‹ La Grande encyclopédieChapitre 256 sur 397 · CASTILLA — CASTILLE · texte numérisé non relu

CASTILLA — CASTILLE

illégitime de la famille de Pierre le Cruel, notre poète avait une situation élevée et vécut quelque temps à la cour du roi Charles I®^ (plus tard Charles ftoint). 11 s'en dégoûta bientôt, comme il dit dans une lettre à son frère, évêque de Calahorra, se maria et vécut dans la retraite. Il publia plusieurs ouvrages de philosophie morale : Teorlca de virtudes en copias de arte humilde con cornmento. Pr action de las virtudes de los buenos reyes de Espana en copias de arte mayor^ dirigidas al esclarecido rey D. Carlos, nuestro senor, etc. (Murcie, 4518, in-t*ol.) ; De los tratados de filosofia moral en copias de D, Fr. de Castilla los siguientes : el prœmio de su teorica de virtudes ; los proverbios ; inquisicion de la felicidad en metafora ; la satirica lamentacion de humanidad; otras casas de devocion trovadas y algunas en latin (Séville, 1546, in-lol.). Ces ouvrages divers, avec un Tratado de amicicia, furent réimprimés à Saragosse (1552, in-4; Alcala, 1564, in-8). Le style de Fauteur est élégant, généralement naturel, mais parfois aussi entaché de préciosité et d'un certain étalage d'érudition. E. Cat.

CASTl LLA (Ramon), général et homme d'Etat péruvien, né àJavacapa (Pérou) le 31 août 1797, mort à Arica le 30 mai 1867. Il servait comme lieutenant dans un régiment de cavalerie quand le Pérou, suivant l'exemple des autres colonies espagnoles d'Amérique, se mit en insurrection contre la métropole. 11 se déclara vers 1821 pour le général San-Martin, qui était venu révolutionner ce pays, prit une part brillante à la guerre de l'indépendance et concourut, comme colonel, à la victoire d'Ayacucho (9 déc. 1824), qui assura l'existence de la république péruvienne. Au milieu des troubles qui suivirent, il sembla quelque temps vouloir se renfermer dans ses devoirs de soldat. Mais nommé général de brigade en 1834, il finit par se jeter dans les luttes politiques qui longtemps encore devaient désoler son pays. 11 y porta du moins un patriotisme très élevé et un amour sincère de l'ordre et du progrès. S'il soutint quelque temps le président Orbegoso (1834-1835), il se sépara de lui pour ne pas s'associer à une politique qui, en appelant Santa-Cruz, président de la Bolivie, à gouverner le Pérou, lui paraissait devoir inféoder ce dernier pays au premier. Battu, avec son chef, Salaberry, il se retira au Chili, mais en revint en 1839 et, vainqueur cette fois à Jungay, fit triompher à Lima la cause de l'indépendance. 11 fut nommé ministre des finances sous la présidence de Vivanco. Les Boliviens, il est vrai, prirent leur revanche en 1841. Castilla dut fuir de nouveau . Mais la fortune des armes lui redevint favorable en 1844, et, peu après, il tut élevé à la présidence de la République (1845). Sous son administration le Pérou, désolé depuis vingt ans par la guerre civile, goûta pour la première fois un peu de calme et put tirer parti de ses ressources naturelles. L'armée, réorganisée, devint à peu près régulière. L'ordre fut rétabli dans les finances. La marine fut, à proprement parler, créée. Des bateaux à vapeur furent construits; une fonderie de canons fut établie à Bellavista. L'industrie et le commerce reçurent une vigoureuse impulsion. L'exploitation du guano reçut un grand développement; et le premier chemin de fer péruvien fut construit (entre le Callao et Lima).

Le 20 mars 1851, Castilla remit solennellement la présidence à son successeur Echenique. C'était la première fois depuis la création de la république péruvienne, que pareille transmission de pouvoirs s'accomplissait légalement Mais le gouvernement d'Echenique menaçant le pays de la contre-révolution, Castilla prit les armes (1854) et entra triomphalement à Lima (5 janv. 1855), Réélu président en 1858, il donna au Pérou une nouvelle constitution (1860) et protesta vigoureusement (sept. 1862) contre l'intervention française au Mexique. Renversé peu après par San-Ramon, à qui succéda le général Pezet (1864), il fit à ce dernier une vive opposition, fondée

principalement sur le traité de paix qu'il avait conclu avec l'Espagne (1865). Arrêté et transporté hors du Pérou, il ne tarda pas à y reparaître, triompha de son adversaire, mais ne vécut pas longtemps en meilleure intelligence avec le nouveau président Prado, contre lequel il venait de provoquer un nouveau soulèvement, quand une mort subite mit fin à son orageuse carrière. A. Debidour.

CASTILLAN. Ou appelle de ce nom le dialecte qui, parlé d'abord dans la Vieille-Castille, étendit son aire d'action à mesure que les souverains de ce pays conquéraient ou acquéraient par mariage tout le reste de l'Espagne ; ce dialecte, comme le français chez nous, devint la langue officielle des hautes classes du pays. 11 est entendu aujourd'hui dans toute l'Espagne, bien qu'il subsiste encore des parlers locaux et mêmes des littératures locales : galicien, asturien, basque, catalan, valencien, murcien, et les Espagnols appellent toujours leur langue nationale, non pas lengua espanola, mais lengua castellana. Elle est aussi la langue du Mexique, de l'Amérique centrale, de plusieurs des grandes Antilles, des républiques de l'Amérique du Sud et est parlée par au moins soixante-dix millions d'hommes. Pour éviter des répétitions, nous renverrons ce qui concerne l'origine, les progrès, la constitution, les défauts et qualités du castillan, à l'article Espagne (linguistique). E. Cat.

CASTILLE (Art milit.). Ce nom, qui désignait un château- tort, un travail de foriieation, fut étendu au simulacre d'attaque de bastion ou de château, jeu usité dans les carrousels et les tournois. En 1546, la cour passait l'hiver à la Roche-Guyon, lorsque les seigneurs livrèrent, à coups de pelotes de neige, une castille dans laquelle le due d'Enghien fut tué. Dans un simulacre de combat analogue, où François 1®^, à la tête d'une troupe de gentilshommes, attaquait à coups de boules de neige l'hôtel du comte de Saint-Pol transformé en castille, ce roi tut assez grièvement blessé à la tête, d*un tison enflammé.

CASTILLE (Royaume de). Le nom de Castille, employé dès le temps d'Alphonse le Chaste, c.-à-d. au miheu du IX® siècle, désigna d'abord une bande de terrain longue et étroite, faisant partie du royaume des Asturies ou de Léon et comprise entre le Pisuerga à l'O. et l'Alava et la Rioja à l'E. Elle fut longtemps un simple champ de bataille entre les chrétiens du royaume de Pelage et les musulmans ; les invasions et les razzias de part et d'autre en avaient fait presque un désert; mais quand le khalifat commença à se désorganiser, quand les chrétiens commencèrent à prendre le dessus, ils descendirent dans cette plaine et le roi de Léon, Alphonse If, y fonda de nombreux châteaux-forts ou castillos pour la. défendre contre les infidèles. De là, à ce qu'il semble, le nom qui fut dès lors donné à cette région. Les seigneurs du pays imitèrent l'exemple du roi et pour attirer desi habitants dans les nouvelles poblaciones, leur accordèrent des chartes de privilège ou fueros. La chronique de Sampiero mentionne la fondation de Annya et Santillane par le comte Rodrigo (vers 882), de Burgos el; Ovierna par le comte Diego (vers 890) sur l'ordre dut roi, de Roa par Nufio Munez (vers 895), d'Osma par Gonzalo Tellez (vers 900), de Oca, de Coruna del Conde,, de San Esteban de Gormaz, par Gonzalo Fernandeis (commencement du x« siècle) et enfin de Sepulveda par Fernan Gonzalez (milieu du x® siècle).

Les premiers comtes de Castille furent évidemment de simples délégués du pouvoir royal et, dans la chronique que nous avons citée ci-dessus, il est même difficile do distinguer une foule de petits seigneurs, commandantîi de villes ou de districts, d'avec les gouverneurs du comté; plusieurs conjointement sont appelés comtes de Castille. Les historiens n'ont pu qu'imparfaitemeni; débrouiller ces origines, distinguer les faits réels de ceus: qu". sont légendaires, et les chartes authentiques de cellefj bien plus nombreuses que les moines ont fabriquées dan»

CASTILLE

la suite et pro domo sua, La série des comtes, généralement admise, est loin d'être bien établie: Rodrigo (882), Diego Rodriguez (890), Gonzalo Tellez et Gonzaio Fernandez (910), Nuno Fernandez (923) sont à peine des personnages historiques, et la fameuse histoire d'un juge civil et d'un juge militaire, qui auraient ensuite gouverné le pays pendant quelques années, semble n'être qu'un roman. Avec Fernan Gonzalez (933), nous entrons dans le domaine des faits. Nous voyons ce comte de Castille ou de Burgos étendre son autorité sur les autres seigneurs du pays ; en 940, il se crut assez fort pour se révolter contre le roi de Léon, Ramiro II, mais il fut pris et jeté en prison. Il en sortit bientôt; sa fille aînée, Urraca, épousa même le fils aîné du roi, Orduiîo. A l'avènement de celui-ci, Fernan Gonzalez excita encore un soulèvement ; il fit de même à l'avènement de son frère Sancho, qu'il renversa, et régna en réalité sur le royaume de Léon, sous le nom de Ordufio III ou le Mauvais, qu'il avait contribué à faire couronner. Nous n'insisterons pas sur cette obscure histoire des guerres civiles du royaume de Léon; ce qu'il faut seulement remarquer, c'est le rôle chaque jour plus grand que joue le comte de Castille; dans une guerre contre les Arabes, il n'est point soutenu par son suzerain, le roi de Léon, ce qui montre que les liens de vassalité sont déjà fort relâchés. Un historien veut même qu'un pacte ait été signé entre Fernan et Sancho, reconnaissant l'indépendance du comte. Du moins, le nom de ce dernier est devenu dans les siècles postérieurs singulièrement populaire; tandis que les moines chroniqueurs lui attribuaient toutes sortes de fondations pieuses, les poètes du Romancero célébraient ses merveilleuses prouesses contre les infidèles et ses romanesques aventures.

La Castille, à la fin du x^ siècle, était donc devenue de fait un état indépendant ; elle s'était notablement étendue vers le Sud et sa situation géographique en faisait désormais comme le boulevard de l'Espagne chrétienne. Couverte à l'E. par les monts de Burgos, au S. par les âpres sommets de la sierra de Guadarrama, avec la forteresse de Sépulveda qui défendait les approches de la vallée du Douro, elle avait un territoire ramassé, compact, adossé d'autre part aux Pyrénées; elle s'avançait vers la vallée du Tage comme une sorte de coin « toujours prêt à s'ouvrir pour l'attaque, toujours fermé pour la défense ». Elle était, sous tous ces rapports, bien mieux située que le royaume de Léon dont elle était issue; aussi devait-elle, dans un court laps de temps, supplanter, puis absorber ce dernier Etat. Ce qui retarda cet événement, ce fut les luttes intestines dont la Castille fut le théâtre sous le fils de Fernan Gonzalez, Garcia Fernandez (Fernandez, c.-à-d. fils de Fernand) de 970 à 995, et sous ses successeurs, Sancho Gardas (995-1021), et Gaixia Sanchez (1021-1029). Ces querelles aussi affaiblirent le pays dans sa résistance aux Arabes et pendant cette période il fut à plusieurs reprises envahi par Almansour, notamment en 978 et en 980 ; il perdit en 987 son importante forteresse avancée de Sépulveda, en 994, celles des bords du Douro, Clunia et Esteban de Gormaz. Le comte de Castille, Garcia Fernandez, fit alors un appel pressant aux chrétiens de Galice et de Navarre et avec leur aide livra bataille à Almansour, entre Alcocer et Langa, 8 juil. 995. L'armée arabe remporta une victoire complète, et emmena de nombreux prisonniers, parmi lesquels le comte de Castille, qui mourut quelques jours après des blessures qu'il avait reçues. Son fils, Sancho Gardas, montra le même courage et fut plus heureux ; il défendit vaillamment ses frontières et prit une part notable à la grande victoire de Calât- Anazor (1102, ou suivant un autre auteur 999), qui ruina les espérances d'Almansour. Celui-ci en mourut de chagrin et la décadence du kalifat de Cordoue commença. Le comte Sancho eut ensuite à lutter contre les révoltes de Garcias Gomez et des Vêlas, et dut suspendre la croisade contre les

infidèles ; il la reprit peu après, d'abord avec des alternatives de succès et de revers, plus tard avec un véritable bonheur. Il recouvra les fortes positions d'Esteban de Gormaz, de Penafiel et d'Osma, reconquit le pays sur la rive gauche du Douro, et reporta la frontière de ses Etats à la sierra de Guadarrama. C'est probablement à cette époque qu'il donna aux villes de la Castille des fueros dont le texte ne nous est pas parvenu, mais dont le souvenir s'est conservé : dédit bonos foras et mores in tota Castella, dit Lucas de Tuy. 11 mourut en 1021, laissant après lui une fabuleuse renommée de brave chevalier et de justicier sévère. Son fils Garda lui succéda dans le comté, tandis qu'une de ses filles épousait le roi d'Aragon et une autre le roi de Léon, Bermudo IIL Garcia, d'autre part, épousa Sancha, sœur de Bermudo, et reçut de celui-ci le titre de roi de Castille, mais il lut assassiné le jour même du mariage (13 mars 1028), par les Vêlas, suivant la plupart des historiens, ou, selon d'autres, par Bermudo qui espérait ainsi recouvrer la Castille. Sancho de ISavarre, beau-frère de la victime, se porta son héritier et son vengeur, fut reconnu comme chef par les seigneurs castillans et se rendit maître d'une partie du royaume de Léon. La lutte se termina par une convention matrimoniale : Fernando, deuxième fils de Sancho de Navarre, épousa Sancha, naguère fiancée au roi de Castille. La jeune reine recevait en dot le pays compris entre le Ceà et le Pisuerga, tandis que son époux obtenait la Castille avec le titre de roi (1032).

Ferdinand /^^, premier roi de Castille, avait un territoire qui s'étendait depuis les comtés de Najera et Vicaria (Navarre) à l'E., jusqu'au Ceà à l'O. ; au N., ses domaines étaient bornés parla mer Cantabrique, au S., par la chaîne de Guadarrama et de Somo-Sierra. Mais le roi de Léon voulut bientôt lui reprendre les pays qu'il avait été forcé de céder et en 1037 il envahit la Castille. Ferdinand, secouru par son frère, Garcia de Navarre, lui livra bataille sur les bords du Carrion et le roi de Léon périt au commencement de l'action. Il ne laissait pas d'autre héritier que sa sœur Sancha, épouse de Ferdinand. Aussi celui-ci, après une courte résistance des Léonais, tut reconnu roi de Léon et de Castille et couronné le 22 juil. 1037, dans la cathédrale de Léon. Il fit de cette ville sa capitale et devint le plus puissant des rois chrétiens de la Péninsule, réunissant sous son sceptre Léon, la Galice, les Asturies et la Castille. Pendant une vingtaine d'années, il ne put cependant rien entreprendre contre les infidèles, retenu qu'il était par des guerres contre des vassaux turbulents ou contre son frère Garcia de Navarre. Il vainquit ce dernier, qui mourut au milieu de la bataille d'Atapuerca, en 1054, et aurait pu prendre la Navarre, mais il en restitua la plus grande partie au fils du roi défunt et ne garda que le comté de Najera et la rive droite de l'Ebre ; ce fleuve, dès lors, devint la limite orientale de la Castille, qui était antérieurement fixée aux monts de Burgos. Dans les intervalles de ces luttes, Ferdinand I®^ s'occupa de rétablir l'ordre dans ses Etats; en 1039, il donna un fuero à la ville de Burgos; en 1050, il réunit un concile ou des cortès (les deux choses étaient alors identiques) à Cayanza (aujourd'hui Valencia de San-Juan) et en promulgua les actes. De 1054 à 1065, il consacra tout son temps à la guerre sainte contre les musulmans; en 1057, il leur prit Ceà et Lamego, en 1058, Viseu et Coïmbre, et peupla toutes ces villes de chrétiens. L'année suivante, en tournant la sierra de Guadarrama, il envahit les terres d'Almamoun, émir de Tolède, prit de nombreuses villes, menaça Alcala de Hénarès et imposa, dit-on, un tribut à l'émir. Dans les années 1060 et 1061, ayant réparé les places fortes du Douro, il poussa une pointe jusque sur les Etats de l'émir de Séville, ravagea tout sur son passage et obtint du prince arabe les restes de saint Isidore, qu il ramena en grande pompe à Léon (1063). En 1064, il dévasta le royaume de Valence, s'avança même jusque sous les murs

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