CASANOVA
réussit à en sortir, mais au prix de combien d'intrigues, de souffrances et d'efforts ! Il en a fait le récit très émouvant dans ses Mémoires» On voit, en les lisant, de quoi Casanova était capable. Son évasion lui donna une réputation dont il sut profiter. Sur la recommandation de Eernis, il se fit passer auprès de Choiseul pour un grand financier. Il réussit à faire accepter de Paris Duverney un plan de loterie royale. Au bout de peu de mois, il sollicite des missions secrètes, d'abord à Dunkerque, où il fait un relevé détaillé de l'état de la flotte, puis en Hollande, où il cherche à négocier un emprunt pour le gouvernement français. Pendant ses courts séjours à Paris, il continue de mener grand train et achève de se rendre célèbre par ses bonnes fortunes. Mais il échoue dans une spéculation d'impressions sur étoffes de soie à laquelle s'était intéressé le prince de Conti. Victime de vols importants, de procès dangereux, emprisonné pendant quelque temps à For-l'Evêque et menacé d'une autre incarcération en Hollande, il quitte Paris pour TAUemagne et la Suisse (4759), offense Voltaire par sa suffisance et ses contradictions, mêlant partout l'amour aux affaires et à l'intrigue. Il paraît en quelques mois en Italie, en France et en Allemagne, extorque de l'argent à la trop confiante marquise d'Urfé, sa dupe ordinaire, à laquelle il faisait espérer de la régénérer sous la forme d'un beau jeune homme, se fait chasser de Londres pour avoir escompté une fausse traite qu'il n'avait d'ailleurs pas fabriquée. A Tournay, il rencontre le comte de Saint- Germain qui faisait comme lui-même à ses moments perdus le métier de thaumaturge ; à Berlin, il refuse, après une entrevue avec Frédéric II, le poste trop sédentaire d'instituteur des grenadiers de Potsdam ; il parcourt la Russie, qu'il ne connaissait pas encore ; il gagne la faveur du roi de Pologne ; mais se fait chasser de ce pays à la suite d'un duel où il avait cruellement blessé le grand chambellan Branicki et au moment où peut-être le roi Stanislas allait lui confier un poste élevé. Il se fit chasser de mènie presque aussitôt de Vienne et de Paris comme de Venise, de Florence, d'Angleterre et de Varsovie auparavant. « Je ne sais quelle fatalité me poursuivait à travers les capitales de l'Europe. » Comment s'en étonner s'il provoquait partout les puissants, suscitait à tous de mauvaises querelles et ne laissait après lui que dettes et procès ? En Espagne, il mêle aux aventures tragiques les intrigues galantes et pendant quatorze ans il vit alternativement en France et en Italie, toujours à la recherche de la fortune qu'il croit souvent tenir et qui lui échappe à cause de son caractère aventureux et de son défaut de suite (1768-1774). Ici cessent les mémoires de Casanova, et les renseignements sur ses dernières années sont fournis par la correspondance da prince de Ligne. Il les passa en Bohême, au château de Dux, comme bibliothécaire du comte de Waldstein. Casanova vieilli, las de courir les grands chemins dans le décousu d'une vie d'aventures, avait compris la nécessité de se fixer. H y vécut dans un désordre d'idées voisin de la folie, tantôt accablant son bienfaiteur de récriminations aussi violentes qu'imméritées, tantôt lui prodiguant les plus touchantes protestations de repentir. « J'ai vécu en philosophe (il aurait dû dire en charlatan de la philosophie); je meurs en chrétien, dit-il à ses derniers moments », et il édifia tous ceux qui l'assistaient. Il est probable qu'il est mort à Dux le 4 juin 1798. Il y a écrit ses Mémoires qui donnent l'histoire détaillée de toutes ses aventures jusqu'en 1774. Parmi ses autres ouvrages il faut citer : Confutazione délia storia del governo Veneto d^Amelot de la Houssaye (Amsterdam, 1769, in-4); Istoria délie turbulenze délia Polonia (1762-1774; Goritz, 1774, in-8); Vlliade d'Homère en octaves (Venise, 1778, 4 vol. in-4) ; Icosameron (Prague, 1788-1800, 5 vol. in-8) ; Solution du problème déliaque (Dresde, 1790, in-4). — Les Mémoires de Casanova ont été publiés de 1826 à 1838 par la célèbre maison Brockhaus de Leipzig, malheu-
reusement avec de nombreuses retouches dues à l'éditeur Jean Laforgue. On les a considérés d'abord comme un tissu de mensonges. Les travaux du professeur d'Ancona en Italie, d'Armand Baschet et de M. Charles Henry en France, ont rétabli la vérité. On sait maintenant que les erreurs de Casanova sont involontaires et portent sur des faits ou des dates sans importance. Les faits souvent étranges qu'il raconte se trouvent confirmés par toutes les contre-enquêtes auxquelles ils ont donné lieu. Les rares altérations de la vérité sont dues le plus souvent aux maladroits arrangements de Jean Laforgue. Cependant Casanova n'a pas tout dit. D'ailleurs, ses mémoires s'arrêtent en 1774. A partir de cette date, il est forcé de se livrer pour vivre aux métiers les plus avilissants, comme celui d'espion des inquisiteurs d'Etat à Venise. Mais il a laissé des documents manuscrits qui permettent de reconstituer les dernières années de sa vie. M. Charles Henry se propose de publier d'après les manuscrits appartenant à M. Brockhaus et diverses pièces inédites un ouvrage destiné à compléter et à commenter les mémoires de Casanova. Ce sera un véritable service rendu aux lettres que de jeter plus de lumière sur « cet esprit sans pareil, dont chaque mot est un trait et chaque pensée un livre » (le prince de Ligne). H. Vast.
BiBL. : Le prince de Ligne, ŒJaures. — Sainte-Beuve, Causey'ies du lundis t. V. — Charles Henry, Jacq. Casanova et la critique historique, dans Revue historiaue, t. XLÏ (1889). ^
CASANOVA (Francesco), peintre et graveur italien, né à Londres en 1730, mort à Bruhl près Vienne (Autriche) en 1805. Frère de Jacques Casanova, il vint fort jeune à Venise, dont ses parents étaient originaires, et y fit ses premières études, dirigé par Guardi et par Simonelli. Vers 1751, il partit pour Paris, où son talent déjà formé lui valut le patronage et les conseils de Parrocel et, après un fructueux voyage d'études en Allemagne, l'Académie royale de peinture lui ouvrit ses portes (1763). Cet artiste plein de verve, de fougue et de hardiesse, peignit principalement des combats de cavalerie, des scènes de chasse et parfois des sujets de genre ou des paysages ; il reçut quantité de commandes, chèrement payées, surtout du prince de Condé et de l'impératrice Catherine 11, mais la prodigalité et le faste qui étaient innés chez lui l'empêchèrent néanmoins de s'enrichir, et il dut môme, pour se soustraire à ses créanciers, quitter Paris et se réfugier à Vienne. Parmi les quatre tableaux de Casanova que possède le Louvre, deux toiles représentent les Victoires du grand Condé sur les Bavarois et les Espagnols, et les deux autres des Paysages avec animaux. Ad. T.
BiBL. : Ch. Blanc, Hist. des peintres.
CASANOVA (Giovanni), peintre et critique italien, frère puîné des précédents, né à Venise en 1732, mort à Dresde en 1795. Peintre médiocre d'histoire et de portraits, il fit ses études à Rome, sous la direction de Raphaël Mengs, et se lia dans son atelier avec Winckelmann, dont il illustra certains ouvrages ; il ne partagea cependant jamais l'admiration trop exclusive de son ami pour l'antiquité et sut se tenir dans un sage éclectisme. Nommé directeur et professeur de l'Académie des beaux-arts à Dresde, il contribua, moins par son pinceau que que par ses enseignements et ses écrits, à développer le goût artistique en Allemagne. Ses dissertations sur les monuments de l'art ancien font encore autorité dans ce pays ; éditées primitivement en italien, plusieurs ont été traduites en allemand (Leipzig, 1771). Ad. T.
CASANOVA (Ludovico), jurisconsulte et publiciste italien moderne, auteur de divers ouvrages de droit international dont les deux principaux sont : Trattato di diritto internazionale moderno (Firenze, 1870, 2 vol. in-8), et Lezioni del diritto internazionale (1870).
CASANOVA Y EsTORACH (Antonio), peintre espagnol contemporain, né à Tortose, province de Tarragone, et élève de M\I. F. de Madrazo, Carlos Ribera et de l'école des beaux-arts de Barcelone. En 1866, il prenait part à
l'exposition faite dans cette ville avec un tableau d'histoire représentant Alphonse VIII ^ haranguant ses soldats avant de livrer la bataille de Las Navas, pour lequel il obtint une mention honorable. L'artiste figura à TExposition universelle de 1878, à Paris, avec deux tableaux de genre : r Atelier d'un peintre et le Chocolat, Fixé à Paris, il expose régulièrement aux Salons annuels. 11 y a obtenu une mention honorable. P. L.
CASANSÂO DE SINIIVIBÛ ( Jean-Lins- Yieira), vicomte de SiNiMBû, homme d'Etat brésilien, né à Sâo Miguel dos Campos (Alagoas) le 20 nov, 1810. Ministre du Brésil à Montevideo en 1842, il refusa de reconnaître le blocus que le dictateur Rosas voulut y établir et par celte décision sauva, à ce moment, l'indiépendance de l'Uruguay. Membre de la Chambre des députés, il passa au Sénat en 1857. Ministre des affaires étrangères ^1859-1861), ministre de l'agriculture et de la justice (1862-1864), président du Conseil (1878-1879), il eut en ce dernier poste à soutenir une lutte acharnée en faveur de l'élection directe. Il échoua, mais hâta l'adoption de cette réforme qui aboutit en 1881.11 fut président du Sénat de 1879 à 1887. R.-B.
CASAQUE. Au moyen âge, on donna successivement les noms de cotte d'armes, hoqueton et casaque, à un vêtement qui se mettait par-dessus la cuirasse qu'il était destiné à protéger contre les intempéries. Lorsqu'il faisait beau, on le laissait flotter à peu près comme la pelisse des anciens hussards. Les vêtements portés par-dessus la cuirasse étaient ornés de bandes, de losanges ou de pièces d'étoffes taillés suivant certaines autres formes. Ces divers ornements, dont la couleur différait de celle du fond, constituaient des signes de reconnaissance qui permettaient aux hommes d'armes d'une même compagnie de se retrouver, et grâce auxquels les chefs de corps pouvaient, de loin, se rendre compte de la façon dont se comportaient leurs soldats. Ceux ci, lorsqu'ils voulaient déserter ou se mal conduire, dissimulaient facilement les signes de reconnaissance dont nous venons de parler en retournant leur casaque, telle est du moins l'origine que les anciens auteurs donnent à la locution si connue. Au xvi« siècle, la casaque était munie de manches ouvertes et flottantes, mais qui pouvaient se fixer autour du bras à l'aide de boutons. Au siècle suivant, ces manches disparurent et la casaque ne conserva que des « épaulières froncées ». Ce furent les mousquetaires qui portèrent les dernières casaques dont ils avaient hérité des carabins; cependant, après eux, il reste dans l'armée un souvenir de cet ancien vêtement militaire, et l'ordonnance du 25 avr. 1767, qualifie encore de casaque l'uniforme porté par les trompettes et les timbaliers. Quelquefois on a donné le nom de casaque à un véritable justaucorps, telle était la casaque bleue portée par les soixante favoris de Louis XIV. On a aussi nommé casaque un vêtement civil qui se portait surtout à cheval, au xvii® siècle, il y eut aussi des casaques pour les piétons, elles étaient boutonnées et à larges manches. BiBL. : Demay, le Costume au moyen âge d'après les sceaux. — Quicherat, Histoire du costume en France.
CASARCA (Ornith.). Les Casarcas ou Casarkas {Casarca Bp., Casarka Eyt.) sont des Canards qui habitent la Nouvelle-Zélande, l'Australie, l'Afrique et l'Asie méridionale et qui se rapprochent des Tadornes de l'hémisphère septentrional par quelques-uns de leurs caractères (V. Tadorne), Us sont remarquables par l'élégance de leurs formes et la beauté de leur plumage. Leur port élancé rappelle celui des Oies et leurs pattes sont moins recourbées que chez les Canards ordinaires, de sorte que le corps est mieux en équilibre et que la démarche de l'oiseau est moins embarrassée. Le bec, plus court que la tête, est déprimé ou même légèrement excavé au milieu et faiblement relevé à l'extrémité, mais il n'offre pas à sa base, comme chez les Tadornes mâles, une protubérance charnue, dont les dimensions peuvent s'exagérer à certaines saisons ; les ailes sont de longueur
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moyenne et le plumage lustré offre tantôt le même système de coloration dans les deux sexes, tantôt des "couleurs notablement différentes. Cette diversité de livrée s'observe chez le Casarca variegata (Gm.), de la Nouvelle-Zélande, dont le mâle porte un capuchon d'un vert métallique, tandis que la femelle porte un capuchon blanc, contrastant avec les teintes brunes et rougeâtres du reste du corps. Au contraire, chez les Casarcas que
Casarca rutila Pall.
l'on rencontre dans l'Europe occidentale, dans l'Inde, en Egypte et en Barbarie (C. rutila Pall.), il y a pour les individus adultes ou des deux sexes une livrée dont le roux est la teinte dominante et qui est relevée par du noir brillant sur les ailes, les mâles ne différant des femelles que par la nuance grise de leur capuchon et par la présence d'un collier étroit d'un noir verdâtre. Encore ce collier n'est-il pas toujours bien apparent.
La véritable patrie du Casarca rutila ou Casarca roux se trouve dans l'Asie centrale et orientale et ce n'est guère qu'en hiver qu'il se montre dans les contrées méridionales. 11 niche dans des terriers abandonnés ou dans des troncs d'arbres creux et dépose sur une couche d'herbes et de duvet ses œufs à coquille lisse, d'un blanc jaunâtre. Comme les canetons ordinaires, les jeunes vont immédiatement à l'eau, sous la conduite de leur mère. Vers la fin de l'été, les familles se réunissent et forment quelquefois des bandes de plusieurs milliers d'individus qui remplissent les airs de leurs cris retentissants. Ces oiseaux sont naturellement très méfiants et ne se mêlent pas volontiers aux autres Anatidés. Ils s'apprivoisent cependant sans de trop grandes difficultés et se reproduisent en èaptivité. A l'heure actuelle on commence à voir communément dans les jardins zoologiques cette espèce dont le prix s'est maintenu, pendant assez longtemps, à un taux très élevé. Le Casarca roux est considéré comme un animal sacré par quelques tribus mongoles. En Russie, on le connaît sous le nom de Cassart et, dans l'Inde, sous celui de Canard des Brahmines, Ë. Oustalet.
BiBL. : J.GouLD,B. o/'ÉJwropajpl. 358, et B.of Austral., t. VII, pi. 7. --Eytox, Monogr. Anat. pi. — Proceed, Zool. Soc. London, 1864, pi. 19. — Degland et Gerbe, Ornith. europ., 2« éd., 1867, t. IL
CASAREGIS (Giuseppe-Lorenzo-Maria), jurisconsulte italien, né à Gênes le 8 août 1670, mort à Florence le 9 août 1737. De famille noble, il suivit à Pise les leçons du légiste Brandius et professa lui-même le droit vers l'âge de vingt ans. Il devint ensuite auditeur de rote à Sienne, puis à Florence. Ses remarquables travaux sur la législation commerciale lui valurent une incontestable autorité. Le citant après plusieurs jurisconsultes célèbres, Valin, dans la préface de son commentaire sur l'ordonnance de la marine de 1681, ^exprime ainsi : « Cet auteur est, sans contredit, le meilleur de tous », et Dupin (Biblio-
CASAREGÏS — CASAS
thèque choisie des œuvres de droit) le considère comme « l'écrivain le plus distingué de ceux qui ont traité des matières commerciales ». Détail assez curieux : Casaregis, bien qu'étranger, portait le titre de Bourgeois de Paris, qu'il tenait de son père auquel le roi Louis XIV l'avait conféré. Il était Irère du poète Jean-Barthélemy-Stan. Casaregis. Son principal ouvrage a pour titre : Discursus légales de commercio (Florence, 1719-29, 3 vol. in-fol.; Venise, 1740, 4 1. en 3 vol. in-fol.). Casimir Cheuvreux.
CASA R ES (Punta). Cap du littoral de Nicaragua (Araér. cent.) sur l'Océan pacifique, à la hauteur de la partie centrale du lac de Nicaragua.
CASA R ES (Jacopo-Antonio), peintre espagnol, qui travaillait à Valence de 1625 à 1679. il étudia dans l'atelier de Francesco Ribalta et a peint dans la manière de ce maître des tableaux estimés pour la cathédrale de Valence et d'autres églises d'Espagne.
CASARÈS (Diego-Antonio de), peintre espagnol, qui vivait à Séville vers le milieu du xvii« siècle. Son nom figure pour les années 1668, 1671 et 1672 parmi ceux des artistes qui entretenaient de leurs deniers les cours de peinture de l'Académie de Séville récemment établie par leurs soins. Casarès mourut encore très jeune et ne laissant qu'un bien petit nombre d'ouvrages. Cean Bermudez dit ne connaître de lui qu'un Ecce Homo, placé dans le bas-chœur du couvent de la Merced, à Séville, et il loue dans cette peinture l'habileté du dessinateur en même temps que le bon goût et la science du coloriste. P. L.
BiBL. : Cean Bermudez, Diccionario de losmas ilustres profesores; Madrid, 1800.
CASAS ou de CASAUS (Bartolomé de las), célèbre missionnaire et écrivain espagnol, né à Séville en 1474, mort à Madrid en juil. 1566. Ses ancêtres, apparentés aux vicomtes de Limoges, étaient établis en Andalousie depuis le xiv® siècle; deux membres de la famille, Alfonso et Guillen, avaient été rois des Canaries au xv® siècle ; son père Francisco, ayant accompagné Chr. Colomb dans son second voyage (1493), reçut, dans l'île d'Haïti, une concession que Bartolomé alla administrer (1502), après avoir fait ses études à l'Université de Salamanque, mais en 1510 il fut ordonné par l'évêque de Saint-Domingue et il afiirmait avoir été le premier à recevoir la prêtrise dans le nouveau monde. Appelé à Cuba par Diego Velasquez (1512), il accompagna Narvaez comme aumônier dans l'expédition à Camagiiey, s'interposa souvent entre les soldats et les indigènes, se fit aimer de ceux-ci et accepta néanmoins (1514) une répartition de terres et d'Indiens sur le bord de l'Arimao, près de Xagua ; mais bientôt, voyant la rapide extinction des naturels astreints aux plus rudes travaux, il rendit la liberté à ceux qui lui avaient été attribués et partit pour l'Espagne, afin de faire connaître au roi les cruautés des conquistadores et la dépopulation des nouvelles colonies (1515). Par ses ardentes sollicitations, ce simple clerigo de las Indias, comme on l'appelait, obtint des représentants de Charles- Quint des ordonnances en faveur des Indiens ; de plus, il fut nommé procurador ou protector universal de todos los Indios, avec un traitement annuel de 100 piastres, et adjoint comme conseiller aux pères Hiéronymites chargés du gouvernement d€S Indes (1516). 11 repartit avec eux pour Haïti, mais il ne put améliorer le sort de ses protégés et dut retourner en Espagne (1517), où il gagna les bonnes grâces du grand chancelier Jean Sauvage. Chargé de réformer la législation des Indes, il proposa quelques bonnes mesures { mais il eut le tort, et il s'en repentit bientôt, de généraliser la substitution d'esclaves nègres aux serfs indigènes. Avec l'appui des conseillers flamands de Charles-Quint, qui le nomma son chapelain, il fit reconnaître, malgré l'opposition du conseil des Indes, que les naturels devaient être traités en hommes libres et en chrétiens ; comme il prétendait pouvoir les soumettre par la seule prédication et par une colonisation pacifique, la prov. de Paria (c.-à-d. presque
tout le Venezuela actuel) lui fut concédée (1520), avec la faculté de créer cinquante chevaliers pour s'en faire de zélés collaborateurs. Il emmena trois cents laboureurs dont une partie le quittèrent dans les Antilles, s'associa avec des colons d'Haïti et alla s'établir sur les bords du Cumanâ. Mais le mauvais vouloir des conquérants qui l'avaient précédé et les excès de ses propres compagnons attirèrent sur eux les représailles des Indiens ; pendant un voyage qu'il fit à Saint-Domingue, une partie d'entre eux furent massacrés et les autres durent se réfugier dans l'île de Cubagua. La ruine de ses projets lui fit sentir la nécessité de s'appuyer sur un ordre puissant, qui pût l'aider à les réaliser plus tard ; comme les dominicains de l'Observance s'étaient hautement prononcés en faveur des Indiens, il fit profession dans leur monastère de Saint- Domingue (1523). Etant en Espagne en 1530, il fit proclamer par le gouvernement que les indigènes du Pérou étaient de condition libre et il alla le notifier aux conquérants de ce pays, Almagro et les Pizarre (1532).
A son retour, il fonda le couvent des dominicains à Guatemala (1534) et, avec quelques-uns d'entre eux, notamment le P. Luis Cancer, il entreprit de pacifier, en l'évangélisant, la région montueuse de Tuzulutlan, surnommée Tierra de guerra^ parce que les conquérants n'avaient pu la réduire par les armes, et depuis appelée Vera Paz, lorsque les efforts des missionnaires eurent été couronnés de succès (1537) ; ils réunirent à Rabinal cent familles de néophytes, puis ils s'occupèrent de la conversion des Indiens de Coban ; après quoi, le clergé de Guatemala les chargea d'aller recruter des missionnaires en Espagne (1539). Cancer en ramena des franciscains (1541) ; quant à Las Casas, retenu à Séville par le cardinal G. de Loaysa, président du conseil des Indes, il prit une part active à la confection des ISuevas Leyes para la gobernacion de las Indias y buen iratamiento y conservacion de los Indios promulguées en 1543 (éditées à Alcala, 1543 ; à Madrid, 1585 ; à Valladolid, 1603, et dans Coleccion de documentos para la histona de Mexico, publiée par J.-G. Icazbalceta, Mexico, 1866, t. I, pp. 204-236, in-4). Après avoir refusé le siège de Cuzco, il fut nommé évêque de Chiapa (1542), mais ne put s'y rendre que deux ans plus tard, après avoir été consacré à Séville (1544), A son arrivée en Amérique, il fut très mal accueilli des colons qui se disaient ruinés par l'affranchissement des Indiens ; en butte à la haine du président de l'audience de Guatemala, dont la famille possédait plus de soixante mille serfs indi* gènes, il dut recourir aux grands moyens pour faire respecter les ordonnances libératrices, et refuser l'absolution aux propriétaires d'esclaves ; ses diocésains ne voulant ni le reconnaître, ni lui payer la dîme, ni même lui vendre d'aliments, il dut transporter son siège de Ciudad Real de SaU'-Cristoval à Chiapa, au milieu des Indiens, et même quitter son diocèse (1546). En passant par Mexico, il y soutint à l'assemblée ecclésiastique les doctrines qui lui étaient chères, puis il retourna en Espagne (1547) pour n'en plus sortir. Au colloque de Valladolid (1550), il eut à combattre les théories esclavagistes de l'historiographe royal Ginés de Sepùlveda et, à cette occasion, il publia en espagnol un résumé de la controverse (Séville, 1552 ; Barcelone, 1646 ; Paris, 1697 ; ib., 1822, dans l'édition et la traduction des OEuvres de Las Casas par Llorente). Son tempérament fougueux et son zèle souvent inconsidéré lui avaient suscité tant d'ennemis^ même parmi les ecclésiastiques, qu'il se vit dans l'impossibilité de remplir ses devoirs épiscopaux ; il résigna donc son évêché en 1550 et vécut soit dans la retraite au collège dominicain de San-Gregorio à Valladolid, où il composa nombre d'ouvrages, soit dans les diverses résidences royales où ses fonctions de procureur général des Indiens n'étaient pas une sinécure. Il plaida la cause de ces opprimés, non seulement de vive voix, mais encore dans une douzaine d'opuscules en espagnol ou en latin, dont neuf
CASAS — CASAT
furent publiés à Séville en 1552 et 1553 ; six réimprimés à Barcelone en 1646 ; quelques-uns dans ses Œuvres éditées par D. Llorente (Paris, 1822, 2 vol. in-8)^ ou ailleurs. Il y expose avec la plus grande franchise, et parfois même avec exagération, les abus du gouvernement colonial, les cruautés des conquérants, les injustices dont les princes dépossédés et les peuples soumis étaient victimes ; il proclame leurs droits à la liberté et à la propriété ; déclare qu'ils doivent relever directement de la couronne et que ni leurs terres ni leurs personnes ne peuvent être aliénées au profit de commandeurs ou feudataires. Il ose même affirmer que le roi ne peut établir d'impôts sans le consentement des contribuables. Ce libéralisme et cette hardiesse de langage ne déplaisaient pas à Philippe II qui continuait à le soutenir après son avènement et qui le faisait loger à la cour. Son argumentation scolastique et très serrée, basée sur l'Ecriture et le droit civil et canon qu'il possédait à fond, est parfois très chaleureuse ; il ne recule devant aucune conséquence, pas même devant Mémancipation immédiate des serfs indiens, qui eût totalement ruiné les colons. Ses ouvrages eurent un immense retentissement, même à l'étranger; les adversaires de la domination espagnole y puisaient à pleines mains des charges accablantes pour les conquistadores et aussi pour le gouvernement que ses bonnes intentions et ses sages ordonnances, par trop mal appliquées, ne suffisent pas à justifier. Aussi Las Casas trouvat-il parmi ses compatriotes des contradicteurs dont les plus célèbres sont Sepùlveda et Bernardo de Vargas Machuca, mais non Motolinia, car la Lettre à Charles- Quint (1554), qui lui est attribuée, ne peut être de lui, étant en complète contradiction avec son Historia de los Indios; aussi A. -M. Fabié en conteste-t-il l'authenticité. Le plus célèbre des opuscules que publia Las Casas est la Brevisima relacion de la destruycion de las Indias (Séville, 1552 ; plusieurs fois réimprimée ; version différente éditée par A. -M. Fabié dans Coleccion de documentos inéditos para la historia de Espana, par le marquis de la Fuensanta del Valle ; Madrid, 1879, t. LXXI, pp. 1- 199, in-8), traduit en flamand, en hollandais, en français (Paris, 1578, 1582,1697,1822; Francfort, 1597), en anglais, en allemand, en latin et en italien.
Ses deux ouvrages les plus importants pour nous ne furent pas imprimés de son vivant ; c'est d'abord ÏMistoria de las Indias, dont il commença à s'occuper dès 1527 ; mais sa première rédaction fut perdue avec la plupart de ses papiers ; la seconde commencée en 1552 devait se composer de six décades ; on n'en connaît plus que trois relatives aux années 1492-1520 et terminées en 1561 ; il est probable que son grand âge l'empêcha de la poursuivre jusqu'à sa mort, comme il en avait manifesté l'intention. En la léguant au collège de San-Gregorio (1559), il défendit de la laisser lire avant 1600, mais si elle fut communiquée auparavant à Herrera qui lui a fait de fréquents emprunts, elle n'a été publiée que récemment : à Madrid par le marquis de la Fuensanta del Valle (1875- 76, 5 vol. in-8) et à Mexico par J.-M. Vigil (1877-78, 2 vol. in-4). Pour les événements des années 1502- 1520, elle a l'importance de mémoires contemporains, puisque l'auteur connaissait personnellement la scène et la plupart des auteurs ; pour les années antérieures il s'appuie sur la vie de Christophe Colomb par son fils Fernando. Non content d'y faire le procès des conquérants, il se proposait d'y joindre une apologie de ses chers protégés, en exposant les avantages et les beautés de leur pays, ainsi que leurs qualités, k raison de leurs lois, de leurs coutumes et même de leur religion ; en un mot, il voulait montrer, malgré les dénégations de graves personnages, que ces pauvres opprimés étaient des êtres intelligents. Mais ce travail prit de si vastes proportions (267 chap. en 830 pp. in-fol.) qu'il dut le détacher et en faire un ouvrage à part intitulé Historia apologética de las Indias, L'original, communiqué avec quatre autres
volumes de Las Casas à l'historien J.-B. Munoz, fait partie des papiers de ce dernier conservés à la bibliothèque de l'Académie de l'histoire d'Espagne ; malgré son intérêt, il n'en a été publié que quelques chapitres à la fin du t. Y de l'édition de V Historia de las Indias, L'autorité de Las Casas est grande : il avait habité, parcouru ou étudié, non seulement les Antilles, mais encore le Mexique, l'Amérique centrale, le Venezuela et le Pérou. Quoique ses phrases interminables soient souvent embrouillées, son style ne manque pas de charme et ses histoires sont au nombre des plus précieux documents hispano-américains. Elles reflètent sa grande âme et les généreuses passions qui lui mériteraient le titre d'illustre philanthrope, n'était la question des nègres. Beâuvois.
BiBL. : Un grand nombre de documents émanés de lui ou le concernant, ont été publiés dans : Coleccion de documentos inéditos para la historia de Espana; Madrid, 1879, t. LXX, LXXI, ia-8, à la suite de Vida y escritos del Padre Fray B. de las Casas, par A.-M. Fabié ; Coleccion de doc. inéd. del Archivo de Indias; Madrid, t. Vil, X, XIX etXLI, in-8; Coi. déjàcitéedeJ.-G. Icazbalceta; Mex., 1858, 1866, 2 vol. in-i. — Ses ouvr. et surtout ses avant-propos sont parsemés de notes autobiog. — Oviedo, Hisf. de las Indias, édit. de J.-Am. de los Rios, t. I, pp. 157,599-602.
— GoMARA, dans Historiadores de las Indias de Vedia; Madrid, 1877, 1. 1, p. 205, ^r. in-8. — Herrera, Dec. II- VIII.
— J. DE ToRQUEMADA, Mon. ind., t. I-lII. — A. Davila Padilla, Hist. de laprov. de Santiago de Mexico; Madrid, 1596, pp. 378-411, in-4. — A. de Remesal, Hist. de la prov, de S. Vicente de Chyapa y Guatemala; Madrid, 1619, in-fol. — Quintana, Vidas de Espanoles célèbres : Madrid, 1833. t. III, et en tête de l'éd. de VHist. de Us Indias; Mex., t. I. — LioRENTE, biogr. en tête des Œuvres de las Casas; Paris, 1822. - J.-F. Ramirez, jBiogfî-. de Motolinia, en tête du t. I des Doc. de Mex., édit. par Icazbalceta. -— A. Helps, the Life of Las Casas; Philadelphie, 1867. — CârlQs GuTiERREz, Fray B. de Las Casas, sus tiempos y au
the Printed edit. of the 'woi^ks of Las Casas; New-York, 1870, in-8 (Extr. du Dictionary of boohs relating to America, t. III et X).
CASAS (Vicente de las), historien espagnol, né à Séville en ISOO, mort à Mexico en 1586. Etant passé au Mexique avec les premiers missionnaires dominicains en 1526, il entra dans leur ordre, reçut la prêtrise, devint maître des novices et fut plusieurs fois envoyé en Europe comme procureur. L'histoire de la province dominicaine de Santiago de Mexico sous les trois premiers provinciaux (jusque vers 1550) avait été écrite par l'un d'eux, Andrés de Moguer ; les PP. Domingo de la Anunciacion et y. de Las Casas la reprirent depuis le commencement, y ajoutèrent bien des faits nouveaux et la continuèrent jusqu'en 4580 ; enfin, A. Davila Padilla la poursuivit jusqu'en 1585, la tripla et la publia à Madrid en 1596. C'est une précieuse source. On doit peut-être attribuer à V. de las Casas le Cancionero spiritual^ suivi du %5tère du Jugement dernier^ le tout imprimé à Mexico en 1546. — Un autre Espagnol du xvi« siècle, Gonzalo de las Casas, né à Tolède, fut longtemps alcalde mayor et commandeur de la Mistèque. Il publia : Arte para criar la seda en la Nueva Espana (Grenade, 1580, in-8, réimprimé avec VAgricûltura de Herrera, Madrid, 1690), et laissa en manuscrit : Defensa de la conquista y con-quistadores de la ISueva Espana et Tratadô de la guerra con los Chichimecas. B-s.
CAS AT L Nom porté au xvii® siècle par plusieurs musiciens italiens : 1" Girolamo ou Hieronymo Casati, frère carme, organiste et maître de chapelle. Il a publié : Sacrœ eantiones (Yemse, 1625) ; Armonicœ cantîones (Milan, 1635) ; — 2^ Théodore Casati, organiste et maître de chapelle à Milan, auteur de plusieurs œuvres de musique sacrée ; la bibliothèque nationale possède ses Concerti ecclesiastici (1668) ; — 3^ Gasparo Casati, frère récollet, maître de chapelle à Novare. Il a publié : Primo libro de Motetti (Venise, 1643, 2® éd.) ; Sacri Concerti a voce sola (Venise, 1641) ; // Terw libro de sacri Concerti (id., 1642) ; Messale salmi concertati (id., 1644) ; Sciélta d'ariosi vaghi e concertati mo-
CASAT[ — CASAUX
t(Ul(ïd,, 1645) ; Scielta d'arlosi salmi (id., 1645). Plusieurs compositions de Gasparo Casati, extraites des œuvres précédentes, ont été insérées dans divers recueils de musique sacrée publiés à la même époque. M. Br.
CASATI (Paolo), jésuite et mathématicien italien, né à Plaisance en 1617, mort à Parme le 22 déc. 1707. Il professa, dans divers collèges de jésuites d'Italie, les mathématiques et la théologie, fut envoyé en Suède, où il prit part à la conversion de la reine Christine, et à son retour fut finalement placé à la tête de l'Université de Parme, qu'il dirigea pendant trente ans. A la fin de sa vie, il devint aveugle. On a de lui : Vaouum proscrlptum (Gênes, 1649) ; De Terra mackinis mota (Rome, 1666); la Tromba parlante (Parme, 1673) ; Mechanicorum libri octo (Lyon, 1684) ; Fabbrica ed uso del compasso di proporûone (Bologne, 1664 et 1668) ; De Igné dùsertationes (Venise et Parme, 4686 et 1695); Hydrostaticœ disserlationes (Parme, 1695) ; Opticœ disputationes (VdiTme, 1705); enfin un écrit théologique De Angelis (Plaisance, 1703). T.
CASATI (Gabrio, comte), homme politique italien, né à Milan le 2 août 1798, mort à Milan le i6 nov. 1873. C'était le frère de Teresa Casati, la femme si dévouée du comte Confalonieri (V. ce nom). Podestat de Milan dès 1837, il était encore en charge au moment des cinq grandes journées de mars 1848. Les patriotes l'entraînèrent dans le mouvement et le mirent à la tête du gouvernement provisoire de la Lombardie. Après l'annexion de cette province aux Etats de Charles-Albert, il entra à la Chambre des députés et succéda à Cesare Balbo comme président du conseil (29 juill.). Ce second ministère constitutionnel ne dura que quelques jours : la capitulation de Milan amena sa retraite. Casati donna sa démission de député en oct. 1848, mais il resta en Piémont, présida la consulte lombarde instituée par le roi, et fut fait sénateur le 20 oct. 1853. Après la paix de Villafranca, il reçut le portefeuille de l'instruction publique dans le ministère La Marmora-Rattazzi (19 juill. 1859- 16 janv. 1860). C'est lui qui, en vertu de pleins pouvoirs, rédigea la loi fondamentale de renseignement public et privé, datée du 15 nov. 1859. Cette loi, qui porte son nom, fut étendue plus tard à presque toute l'Italie. Casati fut ensuite président du Sénat pendant quatre ans. — Son fils, LuigU est sénateur depuis le 9 nov. 1872. F. H.
CASATI (Gaetano di Monza), voyageur italien en Afrique. M. Casati, capitaine des bersagliers, parti de Gênes le 24 déc. 1879, est arrivé en 1880 auprès de Gessi-Pacha, à la Mechara'a Er-Req. Il résolut alors d'étudier le cours du Wêllé, rivière que Ton supposait être; la tête soit de l'Arouwimi, affluent du Congo, soit du Châri qui se jette dans le lac Tsâd. Le voyageur a pu parvenir jusqu'à Tangassi, à environ 30 kil. au S. de l'ancienne capitale de Mounza, roi des Monbouttou. Mais, au commencement de 1882, étant au S. de la Mayo, dans le village de Popo, il fut retenu prisonnier par le chef, appartenant à la tribu des Monbouttou. En 1883, on le retrouve au poste de Lado, sur le Nil, où il fut bloqué par l'insurrection musulmane avec Emin -Pacha et le docteur Junker. D'après le rapport de M. Stanley en date du 28 août 1888, celui-ci a rencontré M. Casati avec Emin-Pacha le 29avr. 1888, sur les bords de l'Albert Nyanza. M. Casati a déclaré à ce moment qu'il suivrait la ligne de conluite d'Emin en ce qui touchait le départ de ce pays. Il est parti en effet avec Emin-Pacha et M. Stanley et arrivé sain et sauf à Zanzibar le 6 déc. 1889. G. Regelsperger.
BiBL. : L'Esplorazione commercia/e; Milan (nombreux articles dans les années 1880 et suiv,). — Maunoir et H. DavEYRiER, l'Année géographique, passim.
CASA U BON (Isaac), grand humaniste du xvi® siècle, fils d'Arnaud Casaubon, helléniste célèbre que Scaliger appelait « le phénix des érudits », né le 18 fév. 1 5o9 à Genève, r^iort à Londres le 1^^ juill. 1614. Il fit à Genève de si brillantes
études que le conseil de l'Académie de cette ville l'agréa, le 5 juin 1582, comme professeur de grec. Vers la fin de l'année 1595, il se laissa tenter par les offres séduisantes qu'on lui faisait à l'Université de Montpellier et il y occupa pendant quelque temps une chaire de grec et de belles-lettres ; mais toutes lès promesses ne furent pas tenues, aussi il n'hésita pas à répondre aux offres de Henri IV, qui l'appelait à l'Université de Paris. A peine avait-il pris possession de son poste, le 6 mars 1600, que le roi le choisit comme l'un des commissaires protestants dans la célèbre conférence de Fontainebleau, entre Du Perron et Duplessis-Mornay. Casaubon y eut une attitude des plus loyales; il mit de côté tout esprit de parti et reconnut l'inexactitude des citations des Pères faites par Mornay, dans son Institution de r Eucharistie . Ses coreligionnaires ne le lui pardonnèrent pas et l'accusèrent de faiblesse, de trahison et d'hypocrisie. Cela n'empêcha pas Casaubon de demeurer ferme dans sa foi. Après l'assassinat de Henri IV, n'ayant rien à attendre de la faction qui dominait à la cour, il se rendif en Angleterre où le roi Jacques P^ lui fit l'accueil le plus flatteur ; on lui conféra le titre de conseiller, on lui donna deux prébendes, l'une à Cantorbéry, l'autre à Westminster, et on lui fit en outre une pension de 4,000 livres. Quand il mourut, on l'ensevelit h Westminster. — Critique et philologue de premier ordre, Casaubon possédait à fond les langues grecque et latine ; il a excellé dans l'art de commenter les textes antiques. Les éditions de Diogène Laërce, de Strabon, de Polyen, de Théophraste, de Suétone, peuvent encore être citées aujourd'hui comme des modèles du genre. U a laissé aussi des études remarquables sur Théocrite, Polybe, Denys d'Halicarnasse, Dicéarque, Pline le Jeune, Apulée, Aristote, Perse, Dion Chrysostome. Mentionnons enfin son édition de Grégoire de Nysse et celle du Nouveau Testament qui parut à Genève en 1587. On peut dire que Casaubon ne nous a été entièrement révélé que vers le milieu de ce siècle, par la publication de ses Eph'Hnérides que fit en 1850, M. John Russel, chanoine de Cantorbéry. Ce journal intime nous le fait connaître d'à près nature, jour à jour. Alfred Gary. BiBL. : îs. Casauboni Epistolœ, publ. par Raphaël Thorius : La Haye, 1638, in-8. — J. Russel, Ephemerides Is. Casauboni cum prœfatione et notis ; Oxford, 1850, 2 vol. in-8. — NiSARD, le Triumvirat littéraire au ^vi" siècle [L Lipse, Scaliger, Casaubon); Paris, 1852, in-8. — Sainte-Beuve, Causeries du Lundi (30 juillet 1860). — Bulletin de la Société de l Histoire du Proiestanlisme français, t. II, III, IV, XIV, etc., passim. — Ch. Dardier, article de V Encyclopédie des sciences religieuses. — La France proteslanle, t. III, col. 806 à 824, 2« éd.
CASAUBON (Florence-Etienne-Méric), fils du précédent, né à Genève le 14 août 1 599, mort à Cantorbéry le 14 juill. 1671. Maître es arts de TUniversité d'Oxford en 1621, il débuta dans la carrière littéraire par une apologie de son père dont les mœurs et la religion avaient été ^attaquées par quelques auteurs catholiques. Cet écrit lui valut la faveur de Jacques l^^ qui le pourvut de bénéfices considérables ; il devint prébendaire de Cantorbéry et recteur d'ickham. Lorsque Cromwell eut renversé la royauté anglaise, Casaubon se refusa à reconnaître le pouvoir du Protecteur. La Restauration le récompensa de sa fidélité, en lui rendant ses bénéfices. A sa mort, il fut enterré dans la cathédrale de Cantorbéry. Principaux ouvrages : Merlci Casauboni^ Isaaci filii, Pietas contra maledicos patrii nominis et religionis fiostes (Loxià., 1621, in-8); M. Aurelius Antoninns^ meiitations concerning himself (Lond., 1634, in-4'); Persii satyrœ cum notis Is, Casauboni (Lond., 1647, in-4, édition plus ample que celle de 1605); Of the necessity o f re formation in and before Luther s lime (Lond., 1664, in-4): A Letter to Peter Du Moulin concerning natural and experimen" talphilosophy (Cant., 1669, in-4). Alfred Gary.
BiBL. : La France protestante^ t. III, col. 824 à 827, 2« éd.
CASAUX (Charles, marquis de), agronome etpubliciste
GASAUX — CASCADE
français, mort à Londres en 1795. Propriétaire à l'iie de Grenade et devenu Anglais avec cette île en 1763, il se fit connaître d'abord par un mémoire sur la culture de la canne à sucre, qui devint en 1781 un gros traité sur la matière. Ce mémoire, adressé à la Société royale de Londres, lui valut le titre de membre de cette société. Il fit partie aussi de la Société d'agriculture de Florence. Il voyagea beaucoup. De 1788 à 1792, il habita tour à tour Londres et Paris. H avait des relations avec les grands seigneurs libéraux de 1789, notamment avec le duc de La Rocheloucauld. H composa, à la veille et au moment de la Révolution, différents ouvrages sur le mécanisme des sociétés, sur le salaire des ouvriers, sur l'impôt territorial. Son style est bizarre, pénible, rebutant, mais il y a de l'originalité dans ses idées politiques qu'il exposa d'abord dans trois brochures intitulées : V Questions à examiner avant l'Assemblée des Etats généraux (Paris, 1788, in-1'2); ^^ Différence de trois mois en 1188 (s. l., 1788, in-8) ; 6^ Quelques Idées sur les grandes questions du moment (s. l., 1788, in-8). Ces opuscules ne sont que le préambule d'un écrit plus considérable, intitulé Simplicité de l'idée d'une constitution et de quelques autres qui s'y rapportent, application et conséquences (Paris, 1789, in-8). L'auteur cherche à y concilisr les théories de Rousseau avec celles de Montesquieu. Partisan du système parlementaire anglais, il veut l'adapter à l'esprit démocratique de la France. C'est là que Mirabeau emprunta les idées et, textuellement, un grand nombre de passages de son discours du 1®"^ sept. 1789 sur la sanction royale. — Casaux parlait souvent et avec succès au Club de 1789. Le mouvement républicain l'effraya. Après la journée du 10 août 1792, il émigra à Londres. — La traduction française du Voyage d'Arthur Young par Seules, qui parut en 1793, était accompagnée de notes et d'observations par le marquis de Casaux. F.-A. A.
CASBAH (V. Kasbah).
CAS BOIS (dom Nicolas), savant français de la seconde moitié du xviii® siècle. 11 fut successivement priear de l'abbaye de Beaulieu et de celle de Saint-Symphorien, à Metz, où il enseigna longtemps les belles-lettres, les mathématiques et la physique. Il mourut pendant l'émigration. 11 a fait insérer dans le Dictionnaire encyclopédique t. XVll, dans le Journal encyclopédique de 1765 et 1777 et dans les Affiches des évêchés de Lorraine de 1781 et 1784, divers mémoires sur des hygromètres et aéromètres de son invention, et sur les raisons physiques des affinités chimiques. Il a fait paraître en outre à Metz un Cours de mathématiques à V usage du collège (1774) , et un recueil d'extraits d'auteurs latins pour l'enseignement : Opmcula elementaria, etc. (1779). Casbois paraît être l'inventeur de la méthode de tabrication du vin connue sous le nom de W^^ Gervais. T.
GASCA (Bot.). Nom portugais du Rhamnus alaternus (V. Aiaterne). — Au Brésil, on Si^^elhCascad' A ntaoïida Anta, l'écorce du Drimys granatensis L. (Magnoliacées) et Casca pretiosa l'écorce du Mespilodaphne pretiosa Nées (Lauracées). — Vécorce de Casca on àe Mancâne est l'écorce de VEi^ythrophlceum guineense Don (Légumineuses-Cœsalpiniées). Ed. Lef.
GASCA. Famille romaine (V. Servilius).
CASCADE. I. Géographie. — Les cascades sont des masses d'eau courante se précipitant par une chute brusque d'un lieu élevé. Suivant l'ampleur de la masse d'eau et la hauteur de la chute, on les appelle encore saats, chutes, cataractes. Elles sont nombreuses dans les pays de montagnes oii elles forment un des principaux éléments du pittoresque ; les plus célèbres cependant se rencontrent aux points où de grands cours d'eau passent d'un étage de leur bassin dans un autre par une chute brusque ; telles sont les cataractes du Zambèze, du Saint-Laurent, du Rhin, etc. Parmi les cascades les plus célèbres, soit par le volume de leurs eaux, soit par la hauteur de la chute, nous citerons : en Europe, la cascade de Gavarnie
(406 m.) ; celle du Val d'Enfer, près de Luchon, en France ; celle du Velino (143 m.), près de Terni, et les cascatelles de Tivoli en Italie; du Staubbach (287 m.) dans la vallée de Lauterbrunnen, de Reichenbach (65 m.) près de Meiringen, du Giessbach sur le lac de Brienz, de la Reuss {i^l m.), au Pont du Diable, du Rhin (23 m.), à Laufen, en Suisse; du Krimltall (221 m.) près de Salzbourg, de la Cettina (49 m.) près de Duare (Dalraatie) en Autriche; de Killin (78 m.) et de Greymairstach (114 m.), en Ecosse; de la Gota (30 m.) à Trollhatta du Dabelf près d'EUkarleby, de la Luleâ (195 m.) à Neomelsaskas, en Suède ; du Rjukandfoss (134 m.) • du Voringfoss, de Fuglo (325 m.), en Norvège. — En Afrique, la chute du Zambèze (106 m.) les chutes Ripon et Murchison et les cataractes du Nil. — En Amérique, les chutes du Niagara (50 m.), du Missouri, de Trenton (110 m.), Etat de New-York, de nombreuses cascades en Californie, dont quelques-unes dépassent 500 m., aux Etats-Unis; du rio Bogota (146 m.), à Tequendama, du rio Vinagre (120 m.), à Purace, en Colombie; du Parana, etc.
IL Hydraulique. — Chute d'eau formée d'une pente douce ou composée de bassins peu profonds élevés par gradins et desquels l'eau tombe en nappes ou gouttelettes. Les cascades servent à la décoration des parcs et des jardins ; il y en a de deux sortes , la cascade naturelle et la cascade artificielle. La cascade artificielle est celle où la main de l'art se distingue d'une façon apparente comme composant, dirigeant les effets et les ornant. Ceux-ci peuvent être très variés : la cascade tombe en nappe, en gouttelettes, en rampe douce, en buffet ou par chute de perron. On divise les cascades artificielles en deux espèces : celles où l'art amène les eaux par le moyen d'un réservoir qui s'emplit à cet effet et qui s'épuise par le jeu des chutes et celles qui reçoivent d'une source abondante ou d'une rivière des eaux toujours tombantes et toujoars écumantes dans un canal préparé pour en multiplier les effets. La composition des cascades artificielles admet tous les caprices d'ornements et de figures. On y voit des fieuves, des naïades et des tritons, des serpents, des chevaux marins, des dragons, des dauphins, des poissons, des grenouilles qui vomissent l'eau. Ces cascades peuvent être décorées de tous les élénients aquatiques, tels que glaçons, rocailles, congélations, pétrifications, coquillages, feuilles d'eau, joncs et roseaux. La disposition des cascades naturelles présente de sérieuses ditiicultés, parce qu'il importe de cacher les moyens employés pour produire les effets cherchés. Il y a deux procédés principaux : faire tomber l'eau par filets ou par masse. Cette dernière façon produit une impression plus forte, surtout lorsque les eaux, limpides, claires et transparentes tombent d'une assez grande hauteur. La quantité et la variété des chutes, la diversité des arbres et des buissons suspendus contribuent extrêmement à la beauté de la cascade ; il en est de même des effets de lumière produits sur les eaux par les rayons du soleil et particulièrement du soleil couchant ; on peut aussi remarquer d'une manière générale, que l'aspect sérieux est obtenu à l'aide de roches brutes ; l'aspect agréable au moyen de vertes plantations. L. K.
111. Aht des jardins. — Dès l'antiquité, les cascades ont été employées à Fembellissement des parcs et des jardins et, suivant que ceux-ci paraissent obéir aux caprices de la nature ou afi'ectent, au contraire, de suivre une ordonnance régulière, les cascades qui les ornent s'efforcent, elles aussi, soit d'imiter la nature par leurs effets pittoresques et imprévus, soit de concourir par leurs dispositions étudiées à l'harmonie d'un plan d'ensemble. De là, au point de vue de Part des jardins et quoique toutes les cascades y soient plus ou moins le résultat de travaux spéciaux, leur division en cascades naturelles et en cascades artificielles. Si les premières nécessitent parfois une grande ingéniosité pour dissimu-
CASCADE — CASCARA
1er l'art avec lequel les eaux sont amenées à produire des effets semblant naturels, les secondes, en revanche, sont l'objet des plus savantes combinaisons pour former des ensembles dans lesquels chaque partie, chute, nappe ou jet d'eau doit concourir à l'effet général : aussi les cascades artificielles relèvent-elles davantage de l'art des jardins et même de l'architecture. Pline le Jeune, dans la description de sa maison de Toscane (Lettre à Apollinaire, Y, 6), fait, en plusieurs passages, allusion à de véritables cascades qui y étaient disposées non loin du xyste, et le Canope (V. ce mot) de la villa Adrienne offrait un rare ensemble d'architecture hydraulique dans lequel les cascades tenaient une grande place. A Rome, il faut mentionner, entre autres cascades monumentales, celle du palais Colonna. En France, la grande cascade du parc de Saint-Cloud et celle qui jaillit du château d'eau du palais des Arts de Longchamp, à Marseille, sont des plus remarquables. Charles Lucas.
IV. Mathématiques. — Vieux mot synonyme de dérivée. Rolle a imaginé une méthode dite des Cascades pour la résolution numérique des équations algébriques, cette méthode est à peu près oubliée aujourd'hui.
CASCADE Range. Chaîne de montagne de la région occidentale de l'Amérique du Nord, faisant partie de la grande Cordillère de l'Amérique du Nord et s'étendant du N. au S. depuis la Colombie britannique, jusqu'à la frontière de la Californie, à travers le territoire de Washington et l'Etat d'Orégon. Elle forme un des gradins par lesquels le terrain s'élève de la côte du Pacifique au grand plateau de la Cordillère, limité à l'E. par les montagnes Rocheuses. Son nom lui viendrait des cascades que forme le fleuve Columbia au point où il la traverse pour aller se jeter dans l'Océan Pacifique. La chaîne s'étend au N. dans la Colombie jusqu'au 60« degré, avec des sommets de 2,000 à 2,200 m. Les plus hautes cimes sur le territoire des Etats-Unis, du 49« au 42^ degrés de latit., sont : dans le territoire de Washington, au nord du Columbia, les monts Baker (3,380 m.), Aiks, Rainier (4,392 m.), Adams (2,900 m.), St. Helens (3,323 m.); dans rOrégon, entre les fleuves Columbia et Klamath : les monts Hood (3,400 m.), Jefferson, Three Sisters (3,350 m.), Diamond, Scott, Pitt ou Laughlin. La chaîne, interrompue par la rivière Klamath, se relève brusquement au Sud avec le mont Shaskta (4,400 m.) et se continue à travers la Californie par les deux chaînes de Coast Range et de Sierra Nevada (V. Californie et Corwllêre). a. Moireau.
CASCAES ou ESTORIL. Petit port de l'Estrémadure portugaise à 27 kil. O.-N.-O. de Lisbonne, au delà de l'embouchure du Tage ; bains de mer très fréquentés depuis le roi Joseph par le beau monde de cette capitale, avec des eaux minérales et des carrières de marbre. La population de la commune dépasse 6,000 hab.
CASCALÈS (Francisco de), littérateur espagnol du xviiQ siècle, né à Murcie vers 4570. Il fut professeur de rhétorique et de grammaire dans sa ville natale et mourut vers 4640. Homme de savoir et de goût, il lutta énergiquement contre Gongora et ses partisans dans plusieurs écrits et donna une bonne théorie sur la véritable forme de la tragédie et de la comédie. On a de lui : Discurso historico de la ciudad de Cartagena (important pour l'histoire locale) (Valence, 4598, in-8) ; Tablas poeticas, étude historique sur la poésie (Murcie, 4617, in-8, réimprimées à Madrid, 4779, in-8, avec une vie de l'auteur par Mayans y Siscar) ; Discursos historicos de la muy noble y muy leal ciudad de Murcia (Murcie, 1624, in-fol., contient de plus les Discursos de Cartagena; nouv. éd., 4717, in-fol. avec pi.) ; Carias philologicas, es à saber de letras humanas, varia erudicion, explicaciones de lugares, lecciones curiosas, documentos poeticos, observadones, ritoê i costumbres, i muchas sentencias exquisitas (Murcie, 4634, in-4), recueil intéressant, réimprimé à Madrid (4774) et dont
quelques lettres ont été publiées de nouveau dans le t. LU de la Biblioteca Rivadeneyra; Ars Horatii inmethodum reducta (Valence, 4659, in-8) ; l'auteur ne prétend à rien moins que mettre les préceptes d'Horace dans un ordre plus méthodique et meilleur. E. Cat.
CASCALES Dç Guadalajara (Francisco -Perez), médecin espagnol de la fin du xvi® siècle. Il étudia à Alcalâ de Henâres et fut premier professeur de médecine à l'université de Sigûenza. On lui doit l'une des plus anciennes descriptions de l'angine couenneuse (garrotillo). Voici le titre de cet ouvrage : Liber de affectionibus puerorum una cum traclatu de morbo illo vulgariter garrotillo appellato, etc. (Madrid, 4644, in-4). D^ L. Hn.
CASCARA. I. RoTANiQUE. — Nom donné au Pérou à l'écorce du Cinchona grandlfolia R. et Pav. (V. Quinquina). — Le Cascara sagrada ou Ecorce sacrée est l'écorce du Rhamnus Purshiana DC, arbuste de la famille des Rhamnacées, qui croît sur les côtes de l'océan Pacifique. Ed. Lef.
II. Thérapeutique. — L'écorce du Rhamnus Purshiana DC (R, alnifolius Pursh.), connue sous le nom de Cascara sagrada (Ecorce sacrée), nous arrive de la Californie et de la côte ouest des Etats-Unis ; elle se présente en fragments assez irréguliers, plats, cintrés ou enroulés en tubes de faible dimension; l'épaisseur varie de 4 à 4 millim. La surface extérieure est encore plus variable d'aspect : elle est généralement grisâtre, lisse par places, fendillée le plus souvent, et parsemée de lenticelles et de verrues. La surface interne est d'un brun ocreux ou rougeâtre, finement striée dans le sens longitudinal et parfois coupée de crêtes transversales. La cassu)e est grenue et compacte à la périphérie , courtement fibreuse en dedans. La section transversale montre une région corticale dense, d'un jaune pâle, parsemée de petites taches inégales correspondant à des îlots scléreux, et une zone hbérienne épaisse plus foncée, rayée de fines stries radiales, quelquefois même légèrement poreuse sur les vieilles écorces. L'odeur est un peu nauséeuse ; la saveur est amère et légèrement acre. — La constitution chimique de cette ecorce est en somme très mal connue. Limousin avait avancé qu'elle renfermait de l'acide chrysophanique, sur la simple constatation de la teinte rouge qu'elle présente lorsqu'on la touche avec de la potasse : Cauvet a fait remarquer avec raison que l'écorce de Rourdaine (Rhamnus frangula) qui, dans les mêmes conditions, fournit la même réaction, ne renferme pas d'acide chrysophanique ; mais il suppose , non moins gratuitement, que le principe actif pourrait être ici VEvonymin, dont aucune analyse n'a encore fait constater la présence dans cette ecorce ; toujours en raisonnant par analogie avec l'écorce très voisine de la Rourdaine, on suppose que l'action cathartique de la Cascara sagrada est due à une matière résineuse, jaune et amère ; on a admis également que le principe colorant était le même, c.-à-d. la Franguline, glucoside cristallisé, se dédoublant, par l'action des acides dilués en glucose (Rhamnodulcite) et acide frangulique. D'après des recherches récentes, ce principe colorant serait au contraire VEmodine, identique à l'Emodine de la Rhubarbe et à V acide frangulique précité (Schwabe).
Cette ecorce est employée, depuis quelques années, comme laxative. Expérimentée d'abord en Amérique par Rundy, introduite ensuite en Angleterre et en Allemagne, elle a été préconisée en France par Landowski, Dujardin- Reaumetz, Eymery, etc. Administrée en poudre (0ê'',2D en cachet, matin et soir) ou sous forme d'extrait fluide (30 à 60 gouttes), elle produit au bout de cinq à six heures, et sans aucune colique, plusieurs selles solides : l'emploi a pu en être continué sans épuisement de l'effet, pendant plusieurs semaines ; l'action purgative cesse d'ailleurs en même temps que l'emploi du médicament, mais sans être remplacée, comme il arrive souvent en pareil cas, par une constipation pire qu'au début du traitement. La Cascara
CASCAHA — CASCAVEOUS
sagrada serait donc un véritable régulateur des fonctions digestives. Selon Prosser James, elle agit en stimulant la sécrétion biliaire et son action purgative est assez discrète pour qu'on puisse la prescrire sans inconvénient aux malades affectés d'hémorrhoïdes. Carter compare son action à celle de l'association de la belladone à la noix vomique. Enfin, W.-H. Bell à mis à profit son pouvoir tonique et régularisateur en l'employant dans un but tout opposé, c.-à-d. contre la dysenterie ; il admet qu'elle modère alors le péristaltisme exagéré de l'intestin et diminue la sécrétion du mucus intestinal en même temps que la dialyse sanguine : il aurait obtenu ainsi plusieurs succès au bout de vingt-quatre [ou trente-six heures de l'emploi de faibles doses de Cascara, 20 à 30 gouttes d'extrait fluide. — Cauvet pense, avec raison, qu'il y aurait avantage à substituer en France, à l'écorce de Cascara, l'écorce d'une Rhamnacée indigène, très voisine, la Bourdaine, dont les propriétés sont les mêmes et le prix bien moins élevé. D"^ R. Blondel.
BiBL. : Carter, Therapeutw Gazette, 1883, p. 131. — H.-W. Bell, Therapeutic Gazette, 1883, p. 10. -• Prosser James, Medic. Press, and Cire, 1883, p. 353.— -Eymery. Th. de Paris ^ 1885. — D. Cauvet, El, de mat. méd., If, 321. ~ Schwabe, ArcJi. P/iarm., 1888. »— Pharm. J. and Transact., 1888.
CASCARILLE. I. Botanique. (Cascarilla Wedd.). — Genre de plantes de la famille des Rubiacées, établi par Weddell {Ann. Se. nat,, 3®sér., X, p. 10) pour quelques espèces de Cinchona chez lesquelles la déhiscence du truit a constamment lieu de haut en bas. Deux d'entre elles, CmagnifoliaV^eM, {Cinchona magnifolia R. et Pav.) et C, macrocarpa Wedd. (Cinchona ^nacrocarpaYaM), sont surtout importantes. La première fournit le Quinquina rouge de Mutis, la seconde le Quinquina blanc du même auteur (V. Guibourt, Drog, slmpl., éd. 7, pp. 179 et d82). — Quant aux écorces désignées sous le nom de Cascarilles et employées en thérapeutique, elles sont fournies par des Euphorbiacées du genre Croton (V. ci-après et le mot Croton). Ed. Lef.
IL Matière médicale et Thérapeutique. —La véritable Cascarille, Chacrille ou Ecorce Eleuthérienne, provient du Croton eleuteria Bennett, Euphorbiacée des îles Bahama, dont lune, l'Ile Eleulhera, a fourni son nom spécifique; il semble que l'écorce employée autrefois provenait du Croton Cascarilla, espèce épuisée, qui ne donne plus qu'une très petite quantité d'écorce et de qualité inférieure ; la Cascarille blanchâtre, la Cascarille térébinthacée sont également des sortes secondaires et peu estimées, attribuées aux Croton lineare Jacq., C. glabellus L., C, fiavens L., C. micans Sw., C. suberosum Kunth., C bal' samiferum L., etc. Quant à la Cascarille de la Trinité de Cuba, elle est plus connue sous le nom à'Ecorce de Copalchi (V, ce mot) et attribuée au Croton niveus Jacq. (C. pseudo'China Schiede). La fausse Cascarille, mêlée quelquefois à la vraie dans le commerce, est rapportée avec doute au Croton lucidum L. — V Ecorce de Cascarille vraie se présente en rouleaux de la taille d'un tuyau de plume et atteignant 5 à 20 cent, de long, sur 1 4/2 millim. d'épaisseur. Le suber extérieur est grisâtre, piqueté de points noirs et parsemé de plaques de Lichen {Graphiscomosa planorbis Ach.) ; elle est fendillée transversalement et quelquefois longitudinalement, comme les Quinquinas du Loxa, laissant voir au fond de ses crevasses la teinte brun foncé du parenchyme cortical ; la face interne de l'écorce est brunâtre, lisse ou finement striée suivant la longueur. La cassure est courte, résineuse en dehors, un peu fibreuse en dedans. La saveur de cette ecorce est amère, aromatique et acre : son odeur est un peu musquée et se développe surtout à la chaleur. La Cascarille renferme un principe amer, la Cascarilline (V. ce mot), une résine (15 ^/o), une huile volatile (1 à 3 %), lévogyre, composée de deux essences, dont l'une, non oxygénée, serait isomère de l'essence de térébenthine. — Vantée autrefois comme un fébrifuge de
premier ordre et assimilée au quinquina lui-même, qui porta un instant le nom de Cascarille {Cascarilleros est encore le nom donné au Pérou aux ouvriers qui récoltent le quinquina), cette ecorce paraît ne pas avoir de propriétés beaucoup plus marquées que celles de tous les autres amers aromatiques, tels que l'Augusture, la Camomille et la Gentiane. Elle peut, au môme titre que ces derniers médicaments, rendre des services comme adjuvant au quinquina, comme tonique digestif, comme stimulant, mais jamais comme substitutif absolu en face de l'impaludisme aigu. Elle est d'ailleurs à peu près tombée en désuétude aujourd'hui. Hédenus l'a cependant préconisée en d863 contre la diarrhée atonique des enfants ; associée à la rhubarbe et au fer, elle a été recommandée contre la chloro-anémie. Des expériences tentées par Voîlemberg sur les animaux, paraissent avoir démontré chez cette substance une action stimulante très marquée sur la sécrétion du lait. Les Espagnols la mâchent en guise de Cachou, pour corriger l'odeur laissée à l'haleine par le tabac. Ajoutons que les fumeurs s'en servent depuis longtemps pour parfumer le tabac, comme on fait de la fève Tonka. Les doses thérapeutiques de ce médicament sont de 4 à 2 gr. pour l'écorce en poudre et de 4 à 8 gr. pour la teinture. D^ R. Blondel.
BiBL. : Bennett, Jowrn. of the Proceed. oftheLinneian Soc, V. — Daniell, On the Cascarilla, and oth. spec. of Croton of the W. India and Baîiama IslandSy dans Pharm. Journ.^ IV, 2'' série, 144, 226. — Bâillon, Etude gén. du gr. des Euphorbiacées, 362: Bot. méd., 732. — R. Blondel, Man. de mat. méd., 335.
CASCARILLINE (Chimie). La cascarilline est le principe amer de la Cascarille (Croton eleuteria, Euphorb.) Elle a été étudiée par Caventou et Félix Cadet, Duval, Mylius. Pour la préparer, on fait cristalliser dans l'alcool bouillant la substance granuleuse qui se dépose à la longue dans l'extrait d'écorce de Cascarille. Elle est en prismes microscopiques, à peine solubles dans l'eau, l'alcool froid et le chloroforme, solubles dans l'alcool chaud et dans l'éther (Mylius). Elle se dissout dans Tacide sulfurique avec une coloration rouge, tirant au pourpre ; une addition d'eau détermine la formation d'un précipité, et la liqueur prend une teinte vert d'herbe ; avec l'acide nitrique, le soluté est jaune et précipité par l'ammoniaque ; la dissolution chlorhydrique, qui est violacée, passe au bleu par l'addition d'une petite quantité d'eau et au vert dans une grande quantité (Duval). Elle n'est pas volatile et fond à 205^ (Mylius) ; chauffée au-dessus de cette température, elle se décompose en dégageant des vapeurs acides . Sa constitution est inconnue. Suivant Mylius, ce n'est pas un glucoside et son analyse conduit à la formule C^mW. Ed. Bourgoin.
BiBL. : AiBERT, Emploi de la cascarilline {Elém. de Thérap..^ 1826, t. I, 75). — Duval, Rech. chim. sur la cascarille [Journ. Pharm. et Chim., t. VJII, 91, 31). — Mylius, Composition de la cascarilline (Soc. Ch., t. XXI, 84).
CASCASTEL-ET- Villeneuve (Cassium-Castellum) . Corn, du dép. de l'Aude, arr. de Narbonne, cant. de Durban ; 856 hab. Cette localité, probablement assez ancienne, était autrefois dans le diocèse de Narbonne, et dans la partie de ce diocèse dite la Corbière ; les deux châteaux de Cascastel et de Villeneuve sont nommés dans le dénombrement de la vicomte de Narbonne en 1271 ; le lieu de Villeneuve date donc tout au moins du xiii® siècle. Au XVII® siècle, la seigneurie avait été aliénée par le domaine. — Sur le territoire de Cascastel, on a trouvé des haches en bronze de l'époque préhistorique, aujourd'hui au Musée de Narbonne. — Château moderne,
CASCAVEOUS (Faction des). Faction provençale, ainsi nommée du grelot (en provençal cascaveou) qui fut son signe de ralliement. En 1630, Richelieu voulut faire exécuter en Provence Védit des élus, ou acte de nomination des nouveaux offices ; il songeait aussi à transformer la taille réelle en taille personnelle. Ce projet, en contradiction avec les lois fondamentales de la Provence,
CASCAVEOUS — CASEFABRE
et la composition de la commission pour l'exécution de Tédit des élus, formée d'hommes impopulaires, le duc de Guise, les présidents Forbin d'Oppèdeel Séguiran, le consul Forbin la Barben et l'intendant d'Aubray, excitèrent le mécontentement des Etats du pays, assemblés en mai 1630 à Brignoles. Les menaces du transfert de la cour des comptes à Toulon, l'enlrée solennelle de M. d'Aubray à Aix, la sévérité de la réponse du comte de Brienne à la délégation envoyée au roi à Lyon, accrurent le malaise public. Les mécontents s'assemblaient à la plate-forme du quartier de Villeneuve et convenaient de la nécessité d'une insurrection pour défendre les privilèges de la province. Un sceptique rappela le conte des rats dont aucun n'ose attacher le grelot au cou du chat. Paul de Joannis de Châteauneuf déclara qu'il serait ce vaillant et attacha à son chapeau un grelot au bout d'un ruban blanc. Le lendemain, Favocal Vian distribua cet insigne à tous les adhérents, et le parti des Cascaveous fut constitué. Le parlement, dirigé par Coriolis, l'oncle de Châteauneuf, prit parti pour le peuple, et vota des remontrances à Louis XllI. Des pamphlets contre le gouvernement circulèrent : le plus fameux est la Vérité provençale au Roi* A côté de cette opposition légale se déchaîna une insurrection: à Brignoles, Saint-Maximin, Draguignan, Grasse, les Cascaveous commirent des désordres et des vengeances personnelles; à Aix, après le pillage de plusieurs maisons, une bande de deux raille hommes alla le 4 nov., conduite par Joannis, piller et incendier le château et les bois de La Barben. Le gouvernement, représenté par le duc de Guise, laissa grandir la révolte. Les frères Châteauneuf, Coriolis, le président Laroque et le conseiller d'Espagnet, étaient les maîtres d'Aix. Les consuls n'étaient que leurs instruments. Pour empêcher le parti d'opposition de prendre un caractère trop populaire et garder à la noblesse la direction du mouvement, le consul Sexlius d'Escalis de Bras, le lieutenant Pellicot Saint-^Paul, organisèrent alors les Cascaveous bleus qui prirent cette devise : « Vive le roi, à bas les Elus ». La lutte commença aussitôt entre les deux partis rivaux. Une rixe sur la place des Dominicains se termina à l'avantage des Blancs. Le baron de Bras surprit le 6 déc. dans leurs hôtels Coriolis, les Châteauneuf et d'Antelmi, et les força à sortir d'Aix et à se retirer au couvent de Saint-Pierre. Le succès des Bleus fut éphémère : le conseil de ville et le parlement rappelèrent les magistrats et les meneurs expulsés. Le 7 déc, le parlement étant en séance, Coriolis vint déposer sa plainte, le baron de Bras essaya de forcer l'entrée du palais. Il y eut bataille ; le baron put à peine se réfugier au couvent des Prêcheurs. Le cloître et l'église furent envahis ; un moine arrêta les envahisseurs en leur présentant le saint-sacrement et en appelant sur eux les malédictions du ciel ; le baron de Bras put se retirer au château d'Ansouis. Les Cascaveous bleus n'existaient plus. Le parti de D'Oppède et de La Barben intriguait à la cour pour le rétablissement de l'ordre et du gouvernement régulier en Provence. Le baron de Bras se joignit à eux. Une ambassade des Cascaveous blancs essaya vainement de balancer leur influence; les imprudences de deux de ses membres, les d'Antenis, les firent emprisonner ; les autres députés reçurent l'ordre de sortir de Paris. Richelieu, cédant aux sollicitations du parti gouvernemental, envoya en Provence le prince de Condé avec une petite armée pour y rétablir l'ordre. L'insurrection, manquant d'un plan certain et d'un chef sérieux, fut déconcertée par ces mesures vigoureuses ; l'assemblée des communautés du lOjanv. 1631 ne décida rien. Le duc deGuise refusa de se mêler de celte affaire. On savait, d'ailleurs, que l'édit des élus serait sans doute rapporté. Le prince de Condé, escorté des présidents, de d'Aubray et du conseiller d'Etat Ch. de la Potherie, fit son entrée à Aix le 20 mars 1631. Il avait reçu au Pont-Saint-Esprit une députation des procureurs de Provence envoyée pour jurer fidélité au roi et implorer sa clémence. Les corps d'Etat durent sortir
d'Aix. Une cour prévôtale, présidée par d'Aubray de la Potherie, y rendit quelques arrêts de mort, de galères et de bannissement contre les plus compromis. Le président de Coriolis, le conseiller d'Espagnet et quelques autres furent cités devant le conseil du roi. Les Etats de Tarascon terminèrent les troubles. L'évêque de Sisteron et l'assesseur Rolland y défendirent les privilèges du pays. Celui-ci attribua les derniers mouvements, non à un esprit de révolte, mais à un juste et naturel amour pour la liberté. Les Etats promirent un subsidede 150,000 livres; le gouvernement, le rétablissement à Aix des corps judiciaires et du bureau des trésoriers, et la révocation de l'édit des élus. Coriolis obtint la permission de se retirer dans une de ses terres (plus tard s'étant mêlé à l'affaire de Montmorency, il fut, après une retraite momentanée à Barcelone, enfermé à la tour de Bouc). Le duc de Guise fut remplacé en 1632 par le maréchal de Vitry comme gouverneur de Provence. L'ordre se trouva ainsi rétabli.
Léon-G. Pélissier.
BiBL. : V. Bouche, Papoxv et Fabre, Histoires de Provence.
CASCELLIUS (Aulus), jurisconsulte romain qui vivait à l'époque de Cicéron. Il n'a écrit qu'un seul ouvrage : Unus liber Benedictorum, dont aucun fragment n'a été inséré au Di^55^^. Horace nous vante sa science, A^^c scit quantum Cascellius Aulus, dit-il, en parlant de l'avocat ordinaire {Ars poetica, v. 371). D'un autre côté, Pomponius nous rapporte qu'il surpassait en éloquence son contemporain Trebatius (l. 2, § 45 au Digeste, De origine jiirls, liv. ï, tit. II), c'est vraisemblablement Aulus Cascellius qui a institué le Judicium Cascellianum ou secutorium qui assurait, dans l'interdit Uti possidetis, la restitution de la chose et des fruits (V. Interdits). P. N. CASCHTAM. Nom général signifiant chrétiens et par lequel se désignent eux-mêmes les peuples que nous appelons Abyssins. Ce dernier terme n'est pas usité par eux ; ils le considèrent comme une injure, mais ils acceptent le nom d'Ethiopiens pour désigner l'ensemble de leurs tribus: Amharites, Tigréens, etc.
CASCINA. Ville d'Itahe, à 13 kil. E. de Pise, sur la rive gauche de l'Arno ; tissage de chanvre et de coton . Victoire des Florentins commandés par Galeotto Malatesta sur les Pisans (1364). Vieille enceinte. La population totale de la commune est de 21,875 hab. ; la population agglomérée de 2,031 hab. seulement (1881).
CASGO Bay. Baie de Casco, Etat du Maine (Etats- Unis), large de 33 kil. à l'entrée, contient un grand nombre de petites îles. Sur la côte ouest de la baie est située la ville de Portland, le principal port du Maine.
CASE. Du latin casUy qui a une acception très étendue et signitie toute habitation ou même tout abri construit très simplement et surtout dans les champs ; le mot case a, en français, un sens beaucoup plus restreint et s'applique presque exclusivement aux habitations construites entièrement en bois et particulièrement en bambou et qui servent, dans les pays chauds, de logement aux indigènes. Un village, composé de cases de diverses dimensions et offrant parlois des dispositions ingénieuses et variées, ne manque pas de pittoresque : on peut citer, comme exemple, le Kampong javanais, dont le bambou était le seul élément de construction et qui avait été édifié sous la direction de M. Niermans à l'Esplanade des ïnvalides,pendant l'Exposition universelle de 1889. Ch. L.
CASE-DiEu (La) (Casa Del), Ancienne abbaye des prémontrés, au diocèse d'Auch, fondée vers 1135.
CASE-PiLOTE (La). Petit port de la côte occidentale de la Martinique, dans l'arr. et au S.-E. de Saint-Pierre,
CASÉ (V. Censœr).
CAS EA Ri A (Casearia Jacq.) (Bot.). Synonyme de Guidonia Plum. (V. ce mot).
CASEFABRE. Com. du dép. des Pyrénées-Orientales, arr. de Prades, cant. de Vinça; 122 hab.
CASÉINE — CASELIUS
CASÉINE (Chimie). La caséine est la matière albumilîoïde la plus importante et la plus abondante contenue à l'état de dissolution dans le lait des mammifères ; elle y est dissoute à la faveur de l'alcalinité du lait. Elle se coagule avec la plus grande facilité dans plusieurs circonstances : 1^ spontanément, lorsque le liquide devient acide par suite de la transformation de la lactose en acide lactique ; 2** au contact de la présure, qui agit par la pepsine qu'elle contient ; 3^ par la présence des acides minéraux, ou même organiques, comme les acides acétique, tartrique, citrique et de plusieurs sels métalliques ; ¥ sous rinûuence de certains infusés végétaux, celui des fleurs de chardonnettes, par exemple. Dans sa coagulation, elle entraîne une partie plus ou moins grande des globules gras (beurre), et c'est ce produit, diversement manipulé, qui constitue les variétés de fromage qu'on trouve sur nos tables.
Pour préparer la caséine, on précipite le lait par une solution concentrée de sulfate de magnésie, on lave avec l'eau chargée de ce sel, on redissout dans l'eau pure, on filtre pour séparer les corps gras et on précipite cette fois le liquide par l'acide acétique étendu. Un autre procédé très simple consiste à mélanger au lait son volume d'un liquide éthero-alcoolique à parties égales, formé d'éther pur et d'alcool à 75*^; on agite le tout dans un flacon muni à la partie inférieure d'un robinet ; par le repos, il se sépare une couche éthérée qui retient toute la matière grasse ; on soutire le liquide aqueux, on le filtre et on le précipite par de l'acide acétique ajouté goutte à goutte, en évitant un excès de réactif, qui tend à redissoudre la caséine. Ainsi préparée, la caséine est sous forme d'une masse amorphe blanche ou d'un blanc jaunâtre, insoluble dans l'eau, soluble dans les alcalis et les sels à réaction alcaline . Ses propriétés sont tellement semblables à celles de la protéine, obtenue en précipitant un alburainate alcalin par les acides, qu'on pourrait croire à leur identité ; cependant, la caséine du lait se différencie des diverses protéines, retirées des albumines animales par un pouvoir rotatoire à gauche beaucoup plus considérable. Les dissolutions de caséine, si sensibles à l'action des acides, ne sont pas coagulées par la chaleur, mais elles se recouvrent à l'évaporation d'une pellicule qui se renouvelle constamment, pellicule bien connue de toute personne qui a évaporé du lait. Abandonnée à l'état humide, la caséine fermente facilement, et même se putréfie en donnant du sulfhydrate et du carbonate d'ammoniaque, accompagnés d'acides de la série grasse, notamment des acides butyrique et valérique, ainsi que d'ammoniaque et autres produits mal connus. A la distillation sèche, elle fournit les mêmes produits que l'albumine et la fibrine, dont elle possède d'ailleurs sensiblement la même composition, soit 16 % d'azote, comme la plupart des matières albuminoides. La potasse caustique, en solution concentrée, dissout aisément la caséine coagulée, et, à l'ébullition, la solution se charge de sulfure ; avec la potasse en fusion, il se dégage d'abord de l'ammoniaque, puis de l'hydrogène ; la masse, d'abord d'un brun foncé, s'éclaircit peu à peu, puis devient jaune ; elle est alors entièrement soluble dans l'eau, qui contient de la tyrosine, de la leucine, des butyrate, valérate et oxalate de potassium, etc. (Liebig). Non seulement les lessives alcalines faibles dissolvent aisément la caséine, mais encore les carbonates alcalins, les sels alcalins, comme le phosphate de soude, dont la réaction alcaline disparait ; le sel marin, le chlorhydrate d'ammoniaque, le nitrate de potasse, etc., se comportent de la môme manière. Ces solutions ne se coagulent pas par la chaleur, mais elles se couvrent peu à peu, au contact de l'air, d'une pellicule oxydée, qui n'est plus soluble dans les alcalis étendus et qui est de même nature que celle qu'on voit apparaître à la surface du lait chauffé. Les sels terreux et métalliques précipitent les solutions de caséine ; toutefois, le chlorure de calcium, le sulfate de chaux, l'acétate de calcium et le
sulfate de magnésie ne précipitent qu'à chaud; on obtient également des combinaisons, insolubles dans l'eau et durcissant au contact de l'air, lorsqu'on chauffe la caséine avec le carbonate de chaux ou de baryte ; avec la chaux, il y a formation d'un composé insoluble et imputrescible, propriété qui a été mise à profit pour employer le lait caillé dans la peinture en détrempe, et pour préparer des mastics susceptibles d'être utilisés dans la teinture ou l'impression. Lorsqu'on délaie la caséine bien lavée et encore humide dans l'eau acidulée au demi-millième d'acide chlorhydrique, elle se gonfle et se dissout complètement, sauf un peu de matière grasse qu'on sépare au moyen du filtre ; la liqueur filtrée dévie fortement à gauche le plan de polarisation de la lumière polarisée (Bouchardat). L'acide chlorhydrique concentré dissout la caséine et donne un soluté limpide coloré en bleu-violet. Le tannin précipite abondamment les solutions alcalines de caséine, même avec des liqueurs très étendues ; avec le bichlorure de mercure, il se fait un volumineux précipité blanc, soluble dans l'acide acétique et dans l'alcool en excès ; ce précipité, qui ne renferme pas de chlore, est analogue à Falbuminate de mercure ; on obtient également des précipités avec les sels plombiques, comme les acétates de plomb, l'alun, le protonitrate de mercure, le sulfate de cuivre, etc. Suivant Guckelberger, un mélange de peroxyde de manganèse ou de bichromate de potassium donne avec la caséine les mêmes produits qu'avec l'albumine ; avec l'acide chromique, on observe en outre la formation de nitriles, notamment d'acide cyanhydrique et de valéronitrile, accompagnant les aldéhydes et les acides de la série grasse : acétique, propronique, butyrique, valérianique, caproïque, etc. Malgré les nombreuses recherches dont elle a été l'objet, l'histoire de la caséine est encore incomplète dans l'état actuel de la science.
Caséines végétales. — Les chimistes en distinguent actuellement trois variétés : i^ la fibrine végétale ou gluten-caséine, qui constitue la partie du gluten frais insoluble dans l'alcool, et que l'acide suHurique tranforme en tyrosine, leucine, acides glutamique et aspartique, etc. ; 2<* la légumine, qui se trouve dans les semences des légumineuses, comme les pois, les haricots, les lentilles. Suivant Dumas et Cabours, lorsqu'on la précipite par l'acide acétique étendu de l'une de ses dissolutions concentrées, elle offre toujours un aspect nacré, chatoyant; mais si la dissolution est étendue, elle se dépose en flocons ; elle est insoluble dans l'eau, l'alcool froid et l'éther. Suivant Liebig, sa solution ne se coagule pas à TébuUition, mais à l'évaporation, elle se couvre, comme le lait, d'une pellicule, qui se renouvelle constamment; elle ne paraît susceptible d'être en dissolution qu'à la faveur des alcalis ; 3^ la conglutim ou amandiney qu'on rencontre dans les amandes émulsives. Pour la préparer, on traite par l'eau le tourteau d'amandes douces et on précipite par l'acide acétique. Elle possède la plupart des caractères de la caséine du lait. Ed. Bourgoin,
BiBL. : Adam, Journ. pkarm, et ch., 1878, t. XXVIII, 381. — Berzelius, Journ, S-weigger, t. XI, 277. — BrassiER, id., t. V, 270 (4). — Bopf, Ann. Ch. und Pharm., t. LXIX, 16. — Brendecke, Archiv.pharm.f t. LXX, 26 (2). — Braconnot, Ann. ch. et phys., t. XXXV, 159. — Dumas et Caiiours, id., t. VI, 411 (3).— Eslner, Poggend. Ann.,t.XLYU,ML-GomiOENS, Comptrend., t.XKXYJ, 834. — Hyenko, Ann. der Chem. und Pharm., t. LXIII, 264. — Heintz, Zeits. der Zooch., G91. — Hoppe Seyler, Zeits. chem. pharm., 1864, 737. — Liebig, Ann. der Chem. und Pharm, t. LXil, 127. -- Moleschott, Journ. fur praht. Chem., t. LXV, 237. — Milon et Comaille, Compt. rend., t. LX, 118 et 839 -, t. LXl, 221. — Soc. ch., t. III, 388 , t. IV, 226. — MuLDER, Journ. fur praht. Chem., t. XX. 343. — Panum, Ann. Ch. et Phys., t.XXXVIl, 237 (2).— RuBLiNG Ann. der Chem.iind P/iarm.,t.LVIII, 308. ~ SciiERER id., t. XL. 1. — Selmi, Journ. pharm., t. IX, 265 (3).— ScHLOSSBERGER, id., t. LVIIl, 92.— Verdeil, id., t. LVII, 317. - Waleher, id., t. LVIII, 316.
CASELIUS (Johann Chessel, en latin), philologue allemand, né à Gœttingue en 1533, mort à Helmstadt en 1613. Professeur de philosophie et d'éloquence à Ros-
CASELÏUS — CASEMATE
tock, précepteur du fils de Jean Albert, duc de Mecklembourg, puis professeur de philosophie à l'Université de lïelmstadt, il combattit Daniel Hoffmann qui tendait à mettre la philosophie en contradiction avec la théologie. Il traduisit VAgésilas et la Cyropédie de Xénophon, le Manuel d'Epictôte, le Traité de l'adulation de Maxime de Tyr, etc. On a aussi publié de lui des écrits originaux, un recueil de poésies grecques et latines (1624) et un recueil de lettres sous le titre de Opus epistolicum, par Just de Draufeld (Francfort, 1687).
CAS EL LA. Musicien florentin du moyen âge. Il doit son immortalité aux vers que Dante lui consacra dans le deuxième chant du Purgatoire. Il avait été le maître de musique du poète ; on lui attribue l'invention de la forme musicale du madrigal.
CASELLA(Francesco), swrmmmè Casellano, peintre de Crémone, travaillait au début du xvi® siècle. 11 a été employé parles religieux du couvent de Saint-François à Crémone et a peint dans cette ville un Martyre de saint Etienne qui fut transporté à Milan en 1810 et porte cette inscription : Francisa Casellœ opus i5i7,
CAS ELLA (Petro -Leone), poète et antiquaire italien, né à Aquila dans la seconde moitié du xvi® siècle. On a de lui : Deprimis Italiœ colonis (Lyon, 1606, in-8). Cet ouvrage est inséré dans le tome I du Recueil des historiens italiens de Graevius et Burmann. Il a aussi écrit un traité sur l'origine des Etrusques, et composé des Epigrammes en vers latins.
CAS EL LA (Giovanni-Andrea), peintre, né à Lugano au commencement du xvii® siècle. Il travaillait à Turin vers 1658. 11 était élève de Pietro da Cortona, et fut employé par la cour de Turin pour la décoration des maisons de plaisance du roi. Il a travaillé aussi à la cathédrale de Turin avec la collaboration de son neveu Jacopo qui l'aida dans tous ses travaux.
CAS EL LA (Giacinto), poète et littérateur italien, né à Pise en 1817, mort en 1880. Académicien de la Crusca^ il collabora activement à la 5® édition du célèbre Vocabulaire» Il a publié les quelques ouvrages suivants : Ua Canto a Dante Alighie)% con un Discorso intorno aile forme allegoriche e alla principale Allegoria délia Divina Commedia (Florence, 1865); Il Pastor Fido di Guarini^ con un Discorso critico (Florence, 1866) ; VOrlando Furioso^ con note e Discorso proemiale (Florence, 1877j ; la Rosa^ traduction de Cooper, et // Diciannove aprile o il Natale di Roma, ode dimètre (Florence, 1879). Parmi ses manuscrits, il laissait une traduction de Properce, depuis plusieurs années sur le chantier ; il avait également mis en vers italiens quelques morceaux de Byron. Les œuvres de ce fin lettré, plus prodigue de travail que d'écriture, ont été réunies par ses amis : Opère édite e postume di Giacinto Casella^ ccn prefazione del prof. Aless, d'Ancona, uno scritto critico del prof. G. Rigutini, e iina notizia biografica sulVautore, R. G.
BiBL. : G. Rigutini, Giacinto Casella e le sue opère édite ed inédite (dans la FanfuUa délia Domenica du 4 mai 1884). — Prefazioney Scritto critico et Notizia biografica des Opère.
CASELLI (Cristoforo), peintre italien du xv« siècle, connu sous le nom de Cristoforo de Parme, élève de Mazzuola. Il travaillait à Venise de 1489 à 1495, à Parme de 1496 à 1507. Son coloris est pâle, avec des ombres accentuées, mais ses figures sont très gracieuses. Nous citerons ses Madones avec saints du musée de Parme et de Santa-Maria délia Salute à Venise, et dans l'église de san Giovanni une Adoration des rois mages (1507).
CASELLI (Giovanni, abbé), physicien italien, né à Sienne le 25 mai 1815, entra dans les ordres en 1863. Il avait été expulsé de Parme pour raisons politiques en 1849; il s'établit à Florence, s'y livra à l'étude de l'électricité et du magnétisme, vulgarisant ses idées dans le journal la Ricreazione qu'il avait fondé. Il inventa à cette époque l'appareil qui a fait sa célébrité.
Appareil Caselli, — Télégraphe autographique à synchronisme pendulaire et à impression électro-chimique, désigné aussi sous le nom de Pantélégraphe Caselli, et donnant à distance un fac-similé de l'écriture, des plans ou dessins et en général de tout ce que l'on peut tracer à la plume sur le papier. M, l'abbé Caselli fît les premiers essais de son appareil à Florence en 1856 ; il en confia plus tard la construction à un habile mécanicien français, M. Froment (à Paris, 1857). Ce télégraphe autographique, adopté en France en 1865, a fonctionné pendant quelque temps entre Paris et Lyon, puis entre Paris et le Havre ; il fut également mis en service en Russie à la même époque ; il est relégué aujourd'hui dans les musées comme appareil historique. Pour l'emploi de cet appareil, le télégramme à transmettre est écrit, au moyen d'une encre isolante, sur un papier métallique (feuille mince d'étain collée sur papier). Il est reproduit à l'arrivée, par l'action du courant électrique, sur une feuille de papier imprégnée d'une dissolution de cyano- ferrure jaune de potassium avec une petite quantité de nitrate d'ammoniaque et maintenue légèrement humide. L'appareil, assez lourd et encombrant, consiste en un pendule de 2 m. de long muni d'une lentille de 16 à 18 kilogr. et qui met en mouvement un style léger en fer, disposé de manière à décrire sur la surface du papier portant le télégramme ou préparé pour le recevoir, une série de lignes^ parallèles très rapprochées. Chaque fois que le style du bureau de départ rencontre une trace d'encre isolante, un courant électrique est émis dans la ligne qui relie les deux postes en présence; par l'intermédiaire du style du bureau d'arrivée ce courant traverse le papier disposé pour recevoir le télégramme et y produit une action chimique qui transforme en bleu de Prusse le sel dont ce papier est imprégné. Si les oscillations des deux pendules dont le mouvement est entretenu électriquement, sont parfaitement synchroniques, ce qui s'obtient par une disposition spéciale de l'appareil et par des réglages faciles, cette trace bleue reproduit exactement sur le papier chimique le point d'encre isolante touché au départ et qui a provoqué l'émission du courant ; le texte original est ainsi reproduit avec une parfaite fidélité, par des hachures régulières qui ont environ 1/8 de millimètre d'épaisseur et un espacement à peu près égal. La vitesse moyenne que l'on avait obtenue par cet appareil était d'environ trente-trois dépêches par heure, mais on était parvenu à transmettre entre Paris et Lyon jusqu'à soixante dépêches à l'heure en utilisant l'oscillation du pendule dans les deux sens ; la taxe du télégramme était proportionnée à la surface du papier métallique employé ; les feuilles mesurant 30, 60, 90 et 120 centim. carrés étaient vendues respectivement à raison de 6, 12, 18 et 24 fr.
E. ESCHBAECHER.
CASEMATE. ï. Fortification. — Le terme de casemate s'applique, en fortification permanente, à tout abri en maçonnerie recouvert de terre. Les unes sont uniquement destinées au logement des troupes ou à l'emmagasinement du matériel ; ce sont les abris simples ; les autres sont organisées de manière à concourir à la défense des ouvrages; ce sont les abris de combat. On recouvre de terre les casemates pour en soustraire les voûtes aux effets des projectiles. A l'époque où les bouches à feu lisses étaient seules en usage, il suffisait de donner à cette couche protectrice une épaisseur de 1 m. L'adoption de l'artillerie rayée fit porter cette dimension à 2 ou 3 m. et l'emploi de poudres spéciales pour le chargement des obus va sans doute conduire à dépasser cette limite.
Les casemates servant de logement sont généralement placées sous le massif du parapet et composées d'une série de voûtes accolées qui débouchent sur la rue du rempart ou sur une cour intérieure, quelquefois sur le fossé d'un front de gorge. Dans les anciens forts de Paris, ces casemates sont prolongées jusqu'à l'escarpe qui leur sert de mur de masque du côté du fossé. L'aération en est fort
difficile ; aussi ne sont-elles habitées qu'en cas de siège. Pour le logement des troupes en temps de paix, on a élevé dans la cour de ces forts des bâtiments ordinaires qui sont évacués lorsque la place est menacée. La complication d'un double casernement a pu être évitée dans les ouvrages de construction récente par l'application d'une disposition heureuse empruntée aux fortifications d'Anvers et destinée à faciliter l'aération. Les locaux d'habi-