‹ La Grande encyclopédieChapitre 23 sur 397 · CELLINI · texte numérisé non relu

CELLINI

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laires françaises en canon, nous indiquerons Grégoire est mort et Frère Jacques, dormez-vous. Au théâtre, mentionnons un passage du Maître de chapelle de Paër, deux autres des Voitures versées de Boïeldieu {En ces lieux, par votre présence) et de la Dame blanche, le canon

CANON

(Conservex-toujours l'espérance), du Nouveau Seigneur de village, le trio du Mahomet de Rossini (AU empio in braccia) et le canon à cinq voix du Nabuchodonosor de Verdi. Ces canons ne sont d'ordinaire pas rigoureux, ce sont plutôt des entrées canoniques des voix. Wagner, dans plusieurs de ses ouvrages, a écrit des entrées canoniques d'instruments. Berlioz a placé un beau canon dans l'ouverture du Carnaval romain, entre les bassons et violoncelles d'une part, les hautbois, flûtes et violons de l'autre. Il a répété ce canon, entre la voix du ténor et celle du soprano, au premier acte de son opéra Benvenuto Cellini ; nous en donnons quelques mesures comme exemple de canon très serré. Enfin, le plus justement célèbre des canons dramatiques est le quatuor vocal du Fidelio de Beethoven, trop étendu pour être reproduit ici. A.Ernst.

X. Mathématiques. — Canon ârithmeticus. — Jacobi a donné le nom de Canon ârithmeticus à une table donnant les indices de tous les nombres, inférieurs à un nombre donné P ; la table de Jacobi est construite pour tous les modules inférieurs à 1000 (V. Indice). Autrefois on donnait le nom de canon aux formules, aux tables numériques en général ; ainsi les tables de logarithmes, les tables trigonomélriques, etc., portaient le nom de canon logarithmique, canon trigonométrique, etc. H. L.

XI. Art militaire. — Généralités. — Autrefois on appelait m?2c'W5 des bouches à feu destinées particulièrement à lancer des projectiles pleins ou boulets, ayant la forme sphérique. Ils avaient une longueur de quinze à vingt fois le diamètre du projectile. Ils étaient organisés pour le tir de plein fouet à fortes charges. Outre les canons proprement dits, l'artillerie comprenait d'autres pièces plus courtes (huit à douze fois le diamètre) portant le nom d'obusiers. Ces pièces lançaient des projectiles sphériques creux appelés obus, chargés de poudre et armés de fusées. Leur tir avait une trajectoire peu tendue. Enfin, on faisait également usage de mortiers, grosses pièces courtes (deux à trois fois le diamètre), organisées pour l'exécution d'un tir plus courbe encore que celui des obusiers et lançant des projectiles sphériques creux portant le nom de bombes. Le canon-obusier marque les derniers progrès de l'artillerie lisse ; c'était une pièce de campagne qui pouvait lancer à volonté des boulets et des obus. — Depuis l'adoption des canons rayés, on désigne sous le nom de canons des bouches à feu qui ont une grande longueur relativement à leur calibre (généralement au moins quinze calibres) ; ces pièces sont destinées à exécuter le tir de plein fouet ou le tir plongeant. Elles entrent, pour la plus grande part, dans la composition du matériel de l'artillerie de terre qui comporte, en outre, des pièces plus courtes, exécutant le tir vertical et appelées mortiers (V. ce mot). La marine n'emploie à bord que des canons. — Les conditions de puissance, de mobilité et de facilité de service exigées par les divers services de l'artillerie imposent aux canons des calibres, des longueurs et des poids très divers.

Au point de vue du calibre, on peut diviser les canons en pièces de petit, moyen, gros et très gros calibre. D'une manière générale, les canons de petit calibre sont affectés à l'artillerie de campagne; ceux de moyen et gros calibre à l'artillerie de siège et de place ; les canons de très gros calibre ne se rencontrent que dans le matériel de côte et de marine.

La longueur des canons joue un rôle important au point de vue de leur puissance. Suivant que la combustion de la poudre employée est plus ou moins lente, on est conduit à donner aux pièces une plus ou moins grande longueur, pour que les gaz de la poudre produisent leur maximum d'effet utile. La longueur d'âme d'une bouche à ieu se mesure du fond de la culasse jusqu'à la bouche ; elle correspond à la partie de l'âme dans laquelle se produit l'expansion des gaz. Eu égard à cette longueur, on classe les canons en deux catégories : les canons longs, tirant k fortes charges et utilisant, autant que possible, la

force développée par la poudre ; les canons courts, pour lesquels la charge est relativement moindre et qui sont doués d'une mobilité plus grande. C'est la classification la plus généralement adoptée aujourd'hui. Les canons de campagne se rangent dans la première catégorie; cependant les conditions de service et de légèreté imposent à leur longueur une limite très inférieure à celle qui donnerait les meilleurs résultats balistiques. L'artillerie de siège française possède un canon de 155 millim. long, et, concurremment avec lui, un canon de 155 millim. court. — La longueur des canons tend toujours à augmenter : lecanonde campagne allemand, mod. 1873, a 24 calibres de longueur d'âme; le canon français, mod. 1877, 26 calibres; le canon de campagne anglais, 28 calibres. Le nouveau canon anglais de 13,5 pouces et 63 tonnes a une longueur qui atteint 32 calibres ; l'usine Krupp a construit des canons de 50 calibres. Grâce aux perfectionnements des méthodes de frottage, on a pu réduire l'épaisseur du canon et par cela même réaliser des pièces plus longues, sans augmentation de poids ; les conditions de service seules limitent actuellement la longueur des canons. Dans certains services, par exemple dans celui des côtes, cette limite peut s'étendre fort loin, aussi semble-t-il que les canons pneumatiques, dont il sera parlé [dus loin, puissent être utilisés dans un avenir prochain pour l'armement des batteries de côte ; ces pièces ont des longueurs qui atteignent jusqu'à 120 calibres.

Au point de vue du poids, certains canons se distinguent par la dénomination de lourds et légers. C'est ainsi que l'artillerie de campagne allemande comprend un canon dit lourd de 9 centim. et un canon dit léger de 8 centim. ; que la marine française possède dans son matériel mod. 1881 un canon lourd de 16 centim. et un canon léger de môme calibre. Les progrès récents accomplis dans le mode de construction des canons ont permis de diminuer considérablement leur poids ; aujourd'hui le poids des canons est limité plutôt par des considérations de résistance des affûts que par celles des canons, surtout pour les canons de campagne. C'est ainsi que le canon de 90 millim. français pourrait supporter des pressions donnant une vitesse initiale de 500 m. ; tandis que l'affût ne permet pas de dépasser normalement la vitesse de 455 m. Dans le matériel de siège, la condition de mobilité limite en général le poids des canons à environ 3,500 kilo^r. ; elle restreint par cela môme la puissance de l'artillerie de siège. Il est possible que l'usage des canons démontables, dont nous dirons quelques mots plus loin, modifie sensiblement les conditions de cette artillerie. Les canons de place, particulièrement ceux de côte, ainsi que ceux de la marine atteignent aujourd'hui des poids très considérables; l'Angleterre et l'Italie possèdent des canons de 100 tonnes. Les opinions sont assez divisées sur la nécessité de pièces d'aussi gros calibre.

Le prix de reoient des canons est naturellement difficile à fixer d'une manière précise; toutefois, on peut admettre que pour des canons ne dépassant pas de 7 à 8 tonnes, ce prix est, par tonne, de 1,250 fr. pour les pièces en fonte frottées et tubées ; de 4,250 fr. pour les canons en bronze fretté ; de 5,000 fr. pour les pièces en acier frottées de l'artillerie française ; au delà de 8 tonnes le prix de revient croît rapidement.

Métal à canons et Fabrication des canons (V. Bouche À FEU et Bronze [Bronze des canons]).

Artillerie de terre. — On a énuméré, au mot Bouche À FEU, les canons réglementaires tant en France qu'à l'étranger. Il faut observer, à ce propos, qu'en ce qui concerne le matériel français, les canons portés comme faisant partie de l'artillerie de siège sont également employés dans l'artillerie de place. Nous allons ici donner quelques renseignements sur ces diverses pièces.

Canons de campagne. Ils sont appelés à seconder les opérations de l'infanterie et de la cavalerie sur le champ de bataille. Le matériel de campagne français, du système

CANON

de Bange, comprend les canons de 90 miîlim. et de 80 millim., ainsi qa*un canon de montagne de 80 millim. — Le canon de 90 miliim. mod. 1877 arme le plus grand nombre des batteries de campagne, celles dites batteries montées» Le canon de 80 raillim. m«d. 1877 est attribué aux batteries à cheval dont le rôle le plus fréquent, en campagne, est d'appuyer les mouvements de la cavalerie. Le canon de 80 millim. de montagne, mod. 1878, est affecté aux batteries dites de montagne, qui ont pour mission principale de soutenir les troupes opérant en pays de montagne, notamment les bataillons alpins de formation récente et les troupes de l'Algérie ; il peut être traîné par un cheval ou par un mulet, ou bien port4 à dos de mulet lorsqu'il doit passer par les chemins difficiles. — Les trois pièces sont en acier, rayées, frettées, du système de Bangè. Elles tirent quatre sortes de projectiles : obus ordinaires, obus à balles, obus à mitraille et boîte à mitraille. î.es projectiles du canon de montagne sont identiques à ceux du canon de 80 de campagne, mais ils sont tirés avec une charge plus faible (V. Bange [de] i. Le tableau ci-dessous contient les données essentielles relatives à ces bouches à feu.

Poids du canon

Longueur totale en calibres.

Pcîds del'affat

9f)mm de camp.

80mm de camp.

80mm de mont.

105^ lo

Il7k

Canons de siège. Ils sont utilisés pour combattre et réduire au silence l'artillerie de la place ennemie ; rendre inhabitables les terre-pleins de la fortification ; faire brèche dans les remparts. Les canons qui font partie du matériel de siège sont les canons rayés, en acier, suivants : 220 millim., 155 millim. long, 135 millim. court, 120 millim. et 95 millim. Les quatre premiers canons sont du système de Bange, le dernier du système Lahitolle. "^ Le canon de 220 miliim. est la plus puissante des pièces de l'artillerie de siège tirant à forte charge ; il est iormé d'un tube recouvert de deux rangs de frettes ; le premier rang renforce le tube sur toute une longueur ; audessus du deuxième rang sont placées deux frettes à anse et une frette-tourillons. Le canon de 155 miilim. long est formé d'un tube recouvert de deux rangées de frettes à l'endroit du renfort ; une anse est destinée à faciliter les manœuvres de force et le transport de la pièce. La frette de pointage porte un anneau qui réunit la pièce à l'appareil de pointage. Le canon de 155 millim. court est surtout destiné au tir à trajectoire courbe ; il est beaucoup plus léger que le canon long de même calibre ; sa chambre à poudre est plus petite.Son tube est renforcé sur toute sa longueur, par un rang de frettes ; il porte une frette de culasse et une frette porte-guidon. Une anse est disposée comme au canon de 155 milIim. long. Le canon de 120 millim. est beaucoup plus léger que le canon de 155 millim. long. ; il possède une mobilité très satisfaisante eu égard à sa puissance. Il est frette sur toute sa longueur; quant aux autres dispositions, elles sont analogues à celles du canon de 155 millim. long. Le ^a«^w de 95 millim. est la pièce la plus mobile du matériel de siège proprement dit, son tir a encore une efficacité suffisante contre les obstacles. Il est formé d'un tube, recouvert de frettes sur sa partie postérieure. La frette voisine de la frette de culasse est percée, ainsi que le tube, d'un trou taraudé qui reçoit un grain de lumière en cuivre. Le linguet qui se trouve sur h frette de culasse maintient la culasse fermée et l'empêche de s'ouvrir, tant qu'il n'a pas été préalablement dégagé.

Voici les principales données relatives à ces bouches à feu :

|55mm

long.

155mm

court

[OQmm

95mm

Poids du canon

Longueur totale en calibres

Poids de l'affût

Canons de place. Ils ont pour mission de détruire les batteries de l'assiégant et le matériel de ces batteries ; gêner l'ennemi dans la construction de ses ouvrages en fouillant tous les plis du terrain; couvrir de feux les fossés et les abords de la fortification ; enfin prendre part à la défense mobile. Les canons qui entrent dans la composition du matériel de place sont : 1* les canons de siège que nous venons de décrire; 2» un canon de 12 de campagne transformé, et un canon-revolver ; 3<» un matériel ancien maintenu provisoirement en service et destiné à disparaître. — Le canon de 12 de campagne, transformé, est en bronze, rayé, se chargeant par la culasse. Cette pièce pèse seule 610 kilogr. et son affat 1 ,193 kilogr. Nous parlerons plus loin du canon-revolver. Quant au matériel ancien, nous nous contenterons d'en citer les calibres : canons de 5, de 7 et de 138, système de Reffye, en bronze, rayés, se chargeant par la culasse ; canons de 4 de montagne , de 4, de 8 et de 12 de campagne , de 12 et de 24 de siège, de 42 et de 24 de place, tous en bronze, rayés, se chargeant parla bouche; canon à balles; obusiersàe 15 centim. et de 46 centim. ; canon-obusier de 12 léger.

Canons de côte. Ils sont destinés à lutter contre les flottes ennemies et à percer les cuirasses des navires. Le nouveau matériel ne comprend que des canons se chargeant par la culasse. Ce sont : 1^ les canons en fonte, rayés, tubes et frettes, de 19 centim., de 24 centim., de 27 centim. et de 32 centim. ; 2<> le canon, en acier, rayé et frette, de 240 millim. ; cette dernière bouche à feu est du système de Bange. Les frettes et les tubes sont en acier. Dans les quatre premiers canons, le corps de canon porte deux rangs de frettes sur le renfort ; le tube intérieur est court. Le canon de 32 centim. porte, en outre, une virole sur le tube. Les trois premiers tirent des obus ordinaires, des obus de rupture, des boulets d'exercice et des boites à mitraille ; le dernier, seulement des obus ordinaires et des obus de rupture. Le canon de 240 millim. est semblable au canon de 155 millim. long, sauf qu'il est frette sur toute sa longueiir; il présente au renfort deux rangs de frettes ; les rayures sont au nombre de soixante-douze ; ce canon lance un obus ordinaire pesant tout chargé 455 kilogr. Voici les principales données ralatives à ces bouches à feu :

19cm

24cm

6J7cm

32cm

240 mn.

20 Vs

Poids du canon. . .

Longueur totale en

calibres

Artillerie de marine. — Les navires de guerre ont, dès leur origine, employé les canons, qui tenaient beaucoup moins de place et produisaient des effets beaucoup plus puibsants que les armes de jet. Au début, les canons avaient un faible calibre : ils étaient destinés seulement à mettre des hommes hors de combat. Néanmoins, la marine employa, dès qu'elle le put, des bombardes, puis des canons de gros calibre, parce qu'une fois mises en place à bord, ces bouches à feu, quel que fût leur poids, ne présentaient plus de difficulés pour le transport; de plus, les projectiles de gros diamètre coulaient plus facilement les navires ennemis en produisant dans leur muraille une brèche considérable qu'il était difficile d'aveugler. Des

CANON

tentatives furent faites en France, à plusieurs reprises, notamment vers 4792, pour tirer avecles canons de gros calibre de la marine des boulets creux ou obus, chargés de poudre et armés de fusées, analogues à ceux lancés par les mortiers de rartillerie de terre. Ces essais restèrent infructueux : les projectiles se brisaient souvent dans l'âme. Ce n'est que sous la Restauration que le général Paixhans parvint à faire adopter un obusier de 22 centim.; le projectile, grâce à sa charge intérieure, pouvait éclater dans la paroi qu'il frappait et y causer des dégâts considérables ; en outre, ses éclats projetés en tous sens, pouvaient allumer l'incendie. Les avantages que présentait cette bouche à feu furent si considérables que Ton transforma également les canons de 30 alors en service dans la marine, de manière qu'ils pussent tirer non seulement des boulets pleins, mais encore des obus.Joutes les puissances maritimes ne tardèrent pas à suivre l'exemple de la France et adoptèrent des canons Paixhans. C'est avec des bouches à feu de ce genre que la flotte russe combattit et détruisit l'escadre turque à Sinope en 4853. Profitant des expériences exécutées par Cavalli sur les canons rayés de gros calibre, notre artillerie de marine raya ses canons de 30 et adopta un projectile cylindro-conique ; bien que le calibre de ces pièces ne fût que de 46 centim., elles donnèrent des résultats bien supérieurs à ceux des obusiers de 22 centim. non rayés. Mais la rayure affaiblit la couche à feu ; on la renforça au moyen d'un frettage en acier. Pendant la guerre de Crimée, on vit apparaître des batteries flottantes, et peu après des navires cuirassés. Les canons de 30 rayés se trouvèrent impuissants à lutter contre eux.

L'Angleterre ne tarda pas à s'apercevoir du danger que les cuirassés pourraient lui faire courir en s'approchant impunément de ses côtes. Elle s'efforça tout à la fois de construire des navires cuirassés de plus en plus invulnérables et d'enfanter une artillerie de plus en plus puissante. Les autres Etats se virent alors dans la nécessité de suivre l'Angleterre dans l'une et l'autre de ces voies. C'est de cette époque que date la lutte, qui dure encore, entre la cuirasse et le projectile. Withworth, le premier, fabriqua un canon de 70, dont le projectile pesant 30 kilogr. perçait une muraille de 42 centim. de fer et de 45^centim. déchois. Un autre Anglais, Palliser, perfectionna la fabrication des projectiles. Bientôt le gouvernement anglais adopta un canon de 7 pouces pesant 6 4/2 tonnes, lançant un projectile de 52 kilogr. ; il fit construire un canon de 9 pouces pesant 42 tonnes et tirant un projectile de 413 kilogr., puis un canon de 42 pouces pesant environ 30 tonnes et lançant un projectile de 272 kilogr. La puissance de l'artillerie a suivi, depuis cette époque, une marche sans cesse ascendante, et aujourd'hui, l'usine Armstrong construit des canons de 46,25 pouces (44 cent.) se chargeant par la culasse, pesant 440 tonnes et lançant un projectile de 807 kilogr. à la vitesse de 655 m., tandis que les cuirasses Compound des gros navires atteignent des épaisseurs de 70 centim. et môme davantage.

La Russie, la Prusse et dans ces dernières années l'Italie, ont suivi la voie tracée par l'Angleterre et se sont adressées à l'usine Krupp pour obtenir des canons puissants capables de protéger leurs ports de mer et d'armer leurs navires. L'Italie a eu également recours à l'usine Armstrong. Quant à la France, elle a pu se suffire à elle-même, en taisant construire la plus grande partie de son matériel d'artillerie navale à la fonderie de Ruelle, près d'Angoulême. On peut d'ailleurs juger des progrès accomplis chez nous depuis l'apparition des premiers canons rayés (1855), par l'aperçu historique suivant que nous extrayons du Carnet de V officier de marine pour i889.

France, Jusqu'à l'artillerie mod. 4858-60, les canons étaient lisses, se chargeaient par la bouche ei tiraient des boulets ronds. La poudre employée était à grains fins de |mm4 ^ G^mm^^ L^ vitcsso initiale maxima était d'envi-

ron 480 m., mais la portée était relativement faible. Le calibre le plus élevé était celui de 49 centim. qui correspondait au canon dit de 50. Avec l'artillerie rayée mod. 4858-60 apparaissent le projectile ogival, pesant deux fois le poids du boulet rond de même calibre, et l'emploi de frettes en acier destinées à renforcer le corps de canon et à empêcher la dispersion des morceaux en cas d'éclatement. La vitesse initiale était abaissée à 300 m. Ce système comportait les premières bouches à feu se chargeant par la culasse^ avec fermeture à vis et à cadran, — Le matériel mod. 4864, qui lui succède, présente des perfectionnements dans le mode de frettage ; la fermeture de la culasse est à vis et à coulisse^ puis à partir de 4866 à charnière. L'obturation est obtenue comme dans le système précédent au moyen d'une coupelle en acier. Le poids du projectile est porté à trois fois le poids du boulet massif de même calibre, et la vitesse initiale s'élève, en même temps, à 340 m. La charge atteint 4/6 du poids du projectile. — Enfin, l'aitillerie mod. 4870 fait son apparition. C'est elle qui marque le progrès le plus décisif. Le canon est non seulement renforcé d'un ou de deux rangs de frettes, mais encore tube en acier. Le projectile est à forcement complet et à obturation ; il est muni d'une ceinture en cuivre qui remplace les tenons. La poudre dite à combustion lente est à gros grains ; la mise de feu se fait par le centre arrière de la culasse, et les étoupilles à friction en plume sont remplacées par les étoupilles à percussion en laiton. Le poids des projectiles reste stationnaire, mais la vitesse s'élève à 440 m., en même temps que s'accroissent notablement les qualités de justesse et de portée du tir. U acier se substitue ensuite à la fonte comme métal à canons pour toutes les pièces destinées à l'armement des navires.

Voici les étapes franchies successivement dans cette voie : 4» l'artillerie mod. 4875 comprenant les canons de 40 centim., 27 centim., 34 centim. et 42 centim. ; les uns comportent des corps de canon en acier au lieu de corps en fonte, les autres inaugurent des tubes longs introduits par l'avant; la vitesse maxima est de 530 m. ; le canon de 42 centim. a soit 22 calibres, soit 49,35 calibres de longueur; 2^ l'artillerie mod. 4875-79 représentée par le calibre de 37 centim., qui inaugure les grandes longueurs d'âme, 28,5 calibres ; 3<> l'artillerie mod. 4884 de construction plus simple puisqu'elle supprime le tubage ; elle est actuellement en service jusqu'au calibre de 34 centim.; le canon de 46 centim. a 28 calibres de longueur. Le canon de 65 millim. n'est renforcé que par une frette-tourillons. La fermeture de culasse est à console pour les calibres de 44 centim. et au-dessus; elle est à volet pour les calibres plus petits, 40 centim., 9 centim, et 65 millim. ; les vitesses atteignent 620 m.; 4<* l'artillerie mod. 4884 dont le canon est fretté jusqu'à la bouche; elle est organisée pour l'emploi de nouvelles poudres brunes prismatiques ; elle comprend les canons de 40 centim., 44 centim., 46 centim., 24 centim., 27 centim., 34 centim. de 30 calibres et de 28,5 calibres de longueur ; la vitesse qu'on doit obtenir est de 620 m. Enfin des canons d'une très grande longueur d'âme (canon de 65 millim. de 50 calibres, et canon de 16 centim. de 40 calibres) sont actuellement en essai. L'adoption des poudres prismatiques brunes dans les canons de modèles anciens a permis d'abaisser notablement les pressions tout en réalisant un accroissement sensible de vitesse initiale. — En résumé, dans moins de trente années, le poids du projectile a triplé, et la vitesse initiale a pu s'élever, malgré cela, de 480 m. à 620 m. La puissance vive du projectile, pour un même calibre, a quintuplé, tandis que le calibre a été constamment en croissant : du calibre de 49 centim. avant 4858 on est passé aujourd'hui au calibre de 42 centim. Les bouches à feu les plus puissantes, qui pesaient 4,6 tonnes, atteignent aujourd'hui un poids de 75 tonnes, et le projectile le plus lourd s'est élevé de 25 kilogr. à 780 kilogr. — Les

renseignements qui suivent concernant les artilleries étrangères sont empruntés à V Aide-Mémoire de Vofflcier de marine,

Allemagne, Tous les canons de la marine allemande sont fabriqués par Tusine Krupp. A Texception des canons de 8 centim. d'embarcation et de débarquement, qui sont en bronze, ils sont tous en acier fondu et irettés. Les nouvelles pièces sont formées d'un tube en acier entouré, au renfort, d'une jaquette ou manchon également en acier; desirettes de même métal renforcent cette jaquette. La fermeture est généralement à coin cylindro-prisma-' tique.

Angleterre. Les canons actuellement en service dans la marine anglaise sont construits soit à l'arsenal de Woolwich, soit aux ateliers d'Armstrong à Elswick ; ils comprennent des canons-bouche, des canons-culasse d'ancien modèle et des canons-culasse de nouveau modèle. — Les canons-bouche se composent d'un tube en acier recouvert avec des manchons à agrafes en fer forgé, nommés coils, dont le nombre varie suivant le calibre. Les canons de gros calibre sont renforcés par une jaquette formée d'un double ruban et par une frette-tourillons en fer forgé, soudées, ensemble. — Les canons-culasse d'ancien modèle, encore en service, sont tous de fabrication Armstrong. Ils ont un faible diamètre, sauf le canon de 7 pouces, et sont munis de la fermeture Armstrong à vis, avec obturateur. — Les canons-culasse du nouveau système se composent d'un tube en acier, renforcé d'une jaquette et d*une longue frette lui faisant suite du côté de la bouche. Un ou deux rangs de frettes recouvrent la jaquette et la longue frette. Le canon de 410 tonnes (41 centim.), fabriqué par l'usine Armstrong pour armer les cuirassés de la classe Admirai, a sa jaquette renforcée par trois rangs de frettes. Le système de fermeture des nouveaux canons est la vis française, à filets interrompus, avec l'obturateur de Bange. Le mode de mise de feu est le même que celui de la marine française.

Espagne. Les canons de la marine espagnole sont fabriqués en Allemagne, en Angleterre et en France, sauf les pièces du système Hontoria construites exclusivement à l'établissement de Trubiaet par la Société des forges et chantiers de la Méditerranée. Il existe deux modèles de canons Hontoria. — 1^ Modèle 1879. Dans les canons de 16 centim., le corps de canon en fonte de fer est coulé parle procédé Rodman; il reçoit un tube intérieur vissé, en acier fondu et forgé, renforcé au-dessus des chambres par un autre tube en acier fondu ou puddlé; les canons de 12 centim. et de 9 centim. se composent d'un tube en acier fondu recouvert d'un manchon suivi de deux frettes également en acier ; le canon de 7 centim. est pris dans un seul bloc en acier. — 2<^ Modèle 1883. Dans le canon de 12 centim., le tube est recouvert par un manchon placé à chaud qui est suivi par la frette-tourillons et trois frettes de volée; dans le canon de 16 centim. et dans les calibres supérieurs, le manchon est suivi de plusieurs frettes et recouvert par un second rang de frettes. — La fermeture de culasse est à vis et à filets interrompus, avec obturateur métallique pour le modèle 1879 et obturateur plastique pour le modèle 1883.

Etats-Unis. — L'artillerie de la marine des Etats- Unis s'adresse à l'étranger pour la fabrication des grosses pièces de forge destinées à ses canons de moyen et de gros calibre. Les canons actuellement en service comprennent des canons-culasse en acier, des canons-culasse en fonte, des canons-bouche en fonte et des canons lisses également en fonte. — Les canons-culasse en acier sont composés d'un tube, d'une jaquette et de frettes. Ils sont munis de la fermeture de la marine française, portée par la jaquette, et de l'obturateur de Bange. — Les canons-culasse en fonte tubée sont d'anciens canons à âme lisse qu'on a transformés, d'après le système Palliser, en canons rayés. Ce système consiste à introduire

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sans frottement, dans l'intérieur de l'âme, un tube en fer forgé ; il est assujetti au moyen d'un collier visséà la bouche et d'une forte cheville placée sur le côté, en avant de chaque tourillon, et de façon à le toucher. Le mode de fermeture est semblable au système français. — Les canons-bouche rayés sont du système Parrott ou du système Dahlgren. Les canons Parrott sont en fonte (système Rodman), renforcés au tonnerre par une large frette ou manchon en fer forgé. Les canons Dahlgren sont en îonte et en bronze, — Les canons lisses sont entièrement en fonte et coulés d'après le système Rodman. Ils datent de la guerre de Sécession pendant laquelle on en fabriqua un nombre considérable.

Italie. L'Italie n'a pu, jusqu'à présent, s'affranchir de la dépendance de l'étranger pour la fabrication de ses bouches à feu de bord et de côte. Ce qui caractérise son artillerie, c'est l'emploi de pièces de très gros calibre. Presque tous ses canons de bord sont du système Armstrong. L'artillerie de côte, sauf le canon de 100 tonnes, se rapproche beaucoup de l'artillerie française mod. 1864. — Le canon-bouche Armstrong de 400 tonnes (43 centim.) est formé d'un tube en acier en deux tronçons placés bout à bout et soudés ensemble par un anneau. Ce tube, dont l'épaisseur est de 16 centim. à l'arrière, est entouré de frettes en fer forgé, à rubans, et fermé par une vis du côté de la culasse ; celle-ci est renforcée par trois rangs de ^ frettes jusqu'à la frette-tourillons, puis par deux rangs et enfin par un seul rang s'étendant jusqu'à la bouche. — Le canon-culasse Krupp de 120 tonnes (40 [centim.) est destiné à la défense des côtes; il est tout entier en acier et comprend un tube disposé de manière à recevoir l'anneau Broadwell ; ce tube s'étend depuis la bouche jusqu'à la face antérieure du coin de fermeture, il est recouvert d'un bloc de culasse dans lequel joue le coin et que renforcent plusieurs frettes.

Russie. La Russie fabrique aujourd'hui elle-même ses canons de marine; la plupart proviennent de l'usine d'Oboukhov, près Saint-Pétersbourg. Les pièces sont construites d'après le système Krupp. Elles se composent d'un corps en acier dans lequel on introduit un tube très mince également en acier et pouvant se remplacer sans difficulté quand il est usé par le tir. Le corps du canon est renforcé par un ou plusieurs rangs de frettes; pour les canons de gros calibre, la première rangée de frettes se prolonge jusqu'à la bouche. La fermeture de culasse est celle de la marine française pour certaines pièces, et le système à coin cylindro-prismatique pour d'autres.

Canons divers. — Cano7is h fils d'acier. On sait qu'on augmente la résistance des canons en les entourant de frettes posées avec serrage, et que cette résistance s'accroît en multipliant les rangées de ces frettes superposées. C'est en se fondant sur ce principe que, dès 1855, un ingénieur anglais, M. Longridge, proposa d'employer des fils ou rubans d'acier enroulés en spirale avec serrage sur le tube du canon. Mais ses idées ne prévalurent pas, parce qu'on reprochait aux canons à fils d'acier de n'avoir pas une résistance longitudinale suffisante et que les procédés d'attache des fils étaient compliqués. En 1871, le capitaine Schultz, de l'artillerie française, résolut la question en trouvant une méthode pratique pour attacher les fils sous pression; son procédé fut appliqué au canon de 90 millim., puis aux canons de 19 centim., de 24 centim. et de 34 centim. Depuis cette époque l'Angleterre expérimente des canons à fils d'acier ; les Etats- Unis, qui viennent de renouveler leur matériel, ont en fabrication ou en expérience plusieurs types de bouches à feu à fil d'acier (systèmes Woodbrige, Hotchkiss, Schultz et de rOrdnance).*'Ce système de canons semble appelé à donner à l'artillerie une impulsion nouvelle.

Canons démontables. L'idée des canons démontables date de 1876; vers cette époque le capitaine Kalakoltzov, de l'artillerie russe, proposa d'introduire dans les parcs de siège, une pièce analogue au mortier de 8 pouces

CANON

(203 millim.) dont on avait reconnu les effets remarquables. Comme ce mortier pèse environ 6 tonnes et que la limite imposée par le besoin de mobilité est d'environ 3 tonnes, il fut conduit à construire celte bouche à feu en plusieurs parties séparables de manière à pouvoir les transporter isolément. Vers la même époque, le colonel anglais Le Mesurier, voulant atténuer le recul et augmenter la puissance du canon de montagne, proposa un canon plus lourd que celui de 7 livres et démontable, de manière à pouvoir le répartir sur deux mulets pour les transports. Depuis cette époque un mortier de 9 pouces (229 millim.) a été également adopté en Russie.

Les canons mis en service se rapportent à deux types : les uns sont formés de deux tronçons assemblés au moyen d'un écrou et munis d'un obturateur empêchant les luîtes de gaz par le joint : tel est le canon de montagne anglais;

les autres construits d'une façon analogue, sont, en outre, pourvus d'une garniture intérieure constituant l'âme de la bouche à feu et servant de couvre-joint. L'obturation est ainsi mieux assurée, mais les difficultés de montage et de démontasse sont plus grandes. — La question des canons démontables semble ouvrir une voie nouvelle au développement de l'artillerie, particulièrement pour le service de siège.

Canons p7ieumatiques. Le tir des obus chargés de poudres brisantes, daus les canons ordinaires, est sujet à des accidents qu'on a cherché à éviter en supprimant ou en réduisant considérablement le choc au départ auquel sont soumis ces projectiles. C'est dans cet ordre d'idées que, vers 188^, un Américain, M. Mefford, imagina de remplacer la poudre par l'air comprimé comme force propulsive pour lancer ces sortes de projectiles. Le principe

Fig. 1.— Canon pneumatique Zalinski de 8 pouces, installé pour la défense d'une passe.

du canon pneumatique est facile à comprendre : le réservoir dans lequel Tair est comprimé à une pression déterminée, a un volume assez considérable par rapport à celui du canon pour que l'introduction de cet air dans la pièce ne diminue pas sensiblement sa pression. Dans ces conditions, le projectile, soumis à une force faiblement décroissante, prend un mouvement accéléré ; sa vitesse à la sortie du canon croît donc avec la longueur de la pièce ; de là la nécessité, avec les faibles pressions, d'allonger considérablement le canon. D'autre part, les mêmes pressions permettent de donner au canon une fort petite épaisseur ; de sorte que malgré sa grande longueur, la pièce a un poids bien inférieur à celui des bouches à feu de même calibre.

Les études de M. Mefford ont été reprises par le lieutenant Zalinski. Un canon de 8 pouces (203 mill'Ti.) de côte (fig. 1) fut construit en 1885; il était en fer forgé de 3 millim., garni intérieurement d'un cylindre de laiton de même épaisseur. Il se chargeait par la culasse. Sa longueur était de 48 m. environ. Le réservoir à air comprimé, d'une capacité d'environ 4 m. c, communiquait à la chambre à air du canon par un tuyau. La valve d'admission, commandée par un levier, se refermait automatiquement, avant que le projectile ne fût sorti de la pièce ; elle pouvait se régler de manière à introduire une quantité plus ou moins grande d'air suivant la portée qu'on voulait obtenir. Le projectile cylindro-conique, en cuivre mince, muni d'une queue à hélice, contenait {jusqu'à 45

kilogr. de gélatine explosive ; il pesait , tout chargé, 63 kilogr. Le poids du canon était de 2,040 kilogr., celui de l'affût et du châssis 47,000 kilogr.

Des tirs nombreux ont été exécutés avec cette pièce. Avec une pression de 70 kilogr. par centimètre carré on a obtenu, sous l'angle de 33^ une portée de 3,700 m. A la suite d'expériences de tir exécutées en 4887, contre un vieux schooner en bois, le Silliman, les résultats furent trouvés si satisfaisants que le gouvernement des Etats-Unis a mis en commande un contre-torpilleur dont l'armement se compose de trois canons pneumatiques du calibre de 45 pouces (379 millim.). Ces canons lancent des projectiles contenant 272 kilogr. de gélatine explosive: ils viennent d'être expérimentés au fort Lafayeite (rade de New-York) et ont donné de bons résultats. En Europe, plusieurs puissances se préoccupent sérieusement de la question des canohs à air comprimé qui pourraient armer les batteries de côte ainsi que les navires. L'Italie vient d'acheter, pour la défense de la Spezzia, un canon pneumatique de 45 pouces.

{Mitrailleuses, Canons-revolvers, Canons à tir rapide. On comprend sous ces dénominations diverses des bouches à feu organisées pour tirer un grand nombre de projectiles dans lin temps très court. La r api ri ité du tir est considérée aujourd'hui comme un fai teur très important à la guerre. Aussi, les armes à tir rapide ont pris, dans ces dernières années, une grande extension : la plupart des puissances ont adopté ou mis en essai des

CANON

canons de ce genre pour Tarmement de leur flotte ou pour la défense de leurs fortifications ; on se demande même s'ils ne pourraient pas être employés avantageusement par Tartillene de campagne dont le matériel actuel ne permet pas de dépasser la vitesse de trois coups à la minute. Les systèmes imaginés sont nombreux, généralement fort ingénieux ; nous nous contenterons de mentionner les plus importants, notamment ceux qui sont réglementaires en France. — On sait que le service d'un canon comporte entre le départ de deux coups consécutifs les opérations suivantes : 4^ ramener la pièce en batterie ; 2<» la charger ; 3*^ la pointer; 4<* l'approvisionner. Les trais premières opérations sont successives et c'est en réduisant au minimum le temps qu elles nécessitent qu'on a pu donner au feu une grande rapidité. On supprime la première en rendant l'affût immobile pendant le tir : à cet effet on peut soit augmenter le poids de l'affût ou employer des aoûts sans recul, soit diminuer le poids du projectile ou sa vitesse initiale, soit entin assurer le retour automatique de la pièce en batterie au moyen d'affûts spéciaux. On a abrégé la durée du chargement par l'emploi d'une gargousse métallique munie d'une amorce et réunie au projectile comme dans les armes portatives; les cartouches sont portées par des trémies, tambours, distributeurs, etc., placés à proximité de la culasse. Enfin, on a organisé l'affût de manière à rendre le pointage facile et rapide : les affûts de certaines pièces de petit calibre sont munis de crosses qui s'appuient à l'épaule, comme la crosse d'un fusil. La mise de feu s'opère au moyen de percuteurs venant frapper l'amorce de la cartouche; leur mouvement est commandé par une manivelle ou un levier. La mitrailleuse est une bouche à feu de petit calibre lançant des balles de plomb ou des boulets d'acier, mais non des obus; car d'après la convention de Genève l'obus minimum doit peser au moins 450 gr. Elle est presque toujours une arme multiple, c.-à-d. qu'elle est constituée par plusieurs tubes ou canons assemblés tantôt par un certain nombre de frettes, tantôt par un manchon qui donne à la pièce l'aspect d'un canon ordinaire. Le calibre de ces tubes est ordinairement celui du fusil en service, afin de ne pas augmenter les difficultés d'approvisionnement. Chacun d'eux est armé de son mécanisme de culasse; tous les mécanismes obéissent au même mouvement. Leur tir est successif, de sorte que les résistances du sol suffisent pour absorber la force de recul de la pièce. Un système de dispersion latérale et quelquefois même un système de dispersion en hauteur, permettent d'augmenter les dimensions de la gerbe des balles rendue restreinte par le parallélisme des tubes. Le poids de ces engins varie beaucoup depuis la mitrailleuse de l'Américain Gardner à un canon, qui pèse 38 kiiogr., jusqu'à la mitrailleuse du Suédois Nordenfelt à dix canons, dont le poids est comparable à celui de notre canon de campagne de 90 millim. La vitesse de tir suit à peu près les mêmes variations : elle s'élève de 2o0 balles par minute pour les petits modèles, à 1,500 balles pour les plus puissants. — L'invention la plus ancienne est celle de l'Américain Gatling; elle remonte à la guerre de la Sécession. Depuis cette époque, la mitrailleuse de Reffye ou canon à balles^ introduite dans l'artillerie française un peu avant 1870, est la seule qui ait subi l'épreuve d'une grande guerre. Elle comprend 25 canons en acier, rayés, du calibre de 13 millim. ; le chargement se fait en fixant à l'arrière une culasse mobile garnie de 25 cartouches dont les balles pèsent chacune 54 gr. Si les résultats tournis par cette mitrailleuse ne répondirent pas à l'attente générale, cela tient à ce que le mécanisme est à la fois lourd et délicat, que la pièce exige l'emploi de quatre chevaux pour la traîner et ne permet de tirer que cinq à six coups soit 150 balles au maximum par minute. Aujourd'hui la mitrailleuse de Keffye n'est plus employée en France que pour le flanquement des fossés de fortification ; elle tire alors une cartouche contenant une balle triple du poids de

72 gr. — Depuis 1870, les mitrailleuses ont été employées dans . quelques campagnes, notamment par les Russes dans la guerre dft 1877-78 contre la Turquie et par les Anglais dans le Zoulouland, le Soudan et la Birmanie. — En 1884, un Américain, Maxim ^ eut l'idée d'utiliser la force de recul du canon pour produire automatiquement les différents mouvements de la charge : ouverture de la culasse, extraction et rejet de la douille vide, introduction d'une nouvelle cartouche dans le canon, fermeture de la culasse et armé du percuteur. Sa mitrailleuse se compose d'un seul canon. Le tireur provoque le départ coup par coup en agissant sur une détente analogue à celle du fusil; en appuyant le doigt, d'une façon permanente, sur cette détente, il détermine un tir continu dont la vitesse peut atteindre six cents coups à la minute; un manchon réfrigérant dans lequel circule de l'eau froide, empêche réchauffement excessif du canon. Celte invention, qui vient d'être adoptée par l'artillerie anglaise, a l'avantage d'assurer une grande régularité dans le fonctionnement du mécanisme et une fixité dans le pointage de la pièce; elle est appelée à laisser loin derrière elle tous les systèmes imaginés jusqu'à ce jour, parmi lesquels nous citerons, en outre de ceux déjà mentionnés, les mitrailleuses Palmkrantz, Christophe-Montigny, Albertini, Hamann, Winborg.

Les canons-revolvers sont formés, comme les mitrailleuses, par un ensemble de plusieurs canons; ils en diffèrent par ce qu'ils ne possèdent qu'un seul mécanisme de culasse pour tous leurs canons. Ceux-ci en tournant

Fig. 2. — Çanon-revolver Hotchkiss de 47 millim., sur affût à crinoline.

autour d'un axe central viennent successivement occuper la position de tir. Leur calibre est généralement plus grand que celui des mitrailleuses; on a donc pu leur taire tirer des obus explosifs. — Notre artillerie a adopté en 1879, pour l'armement des caponnières dans les places, un canon-revolver dû à TAméricain Hotchkiss. Il se compose de cinq tubes de 40 millim. de diamètre dans lesquels le pas de la rayure est variable de l'un à l'autre ; un mécanisme renfermé dans un manchon-enveloppe produit les opérations suivantes : rotation du faisceau de canons, introduction de la cartouche, percussion qui doit enflammer l'amorce, extraction des douilles vides. La différence de pas des rayures des tubes permet de couvrir de teu un espace correspondant à la longueur et à la largeur d'un fossé de fortification. Le pointage se fait une fois pour toutes sur chaque front. Cette arme est donc toujours prête à fonctionner, l'obscurité, le brouil-

CANON

Fig. 3. — Canon automatique Maxim, de 37 miliim., sur affût à pivot.

lard ou la fumée ne gênant en rien son action. Un distributeur verse les cartouches dans la bouche à feu par un couloir de chargement. La mise du feu est produite par la rotation d'une manivelle. L'affût est muni, à la crosse, d'un soc qui s'enfonce dans le sol et supprime le recul.

Le canon peut tirer jusqu'à soixante coups par minute ; la cartouche renferme 24 balles sphériques en plomb durci de 32 gr. chacune. — La marine française employa, dès 1876, un canonrevolver Hotchkiss de 37 millim. pour l'armement de ses navires; cette bouche à feu, analogue à celle que nous venons de décrire , était destinée à tirer

contre les torpilleurs, qui, en raison de leur grande vitesse, ne peuvent pas être efficacement contrebattus par des bouches à feu à tir lent. En 1884, elle a adopté, pour le même usage, un canon-revolver Hotchkiss plus puissant, du calibre de 47 millim (fig. 2). Ces deux pièces lancent des obus en fonte ou en acier pesant respectivement 0^55 et 1M30; la vitesse du tir, en supposant qu'on pointe chaque coup, peut atteindre respectivement 25 et 17 coups par minute.

Les canons à tir rapide sont formés d'un seul tube, leur calibre est généralement inférieur à celui des canons de campagne; la vitesse de leur tir atteint de dix à douze coups à la minute ; ils lancent l'obus ordinaire, la boîte à mitraille et l'obus de rupture. Le chargement se fait généralement à la main. Deux systèmes de canons à tir rapide ont été étudiés par la marine en vue de suppléer à l'insuffisance du canon-revolver de 47 millim., ce sont ceux de Hotchkiss et de Nordenfelt; leur fermeture de culasse est de l'espèce dite à bloc; le pointeur détermine le départ du coup en appuyant avec le doigt sur une détente. 11 existe actuellement trois calibres de canons Hotchkiss : 37 millim., 47 millim. et 57 millim. ; ils ont 40 calibres de longueur et une vitesse initiale de 610 m. suffisante pour atteindre les torpilleurs dans leurs organes essentiels : machine et chaudière ; celui de 47 millim. est en service dans la marine française, il lance des projectiles de 1^510; sa vitesse de tir atteint 16 coups à la minute; celui de 57 millim. est adopté par l'amirauté anglaise. Les canons Nordenfelt ont des cahbres variant de 25 millim. à 75 et même 107 millim. ; aucun d'eux n'entre dans l'armement des navires ou des batteries de côte en France; mais ils ont été adoptés par diverses puissances, qui, après avoir expérimenté les deux systèmes, ont reconnu une supériorité dans ce dernier type de canons. Depuis quelque temps, on essaie dans notre marine un canon automatique jl/a^rim, semblable à la mitrailleuse du même inventeur, ainsi qu'un canon à tir rapide Maxim; leur calibre est respectivement de 37 millim. et de 47 millim. (fig. 3).

Les Sociétés Nordenfelt et Maxim se sont associées en 1888, en vue d'étendre la fabrication des canons automatiques à des calibres plus puissants. La maison Hotchkiss expérimente actuellement des canons à tir rapide de 65 millim. et de 10 centim. et étudie pour ces pièces l'organisation d'un obus à balles. Les usines Armstrong en Angleterre, Krupp et Gruson en Allemagne, ont

également entrepris, dans ces dernières années, la construction de canons à tir rapide atteignant jusqu'à 13 et même 15 centim. de diamètre. C. A. T.

XII. Technologie. — On donne quelquefois ce nom, dans les industries textiles, aux rouleaux ou cylindres en fonte ou en cuivre qui sont disposés dans les calandres (V. t. m, p. 440).

XIII. Art vétérinaire. — Sous le nom de canon, on désigne les régions métacarpienne et métatarsienne des animaux domestiques, du cheval notamment. Intermédiaire au genou et au boulet dans les membres antérieurs, au jarret et au boulet dans les

membres postérieurs, le canon a pour base le métacarpien ou métatarsien principal, et deux os rudimentaires qui leur sont solidement annexés, appelés péronés. A l'appui du rayon osseux, en avant et en arrière, existe un appareil tendineux constitué parles muscles fléchisseurs et extenseurs des phalanges et par le ligament suspenseur du boulet. Le canon forme un levier de l'appareil locomoteur, dont la solidité est indispensable à la sûreté des allures et des mouvements, ainsi qu'à la conservation des aptitudes locomotrices. La beauté du canon résulte de sa conformation extérieure. Le canon sera perpendiculaire au sol, court, large et développé dans son épaisseur. Sa brièveté comporte la longueur de l'avant-bras, sa largeur celle du boulet, sa perpendicularité l'excellente direction des aplombs. Le canon devra, en outre, être exempt de plaies ou tares, surtout des tares osseuses connues sous le nom de suros. Ces tumeurs se développent généralement sur la ligne de l'articulation synarthrodiale des os rudimentaires avec l'os principal; tantôt uniques, tantôt multiples, elles se caractérisent par le relief qu'elles forment sous la peau et par la sensation qu'elles provoquent de bosselures irrégulières, dures et résistantes. Les coups et surtout la distention, sous Tinfluence du trot, des ligaments qui unissent les péronés à l'os principal du canon sont la cause la plus ordinaire des suros. On les traite par les topiques résolutifs ou par le feu ou pointes. Les tendons qui glissent en arrière ou en avant du canon sont susceptibles d'engorgements et d'entorses ; la bride carpienne ou tarsienne et le ligament suspenseur du boulet peuvent éprouver également des distensions qui se traduisent par un engorgement et de la boiterie, et qu'on traite par le repos, l'hydrothérapie, les vésicatoires ou le feu, soit en raies, soit en pointes. L'entorse ou distension de la bride carpienne, beaucoup plus fréquente dans les membres antérieurs que dans les membres postérieurs (bride tarsienne), s'appelle nerf-férure. L'emploi des révulsifs ou du feu est aussi le plus sûr et le plus prompt moyen de la guérir. L. Garnier.

XIV. Histoire du costume. — Partie du vêtement des jambes qui fut l'objet d'un grand luxe dans la seconde moitié du xvu® siècle. Son origine remonte au règne de Charles IX, époque à laquelle la mode de certains bas trop courts nécessita l'emploi d'une pièce de lingerie qui entourait la cuisse et remplissait Tintervalle existant entre ces bas et les chausses ballonnées ; ces sortes de genouillères furent nommées canons. — Pendant la jeunesse de

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Louis XIV, ces genouillères de toiles reparurent ; élargies par le bas, elles s'épanouissaient de façon à remplir la partie supérieure des bottes très évasées que Ton portait alors ; c'était de véritables manchettes de jambes. Fort larges, présentant un double ou triple rang de batiste bien empesée, ornés de point de Gênes et de nœuds de rubans, les canons brillèrent de toute leur splendeur, en même temps que la rhingrave, après la majorité de Louis XIV. Les bottes n'étant plus de mise dans le costume habillé, les canons en profitèrent pour prendre un développement exagéré. Dans les Précieuses ridicules (1660) Molière raille cette afiectation en taisant dire à Mascarille ; « Que dites-vous de mes canons î Je puis me vanter au moins qu'ils ont un grand quartier de plus que tous ceux qu'on fait ! » — Lorsque les revers politiques et les deuils de famille vinrent attrister la vieillesse de Louis XIV, la disposition chagrine de son esprit lui fit réformer le costume comme les mœurs de la cour ; les jarretières fixèrent les bas sur la culotte, et les canons, comme les chausses et la rhingrave, disparurent sans retour. Ad. Thiers.

XV. Géologie. ■— Le mot espagnol de canon signifiant tuyau, tube, canal, est usité en géologie pour désigner certaines vallées caractérisées : d^ par leur profondeur très grande eu égard'à leur faible largeur ; t^ par l'inclinaison considérable, souvent verticale, de leurs parois. — Ces vallées, fort étroites, ne sont pas, toutes proportions gardées, beaucoup plus larges au sommet qu'au fond ; deux lignes continues de falaises perpendiculaires ou de talus à fortes pentes les encaissent ; leur aspect est donc celui d'un corridor sinueux, d'une rue tortueuse où un cours d'eau serpente au pied de deux murailles. — Ces entailles, creusées en générai dans les formations sédimentaires, tirent leur origine de deux principales causes, qui la plupart du temps ont combiné leurs effets : les mouvements de Vécorce terrestre et les érosions. Les fissures produites à une époque géologique reculée, soit par dessiccation et retrait , soit par des éboulements , soit par des effondrements, soit enfin par soulèvement du sol, les failles dues à des glissements de terrain, ont donné naissance à des lignes de fracture, à des dénivellations qui drainaient les eaux courantes et se transformaient en thalwegs : les torrents, encastrés entre leurs lèvres, ont ensuite lentement approfondi leurs lits par voie d'érosion, et quand les couches de terrain se trouvaient comme les grès, calcaires, basaltes et autres roches dures ou compactes, disposées à la démolition par grossies masses et non à la désagrégation fragmentaire, le sciage des flots les façonnait en murailles droites (dolomies), en pyramides (grès), en piliers (basaltes), ou en talus à gradins (marnes jurassiques, calcaires oxfordiens, etc.). Quelquefois l'érosion seule a sutfi pour creuser un canon. A voir avec quelle lenteur se continue de nos jours l'approfondissement des canons actuels, on peut se faire une idée du grand nombre de siècles révolus depuis le début de ces gigantesques évidements : il est vrai que jadis les eaux sauvages s'écoulaient en masses incomparablement plus rapides et plus puissantes. Au point de vue pittoresque, les canons appartiennent aux sites les plus grandioses de la nature : tous les voyageurs s'accordent à proclamer la magnificence des spectacles offerts par ces couloirs étroits, souvent obscurs, où la lumière tombe verticale, mystérieuse et tamisée, où les couchers de soleil teignent de reflets fantastiques les couleurs éclatantes des roches sédimentaires rougies, jaunies et noircies par les sels de*" fer, tandis que les promontoires de murailles hautes de 500 à 2,000 m. et tailladées par les météores en minarets et châteaux-forts, jouent le rôle de coulisses de théâtre et amènent à chaque coude de la rivière un changement de tableau saisissant : car bien souvent aucune route n'a pu être tracée dans le fond de ces fossés immenses : le cours d'eau seul qui les a patiemment excavés y trouve place, et c'est en barque sur ses flots que s'opère,

merveilleux voyage, la descente de l'étrange vallée.

C'est dans l'Amérique du Nord que sont les plus grands canons du monde. — Le grand canon du Colorado (Arizona), le plus remarquable de tous, n'a pas moins de 370 kil. de développement entre le petit Colorado et le Rio Virgen ; sa profondeur varie de 600 à 2,000 m. et sa largeur au sommet des murailles de 1 à 40 kil.; à l'entrée, au confluent du petit Colorado (rive gauche), la distance verticale entre les rives du fleuve et les rebords du plateau est d'environ 2,250 m. ; mais en cet endroit ni l'une ni l'autre des deux parois ne se dresse d'un seul jet au-dessus du torrent ; de gradins en gradins, une superposition de falaises rocheuses verticales et de talus marneux à fortes pentes s'étage en retraits successifs, de telle sorte que l'écartement des deux lèvres de la fissure devient considérable, et que le canon prend ici l'aspect d'un amphithéâtre plutôt que d'une galerie ; plus bas, au contraire, à la jonction de la vallée de Toroweap (rive droite) deux vrais murs tout droits s'élèvent d'une seule venue à 900 m. au-dessus du Colorado : à leur sommet, d'un bord à l'autre, l'écartement n'est que de i,000 m.; c'est donc ici que se trouve le plus resserré et relativement le plus profond de tous les canons. Au Nord, dans l'Utah, le Green River (Rivière Verte) s'écoule à travers le //orseshœ Canon (Fer à Cheval) et le Red Canon (C. Rouge) longs de 80 kil., encaissés de 400 m. dans les grès rouges; Lodore-Canon (longueur 32 kil., profondeur 636 à 914 m.) ; le Whirlpool Canon (24 kil. et 730 m.); le Split Mountain Canon ; le Désolation^ s Canon (156 kil.) ; le Gray Canon (G. Gris, 46 kil.) ; le Lahyrinth Canon (98 kil. et 400 m.) et le Stillwater Canon (C. des eaux calmes, 67 kil. et 400 m.). Après sa jonction avec le Grarid River ^ le Green River prend le nom de Colorado et passe dans le Glen Canon (C, du vallon, 240 kil.) et le Marble Canon (C. de Marbre, 484 kil. de longueur, 600 à 4,400 m. de profondeur dans les marbres polychromes, du San Juan au petit Colorado), digne vestibule du Grand Canon. — Plus au N. encore dans le Wyoming et l'idaho, le Snake (Serpent) ou Shoshone-River a creusé dans les trachytes et autres formations volcaniques -un autre grand Canon (50 kil. et 440 à 230 m.) et le Shoshone Canon (20 kil. et 250 m., cascades de 60 m. de haut). — Le Grand Canon du parc national de Yellowstone, également dans les terrains volcaniques, est profond de 300 m., large de 400 à 4600 m. au sommet, long de 40 kil. et bordé de colonnades de basalte. — D'autres affluents du Colorado {Rio Dolores, Rio Virgen, Kanab, etc.) grondent aussi au fond de semblables rigoles entre 600 et 4,500 m. en contre-bas des hauts plateaux des Montagnes Rocheuses, où le travail des eaux courantes a successivement entamé, par un abaissement constant du lit des rivières, les dépôts sédimentaires de toutes les périodes géologiques, depuis les volcans et le tertiaire éocène jusqu'aux granits primitifs; le grand Canon du Colorado surtout doit sa splendeur à la dégradation des assises carbonifères etpermiennes (dolomies roses, grès rutilants, etc.) . — 11 faut citer enfin le canon du Ârkansas,

Les gorges du Caucase et des Alpes, les barrancas du Mexique, des Andes et des Pyrénées, les cluses du Jura, ne sauraient être comparées à ces immenses avenues, tant à cause de leurs dimensions moindres que parce qu'une seule de leurs parois le plus souvent est taillée en mur, l'autre restant disposée en pente douce comme le penchant d'une montagne normale. La France cependant possède de véritables canons, depuis 1879 on les a fait connaître et mis à la mode : ce sont les vallées escarpées du haut Tarn, de la Joute, de la Dourbie et de la Vis, qui ont tronçonné en quatre grandes tables calcaires {Causse de Sauveterre, Causse Méjan, Causse Noir et Larzac), la masse jadis homogène du pays des causses (V. ce mot) (dép. de la Lozère, del'Aveyron, du Gard et de l'Hérault). Sans être colossaux comme ceux de l'Ame-

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