TOTAL
Bengale
Assam
N.W. Provinces Ai mère
Oudh
Punjab
Centra! Prov. ..
Berar
Mysore
Coorg
British Burma..
Madras
Bombay
La division de la société indienne en quatre grandes castes se présente dès les premiers temps de l'histoire . Le plus ancien peut-être des documents aryens, la collection des hymnes du Rig-Véda, la mentionne déjà. L'hymne du Pouroucha (X, 90) s'exprime ainsi : « Quand les dieux divisèrent le mâle primordial, en com^ bien de parties le découpèrent-ils ? qu'est-ce que fut sa houche ? et ses bras ? et ses cuisses, à ce qu'on dit, et ses pieds ? Le brahmane fut sa bouche ; ses bras furent le
râjanya (autre nom du kcbatriya) ; ses cuisses furent le vaisya, et le soudra sortit de ses pieds. » Les ouvrages immédiatement postérieurs aux hymnes, les brâhmanas, se plaisent à chercher l'origine des quatre castes dans des spéculations liturgiques ou mystiques. Plus tard, les épopées et les pouranas reviennent volontiers à cette question et apportent des réponses nouvelles. Si leurs explications n'élucident pas le problème des origines, elles indiquent du moins les préjugés qu'y apportait l'esprit
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CASTE
indien. Les uns attribuent la création des quatre castes à des ancêtres distincts, soit les membres du mâle, soit les grandes syllabes mystiques, soit les quatre védas, ou encore des prières spéciales, ou les dieux d'une part et les démons de l'autre. Les autres ramènent l'humanité entière à un ancêtre unique, Manou, Vivasvat, et expliquent la division en castes par une évolution historique. Un texte formel du Mahâ-Bhârata déclare qu'il n'y avait pas à l'origine de castes distinctes et que les catégories actuelles sont nées des différences de caractère et d'occupations. Des légendes, assez nombreuses, conservées dans les épopées, perpétuent le souvenir d'un temps où les limites des castes, déjà surveillées avec soin, n'étaient pas encore infranchissables. Le plus fameux épisode de ces luttes où brahmanes et kchatriyas se disputaient la supériorité hiérarchique est la querelle de Vasichtha et de Visvamitra. Le saint brahmane Vasichtha habitait un ermitage; Visvamitra, fils du roi de Canoge, vint lui rendre visite avec une nombreuse escorte. L'ermite put les nourrir, grâce à une vache d'abondance qu'il avait acquise par ses austérités. Le prince, émerveillé, voulut acheter l'animal; Vasichtha refusa; Visvamitra veut alors employer la violence ; mais, pour défendre les droits de son maître, la vache donne naissance à une multitude armée qui détruit les soldats de Visvamitra. Celui-ci, obligé de reconnaître la supériorité de la puissance brahmanique, s'humilia, se mortifia, étudia pendant des milliers d'années et mérita, à titre exceptionnel, d'entrer dans la caste brahmanique. 11 devint le collègue de Vasichtha comme prêtre du roi Soudas. Les brahmanes aiment aussi à rappeler l'héroïsme du brahmane Parasourâma qui, des coups de sa hache irrésistible, détruisit vingt et une fois la race des kchatriyas : c'était le dieu Vichnou qui avait pris cette forme pour châtier l'insolence de la caste guerrière.
Dès le IV® siècle avant l'ère chrétienne, la coutume avait si solidement établi la division des castes que les grands schismes créés sous l'impulsion du bouddha Sâkyamouni et du djinaMahâ vira n'essayèrent pas de la détruire. Le bouddha enseigne que « sa loi est une loi de grâce pour tous ». Le djina s'adresse toujours « aux aryens et aux an-aryens » ; ils ouvrent largement les portes de l'église et du salut. L'un et l'autre réformateur sont des kchatriyas ; mais les disciples qui se groupent autour d'eux sont pour ainsi dire exclusivement des brahmanes de caste et, pendant une très longue durée de siècles, ce sont les familles brahmaniques qui donnent aux communautés hérétiques leurs pasteurs : tant la pratique héréditaire de l'étude et de la méditation a transformé en droits réels les privilèges que la caste s'était arrogés ! La fraternité humaine, le droit égal au salut, proclamés avec enthousiasme, détruisaient la valeur religieuse de la caste ; mais elle subsistait dans l'ordre social. La masse des tribus agricoles et pastorales était trop étrangère à l'idée des droits de l'homme pour en réclamer sa part. C'est même le bouddhisme qui, sans doute, importa la division en castes dans les pays où elle n'était pas encore pratiquée : le Dekkhan, Ceylan, les îles de la Sonde, etc. Les djainas continuèrent également à reconnaître entre eux les divisions de castes. 11 faut descendre jusqu'aux réformateurs modernes, Râmânanda, Tchaitanya, Kabir (xiv®, xv® siècles) pour trouver une véritable réaction contre ce système. Mais les prédications de ces puissants novateurs ne parviennent pas à l'entamer définitivement. Avec les âges, il se propage, il gagne du terrain. Il est formellement adopté par les chrétiens indigènes ; il s'introduit chez les musulmans du Dekkhan, du Guzerat, du Bengale. Mais c'est surtout chez les tribus barbares qu'il s'étend. Les peuplades" anaryennes, rejetées en dehors du système des castes, sont ambitieuses d'y prendre place et d'entrer ainsi dans la grande communauté hindoue, dont le prestige les séduit. Elles appellent un brahmane pour délivrer les sacrements de la naissance, du mariage ou de la
mort ; le brahmane y consent moyennant une adhésion formelle aux règles absolues de la communauté et du connubium. L'engagement obtenu, il découvre un moyen adroit de rattacher le clan néophyte à une caste hindoue, soit qu'il fabrique une généalogie ad hoc, soit qu'il découvre un incident miraculeux attestant les liens de la nouvelle caste avec l'ancienne. Souvent les tribus ainsi enclavées poussent leur orgueil de parvenu jusqu'aux derniers raffinements de l'étiquette et au dernier degré du purisme. Souvent aussi la caste nouvelle garde ses traditions, ses coutumes et aussi ses dieux propres rattachés au panthéon brahmanique par la complaisance du brahmane. Les chefs gonds des provinces de l'Inde centrale, qui errent presque sauvages sur les collines et dans les forêts, prétendent tous à une généalogie rajpoute et se sont rangés parmi les kchatriyas. Il en est de même au Népal ; chassés au xv® siècle par l'invasion musulmane, des Hindous entrent dans ce pays où dominait le bouddhisme ; ils convertissent le clan barbare des Khas, les classent parmi les kchatriyas, et ce titre d'honneur est aujourd'hui encore hautement revendiqué par leurs descendants. A la fm du siècle dernier, un religieux errant convertit le râdja des Manipouris ; il déclare que les Manipouris sont des Hindous qui longtemps avaient oublié leurs devoirs et leurs droits. Il ordonne au peuple de se baigner, d'expier sa longue négligence ; et les rites achevés, il les réintègre dans la caste des kchatriyas. La simple comparaison de deux chiffres met en plein jour l'extension et le développement des castes par l'accession des tribus aborigènes. Le recensement du Bengale donnait :
En 4872, Tribus aborigènes 2 . 738 . 813
Tribus demi-hindouisées . 7.474.243
En 1881, les chiffres se modifiaient ainsi :
Tribus aborigènes 1 , 36o . 215
Tribus demi-hindouisées. 10.618.451
L'histoire moderne de la caste explique dans une large mesure son passé. Nous avons déjà vu (V. Brahmanisme) par quelle évolution s'était formée parmi les tribus aryennes une caste sacerdotale, et par quels procédés elle s'était assuré la suprématie. Naturellement porté à analyser, à classer et à fixer toutes les fonctions d'un organisme, le brahmane appliqua ces facultés à l'Etat et il créa la caste, ou plutôt il en constata l'existence flottante, il la régularisa et il en fit un moyen de domination et de civilisation. C'est par l'élasticité des castes qu'il put assimiler aux populations aryennes les clans indigènes ; c'est par le morcellement infini des castes qu'il put rendre impossible une coalition contre sa souveraineté ; c'est par la consécration religieuse des coutumes propres à chacune d'elles qu'il a assuré son intervention dans les moindres détails de la vie sociale.
Le système des castes a provoqué dans l'Inde et même dans notre Occident une polémique qui n'est pas encore épuisée. Les missionnaires lui reprochent surtout d'entraver les conversions ; plus d'un Hindou, sur le point de recevoir le baptême, recule devant la crainte d'être excommunié, exclu de sa caste. H est juste, en effet, de reconnaître que la caste est un obstacle à la diffusion du progrès social ; elle représente la persistance des coutumes, la permanence des traditions. Mais, à ce titre même, elle est peut-être la plus solide garantie de la société indienne : le climat énervant, l'indolence de la race auraient promptement amené la décomposition sociale, si la loi n'était venue assigner dès la naissance une occupation déterminée à chaque individu. Si elle limite la liberté individuelle, elle en assure aussi dans ces limites déterminées le plein exercice ; elle est analogue à un syndicat professionnel constitué pour la défense des intérêts de ses membres. On a vu plusieurs fois les marchands de tout un canton fermer leurs boutiques, les laboureurs suspendre leurs travaux, les artisans abandonner leurs ateliers par ordre de la caste pour une petite insulte,