CARTHAGÈNE — CARTHAGINOIS
Castillo de las Galeras à PO, ; un autre, près du fond de la rade, s'élève entre le centre même de la cité et la mer, le Castillo antiguo ou de Antigones ; enfin, une très forte enceinte entoure la ville. Parmi les établissements maritimes, citons des cales de radoub, des cbantiers de construction, une grande corderie, une école de marine, un arsenal et un parc d'artillerie. Les travaux de ces divers établissements donnent par intervalles une grande animation à la ville. Celle-ci est bien disposée, en face même de la mer, a des rues larges et bien alignées, des maisons d'une architecture simple et élégante. Parmi les édifices, on remarque le Presidio ou prison, la Casa consistorial ou hôtel de ville avec un portique et une galerie de style arabe, où Ton conserve quelques ruines romaines et carthaginoises, et l'hôpital de la Caridad, Hors des murs, il y a deux grands faubourgs, celui de la Concepcion et celui de ^ Santa Lucia, 0(1 il y a diverses industries, notamment celle de la fonte et du coupellage des minerais de plomb, qui abondent dans les environs. Dans la ville, on trouve les diverses industries relatives à la navigation et des fabriques de soie. Le port reçoit de nombreux navires de guerre et de commerce ; il est aussi une escale des bateaux de plusieurs compagnies (Péninsulaire havraise, Morelli, Péninsulaire et Algérienne du Havre, Segovia de Séville, Sloman de New-York, etc.) ; enfin, il est en relations continuelles et très actives avec Oran. L'exportation consiste principalement en minerais, sparte et vins.
IL Histoire. — Antiquité, La nouvelle Carthage (Carthago nova) fut fondée ou du moins agrandie par Asdrubal, gendre d'Amilcar, en 243 av. J.-G. et devint par la bonté de son port, sa proximité de l'Afrique et la richesse du voisinage en mines d'argent, le plus important des établissements carthaginois en Espagne. Prise par Scipion l'Africain en 209, elle devint le centre de l'action romaine en ce pays et fut la capitale de l'Espagne Citérieure. A partir d'Auguste, son importance fut très amoindrie ; elle ne fut plus que le chef-lieu d'un district de la Tarraconaise, Tarragone étant devenue la capitale de toute la province. Cette dernière ville occupait une position plus centrale. Mais Carthagène probablement dut surtout son déclin à ce que les mines d'argent, qui faisaient autrefois sa richesse, s'étaient bientôt épuisées et ne donnaient plus qu'un peu de plomb. Ce déclin se manifeste assez nettement par ce fait, que les inscriptions assez nombreuses (une centaine) trouvées à Carthagène appartiennent, plusieurs au temps de la république romaine, la plupart à l'époque d'Auguste, quelques-unes au second siècle et deux ou trois seulement aux siècles postérieurs, alors que c'est l'inverse qu'on remarque ordinairement dans les villes d'Espagne. En dehors de ces inscriptions, la ville moderne de Carthagène renferme peu de vestiges antiques. Cette ville ne joua aucun rôle sous les Maures. Philippe H s'attacha à développer son commerce et depuis elle a eu ses jours de grandeur et de pauvreté, suivant l'état du budget national ; elle ne peut que voir son importance s'augmenter à mesure que l'Espagne s'éveillera à la vie économique. E. Cat.
Siège de Carthagène (1873-1874). La ville de Carthagène fut le théâtre d'une lutte acharnée entre les révolutionnaires connus sous le nom àUntransigeants cantonnalistes, et les troupes régulières de la République espagnole. Après la proclamation du gouvernement républicain (13 fév. 1873), à la suite de l'abdication d'Amédée P^, fils de Victor-Emmanuel, roi d'Italie, une coalition démocratique avait porté au pouvoir MM, Castelar, Figueras et Pi y Margall. Le nouveau gouvernement eut à lutter contre de grandes difficultés intérieures, l'insurrection carliste faisant chaque jour des progrès considérables, et le prétendant, don Carlos, venant lui-même prendre le commandement de ses troupes. Les nouvelles élections étaient, en grande majorité, républicaines, mais des dissentiments éclataient dans le cabinet, et le 6 juin,
M. Figueras remettait la charge du pouvoir à M, Pi y Mfirgall. Mais de nouvelles dissensions s'élevèrent, cette fois, entre les fédéralistes et les unitaires ; ces derniers, représentés par M. Castelar et ses amis, ayant triomphé, les premiers (intransigeants cantonnalistes ) se soulevèrent.
Le soulèvement éclata sur plusieurs points, mais le véritable centre de l'insurrection fut la ville de Carthagène, oîi une junte révolutionnaire fut constituée sous la présidence du général Contreras. Les trois quarts de la garnison suivirent le mouvement, mais presque tous les officiers quittèrent la ville. Dans le port se trouvaient trois bâtiments cuirassés : la Numancia, le Tetuan et le Vemdez-Nunez; ils furent saisis par les insuigés, qui occupèrent aussi les treize forts voisins de la ville. Le mouvement éclata le 17 juil. 1873. Deux mois plus tard (15 sept. 1873), les troupes du gouvernement régulier bloquaient Carthagène et le bombardement commençait. Mais la mer restait libre ; la flotte insurgée ravitailla la ville, pénétra audacieusement dans le port de Valence et s'empara de quatre navires à vapeur. A Carthagène, la division s'était mise parmi les défenseurs de la ville. Il y eut des troubles ; les discussions entre les principaux chefs ne tardèrent pas à dégénérer en querelles violentes et, au mois de nov. 1873, Contreras fut remplacé par Galvez. A cette même époque (8 nov.), la flotte espagnole ferma presque complètement le port et le bombardement redoubla de violence. Le nouveau chef des insurgés, Galvez, ne recula pas devant une mesure d'une gravité exceptionnelle. Il fit mettre en liberté tous les forçats du bagne de Carthagène. Le 15 déc, les assiégeants se rapprochaient sensiblement et ouvraient le feu sur les remparts de la ville ; leurs projectiles allumaient de nombreux incendies. C'était surtout vers la porte de Madrid que se concentraient tous les efforts de l'armée régulière. Le 8 janv. le feu du fort San Julian était éteint par les batteries assiégeantes et, le 13 du môme mois, les assiégés se décidaient à capituler. La capitulation portait que la vie, les biens, les intérêts des défenseurs de Carthagène seraient respectés ; que les forçats mis en liberté seraient réintégrés au bagne sans augmentation de peine ; que les membres du comité directeur seraient seuls exceptés de la capitulation.
Mais ceux-ci, pendant qu'on négociait, s'étaient installés à bord de la frégate cuirassée la Numancia, au nombre d'environ 2,500, y compris les enfants et les femmes. Ils passèrent audacieusement au milieu de la flotte espagnole, essuyèrent un feu terrible, ripostèrent avec la dernière énergie, déjouèrent toutes les poursuites et vinrent aborder à Oran (Algérie). Ils y furent internés ; on rendit à l'Espagne les repris de justice ; quant aux autres, ils furent peu à peu rais en liberté. A. Crié.
CARTHAGÈNE. Autrefois Carlagena de las îndias. Ville importante de la Colombie, capitale de l'Etat de Bolivar. Fondée en 1533 par Heredia» pillée par les pirates en 1544 et 1586, se défendit vaillamment contre les Anglais en 1741 et fit perdre à l'amiral Vernon six navires et sept mille hommes. L'Espagne dépensa plus de 300 millions pour ses fortifications. Ses édifices massifs attestent encore sa grandeur passée. De 30,000 sa population est réduite à 8,500 hab. Le port de Carthagène communique avec la mer par trois passes et forme un lac intérieur de 40 kil. de superficie. En 1873, le mouvement du port a été de 82 vapeurs et 97 navires à voile, à l'entrée et à la sortie. Depuis, il n'a fait que décroître. Le mouillage y est bon, mais le climat peu salubre, Carthagène a été, à plusieurs reprises, décimée par des épidémies de fièvre jaune. C. de Varigny.
CARTHAGENE (Malac.) ou là Bossue de Carthagène. Nom vulgaire donné par les amateurs aux espèces du genre Cyprœa (V. ce mot) dont la face supérieure très élevée forme une sorte de gibbosité.
CARTHAGINOIS (V. Carthage).
CARTHAMJ!: — CARTHAMINIil
..M^aii^
CARTHAME (Carthamiis Tourn.). I. Botanique. — Genre de plantes de la famille des Composées et du groupe des Carduacées. L'espèce i^^e, Carthmnus tinctorius h., ou Carthame des teinturiers, Safran bâtard, Safranum, est une herbe annuelle dont la tige glabre, dressée, haute d'au moins 50 centim., porte des feuilles alternes, sessiles, ovales oblongues, avec quelques dentelures piquantes sur les bords. Ses capitules homogames, qui servent à colorer en jaune ou en rouge, ont leur involucre formé de trois sortes de folioles: les extérieures foliacées et étalées ; les médianes dressées, prolongées à leur sommet en un appendice ovale, épineux sur les bords ; les intérieures oblongues entières et épineuses au sommet. Les achaines sont dépourvus d'aigrette.
Le Carthame des teinturiers est connu depuis la plus haute antiquité. Il servait, dit-on, chez les anciens Egyptiens, à teindre les bandes dont ils entouraieiit leurs momies, et en 1882, Schweinfurth a fait connaître qu'il avait trouvé des fragments de la plante dans des tombeaux découverts à Deir-el- Bahari. (V. A. De Candolle, De V origine des Plantes cultivées, 1883, p. 130.) Probablement originaire de TArabie, cette Composée a été répandue par la culture dans le midi de la France, en Hongrie, en Espagne, en Egypte, dans l'Amérique du Sud et aux Indes orientales.
Ses feuilles fraîches ont, diton, la propriété de coaguler le lait; aussi l'emploie-t-on, en Egypte, pour la fabrication des fromages. Ses achaines, connus vulgairement sous le nom de Graines de Perroquet, sont huileux et fortement purgatifs. — Le Carthamus lanatus L. est le Kentrophyllum lanatum DC, et le C. corymbosus L., le Cardopatium orientale Spach (V. Kentrophyllum et Cham^léon). Ed. Lef.
IL Agriculture. — Le carthame est cultivé surtout dans le Levant, en Egypte, en Italie, en Espagne et dans le midi de la France, surtout aux environs de^Lyon. Il demande un climat chaud pour développer ses fleurs avant les premiers froids de l'automne ; sous le climat de Paris, la floraison est incomplète. Les sols calcaire-argilo-ferrugineux lui conviennent tout particulièrement ; la présence du fer surtout est indispensable pour obtenir des fleurs bien colorées. La profondeur du labour a également son importance, car les racines de la plante sont très pivotantes. Le sol ne doit pas être trop abondamment fumé, autrement la végétation serait trop vigoureuse et les fleurs peu abondantes. La graine de carthame étant dure, avant de la semer on la trempe pendant 24 heures dans un mélange de cendres et de purin. On sème en lignes, les graines sont enterrées par un léger coup de herse. Lorsque la plante a quatre ou cinq feuilles, on donne un premier sarclage, puis un deuxième lorsque la plante a 10 ou 15 centim. de hauteur, puis on butte légèrement. Le rendement moyen s'élève à 250 kilogr. de fleurs sèches par hectare, et 1,500 kilogr. de graines. La valeur des fleurs oscille entre 1 fr. 40 et 1 fr. 80 le kilogr. ; celle des graines entre 24 et 28 fr. les 100 kilogr. Alb. L.
III. Industrie et commerce. — On désigne sous le nom de Carthame, de Saflor, de Faux Safran, de Safran d'Allemagne, de Safran bâtard, les capitules du Carthamus tinciorius, qui sont utilisés en teinture pour la matière colorante rouge qu'ils enferment. La récolte du carthame a lieu vers le milieu du mois
Carthame (Carthamus tinctorius L.).
de juillet ou dans les premiers jours de septembre, suivant les climats, lorsque les capitules commencent à s'épanouir. On se sert, pour cette opération, d'un couteau à lame mousse, à l'aide duquel on arrache les capitules en les pressant entre le pouce et la lame du couteau. Les capitules ainsi recueillis sont étendus sur des nattes placées à l'ombre, où on les laisse sécher, après quoi on les met dans des sacs, que l'on conserve dans un endroit sec. Dans quelques contrées, on pétrit les capitules avec de l'eau, puis on les moule en petits gâteaux, que l'on fait sécher, ou bien, comme cela a lieu en Egypte, on les presse fortement entre deux pierres pour en séparer le suc, ensuite on les lave avec de l'eau salée, on les presse entre les mains et on les fait sécher lentement en les garantissant du soleil pendant le jour et en les exposant à la rosée pendant la nuit. Le carthame traité par cette dernière méthode est débarrassé d'une matière colorante jaune sans valeur, et son poids est considérablement diminué. On fait ordinairement deux récoltes ; la première fournit un produit plus riche en matière colorante rouge.
Suivant la provenance, on distingue dans le commerce les sortes suivantes : 1** le Carthame d'Egypte ou d'Alexandrie, nommé aussi Carthame du Levant ou de Turquie, il est cultivé près du Caire et dans la Haute- Egypte et se présente sous forme de masses légèrement humides, fortement comprimées, de couleur rouge brun, foncée et uniforme et d'odeur spéciale. Il arrive, par voie d'Alexandrie, à Livourne, Marseille, Trieste et Venise. L'emballage est en toile bleue entourée d'une cage de roseaux. Le tout est enveloppé à'ixm grosse toile et serré avec une corde d'écorce d'arbre. Les ballots pèsent de 32 à 35 kilogr. ; 2^ le Carthame de Perse, de couleur rouge foncé ; il est regardé comme la meilleure sorte ; 3** le Carthame de Vlnde ou du Bengale. Il présente la forme de petits tourteaux, ou galettes aplaties ou circulaires, d'un rouge rosé à l'intérieur ; il est emballé dans une toile fine avec une enveloppe de roseaux. Les balles pèsent de 75 à 150 kilog. Il est un peu inférieur aux précédents; ¥ le Carthame d'Amérique^ provenant du Venezuela, du Mexique et de la Colombie, est à peu près de même qualité que celui d'Egypte ; 5^ le Carthame d'Espagne est généralement très bon, mais il n'est pas toujours bien purifié ; on ne le rencontre pas dans le commerce européen, parce qu'il est presque entièrement consommé dans le pays; les fleurs sont très odorantes, peu serrées, d'un rouge foncé ; 6^ le Carthame d'Italie, se trouve rarement dans le commerce, il est un peu moins bon que celui de l'Inde ; 7<* le Carthame de Hongrie, dont la meilleure sorte provient de Debreczin, est très estimé, surtout lorsqu'il a été lavé ; 8^ le Carthame de Russie est peu exporté ; 9° le Carthame d'Allemagne (Thuringe, Paîatinat), est une sorte un peu plus pauvre en matière colorante, pas toujours bien purifiée, un peu sèche au toucher. On reconnaît la bonne qualité du carthame aux caractères suivants : il doit être exempt de folioles calicinales, de paille, de fleurs noires et de sable, il doit être doux et un peu humide au toucher, finement fibreux ; son odeur doit être forte et la couleur rouge feu foncé. Lorsque sa couleur est terne, cela indique que la fleur a été mal desséchée et récoltée trop tard. Pour son emploi en teinture, V. Carth aminé et Rouge. L. Knar.
CARTHAMINE (Chimie).
For m.
s Equiv... C^W^O^^.
l Atom... Ci4Hi607.
Le carthame des teinturiers ou Safranum, Carthamus tinctorius, fournit au commerce des fleurons, d'un beau rouge orangé, contenant deux matières colorantes, l'une jaune, qu'on élimine par des lavages à l'eau acidulée avant leur emploi en teinture, l'autre rouge qui constitue la Carthamine ou acide carthamique. Pour isoler cette dernière substance, on fait macérer le carthame
CARTHAMINE ■« CARTIER
bien lavé avec une solution de carbonate sodique à 15 ^lo{ en acidulant le liquide jaune ainsi obtenu, on décompose le carthamate de sodium et on précipite l'acide libre ; mais il est accompagné d'autres produits^ notamment d'acide peclique qu'on sépare difficilement au moyen des dissolvants. On arrive facilement à effectuer cette opération en plongeant dans le liquide alcalin des écheveaux de coton, avant d'ajouter l'acide : au moment de la mise en liberté, l'acide carthamique se fixe sur la fibre végétale en lui communiquant une teinte rosée ; on lave le coton à l'eau acidulée et on l'immerge dans une solution faible de carbonate de soude ; celle-ci est-elle ensuite additionnée d'acide tartrique ou d'acide sulfurique étendu, il se fait un précipité floconneux, d'un beau rose foncé ; on le recueille sur un filtre, on le lave et on achève la purification en le dissolvant dans l'alcool fort ; celui-ci est concentré et le résidu est versé dans une grande quantité d'eau. 11 est important, dans ces manipulations, de ne pas se servir de lessives alcalines trop concentrées et de les traiter immédiatement, car la matière colorante est très sensible à l'action des alcalis. L'acide carthamique est souvent délivré pour les besoins du commerce sous forme de pâte, plus ou moins pure ; cette pâte, bien broyée avec de l'eau et du talc fin, puis séchée sur des plaques de porcelaine, constitue le rouge végétal, utilisé comme fard.
La carthamine est insoluble dans l'éther, fort peu soluble dans l'eau ; elle colore l'alcool en rouge cerise, et le soluté teint directement la soie; elle se dissout en rouge dans l'acide sulfurique et une addition d'eau ne la laisse plus précipiter : les acides nitrique et sulfureux la dissolvent avec une couleur jaune. C'est un principe peu stable, altérable par la chaleur et la plupart des réactifs, possédant une réaction franchement acide. Les carthamates alcalins, qui sont jaunes ou d'un jaune orangé, sont décomposés par les acides, avec séparation de la matière colorante. Celui d'ammoniaque donne avec les persels d'étain un précipité jaune brun ; avec le perchlorure de fer, un précipité rouge brun ; avec le sublimé, un précipité rouge. Fondue avec la potasse caustique, la carthamine dégage de l'hydrogène, etle résidu, repris par l'eau, fournit les acides oxalique et paraoxybenzoïque, sans traces de phloroglucine; en admettant la formule de Schlieper, pour représenter la carthamine, l'équation suivante rendrait compte de la formation de Tacide aromatique :
C28H1C014 + 0^ == mW + 2G^4H60^
Ed. Bourgoin.
BiBL.: DôBEREiNER, PHncipe colovant acide ducarthâme {Joiirn. Pharm., t. VI, 342, 1820). — Malin, Action de la potasse caustique sur la carthamine (Soc. Ch., t. V, 1847, — Schlieper, Matières colorantes ducarthâme (ib., 303 ; t. XI, 145). — Bull. Soc. d'encouragement {ib., t. I, 141; t. m, 18; t. XXIII, 96).
CARTHEUSER (Johann-Friedrich), médecin allemand, né à Hayn (Stolberg) le 29 sept. 1704, mort à Francfort-sur-l'Oder le 2!2 juin 1777. Il fut professeur de médecine, de botanique et de pharmacologie à Francfort et exerça une grande influence sur le développement scientifique de la pharmacie. Le premier, peut-être, il essaya de déterminer les principes actifs des plantes, mais mal servi par une chimie défectueuse, il n'a pu que tracer la voie en quelque sorte. Ouvrages principaux : Elementa chemiœ, etc. (Halle, 1736, in-8 ; Francfort-sur-l'Oder, 1753, 1766, in-8) ; Tabulœ formularum prœscrip^ tioni inservientesy etc. (Halle, 1740, 1748, in-8 ; Francfort-sur-l'Oder, 1752, 1766, in-8); Pharmacologia theoretico-practica, etc. (Berlin, 1745, in-8; et autres éd.) ; Fundamenta mater iœ mediece rationalis, etc. (Halle, 1749-50, 2 vol. in-8 ; Paris, 1752, 2 vol. in-12, et 1769, 4 vol. in-12 ; trad. en franc., Paris, 1755, 4 vol. in-12, et 1769, in-12; autres éd.); Fundamenta pathologiœ et' therapiœ (Halle, 1758-62, 2 vol. in-8). Dr L. Hn.
CARTIBULUM. Table de pierre carrée, rectangulaire, soutenue par une seule colonne et qui servait de dressoir pour la vaisselle. Varron, qui en parle déjà comme d'un meuble de mode ancienne, dit qu'il avait vu des cartibula dans l'atrium de beaucoup de maisons, près du compiuvium, et qu'on y posait des vases de bronze (Varron L., L V, 125).
CARTICASL Com. du dép. de la Corse, arr. de Corte, cant. de San-Lorenzo; 351 hab.
CARTIER (Jacques), célèbre navigateur français, qui a découvert le Canada. Né à Saint-Malo à la fin de Tannée 1491 (et non 1494), mort le 1®^ sept. 1557. En 1533, il adresse une requête à François I®^' pour réclamer le commandement d'une expédition dirigée vers le N. de l'Amérique. Le moment était bien choisi, la paix générale venait d'être conclue en Europe ; de plus, Philippe de Chabot, amiral de France, soutenait le capitaine malouin de tout son crédit. Cartier n'en était pas du reste à faire ses preuves; il avait déjà touché une fois à la terre américaine, car on peut, avec beaucoup de vraisemblance, lui attribuer un voyage au Brésil. Muni de la commission royale, Cartier s'embarque le 20 avr. 1534. Il reconnaît le cap Bonnavista au N. de Terre-Neuve, le détroit de Belle-lsle et la côte du Labrador. Longeant ensuite la partie occidentale de la grande île, il aborde à la baie des Chaleurs, puis à celle de Gaspé, où il prend solennellement possession du pays au nom du roi de France; enfin, il pénètre dans le Saint-Laurent qu'il prend tout d'abord pour un golfe. La beauté du pays, son apparente fertilité, et le bon accueil qu'il reçoit des sauvages enchante Cartier; mais la saison étant avancée, il remet à la voile pour l'Europe, et rentre à Saint-Malo après cinq mois d'absence. En somme, dans ce premier voyage, Cartier n'avait pas ajouté grand'chose aux connaissances géographiques déjà acquises par Cabot et Verazzani. Aussi bien les parages de Terre-Neuve étaient déjà fréquentés depuis longtemps par les pêcheurs de morue, bretons ou basques. Jean Denis, de Honfleur, en avait même dressé la carte dès 1506.
Cartier avait hâte de repartir; le 19 mai 1535, il quitte Saint-Malo ; il commande à deux navires la Grande et la Petite Hermine, et à un gSiWon, rEmerillon, Il s'est adjoint un autre capitaine breton, Thomas Froment dit la Bouille, et il emmène plusieurs gentilshommes comme volontaires, (Claude de Pontbriant , Charles de la Pommeraye et Jean Poullet. 11 s'engage entre l'île de l'Assomption (plus tard Anticosti), et la côte méridionale du Labrador. H reconnaît bientôt qu'il ne navigue plus en eau salée, et il baptise le grand fleuve canadien du nom du saint dont on célébrait la fête (10 août). Il remonte le Saint-Laurent jusqu'à l'île d'Orléans, et la bourgade de Stadacona, qui occupait l'emplacement actuel des quartiers sud-est de Québec. Le chef des sauvages Donnacona lui fait une réception amicale. Aussi se résout-il à hiverner dans cet endroit, et il échoue ses navires au confluent delà rivière Saint-Charles, appelée d'abord Sainte-Croix, et d'un ruisseau, le Lairet. Il entend alors parler d'une riche bourgade située en amont sur le fleuve. Malgré la résistance de Donnacona, une partie des Français monte jusqu'à Hochelaga. Cartier explore l'île d'Hocheîaga (oct. 1535), et gravit la pittoresque colline qui la domine; il lui donne le nom de Mont-lloyal (Montréal) qui est devenu celui de l'île et de la ville. 11, était urgent de retourner à Stadacona. Les rapports entre Français et sauvages y avaient pris une mauvaise tournure ; de plus, le scorbut s'était déclaré parmi les équipages, et vingtcinq hommes avaient déjà péri, lorsque un indigène enseigna à Cartier, atteint lui-même, un remède, l'épinette blanche. A la belle saison, Cartier reprit la route de France; après avoir enlevé par trahison Donnacona qu'il voulait présenter au roi, il débarqua à Saint-Malo, le 16 juil. 1536.
Cependant, la guerre avait recommencé entre François J^"^ et Charles-Quint, et il s'écoula plus de quatre
années avant qu'on pût envoyer une troisième expédition au Canada. Cette fois, il s'agissait de s'établir définitivement dans le pays. François de Roberval en fut nommé vice-roi, et Jacques Cartier, qui reçoit une commission de capitaine général, doit le transporter en Amérique avec un premier convoi de colons. Le 23 mai 4541, Cartier partit seul avec un premier détachement; il reparut devant Stadacona, mais préféra aller hiverner plus loin, au cap Rouge. Il retourna aussi à Hocheîaga, attiré de ce côté par l'espérance d'y découvrir des mines d'or, mais il ne put franchir le saut Saint-Louis, Sur ces entrefaites, des conflits éclatèrent entre les colons, recrutés pour la plupart parmi les maltaiteurs et les indigènes. On n'avait aucune nouvelle de Roberval, et Cartier ne jugea pas prudent de rester dans de pareilles conditions; tout le monde se rerabai'qua.
On rencontra Roberval à îa hauteur de Terre-Neuve; mais le capitaine général, qui était peut-être jaloux du viceroi, et qui, du reste, n'avait jamais eu à se louer de ses procédés, refusa de rebrousser chemin. Il est de retour à Saint-Malo le 21 oct. 1542. Cartier fit-il un quatrième voyage en Amérique ? Cela ne peut plus être mis en doute après la publication de ses comptes , Il s'agissait de rapatrier les restes de l'expédition de Roberval; il est cependant impossible de fixer la date de ce dernier voyage. Ses neveux obtinrent le monopole de la traite au Canada, mais les Malouins, qui faisaient un trafic régulier dans ces parages, firent par la suite] révoquer ce privilège. Jacques Cartier nous a laissé sur ses découvertes d'intéressants mémoires. Ils ont été publiés en 1598 à Paris, sous le titre de : Discours du voyage fait par le capitaine Jacques Cartier aux terres neufves de Canada. Les Canadiens français ont, en 1889, élevé par souscription nationale un monument à la mémoire de Jacques Cartier, à l'endroit même oii il accomplit son premier hivernage, sur la rivière Saint-Charles. Emile Salone.
BiBL. : Ch. CuNAT, article dans la Biographie hvetomie de Levot. — F. Jouon des Longrais, Jacques Cartier, documents nouveaux; Paris, 1888, in-8. — Abbé Ferland, Cours d'Histoire du Canada, 1^« partie, 1531-1663 ; Québec, 1882.
CARTIER (Jean-Baptiste), violoniste français, né à Avignon le 28 mai 1765, mort à Paris en 1841. Arrivé à Paris en 1783, il devint élève de Viotti. Présenté à Marie- Antoinette, il fut nommé accompagnateur violoniste de la reine. En 1791, il entra à l'orchestre de l'Opéra et y resta trente ans. En 1804, il fit partie de la chapelle de l'empereur, et garda cet emploi, pendant la Restauration, au service du roi, jusqu'à la révolution de 1830. Cartier, élevé dans la vraie école italienne, fut un très bon professeur. 11 eut le mérite de publier les oeuvres des vieux maîtres, Corelli, Tartini et autres, dans un ouvrage qui a pour titre : Tiri du violon ou collection choisie dans les sonates des trois écolesy italienne^ française et allemande (Paris, 1798, in-fol.). Cartier composa plusieurs œuvres pour son instrument et même des opéras qui ne furent jamais représentés. Il rédigea une Histoire du violon (encore inédite), ouvrage fort curieux et très bien fait. Il en a paru un extrait sous le titre de Disserta-tion sur le violon dans la Revue musicale (t. Ill, pp. 103-108). A. E.
CARTIER (Louis- Vincent), chirurgien français, né à Saint-Laure-de-Mure (Dauphiné) en 1768, mort à Lyon le 13janv. 1839. Il assista au siège de Lyon par la Convention, puis fit partie de l'armée des Alpes ; il revint comme aide-major à l'Hôtel-Dieu de Lyon et en 1811 succéda comme professeur à Marc- An t. Petit. On lui doit, entre autres : Précis d'observ, de chirurgie faites Cl l'Hôtel-Dieu de Lyon (Lyon et Paris, 1802, in--8) ; De la Méd. interne appliquée aux opérât, chirurgicales (Lyon, 1807, in-8) ; Remarques sur le traitement des fièvres muqueuses à caractères ataxiques '(Lyon, 1822, in-8) ; Eloge de Marc-Ant. Petit (1812).
D^ L. Hn.
-- 6iT) r- CARTIER — CARTIGNY
CARTIER (François), administrateur français, né en 1770, mort à Dieppe le 11 mars 1853. Il remplit successivement les fonctions de sous-préfet dans les arr. de Dieppe, du Havre et de Neufchâtel. Il a laissé sur deux de ces arrondissements des rapports très intéressants concernant l'agriculture, le commerce et l'industrie : Etat de Vagriculiure dans Varrondis-*sèment de Neufchâtel, le i^'' janvier i8S2 (Neufchâtel, 1822, in-8) ; Etat de Vagriculture, de l'industrie et du commerce dans f arrondissement du Havre, le i^"" janvier i825 (Le Havre, 1825, in-8); Notes statistiques sur l'arrondissement du Havre (Le Havre, 1830, in-8),
CARTIER (sir George-Etienne), homme d'Etat canadien, né à Saint-Antoine, dans le Bas-Canada, le 6 sept. 1814, mort à Londres le 21 mai 1873. Inscrit au barreau canadien en nov. 1835, il acquit rapidement une grande réputation et fut élu membre de l'Assemblée législative de 1848 par le comté de Verchères. 11 représenta ce comté jusqu'en 1861. Il fit partie, comme secrétaire provincial, du ministère Mac Nab-Taché (1856) et fut nommé le 24 mai de la même année procureur général du Bas- Canada. En nov. 1857, il constituait avec Macdonald le cabinet connu sous leurs deux noms. H fit aboutir d'importantes réformes parmi lesquelles nous citerons seulement la codification des lois civiles (1857) et la loi municipale encore en vigueur (1860). Tombé du pouvoir le 28 juiL 1858, à la suite de l'échec qu'éprouva sa proposition de transférer le siège du gouvernement à Ottava, il redevint premier ministre deux mois après et le demeura jusqu'en mai 1862. En 1861, il avait été élu député de Montréal. On lui offrit de nouveau la présidence du conseil en 1864, mais il préféra redevenir procureur général. En 1865 et 1866, il fit partie de la commission envoyée en Angleterre pour traiter les questions de confédération et de chemins de fer intercoloniaux. De 1867 3 1813, il fut ministre de la milice. Il avait encore été nommé conseiller de la reine (1854), membre du conseil privé pour le Canada (1867) et créé baronnet le 21 août 1868. Sir Cartier est l'auteur d'un chant très populaire au Canada : 0 Canada ! mon pays, mes amours !
CART!ER-Vinchon(S.-N.), publiciste français. Sociétaire et secrétaire perpétuel de l'Athénée des Dames, il y fit un cours qu'il publia (Paris, 1823, in-8). Il est l'auteur de manuels insipides qui ont eu un grand succès : le Parfait jeune homme à la tribune des mœurs suivi d'un code de la galanterie française (Paris, 1825, in-12); la Parfaite demoiselle (Paris, 1825, in-12); Coup d'œil sur la littérature et les beaux-arts en France (1828, in-8) ; les Rudiments de Véducation française (1851, in-18), et d'un roman, la Fille du Palais-Royal ou les Amours de Clarisse et Colbal (1826, 2 vol. in-12), qui a eu jusqu'à trois éditions.
GART16N1ES (Castricinium). Corn, du dép. duNord, arr. et cant. (S.) d'Avesnes, sur l'Helpe mineure ; 1,821 hab. Ce village appartenait, dès la fin du x^ siècle, à l'abbaye de Saint-Amand. Il avait conservé un château féodal considérable qui fut démoli à la fin du siècle dernier. — Fromages dits de Maroilles,
CARTIGNY. Com. du dép. de la Somme, arr. et cant. de Péronne ; 975 hab.
CARTIGNY-l'Epinay. Com. du dép. du Calvados, arr. de Bayeux, cant. d'Isigny ; 502 hab.
CARTIGNY (Jean de), écrivain mystique, né à Valenciennes vers 1520, mort à Cambrai en 1578. H se fit carme et prit le grade de docteur en théologie. Il occupa dans son ordre plusieurs postes élevés et acquit une grande réputation d'orateur et de philosophe. Voici la liste de ses principales œuvres : In X prœcepta deçàlogi ; In Apocalypsin D, Joannis ; In epistolas aliquot D. Pauli (Anvers, 1588), cet opuscule a été traduit sous le titre de Livre des quatre dernières fins de l'homme (1590) ; le Voyage du chevalier errant (1557, 1572,
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1587, 1594, 1620), il a été édité aussi sous le titre de : le Chevalier errant égaré dans la forêt des vanités mondaines (Anvers, 4595). Ce dernier ouvrage jouit d'une grande vogue et trace un tableau fidèle des préjugés et des mœurs de Tépoque. E. H.
BiBL. : De Villers, Bibliotheca carmelUana. ~ Mathieu, Biographie montoise ; Mons, 1848, in-8. — Van cler Meersch, Noizce sur Cai'tigny; Bruxelles, 18ô6.
CARTIGNY (Charles), comédien français, né à Dieppe le 6 oct. 1782. Il fut d'abord officier de cavalerie, puis quitta l'état militaire pour entrer au Conservatoire, dans la classe de déclamation de Baptiste aîné. Comme il était doué d'une jolie voix, il chercha d'abord, en sortant du Conservatoire, à entrer à l'Opéra-Comique, puis au Vaudeville; il n'essuya que des refus, de même qu'à l'Odéon, où il s'adressa ensuite. Comme il avait conscience de ce qu'il pouvait faire, il tourna ses vues alors du côté de la Comédie- Française, où il fut plus heureux. Admis à débuter sur notre grande scène littéraire, il y parut pour la première fois le 28 mai 1811, dans l'emploi des valets, qu'on appelait alors la « grande livrée » et qui répond à celui des premiers comiques, en jouant du premier coup Hector du Joueur et Crispin de Crispin rival de son maître, après quoi il se montra dans le Barbier de Séville, le Festin de Pierre, la Gageure imprévue, les Fausses Confidences et les Fourberies de Scapin, Son succès fut éclatant. Dazincourt et Dugazon venaient de mourir l'un après l'autre, l'emploi manquait pour ainsi dire de titulaire, et le public crut voir que Carligny serait pour eux un digne successeur. Il était doué d'ailleurs de rares facultés naturelles, qu'un critique se plaisait à énumérer ainsi : « Figure comique et mobile, œil malin, rire franc et communicatif, tournure leste, taille avantageuse, organe sonore et mordant, du feu, de l'aplomb, de l'audace, tout ce qu'un premier comique peut désirer de moyens extérieurs, Cartigny le possède. » Un mois juste après son premier début, le 28 juin, Cartigny était admis au nombre des pensionnaires, dès 181311 devenait sociéiaire, et vers 1820 la retraite simultanée de Michot et de Baptiste cadet le faisait chef de l'emploi si brillant et si difficile qu'il était appelé à remplir. Il y jouit pendant de longues années de la faveur du public, grâce à un talent plein de franchise, de naturel, de verve et de gaieté. Certains ouvrages lui étaient particulièrement favorables, tels qu'Amphitryon^ Ylntrigiie épistolaire, les Plai-^ deurs, le Mercure galant. Un peu plus tard, l'âge venant, et avec lui l'embonpoint, il abandonna les comiques d'action pour les rôles à manteau, et se fit surtout remarquer dans le Bourgeois gentilhomme, la Femme juge et partie, la Jeunesse de Henri V, etc. Après vingt années de succès, Cartigny quitta la Comédie-Française vers 1831, pour aller prendre la direction du théâtre de Bruxelles. Cette entreprise ne fut pas heureuse. Bientôt il abandonna définitivement la scène et vécut dans la retraite. A. P.
CARTILAGE. Le cartilage est un tissu non vasculaire composé de cellules plongées dans une substance fondamentale bleuâtre qui donne de la chondrine par la coction. A un moment de la vie embryonnaire, notre squelette presque tout entier est formé de cartilage hyalin, sauf les pièces de la voûte du crâne. Ces cartilages n'ont qu'une durée éphémère et, au moment de la naissance, la presque totalité a disparu et a été remplacée par le tissu osseux. Leurs restes forment les cartilages articulaires, costaux et autres. En considération de l'évolution historique du tissu cartilagineux, on a divisé le cartilage en cartilage fœtal ou transitoire et en cartilage permanent; eu égard à sa constitution intime on l'a divisé en : i^ cartilage hyalin; 2^ cartilage élastique ou réticulé; et 3<* fibrO'Cartilage. — Au point de vue anatomique, enfin, il existe deux variétés de cartilages ; les uns recouvrent les surfaces articulaires des os et constituent les cartilages articulaires ou d'encroûtement (Y. Articu-
lation) ; les autres , destinés à former les parois résistantes et élastiques de certains canaux ou de certaines cavités, sont recouverts d'une membrane de tissu fibreux, le périchondre, et torment les cartilages costaux, ceux de l'oreille, du nez, du larynx, de la trachée et des bronches. Ce senties cartilages des cavités (V. Larynx, Oreille, Côte, etc.). Voyons d'abord la structure générale du tissu cartilagineux, nous en verrons ensuite les variétés.
Structure du cartilage. — Le cartilage est un tissu formé d'une substance homogène, substance fondamentale, creusée de cavités, chondroplastes, qui renferment des cellules, cellules cartilagineuses.
1^ La substance foridamentale , la cartilagéine , d'une teinte bleuâtre opaline, résistante et élastique, tantôt hyaline, d'autres fois fibroïde, fournit de la chondrine par la coction (V. Chondrine), différence capitale avec i'osséine des os qui, traitée de la même façon, donne de la gélatine. Le squelette cartilagineux, précurseur ou plutôt ancêtre du squelette osseux, est donc bien différent de ce dernier, bien que les Allemands, avec Virchow, les classent dans la même famille sous le nom de tissus de la substance conjonctive.
2° Les cellules cartilagineuses, généralement sphériques ou ovoïdes, parfois étoilées et pourvues de prolongements ramifiés, comme dans le cartilage de la Seiche, sont formées d'un corps protoplasmique granuleux ou strié en rayons, renfermant un noyau ovoïde et clair et un ou plusieurs nucléoles. Elles ont en moyenne de 15 à 20 [i.. de diamètre et à mesure qu'elles se développent elles restent groupées en familles. Leur vétusté, comme dans la plupart des tissus, est marquée par l'apparition dans leur corps de gouttelettes graisseuses.
3° Les capsules cartilagineuses ou chondroplastes sont des cavités creusées dans l'épaisseur de la substance fondamentale et renfermant une ou plusieurs cellules. Leur origine est la cellule cartilagineuse elle-même. En effet, les cellules du cartilage sécrètent une substance analogue à la substance fondamentale qui se condense autour d'elles sous forme d'une coque assez souvent stratifiée, preuve qu'elle se forme peu à peu et par addition successive de nouvelles couches. Cette coque c'est la capsule de cartilage. Une capsule s'emboîte ainsi dans une capsule plus ancienne et ainsi de suite, de sorte que toute la substance intercellulaire ou fondamentale est formée par la soudure de ces capsules qui deviennent d'autant plus homogènes qu'elles sont plus anciennes, d'où finalement l'aspect hyalin de la substance fondamentale. La capsule la plus interne, celle qui hmite l'espace lacunaire où sont logées les cellules, conserve son indice de réfraction propre et nous apparaît ordinairement comme une partie distincte du reste de la masse ; c'est la capsule cartilagineuse proprement dite, souvent striée (H. Mùller) et comme percée de canalicules d'une finesse extrême. — Les cellules cartilagineuses naissant pour la plupart par division, il s'ensuit que les cellules-filles siègent primitivement dans une capsule commune. Mais comme peu à peu il se forme autour de chaque cellule à sa période d'activité, une nouvelle capsule, il s'ensuit que les cellules-filles sont séparées les unes des autres par de la substance intercellulaire ou fondamentale. Ce phénomène se renouvelant, il en résulte la formation de groupes ou familles de cellules cartilagineuses qui indiquent par leur disposition qu'elles sont sorties d'une même cellule-mère.
y Périchondre. Les segments du squelette cartilagineux sont recouverts d'une gaîne de tissu fibreux embryonnaire : c'est le périchondre. Une gaine analogue de tissu fibreux enveloppe les cartilages permanents non articulaires (cartilages costaux, laryngiens, trachéaux, etc.). Ce manteau fibreux, qui se transforme en périoste au moment du travail de l'ossification du squelette, renferme peu de vaisseaux sanguins et quelques vaisseaux lymphatiques (V. Périchondre).
Vmiétés de cartilages. — La structure de la sub-
CARTILAGE — CARTMELL
slance fondamentale constitue la caractéristique des diverses formes de cartilages. A ce point de vue, il y a lieu de distinguer : le cartilage hyalin, le cartilage élastique ou réticulé et le fibro-cartiîage,
1** Le cartilage hyalin, qui comprend le cartilage fœtal ou d'ossification, les cartilages articulaires, ceux du larynx et de la trachée, les cartilages du nez et de la trompe d'Eustache, possède une substance fondamentale d un blanc bleuâtre et d'apparence homogène. Les capsules ditférenciées aux dépens du protoplasme cellulaire ont disparu, et toute la substance intercellulaire a pris un aspect hyalin caractéristique. Mais malgré cette apparence, et à s'en rapporter aux recherches de Tilmanns, Baber, Thin, Reeves, Vogel, Hénocque, Omer van der Stricht, etc., il semble bien que la substance fondamentale du cartilage hyalin puisse être décomposée en un système de fibrilles d'une finesse extrême et en une substance intermédiaire contenant de la mucine. Outre ce système de fissures, d'autres admettent même (A. Budge, J. Arnold, etc.) que le cartilage est traversé par des caiialicules très délicats (canaux du suc des Allemands) dans lesquels sont engagés de fins prolongements des cellules cartilagineuses. Ce système de canaux, admissible peut-être dans le cartilage des mollusques, ne l'est pas chez les mammifères (Frey).
2<» Le cartilage élastique, que l'on rencontre dans l'épiglotte, les cartilages de Santorini et de Wrisberg, les cartilages du pavillon de l'oreille, est caractérisé par la présence, dans sa substance fondamentale, de réseaux de fibrilles élastiques, d'où le nom de cartilage réticulé sous lequel on le désigne encore.
3» Le fibro-cartilage, enfin, se trouve dans les bourrelets et les ménisques articulaires, dans les disques intervertébraux et les symphyses, dans l'épiglotte. il est formé par des faisceaux de fibres lamineuses qui entourent les cellules cartilagineuses. On trouve du reste de nombreuses transitions entre le cartilage hyalin et le fibro-cartilage et entre celui-ci et le tissu fibreux pur.
Développement et évolution du cartilage. — Le système cartilagineux forme chez l'embryon de la plupart des vertébrés un squelette transitoire et un squelette permanent à certains groupes d'animaux, les Sélaciens et les Céphalopodes. Ce squelette cartilagineux fœtal persiste en partie chez les animaux supérieurs et fournit les cartilages permanents. Le reste subit Y ossification (V. ce mot) et se transforme en squelette osseux. Le cartilage se développe directement aux dépens des cellules embryonnaires du feuillet moyen du blastoderme comme le tissu conjonctif lui-môme. Sur certains cartilages, tels que les cartilages basilaire et hyoïdien (Ch. Robin, KoIIiker) on a pu suivre la filiation directe entre la cellule du cartilage et la cellule blastoderraique. 11 se montre de fort bonne heure autour de la corde dorsale sous la forme d'un tissu mou et blanchâtre presque uniquement composé de cellules ovoïdes pressées les unes contre les autres. — Un peu plus tard, la caractéristique du tissu se dessine. Les cellules sont écartées par l'interposition entre elles de la substance cartilagineuse fondamentale qu'elles sécrètent elles-mêmes, car dès le début les cartilages de l'embryon ne renferment point de cartilagéine (Schwann et Hoppe) et à la différence de composition anatomique est intimement liée la différence dans la composition chimique. Plus tard, le cartilage grossit et achève son développement : i^ par multiplication des cellules, soit par division directe, soit par scission indirecte (kariokynèse), soit par prolifération endogène, ou bien encore, pour certains cartilages, par addition de cellules d'origine périchondrale (Pouchet et Tourneux) ; 2<^ par augmentation progressive du volume de ces mêmes éléments cellulaires (Ilarting, etc.) ; 3° par accumulation continue de la substance fondamentale. Les capsules n'existent qu'à une période avancée du développement ; un groupe de cellules est enveloppé par la matière fondamentale, il en résulte un chondroplaste dans lequel les cellules continuent à se
développer de façon que dans une capsule cartilagineuse on peut rencontrer jusqu'à vingt ou trente cellules. Les cartilages réticulés et fibreux commencent par être du cartilage hyalin pendant la vie fœtale ; ce n'est que plus tard qu'apparaît la fibrillation de la substance hyaline fondamentale. Le cartilage fœtal se vascularise parallèlement à son envahissement par le processus de l'ossification. Pour le cartilage de Meckel, V. Meckel.
Vieillesse et altération des cartilages. — Pendant le cours de leur évolution, les cartilages subissent diverses modifications nutritives qui en marquent la vétusté. Ce sont : 1^ l'infiltration graisseuse ; 2° la calcification qui frappe spécialement les cartilages costaux et ceux du larynx des vieillards ; 3^ la transformation fibreuse, — Leurs principales altérations pathologiques sont : V inflammation ou chondrite, la carie et la nécrose, Vusure et l'état velvétique, Vinfiltration uratique que l'on observe chez les vieux goutteux, la dégénérescence colloïde ou amyloïde, la calcification et l'ossification. Cette dernière se distingue de la calcification simple en traitant le cartilage par un acide : dans le cas de calcification on démasque ainsi les chondroplastes qui étaient englobés par les sels calcaires, mais on ne rencontre aucun ostéoplaste.— Enfin, le cartilage peut être le siège de fractures, de tumeurs polypiformes et ecchondrophy tiques dont la chute dans l'articulation peut être le point de départ d'arthrophytes (V. Articulation, Arthrite, Ecchondrose, etc.).
Nutrition des cartilages. — Privés de vaisseaux sanguins, les cartilages permanents se nourrissent par imbibition. Les Allemands ont fait jouer à ce sujet un grand rôle aux prétendus « canaux du suc ».
Rôle physiologique des cartilages. — Les qualités mécaniques du cartilage, sa résistance considérable unie à son élasticité, font de ce corps un précieux agent dans l'économie animale. Dans les articulations il facilite le glissement, prévient l'usure des os et amortit les chocs ; dans les canaux aériens, larynx, bronches, nez, trompe d'Eustache, oreille, il maintient la béance et la forme des canaux sans nuire à leur souplesse.
Régénération du cartilage. — Richet a nié la cicatrisation du cartilage après brisure ; Redfern (1849) et plus tard Broca et OUier, admirent la réunion des fragments par cicatrice fibreuse. Plus récemment, Ch. Legros (1867) et Pjyraud (1869) ont démontré que le cartilage pouvait se régénérer et que ses solutions de continuité (plaies, fractures) pouvaient se réparer par formation de tissu cartilagineux nouveau. Ch. Debierre.
CARTIMA. Ville de Bétique (Espagne ancienne), qui n'est mentionnée par aucun auteur ancien ; mais des inscriptions nombreuses, trouvées près du hameau de Cartama, à 3 lieues à l'O. de Malaçja, nous font connaître laCivitas Cartimitana, la Respubiica Cartimitana, le Municipium Cartiraitanum, l'Ordo Cartimitanus ; d'autres encore faisant mention de pontifes, de fonctionnaires, de chevaliers, de citoyens romains, ne permettent pas de douter qu'elle ait eu une certaine importance. La plupart des auteurs ont voulu voir dans cette Civitas Cartimitana, la Certima que Tite Live (XL, 47-50) nous représente comme prœvalida urbs et dit avoir été prise par Tib. Sempr. Gracchus, après la ville de Munda (180 av. J.-C). Il n'y a d'argument sérieux ni pour ni contre cette hypothèse.
"CARTISANI ou CARTISSANI (Niccolô), peintre, né à Messine en 1670, mort à Rome en 1742. On trouve ce nom dans Lanzi, qui cite Cartisani comme un bon paysagiste, mais ne dit rien de ses œuvres.
BiBL. : Memorie de' Pittori mesnnesi e degli esteri che inMessinâ fiorirono dal secolo XII sino al secolo XIX; Messine, 1821.
CARTMELL. Ville d'Angleterre, comté de Lancastre, dans le district de Furness. Ruines d'une ancienne abbaye; stat. balnéaire ; 5,153 hab.
CARTOGRAPHIE -^ CARTON
— CAS -
CARTOGRAPHIE (V. Carte, t. IX, p. 574).
CARTOMANCIE (V. Divination).
CARTON. I. Industrie.— Les matières premières employées dans cette industrie se divisent en quatre catégories principales : 4° les papiers ramassés, les vieux imprimés, les rognures de papier, etc. ; ''l^ la paille de toute origine ; 3<* le bois cuit à la vapeur; 4^ le bois cru. Les chiffons furent d'abord seuls employés, mais vers le commencement du siècle, le prix des chiffons augmentant avec la consommation du papier et du carton, on rechercha d'autres matières premières pouvant les remplacer. En 1802, Séguin prit un brevet pour le travail de la paille, son essai ne fut pas couronné de succès ; il semble que les premières tentatives ont échoué soit parce que la plante choisie était trop pauvre en cellulose, soit parce que l'extraction de cette matière exigeait des traitements
trop dispendieux. Aux expositions de 4839 et 4844, on trouve des spécimens remarquables de papiers fabriqués avec des lianes d'Amérique. Ce fut le signal de la transformation des pâtes à cartons : la paille, l'alfa, la sparte, le bois, vinrent successivement se substituer aux chiffons. Et aujourd'hui, ces diverses matières et principalement le bois, sont seules employées pour la fabrication, non seulement du carton, mais du papier ordinaire ; les chiffons ne sont plus utilisés que pour la fabrication des papiers de luxe. Comme les traitements que subissent ces diverses matières, pour les transformer en pâte à papier, sont à peu près les mêmes, nous parlerons spécialement du bois. Les meilleures pâtes proviennent du défibrage des bois blancs; peupliers, aune, saule, tilleul, sapin et pin. Ces bois, qui contiennent peu de matières incrustantes, donnent facilement des fibres longues, soyeuses et faciles à blanchir.
Coupe longiïudinale
Fig. 1. — Raffineuse.
Voici, d'après M. C. Cresson, de Philadelphie, les rendements en cellulose pure de diverses essences de bois :
Noyer sec , 42 . 0 %
Hêtre sec 40.0 —
Peuplier sec. 37 .0 —
— vert 30.0 --
Pin jaune sec 36 . 5 —
Frêne 30.0 —
Acajou 29.0 --
Ebène 14.0 —
Les procédés de défibrage employés par la fabrication de la pâte ou farine de bois peuvent être rapportés à trois méthodes différentes : 4^ traitement purement mécanique (procédés deWœlter, Montgolfier, Malary, etc.); 2^ traitement chimique (procédés HoughtonJ Bachet-
Machard, etc.); 3^ traitement mécanique et chimique (procédé Aussedat). Ces divers procédés ont été déjà décrits (V. Bois [industrie]). Nous ne donnerons donc ici que les procédés de mise en œuvre de la pâte obtenue. 11 est nécessaire pour la fabrication du carton fin, de rendre la pâte absolument homogène ; ce raffinage est inutile pour les cartons grossiers, qui peuvent, sans inconvénient dans leur emploi, contenir des parcelles de bois, de paille, etc. Cette opération se fait au moyen d'une raffineuse centrifuge continue, dite pulpengine. Cet appareil peut travailler plus de 300 kilogr. de matière à l'heure. Celle-ci est préalablement étendue d'eau, délayée dans une pile et passée sur un sablier qui retient les boutons, les pierres, les gros débris, etc..
Raffineuse. — Cet appareil (fig. 1) se compose essentiellement d'une meule en fonte M lournant entre deux pla-