place aux filets typographiques entourant le nom imprimé en caractères mobiles, comme nos cartes dites à la minute. Enfin, parurent les cartes glacées, rivales de la porcelaine, dont elles empruntèrent le nom. Jusqu'en 4835, on avait adopté les cartes de visite sur carton simple, lorsqu'un papetier galant exhiba un nouveau modèle de cartes artistiques entourées d'une dentelle à jour ; le centre était orné d'une gouache, d'une aquarelle ou d'une sépia, au milieu de laquelle était inscrit le nom de la personne, soit sur un tronc d'arbre, soit sur un rocher. Le mauvais goût s'étant emparé de cette innovation, on s'empressa de revenir à la carte ordinaire, dont l'aspect et le format subirent de nombreuses transformations. Aujourd'hui, la majeure partie des cartes de visite est en carton mince ou en papier vélin, le plus léger et le plus transparent possible. On en voit peu de glacées. Les unes sont grandes ou moyennes ; les autres sont très petites. Quelques personnes font imprimer sur leur carte leur signature, comme le critique d'art Philippe Burty et
Aglaûs Bouvenne, l'historien des Monogrammes historiques; d'autres, tels que l'acteur Louis Monrose, du Théâtre-Français, et le géologue Elle de Beaumont, membre de l'Institut, la tracent simplement à la main. Toutes ces cartes portent le nom et le prénom de la personne ; (Léon Gambetta); sur une seule, à notre connaissance, le prénom est remplacé par le mot Monsieur (Monsieur Thiers). Spire Blondel.
IL Industrie. — On emploie pour l'impression et la gravure des cartes de visite, un carton fin que les fabricants désignent sous le nom de carte. Parmi les nombreuses sortes de cartes employées, on peut mentionner la carte dite porcelaine et qui a été pendant longtemps d'un usage général et dont la fabrication exige certaines opérations minutieuses que nous allons passer en revue. Cette industrie date de 4827 ; un nommé Lorget, de Francfort-sur-le-Main, en fut l'importateur ; elle fut spécialement créée pour l'émaillage des cartes de visite au moyen d'un mélange de colle de poisson et de blanc de plomb que Ton étendait sur des feuilles de papier. Pendant de longues années elle ne put se développer à cause du prix élevé des matières premières et de la maind'œuvre, les ouvriers ne pouvaient travailler plus de trois mois et cinq à huit heures par jour sans éprouver des coliques saturnines. Préoccupés des dangers auxquels étaient exposés les ouvriers obligés de manipuler le plomb pour cette fabrication, effrayés des accidents survenus à quelques ouvriers imprimeurs, plusieurs industriels firent des essais pour supprimer le blanc de plomb en lui substituant le blanc de zinc qui n'offre aucun danger dans son emploi. Ces tentatives furent peu heureuses, la carte était mate et se salissait rapidement. Ce n'est que depuis quelques années, grâce à des procédés que nous allons résumer, que les fabricants sont arrivés à de meilleurs résultats. Les papiers que l'on emploie sont forts et de belle qualité ; ils sont vérifiés, épluchés et, suivant le travail, envoyés aux divers ateliers. Les papiers forts sont encollés à la colle de pâte, pressés pour chasser l'excès de colle, et étendus sur des fils au moyen de pinces émaillées garnies de caoutchouc. Le séchage opéré, on presse de nouveau. Le blanc de zinc qui doit servir au travail a été broyé mécaniquement à l'eau et mêlé dans un pétrin à de la colle préparée à la vapeur. Le mélange opéré, le liquide est passé au tamis et maintenu à une certaine température. Les papiers préparés comme nous l'avons indiqué, sont portés dans un atelier chauffé à 40°, oh ils reçoivent l'émaillage ; celte opération se fait au moyen d'un large pinceau et d'un blaireau. La seule difficulté de ce travail est d'arriver à une couche d'épaisseur régulière. L'émaillage fait, on place les feuilles dans des casiers tournants ; le séchage s'opère seul, puis les feuilles sont portées à l'atelier de brossage. On obtient un brillant plus ou moins beau à l'aide de brosses énergiquement promenées sur les feuilles émaillées ; les feuilles placées sur une pierre polie subissent l'action des brosses supportées par de longues perches mobiles auxquelles on donne un mouvement de va-et-vient rapide. Deux machines inventées par M. Latry permettent d'arriver à un résultat très satisfaisant en peu de temps. Après cette opération, la carte est épluchée, c.-à-d. qu'une ouvrière enlève de dessus les feuilles les points et les bavures qui peuvent s'y trouver ; on essuie ensuite les feuilles et on les porte au laminage. Ce dernier travail a pour but de faire ressortir le lustre du blanc de zinc. Les rouleaux de laminoirs employés sont en acier et polis avec soin. Aujourd'hui, la mode a lait presque complètement abandonner les cartes-porcelaine. Les cartes ont été longtemps exclusivement gravées, mais depuis l'invention des petites presses peu encombrantes et fournissant un travail rapide, la promptitude avec laquelle on peut obtenir les cartes de visite imprimées, a sensiblement diminué l'emploi de la carte gravée. L. Knab.
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Cartes à jouer. — I. Iconographie. — L'origine des cartes à jouer a été très contro\ersée, bien que le débat sur cette question ne date que du commencement du siècle dernier. Le P. Ménestrier ayant découvert, en d704, dans les registres de la Chambre des comptes, la mention d'un paiement de 56 sols parisis, fait en 1392 par Charlcg
Fig. 1. — Carte peinte du jeu dit de Charles VI (Bibl. nat.).
Poupart, argentier du roi Charles Vï ; < à Jacquemin Gringonneur, peintre, pour trois jeux de cartes à or et diverses couleurs, de plusieurs devises, pour porter devers ledit seigneur pour son esbatlement », en a conclu que les cartes à jouer furent inventées en France par Gringonneur lui-même. Le P. Daniel (1720) et l'abbé Bullet (1757) se rangèrent à son opinion, sauf que le dernier recula cette invention au règne de Charles V. Le baron de Heinecken (1171), patriote' très zélé, mais critique de peu de sagacité, l'attribua, au contraire, à TAllemagne. Court de Gebelin (1779), ne voyant dans les cartes primitives que des allégories, pensa y retrouver le livre de la science secrète des anciens Egyptiens. L'abbé Rive (1780) se prononça pour l'origine espagnole des cartes à jouer, bien que les documents qu'il invoque à l'appui de sa thèse ne puissent prouver tout au plus que l'existence en Espagne de ce genre de jeu dès 1332. Le savant libraire Breitkopf (V. ce nom) fut le premier à étudier à fond la question (1784). L'ancienne dénomination des cartes à jouer: naïbi en italien et naipes en espagnol (nom qu'elles conservent encore dans cette langue et en portugais), dont
Tétymologie orientale n'était pas douteuse, le conduisit à penser que l'invention elle-même ne saurait être attribuée qu'à un peuple de l'Orient. Frappé par certaines analogies primordiales entre les cartes à jouer et les échecs, il les fait dériver de ces derniers et leur assigne l'origine indienne. 11 émet ensuite l'opinion que de l'Inde elles auraient été transmises par les Tziganes aux Arabes et introduites par ceux-ci en Europe. Cette hypothèse a été admise par la plupart des écrivains postérieurs : Singer (1816), Cicognara (1831), Paul Lacroix (1835), Leber (1842),Chatto (1848), Boiteau d'Ambly (1854), ce dernier estimant que les cartes ont dû être importées en Europe directement de l'Inde par l'intermédiaire des Tziganes. Cependant, Duchesne aîné (1837), s'appuyant sur le fait que les plus anciennes cartes européennes connues seraient de fabrication italienne, crut devoir faire l'honneur de l'invention elle-même à l'Italie, où cette idée avait déjà trouvé des partisans. Le dernier défenseur de ce système, d'après lequel les contrées orientales n'auraient fait qu'imiter l'invention européenne, fut le libraire Merlin (1869).
Ce que Breitkopf n'avait fait que pressentir se trouva confirmé sur le point essentiel, grâce à un document révélé en 1842 par Leber et qui ruine complètement la thèse de Duchesne. Dans VIstoria délia città di ViterbOy de Feliciano Bussi (Rome, 1742, in-fol.,p. 213), on lit cette mention importante : « En l'an 1379 fut introduit à Yiterbe le jeu de cartes, qui vint du pays des Sarrasins et s'appelle chez eux ^aïb. » Ce passage est tiré textuellement d'une chronique manuscrite de Giovanni de Juzzo de Covelluzzo, conservée aux archives de Viterbe ; l'auteur, d'après ses propres déclarations, a tiré la majeure partie des renseignements concernant sa ville natale de la chronique d'un de ses ancêtres, Nicolas de Covelluzzo, qui a vécu avant 1400 et a pu être le témoin oculaire de l'introduction des cartes à Viterbe. Voilà donc l'origine orientale des cartes à jouer suffisamment démontrée. Il restait, pour compléter la démonstration intuitive de Breitkopf, à préciser le pays d'origine de cette invention. On avait cherché, sans grand succès, dans l'hébreu et dans l'arabe la valeur réelle du mot naïb ; on l'a trouvée dans l'hindoustani avec une signification parfaitement rationnelle, et l'on doit cette constatation décisive à Chatto, Le savant iconographe anglais étudia dans ce but divers jeux de cartes hindoustanies, surtout celui appelé ghendgifeh, composé de quatre-vingt-seize cartes, divisées en huit séries de douze cartes, dont chacune comprend deux figures (le roi et le vizir) et dix cartes de points, de un à dix. Chaque série est distinguée par la représentation d'un objet, répété sur chacune des douze cartes qui la composent. Ces signes distinctifs sont : couronnes, pleines lunes, sabres, etc., et ils offrent, ainsi ^ue les règles du jeu, une analogie incontestable avec le jeu national des Espagnols, le jeu de Vhombre, D'un autre côté, il y a aussi une parenté réelle entre ce jeu et un ancien jeu d'échecs indien, qui se jouait à quatre personnes et était composé de quatre armées, d'où il semble résulter que le jeu de cartes primitif devait être, comme les échecs, une allégorie du jeu de la guerre. Dans l'un comme dans l'autre, les deux principales figures étaient le roi et le vizir, surtout ce dernier. Or, en hindoustani, na-eeh ou na-ib signifie « vice-roi » ou « lieutenant ».
On ignore quels étaient les naïbi importés en Italie ; probablement, ils ne consistaient qu'en cartes numérales, agrémentées peut-être de quelques figures emblématiques, et ne constituaient qu'un jeu de calcul, de pur amusement, ce qui expliquerait le fait que tout d'abord (1393) les naïbi étaient même recommandés aux enfants, comme une distraction agréable et utile. Philippe-Marie Visconti, due de Milan, pendant son enfance (vers 1400), se passionnait pour un jeu consistant en images peintes de dieux, d'animaux, d'oiseaux, etc. C'était une sorte d'album d'images encyclopédiques, pouvant être très varié dans sa composition, mais ce n'étaient certes pas les naïbi
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primitifs, car ce jeu enfantin ne décèle en rien une idée orientale. Toutefois, l'esprit esthétique des Italiens, imbu d'allégories, y vit une ressource pour donner un caractère symbolique au jeu nouveau, et de Ja combinaison de certaines de ces images avec les cartes numérales sortit le jeu de cartes italien proprement dit. Un de ces albums d'images nous a été transrois, par le burin d'un graveur florentin anonyme du xv^ siècle, en une série de cinquante estampes, divisées en cinq séries, dont chacune est marquée d'une des cinq premières lettres de l'alphabet, et qui personnifient : le Système du monde, les Vertus, les Sciences et les Arts, les Muses, les Etats de la vie, depuis le pauvre jusqu'au pape. Cette suite, œuvre d'un grand mérite artistique, est connue sous le nom impropre de Tarots de Mante gna ou de Baldini. Le mot primitif naïbi pour désigner les cartes à jouer, auquel on a substitué ensuite celui àe carte (en raison de la matière employée à leur fabrication), fut remplacée vers le milieu du xv« siècle par celui de tarocco, dont l'étymologie est incertaine. Le plus ancien jeu de cartes italien connu est le Tarocco ou Tarot de Venise. 11 se composait de soixantedix-huit cartes, dont cinquante-six étaient divisées en quatre séries, distinguées par un signe spécial et comprenant chacune quatre figures réglementaires : le Roi^ la Reine, le Cavalier et le Valet, et dix cartes de points, de un à dix. Les vingt-deux cartes restantes représentaient des figures allégoriques, dont les sujets étaient en majeure partie identiques avec autant d'images de la suite gravée que nous venons de citer. Ces figures (excepté le Fou) étaient supérieures à toutes les autres cartes du jeu, et de ce chef étaient appelés atouts (attutti)^ ou triomphes, et c'est à elles que s'appliquait réellement le nom de tarots. Le Tarocchino de Bologne (jeu inventé par Francesco Fibbia, prince de Pise, mort à Bologne en 1419) n'avait que soixante-deux cartes (les 2, les 3, les 4 et les 5 des cartes de points en ayant été éliminés), tandis que les Minchiate de Florence (jeu inventé au xvi^ siècle) en comptaient quatre-vingt-dix-sept, dont quarante et un tarots, sur lesquels trente-cinq sujets dérivent des images dites de Mantegna ou de Baldini. Les signes distinctifs de cartes de points, empruntés aux cartes orientales, étaient : coupes ou calices (coppe), épées (spade), deniers (danari) et bâtons (bastoni.) On a voulu y rattacher une signification symbolique et on a émis l'hypothèse que ces quatre séries représentaient les quatre corps de la nation : le clergé, la noblesse, les bourgeois et le peuple. En France, ces signes ont été remplacés par les cœurs, les piques, les carreaux et les trèfles. Les Allemands ont beaucoup varié leurs cartes et ont employé pour signes distinctifs toute espèce d'objets animés ou inanimés ; ceux qui se sont plus communément maintenus jusqu'à nos jours étaient : les cœurs, les grelots, les feuilles de vigne ou de lierre et les glands.
Les cartes à jouer, qui paraissent n'avoir servi au début qu'à amuser les enfants, devinrent bien vite l'instrument des jeux de hasard, dont la passion devint telle que les autorités durent presque partout recourir à la répression légale. Le prévôt de Paris rendit, le 22 janv. 1397 (v. st.), une ordonnance en vertu de laçuelie il était défendu aux gens de métier de jouer les jours ouvrables à plusieurs jeux et notamment aux cartes. Cette ordonnance fut renouvelée en 1400, et en 1406 le jeu de cartes fut prohibé partout ailleurs que dans les lieux de réunion de métiers. Après les gens du peuple, force fut de réprimer les autres classes. En 1404, le synode de Langres interdit aux ecclésiastiques l'usage des cartes. Le 5 mai 1423, saint Bernardin de Sienne, debout sur les marches de l'église de Saint-Pétrone de Bologne, s'élève avec véhémence contre les jeux de hasard et produit dans la foule une sensation telle que « chacun va chercher chez soi les cartes, les dés, les échecs, qu'on brûle sur la place même, en présence du chef de la Ré-
publique ». Un fait semblable se passa à Paris en 1429. A la suite d'un sermon du frère Richard, cordelier, on alluma plus de cent feux dans les rues de Paris, et, d'après le Journal d'un bourgeois de Paris sous le règne de Charles VII, on y brûla publiquement « tables (trictrac) et tabliers, cartes, billes et billards, nurelis et toutes choses à quoy se pouvoit courcer et maugréer à jeux convoiteus ». tes destructions expliquent l'extrême rareté des cartes de cette époque.
On a prétendu au siècle dernier que ce sont les cartes à jouer qui ont donné naissance à l'invention de la gravure sur bois, thèse qui ne résiste aujourd'hui ni devant les documents, ni devant le simple raisonnement. Sous ce dernier rapport, il est clair qu'au moyen âge, à une époque où les sentiments religieux dominaient tout, on a dû se préoccuper en premier lieu de la fabrication des images de sainteté et des livres ascétiques, en un mot de ce qui servait à l'édification chrétienne, plutôt que de faciliter
Fig. 2. ■— Carte peinte du xv» siècle (Coll. Le Carpentier).
l'expansion des jeux mondains. D'autre part, l'introduction des cartes à jouer en Europe étant antérieure aux plus anciens monuments connus de la gravure, elles ne pouvaient être, à l'origine, que dessinées et peintes à la main, ce qui est d'ailleurs confirmé par des témoignages historiques. De ces cartes peintes, on ne possède aujourd'hui qu'un petit nombre, et aucun jeu complet. Les plus anciennes paraissent être les dix-sept cartes de notre Bibliothèque nationale, provenant d'un jeu de tarots primitifs, et offrant des copies de cartes italiennes. Elles sont l'œuvre d'un artiste français du règne de Charles VI, mais ne semblent pas pouvoir être identifiées avec celles exécutées pour ce roi par Jacquemin Gringonneur en 1392 et qui étaient « ornées de plusieurs devises ». Ces cartes offrent seize atouts, et l'une des figures appartenant aux quatre séries numérales, le valet d'épée. Les cartes italiennes sont plus nombreuses : la bibliothèque de Turin en possède vingt-quatre, le musée Correr à Venise en garde quatre, M. le baron Edmond de Rothschild, de Paris, s'est rendu acquéreur des vingt-trois cartes ayant appartenu à Cicognara et des huit cartes de la coUectioa
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Durazzo. Ce sont toutes des cartes numérales, et leur exécution doit remonter au xv^ siècle. Un collectionneur de Milan conserve onze cartes (dont neuf tarots) d'un jeu peint en 1413 pour le duc Philippe-Marie. A la Bibliothèque royale de Stuttgart, on trouve quatre cartes exécutées par un habile artiste allemand vers 1425. Dans la collection Ambroisienne, k Vienne, figurent cinquantesix cartes du milieu du xvi® siècle, peintes dans le style de Técole des Van Eyck. Ajoutons-y les quatorze cartes
Fig. 3. — Carte peinte du xv« siècle (Coll. Le Carpentier).
de la première moitié du xv® siècle, ayant appartenu à M. Le Carpentier, de Rouen. Elles sont extrêmement précieuses pour leur mérite artistique et aussi parce qu'elles sont les premières aux couleurs françaises et qu'elles offrent les prototypes des figures qui ont subi ultérieurement des modifications très sensibles.
Les cartes peintes n'ayant pu être qu*à la portée des gens riches, on dut de bonne heure chercher pour leur fabrication des moyens plus rapides et plus économiques, et on est fondé à croire que le procédé employé dans ce but, en premier lieu, fut celui de peinture aux patrons. Mais bientôt la gravure sur bois fut mise au service de cette marchandise si répandue. C'est l'Allemagne qui en eut tout d'abord le monopole, et le centre de fabrication était la ville d'Ulm. Les cartiers de Venise, victimes de cette concurrence, obtinrent du Sénat de la République, en 1441, une ordonnance prohibitive contre les cartes allemandes. A partir de la seconde moitié du XV® siècle, les cartes gravées, d'abord sur bois, puis sur métal, sont fabriquées dans tous les grands pays de l'Europe. C'est parmi ces dernières que figurent les plus intéressantes au point de vue de l'art. Nous avons d'abord celles gravées au burin par un artiste anonyme allemand, appelé le Maître aux cartes à jouer, et dont l'exécution est probablement antérieure à 1460. Le jeu se compose de cinquante-deux cartes réparties en quatre séries, dont chacune comptait neuf cartes de points (1 à 9) et quatre figures : le Roi, la Reine, le Valet supérieur (oberj et le Valet inférieur (unter), ce dernier substitué par les Allemands au Cavalier des cartes italiennes. Aujourd'hui, on
ne connaît plus toutes les cartes de ce jeu ; le plus grand nombre en est conservé au Cabinet des estampes de Paris où l'on a persisté à les attribuer à un autre graveur allemand, au maître aux initiales E. S., dit de 1466. Celuici est l'auteur de deux jeux de cartes, dont on ne possède qu'une faible portion, qui atteste néanmoins le grand talent de l'artiste. Quatre cartes de figures du jeu du petit format ont été payées 6,750 fr. par M. le baron Edmond de Rothschild à la vente de la collection T.-O. Weigel, de Leipzig, Dans le jeu de grand format, qui fut ensuite copié ou imité à plusieurs reprises, toutes les figures sont représentées à cheval. Nous signalerons encore un jeu de cartes rondes, finement gravées au burin par un maître anonyme de la fin du xv® siècle, probablement un Suisse. Ces cartes ont été copiées en contre-partie, au commencement du siècle suivant, par Teirnan von Wesel, qui y mit ses initiales, copies qu'on a longtemps regardées comme des originaux.
Mais, le plus communément, les cartes étaient gravées sur bois, les cartes françaises surtout. Plus tard, on leur appliqua des noms variés, empruntés d'ordinaire aux romans de chevalerie ; le plus souvent c'étaient ceux des « preux » et des « prcuses », de l'antiquité et du moyen
Fig,
4. -— Carte gravée au burin par le maître E. S., dit de 1466.
âge. Au XVI i^ siècle, la cour adopta définitivement les noms actuels des rois : David, Alexandre , César et Charlemagne, personnifiant les quatre plus grandes monarchies du monde. Les reines s'appellent : Pallas, Argine (sans doute Junon, l'Argienne), Rachel et Judith ; les valets : Hector, Lancelot, Hogier (Ogier) et Lahire. Les figures, pendant plusieurs siècles, étaient représentées en pied.
Nous n'allons pas suivre les transformations infinies que subirent les cartes à jouer au point de vue des types et des costumes ; on devra consulter à cet égard les ouvrages spéciaux. Pour remplacer les cartes symboliques de la période révolutionnaire. Napoléon I^^ en fit dessiner de nouvelles par le peintre David, qui furent gravées sur acier en 1809 ; Gatteaux en dessina d'autres en 1811, qui furent reproduites par la gravure sur bois. Mais ces
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innovations n'eurent pas de succès et, dès 1813, on revint aux cartes de l'ancienne monarchie, dont le type archaïque fut otficiellement fixé sous la Restauration et n*a pas été moditié depuis. G. Pawlowski.
II. Jeu. — Les jeux de cartes actuellement employés sont des jeux en quatre couleurs ; le jeu entier ou jeu de whist comprend 52 cartes ; le jeu de piquet 32 seulement ; il manque les six, cinq, quatre, trois et deux; le jeu de brelan n'a que 28 cartes, les sept manquant ; le reversis compte 48 cartes, celles du jeu entier moins les dix ; le jeud'hombre 40 cartes, il n'a ni dix, ni neuf, ni huit; en Silésie, on a un jeu de 36 cartes auquel manquent les six, les cinq, les quatre, les trois ; le jeu de tri compte 34 cartes, c'est un jeu d'hombre auquel manquent le six de cœur et presque tous les carreaux ; le jeu de comète comprenait deux paquets de reversis où deux neuf étaient remplacés par deux comètes (rouge et noire).
On trouvera l'indication de l'origine et des règles de chaque jeu à l'article spécial qui lui est consacré (V. Bâc- CARA, Boston, Ecarté, etc.). — L'emploi des cartes comme moyen de risquer de l'argent, les procédés usités pour tricher, seront examinés à l'article Jeu.
III. Fiscalité. — L'usage des cartes à jouer s'étant répandu dans toute la France, un droit fut établi sur leur fabrication par lettres patentes du 21 fév. 1581. S'il est un impôt légitime, dit Dalloz, c'est celui-là. Le produit de la taxe fut attribué, en 1661, à l'hôpital général de Paris ; mais les fraudes se multipliant et les contestations restant indécises par suite d'un conflit entre le parlement et la cour des aides, cet hôpital abandonna la dotation qui lui avait été faite. Un arrêt du l®"* avr. 1671 ordonna de surseoir à la levée du droit. En 1 701, les besoins du Trésor, épuisé par de longues guerres, déterminèrent à le rétablir. Suspendu pour la seconde fois à partir de 1719, il fut remis en vigueur en 1745 et, six ans plus tard, il tut concédé, à titre de première dotation, à l'Ecole militaire qui venait d'être instituée. Par arrêt du conseil du 26 nov. 1778, le droit fut ensuite réuni aux autres droits à la fabrication, qui formaient le domaine de la régie générale. Supprimé en 1790 par l'Assemblée constituante, ce droit ne tarda pas à être rétabli par un arrêt du 3 pluv. an Yl, qui le fixa à 20 cent, par jeu de quarante cartes et au-dessous, à 30 cent, par jeu au-dessus de quarante cartes jusqu'à soixante exclusivement et à 40 cent, par jeu de soixante cartes et audessus. La perception en fut confiée d'abord à la régie de l'enregistrement. 11 est perçu actuellement par celle des contributions indirectes. Le droit fut réduit, par décret du 9 fév. 1810, à 25 cent, par jeu, quel que tût le nombre de cartes. La loi du 28 avr. 1816 le fit descendre à 15 cent, et il resta à ce taux jusqu'à la loi du 7 août 1850, qui le porta de nouveau à 25 cent. La loi du 21 juin 1873 l'a élevé à 50 cent, par jeu pour les cartes à portrait français et à 70 cent, pour les cartes à portrait étranger. Ces taxes sont frappées en sus de deux décimes et demi, en vertu de la loi du 30 déc. 1873.
Les cartes à portrait français ne peuvent être fabriquées, d'après le décret du l®** germ. an Xlll et la loi du
28 avr. 1816, que sur du papier filigrane, fourni par l'administration et payé à l'instant de la livraison au prix déterminé annuellement. L'administration des contributions indirectes fournit aussi aux fabricants les feuilles de moulage, aux prix établis par une décision ministérielle du 23 déc. 1844 et maintenus par une décision du
29 déc. 1852. Les fabricants de cartes sont soumis au paiement annuel d'un droit de licence (art. 164 de la loi du 28 avr. 1816). Il est en principal de 50 fr. Nul ne peut se livrer à cette fabrication qu'après en avoir fait la déclaration à la régie. Les particuliers qui veulent vendre des cartes sont soumis à la même obligation (arrêtés du 3 pluv. et du 9 flor. an VI). Les fabricants ne peuvent s'établir que dans les chefs-lieux de département (art. 10 du décret du 1®^ germ, an Xlll). Ils peuvent être
autorisés cependant à le faire dans les chefs-lieux d'arrondissement. Il est défendu de fabriquer ou vendre des cartes sans être muni d'une commission délivrée par la régie et révocable en cas de fraude (arrêté du 3 pluv. an yi et décret du 9 fév. 1810). Hors du lieu désigné par la licence et par la commission, toute personne qui exciperait de ces titres pour justifier une fabrication ou un débit serait en contravention. La défense de vendre sans autorisation aucun jeu de cartes, sous bandes et sans bandes, neuves ou ayant servi, s'applique aux commis des maisons de jeu, aux domestiques et à tous particuliers. La recoupe des cartes est interdite (décret du 16 juin 1808). Les fabriques clandestines engagent la responsabilité des propriétaires des locaux (décret du 7 févr. 1810). L'as de trèfle est assujetti à une marque particulière et distinctive que la régie fait imprimer sur le papier qu'elle fournit aux cartiers (ord. du 18 juin 1817). Les cartes sont soumises à une bande de contrôle à timbre sec (décrets du 13 fruct. an Xlll et du i6 juin 1808). Les fabricants sont obligés de mettre sur chaque jeu une enveloppe indiquant leurs nom, demeure et signature, en forme de griffe (décret du 9 fév. 1810). Les marchands non fabricants, les entrepreneurs et directeurs des bals, fêtes champêtres, réunions, clubs, billards, cafés et autres maisons oii l'on donne à jouer doivent tenir un registre coté et parafé, sur lequel sont inscrits tous leurs achats de jeux de cartes, avec indication des noms et domiciles des vendeurs (arrêté du 3 pluv. an VI). Les préposés de la régie sont autorisés à se présenter chez les fabricants et marchands de cartes et dans les maisons où l'on donne à jouer, pour s'y assurer de l'exécution de la loi et prendre communication des registres dont la tenue est prescrite (même arrêté et art. 168 de la loi du 28 avr. 1816). La régie tolère la fabrication en franchise et la vente des petites cartes dites jouets d'enfants, dont les dimensions ne dépassent pas 50 millim. sur 36, d'une seule épaisseur de papier grossier et qui ne sont ni cartonnées ni tissées, ni passées au cylindre (cire, n^ 136 du 29 déc. 1874). Les jeux de cartes, qui ne sont pas dans la forme usitée en France et qui sont destinés uniquement pour l'étranger, ne sont pas assujettis au timbre, xnais les fabricants doivent tenir un registre de fabrication et justifier de l'exportation (arrêté du 19 fior. an VI). Les cartes à portrait français, tarotées ou non, peuvent être exportées à l'étranger ou pour les colonies. Les fabricants qui font ces exportations sont soumis aux mêmes déclarations et justifications que celles prescrites pour la sortie des caries à portrait étranger (décision du min. des fin. du 29 août 1815). L'introduction en France et l'usage des cartes fabriquées à l'étranger sont prohibés (décret du 13 fruct. an Xlll). Les pénalités encourues pour les contraventions de toute sorte sont édictées par les arrêtés du 19 flor. et du 3 pluv. an VI, les décrets du 4 prair. an XIII et du 9 fév. 1810, la loi du 28 avr. 1816, l'ord. du 18 juin 1817 et la loi du 4 juin 1836. Les contraventions peuvent être constatées par les employés des contributions indirectes et par tous les agents assermentés (loi du 28 avr. 1816).
Le droit sur les cartes à jouer a produit en 1885 : sur 3,714,659 jeux à portrait français, à 0 fr. 625 par jeu, 2,321,662 fr., et sur 68,927 jeux à portrait étranger, à 0 fr. 875 par jeu, 60,311 fr. Dans quelques nations voisines, la fabrication des cartes a pris encore une plus grande extension. Aimé Trescaze.
IV. Mathématiques. — Tours de cartes. Des mathématiciens célèbres, parmi lesquels il convient surtout de citer Bachet de Meziriac, n'ont pas dédaigné de s'occuper des jeux et d'en faire l'objet de leurs méditations. Bachet, dans un livre intitulé Problèmes plaisants et délectables qui se font par les nombres^ fait connaître quelques tours de cartes dont il donne l'explication. Voici un des plus intéressants : On prend au hasard vingt et une cartes que l'on range en trois paquets de sept cartes, en
CARTE — ^^^
en plaçant d'abord trois l'une à côté de l'autre, puis les trois suivantes successivement sur les trois premières et ainsi de suite. On demande à une personne de penser une des cartes qu'elle voit ainsi ranger et on lui demande dans quel paquet se trouve la carte pensée. On met alors les trois paquets l'un au-dessus de l'autre en ayant soin de placer au milieu le paquet qui contient la carte pensée, les rectos des caries étant tous tournés du même côté. On range de nouveau les cartes en trois paquets de sept cartes en procédant comme tout à l'heure, on demande encore dans quel paquet se trouve la carte pensée, on place ce paquet entre les deux autres et on recommence une troisième fois la même manœuvre, et la carte pensée se trouve être la onzième. C'est ce que nous allons prouver. ...
Soit, au début, k le rang de la carte qui va être pensée, voyons quel sera son rang dans celui des trois paquets que Ton va étaler. Les trois premières occupant le premier rang, les trois suivantes le second, etc. ; en général, la
/k\ t carte occupera le rang E ( gj + 1. E (a) désignant
le plus grand entier contenu dans a, si a n'est pas entier, et l'entier immédiatement inférieur à a, si a est entier. Quand on aura rassemblé les paquets, le rang de la carte
sera 7 4- E /"gW 1 ou 8 + E uV, après la seconde
opération le rang delà carte sera 8 -h E VJ/
et après la troisième il sera -E
I est au
Or E (I) est au plus égal à 7, E (?jll^ j
plus égal à E (-^ et au moins égal à E (^^ j, il est donc compris entre 4 et 2 ; enfin
est compris entre
qui sont tous deux égaux à 3, il est donc lui-même égal à 3 et le rang de la carte pensée est 8 + 3 ou 41 . C. q. f. d
H. Laurent.
Carte géographique. — I. Historique avant le xix« SIÈCLE. — L'origine des cartes géographiques se perd dans la nuit des' âges; de tout temps, les « pasteurs des peuples » ont dû chercher à représenter, soit les contrées sur lesquelles s'exerçait leur domination, soit les itinéraires entre les principaux marchés où se concentrait alors l'activité du commerce. Dès la plus haute antiquité, les philosophes se sont préoccupés aussi de figurer l'ensemble des parties connues de la terre, suivant les notions qu'on en avait alors. On s'étonnera moms que des civilisations primitives aient été capables d'un travail de ce genre, en se reportant à ce que nous ont appris des voyageurs contemporains. Plus d'une fois, les indigènes auxquels ils demandaient des informations ont exécuté, pour l'intelligence de leurs réponses, des croquis géographiques. Faut-il rappeler la carte du chef polynésien Toupaïa, rapportée par Forster, lors du premier voyage de Cook? Elle était établie avec assez de précision, dit M. de Quatretages, dans son ouvrage sur les Polynésiens et leurs migrations, pour qu'on pût déterminer, « non seulement les groupes, mais, le plus souvent, les îles ellesmêmes >.Plus anciennement, le chef d'une tribu du Missis-
sipi fit à l'un des découvreurs français de ces contrées « la carte de toute la rivière, des nations qui sont dessus, et des rivières qui se rendent dedans ». (V. Mémoires et Documents, par P. Margry, t. IV, p. 209.) Du reste, les Indiens de l'Amérique du Nord ont eu, de tout temps, des cartes grossières mais suffisantes de leurs territoires de parcours. M. H. Duveyrier, le célèbre voyageur au pays des Touareg, obtint parfois que ses informateurs indigènes lui fissent, sur le sable, des figures géographiques dont il a été à même de constater la justesse. Les Esquimaux de la terre de Booth comprenaient fort bien, pouvaient même compléter les cartes marines que leur montraient Parry et Ross ; ils avaient , d'ailleurs , des notions géographiques assez détaillées sur leur pays. Citant l'autorité du père Acosta, le père Clavijero dit, dans son HistoiHa antigua de Mexico que les Yucatèques avaient des représentations topographiques et chorographiques pour déterminer les limites de leurs possessions, la situation de leurs villes, la direction des côtes et le cours des rivières.
Ces exemples pourraient être multipliés, mais ils suffisent pour appuyer la supposition que les civilisations rudimentaires ont pu avoir des documents comparables à nos cartes géographiques. Nous nous bornons à résumer très succinctement les faits les plus essentiels et les plus précis relativement à ce sujet. Quatre des livres hermétiques des Egyptiens étaient consacrés à la géographie ; ils sont malheureusement perdus, mais les hypogées d'Egypte, étudiés avec tant de sagacité depuis le commencement du siècle, ont fourni des trésors pour la géographie, surtout pour l'ethnographie des âges les plus reculés de l'histoire. A côté des cartes ou plutôt des représentations symboliques de la terre entière, les Egyptiens ont eu des cartes d'un caractère plus positif et plus intelligible. Lepsius et Chabas ont reproduit en fac-similé Tun de ces documents ; c'est la carte sur papyrus de la vallée aurifère de Hammamat, entre Quenné et la mer Rouge. Les signes figuratifs en sont assez clairs ; elle porte en outre des légendes explicatives. Ce monument vénérable, qui date de Sethos P', a plus de 3,000 ans d'existence. Ainsi que les Egyptiens et les Hébreux, les Assyriens se sont occupés de cartographie. Le lait est prouvé par des fragments de la bibliothèque de Sardanapale, que M. Layard a retrouvés dans les ruines du palais de Kouyoundjik et qui figurent au British Muséum. Les artistes assyriens décoraient les palais de leurs rois de bas-reliefs intéressants pour la géographie. On possède, par exemple, un morceau de sculpture assyrienne, malheureusement incomplet, qui représente une partie de la ville de Suse; c'est un plan plutôt qu'une .carte ; les édifices y sont figurés en élévation par des rectangles percés de portes; des maisons ombragées de palmiers parsèment la banlieue ; un mur garni de tours défend la ville qu'enveloppent deux cours d'eau sculptés en rubans et volutes au milieu desquels nagent des files de poissons. Au total, bien que traitée d'une façon décorative, cette représentation topographique, qui peut remonter au vu® siècle av. J.-C, est tout à fait claire; les signes figuratifs ne diffèrent pas de ceux de nos anciennes topographies.
S'il en faut croire M. J.-H. Voss, le traducteur allemand des grands poètes grecs et latins, les Phéniciens et les Carthaginois auraient possédé des cartes géographiques, mais les auraient tenues secrètes, afin de n'en pas faire profiter leurs rivaux dans le commerce du monde. Il est certain que les Phéniciens, marins et explorateurs entreprenants, durent posséder de précieux documents géographiques, notamment des cartes. Les notions, à cet égard, sont enveloppées des obscurités qui couvrent l'histoire même du peuple phénicien et l'érudition en est réduite à des conjectures.
La première des cartes grecques dont la notion nous soit parvenue (laissant de côté le bouclier d'Achille avec les ciselures géographiques qui l'ornaient) eut pour
auteur Anaximandre de Milet qui vivait au vi® siècle av. J.-C. Hécatée, vers 520, aurait été le continuateur de l'œuvre d' Anaximandre. Socrate, s'il faut en croire les auteurs, possédait une carte qui sert de thème à Aristophane dans sa comédie les Nuées, et qui peut-être aussi a été employée par Socrate pour rappeler Alcibiade à la modestie en lui montrant que les vastes domaines dont il tirait tant de vanité n'y figuraient pas. Eratosthène (276-196 av. J.-C.) appliqua son grand savoir et sa perspicacité à l'exécution d'une carte qui marque un véritable progrès pour la géographie. Le premier, il mesura un arc de degré et des données précises contribuèrent à la valeur de cette carte. Trois quarts de siècle après lui, le grand astronome Hipparque le critiqua vivement, mais contribua, par la division de la sphère en méridiens et parallèles, à asseoir le tracé des terres et la position des lieux. Malgré les attaques d'Hipparque, les conclusions d'Ëratosthène, abandonnées sur certains points, furent admises d'une façon générale par tous les géographes des temps suivants. On place au n« siècle av. J.-C. la construction, par Cratès de Mallos (en Cilicie) du premier globe donnant les contours de la terre habitable. Cette opinion, émise par Strabon, est contraire à celle de Diogène de Laerce, d'après lequel Anaximandre aurait été le constructeur du premier globe. Quoi qu'il en soit, Cratès indiquait des terres habitables inconnues, comme devant exister à l'opposé des terres connues, soit dans l'hémisphère arctique, soit dans l'hémisphère antarctique. La zone intertropicale considérée comme inhabitable était occupée par les océans. Vers le milieu de ce siècle apparut Marin de Tyr qui chercha, non sans succès, à fixer des points de la carte du monde, d'après des relations de voyageurs et des registres de bord réunis à Alexandrie. Il paraît avoir été un cartographe sagace, mais ses œuvres ne nous sont connues que par ce qu'en dit Ptolémée. Celui-ci, qui vint peu après Marin de Tyr, profita des travaux de son devancier. Mathématicien plutôt que géo-
fraphe, il inventa d'abord deux modes de projection qui éfiguraient le moins possible la représentation des terres du globe ; puis il fit rentrer dans son cadre les renseignements de xMarin de Tyr. Ce dernier avait fait le monde connu trop allongé de Test à l'ouest ; Ptolémée réduisit notablement cette dimension; toutefois, il tomba lui-même dans de graves erreurs. Sa Méditerranée fut portée de vingt degrés trop loin vers l'est et son Asie s'allongea si démesurément du même côté, que les rivages de la Chine se trouvèrent être approximativement à la longitude de la Californie. Cette erreur, on le sait, fut en partie cause de la découverte de l'Amérique. Christophe Colomb se proposa de « chercher l'Orient par l'Occident»; peut-être n'eût-il pas tenté l'entreprise si l'espace à franchir par mer avait eu sa véritable proportion sur les cartes.
L'ouvrage de Ptolémée, écrit de 130 à 135 de notre ère, ajouta notablement aux notions fournies par Pline, Pomponius Mêla et Strabon. Il était indubitablement accompagné de cartes qui ne nous sont pas parvenues. Nous savons seulement qu'au v^ siècle, ^00 ans après Ptolémée, Agathodsemon d'Alexandrie entreprit de les refaire et il existe, dans notre Bibliothèque nationale, un manuscrit qui est peut-être la reproduction des cartes d'Agathodœmon, Du reste, l'œuvre géographique de Ptolémée a tait l'objet de nombreuses éditions accompagnées de cartes toujours fplus ou moins mises à jour pour l'époque où elles paraissaient. Les plus célèbres de ces éditions de l'atlas de Ptolémée furent l'édition gravée sur cuivre à Rome en 1478, l'édition gravée sur bois à Ulm en 1482, celle de Sébastien Munster, publiée en 1540, enfin celle de Mercator qui porte la date de 1578. Les Romains enrichirent la géographie d'éléments pratiques; ils dressaient des cartes des pays soumis à leur domination. Properce fait dire à iElia
CARTE
Galla, femme de Posthumus qui guerroyait en Orient
Cogor et e tabula pictos ediscere mundos...
ce qui indique l'existence d'une représentation graphique. En 40 av. J.-C.,Terentius Varro cite une carte murale de l'Italie exposée dans un temple ou quelque autre lieu public. Vers la même époque, Domitius Corbulo, qui se distingua comme militaire en Germanie, envoyait à Rome, nous dit Pline, des rapports militaires accompagnés de cartes. Par ordre de Jules César, il fut entrepris une mesure complète de Tempire romain et, plus tard, Auguste chargea Vispianus Agrippa de dresser une carte du monde si grande qu'elle couvrait les murs d'une galerie ou d'un portique. Le môme auteur fit construire de nombreuses cartes itinéraires à l'une desquelles travailla, dit-on, le roi de Numidie, Juba II. Les pays soumis aux Romains furent couverts de routes dont les mesures, exactement prises, fournirent aux cartes géographiques de précieuses données. Ainsi se formèrent les itinera picta (complément des itinera adnotatà) qui, d'abord réservés au gouvernement, pénétrèrent peu à peu dans le domaine public. La célèbre carte itinéraire dite table de Peutinger, le seul spécimen qui nous ait été transmis de la cartographie des Romains, appartient à cette catégorie de documents. L'original unique en est conservé à la bibliothèque impériale de Vienne; il n'est lui-même que la copie faite par un moine, au xiii« siècle, d'un document remontant à la période comprise entre Auguste et les fils de Constantin. La table de Peutinger, qui représente ÏOrbis romanus, forme, dans son développement, une étroite et longue bande sur laquelle sont resserrées, les unes contre les autres, les régions principales, les provinces, les peuples, les centres de population les plus importants, les routes avec les distances en milles ou en lieues gauloises. Elle fut trouvée dans un monastère à la fin du xvi« siècle et acquise par un savant d'Augsbourg, Conrad Peutinger, qui lui a donné son nom. Il en a été exécuté diverses reproductions dont la plus récente et la plus correcte est due à Ernest Desjardins.
Ptolémée avait porté la géographie romame à son plus haut pomt. Ses travaux et ceux de Marin de Tyr marquèrent la fin d'une période à laquelle succéda peu à peu la décadence. Les m« et iv° siècles ne produisirent en cartographie aucune œuvre saillante ; encore moins les périodes suivantes. A ce point de vue, les Arabes ne réalisèrent aucun progrès. « Parlerons-nous, dit M. Vivien de Saint- Martm, dans son Histoire de la géographie {p. 263), des cartes jointes à quelques manuscrits, à ceux de l'Istakhri, par exemple, d'Ibn-Haukal et de l'Edrîsi ? Il est impossible de rien imaginer de plus informe. Pas de projection, pas de graduation, rien qui ressemble à une image régulière où l'on a eu égard à la vérité des formes, des positions et des distances. On ne comprend pas comment les Arabes ont pu descendre à de pareilles productions, ayant sous les yeux les cartes gravées de Ptolémée. »
Revenant à l'Europe, nous ne trouverons, du v® au viii« siècle, que bien peu de cartes ; encore reflètentelles l'état confus des connaissances géographiques d'alors. Au ix« siècle, avec Charlemagne et Alired le Grand, roi des Anglo-Saxons, se produit une sorte de mouvement intellectuel, et la géographie en profite. Charlemagne, en 814 dit-on, fit graver, sur de grandes planches d'argent, un plan de Rome, un plan de Constantinople et une carte du monde entier. Ces planches furent brisées bientôt après pour servir à la paye des soldats de Lothaire, petit-fils du grand empereur. Il faut arriver jusqu'au xin« siècle pour que la renaissance géographique prenne un caractère bien net. Elle coïncide tout naturellement avec un mouvement philosophique dont Albert le Grand et surtout Roger Bacon sont les plus hauts promoteurs. Bacon, notamment, remit en honneur la doctrine aristotélique de la sphéricité de la terre qui, pendant longtemps adoptée, avait été combattue avec énergie
CARTE —
et succès, dans un but religieux, par Cosmasindopleusies, au VI® siècle. C'est au xiii« siècle que parurent une série d'où vraies où les théories purement philosophiques tendaient à céder la place aux observations exactes. A ce siècle appartiennent aussi les relations de voyage de Plan-Carpin, d'Ascelin et de Marco-Polo, de l'Arménien Haïtoun, de Ricold de Monte-Croce, de Juan de Monte- Corvino, etc..., qui enrichirent dans une large mesure, la carte du monde oriental. Sans parier des œuvres arabes, notamment de celles d'El Edrisi, on connaît environ une douzaine de documents cartographiques dus ou attribués à cette époque.
Les plus remarquables sont la carte anglo-saxonne de Richard de Haldingham, dite carte de la cathédrale de Hereford; puis, une carte du Rritish Muséum dont « l'auteur se réfère aux quatre cartes qui étaient alors regardées, en Angleterre, comme ayant le plus d'autorité: la carte de Robert de Melkeleia, celle de l'abbaye de Walthara, celle de la chambre du roi à Westminster, et la carte de Mathieu Paris ». La cartographie de ce temps-là est fort rudimentaire ; elle a grand'peine à se débarrasser des conceptions fabuleuses ou légendaires pour n'enregistrer que des notions positives ; elle se compose de données de la géographie ancienne et de la géographie arabe combinées sans contrôle , sans critique , avec les informations recueillies par des voyageurs sans instruction.
L'impulsion donnée par le xin« siècle s'accentua encore dans le siècle suivant. Rien qu'en pareille matière, la longueur du catalogue des documents n'ait qu'une signification relative, nous dirons qu'on connaît une vingtaine de mappemondes, cartes marines et cartes terrestres portant ou révélant un millésime compris entre 1300 et 1400. Les deux œuvres les plus importantes de cette série sont la carte de l'ensemble du monde connu, jointe par le Vénitien Marino Sanudo, en 1321, à un mémoire écrit pour décider le pape Jean XXII à une nouvelle croisade. Vient ensuite la célèbre carte catalane (conservée à la Ribliothèque nationale de Paris) dont le millésime est de 1375. Dans ces deux monuments du xiv^ siècle, la Mappemonde de Sanudo et la carte catalane, l'imitation des cartes arabes est manifeste, et la relation de Marco Polo a fourni les noms de l'Asie orientale.
« Le XV® siècle, dit encore M. Vivien de Saint-Martin, nous a laissé plusieurs cartes analogues. L'une est une Mappemonde circulaire qui a, saut les dimensions, beaucoup d'analogie avec la Mappemonde de Sanudo ; elle a été trouvée dans la bibliothèque de la maison Rorgia... Elle est du milieu du xv« siècle (1452). L'autre carte, postérieure de quelques années seulement, est le planisphère peint par un religieux de l'ordre des camaldules, le célèbre fra Mauro, sur la muraille d'une des salles du
monastère de San-Michel deMurano, près Venise Par
ses dimensions, par la beauté de l'exécution, par la nouveauté des détails que présentent certaines portions du tableau, l'intérieur de l'Afrique notamment, et enfin par l'étendue et le nombre des légendes qui y sont répandues, la carte de fra Mauro est incontestablement le plus précieux monument de la géographie du moyen âge. 11 faut remarquer, toutefois, que ni le planisphère de fra Mauro, ni les cartes antérieures, no sont assujettis à aucun tracé de parallèles et de méridiens. Ce sont de simples tableaux où la position relative des lieux et des pays, de ceux-là surtout qui s'éloignent de la Méditerranée, est jetée un peu au hasard et, dans une foule de cas, étrangement altérée. En cela, du reste, ils n'en représentent que mieux l'état, encore bien vague, des notions acquises sur les contrées extérieures. On en est revenu à la carte d'Anaximandre. »
La carte de fra Mauro, cependant, marquait un notable progrès sur les précédentes, en ce que les signes conventionnels commençaient à prendre la proportion voulue pour une carte géographique ; on n'y voyait pas, par
exemple, des fleuves larges comme des bras de mer ou des villes de fantaisie, figurées avec leurs murailles, leurs tours, et couvrant une immense étendue de pays, au détriuient d'autres indications. Les notations adoptées par fra Mauro sortaient de l'image, pour se rapprocher des notations concrètes qui ont prévalu plus tard, en raison du nombre considérable des éléments à placer sur les cartes. Les xni® et xiv® siècles virent aussi se développer notablement le trafic et la navigation sur la Méditerranée. Le mouvement produit par les croisades, au xii® siècle, l'application, faite vers la même époque, de la boussole à la direction des navires, contribuèrent à ce développement, et les marins qui voyageaient naguère de cap en cap, d'île en île, se familiarisaient avec la haute mer. Il leur fallut des cartes sur lesquelles fussent marquées l'orientation des côtes, la direction et l'emplacement des ports. De cette époque date la véritable origine des cartes marines, et le progrès réalisé en ce sens exerça une influence incontestable sur la valeur des cartes terrestres. La plus ancienne carte marine qui soit restée est celle du pilote Petro Vesconte, qui remonte à l'an 1318 et dont l'original est à la Ribliothèque impériale de Vienne.
« A dater de cette époque (dit Vivien de Saint-Martin), d'autres cartes semblalDles, qui s'échelonnent à des dates diverses dans le cours du xiv® siècle et du siècle suivant, se sont conservées dans les grands dépôts scientifiques de l'Europe. Ces cartes ont été dessinées pour la plupart à Gênes, à Pise, à Venise, et quelques-unes dans l'île de Majorque, centres principaux des travaux cartographiques de cette période. » Ces cartes étaient construites sans graduation et appuyées seulement sur la rose des vents ; toutefois, la plupart d'entre elles sont d'une grande exactitude.— « Pour la première fois, l'examen de ces cartes nous met sous les yeux des œuvres de géographie positive. C'est déjà de la géographie moderne ; moderne par la nomenclature, moderne par l'exactitude mathématique. Sous ce rapport, elles ont devancé de beaucoup les autres productions géographiques du même temps... Colomb, Gama, Magellan, — l'Amérique, la route de l'Inde, la circumnavigation du globe, — trois noms et trois faits qui ouvrent si glorieusement Père nouvelle de Phistoire géographique, et posent une démarcation profonde entre les temps anciens et les temps modernes. » Nous voilà aux xv® et xvi« siècles où la cartographie, qui suit le sillage de la géographie, a réalisé des progrès immenses. L'invention de Pimprimerie est venue féconder dans une mesure inattendue, les éléments de grandeur de cette brillante époque ; il est à remarquer que, dès 1478, c.-à-d, trente- huit ans seulement après l'invention de l'imprimerie, une édition de la géographie de Ptolémée fut publiée à Rome, avec des cartes gravées sur cuivre .
Une carte dont la perte est hautement regrettable, celle de Toscanelli, dressée en 1474, a joué un rôle important dans la découverte de l'Amérique. Toscanelli, homme fort savant, l'avait envoyée à Christophe Colomb qui, vers 1480, était déjà tout préoccupé de son projet. Cette carte ofl'rait « Pespace entier compris entre le couchant et le commencement des Indes». — Toscanelli y avait indiqué les îles et les lieux qui sont situés sur la route et où Pon pourra s'arrêter s'il arrivait qu'à cause des vents contraires ou de quelque autre accident il fallût chercher un asile. « Vous ne serez pas surpris que je nomme ici le Couchant le pays des Epiceries, appelé généralement parmi nous le Levant ; car ceux qui continueront à naviguer à l'ouest trouveront vers Poccident ces mêmes lieux que ceux qui vont parterre dans la direction de Pest trouvent au Levant ». L'erreur a parfois joué un rôle dans la découverte de la vérité. Si la carte de Toscanelli, confirmant les appréciations de Colomb, n'avait mis entre notre extrême Occident et l'extrême Orient, un intervalle de moitié moindre qu'il ne l'est, la découverte de PAmérique eût été retardée.
Colomb et Vasco da Gama eurent de nombreux succès-
seurs qui contribuèrent activement à transformer la carte du globe. Cette transformation fut rapide ; les progrès successifs en sont inscrits sur une série de mappemondes établies avec toute l'exactitude que comportaient les moyens scientifiques de Tépoque et dont quelques-unes nous sont restées. Grâce aux conquêtes des Espagnols et à d'audacieuses navigations, les contours presque entiers des deux continents américains et une quantité de détails de Tintérieur furent portés sur les cartes avant la fin du xvi® siècle. Le tracé des côtes y est aussi exact que le permet Finsuffisance des moyens nautiques de cette époque ; les lignes des fleuves, des montagnes sont encore bien rudimentaires; mais il est évident que, dès lors, une ère nouvelle est ouverte à la géographie.
Les œuvres de deux géographes et cartographes de haut mérite, les Flamands Abraham Ortelius et Gérard Mercator couronnent la fin du xvi® siècle. « On avait, à diverses reprises, publié des éditions de Ptolémée «mises à jour » ; le nom de Ptolémée était devenu une sorte de terme générique pour désigner une géographie ou un atlas; la part du vieux géographe, dans ces rééditions, disparaissait sous l'apport d'éléments nouveaux. Ortelius « sépara complètement l'ancienne géographie de la géographie moderne, tout en comprenant très bien leur liaison et leur dépendance nécessaire ». Il publia deux atlas, l'un le Theatrum Orbis Terrarum, combinaison de tous les matériaux géographiques les plus récents ; l'autre le Theatri Orbis Terrarum Parergon (complément au Théâtre du Moiide), consacré à la géographie ancienne. Presque en même temps que lui, Mercator, son ami, produisait un Atlas sive Cosmographicœ meditationes, etc., dont les cartes, soigneusement dressées, étaient gravées avec une grande finesse. Il ne faut pas oublier qu'à cette époque les cartographes étaient généralement leurs propres graveurs. Le xvu® siècle continua les découvertes duxvi^. Une suite de na\igations hollandaises permit d'inscrire sur la carte une partie des terres polaires du Nord et aux parties australes du monde, les premiers contours occidentaux de la « Grande Terre du Sud » qui devint la Nouvelle-Hollande, puis l'Australie et dont les côtes orientales ne furent découvertes qu'au siècle suivant. On vit aussi commencer, dans des conditions vraiment scientifiques, les travaux four la détermination rigoureuse de la l'orme et des dimensions du solide terrestre. Les résultats de ces recherches exercèrent une influence considérable sur la cartographie en la dotant de mesures, de degrés et de positions astronomiques obtenues avec une exactitude sans précédents.
Il faut aussi compter comme un actif élément de progrès pour la cartographie les perfectionnements qui s'étaient assez vite introduits dans la multiplication des cartes par la gravure et l'impression. Le public lettré ayant promptement pris goût aux cartes, toute une branche de commerce se forma, dont le développement fut activé par l'émulation parmi les hommes de science et les artistes et par la concurrence entre les éditeurs. Un certain temps fut nécessaire pour dégager complètement les cartes de la tradition ptoléméenne, comme des éléments fournis par la légende, le merveilleux ou la fantaisie. Les anciennes cartes, parfois brillamment enluminées, semaient de monstres les flots de la mer et figuraient sur les continents des animaux étranges, des scènes de la vie sauvage, des portraits du prêtre Jean installé sur son trône, des villes extraordinaires. Peu à peu, ces éléments, qui occupaient de grands espaces, disparurent devant l'abondance des informations à porter sur les cartes et, pour le même motif, les signes conventionnels de la cartographie se simplifièrent de plus en plus. Quand les détails géographiques devinrent abondants, les cartographes commencèrent par répartir un peu à l'aventure, presque arbitrairement sur leurs cartes, les indications souvent vagues, confuses, mal coordonnées, que leur fournissaient les relations de voyage. Les fleuves, les lacs, les localités,
«RANDE ENCYCLOPÉDIE. — IX.
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les données fausses, ' les données justes, combinées tant bien que mal avec les éléments plus anciens, venaient indistinctement prendre place sur la superficie d'un continent. La carte d'Afrique peut être citée comme un exemple de ces errements. Au commencement du xviii® siècle, elle était couverte de données hypothétiques, fausses ou mal placées et, pour n'en laisser subsister que les traits exacts, il fallait l'eS'acer presque entièrement.
La cartographie flamande d'Ortelius et de Mercator, continuée par Jodocus Hondius et par Viseher, avait fait école pendant près d'un siècle, quand surgit en France une école dont Nicolas Sanson d'Abbeville (mort en 1667) fut le chef. « Sanson, dit M. Vivien de Saint-Martin, ne manquait pas d'étude, mais ses cartes, d'un dessin lâche et d'une assez pauvre exécution, sont loin d'avoir la netteté de celles de Mercator. Elles sont d'ailleurs entachées des énormes erreurs de longitude que Ptolémée avait léguées à ceux qui le prenaient pour guide... » Ses fils lui succédèrent, mais sans beaucoup améliorer son œuvre. A l'entrée du xvm® siècle « il fallait, dit M . Vivien de Saint-Martin, tout reprendre en sous-œuvre, étudier chaque élément en lui-même et comparativement avec tous les autres, élaguer les hypothèses, rectifier les erreurs, dégager les données certaines, et après avoir solidement établi, comme autant d'innombrables jalons, les positions rigoureusement déterminées par l'observation des astres, grouper et coordonner autour de ces points fixes les détails fournis par les journaux de mer et les voyageurs. Cette oeuvre herculéenne, provoquée par les astronomes, ce fut un Français qui osa l'entreprendre et qui eut la gloire de l'exécuter. La Mappemonde de Guillaume Delisle et ses cartes particulières des quatre parties du monde, publiées en 1700, ramenèrent enfin pour la première fois à leur véritable place et à leurs dimensions réelles les parties orientales de l'ancien continent. Quelles que fussent les améliorations de détail que dût recevoir par la suite la carte du Monde, — et ces améliorations étaient immenses, — l'honneur d'en avoir opéré la réforme radicale revient à Guillaume Delisle. »
D'Anville est bien supérieur encore. « Mettez, dit avec raison M. Vivien de Saint-Martin, en regard la Mappemonde de Delisle, retouchée en 1723, et celle de d'Anville, publiée en 1761 : il semble que l'on ait sous les yeux un autre monde, tant l'aspect est différent. L'emplacement astronomique est à peu près le même ; mais les grands contours, mais le détail ! L'incontestable supériorité de d'Anville tient, avant tout, à l'habileté de la mise en œuvre... » Si les cartes de d'Anville sont de premier ordre au point de vue de l'érudition et de la critique, elles sont, au point de vue de l'exécution graphique, des modèles de clarté et de sobriété. Les traits en sont bien liés, le dessin en est ferme, souple et léger. Les cartographes de notre époque et ceux de l'avenir ne sauraient trop s'inspirer de l'œuvre de d'Anville.
Les progrès inscrits par Delisle et surtout par d'Anville sur leurs cartes se sont beaucoup accélérés depuis ces grands géographes. La seconde partie du xvni® siècle fut marquée par des voyages scientifiques qui complétèrent successivement tous les contours des terres, ou contribuèrent à déterminer avec plus de précision les lignes essentielles, fleuves et montagnes, de l'intérieur des continents. Les données à inscrire dans les cartes se multiplièrent en môme temps qu'elles devinrent plus exactes, qu'elles laissèrent moins de champ à l'indécision des cartographes. Aucune œuvre considérable de cartographie à l'échelle géographique n'a fait son apparition pendant cette fin de siècle.
Tandis que s'accomplissaient ces voyages scientifiques, des recherches et des découvertes d'un autre ordre venaient enrichir la géographie d'éléments d'exactitude qui lui ouvrirent une voie nouvelle. Nous avons vu le xviii® siècle aborder, par des procédés et des méthodes scientifiques, la mesure des degrés terrestres. En Angleterre, en Hol-
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lande, en Italie, en France, des opérations de cet ordre avaient été entreprises. Grâce à des découvertes dans le champ de Fastronomie, à l'invention et au perfectionnement des instruments d'observation, ces travaux avaient donné des résultats intéressants. Ils avaient augmenté le besoin, en même temps que les moyens de précision, en particulier ils avaient fourni des procédés pour multiplier le nombre des déterminations de lieux en latitude et en longitude. G. Delisle n'avait eu, pour appuyer ses cartes, qu'une centaine de positions astronomiques, d'Anville en réunit à peu près le double pour la rédaction de son Atlas moderne, et, dès la fin du xviii® siècle, ce nombre était notablement augmenté. On comprend de quel intérêt est ce fait pour les cartographes dont le travail est ainsi jalonné par des points bien établis. A ces données vinrent s'ajouter les données de l'altitude, de la hauteur au-dessus du niveau de la mer, obtenues par l'emploi du baromètre. En France, Picard, puis Dominique Cassini et Lahire avaient commencé au xvii® siècle, sous les auspices de l'Académie des sciences, la mesure de la méridienne entre Calais, Dunkerque et Perpignan. Ce travail eut, entre autres conséquences, celle de donner à la France sa véritable forme et ses vraies dimensions sur la carte. Les anciens tracés se trouvèrent considérablement resserrés, ce qui fit dire à Louis XIV en plaisantant que Messieurs de l'Académie lui enlevaient une partie de ses Etats.
Les opérations géométriques inaugurées par le xvii® siècle furent continuées avec plus d'ampleur par le xvin«, qui en fit exécuter de semblables dans la région du cercle polaire et la région de Téquateur afin de résoudre définitivement la question de l'aplatissement de la terre près des pôles. Nous voici parvenus à l'époque où la grande topographie fait son apparition ; la carte de France à g|j^ dressée par Cassini de Thury et appuyée sur une vaste triangulation du pays est la première œuvre de ce genre qui ait vu le jour. A partir de ce moment, on applique dans les différents pays les procédés scientifiques dont il est traité dans les articles suivants. X"^*^
II. Géographie. — La carte d'un pays est la représentation sur un plan d'une portion de la surface terrestre. La forme de la terre est celle d'un ellipsoïde de révolution; sa surface n'est donc pas développable sur un plan, de là découle la nécessité d'un mode de représentation artificiel en rapport avec le but auquel la carte est destinée ; ainsi, une carte marine doit permettre de tracer la route du navire par une ligne facile à construire en grandeur et en direction, tandis qu'une carte politique doit conserver l'étendue relative du pays. II ne saurait exister de système de projection parfait, mais en général on peut atténuer une catégorie d'erreurs au détriment d'une autre et permettre ainsi à la carte de remplir le but proposé.
Lorsque l'on a fait choix d'un système de projection convenable, il faut en reporter le canevas sur la carte, c."à-d. tracer les méridiens et les parallèles avec la forme et la position relative résultant du système choisi. Cr, la région à représenter, réduite à l'échelle de la carte, occupe en général une surface qui ne peut tenir dans une seule feuille de papier. C'est ainsi que la France au g^~5 exigerait un rectangle de 43'^60 de largeur sur 42'^50 de hauteur. Il serait^impossible d'exécuter les opérations multiples et délicates du dessin sur une surface d'une pareille étendue. On imagine la carte fractionnée en rectangles de dimensions égales, au moyen de parallèles à deux axes rectangulaires convenablement placés sur la figure. Les dimensions de ces rectangles sont généralement en rapport simple avec l'échelle de la carte : 0"^80 sur O'^SO, soit 64 lui. sur 40 kil. pour la France. Chaque rectangle se désigne par un numéro d'ordre et par le nom d'une ville qu'il renferme. On calcule ensuite, par des formules appropriées, les coordonnées rectangulaires des intersections des méridiens et des parallèles traversant la carte, rapportées aux axes de fractionnement. Si la carte est dressée à une petite échelle, il suffira de calculer les coordon-
nées des intersections de degré en degré, mais si l'échelle de la carte s'agrandit, ce calcul devra être effectué de cinq en cinq minutes. Ainsi, pour la carte de France au g^o et celle d'Algérie au ^-^, ce calcul a été fait pour les décigrades, ce qui correspond à peu près à un intervalle de cinq minutes. Rien de plus simple, dès lors, que de tracer sur un rectangle quelconque de la carte les méridiens^ et les parallèles qui le traversent; on réalisera très facilement cette construction graphique à l'aide d'un changement d'axes. On transportera l'origine des coordonnées en l'un des angles du rectangle dont on prendra les deux côtés pour nouveaux axes. Si Ton désigne par X et Y les coordonnées de A, par X' et Y' celles d'un point M situé à l'intérieur du rectangle, par x et y les coordonnées de M rapportées à AB et AD, on a évidemment les relations :
Les longueurs àe x et y sont réduites à l'échelle de la carte et permettent de placer le point M. Si l'on a calculé les coordonnées rectangulaires des intersections des méridiens et des parallèles, on pourra de cette manière placer ces intersections. En joignant par un trait continu les intersections relatives à un même parallèle ou à un même méridien, on obtiendra la représentation de ce parallèle ou de ce méridien, dans le système de projection adopté. Dans la pratique, on se contente de joindre deux à deux les intersections par des éléments de lignes droites. On remplace ainsi par des lignes brisées les courbes représentant les méridiens et les parallèles, mais l'erreur que l'on commet est inappréciable à l'œil et réellement sans effet sur le dessin de la carte. Quant aux points de la carte proprement dits, ils se placeront comme il a été indiqué. Mais le plus souvent, on s'évite la peine de calculer leurs coordonnées rectangulaires et on les construit graphiquement au moyen de leur longitude et de leur latitude. En effet, l'indication de ces deux éléments montre immédiatement le trapèze formé par les éléments de méridiens et de parallèles, à l'intérieur duquel tombe le point. Au moyen d'un compas de proportion, il sera aisé de fixer la position du point considéré, à l'intérieur du trapèze. Tel est le procédé employé en France ; on ne peut dire qu'il ne comporte quelque imperfection, mais cette impertection est insensible et fort au dessous des erreurs inévitables du dessin. Les rectangles qui subdivisent la superficie d'un territoire ont à l'échelle de la carte des dimensions qui leur permettent de remplir une feuille de papier grand format ; pour cette raison, on les appelle feuilles de la carte. Nous ferons remarquer que les derniers Etats d'Europe qui ont fait ou refait leurs levés topographiques ont subdivisé leurs caries en sections séparées les unes des autres par des méridiens et des parallèles dont l'intervalle est constant, et que chacune de ces sections a sa projection propre, sur un plan tangent, indépendante de sa voisine ; telles sont les cartes topographiques d'Allemagne (où on nomme cette subdivision gradahtheU lung), d'Angleterre, d'Autriche-Hongrie, d'Italie, d'Espagne, des Etats-Unis, du Japon, etc. Ce même parti pris a été adopté pour la carte de France au 100,000^ dressée au ministère de l'intérieur. Ses avantages sont évidents, et, dans la pratique, grâce à l'élasticité du papier, on peut sans difficulté assembler sur un plan un bon nombre de ces sections, soit 16, ou même 25, bien que théoriquement cela soit impossible. Et si dans ce système on veut faire l'assemblage de la carte complète d'un grand pays, rien n'est plus aisé, comme on le voit à l'Exposition de 1889 pour la carte de France au 100,000® précitée, que de disposer les sections sur une calotte sphérique de même échelle.
Lorsque l'on veut dresser la carte d'un pays, on commence par couper son territoire de chaînes de grands triangles appelés triangles de premier ordre^ en raison du rôle principal qu'ils vont jouer dans l'opération. On
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mesure les angles de ces triangles, au moyen des instruments les plus perfectionnés et avec les soins susceptibles d'assurer l'exactitude des mesures. Ces chaînes de premier ordre sont ensuite reliées entre elles par des réseaux de triangles qui constituent la triangulation de 2" ordre et couvrent toute la région dont on lève la carte. Les longueurs des côtés de ces triangles sont moindres que dans le 4^^ ordre et ne dépassent guère 20 kil. ; les chaînes sont courtes et servent à réunir deux chaînes primordiales ; en général, elles comportent, par leur enchevêtrement, des vérifications nombreuses. Les angles ne nécessitent plus une précision aussi grande, aussi les mesure-t-on par des voies plus rapides. Enfin, de tous les sommets de l^»* et de 2® ordre, on vise les points remarquables de la région, sommets de montagnes, clochers, édifices, cheminées d'usine, etc. On relie ainsi ces différents points aux sommets des triangulations de 4®^ et 2^ ordre par des triangles dont les deux angles à la base, seulement, sont mesurés. Généralement, chaque point est ainsi relié par plusieurs triangles, afin de remplacer la vérification qui fait défaut par suite de Fabsence du troisième angle dans le triangle : telle est la triangulation de 3^ ordre. Son tracé ne suit plus aucune règle géométrique et dépend uniquement des hasards du relief de la région ; les côtés ne dépassent guère 10 kil. et ne requièrent qu'un degré d'exactitude inférieure aux 1«^ et 2« ordres ; aussi mesuret-on les angles très rapidement. Dans quelques pays, en Italie par exemple, on donne au 3® ordre une plus grande exactitude et Ton constitue un réseau de 4® ordre. Mais il est bien inutile de pousser aussi loin le développement des opérations géodésiques ; trois ordres de triangles suffisent amplement aux besoins de la topographie. 11 y a, en outre, économie de temps et d'argent (V. Canevas).
La carte de France au ^^~ô dite carte d'état-major a été construite avec trois espèces de triangles, et son exactitude ne laisse rien à désirer, de même la nouvelle carte d'Algérie au -giôôo- La mesure des angles des triangles qui constituent le canevas d'un pays est une opération longue et dispendieuse, à cause des frais de construction de signaux, transport de matériel, achat ou entretien d'instruments. Pour triangulerun espace de 60 kil. q., il faut environ cinq mois à un opérateur expérimenté. Lorsque l'on a calculé les triangles, on détermine les coordonnées géographiques des divers sommets, c.-à-d. leurs longitudes et leurs latitudes. On choisit pour points de départ les sommets de l^"^ ordre qui se trouvent dans la feuille et dont les coordonnées ont été préalablement calculées pour tout le réseau de l^'^ ordre, en partant d'un sommet rattaché à quelque observatoire astronomique. On trouvera aux articles Azimut, Longitude, Latitude l'exposé des formules que l'on emploie dans ce but ; il suffit ici de mentionner cette partie du travail du géodésien. A l'intérieur du rectangle figurant la portion de terrain dont on dresse la carie, on trace les méridiens et les parallèles ; puis on les emploie à leur tour à placer les différents sommets géodésiques, au moyen de leurs longitudes et de leurs latitudes. La feuille ainsi préparée est remise aux topographes. Ceux-ci se transportent sur le terrain. Ils emportent une boussole au moyen de laquelle ils rattachent graphiquement aux sommets géodésiques tous les points de la région tels que moulins, arbres isolés, etc. Ils constituent ainsi un système de repères qui leur sert à asseoir le dessin des accidents du sol, rivières, routes, chemins, sentiers, crêtes, etc. La boussole la plus pratique pour les topographes se compose d'une aiguille aimantée mobile sur un cercle gradué horizontal, autour d'un axe passant par son centre. Ce cercle gradué est fixé à l'intérieur d'une boîte de bois carrée. Un arc de cercle gradué est fixé verticalement sur l'un des côtés de la boîte ; une petite lunette pourvue d'un réticule peut se mouvoir sur le cercle vertical autour d'un axe horizontal passant par son centre. Enfin, la botte repose sur un trépied au moyen d'une douille qui lui permet de se déplacer autour d'un
axe vertical passant par le centre du cercle de l'aiguille aimantée. Cette boussole porte le nom de boussole à éclimètre ; on voit qu'elle pourra remplir le rôle d'un théodolite, pour des points peu élevés au-dessus de l'horizon. Pour mesurer un angle, on vise successivement les deux points ; l'aiguille aimantée conserve la même direction dans l'espace, mais le cercle gradué tourne au-dessous d'elle. En faisant la différence des deux lectures correspondant à un même pôle de l'aiguille aimantée, on obtiendra l'angle cherché. Le dessin d'une carte est une opération toute de pratique, à propos de laquelle il est superflu de poser des principes généraux, car l'opérateur doit approprier chaque fois sa méthode aux exigences du terrain.
Une carte doit offrir non seulement le tableau des positions relatives des objets, mais encore doit permettre de juger de la différence d'altitude de deux points. A cet effet, on détermine par des mesures directes la hauteur au-dessus du niveau moyen de la mer de l'un des sommets géodésiques de l^'^ ordre voisin du rivage. Puis on a observé en chaque sommet géodésique les distances zénithales des sommets voisins. On calcule à l'aide de ces distances zénithales les différences d'altitude des sommets de la chaîne, de proche en proche; ensuite, au moyen de l'altitude du premier point et des différences successives d'altitude, on déduit l'altitude absolue de chacun des sommets. Autant que possible, on vérifie l'exactitude de l'opération par une mesure directe, effectuée vers l'extrémité de la chaîne. Lorsque celle-ci n'aboutit point à la mer, on peut souvent obtenir une vérification en calculant l'altitude d'un sommet d'une triangulation étrangère, rat-, taché par un triangle à la chaîne nationale. On passe des altitudes des points de 1®^' ordre à celles des points de 2® ordre, toujours au moyen des distances zénithales, et enfin par le même procédé on arrive aux altitudes des points de 3« ordre. Les topographes reçoivent le canevas de leur feuille augmenté de l'indication des altitudes de chacun des sommets; à l'aide du cercle vertical sur lequel se meut la lunette, ils détermineront les distances zénithales des points qu'ils visent et en déduiront les altitudes de ces points. Lorsque les difficultés du terrain ne leur permettront pas d'employer commodément la boussole écliraètre à cette détermination, ils auront recours à l'emploi du baromètre. On sait qu'une variation de hauteur de 10 m. correspond à une différence de pression de 1 millim. de mercure. On conçoit qu'en partant d'un lieu d'altitude connue, oîx ils auront lu le baromètre, ils pourront déduire des lectures de cet instrument les différences d'altitude des divers points o(i ils auront stationné. En réalité, pour des différences d'altitude un peu considérables les variations du baromètre ne sont plus rigoureusement proportionnelles, mais on peut remédier à cet inconvénient à l'aide de baromètres spécialement construits pour la mesure des hauteurs et appelés baromètres orométriques. On pourra, d'ailleurs, faire usage de tables de correction dont l'emploi est fort simple. Les baromètres des topographes sont de petits baromètres anéroïdes, que l'opérateur peut transporter dans la poche d'un vêtement. Ils conviendront très bien en pays de montagne, parce que le relèvement du terrain étant très rapide, une légère erreur sur une altitude n'en altérera pas la forme générale, mais il n'en est pas de même dans un pays dont le relief est peu accentué, parce qu'une faible erreur correspond à un changement notable. Dans ce cas, il ne devra remplacer la boussole que lorsque l'emploi de celle-ci ne sera pas possible. Il serait évidemment plus exact de faire usage du baromètre de Fortin dont l'emploi affranchirait les observations des erreurs inhérentes au fonctionnement des baromètres anéroïdes. On sait en effet que ces instruments affectent une certaine inertie, qui, si l'on n'y prend garde, sont susceptibles d'introduire dans les observations des erreurs considérables. Les officiers topographes qui ont dressé la carte de France n'avaient pas le
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baromètre; mais les topographes de l'Algérie en ont fait un usage constant.
A propos de la carte d'état-major, il convient d'ajouter que l'officier topographe recevait en outre de sa feuille préparée, comme il a été dit, une réduction au —^ des minutes du cadastre constituant laplanimétrie de la région à lever. Cette réduction du cadastre, appelée mappe était dessinée sur papier transparent ; on l'ajustait le mieux possible sur la feuille minute. Pour cela, l'opérateur rattachait les signaux géodésiques aux points remarquables de la planimétrie, au moyen de quelques relèvements à la boussole ; puis il corrigeait ou complétait le dessin de la région par un lever à vue des détails topographiques ne figurant pas sur les mappes. Enfin, au moyen de sa boussole à écliractre, il déterminait quelques altitudes à l'aide de recoupements sur les pomts trigonomélriques dont les altitudes lui avaient été fournies. Les points du nivellement topographique étaient malheureusement en trop petit nombre : 4 par kil. q. Il en est résulté qu'en réalité le relief du sol était presque figuré à vue. En Algérie, il n'a pas été livré aux officiers topographes des planimétries tirées des minutes du cadastre. L'emploi de la boussole s'explique difficilement, carie lever à la planchette non déclinée présente des avantages qui l'ont fait préférer dans tous les autres Etals. Afin de reproduire la forme générale du terrain, les topographes déterminent, de distance en distance, les points d'altitudes données, 10 m., 20 m., 30 m., 40 m., puis, joignant tous les points d'une même altitude par un trait continu, on obtient des courbes appelées courbes de niveau. On conçoit qu'une même courbe de niveau ne devra pas réunir des points séparés par une vallée, car elle ne donnerait plus qu'une idée fausse du relief; elle doit, au contraire, contourner la colline. Les courbes de niveau sont figurées pour des différences d'altitude constantes que l'on appelle équidistance. Lorsque le terrain se relèvera rapidement, les courbes de niveau se rapprocheront, et leur rapprochement donnera une idée très nette du relief du sol. On complète souvent l'impression, soit au moyen d'un estonipage dont la teinte s'accentue avec le relèvement du sol, soit au moyen de hachures d'autant plus serrées ou plus épaisses que la pente est plus rapide. Les hachures normales aux courbes de niveau sont excellentes, parce qu'elles permettent de mieux figurer l'orientation du relief. Enfin, les courbes de niveau ne sont quelquefois pas reproduites et on ne laisse subsister sur les feuilles que les hachures qui en sont la conséquence et qui indiquent à elles seules les lignes de plus grande pente. Sur la carte de France et celle d'AxIgérie au 5ôïïôô-> f équidistance est de 20 m.; sur la carte d'Espagne, elle est de 20 m.
Les courbes de niveau sont toujours un peu hypothétiques, à un degré qui dépend de l'exactitude du nivellement et du nombre de points établis sur le contour. Elles deviennent particulièrement conjecturales dans le figuré des montagnes dont les détails ont nécessairement été obtenus par le dessin, mais elles sont tout à fait exactes lorsqu'elles sont déterminées par la méthode dite du filage, employée au service géographique de France pour les levés de précision et en Angleterre pour l'établissement des County maps au :i^|^. Ce procédé consiste à faire parcourir sur le terrain les courbes de niveau par un aide porteur d'une mire, et à repérer de temps à autre sur la planchette la position du porte-mire. On facilite l'application en jalonnant sur le terrain au moyen de piquets une ou deux lignes convenablement choisies. Ces piquets sont solidement enfoncés dans la terre, et leur tête affleure le sol. Ils ont été disposés de telle façon que la différence d'altitude de deux piquets consécutifs soit précisément égale à l'équidistance adoptée pour les courbes de la carte ; ils serviront de point de départ au porte-mire qui d'instinct marchera facilement sur l'horizontale correspondante, c.-à-d. sur la courbe de niveau. Les courbes de niveau sont employées
à l'exclusion de toute autre méthode dans la publication des cartes d'Espagne, de Portugal, de Belgique et de Danemark, le ^isJôijCtle ^~ d'Italie. Les hachures seules sont employées en Russie, en Hollande, en Suède, aux Indes, en Allemagne pour le tj^jôïïïïo» 6" France pour le ^~7„ en Autriche pour le ;~^^ où cependant on trouve quelques courbes. Une combinaison de courbes et de hachures est employée en Angleterre pour la New sery au ^;éïro^ en Italie pour le j^„, en Suisse pour le ^^ et ^^ sïï^i courbes et teintes pour la France au ^—^ (publication suspendue) et le ,-^^, pour l'Algérie au ^-^^ et au ^~~^, la Norvège au j^^. L'Angleterre a publié des éditions distinctes en courbes et en hachures pour le g~-o et le ~^o, la Prusse pour quelques feuilles du jU^, présentant un intérêt particulier.
L'expérience a montré qu'un topographe habile, assisté de deux aides, peut lever en Allemagne, dans la bonne saison dont la durée moyenne est de cinq mois et demi, un espace de 145 kil. q. à l'échelle de ^t^ô, soit environ 1 kil. q. par jour; en Autriche, de 300 à 500 kil. q. dans le même temps et à la même échelle, soit environ 2,4 kil. par j0ur, et de loO à 230 à l'échelle de ,~, en Italie, un peu plus de | kil. par jour. Ces différences s'expliquent, en partie au moins, parla nature du terrain et les facilités de communication.
Le procédé le plus anciennement employé pour la reproduction des cartes géographiques est la gravure sur cuivre ; c'est celui qui a été adopté pour la première carte générale de France, connue sous le nom de carte de Cassini, publiée dans la seconde moitié du siècle dernier, et pour la carte au g~^ commencée dès les premières années de la Restauration. Ce procédé n'a rien perdu de sa valeur, et les feuilles de la carte d'état-major subsisteront toujours comme des types admirables de perfection; cependant, il possède deux inconvénients, un prix de revient très élevé et une grande longueur d'exécution. La gravure d'une feuille de la carte de France demandait plusieurs années et nécessitait des graveurs très habiles, véritables artistes dans leur spécialité. L'évolution considérable des arts du dessin dans la fin de ce siècle a eu son contre-coup sur la reproduction des cartes. Les procédés nouveaux connus sous le nom d'héliogravure, photozincographie, photolithographie, zincographie, chromolithographie, ont pris droit de cité dans les établissements cartographiques. La zincographie est employée en France pour les cartes de France et d'Al-
gérie au
et au ;
L'Autriche fait usage de
l'héliogravure à l'exclusion de tout autre procédé, pour la carte d'Autriche-Hongrie ; l'Italie en fait un emploi considérable; la Russie et la Prusse Pont également adoptée pour leurs nouveaux travaux. La photozincographie est employée en Angleterre pour les cartes des comtés et les cartes cadastrales, en Italie pour les reproductions à grande échelle. La gravure sur cuivre est encore en usage pour les cartes topographiques d'Angleterre, de Prusse et de Suède et pour les portions basses de la Suisse dont la carte est au âi^- La gravure sur pierre est adoptée en Suisse pour le ^~ô) ^^ Belgique et en Hollande pour ^^ i:^ 6t le g~^, en Espagne pour la nouvelle carte
Les cartes topographiques sont tirées en noir en France, en Italie, en Allemagne, en Angleterre, en Suède, en Belgique (^àïïô et géôè)^ en Russie (à l'exception de la carte générale au 4-^^), en Autriche-Hongrie (à l'exception do la carte générale au ^jj^^ et au ^g^. Des cartes topographiques en couleur sont tirées en France
pour le
le
j^^ du dépôt des fortitications, le
du service géographique, le
du ministère
de l'intérieur, le 2ïïïïôïïô des travaux publics (France et Algérie), et les environs de Paris au — ^, en Belgique pour le 20^» en Hollande (et colonies) pour le ^r^, en Espagne et en Suisse pour le ^r-j-^ et le ^^o- La France peut revendiquer fhonneur d'avoir ouvert
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la voie des grandes entreprises cartographiques. En 1744, Cassini de Thury, Camus et Montigny entreprirent une triangulation générale de la France qui servit à l'établissement d une carte au ^—^-^ gravée sur cuivre, en cent quatre-vingt-quatre feuilles. Les fonds nécessaires à cette grande entreprise, patronnée par l'Académie des sciences, furent fournis par souscriptions volontaires. La carte de Cassini a été peu à peu remplacée par la carte d'état-major. Les documents qui ont servi à l'établir sont conservés dans les archives du service géographique de l'armée. On peut dire que la publication de la carte d'état-raajor a été le signal des grandes opérations
cartographiques qui, depuis, ont été poursuivies à l'étranger. La géodésie de l«r et 2« ordre sur laquelle elle repose est l'œuvre du corps des ingénieurs géographes dissous en 1831, après l'achèvement de leur tâche. La géodésie de 3« ordre et la topographie ont été exécutées par des officiers détachés au dépôt de la guerre. Le directeur des opérations géodésiques fut l'illustre Puissant, savant de premier ordre; chaque feuille donne dans un cartouche ou en marge les noms des officiers et des graveurs qui ont concouru à son établissement. Le dépôt de la guerre, créé en 1799, par le premier consul, dans le but de pourvoir aux besoins de la
cartographie militaire, avait vu peu à peu son importance décroître et ses publications se ralentir au fur et à
mesure de l'achèvement des feuilles du ,
Réorganisé
en 1882, sous le nom de service géographique de l'armée, grâce aux efforts persévérants du général Perrier, membre de l'institut, son activité a pris un nouvel essor. Le g^j^Q de la France et de l'Algérie ont été commencés ; d'autres publications de moindre importance sont également en cours d'exécution ; on en trouvera le détail dans le Catalogue des cartes et plans formant le fonds du service géographique de Varmée, Non seulement, on poursuit de nouveaux travaux, mais on y tient au courant des modifications nouvelles du territoire (routes, chemins de fer, canaux, constructions importantes...), les cuivres du ^^ç^, au moyen de revisions successives des feuilles. Des officiers procèdent sur le terrain â un nouveau levé à vue des parties signalées comme incomplètes ou défectueuses, et les corrections nécessaires sont opérées sur les planches. Le prix des feuilles de France, édition zincographique, a été abaissé à 50 cent. Tout récemment, on a entrepris une nouvelle édition, par quarts de feuille, dite du type 1889, destinée à remplacer l'édition
zincographique. Elle est obtenue d'après des reproductions galvaniques des planches-mères et sera tirée en taille douce ; le prix de vente est de 50 cent, par exemplaire.
L'Angleterre est entrée dans la voie des grands travaux cartographiques en 1747, après les troubles qui. marquèrent en Ecosse la tentative de soulèvement du prétendant Stuart et qui prirent fin par la bataille de Culloden (1745). Le major Roy fut alors envoyé en Ecosse, avec de nombreux officiers, pour y effectuer le lever topographique de la région montagneuse de ce pays. L'opération du major Roy, bientôt après interrompue par la guerre de Sept Ans, ne fut pas continuée. En 1763, le gouvernement décida qu'un lever général de la Grande- Bretagne serait entrepris, La guerre d'Amérique ne permit pas la réalisation de ce projet et ce n'est qu'en 1786 que les mesures furent commencées. Elles furent confiées au comité de l'artillerie (Board of Ordnance) et poursuivies sous son contrôle jusqu'à leur achèvement en 1853 ; c'est pour cette raison que les levés topographiques anglais portent le nom de levés de l'artillerie, Ordnance Survey. L'opération subit bien des vicissitudes, par suite
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des diflQcuîtés que FOrdnance Survey eut à vaincre pour faire prévaloir le choix d'une échelle. Le souvenir de ces luttes s'est perpétué en Angleterre, sous le nom de bataille des échelles (battle of seules). Le levé régulier de l'Angleterre, commencé en 1815, à l'échelle de -~^ (un pouce par mile), fut interrompu en 1824, pour le levé de l'Irlande au ~o county maps (6 pouces par mile). Cette carte devant servir de base au cadastre, on avait été forcé d'augmenter l'échelle pour permettre l'évaluation à peu près exacte des parcelles. Ce grand travail, conduit par le général Colby, était terminé en 1840. Sous la pression des sociétés savantes, le gouvernement se décide à adopter pour l'Angleterre, cette même échelle du 77^^7:7;, celle
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de g^l^ n étant reconnue suffisante que pour les besoms stratégiques. Les opérations recommencent alors, mais lentement, faute de crédits suffisants. En 1851, nouvelle lutte au sujet des échelles ; le -^parish ma/?5 est réclamé comme seul conforme aux besoins généraux du pays ; un décret de 1855 consacre ce vœu. En 1857, le Parlement refuse les fonds nécessaires à la continuation des travaux. En 1858, on décide d'achever le levé général de la Grande- Bretagne au g~^, et pour les parties en cours d'exécution, on prend la résolution de donner le —, et le —^ pour les districts cultivés, sauf pour les régions des highlands où le g~ est reconnu suffisant. Enfin, après bien des études et des consultations, le décret de 1858 est confirmé et l'agitation prend fin en 1861. — En 1870, le -^—-Q est achevé, et l'Ordnance survey est rattachée au mmistère des travaux publics. L'œuvre colossale a été poursuivie à l'aide d'un personnel mi-partie civil et mi-partie militaire, elle sera achevée avant la fin de ce siècle. On estime qu'elle aura coûté environ 125 millions depuis son origine jusqu'en 1890.
A côté des travaux cartographiques exécutés par les Anglais en Europe, il convient de placer ceux qu'ils ont accomplis aux Indes. Au début de l'entreprise, la direction des travaux géodésiques était indépendante de celle des travaux topographiques jusqu'en 1878, époque à laquelle elles ont été réunies. La géodésie de l'Inde a été commencée en 1800 et continuée jusqu'en 1823, par le colonel Lambton dans la région sud de la péninsule. C'est à cette époque que la mesure de l'arc méridien indien a été entreprise. Le colonel Everest garda ensuite la direction des travaux jusqu'en 1843 ; il est l'auteur du plan de la triangulation générale telle qu'elle a été exécutée. Everest mit à profit ses opérations pour mesurer la deuxième portion de l'arc indien. La réalisation du plan général de la triangulation s'active sous la direction de sir Andrews Waugh (1843-1861) et s'achève sous les ordres du général Walker (1862-1877). Les levés topographiques se poursuivent depuis 1800, parallèlement au développement des opérations géodésiques. A partir de 1854, on peut en suivre le progrès dans le rapport annuel du Survey of India. La carte générale de l'Inde est publiée à l'échelle de 1 pouce pour 4 miles (environ ^~ôo) ^" ^'^^ feuilles de 3 pieds de large sur 2 pieds de hauteur.
Des levés dressés à une plus grande échelle sont publiés pour les villes. Enfin, des levés à très grande échelle sont exécutés dans certaines régions, dans un but fiscal. On ne saurait mieux donner une idée exacte de l'état d'avancement des travaux qu'en reproduisant la carte p. 581 extraite du dernier rapport annuel pour 1886-1887. Les rectangles couverts de hachures serrées figurent les feuilles publiées ; les rectangles couverts de hachures espacées représentent les feuilles anciennement parues dont la réimpression aura lieu sur de nouvelles planches exécutées d'après des levés plus complets et plus précis ; enfin, les rectangles laissés en blanc marquent les régions qui ne sont pas encore levées.
La superficie des Etats-Unis est d'environ 3,025,000 milles carrés. Il n'existe encore aucun levé topographique général reposant sur une triangulation méthodique du territoire. Toutes les cartes publiées ont été entreprises pour
répondre à dôs besoins spéciaux. La véritable topographie, aux Etats-Unis, date de l'acquisition des territoires à rO. du Mississippi ; elle débute par la reconnaissance des ingénieurs de l'armée, de la région comprise entre la vallée du Mississippi et l'océan Pacifique. La reconnaissance des Montagnes Rocheuses vient ensuite. Les levés à l'O, du Mississippi (ouest du 100® méridien) ont été poursuivis depuis 1819. Le développement de la cartographie aux Etats-Unis a beaucoup souffert de la décentralisation excessive de ce pays et de l'influence des géologues sur, la direction des travaux. Actuellement, tous les travaux de topographie et de géologie précédemment exécutés parles officiers du Corps^of Engineers U, S. army sont confiés au corps civil du Geological Survey Office ressortissant du ministère de l'intérieur.
Avant la fondation de l'empire d'Allemagne, en 1870, les divers Etats de la confédération avaient exécuté tout ou partie des levés topographiques de leurs territoires, et beaucoup de cartes avaient été publiées à l'échelle du ôû^' Sous l'impulsion du Landesaufnahme dépendant de l'état-major général, les levés topographiques ont été peu à peu centralisés par cet établissement. Il n'y a plus aujourd'hui, en Allemagne, que quatre instituts topographiques, celui de Berlin, ceux de Munich et de Dresde qui sont exclusivement militaires, celui de Stuttgart qui est mixte. Le plan des levés de l'Allemagne a été unifié. Les minutes sont dessinées au ^^0 ^^ chaque établissement fournit au bureau de Berlin sa part contributive des travaux nécessaires à l'établissement de la carte générale au ^0^0» Le nombre total de feuilles au -—^^ est pour la Prusse de 3,698, la Bavière 990, la Saxe 156, le WUrttemberg 192, soit en tout 5,206 feuilles. D'autre part, l'Institut géodésique relie les différentes parties de la triangulation, eS'ectue le travail de la compensation des erreurs, rattache son réseau de triangles aux réseaux des Etats voisins, et poursuit également la carte générale de l'empire au ^^^o '-> elle comprendra 674 feuilles et sera complétée par une série de cartes de détails à l'échelle du ~^. Les cartes d'Allemagne de Reymann au 2^00 (^^^ feuilles) et celle de Liebenow au 30^^ sont des œuvres très réputées. La première, d'abord gravée sur cuivre, est maintenant reproduite en héliogravure.
Le Landesaufnahme est placé sous les ordres d'un général; il occupe 47 officiers et 208 employés techniques (dessinateurs, graveurs, etc.). Les officiers ne peuvent être retenus plus de trois ans, afin de ne point devenir étrangers aux devoirs de leur profession . L'établissement est divisé en trois sections, géodésie, topographie et cartographie ; son budget est d'environ 1,200,000 marks. Les diverses nations de l'Europe entretiennent des services similaires. En Espagne Vlnstituto geogrdfico y estadistico dirigé actuellement par le général Ibanez, le rénovateur de la géodésie espagnole, est rattaché au ministère des travaux publics. En Italie, en Autriche-Hongrie, les instituts topographiques sont des établissements militaires, de même en Russie, en Belgique et en Suisse, oii ils sont dépendants de l'état-major général. Il serait impossible de donner une nomenclature des travaux poursuivis dans ces divers instituts, sans donner à cet article une longueur excessive. Dans un livre imprimé à Washington (1885), dû à M. le colonel Wheeler du corps des ingénieurs militaires des Etats-Unis, on trouvera une liste très complète et très détaillée de toutes les publications cartographiques entreprises par les divers Etats d'Europe et d'Amérique, ainsi que par les colonies européennes. Ce tableau occupe un développement de vingt-six pages in-quarto petit texte. On ne peut que renvoyer à cet excellent résumé, car il serait impossible de le reproduire sans le tronquer, ce qui lui enlèverait tout intérêt. A côté du nom du pays, on a inscrit la surface totale du territoire, les dates de la publication (commencement et fin), l'échelle, le nombre total de feuilles, le nombre de feuilles publiées, le nom de l'établissement.
CARTE
Enfin, une dernière colonne renferme des indications spéciales relatives au mode de reproduction, au figuré du terrain, aux revisions, etc. Ces indications constituent, en regard du nom de chaque carte, une véritable monographie.
Dans beaucoup de pays, aux Etats-Unis, par exemple, la carte géologique est confiée aux mêmes établissements et publiée parallèlement. En France, cette tâche a été dévolue à une commission rattachée à l'Ecole des mines, par décret du i^^ oct. 1868, rendu sur la proposition du ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics. On peut dire des cartes géologiques qu'elles sont une superposition d'indications sur les cartes topographiques ; elles n'exigent sur le terrain que des levés d'un ordre particulier, facilement transportables sur les cartes topographiques, car ils ne comportent pas une rigueur de délimitation très grande. Le détail des opérations géologiques à exécuter sur le terrain trouvera sa place naturelle dans les articles spéciaux à la géologie ; il y sera traité également avec fruit de l'utilité des cartes géologiques et de rinfluence qu'elles peuvent exercer sur le développement général des connaissances géologiques.
On construit souvent, pour les besoins de la statistique, des cartes démographiques, sanitaires, etc., obtenues en couvrant de teintes conventionnelles correspondant à des indications données, les différentes parties d'un territoire ; mais ces cartes ne sont en réalité que des tableaux graphiques souvent très clairs et très utiles, sur lesquels il n'y a pas lieu d'insister.
Il n'a été question jusqu'ici que des cartes publiées par les établissements officiels, parce que ce sont les seules qui soient des documents originaux ayant une valeur scientifique, constitués à l'aide de travaux exécutés sur le terrain. Il existe un nombre considérable d'excellents atlas publiés sous les auspices de professeurs distingués, mais ces recueils ne sont que des collections de réductions des grandes publications officielles, à des échelles excessivement faibles. Ces réductions sont exécutées sur des cartes à échelles très réduites publiées par les mêmes établissements. On a dû faire disparaître une foule de détails. Ces cartes sont essentiellement didactiques ; elles peuvent seules donner l'idée de la forme générale d'un continent, de ses grands accidents naturels, de sa division politique, mais ne sauraient répondre aux besoins militaires, ni aux exigences du génie civil. Les sociétés de géographie publient souvent des itinéraires, des reconnaissances de régions peu connues. Ce sont des matériaux qui s'accumulent et seront plus tard utilisés pour une description cartographique plus complète de ces régions. On peut citer comme un modèle des travaux de cette nature, la grande carte générale de l'Afrique au stjôIïïôô publiée au service géographique de l'armée par le commandant du génie de Lannoy de Bissy. Cette œuvre considérable ne comporte pas moins de 63 feuilles de 0*^40 sur 0"^dO. Des cartons donnent les îles de l'Ascension, de Sainte-Hélène, de la Réunion, des plans détaillés de villes, de ports. Une notice accompagne chaque feuille. On a adopté pour cette carte une projection orthographique sur un plan normal au méridien du 10^ degré de long. Est. 11 en résulte que les parallèles sont représentés par des lignes droites parallèles et les méridiens par des arcs d'ellipses. On remarquera que les parties les plus importantes, celles oîi la civilisation s'est le plus développée, sont fort peu déformées à cause de leur proximité du méridien central ; l'Algérie, la Tunisie, la colonie du Cap. Les feuilles assemblées couvrent un espace rectangulaire de 4"^20 de hauteur sur 4 m. de largeur.
Le service hydrographique de la Grande-Bretagne est placé sous la haute direction du premier lord de l'amirauté ; il est dirigé de fait par 1' « hydrographe de la marine ». Ce fonctionnaire est assisté de dix officiers de la marine et deux adjoints civils ; il dispose en outre de dix dessinateurs. La gravure des cartes est exécutée au dehors de l'établissement, par une maison avec laquelle
un traité a été passé. Les attributions de ce service embrassent les côtes d'Angleterre, de ses colonies, et même les côtes étrangères. L'extrait suivant des mémoires du département hydrographique donnera une idée de l'organisation et des travaux de cet établissement : « Les fonctions du département hydrographique sont si nombreuses qu'il n'est pas facile de les énuraérer sans entrer dans beaucoup de détails. Les plus importantes sont l'exécution exacte de levés des côtes de toutes les parties du monde qui sont visitées par les vaisseaux anglais, vaisseaux de guerre ou de commerce, de préparer et de publier ces levés sous forme de cartes ; d'écrire et de publier des instructions nautiques pour accompagner ces cartes ; de calculer et de publier chaque année des tables de marées et des listes de phares pour le monde entier ; de recevoir et conserver les notes des officiers naviguant sur les vaisseaux de Sa Majesté, aussi bien que les renseignements nautiques d'autre source, nationale ou étrangère ; de compiler tous ces documents et de les publier sous forme de notices hydrographiques ou d'avertissesements de dangers. » Deux officiers sont employés à cette tâche, un autre est occupé à la préparation de cartes physiques des différents océans, sur lesquelles sont indiqués graphiquement les vents dominants, les courants, la température des eaux et les autres phénomènes météorologiques pouvant aider à la traversée des mers pendant les différentes saisons. Un des assistants civils est employé exclusivement au service du pilotage.
Le superintendant du service des compas (boussoles) et son adjoint remplissent les fonctions de leur charge, en partie à l'office hydrographique, en partie à l'observatoire spécial de Woolvvich. Le directeur des cartes est un capitaine de la marine et ses attributions, très importantes, comportent un haut caractère de responsabilité. H doit être à la fois aussi bon hydrographe que bon dessinateur. Les fonctions du chef dessinateur sont également importantes ; il doit posséder la connaissance des diverses projections, des problèmes à résoudre dans la construction des caries et être en même temps un parfait dessinateur. Toutes les cartes sont rapportées au méridien de Greenwich et sont dressées à l'aide de la projection de Mercator. Une liste de cartes et autres publications du département hydrographique est publiée d'année en année et donne une idée de la grandeur et de l'importance de ce service, qui est probablement le plus développé des établissements similaires du monde entier. Les cartes de l'amirauté sont au nombre de près de 3,000 et peuvent se diviser en quatre classes : océans, levés des côtes, plans des ports, cartes physiques. Les sondages sont réduits à la basse eau moyenne du printemps et sont exprimés en fathoms (6 pieds). Les travaux courants sont la revision des levés des côtes nationales, le développement des levés des côtes du Labrador, de la baie d'Hudson, de la côte orientale d'Afrique, des canaux du détroit de Magellan et des îles du Pacifique. Le levé des côtes et des eaux d'Australie a été étendu à la Nouvelle-Guinée.
L'Inde anglaise, de même qu elle se charge du levé topographique de son territoire, sans le concours de la métropole, poursuit l'hydrographie de ses côtes, mais sous le contrôle de l'amirauté.
Le dépôt général de la marine, actuellement service hydrographique, remplit en France les mômes attributions que le département hydrographique d'Angleterre et rivalise avec lui par l'excellence de ses travaux et le nombre de ses cartes. Les services de cet établissement sont assurés par le corps des ingénieurs hydrographes qui fournit également le directeur ayant rang de vice-amiral. Des officiers de la marine de l'Etat sont en outre détachés au dépôt de la marine, qui compte, de plus, un certain nombre de dessinateurs, quelques photographes et graveurs, la plupart des travaux de gravure se faisant au dehors. Presque toutes les feuilles sont gravées sur cuivre.
Aux Etats-Unis d'Amérique, le levé des côtes nationales
CARTE
est exécuté par le Coast and geodetic survey, tandis que les opérations relatives aux côtes étrangères sont l'œuvre du Bureau hydrographique. Le levé des côtes de l'Atlantique est à peu près terminé ; il ne nécessite plus que des revisions de détails. Le levé de la côte du Pacifique depuis la frontière du Mexique est achevé pour les 4/5 du travail. La publication en est aussi très avancée. Les résultats des travaux du Coast and geodetic survey sont exposés dans des rapports annuels, gros volumes in-quaito, qui contiennent également des mémoires dus à des membres du département. Les cartes sont classées en deux catégories, finies et provisoires. Les premières sont gravées sur cuivre et renferment tous les détails ; les secondes, publiées aussitôt que possible après les opérations du levé, pour satisfaire aux besoins urgents de la navigation, sont photolithographiées. Les différentes espèces de cartes sont : 4^ cartes de navigation au :,^t>^o^oQ montrant les approches de la côte, à une grande étendue du rivage, et donnant les sondages du large ; 2^ cartes générales des côtes à l'échelle du ■^-^, et ,-^^„ en vue de la navigation côtière, donnant la configuration du rivage, les positions des îles, des récifs, des bas-fonds, des phares, des bouées de sauvetage ; 3<* cartes des côtes à l'échelle du ~^ ; 4^ cartes des ports à grande échelle, pour les besoins de la navigation locale.
Le nombre total de cartes de tous genres était ainsi composé au i^^ janv. 4886 :