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de cette ville, mais sentant sa fin prochaine, il voulut revenir en terre chrétienne pour y rendre le dernier soupir (1065).
On voit, par ces entreprises, combien était déjà puissant le roi de Léon et de Gastille. Malheureusement Ferdinand I®^, un an auparavant, dans une assemblée des grands du royaume, avait partagé ses Etats entre ses fils; ni lui ni les nobles ne paraissent avoir compris combien il était important de les maintenir sous une seule couronne et le partage qu'il avait préparé eut lieu sans contestation après sa mort. Sancho, Talné de ses fils, eut l'ancien domaine de Gastille, e.-à-d. jusqu'au Pisuerga ; Alonzo eut les Asturies et le royaume de Léon, Garcia, le plus jeune, eut la Galice et la partie du Portugal conquise sur les Arabes. Sancho, le plus turbulent des jeunes princes, attaqua tour à tour ses cousins d'Aragon et de Navarre, puis son frère de Léon; il battit ce dernier et le força à revêtir l'habit monacal et à lui abandonner son royaume. Alonzo s'enfuit du monastère et trouva un asile à la cour de l'émir de Tolède, son tributaire. Sancho cependant poursuivait ses succès, dépouillait aussi son frère Garcia et cherchait à enlever à sa sœur Urraca le fief de Zamora, mais il lut assassiné sous les murs de cette ville par Bellido Dolfos (4 oct. 1072). Alonzo revint alors en Gastille et ayant tait enfermer Garcia dans un château, il fut reconnu roi de Léon, de Gastille, de Galice et de Portugal, après avoir juré aux nobles castillans qu'il n'avait pas trempé dans le meurtre de Sancho; ce fut, selon les chroniques, le Gid Gampeador qui reçut son serment. Alonzo VI ou Alphonse F/, fut un des souverains les plus remarquables de ce temps; il combla de richesses les églises et les monastères, rendit une exacte justice et assura la sécurité des pèlerins et des marchands dans ses vastes Etats ; il concéda aussi aux villes un grand nombre de fueros, celui de Sépulveda en 1076 (qui fut étendu ensuite à beaucoup de cités des frontières), celui de Sahagun en 1085, le triple fuero aux habitants mozarabes, castillans et français de Tolède (il y avait nombre de prêtres et de croisés français dans cette ville), la même année, enfin, en 4095, celui de Logrono qui fut étendu plus tard à douze cités et servit même de modèle pour les chartes concédées à des villes par plusieurs souverains d'Aragon et de Navarre. Mais la gloire la plus grande vint à Alphonse YI, de ses heureuses campagnes contre les Arabes. Tant qu'Al-Mamoun, émir de Tolède, son ancien protecteur, avait été vivant, il n'avait pu porter de ce côté son active ambition; il avait même, en 1074, aidé Al-Mamoun à faire la conquête de Séville ; mais quand celui-ci fut mort, il profita des désordres dont le royaume de Tolède était le théâtre pour franchir avec une armée la sierra de Guadarrama. Suivant quelques auteurs, il était appelé par les Tolédans eux-mêmes. De 1078 à 1082, il dévasta toute la campagne, mais dut se retirer devant l'émir de Badajoz, Yahia ben Aftas, qui venait au secours de ses coreligionnaires; il reprit la campagne deux ans après, mit le siège devant Tolède et força cette ville à capituler (1085). Ce boulevard de l'Espagne musulmane, ancienne capitale des rois Goths, devint la capitale d'Alphonse ; de là, il se rendit maître des places fortes de Madrid, Guadalajara, Maguedo, Cala- Irava, et de tout le cours du Tage, de Cuenca à Alcântara, et plus tard jusqu'à Lisbonne. Il avait ajouté à ses domaines un pays fort étendu, occupant le centre de la Péninsule, forteresse d'où ses successeurs pourront étendre tout alentour leur action, pays que, en souvenir de celui d'où ils venaient, les conquérants castillans appelèrent Nouvelle Castille, Le monde musulman, efi'rayé des progrès du monarque chrétien, ne put qu'invoquer le secours du terrible Youssef, chef des Almoravides, qui venait de se créer un grand empire en Afrique. Ces sauvages, accourus du fond du désert, battirent Alphonse VI à Zalaca, près Badajoz, en 1086 et firent un grand carnage des troupes castillanes. Alphonse
pourtant ne se découragea pas et sut défendre vigoureusement ses frontières; en 1091, il poussa même une pointe jusqu'en Murcie, et en 1093, il reprit aux musulmans Lisbonne et Santarem. Malgré trente-neuf victoires, les dernières années du vieux roi furent attristées par des revers; ses troupes éprouvèrent une sanglante défaite, à Uclés, en 1108 et son fils unique, Sanebo, âgé seulement de onze ans, resta parmi les morts. Dixhuit mois après, ce prince, que les chroniqueurs appellent l'empereur à cause de sa puissance et de ses hauts faits, rendit le dernier soupir (1109).
Alphonse Yl n'avait comme héritier de ses Etats qu'un petit-fils, Alonzo Rayraondez, né du mariage de sa fille Urraca, avec feu Raymond de Galice ; il ne voulait pas les laisser à ce faible enfant, et désirant assurer l'unité de l'Espagne chrétienne, il proposa aux Cortès, quelque temps avant de mourir, de marier Urraca avec Alonzo I«^, roi d'Aragon et de Navarre, connu par ses vertus militaires ; Urracja devait gouverner personnellement la Gastille. On pouvait espérer réunir ainsi les diverses principautés chrétiennes, Alonzo Raymondez n'ayant la Galice qu'à titre de fief de la Gastille. Dans le cas où aucun enfant ne naîtrait du nouveau mariage d' Urraca, la Gastille et Léon, après elle, reviendraient à Alonzo Raymondez. Alphonse Yl semblait avoir ainsi assuré l'avenir, mais Urraca, princesse ambitieuse et dissolue, ne put s'entendre avec le roi d'Aragon, ni même avec son fils ; elle excita des troubles qui durèrent de 1109 à 1126 et ensanglantèrent les Asturies, Léon et la Gastille. Sa mort vint enfin donner le sceptre à Alonzo Raymondez, qui fut proclamé sous le nom d'Alphonse YIll (le roi d'Aragon ayant été reconnu par un parti castillan, et ayant été dénommé Alphonse Yll). La situation du jeune roi était difficile ; les ricos homes ou seigneurs, habitués aux querelles intestines, étaient peu disposés à la soumission, notamment les turbulents comtes de Lara; beaucoup de cantons étaient dévastés, dépouillés de leurs arbres, presque déserts; enfin une quinzaine de places fortes de la Castille étaient encore occupées par des garnisons aragonaises que Alonzo F^, dans sa lutte contre Urraca, y avait établies. Ce roi consentit à retirer ses troupes, soit après une courte lutte, soit par suite de l'intervention des prélats, et à réserver toutes ses forces pour la croisade ; il faut dire aussi que les Castillans ne pouvaient souffrir les Aragonais et qu'ils appuyèrent vigoureusement Alphonse YIIL Celui-ci libre alors de se tourner contre ses vassaux rebelles, les força bientôt à la soumission et assit son autorité sur des bases solides. Il avait peu auparavant, en 1128, épousé la sœur du comte de Barcelone, Berengaria, qui paraît avoir eu sur lui une grande influence, ainsi que Saneha, sa sœur. « Et tout réussissait grâce à elles, dit le chroniqueur, à ce roi selon le cœur de Dieu, protecteur des orphelins et des pauvres et grand édificateur de couvents et d'églises. » Alphonse Yllf, jaloux de la gloire de son homonyme d'Aragon, tourna ensuite ses armes contre les Arabes, leur reprit Aurélia et Goria (dans la vallée du Tage) et battit Tachfin près de Lucena (1130). Trois ans plus tard, ayant réuni ses vassaux à Tolède, il leur proposa de faire une expédition « pour aller manger du poisson de la mer d'Afrique », s'avança à leur tête dans la vallée du Guadaj^quivir, passa le fleuve entre Gordoue et Séville et poussa jusqu'à Cadix. En 1134, son vassal rentré en grâce, Gonzalez de Lara fit une pointe semblable jusqu'aux portes de Séville, tandis que les habitants de Salamanque opérèrent une razzia sur le territoire musulman de Badajoz. Dans ces algarades les Castillans s'aguerrissaient, remportaient de riches dépouilles et préparaient l'expulsion prochaine des Maures ; parfois pourtant ils éprouvaient des revers; ainsi en 1138, les Arabes s'emparèrent de Mora, et en 1144 ils firent éprouver au comte Muno une sanglante défaite. Le rôle d'Alphonse VHI dans ces guerres saintes lui avait acquis les
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sympathies de toute l'Espagne chrétienne; il était d'ailleurs, depuis la mort d'Alonzo P', le seul des monarques de la Péninsule qui eût un territoire étendu et une autorité réelle. Aussi le faible Ramiro d'Aragon dut le reconnaître pour suzerain et lui livrer Saragosse, qui reçut une garnison castillane; le roi de Navarre, Garcia, et le comte de Portugal, Alonzo Ënriquez, furent obligés de faire de même et d'être « ses soldats ». Enfin son alliance de famille avec les comtes de Barcelone lui permettait de compter au besoin sur ceux-ci. Dès 1135, Alphonse VIII tint à Léon une assemblée solennelle, où vinrent ses grands vassaux et le clergé de. ses Etats. « Là, dit la chronique de Tuy, on décida que le roi de Castille prendrait le nom d'empereur, puisque le roi de Navarre (il faut y ajouter le comte de Portugal et le roi d'Aragon) et le roi sarrazin Saïf-ed-Daoula , les comtes de Toulouse et de Provence, et une foule de comtes de Gascogne et de France le reconnaissaient pour leur suzerain. » Cette suzeraineté ne semble pourtant pas avoir été très effective. Les Aragonais ne voulaient nullement être sous le joug des Castillans, et au traité des Barbastro, il n'est parlé des droits de l'empereur que sur Saragosse. Quant à Garcia de Navarre et au comte ou roi de Portugal, ils se révoltèrent contre Alphonse VllI en 1137. L'armée de l'empereur fut même battue par les Portugais et, contre le roi de Navarre, il dut guerroyer jusqu'en 1144, pour l'amener à reconnaître sa suzeraineté; enfin, en 1148, Raymond, régent d'Aragon, et dont la sœur mariée à Alphonse VlIl' venait de mourir, se considéra moins comme un vassal de l'empereur que comme un souverain indépendant. L'empereur de Castille n'en est pas moins le représentant le plus glorieux de l'Espagne chrétienne à cette époque ; il administra habilement ses Etats et fit contracter à ses filles des mariages avec le roi de Navarre et avec le roi de France, Louis le jeune. Mais il commit une faute très grave en suivant l'usage établi en ce qui concerne la succession royale. Dès 1150, nous le voyons associer à son autorité ses deux fils, Fernando et Sancho, avec le titre de rois, l'un de Galice, Léon et Estrémadure, l'autre de Castille et Biscaye, et préparer ainsi le partage prochain de ses Etats. Ce partage, en brisant l'unité, factice peut-être, créée par Alphonse, et qui lui avait valu le titre d'empereur, allait retarder de plusieurs siècles la chute des royaumes musulmans.
A la mort d'Alphonse VIlI (1157), tandis que Fernando Il prenait possession du royaume de Léon, Sancho lU était couronné roi de Castille; il ne régna qu'un an. Nous le voyons dans cette courte période de temps attaquer son frère de Léon et au contraire signer un traité avec le prince d*Aragon, Raymond Bérenger IV, par lequel il renonçait à toutes prétentions sur Saragosse, Catalayud et les autres villes de la vallée de i'Ebre, à condition que les rois d'Aragon reconnaîtraient la suzeraineté des rois de Castille et assisteraient à leur couronnement, l'épée nue à la main. C'est sous Sancho que Tabbé Raymond de Fitera et le moine Diego Velasquez organisèrent l'ordre militaire de Calatrava» Celui à'Alcdntara appartient aussi, à ce qu'il semble, à la même époque, mais son origine demeure obs(;ure au milieu des innombrables légendes qui l'enveloppent. Ces deux milices sacrées, bientôt très riches et très nombreuses, vont d'abord couvrir la frontière contre les musulmans et préserver de l'invasion l'Espagne chrétienne, affaiblie par les luttes intestines : elles seront ensuite, entre les mains des rois conquérants de Castille, un puissant instrument pour la destruction des Etats musulmans de la Péninsule.
Alphonse IX, fils de Sancho, n'avait que quatre ans quand il monta sur le trône ; deux familles puissantes, les Lara et les Castro, se disputèrent par les armes sa tutelle et la régence, et le roi de Léon, intervenant, prit pour son compte la plupart des villes de la Castille et
une bonne part des revenus du pays (1158-1159). Profitant aussi de ces troubles, Sancho V de Navarre reprit à la Castille tout ce que lui avait enlevé Alphonse VIII, c.-à-d. toute la Rioja (4160). La guerre civile et l'invasion étrangère désolaient ainsi ce malheureux royaume, et le jeune roi, qui n'avait que quelques cités, errait de l'une à l'autre, accueilli ou repoussé suivant les hasards de la fortune des Lara, qui l'avaient alors en leur puissance. En 1164, les Castro triomphaient presque partout ; mais leur alliance avec le roi de Léon les rendit impopulaires, et les Lara, soutenus par l'opinion publique et par la plus grande partie de la noblesse, prirent bientôt le dessus. Ils menèrent le jeune roi attaquer Tolède. Alphonse IX rentra dans sa capitale, qui avait été jusqu'alors au pouvoir des Léonais et des vassaux rebelles, et en trois ans il put reconquérir presque toute la Castille, ancienne et nouvelle. En 1169, il tint les Cortès à Burgos et prit légalement possession de la couronne. Pour affermir sa jeune royauté contre l'ambition du roi de Léon, il fit une trêve de dix ans avec la Navarre, une alliance offensive et défensive avec l'Aragon, et épousa Aliéner, fille du roi d'Angleterre, Henri II (1170). De ce mariage naquit l'année suivante l'infante Bérenguela, que son père se hâta de faire reconnaître comme héritière de la couronne, pour le cas où il n'aurait pas d'enfant mâle. Parvenu à l'âge d'homme, Alphonse IX s'efforça de reprendre à la Navarre la Rioja, que Sancho lui avait enlevée, pendant les troubles de sa minorité; il battit son voisin, grâce à l'aide du roi d'Aragon et la querelle fut bientôt terminée, par l'arbitrage du roi d'Angleterre (1178). Alphonse IX voulait surtout tourner son activité contre les infidèles; il leur enlevait après neuf mois de siège la forte place de Cuenca, située au milieu de l'âpre sierra qui servait alors de limite à la Castille; en 1179, à Cazora, il s'entendit avec le roi d'Aragon pour le partage des conquêtes à venir sur les musulmans ; le royaume de Valence avec Jativa et Dénia devaient appartenir à l'Aragon, tandis que les pays plus à rO. reviendraient à la Castille. Des guerres sans cesse renaissantes avec la Navarre et Léon empêchèrent le valeureux roi d'accomplir ses grands projets ; la croisade toutefois ne chôma jamais ; on se battait chaque printemps au S. de Cuenca et les ordres militaires défendaient vaillamment la frontière; en 1181, Alphonse IX poussa une algarade jusqu'à Séville; en 1184, il prit la forteresse d'Alarcon; en 1191, l'archevêque do Tolède, Martin de Pisuerga, ravagea la riche vallée du Guadalquivir; enfin en 1194, le roi lui-même à la tête de son armée ne s'arrêta qu'au bord de la mer, en face de l'Afrique. Yaqoub ben Youssef, chef des Almohades, voulut tirer vengeance de cette provocation : il passa la mer avec une armée formidable, recrutée en Afrique. Alphonse, à son approche, demanda le concours des autres rois chrétiens d'Espagne ; nul ne répondit à son appel, et le roi de Castille, malgré sa bravoure et celle des siens, fut complètement défait à I^ bataille d'Alarcos (1195). L'année suivante la Castille même (ut envahie par Yaqoub, qui enleva nombre de places fortes, prit d'assaut Salamanque, mais ne put se rendre maître de Tolède. Tant et de si cruels revers obligèrent Alphonse à demander à Yaqoub une trêve de quelques années (1197). 11 avait d'ailleurs d'autres ennemis à repousser, les rois de Navarre et de Léon, qui avaient profité de son désarroi pour envahir ses Etats. Après les avoir vaincus, il traita avec eux d'une manière généreuse et fit les plus louables efforts pour maintenir la concorde parmi les princes chrétiens ; il maria sa fille Bérenguela au roi de Léon, sa fille Urraca au prince de Portugal, sa fille Blanche au fils du roi de France (le futur Louis VIII). Tranquille désormais du côté de ses voisins, il tourna tous ses efforts contre les infidèles et en 1209 poussa une algarade jusqu'à Baéza. C'est alors que les musulmans menacés firent appel à toutes les tribus africaines, et qu'un demi-million
d^hommes, disent les chroniqueurs, traversa le détroit et menaça la Castille. Une petite forteresse, Salvatierra, les arrêta neuf mois par une résistance désespérée; cependant l'Europe entière s'émouvait au bruit de cette invasion, le pape et le clergé prêchaient partout la croisade et Alphonse, bien que douloureusement frappé par la mort de son fils Fernando, montrait une activité incroyable à réunir une armée et des vivres. La Castille entière se leva; FAragon, la Navarre, Léon, le Portugal, le midi de la France, l'Allemagne même envoyèrent des soldats en grand nombre (plus de 60,000) ; les ordres militaires, des prélats même et des moines, prirent part à la guerre sainte. La brillante victoire de las JSavas de Tolosa (1212) fut le résultat de ce suprême eflort; les musulmans perdirent, dit-on, cent mille hommes, et furent poursuivis jusqu'à Baéza et Ubeda. Après cette bataille, l'Espagne chrétienne n'aura plus guère à redouter les invasions arabes; elle a eu, ce jour là, conscience de la force que peut lui donner Tunité d'efforts et la guerre sainte, au lieu de se borner à de simples algarades comme par le passé, aura désormais pour but la conquête progressive des derniers Etats musulmans. Alphonse IX mourut peu après ce triorfiphe. 11 avait fait de grandes choses dans l'admmistration de son royaume. 11 embellit Cuenca enlevée aux Arabes, fonda Palencia en 1186, peupla d'habitants le bassin du Tage, dévasté par la guerre, fonda des couvents, créa à Paîenciala première université qu'ait eue l'Espagne, et y fit venir des savants de France et d'Italie. Enfin, désireux de trouver dans les communes libres un appui contre les prétentions et la turbulence des ricos homes, il a attaché son nom à la plupart des fueros municipaux, pour les confirmer ou les étendre; de plus, il octroya ceux de Cuenca, Palencia, Madrid, Navarete, etc. Enfin, en 1212, il confirma les fueros de Alphonse VI, et demanda à tous les hommes libres de ses Etats, ricos homes bu hijos d'algo^ de recueillir par écrit tous les bons fueros, coutumes et sentences judiciaires, pour en tirer un code : « Le malheur des temps, dit l'historien des fueros, empêcha l'exécution de ce projet et maintint en usage le fuero viejo, » On voit que, par les actes de son règne, Alphonse IX a bien mérité le surnom de JSoble que les historiens lui ont donné ; on voit aussi que la Castille, même réduite à ses anciennes limites et à ses conquêtes sur les musulmans, était l'Etat le plus étendu et le plus puissant de la Péninsule.
La mort d'Alphonse IX ramena pour quelques années les querelles intestines d'où son activité avait retiré la Castille. Il laissait pour successeur un tout jeune enfant qui fut proclamé sous le nom de Henri i^^ et la sœur de celui-ci, Bérenguela, que nous avons vue jadis désignée pour héritière de la couronne à défaut d'enfant mâle, eut la régence. Les grands que la main puissante d'Alphonse avait contenus, relevèrent alors la tête ; des querelles éclatèrent partout ; la famille des Lara dépouilla Bérenguela de la tutelle du jeune roi et s'en empara. Henri ]^^ mourut par accident le 6 juin 4217 et Bérenguela, qui était soutenue par un parti puissant, revendiqua ses droits à la royauté. Elle fit venir de Léon le jeune Fernando, le fils aîné qu'elle avait eu de son mariage avec le roi Alphonse de Léon (mariage brisé ensuite par le pape pour cause de parenté) et le fit acclamer à Valladolid, comme roi légitime, sous le nom de Fernando III ou Ferdinand III (31 août 1217). Mais Alvar de Luna, Alphonse de Léon lui-même, lui firent la guerre. Le jeune roi, inspiré par sa mère (sœur de Blanche de Castille et qui joue un rôle semblable) et montrant aussi une valeur et une sagesse précoces, triompha assez facilement de ses ennemis, puis tourna ses efforts contre les Arabes d'Andalousie. Il profita des guerres intestines qui divisaient alors cette malheureuse province, s'allia à Al-Mamoun contre Yahia et obtint de son allié dix places fortes sur la frontière, ainsi que le libre exercice du culte chrétien au Maroc, Cette alliance au surplus dura peu, et quand Fernando ravagea
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le royaume de Grenade, Al-Mamoun, dont le pouvoir s'était affermi, se jeta sur ses alliés chrétiens et les força de quitter l'Andalousie (1228). Sur ces entrefaites, Alphonse de Léon, père de Fernando, mourut; son fils accourut de Castille pour recueillir sa succession, mais Alphonse avait désigné ses deux filles, les infantes Bérenguela et Constancia, comme devant régner après lui, et beaucoup de Léonais, surtout les nobles, soutenaient les droits de celles-ci. Us étaient trop orgueilleux pour accepter que le royaume de Léon fût réduit à n'être qu'une province de la Castille. Le clergé en cette occurrence se prononça en faveur de Fernando, puis la mère de celui-ci amena habilement les infantes à se désister de leurs droits moyennant un riche revenu : Fernando put entrer ainsi sans effusion de sang dans la ville de Léon et y être proclamé (1230). Il donna à la cité de nouvelles franchises et prit le titre de roi de Castille et de Léon. Cette union des deux royaumes devait être celte fois définitive ; elle allait donner à l'actif et sage souverain la disposition de forces importantes. Son long règne sera désormais rempli par la croisade contre les Maures. En 1233, il envoya son frère Alonzo pousser une algarade vers le S., semer la terreur aux portes de Cordoue et de Séville et remporter la victoire de Xèrez ; l'année suivante, lui-même, laissant l'administration de ses Etats à sa mère, prit Ubeda et quelques autres villes; en 1236, après un siège de neuf mois, il força la grande cité de Cordoue à capituler, et consacra sa merveilleuse mosquée au culte chrétien. En 1243, son frère força l'émir de Murcie à se reconnaître vassal de la Castille; lui-même planta deux fois ses tentes sous les murs de Grenade et ravagea le territoire de Jaen et le bassin du Xenil. En 1246, il força l'émir de Grenade, Ben el Ahmar, à lui demander la paix moyennant la cession de Jaen ; de plus, le souverain musulman se reconnaissait vassal du roi de Castille, lui payait un tribut annuel, devait assister à son couronnement et lui fournir un contingent dans toutes les guerres qu'il pourrait avoir, soit avec les musulmans, soit avec les chrétiens. En effet, l'année suivante, Ben el Ahmar aida Fernando à conquérir Séville après un siège qui dura plus d'un an et où une flotte castillane joua un rôle : cette capitale reçut comme celle de Cordoue un fuero presque littéralement copié sur celui de Tolède ; des seigneurs et des agriculteurs castillans y remplacèrent les musulmans qui avaient émigré en grand nombre dans le royaume de Grenade. Fernando, poursuivant ses succès, enleva ensuite à l'Islam Xerez, Médina Sidonia, Vêlez, Cadix, San Lucar, Santa Maria deî Puerto, Bota, Arcos, etc., et ne laissa aux Arabes que les Algarves et le pays de Grenade. Il aurait sans doute achevé la conquête du midi de l'Espagne s'il n'eût été lié par le traité signé avec Ben el Ahmar, et plusieurs historiens lui reprochent par suite d'avoir accepté celui-ci comme vassal et retardé ainsi l'expulsion définitive des Maures de plus de deux siècles. La mort vint le surprendre, en 1251, au moment où sa flotte venait de remporter une victoire sur la flotte marocaine, et où il se proposait de passer en Afrique. Ce grand roi qui avait fort avancé l'unité espagnole par la réunion définitive de la Castille et de Léon, par ses conquêtes sur les Arabes, et aussi par ses bonnes relations avec les autres souverains chrétiens de la Péninsule, s'était montré en même temps sage et habile administrateur: il avait étendu à de nombreuses poblaciones certains fueros existants et préparé ainsi l'unité de législation. Les Espagnols admirant tant de mérites, le proclamèrent saint, et le saint-siège, après une longue résistance, le canonisa en 1677 ; il y avait déjà, dans celte heureuse maison de Castille, un autre petit-fils d'Alphonse IX, qui avait obtenu cet bonneui% notre saint Louis.
De ces règnes glorieux d'Alphonse IX et de Ferdinand llï, nous tombons à celui si troublé à' Alphonse X, le savant. Agé &è trente et un ans quand mourut son père, il eut d'abord à lutter contre des embarras d'argent; le
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numéraire faisant défaut dans ses Etats, il imagina d'abaisser îe taux des monnaies, puis, ce procédé ayant fait hausser le prix de toutes choses, il s'avisa, pour soulager les pauvres, d'établir un maximum. De telles mesures n'étaient pas pour améliorer la situation. En même temps, Alphonse X, plein d'ambition, la tête remplie de projets peu sensés, élevait des prétentions sur la Gascogne (1254), les Algarves, la Navarre (12S5), et rêvait de se faire élire empereur d'Allemagne, se prévavalant des droits de sa mère, Béatrix de Souabe (4257). Pour ajouter à toutes ces difficultés, les Maures Andalous et l'émir de Grenade se révoltaient (1254-1268) et une longue et pénible guerre en résultait. Les ricos hombres, mécontents de ce que Alphonse avait cédé les Algarves au roi de Portugal, de ce que sa pauvreté ne lui permettait pas de leur donner des terres ou de l'argent, et aussi, à ce qu'il semble, de certaines dispositions législatives qui tendaient à restreindre leur indépendance, se mirent en insurrection sous prétexte du bien public et trouvèrent un appui dans les frères du roi et chez les chefs maures. Alphonse montra vis-à-vis des nobles révoltés, auxquels se joignirent bientôt les prélats, une grande modération, on pourrait presque dire une grande faiblesse, et traita avec eux ; il se réconcilia aussi, au moins en apparence, avec l'émir de Grenade (1273). 11 avait hâte de se rendre au concile de Lyon, pour y faire reconnaître ce titre d'empereur d'Allemagne, dont il se prévalait depuis seize ans. Pendant son absence, Youssef, sultan du Maroc, appelé par les Arabes d'Espagne, passa la Méditerranée avec de nombreux soldats et battit deux armées castillanes envoyées contre lui ; Fernando, le fils aîné d'Alphonse X, mourut dans une de ces expéditions, des suites de ses fatigues. Pourtant, TAndalousie était déjà si fortement occupée par les Castillans, qu'ils purent résister partout et que l'invasion africaine demeura à peu près sans efiet ; aussi Youssef, abandonnant l'émir de Grenade qui l'avait appelé, repassa dans ses Etats, après avoir signé une trêve avec les chrétiens. Alphonse X, qui revenait, désappointé de n'avoir pas été reconnu empereur, trouva de plus son royaume affligé par des dissensions intestines (1276). Don Sancho, son second fils, qui avait montré beaucoup de bravoure et d'habileté contre les infidèles, prétendait être reconnu héritier présomptif de la couronne, de préférence à Alonzo de la Corda, fils aîné de l'infant défunt, Fernando; il était soutenu par un parti puissant et Alphonse X lui-même le reconnut en cette qualité aux Cortès de Ségovie, disant que Fernando n'avait pu transmettre à son fils des droits à un trône que lui-même n'avait pas occupé. Mais la reine mère Violante, Blanche, femme d'Alphonse et mère de Fernando, Philippe III de France, père de cette princesse, le roi d'Aragon, l'infant don Fadrique détendirent les droits d'Alonzo de la Cerda et les droits éventuels de son frère Fernando, ou, comme on dit, des infants de la Cerda, tous deux réfugiés à la cour d'Aragon, lis invoquaient le droit de représentation, tandis que leurs adversaires se réclamaient du droit d' immédiation, et, comme la question, ne s'étant jamais présentée en Castille pour l'héritage de la couronne, n'avait jamais été traitée, les uns et les autres trouvaient des arguments dans les fueros relatifs aux héritages privés, dans la loi romaine ou dans les coutumes des pays voisins. Une guerre avec la France, du côté de la Navarre, fut le résultat de cette querelle ; en même temps, les armes d'Alphonse étaient malheureuses contre l'émir de Grenade et contre la ville d'Algésiras, secourue par Youssef. Par un traité avec Philippe III, Alphonse X convint que Sancho aurait la Castille, mais que don Alonzo de la Cerda en tiendrait en fief le royaume de Jaen. Don Sancho, irrité de cette clause, se révolta contre son père, le fit proclamer déchu du trône par les Cortès de Valladolid et se fit donner la régence du royaume (1281). Le vieux roi, abandonné de
tous, se jeta dans les bras de son ancien ennemi, le sultan du Maroc, Youssef, tandis que Sancho trouvait un appui dans l'émir de Grenade. Après une lutte pleine de vicissitudes, Alphonse, à qui les Castillans revinrent et pour qui le pape s'était déclaré en jetant l'interdit sur les partisans de Sancho, mourut en maudissant son fils rebelle et léguant sa couronne à son petit-fils, Alonzo delà Cerda, puis à son frère, puis aux fils des infantsdela Cerda, et à leur défaut au roi de France. Ce prince, qu'une ambition un peu folle et sa prodigalité rendirent malheureux, ne manquait pas de mérite ; il passait pour un grand savant, aimait les lettres et les arts, fit faire une chronique qui porte son nom, et qu'on lui a même attribuée quelquefois ; c'est une vaste et intelligente compilation des vieux historiens de l'Espagne et des légendes nationales; il écrivit aussi divers poèmes, mais surtout il s'appliqua à la confection de lois dont il a laissé trois recueils importants: VEspeculo, le Fnero real et les Siete Partidas (V. pour plus de détails Alphonse X).
Le règne d'Alphonse X avait inauguré l'ère des discordes civiles pour la malheureuse Castille; Thistoire de ce pays pendant deux siècles ne contiendra guère que le récit des luttes des grands vassaux avec le roi ou encore des discordes des princes de la famille royale ; les musulmans même seront appelés tantôt par les uns, tantôt par les autres, et la conquête du reste de l'Andalousie sera pour longtemps ajournée. D'abord le testament d'Alphonse demeura sans effet, comme presque tous les testaments de rois, et ce fut son fils rebelle, Sancho IV, surnommé le Brave, gui lui succéda ; mais il eut à combattre les nobles, les infants de La Cerda, et quand il mourut (1295), il laissa à son héritier et à sa veuve une autorité partout contestée et un royaume plein de troubles. Ferdinand IV eut d'abord quelque peine à se faire reconnaître comme héritier légitime, car le mariage de sa mère. Maria de Molina, avec Sancho, avait été déclaré nul par l'église, et un de ses oncles, don Juan, réclama la couronne ; un autre oncle, don Enrique, se fit donner la régence du royaume. En même temps, les La Cerda et les Lara continuaient à élever des prétentions, et le roi de France lui-même revendiquait la Castille. Après des luttes très longues, dont le détail offre peu d'intérêt, le jeune monarque acquit cependant quelque autorité; en 1305, à la suite d'une entrevue avec le roi d'Aragon, il décida celui-ci à abandonner le parti des infants de La Cerda, qui, privés de cet appui, devinrent impuissants à troubler le royaume ; il partagea môme avec son nouvel allié le royaume de Murcie, dont une partie était encore à conquérir. Malheureusement, après une courte guerre contre les Maures, Ferdinand mourut subitement en 1312, laissant pour lui succéder un enfant, Alphonse XI. On pria Maria de Molina d'exercer la régence; mais une telle tâche lui parut sans doute au-dessus de ses forces, et elle appela son fils l'infant Pedro à exercer le pouvoir avec elle. Aussitôt, plusieurs membres de la famille royale prétendirent au même rôle : l'autorité fut morcelée entre les deux -frères Pedro et Juan, le premier soutenant le parti de Maria, le second celui de Constancia, mère du jeune roi. Les Haro et les Lara, d'autre part, continuèrent leurs sanglantes querelles, et il y eut une anarchie profonde. Quand les deux régents périrent simultanément dans une guerre contre les Maures, leurs deux fils leur succédèrent respectivement et l'autorité demeura divisée et sans force. Heureusement, en 1322, Alphonse devint majeur et s'appliqua aussitôt à établir une justice exacte ; il mérita dès lors le surnom qui lui a été donné par l'histoire, El Vengador ou le Vengeur. Il dissipa, par une politique sans dignité mais habile, plusieurs coalitions qui se formèrent, puis en 1330, reprenant la guerre contre les Arabes, il força l'émir de Grenade à lui payer tribut, comme au temps de Ferdinand HL Peu après, il reçut à merci le chef de la maison de La C erda et les comtes de Haro se soumirent. En Castille, la paix n'était plus troublée que
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par les intrigues de don Juan Manuel et des Lara. Le roi, après avoir fait déclarer par les Gqrtès qu'il fallait réduire ces sujets toujours rebelles, entra sur leurs terres, leur prit leur forteresse de Lerma en 4336, et les força à la soumission. 11 put recommencer alors la guerre nationale contre les Maures, car les trêves étaient expirées. Ses soldats furent vainqueurs à la grande bataille d'Arcos ; il eut une flotte dans le détroit pour empêcher les Africains de venir au secours de leurs frères d'Espagne. En 1344, il enleva la forteresse d'Algésiras et il assiégeait Gibraltar quand il mourut en 4349. Pendant les cinq dernières années de sa vie, il avait rétabli l'ordre dans les finances, réparé les forces de son royaume, replacé l'émijr de Grenade sous sa 'domination et donné à ses états une tranquillité qu'ils n'avaient point connue depuis la mort de saint Ferdinand.
Alphonse Xï ne laissait qu'un fils légitime qui fut proclamé roi sous le nom de Pierre 1®^', et que l'histoire a flétri du surnom de le Cruel; déplus, le roi défunt avait eu de sa maîtresse, Léonor de Guzman, neuf fils; deux de ceux-ci étaient morts en bas âge, mais les survivants allaient bientôt profiter des fautes et des crimes de Pierre l^^ pour se faire un parti en Castille. Au mois d'août 4350, peu de temps après son couronnement, le jeune roi tomba gravement malade et, comme sa mort semblait prochaine, on vit l'infant Ferdinand de Tortose et Juan Mufiez de Lara prétendre à la couronne. Le roi, revenu à la santé, garda sans doute le souvenir de ce qui s'était passé pendant sa maladie et, à partir de ce jour, se montra d'un caractère impitoyable ; il fit mourir plusieurs de ceux qui avaient pris parti pour Ferdinand de Tortose ou Muriez de Lara et ordonna de tuer Léonor de Guzman. Cette môme année (1351), il convoqua les Cortès à Valladolid. Le pouvoir était alors aux mains d'Alonzo d'Albuquerque, qui, dans l'espoir d'assurer son autorité, donna au roi pour maîtresse la fameuse Maria de Padilla. Gela n'empêcha pas Pierre P^ (sans doute d'après les desseins d'Albuquerque qui n'avait pas trouvé dans Maria de Padilla un instrument docile) d'épouser Blanche de Bourbon (1353); mais quelques jours après le mariage, le roi courut à Séville rejoindre sa maîtresse. Albuquerque, bientôt menacé, s'enfuit de la cour et s'unit aux mécontents, que la tyrannie et les crimes de Pierre 1^^ avaient suscités. Parmi eux étaient Henri de Transtamare et Fadrique, frères naturels du roi. Un nouvel excès de celui-ci vint augmenter leur nombre ; il avait épousé Juana de Castro (quoique son mariage avec Blanche de Bourbon n'eût pas été rompu), puis l'avait abandonnée, ce qui avait irrité la puissante famille des Castro. Tolède se prononça en faveur des insurgés et les habitants exigèrent que le roi traitât Blanche en reine. Pierre l^^ ne se sentant pas assez fort pour résister par les armes, fit empoisonner Albuquerque, chef de la coalition, puis attendant tout de la ruse, il se remit aux mains des confédérés. Ils prirent le pouvoir et gardèrent le roi prisonnier ; mais ce dernier sema la division parmi eux, puis s'échappant de la ville, réunit les Cortès à Burgos, se plaignit de ce qu'on avait humilié en sa personne la majesté royale, obtint de l'argent et une armée et parvint à s'emparer de Tolède (1355). Il y exerça de terribles représailles et se porta sur la ville de Toro, où sa mère, Doaa Maria, ses frères, Henri et Fadrique et un grand nombre de seigneurs s'étaient réfugiés. 11 entra dans la place par trahison et fit massacrer plusieurs personnages dans la chambre môme de sa mère, qui le maudit. Quant à Henri de Transtamare, il put s'enfuir en France et la ligue fut pour le moment dissoute (1356). — Peu après, Pierre P^' fut en guerre avec le roi d'Aragon. Celui-ci trouva naturellement des alliés dans Henri de Transtamare et dans bon nombre de seigneurs castillans; le roi de Castille, ayant sur ces entrefaites fait périr son oncle D. Juan, sa tante Léonore, sa tante Isabelle, son frère Fadrique et tenté de tuer un autre frère
D. Telle, vit grossir de jour en jour le nombre de ses ennemis. Il prouva quelques revers de 1357 à 1361, époque où le légat du pape parvint à faire signer la paix entre la Castille et PAragon. Dans cet intervalle, Pierre l^^ avait encore fait mettre à mort ses deux frères à peine adolescents, D. Juan et D. Pedro et sa femme Blanche de Bourbon. De 1360 à 1362, il fit une guerre de peu d'importance contre les Maures d'Andalousie, mais se hâta de signer une trêve de ce côté, afin de pouvoir soutenir la guerre qui allait éclater de nouveau avec r Aragon, allié cette fois à la France qui voulait venger la mort de Blanche de Bourbon. Après avoir fait reconnaître comme légitimes, aux Cortès de Burgos, en 1362, les enfants qu'il avait eus de Maria de Padilla et qui d'ailleurs moururent en bas âge, Pierre P** s'allia aux rois de Portugal et d'Angleterre et se hâta d'envahir l'Aragon; il prit Téruel, Segorbe, Murviédro, Dénia, Alicante, et mit même le siège devant Valence (1364). Mais au secours de la place, vinrent le roi d'Aragon avec une flotte et Henri de Transtamare avec les grandes compagnies conduites par Bertrand Duguesclin. Henri de Transtamare entra en Castille, oii il fut reconnu roi par presque toutes les villes, occupa Séville et Burgos, tandis que Pierre I®^, abandonné de tous, dut chercher un refuge en Portugal (1386). Henri de Transtamare, proclamé sous le nom de Henri H, ne pouvait garder, pour assurer son pouvoir, les grandes compagnies qui coûtaient cher à entretenir; après leur avoir payé leurs services, il les congédia, ne gardant que quinze cents lances avec Duguesclin. Pendant ce temps, son rival fugitif intéressait à sa cause le prince de Galles, et vint bientôt avec une armée anglaise faire la guerre à Henri II. Celui-ci, malgré sa bravoure, fut battu entre Navarrette etNajera (1367), et presque tous les chevaliers français, parmi lesquels Duguesclin, furent faits prisonniers. Grâce à l'appui du prince de Galles, Pierre P^ fut rétabli sur le trône; il courut ses Etats pour réunir l'argent nécessaire à la paye des soldats anglais et n'épargna ni les confiscations, ni les crimes. Henri de Transtamare n'avait pas abandonné la lutte ; il était allé en France, avait retrouvé une armée et revenait avec Duguesclin. Toutes les villes sur son passage lui ouvrirent leurs portes et il parvint ainsi jusqu'à Montiel ; il y battit l'armée de Pierre qui fut obligé de se retirer dans la forteresse. On sait comment il en sortit et comment, dans la tente de Duguesclin, les deux frères se battirent à coups de dague : Pierre resta mort sur la place (1368). Quelques historiens ont cherché à disculper ce prince; ils ont allégué que les meurtres qu'il a commis étaient nécessaires pour contenir les grands, pour rétablir l'ordre dans cette Castille si troublée par les dissensions intestines ; mais leurs efforts n'ont point prévalu contre le témoignage de la tradition et des chroniqueurs contemporains.
Henri 11^ reconnu par la plus grande partie du royaume, fut obligé cependant de reconquérir par les armes plusieurs villes, Carmona, Zamora, Ciudad- Rodrigo, Tuy (1369-1372). 11 eut aussi des démêlés avec le roi de Navarre (1369), avec le roi d'Aragon (1369- 1373), avec le Portugal (1369-1373). La Castille fut même menacée d'une invasion par Jean, duc de Lancastre, qui, ayant épousé Costaqza de Padilla, fille de Pierre I«^, se prétendait héritier et successeur légitime de ce roi. Mais le prince anglais débarquant à Calais, et Iraversant toute la France, où on lui fit une guerre d'escarmouches, arriva à Bordeaux avec une armée si réduite qu'il dut renoncer à l'expédition et regagna l'Angleterre. A l'intérieur, Henri II se montra assez bon adniinistrateur; il fit toutefois de trop grandes largesses à ses partisans, ce qui lui a valu le surnom de Libéral ou darffvoso. Il mourut en 1379, laissant le trône à son fils aîné, Jean.
Jean I®^' eut à soutenir plusieurs guerres contre le roi de Portugal et le duc de Lancastre alliés, La première se
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termina à son avantage et il épousa môme Béatrix, l'héritière de Portugal ; mais quand le père de celle-ci mourut (4383) et que Jean voulut faire valoir ses droits à cette couronne, les Portugais refusèrent de le reconnaître et élurent pour souverain le grand maître de l'ordre d'Avis. Ceiui-ci vainquit Farmée castillane à Aljubarrota (1385) ; l'année suivante, le duc de Lancastre débarqua en Galice, mais la peste qui désola son armée et les secours envoyés à Jean par la France le forcèrent à traiter en 1387. Sa fille Catalina épousa le fils du roi Jean, Henri, le premier qui poita le titre de prince des Asturies. Quant au roi de Portugal, il avait continué la guerre avec succès, s'était emparé de ïuy et n'avait voulu accorder à la Castille qu'une trêve de six ans. Jean, qui avait montré de réels talents d'administrateur, mourut d'une chute de cheval en 1390.
Son fils, proclamé roi sous le nom de Henri III, n'avait que neuf ans ; il était d'une santé débile et est appelé par les historiens espagnols le Malade, Les nobles se disputèrent la régence et l'on forma d'abord un conseil de régenjte de quinze personnes, prélats, nobles et délégués des Cortès; mais l'accord entre ces personnages ne put être maintenu et deux partis se formèrent ; l'un à la tête duquel étaient l'archevêque de Santiago, les maîtres des ordres de Santiago et de Calatrava et Hurtado de Mendoza, l'autre qui avait pour chefs l'archevêque de Tolède et le marquis de Villena. On en vint aux mains et après une longue guerre on convint que chaque parti exercerait la régence pendant six mois; c'était une solution médiocre. Heureusement le jeune roi, doué d'une intelligence précoce, avant d'avoir même atteint les quatorze années de la majorité, prit le pouvoir et s'en montra digne (août 1393). Aux Cortès de Madrid, en septembre, il révoqua tous les actes et surtout les donations exagérées de ses tuteurs, puis réprima quelques tentatives de révolte des grands seigneurs. Comme la trêve avec le Portugal était expirée, il envoya une flotte contre Lisbonne et put obtenir une nouvelle trêve de dix années, à des conditions honorables. 11 s'appliqua ensuite à rétablir le calme dans ses Etats et à repousser les attaques des Maures; il venait de demander aux Cortès de Tolède des subsides pour entrer sur les terres du royaume de Grenade quand il mourut à vingt-huit ans, en
1406. Ce prince si actif, malgré ses souffrances physiques, fut pleuré de toute la Castille, à qui il avait rendu une situation prospère. Sous son règne, le royaume s'était accru d'une colonie importante, les Canaries, conquises par J. de Béthencourt.
Henri 111 en mourant avait recommandé son fils Jean, encore en bas âge, à son frère Ferdinand, surnommé l'Honnête. Un parti nombreux, désireux d'épargner à la Castille les troubles inhérents à une longue minorité, voulait donner le trône à Ferdinand lui-même; mais ce prince refusa, fit exécuter le testament d'Henri HI, proclamer son neveu roi sous le nom de Jean II et prit la régence avec la reine Catalina. H administra habilement et conduisit une expédition contre le royaume de Grenade; il reprit aux Arabes, Ayamonte, Zahara, en
1407, gagna plusieurs batailles en 1408 et, en 1410, après un long siège, enleva la forte place d'Antequerra. H était au siège de cette ville quand la couronne d'Aragon étant devenue vacante, il fit valoir ses droits et fut peu après proclamé sous le nom de Ferdinand P^ d'Antequerra. 11 contiuua cependant à donner ses soins à l'administration de la Castille et aida de ses conseils la reine Catalina; mais il mourut en 1416. Catalina succomba aussi en 1418, et les Cortès de Madrid (17 mars 1419) proclamèrent le roi majeur, quoi qu'il n'eut pas tout à fait l'âge voulu. Mais les princes de la famille royale voulurent s'emparer du pouvoir et le plus remuant d'entre eux, D. Enrique, un des fils de Ferdinand d'Antequerra, quoique grand-maître de l'ordre de Saint- Jacques et par suite voué au célibat, usa de violence
pour forcer le roi à lui donner la main de sa sœur Catalina avec le marquisat de Villena pour dot et à déclarer la dignité de grand-maître transmissible à ses descendants. Pendant plusieurs mois il garda le roi comme prisonnier; celui-ci put enfin s'échapper, avec l'aide de D. Alvaro de Luna, gagner le château de Montai van où il fut assiégé par son cousin; il fut délivré par D. Juan, autre fils de Ferdinand d'Antequerra, révoqua les actes qu'il avait signés sous la pression de D. Enrique, et celui-ci étant venu à sa<our, le roi Jean II le fit arrêter et jeter en prison, comme coupable d'intelligences avec le roi de Grenade (1422). D. Enrique en sortit bientôt, son frère, Alphonse V d'Aragon, ayant menacé la Castille d'une guerre, se rapprocha de son frère D. Juan qui l'avait autrefois combattu, et, avec l'aide d'une noblesse puissante, força le roi à éloigner son conseiller, le connétable Alvaro de Luna (1427). L'accord entre les deux infants ne dura pas ; D. Juan, devenu roi de Navarre, craignit que D. Enrique ne prît trop d'empire sur le roi et demanda lui-même le rappel du favori de Luna, avec beaucoup d'autres nobles. Une amnistie générale et la cession par le roi de vastes domaines à Enrique au lieu du marquisat de Villena, ne ramenèrent pas la paix : les infants, s'appuyant sur l'Aragon et la Navarre, tinrent la campagne; mais le roi Jean II avec le connétable de Luna porta le ravage en Navarre et en Aragon, et força ces deux pays à une trêve de dix ans; quant aux infants, qui s'étaient emparés de quelques villes d'Estrémadure, ils ne déposèrent pas les armes (1430) ; mais l'infant D. Pedro étant tombé entre les mains du roi de Castille, D. Enrique pour obtenir sa liberté, restitua les places qu'il occupait, et le pays put jouir d'une année de paix à l'intérieur. Jean II en profita pour faire une courte guerre au rojraume de Grenade. Ce n'était qu'une trêve aux guerres intestines; en 1438, elles recommencèrent ; le roi de Navarre et D. Enrique envahirent la Castille et avec presque tous les nobles, exigèrent le renvoi du connétable qui était devenu toutpuissant et paraissait vouloir établir l'autorité absolue dans le royaume . Le roi se résigna à se séparer de son favori, qui partit pour Sépulveda (1439), et l'autorité tomba entre les mains des rebelles ; ils gardèrent même le roi comme une sorte de prisonnier, à qui ils dictaient leurs volontés. Le fils aîné du roi, le jeune prince des Asturies, qui, marié à la fille du roi de Navarre, avait d'abord été parmi les révoltés, eut honte de l'esclavage où était son père ; il se rapprocha du connétable, et tous deux unissant leurs eftbrts enlevèrent Jean II (1442), Nouvelle révolte de D. Enrique et de ses partisans; mais ils furent enfin battus à Olmedo (1445) et D. Enrique, blessé, mourut peu après. Le connétable reçut du roi qu'il avait si bien servi le titre de grand-maître de l'ordre de Saint-Jacques, devenu vacant par cette mort. H était au comble de la puissance et des honneurs et pendant sept ans il sut se maintenir au milieu des séditions et des guerres civiles; il imposait sa volonté au roi, même dans des questions quasi privées et personnelles à celui-ci. Las peut-être de cette domination, Jean H fit arrêter le connétable en 1452, le donna à juger à une commission spéciale qui prononça contre lui la peine capitale et la confiscation des biens (1452). La sentence fut exécutée le 5 juil. 1453. Un an après, Jean H lui-même rendait le dernier soupir ; on dit que le remords d'avoir fait périr l'homme qui pendant trente années avait combattu pour lui contre la noblesse hâta sa fin. Son indolence, la faiblesse de son caractère avaient précipité la Castille dans un abîme de désordres et de misères et son fils, pour comble de malheur, hérita de ses défauts, de sorte que la faiblesse du pays vis-à-vis des Maures et sa pauvreté ne feront que s'accroître.
Henri IV, surnommé VImpuissant, avait trente ans quand il monta sur le trône; de son mariage avec la fille du roi de Navarre, il n'avait pas eu d'enfant, ce qui amena la rupture de cette union ; pour faire cesser le
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bruit d'impuissance qui courait déjà contre lui, il épousa la sœur du roi de Portugal, Dona Juana. Ce mariage fut pendant plusieurs années aussi stérile que le premier. Deux personnages furent surtout en faveur auprès du roi, d'abord Juan Pacheco, marquis de Villena, puis Beltran de la Cuova, jeune écuyer de petite noblesse, gue le roi combla d'honneurs et que la reine, dit-on, distinguait. Le premier s'allia avec les grands du royaume pour mettre un frein aux libéralités excessives du roi envers le favori nouveau ; de sourdes menées eurent lieu, tandis que Henri IV compromettait la dignité royale par sa conduite envers Catherine de Sandoval et Guiomar de Castro. En 4462, quand la reine accoucha d'une fille, Juana, le bruit public fut qu'elle était née des relations de celle-ci avec Bel Iran de la Cueva, et l'infante fut universellement désignée par le sobriquet de la Beltraneja, Le roi, cependant, la fit reconnaître solennellement comme héritière du royaume, et comme pour braver la rumeur publique, il accumulait toutes sortes de donations sur la tête du favori. Les mécontents alors éclatèrent ; le marquis de Villena, l'archevêque de Tolède, Carrillo d'Acunha et une foule d'autres nobles écrivirent au roi pour demander l'éloignement de Beltran de la Cueva, et pour être relevés du serment de fidélité qu'ils avaient prêté à l'infante Juana. Le roi, après une épreuve ridicule pour faire constater sa faculté d'être père, parut assez disposé à abandonner les droits de sa fille ; il reconnut comme héritier présomptit son frère Alphonse, alors âgé de onze ans. Ce jeune prince amené au camp des rebelles fut par eux proclamé à Avila ; mais un parti assez fort, indigné de l'humiliation qu'on avait fait subir au roi, se rapprocha de celui-ci et il y eut entre les deux partis une bataille assez vive à Olmedo (4467). Le résultat en fut indécis et la guerre continua ; en 4468, le jeune Alphonse vint à mourir, et les mécontents, cherchant un prétendant pour le mettre à leur tête, offrirent la couronne à l'infante Isabelle, sœur de Henri. Elle refusa le titre de reine, mais exprima son désir de voir son droit comme héritière de la couronne établi nettement. Les nobles obligèrent le roi à lui reconnaître cette qualité et exigèrent une amnistie générale. Henri se soumit et le légat du pape, dans l'assemblée de Guisando, délia les seigneurs du serment qu'ils avaient prêté à Juana. Isabelle, devenue héritière du royaume de Castille, vit sa main recherchée par de nombreux prétendants et choisit parmi eux Ferdinand, fils aîné du roi d'Aragon. Mais le marquis de Villena, qui était mécontent de cette union, s'efforça de persuader au roi que Juana était bien sa fille et Henri révoqua la déclaration de Guisando ; il chercha à marier sa fille au roi de Portugal, puis au duc de Guyenne pour qu'elle eût un protecteur ; mais le duc de Guyenne mourut peu après que cette union eut été convenue (4472) et le marquis de Villena proposa un mariage entre Juana et son cousin don Enrique, mariage qui ne se fit pas non plus. Cependant le roi toujours changeant d'opinion, s'était réconcilié en 4473 avec Isabelle et Ferdinand; le marquis de Villena et lui-même étant morts l'année suivante, on déploya les étendards de Castille au nom d'Isabelle et de Ferdinand.
Après quelques contestations peu graves entre les deux époux, il fut convenu qu'ils gouverneraient conjointement; qu'on mettrait dans les actes le nom du roi avant celui de la reine, qu'on ne se servirait que d'un même sceau, où leurs armes seraient réunies ; que Ferdinand ne pourrait aliéner aucune propriété de la couronne sans le consentement d'Isabelle, que celle-ci nommerait seule les gouverneurs des villes et forteresses de Castille, etc. La reine exerça virilement la part d'administration qui lui fut attribuée et l'accord entre elle et Ferdinand ne se démentit jamais ; aussi les Espagnols les appellent-ils ensemble : bs reyes. Les premières années de ce règne turent encore troublées par les discordes intestines. Alonzo Carrillo, Tarchevôque de Tolède, qui depuis 4469
soutenait les intérêts d'Isabelle et de Ferdinand, ne fut pas satisfait de la part d'influence que ceux-ci, arrivés au trône, lui laissèrent ; il se rapprocha alors du marquis de Villena, fils de celui qui sous Henri IV avait toujours été en lutte avec lui, et, unissant leurs griefs et leurs intérêts, ils proclamèrent que l'héritière légitime était l'infante Juana et appelèrent le roi de Portugal qui devait épouser cette princesse. La campagne que les coalisés menèrent contre Isabelle ne fut pas heureuse. Le marquis de Villena se vit enlever toutes ses forteresses et son domaine fut réuni à la couronne ; le roi de Portugal, après plusieurs échecs partiels, fut mis en déroute par Ferdinand près de Toro (4476) et perdit les quelques places fortes que ses alliés de Castille lui avaient remis ; après avoir en vain essayé de relever le parti de Juana, il fut obligé de signer la paix ; les seigneurs castillans étaient depuis plusieurs années déjà rentrés sous l'autorité des souverains. Ceux-ci, pour remettre dans le pays troublé depuis tant d'années un peu d'ordre et de sécurité, avaient, aux Cortès de Madrid, en 4476, créé la Sainte-Hermandad, et sous leur administration vigilante, la Castille devenait pacifiée et prospère, quand un événement depuis longtemps attendu, la mort du roi d'Aragon, Jean II, en 4480, vint donner à Ferdinand la couronne d'Aragon. Cette réunion sous la même autorité des deux royaumes chrétiens, qui avaient absorbé peu à peu tous les petits Etats de la Péninsule et reconquis celle-ci sur les Arabes, allait avoir de graves conséquences ; mais ici, au point où commence l'histoire de l'Espagne, l'histoire de Castille finit (V. Espagne).
Nous venons d'esquisser à grands traits l'histoire générale de cet Etat, qui, borné d'abord au comté de Burgos, s'était ensuite étendu sur toute la Vieille-Castille, avait absorbé Léon, la Galice, les Asturies, puis avait conquis sur les Maures la Nouvelle-Castille, l'Estrémadure, l'Andalousie ; on a pu remarquer que les deux traits saillants de cette histoire étaient l'esprit de conquête et le goût des guerres intestines ; le premier, qui s'était développé chez les Castillans par la lutte ininterrompue contre les Arabes, par la création des ordres militaires, surtout par les razzias heureuses faites en pays ennemi, va dans l'histoire de l'Espagne se montrer sous une forme nouvelle : les conquistadores d'Afrique et d'Amérique, les Cortez, lesPizarre, etc. Quant au goût des guerres intestines, qui dérivait d'un sentiment exalté de personnalité, du ressentiment très vif des injures, il ne fera pas défaut non plus à la race espagnole moderne; comprimé quelque temps par des rois tout-puissants, il s'est réveillé à mainte reprise et est devenu un des traits caractéristiques de l'Espagne actuelle comme de l'Amérique espagnole, agitées constamment par les émeutes et les soudaines révolutions.
Il ne sera peut-être pas inutile de dire ici quelques mots des institutions de la Castille. Remarquons que le pays a changé plusieurs fois de capitale : aux premiers temps ce fut Burgos, puis Léon, puis Tolède, après les conquêtes d'Alphonse VIII. Aux successeurs de celui-ci, la vieille cité des Goths et des Arabes plaisait assez peu comme séjour ; aussi, ils résidèrent le plus souvent à Valladolid; celle-ci, embellie par leurs soins, devint leur ville préférée, la ville de la cour, sauf au temps de Pierre le Cruel qui habitait Séville d'ordinaire. Un caprice de Philippe II, justifié dans une certaine mesure par la position plus centrale de Madrid, va décapitaliser Valladolid au profit d'une petite ville de la Nouvelle Castille. — La loi de succession au trône était mal déterminée; de là des compétitions assez fréquentes ; l'usage finit par s'établir que le fils aîné du roi lui succédait ; à défaut de fils, les filles étaient reconnues héritières ; par une dérogation ce ne fut pas la fille de Henri IV qui lui succéda, mais à la Beltraneja on préféra la sœur du roi, Isabelle. On voit que de tout temps les femmes avaient été aptes à hériter du trône. Quant aux enfants de la famille royale,
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qui ne recevaient pas la couronne, on leur donnait de grands domaines, avec des revenus importants et des places fortes et ils devenaient la tige de quelques puissantes familles, comme les Castro, les Lara, les Médina Celi, les Lemos, les Albuquerque, les Viliena. Ces seigneurs, qui avaient par les femmes ou par les mâles du sang royal dans les veines, étaient à Forigine les vrais grands de Castille, noblesse hautaine, fière de son origine, toujours rebelle à Tautorité. A côté d'eux et parfois aussi remuants étaient les maîtres des trois grands ordres de Santiago, de Calatrava et d'Alcanlara, qui avaient à leur disposition d'immenses richesses, sans cesse accrues par le butin des expéditions et les donations des fidèles ; après avoir rempli la tâche de la reconquête du sol sur les Musulmans, ces ordres devenaient inutiles, voire même dangereux; aussi verrons -nous à la fin du xv^ siècle Ferdinand le Catholique absorber en lui, par une usurpation salutaire, les trois grandes maîtrises et réunir leurs grands revenus aux revenus de la couronne. Aux personnages puissants de race royale et aux grands maîtres des ordres se joignaient ordinairement dans les révoltes contre l'autorité les vassaux directs du roi ou ricos homes. Ils avaient à l'origine reçu à titre de bénéfices des terres prises sur l'ennemi; le temps en avait fait des fiefs héréditaires, que se partageaient les enfants mâles, de sorte que la classe des ricos homes devint nombreuse; puissante aussi par la richesse territoriale, elle put lutter contre les rois, et les Sietô Partidas d'Alphonse X enregistrent parmi les droits qu'elle avait conquis celui de faire la guerre contre son suzerain, sans encourir la disgrâce de forfaiture. On juge ce qu'un tel droit reconnu devait amener de troubles; aussi voit-on, que d'Alphonse X à Ferdinand le Catholique, c.-à-d. pendant plus de deux siècles, l'histoire de la Castille est toute remplie du récit des révoltes des ricos homes. Audessous d'eux, tous les hommes qui avaient du sang noble dans les veines étaient dits hijos d'algo ou hidalgos* Quant au peuple, réparti dans les domaines des seigneurs, les poblaciones et les behetrias, il était à peu près soumis aux mêmes obligations que le peuple dans les divers pays de l'Europe du moyen âge ; pourtant sa condition semble avoir été en général meilleure et plus indépendante. Dans les guerres perpétuelles contre les Maures ou dans les luttes de partis, les seigneurs et leurs vassaux vivaient côte à côte sous les armes, enduraient les mômes souffrances, couraient les mômes périls et cette vie en commun entretenait des relations intimes et de mutuelle affection. Les poblaciones, que le roi organisait en pays conquis, ressemblaient beaucoup à nos communes ; leurs fueros étaient comme nos chartes et le roi les favorisait pour s'en faire un appui dans la lutte contre l'aristocratie. Quant aux behetrias^ c'étaient des sortes de communes qui payaient des redevances à des seigneurs, mais pouvaient changer de suzerains quand elles voulaient. Les poblaciones, qui relevaient directement du roi, devinrent chaque jour plus nombreuses; leurs fueros traitaient à la fois des franchises qui leur étaient accordées et de certaines parties du droit civil et criminel ; les plus remarquables sont ceux de Léon (1020), de Najera (1076), de Sepulveda (confirmés en 1076), de Logrono (1095), de Cuenca (1190), de Burgos (1073), de Tolède (1085), de Madrid (1202), de Zamora (1208), de Quintanilla de Tolède (1236), de Iznaioraf (1240), de Séville (1250), de Arjona (1284), de Gibraltar (1310), de San Yicente de Arana (1236). Quant à la législation générale, elle était fixée au début par le fuej'o-juzgo ; aux Cortès de Najera (1138), fut publié pour la noblesse : El Ordenamiento de los Hijos d'algo ; en 1212, on réunit une collection des privilèges des seigneuries ou fueros nohiliarios, d'où sortit en 1356, le Fuero viejo de Castilla; mais on doute qu'il ait été reconnu comme ayant une valeur légale. Alphonse X le Savant, publia, comme on sait, de nombreux monu-
ments législatifs, mais aucun d'eux ne peut être appelé un code proprement dit ; il y a de tout dans ses œuvres, des conseils, des dissertations philosophiques, des règlements, des ordonnances; on ne sait pas dans quelle mesure les véritables lois qu'on y trouve furent en réalité appliquées. L'ordonnance d'Alcala (1348) donna force de loi aux dispositions contenues dans le Libro de las leyes, le Fuero de las leyes, et Las leyes de Villareal (décisions des Cortès de Villareal, 1346). La compilation intitulée el Becerro (cartulaire), et publiée au temps de Pierre 1®^ le Cruel, donne la liste des redevances que chaque groupe d'habitations doit au roi ou au seigneur; on doit à ce même souverain Y Ordenamiento de los menestrales (l'ordonnance des artisans). Mais on comprend qu'au milieu des guerres civiles, les diverses lois' étaient d'une application difiicile et qu'il faudra l'autorité de Ferdinand pour fixer la législation et surtout en obtenir l'observation exacte.
La richesse de la Castille semble avoir été plus grande que ne le ferait soupçonner son histoire si troublée ; les quelques documents que nous avons sur le commerce et l'industrie de cette époque témoignent d'une certaine prospérité. Les foires de Valladolid, de Ségovie, de Médina del Campo étaient très fréquentées ; des ports Cantabres et de Galice, on faisait un grand commerce avec la France, l'Angleterre et la Flandre. La Castille eut dès le xm^ siècle une flotte importante, dont les ports d'attache étaient Santander, la Corogne et Séville, et qui joua un rôle actif dans les guerres contre les Maures et le Portugal. Séville était une grande cité commerçante, et, avant de devenir le centre des relations avec le nouveau monde, elle recevait de nombreux vaisseaux catalans et génois. Alphonse X fit de nombreuses ordonnances relatives au commerce et à l'industrie. Pierre 1^^ défendit l'indroduction des tissus étrangers, considérant que la Castille avec ses laines fameuses pouvait se suffire ; c'est de cette époque que date la réputation des mérinos. Il faut dire pourtant que les Castillans étaient plus portés à la guerre et aux expéditions aventureuses qu'aux travaux pacifiques et que leur pays, sous ce rapport, devait être très inférieur à l'Aragon.
Une autre preuve d'une certaine prospérité pourrait être tirée du grand nombre de somptueux monuments qui datent de cette période. Citons parmi les plus remarquables: la vieille basilique de Salamanque (x^ siècle?), l'église de San-lsidore à Léon (1005), reconstruite en 1050), la cathédrale de Santiago (1082-1128), l'église de Cormellana (xii® siècle), la Camara-Santa de Oviedo, Santa Maria la Antigua, à Valladolid, la cathédrale d'Avila (1107), les murailles de cette ville, regardées comme les plus belles fortifications du moyen âge (1090), la cathédrale de Lugo (1129-1177), la collégiale de Ciudad-Réal, le célèbre monastère de San-Pedro de Cardefia, l'église de Santo-Domingo de la Calzada (1180), le couvent de las lïuelgas-Reales (1180), l'église de Ciudad- Rodrigo (1190), la collégiale de Talavera-la-Reina, la grande église de Cuenca (1190), la merveilleuse cathédrale de Burgos (1121), l'église de San-Esteban dans la même ville, la cathédrale de Léon (1199-1303), la vaste cathédrale de Palencia, celle d'Osma (1232), celle de Tolède (1227), celle de Badajoz qui servait de forteresse (1284), le pont de Saint-Martin à Tolède (1212), la cathédrale d'Oviedo (1488), l'église Santa-Maria de Vitoria, la belle église des dominicains à Palencia, les églises des monastères de Benevivere (1382), de Santa- Maria-la-Real de Najera (1340), de Guadalupe (1342), la fameuse chartreuse del Paular, celle de Valdechristo, le couvent de Lupiana (1354), la majestueuse cathédrale de Séville (1403-1517), la nouvelle cathédrale de Salamanque, les clochers de la cathédrale de Burgos (1442), le château de la Mota à Médina del Campo, la chartreuse de Miraflores (1454), la cathédrale d'Astorga (1471), etc.
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La Castilie n'était pas non plus sans une certaine culture littéraire; on trouvera à rarticle Espagne (littérature), les noms d'un grand nombre de théologiens, philosophes, chroniqueurs et poètes. Outre les écoles abbatiales et diocésaines, il y avait plusieurs Universidades de estudios, dont les chaires nombreuses étaient occupées soit par des nationaux, soit par des étrangers illustres. On sait que celle de -Palencia avait été fondée au temps d'Alphonse VI, et qu'elle fut augmentée plus tard par l'évêque D. Tello. Celle de Salamanque, fondée par Alphonse Vlil, devint bientôt très importante ; celle deValladolid fut établie en 1250 ; enfin, on en créa une à Murcie en 1310 et une à Siguenzaen 1472. (V. pour plus de détails sur la féodalité, l'église, les ordres militaires, la langue, la littérature, les arts, l'art. Espagne.)
E. Cat.
BiBL. : Outre les histoires générales d'Espagne, Ma- RiANA, Tapia, La Fuente, Romey, Rosseuw Saint- HiLAiRE, et les collections de documents, notamment la Coleccion de documentos ineditos para la historia de Espana; Madrid, 1842-1889, 88vol.in-8, on peut consulter : CoLMENARBS, Histovia de Segovia y compendio de las historias de Castilla; Ségovie, 1637, in-l'ol. — Sa- LAZAR DE Mendoza, Oriçen de las dignido.des seglares de Castilla y Léon ; Tolède, 1G18, in-fol.. et Madrid, 1794, in-4. — Berni y Catala, Creacion, anttguedad y primiez giosdelos titulos de Castilla; Valence, 1769, in-fol. — MARTiNEz Marina^ Ensayo historicocritico sobre la legislacion y principales cuerpos légales de los reinos de Léon y Castilla, especiabnente sohre et codigo de Las Siete Partidas de D. Alonso el Sabio ; Madrid, 1834, in-4, et Teoria de las cortes de Léon y Castilla; Madrid, 1820, 3 vol. in-4. — Munoz y Romero, Coleccion de fueros municipales y carias pueblas de los reinos de Castilla, etc. ; Madrid, 1847, in-4, un seul volume paru. — La Chronique d'Alphonse X, ou las quatro partes enteras de la Cronica de Espana que mando componer Alonso llamado el Sabio, etc., imprimée pour la première fois à Zamora, 1541, in-fol., et plusieurs fois rééditée. — La précieuse collection intitulée : Cronicas espanolas ; Madrid, 1779-1787, 7 vol. ^in-4. — Las Cortes de Castilla^ de LA AcADEMiA DE LA HISTORIA; Madrid, 1861-1866, 3 vol. in-4.
CASTILLE (Nouvelle-) (Castilla la Nueva), Ancienne prov. d'Espagne, qui comprend lé centre de la péninsule et correspond à l'ancien royaume de Tolède. De son territoire, d'une superficie d'environ 72,000 k. q., ont été formées les cinq provinces de Madrid, Tolède, Cuenca, Guadalajara, Ciudad-Real. Le nom de Nouvelle- Castille subsiste dans la nomenclature administrative comme celui d'une capitainerie générale qui comprend, outre les cinq provinces ci-dessus indiquées, celle de Ségovie dans la Vieille-C^astille . C'est surtout une expression géographique commode pour désigner une région espagnole caractéristique. On entend par là l'ensemble de massifs montagneux et de plateaux, qui s'étend entre la Vieille-Castille au N., Aragon et Valence à l'E., Murcie et l'Andalousie au S., l'Estréraadure à l'O. Parmi les montagnes, citons : la sierra de Guadarrama au N., avec les sommets neigeux de SomO' Sierra, les sierras de Albarracin^ de Molina, de Cuenca à TE., la sierra à'Alcaraz au S.-E., la sierra à'Âlmaden au S.-O., les sierras de Tolède, del Chorito, del Pozito, de la Calderina au centre. 11 y a surtout de hauts et immenses plateaux comme ceux de Madrid, de la Manche et de la Alcarria, L'air du pays est pur et sain, le ciel généralement serein, mais par suite de Téloignement de la mer, le climat a de brusques écarts ; les hivers sont rigoureux et les étés torrides. Les pluies sont assez rares et peu abondantes et les rivières souvent à sec. Citons: le Tage, avec son affluent le Jarama qui reçoit le tribut du Lozoya, du Manzanarès^ de VHénarès et du Tajuna; dans le Tage se jettent aussi le Guadarrama, VAlberche et le Juadiela; le Guadiana se grossit du Jicûela, du Zoncara, du Jabalon et du Bullaque ; enfin, le Jucar et son affluent le Cabriel arrosent la partie orientale. La Nouvelle-Castille présente une assez grande variété d'aspects ; à côté de vallées pittoresques et de régions boisées comme celles de Cuenca, de Tolède, de la Jara, d'Aranjuez, il y a des contrées
nues, sans arbres, presque désertes, comme la Manche et la plaine de Madrid. La principale production est celle des céréales, qui dépasse les besoins des habitants, puis celle des vins, dont il y a quelques crus estimés, notamment celui de Val de Peuas, celle des olives ; les fruits et les légumes sont en petite quantité, quoique les traises d'Aranjuez, les pastèques, les melons, les patates, le safran soient assez cultivés ; il faut mentionner aussi la culture des pois chiches, très estimés; dans les montagnes de Cuenca on récolte le miel, et sur les flancs des monts de Tolède, le sparte. Les montagnes nourrissent de grands troupeaux de moutons, de taureaux, de chevaux et de mules ; enfin, il y a des mines assez riches, comme celles de mercure à Almaden, de galène argentifère à Hiendelaencina, de fer à Setiles, de cuivre à Pardos, de sel à Minglanilla, et des eaux minérales dont les principales sont celles de Salcedo, Trillo, Fuencaliente. L'industrie, autrefois florissante dans la Nouvelle-Castille, est aujourd'hui assez peu prospère. Le caractère des habitants est grave, réfléchi, remarquablement fier ; intelligents, mais peu appliqués et peu laborieux, ils ont des mœurs simples et honnêtes, une grande courtoisie ; les crimes contre les personnes sont cependant assez nombreux et le couteau joue souvent un rôle dans les discussions. E. Cat. CASTILLE (Vieille-) (Castilla la Vieja). Ancienne prov. d'Espagne, qui avait titre de royaume et comprenait le territoire des prov. actuelles de Burgos, Santander, Logrofio, Soria, Segovia et Avila, d'une superficie de près de 50,000 kil. q. Quelques géographes considèrent même comme faisant partie de la Vieille-Castille les prov. de Valladolid et de Palencia, qui étaient comprises dans la division administrative appelée royaume de Léon. Enfin la capitainerie générale dont le siège est à Valladolid et qui s'étend sur les prov. de Valladolid, Avila, Salamanca, Zamora, Léon, Oviedo y Palencia, est appelée capitainerie générale de Vieille-Castille, quoique, en réalité, elle n'enferme qu'une partie minime de cette ancienne province. On voit qu'aujourd'hui ce n'est plus guère qu'une expression géographique pour désigner la région, dont Burgos est le centre et qui confine au N. à l'océan Cantabrique, à l'E. aux provinces basques, à la Navarre, à l'Aragon, au S. à la Nouvelle-Castille, à l'O. au pays de Léon. Le terrain montagneux au N., à l'E. et au S., n'a de plaines de quelque étendue qu'au centre et à rO. Mentionnons au N. la Pefia de Prieta (2,530 m.), la Pena de Labra (2,003 m.), la Pena de Amaya (1,361 m.), la sierra de la Domanda avec la cime de San Lorenzo (2,304 m.), à l'E., le pic à'Urbion (2,250 m.). Dans cette direction, le massif imposant du Moncayo (2,340 m.) sépare la Vieille-Castille de l'Aragon, tandis qu'au S.-E. la sierra de Guadarrama forme sa limite du côté de la Nouvelle-Castille ; dans cette dernière chaîne on remarque la sierra Cebollera (2,126 m.), les défilés fameux de Somo-Sierra et le pic de Penalara (2,404 m.). Le S. delà province est couvert par la sierra de Gredos (Plaza de Almanzor, 2,660 m.) et ses contreforts septentrionaux, le El Santo (2,241 m.) et le Zapatero (2,104 m.). Le pays appartient presque en entier au versant de l'Atlantique ; VUcero, le Tera, le Rituerto, le Riaza, le Duraton, VArlanza, VArlanzon, le Adaja et le Eresma portent leurs eaux au Douro ; sur le versant de la Méditerranée, il n'y a que quelques torrents, affluents de l'Ebre, VUbron, YOnimo, VOroncillo, le Tiron, le Najerilla. Le climat est généralement tempéré à cause du voisinage de l'Océan, l'été est pourtant assez chaud ; dans les montagnes, l'hiver est rigoureux et les pluies en tout temps sont abondantes. Le sol, bien arrosé, est presque partout fertile, et les plaines notamment produisent une très grande quantité de céréales, dont une bonne part est exportée dans les provinces voisines. 11 y a aussi d'importants vignobles dont les fruits sont excellents, mais la fabrication du vin est encore très défectueuse ; les légumes et les fruits viennent partout en
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abondance. Une autre ressource de premier ordre consiste dans les nombreux troupeaux de moutons que nourrissent les parties montagneuses du pays et qui donnent une laine très estimée. Parmi les richesses minérales, encore mal exploitées, citons les mines de fer de la prov. de Santander, les minerais de zinc (calamine et blende) de la même région, les marbres de la Rioja, les marbres bleus et bruns de Ségovia, les marbres noirs veinés de blanc de Reinosa, le cristal de roche de la Granja et de San lldefonso, des sources minérales très nombreuses (Caldas de Besaya, Puente Viejo, la Hermida, Ontaneda et Alceda, Fuente Santa de Lierganes, Solarès, Âbalos, Foncea, Grabalos, TorrecilladeCameros, Arnedillo, Arnedo, Briviesca, etc.). Malheureusement, la Vieille-Castille est une des régions de l'Espagne les moins bien partagées pour les voies de communication, aussi estelle des plus pauvres. Les Vieux-(^astillans, à qui on peut reprocher un peu de lenteur et d'indolence, sont peu communicatifs, graves et tristes, mais pleins d'honneur et de probité. (Pour l'histoire, V. Castille [Royaume de].) E. Cat.
CASTILLE (Blanche de), reine de France (V. Blanche i)E Castille).
CASTILLE (don Bernardine Fernandez de Velasco, duc de Friâs, connétable de). Il remplit, après son père, au XV® siècle, la charge de connétable de Castille, et la rendit héréditaire. Aussi le nom de connétable de Castille est-il resté, par hérédité, à tous les membres de la maison de Velasco. Ce fut aussi pour lui que fut érigé, vers 4488, le duché de Frias qui lui donnait le rang de grand d'Espagne. Les Velasco étaient comtes de Haro.
BiBL. : Saint-Simon, Mémoires. — Sur la famille des connétables de Castille, ducs de Frias : J.-G. Imhof, Re~ cherches historiques et généalogiques des grands d'Espagi>7e; Amsterdam, 1807,'in-l2, p.39. — D.-A. de Burgos, Blason de Espana; Madrid, t. 111, 1858, p. 37.
BASTILLE (don Ifiigo Fernandez de Velasco, duc de Frias, connétable de). Il reçut de Charles-Quint, en 1526, la mission d'accompagner la reine Eléonore à Vitoria, et d'y attendre le vice-roi de Naples, chargé de la conduire en France. 11 mourut en sept. 4528.
BiBL. : Gachard , les Bibliothèques de Madrid et de VEscurial; Bruxelles, 1875, in-4 [Collection de chroniques belges].
CASTILLE (don Pedro Fernandez de Velasco, duc de Frias, connétable de), fils du précédent. Charles-Quint et la reine Jeanne, sa mère, le chargèrent, en 1530, de conclure tous les points relatifs à la mise en liberté du dauphin et du duc d'Orléans, et de délivrer ensuite ces princes aux ambassadeurs français, conformément au traité de Cambrai. En 1542, il fut nommé capitaine général de l'armée de Navarre. Il mourut en nov. 1559.
BiBL. : V. l'art, précédent.
CASTILLE (don Fernandez de Velasco, duc de Frias, connétable de), gouverneur du Milanais au xvi® siècle, mort en 1613. Au dire de de Thou, il fut plus distingué encore dans le métier des armes que par l'éclat de sa naissance et par ses richesses. En 1595, il conduisit l'armée espagnole en Franche-Comté, mais, le 5 juin, fut battu à Fontaine-Française, en Bourgogne, par Henri IV qui le força à la retraite. En 1603, il vint en France avec une nombreuse suite, chargé de missions diplomatiques ; il essaya de déterminer.Henri IV à s'allier avec FEspagne.
BiBL. : Recueil des lettres-missives de Henri IV y publié par M» Berger de Xivrey (Collection de docum.ents inédits sur V histoire de France). —- Panegyricus Joanni Fernandœo Velasco, a Joanne Scheppero conscriptus; Milan, 1612, in-4.
CASTILLE (Pierre Jeannin de), administrateur et diplomate français de la première moitié du xvii® siècle. Fils d'un marchand de soieries de la rue Saint-Denis, il épousa Charlotte Jeannin, fille unique du président Jeannin, à la charge pour lui de joindre les armes de sa femme et son nom de famille à ses armes et à son nom. Il était contrôleur général et intendant des finances et venait d'être nommé ambassadeur en Suisse quand il mourut à Avignon en 1629. L. F.
BiBL. : AvENEL, Lettres et pap, d'Etat de Richelieu I)oc. inédits), passim.
CASTILLE (don Ifiigo Melchior Fernandez de Velasco, duc de Frias, connétable de), gouverneur général des Pays-Bas de 1668 à 1670, président du conseil suprême de Flandre à Madrid, en 1675, majordomemajor en 1676, mort le 27 sept. 1696. -- Francisco Marcos Fernandez de Velasco y Tovar, bâtard du précédent, avait été général en Catalogne, puis aux Pays-Bas, gouverneur de Ceuta, puis de Cadix , et viceroi de Catalogne. Il fut pris dans Barcelone par les alliés enn05.
BiBL. : Gachard, les Bibliothèques de Madrid et de VEscurial ; Bruxelles^ 1875, inA {Collection de chr^oniques belges).
CASTILLE (don Joseph Fernandez de Velasco, duc de Frias, connétable de), diplomate espagnol. Il fut envoyé en France, en 1701, comme ambassadeur extraordinaire, pour remercier le roi de l'acceptation du testament de Charles II. En 1705, il reçut la charge de majordomemajor. Emprisonné plus tard à Bayonne, il y mourut en
BiBL. : Saint-Simon, Mémoires.
CASTILLE (Charles-Hippolyte), romancier et publiciste français, né à Montreuil-sur-Mer le 8 nov. 1820, mort en 1886. Fils d'un ancien officier d'ordonnance de Napoléon, très dévoué aux idées démocratiques, mais portant en lui un idéal de démocratie qui n'excluait pas le césarisme, il vint de bonne heure chercher fortune à Paris el, après avoir passé quelques mois comme surnuméraire au ministère des travaux publics, se jeta à corps perdu dans la presse. Ses articles dans le Musée des familles et dans Y Esprit public, journal fondé en 1846 par M. de Lesseps, ne tardèrent pas à le faire remarquer. Il publia coup sur coup en dix ou douze ans un grand nombre de romans, qui parurent presque tous dans la Collection des romans populaires illustrés et qui, malgré leurs mérites réels de composition et de style, se sentaient trop de l'improvisation pour faire un nom durable à leur auteur. C'était, du reste, sur des travaux d'un autre genre que Castille comptait pour acquérir la gloire. 11 était avant tout journaliste. Sa plume énergique et acérée fut quelque temps une puissance. Après avoir fondé, en 1847, avec M. de Molinari, le Progrès intellectuel, puis, en 1848, la République française^ avec F. Bastiat, il collabora, avec le plus grand succès, à la Révolution démocratique et sociale et à la Tribune des Peuples, Il avait aussi des ambitions politiques. Mais les électeurs du Pas-de-Calais, dont il brigua les suffrages après la révolution de février, le laissèrent de côté. Témoin des intrigues orléanistes et légitimistes qui discréditèrent l'Assemblée législative et rendirent possible le coup d'Etat, il glissa dans un socialisme autoritaire qui le rapprocha singulièrement de Louis-Napoléon. Aussi le régime de 1852, s'il n'eut pas son entière approbation, ne fut-il point combattu par lui, loin de là, du moins au début. Hippolyte Castille était alors attaché à la rédaction de la Revue de Paris, Il y publia un article fort remarqué sur la Propriété intellectuelle, puis une série d'études très mordantes et peu charitables sur les Hommes et les choses sous le règne de LouiS'-Philippe (1853- 1854). Ses attaches semi-officielles furent manifestes après l'éclat que firent son Histoire de la seconde République française (1854-1855, 4 vol. in-8), ouvrage vivement écrit, oii le régime parlementaire est fort malmené, et la double série de ses Portraits politiques au xix® siècle (1856-1859, 1859-1860), notices biographiques où l'esprit césarien ne prend guère la peine de se cacher. A cette époque, Castille entreprit, sans préparation suffisante, une grande Histoire de soixante ans (1789-1850) dont il n'a donné que quatre volumes (1859-1863), travail d'une valeur très contestable. Il épuisait son talent en brochures politiques, dont quelques-unes eurent un certain retentissement, mais dont le succès éphémère ne pouvait rien ajouter à sa réputation : Parallèle entre
GASTILLE — CASTILLO
César, Charlemagne et Napoléon (1858, in-8) ; V Excommunication (1860, in-8) ; Napoléon lllet le clergé (1860, m.8); le Pape et VEncyclique (1860, in-4) ; Questions actuelles^ la quatrième dynastie (1861, m-8, etc.).
Sa verve, qui avait paru faiblir, sembla, vers la fin de l'Empire et en présence de l'agitation dont furent précédés les événements de 1870, trouver tout à coup une vigueur nouvelle. Après avoir dirigé (très peu de temps) le journal V Epoque (1868), il publia dans V Universel en 1869, sous le pseudonyme à Alceste, une série de lettres politiques d'une forme exquise, qui ne furent pas sans contribuer au succès remporté cette année même dans les élections par l'opposition démocratique. Plus tard, sous la troisième république, au moment où les partis monarchistes, s'agitant à l'Assemblée nationale, s'efforçaient de ramener la France en arrière, Alceste reparut, toujours soigneusement voilé et, dans une nouvelle série de lettres, beaucoup plus retentissante que la première, flagella d'une ironie toujours fine et souvent éloquente le parti des ducs, qui rêvaient la restauration de la monarchie. Ces petits chefs-d'œuvre, dont le plus célèbre est l'article A bas Chambord, parurent successivement dans la Vérité, la Constitution, V Avenir national, le Corsaire, journaux que les gouvernants supprimaient les uns après les autres, grâce à l'état de siège, sans pouvoir réduire au silence l'infatigable polémiste. Castille n'avait peut-être point renoncé à ses rêves d'empire démocratique et socialiste. Peut-être aussi était-il sincère quand il demandait pour la France une république sur le modèle de celle des Etats-Unis. Quand le Corsaire ressuscita, en 1876, il ne manqua pas de s'attacher à cette feuille. Il écrivit aussi dans quelques autres. Mais sa veine était décidément épuisée. 11 ne retrouva pas la faveur du public, et il mourut à peu près oublié. — Il a laissé, comme nous l'avons dit plus haut, un grand nombre de romans, parmi lesquels nous citerons : les Oiseaux de pm^ (1846-1848) ; VAscalante (1852) ; les Ambitieux (1852-1853, 4 vol. in-8) ; le Markgrave des Claires (1854, in-4) ; les Compagnons de la mort (1854) ; le Contrebandier (1854) ; Histoire de ménage, scènes de la vie réelle (1855, in-16) ; la Chasse aux Chimères (1857) ; Aventures imaginaires (1858, in-12) ; Blanche d'Orbe (1859, 2 vol. in-12), etc. A. Debidour.
CASTILLE (Fortuné) (V. Boisgobey [du]).
CASTILLEJO (Christobal de), écrivain espagnol, né en 1494 à Ciudad-Rodrigo, mort près Vienne le 12 juin 1556. Il fut, à l'âge de quinze ans, attaché comme page à la personne de Ferdinand, frère de Charles-Quint, et devint plus tard son secrétaire. Quand ce prince eut été nommé roi des Romains en 1531, il le suivit en qualité de secrétaire à Vienne et y demeura le reste de sa vie, sauf quelques voyages, notamment un à Venise, à une époque (ju'on ne peut déterminer. En 1541 et pour un motif inconnu, il fut détenu quelques mois dans une prison de Vienne ; il passa ses derniers jours dans un monastère voisin de cette ville. (Son épitaphe, retrouvée par F. Wolf, montre que c'est par erreur que Antonio fait mourir notre auteur en 1596, au monastère de Valdeiglisias en Espagne ; il a confondu Christobal de Castillejo avec un moine du même nom.) Christobal de Castillejo a laissé plusieurs compositions en prose et en vers qui dénotent une remarquable facilité, beaucoup de grâce et de naturel ; il se distingua surtout dans le genre satirique et dut une bonne part de sa réputation à l'ardeur avec laquelle il combattit les novateurs littéraires de son temps, cultistes ou pétrarquistes, comme il les appelle. On lui doit : Sermon de amores del maestro Buen-talante llamado Fray Nidel de la Orden del Fristel (s. 1. d'impr., 1542, in-4), poésie contre les auteurs de concetti, dont il y a une autre édition, sans lieu d'impression ni date, intitulée Sermon de amores nuevamente compuesto por elmenor de Aunes d los galanes y mujeres de la corte; Dialogo
de las condiciones de las mujeres (Venise, 1544, in-4 ; Tolède, 1546, in-4, réimprimée en 1546, in-4, sans lieu •* d'impression, avec un prologue de Blasco de Garay), satire très vive et très libre contre les femmes. En 1573, Juan Lopez de Velasco publia une collection de : Las Obras de Christoval de Castillejo, corregidas y emendadas por mandado del consejo de la santa y gênerai Inquisicion (Madrid, 463 p. in-4, réimprimées à Anvers. 1592 et 1598, in.l2; à Madrid, 1577, in-12, et 1600, in-8). Ces collections renferment, outre les écrits ci-dessus mentionnés, un Dialogo entre la Verdad y la Lisonja, en el quai se hallard como se pueden conocer los aduladores y lisonjeros, que se meten en las casas de los Principes, y la prudencia que se deve tener para huyr dcllos avec un Tratado de la vida de corte (Alcala, 1614, in-8, imprimé à part) ; une Historia de los dos leales amadores Piramo y Tisbé, etc. (Alcala, 1615, in-8, imprimé à part) et diverses pièces de poésie, erotiques ou dévotes. Dans sa jeunesse, Castillejo avait composé plusieurs comédies qui se sont perdues ; une d'elles, la Farm de Costanza, existait en manuscrit à l'Escurial au commencement du siècle ; D. Bartholomé-José Gallardo l'avait emprunté pour le copier, mais il disparut dans le sac de sa bibliothèque à Séville en 1823. (Quelques poésies de Castillejo, qui sont peut-être inédites, se trouvent dans les manuscrits de la Bibliothèque nationale de Madrid. E. Cat.
BiBL. : F. Wolf, Christobal de Castillejo*s Lobspruch der Stadt Wien et Ueber einige unbekannt gebliebene Werke Chr. de Castillejo's^ dans les Sitzungsberichte der K. Akad, der Wissenschafien ; Vienne, 18i9.
CASTILLEJO (Fernando-Manuel de), littérateur espagnol de la première moitié du xviii*» siècle. 11 n'est connu que par une traduction du roman grec d'Héliodore: laNueva Cariclea o nueva traduccion de la novela de Theagenes y Cariclea (Madrid, 1722, in-4). E. Cat.
CASTILLEJOS (Marquis de los) (V. Prim).
CASTILLIA (Gaetano), patriote lombard, né à Milan en 1795, mort à Vimercate 4e 12 mai 1870. Après avoir fait ses études de droit à l'Université de Pavie, il s'apprêtait à succéder à son père dans son étude de notaire, quand il fut arrêté (2 déc. 1821). Une imprudence de son jeune ami Giorgio Pallavicino (V. ce nom), avec lequel il avait été en Piémont, le fit impliquer dan5 le procès du comte Confalonieri. L'instruction, dirigée par le féroce Salvotti, dura deux ans. Castillia fut condamné à mort, mais il eut sa peine commuée en celle de vingt ans de carcere duro (21 janv. 1824). Conduit au Spielberg, il supporta tous les tourments avec une douceur égale à celle de Silvio Pellico. Libéré en 1836, il fut embarqué sur un navire de guerre autrichien pour l'Amérique, où il reçut l'accueil le plus sympathique. A la nouvelle de l'amnistie de 1838, il revint en Europe pour rentrer dans sa patrie, mais l'ambassade autrichienne de Paris ne lui accorda un passeport qu'en 1840. Il vécut dès lors tantôt à Milan, tantôt à Florence, où il était un des hôtes du marquis Gino Capponi, Après 1859, Victor- Emmanuel le fit sénateur. F. H.
CASTILLO. Ville de l'Amérique centrale (République de Nicaragua), sur la rive droite du San- Juan qui forme là des rapides ; vieux fort ruiné ; c'est un grand entrepôt de caoutchouc (Castilloa elastica) tiré des forêts voisines; on l'exporte par Greytown.
CASTILLO (Bernai Diaz del) (V. Diaz del Castillo [Bernai]).
CASTILLO (Diego-Enriquez del), historien espagnol du XV® siècle né à Ségovie. Il fut chapelain et chroniqueur en titre du roi de Castille, Henri IV. Il a écrit l'histoire de ce roi (1454-1474) avec de grands détails et un certain talent ; il est soucieux de l'exactitude, mais cherche à cacher les faiblesses de son maître et accuse surtout des malheurs du pays la turbulence des grands. Elle a été insérée dans le t. VI des Cronicas espanolas QHzàvià, 1776-1787, 7 vol. in-8), sous ce titre : Cronica del Rey D. Enrique el
CASTILLO
quarto de este nombre, por Diego Enriquez del Castillo, Segunda edicion corregida por Josef Miguel de Flores, Il est vraisemblable que c'est le même personnage * qui sous le nom de Diego del Castillo est connu comme J'auteur d'un poème sur la mort d'Alphonse V d'Aragon (publié par Ochoa dans les : Rimas i72editas du marquis de Santillana), et de quelques pièces dans les cancioneros de Stuniga et de Baena. E, Cat.
CASTILLO (Hernando del), compilateur espagnol du xvi^ siècle. 11 n'est connu que par une œuvre, d'une importance capitale pour l'histoire de la poésie espagnole; c'est un recueil des compositions d'un grand nombre de poètes castillans du xiv® et du xv« siècle, que l'auteur réunit et dédia au comte d'Oliva. La première édition est de Valence, 1514, in-foL, et porte le titre suivant : Concionero gênerai de muchos y diversos autores ; en tête de l'ouvrage et imprimé en rouge se trouve cet autre titre : Cancionero gênerai de muchas y diversas obras de todos o de los mas principales trobadores d'Espafta, en lengua casiellana, asi antiguos como modernes y en devocion, en moralidad, en amores, en burlas, romances, vlllancicos, canciones, letras de invenciones, motes, glosas, preguntas, respuestas; copilado y maravillosamente ordenado por Hernando del Castillo, principiando con obras de nuestra Senora, sin cuyo favor ninguno principio, ni medio, ni fin puede ser dicho bueno. En nombre de la Santa Irinidad Concienza, Après les poésies religieuses et morales, l'auteur place les poèmes d'amour, chansons, lettres, jeux, tensons, etc., et pour finir des burlas provocantes d la visa. Un grand nombre de ces pièces sont anonymes. Le succès de cet ouvrage est attesté par les éditions qui se succèdent en quelques années : Valence, 1514; Tolède, 1517; Tolède, 1520; Tolède, 1527; Séville, 1535 et 1540, in-fol.; Anvers, 1557 et 1573, in-8. Hernando del Castillo, continuant ses recherches, donna une nouvelle édition de son livre, enrichie de beaucoup de poésies qu'il »avait récemment recueillies ou auxquelles il n'avait pas jugé à propos de donner place dans la première édition. La seconde est intitulée Cancionero gênerai agora riuevamente anadido, etc. (5« éd. connue, Tolède, 1527, in-fol.). Enfin l'auteur en donna une autre édition, qui peut être considérée comme la forme définitive de son œuvre ; il en .avait rejeté quelques pièces comprises dans les éditions antérieures et qui avaient paru immorales et en revanche en avait ajouté beaucoup de nouvelles sur des sujets de piété ou de morale. Cette édition, type de toutes celles publiées depuis, parut sous le titre : Cancionero yeneral en el cual se han anadido agora de nuevo eri esta ultima impresion muchas cosas buenas : ha sido con diligencia corregido y emendado (Séville, 1535, 207 pp., in-fol.). Ce recueil, outre les nombreuses pièces anonymes, contient des poésies de 137 auteurs, antérieurs au XVI® siècle ; c'est le répertoire le plus complet et le document le plus important que nous ayons sur la vieille poésie castillane. E. Cat.
BiBL. ; On peut consulter sur le Cancionero de Hernando de Castillo le vol. VI de la Historia critica, de la IWeratura espanola, par A. de Los Rios ; Madrid, 1861- 1865, 7 vol, in-8, et le !"'■ vol. de Ticknor.
CASTILLO (Pedro del), linguiste espagnol, né vers 1500 dans la vallée de Guriezo, mort à Tula (Mexique) le 5 nov. 1577. Après avoir pris l'habit au couvent des franciscains à Almazan (Vieille-Castille), il passa au Mexique en 1534, prêcha à Tlaxcala, Xilotepec, Tula et Tepexic, en nahua et en otomi, langues qu'il savait à fond et qu'il enseigna à beaucoup de religieux. Il écrivit un Vocabulaire otomi. — Un autre Espagnol, de môme nora et prénom, écrivit en 1601 , à l'âge de quatre-vingt-trois ans, une Relation de la vallée d'Atrisco, que Torqueraada a utilisée. Il était un des plus anciens colons de cette vallée qu'il avait habitée plus de cinquante ans et où il avait été longtemps alcade de Carrion. B-s.
CASTILLO (Cristobal), historien hispano-mexicain, mort octogénaire en 1606. Fils d'un Espagnol et d'une Indienne, il écrivit Viaje de los Aztecas à Mexicanos antiguos al pais de Anahuac. B-s.
CASTILLO (Fernando del), écrivain espagnol, né à Grenade en 1529, mort le 29 mars 1593. Entré dans l'ordre des dominicains, il se fit remarquer par l'austérité de sa vie, ses connaissances théoloc^iques et son éloquence, fut professeur de théologie et d'écriture sainte à Valladolid, fut appelé ensuite à la cour de Philippe II et employé par ce roi à diverses fonctions élevées ou à des négociations, notamment en Portugal, où il accompagna l'ambassadeur Tellez Giron. Il a laissé un ouvrage important pour l'histoire de l'ordre des dominicains : Historia gênerai de Santo Domingo y de su orden (Madrid, 1 584, 1"^* partie, in-tol.; Valladolid, 1592, 2^ partie, in-fol.). La première fut traduite en italien par T. Boton (Venise, 1589) ; la seconde le fut par Ph. Pigafetta. Il y en eut aussi une traduction en français.
CASTILLO' (Francisco del), poète espagnol, né à Madrid dans la seconde moitié du xvi^ siècle. Il n'est connu que par un poème que l'auteur appelle héroïque : Nuestra senora de Los remédies de la merced de Madrid. Poema heroyco de su invencion y milagros y diferentes rimas sacras para caniar los sabados de un ano en las salves, etc. (Madrid, 1619, in-8). Antonio mentionne quatre autres Francisco del Castillo, auteurs de livres de piété , l'un natit de Cadix , de l'ordre des Ermites d'Andalousie, et un autre de Llerena ; ce dernier nous a laissé : Descripcion de la Inquisidon, etc. (Llerena, 1605, in-8). Ni l'un ni l'autre ne paraît être le même que le poète ci-dessus mentionné.
E. Cat.
CASTILLO (Agustin del), peintre espagnol, né à Séville en 1565, mort à Cordoue en 1626. 11 est élève de Luis Fernandez qui fut aussi le maître de Herrera le Vieux, de Pacheco et de Juan del Castillo, frère cadet d'Agustin. Au sortir de l'atelier de Fernandez, il alla habiter Cordoue et s'y maria. Les contemporains sont iort laconiques à l'endroit du talent et de la vie de Castillo. Ils se bornent à le qualifier d'habile fresquiste, citant avec quelques éloges une Conception et un Père éternel ainsi que diverses autres peintures sur murailles qui décoraient des églises et des couvents à Cordoue. Malheureusement, ces ouvrages, dont Palomino relève l'intérêt et l'importance, se sont altérés et dégradés avec le temps. Restaurés à diverses reprises par des ignorants, ce serait en vain que l'on chercherait à présenta retrouver sous leurs ruines les traces du dessin et du coloris de leur primitif auteur. Palomino et Cean Bermudez, qui purent cependant en entr^oir quelques restes, assurent que Castillo était un dessinateur correct et que ses compositions se recommandaient par la simplicité et la noblesse du style. Ces qualités se retrouvent en effet dans une Conception de la Vierge qui est dans la cathédrale de Cordoue, mais le coloris en est froid et cette peinture manque un peu de caractère ; exécutée dans la manière italienne, elle est loin d'offrir à nos yeux l'intérêt que présente une autre toile de lui, une Adoration des Rois que possède la cathédrale de Cadix. Cette toile est un témoignage des efforts que fit l'artiste pour transformer ses méthodes d'abord tout italiennes ; lui aussi obéissait donc au courant de naturalisme qui entraînait déjà l'école andalouse, et qui allait bientôt s'affirmer dans les puissantes et géniales créations de Zurbaran, de Velazquez et de Murillo. Agustin del Castillo laissa un fils, Antonio, dont il ne fit guère que commencer l'éducation artistique. P. L.
CASTILLO (Juan del), peintre espagnol, né à Séville en 1584, mort à Cadix en 1640. Comme son frère aîné Agustin, il reçut les leçons de Luis Fernandez. Mais les véritables sources d'inspiration oii puisa largement Juan del Castillo ce furent plutôt que les ouvrages de Fernandez
CA STILLO
ou de Luis de Vargas ceux de Juan de Roëlas qui, dès l'aunée 4606 et alors que Castillo n'avait encore que vingtdeux ans, avait apporté de Venise à Séville des méthodes et un style appelés à transformer l'école entièrement inféodée jusqu'à lui aux traditions romaine et florentine. Roëlas ne peignait que d'après le modèle vivant, prenait ses types dans son entourage, parmi ses amis et s'appliquait à rechercher le réel et le vrai en toutes choses. Bref, on sentait déjà nettement poindre en lui les tendances résolument* naturalistes qui, quelques années plus tard, allaient s'affirmer et s'épanouir dans les géniales productions de Zurbaran, de Velazquez et de Murillo. Entraîné par son propre tempérament, Juan del Castillo, délaissant les timides pratiques de son premier enseignement, se jeta dans la voie que lui montraient les ouvrages de Roëlas et ceux de son ancien condisciple Herrera le Vieux. Comme eux, Castillo rompit avec les traditions idéalistes ; il ne demanda ses modèles qu'à la nature, groupa ses figures avec simplicité, et chercha, sans y trop réussir, à donner à son coloris une vigueur et une vérité plus grandes qu'on ne les trouve chez les meilleurs élèves de Vargas. Ce fut pour les couvents de Séville et plus particulièrement pour l'ordre des dominicains que Castillo peignit §es plus importants ouvrages. Ponz signale, dans son Viage de Espafta, un tableau de la Vierge au Rosaire accompagnée des saints Pierre et Paul et d'un saint Dominique à' genoux, placé dans l'église de Reglna Angelorum qu'il n'hésite point à attribuer à Murillo dans sa première manière. Or, ce tableau est de Juan del Castillo. Plus circonspect dans l'examen des belles compositions qui ornaient alors le maitre-autel de l'église de Monte Sion, et que, sur l'assertion de Palomino, l'on attribuait à Alonso Cano, Ponz en découvrit cette fois le véritable auteur et s'assura même que la plupart des toiles portaient la signature de Juan del Castillo. Une Assomptîon de la Vierge, surmontée du Couronnement, occupait le centre du rétable ; sur les côtés étaient placées V Annonciation, la ISaissance de la Vierge, la Visita-tion et Y Adoration des Bois et, à la base, les saints docteurs avec saint Bonaventure et saint Thomas d'Aquin. On retrouve aujourd'hui au musée provincial de Séville cinq tableaux, représentant ces mêmes sujets et qui nous paraissent avoir fait partie de cet ensemble. Ces peintures apportées sans doute au musée après la suppression des couvents, appartiennent à la meilleure exécution de l'artiste : elles donnent bien la note de ce talent tout de transition qui unit dans l'école andalouse la période d'imitation italienne à l'ère de complet épanouissement du réalisme. Le plus grand mérite dont on puisse faire honneur à Castillo est donc d'avoir, le premier, fondé à Séville un enseignement régulier dont le naturalisme était la base. Il eut bientôt autour de lui un groupe important d'élèves. Les plus célèbres furent Murillo, à qui le rattachait un lien de parenté, Andrès de Médina, plus tard peintre et graveur à Teau-forte, et Pedro de Médina Valbuena, artiste estimable. Lors d'un voyage que Castillo fit à Grenade et où il eut l'occasion d^ peindre quelques tableaux pour des particuliers, Miguel Cano, père d' Alonso, lui confia son fils; enfin, le jeune Pedro de Moya, qui était aussi de Grenade, fut également présenté au maître qui ramena avec lui à Séville ses deux nouveaux élèves. Une phrase de Palomino nous apprend bien d'ailleurs toute la sérieuse importance qu'avait acquis à Séville l'enseignement de Castillo : « Son atelier, écrit-il, était l'école la plus fréquentée de quiconque désirait se perfectionner dans l'art de peindre. » Vers la fin de sa vie, Castillo quitta Séville et alla habiter Cadix. C'est là qu'il mourut à l'âge de cinquante-six ans. P. L.
BiBL. : Palomino, Vidas de los pintores eminentes ; Madrid, 1724. — Cean Bermudkz, Diccionario de los mas iiasires profesores; Madrid, 1800.
CASTILLO (le P. Antonio del), voyageur en Terre- Sainte, en l'an 1627. 11 nous a laissé une relation de son
voyage sous le titre : El Devoto Peregrino y viage de Tierra^Santa, compuesto por el Padre Fray Antonio del Castillo, — L'auteur se qualifie de Commissario gênerai de Jérusalem en los reynos de Espaha. Cette relation est intéressante ; elle ne l'est pas assez cependant pour expliquer les nombreuses éditions qui en ont paru à Madrid, 1654, 4656, in.4; Paris, 4664, in-4; Madrid, 4665, pet. in-8; Paris, 4666, in-fol.; Barcelone, 4700, in-8. Presque toutes ces éditions sont accompagnées de vues. Une dernière édition qui fait partie du livre de D. Matias Rodriguez Sobrino, Historia de la Tierra- Santa, a été traduite en français avec cet ouvrage par L. Poillon (Paris et Tournai, 4856, t. Il, pp. 346-540, in-8). Ch. KoHLER.
BiBL.: Petzhold, Neuer Anzeiger fur Bibliographie an. 1862, p. 293. — T. Tobler, Bibliolheca geographica Palœstinse, 1. 1, p. 98.
CASTILLO (Baltazar), linguiste hispano-mexicain du xvu® siècle. Il était franciscain et devint prédicateur général et curé de Huexotla, près Tezcuco. Disciple d'Agde Vetancurt, qui lui avait enseigné la théologie, la philosophie et le nahua, il écrivit dans cette langue plusieurs traités de piété, imprimés à Mexico en 4677 et 4694.
CASTILLO (Leonardo del), historien espagnol du xvii« siècle. Il était valet de chambre de Philippe ÏV, et officier de la secrétairie d'Etat. Il a laissé un ouvrage intitulé : Viage del Rei Nuestro Senor Don Felipe Quarto el grande d la frontera de Francia, Funciones reaies del desposorio y entregas de la serenissima Sefiora Infante de Espana Do fia Maria Teresa de Austria, etc. (Madrid, 4667, in-4).
CASTILLO (Miguel del), poète didactique espagnol du xvii® siècle. Il était moine à la Chartreuse de Saragosse. Sous le pseudonyme de Miguel de Mencos, il publia : Aula de Dios, Càrtuja real de Taragom, Describe la vida de sus monjes, accusa la vanidad del siglo, etc. (Saragosse, 4637, in-4). C'est une longue suite de silvas, dont le but est de montrer la vanité des choses humaines et les félicités d'une vie austère. « La partie oU l'auteur parle de lui-môme, dit Ticknor, est réellement émouvante, mais l'œuvre est très inégale ; ce qu'on y remarque de meilleur, c'est la description de l'immense et sombre monastère où s'est renlermé le poète et celle des pratiques religieuses des Chartreux. » L'ouvrage eut du succès ; il fut réimprimé en 4667 et en 4679 avec un prologue de Joseph de Pellicer et des additions d'un moine du même monastère, Agustin Nagore, et enfin à Londres (4844, in-8), dans un recueil de poésies, publié par Raphaël del Riego. E. Ca.t.
CASTILLO (Andrès del), écrivain espagnol du xvii« siècle, né à Brihuega, près Tolède. Il a laissé un recueil de six nouvelles, intitulé : la Moxiganga del gusto (Saragosse, 4644, réimprimé à Madrid en 4734). Elles sont en style précieux, culto, comme on dit en Espagne. Une d'elles : la Muerte del avariento y Guzman de Juan de Dios^ a été comprise dans le recueil des Novelistas posterlores d C(^.rvantes, t. XXXUI de la Bibliotheca Rivadeneyra. E. Cat.
CASTILLO (Pedro-Agostin del [Ruiz de Vergara]), géographe espagnol du xvni« siècle. On ne sait rien de sa vie, sinon qu'il était alferez mayor de la grande Canarie, où sa famille était établie depuis longtemps. En 4737, il acheva une Descripclon historica y geografica de l'as islas de Canaria. dédiée à Ferdinand de Bourbon (depuis Ferdinand VI). Cet ouvrage, qui renferme des détails très précieux pour l'histoire et la géographie de l'archipel des Canaries, demeura longtemps oublié dans la bibliothèque du comte de la Vega Grande, descendant de A. de Castillo, et ne fut publié qu'en 4848, à Santa Cruz de Ténérife (in-8). E. Cat.
CASTILLO (Josefdel), peintre espagnol, né à Madrid en 4737, mort à Madrid en 4793. Elève de Josef Romeo, puis des cours préparatoires créés par l'académie de San
CASTILLO
Fernando, Josef del Castillo fit preuve de très bonne heure de grandes dispositions pour la peinture. Le ministre d'Etat, Carvajal, Tayant remarqué, Tenvoya à Rome, à ses frais, dès l'année 1651, et le jeune artiste entra tout de suite dans l'atelier de Corrado. Deux ans plus tard, ce peintre ayant été appelé par Ferdinand VI, passa en Espagne, amenant avec lui son élève. Corrado fut nommé premier peintre du roi ; Castillo, ayant repris ses études à l'Académie, obtint au concours le premier prix et retourna, en 1758, compléter à Rome une éducation si bien commencée. Il y demeura six ans sous la direction de don Francisco Preciado, puis il revint à Madrid oii Mengs, alors surintendant des beaux-arts de Charles III, le fit entrer au service du roi. Ses premiers travaux furent pour la fabrique de tapisserie de Santa Barbara, pour laquelle Castillo fit un très grand nombre de dessins et de cartons. Il eut aussi à exécuter pour le palais d'importantes commandes. Mengs le chargea de composer six tableaux pour le couvent des Salesas, puis un petit oratoire pour la chapelle de l'infant, deux portraits de Charles III en costume de cérémonie, et encore, pour l'église de l'Incarnation, une toile représentant Saint Augustin secourant des pauvres, qui est le meilleur ouvrage de l'artiste. En même temps qu'il exécutait ces diverses commandes, Castillo préparait des dessins qu'il gravait parfois lui-môme à l'eau -forte pour le Don Quichotte que publiait l'Académie ou pour la suite des Hommes illustres éditée par la chalcographie royale. En 1785, il fut élu académicien et, trois ans plus tard, il exerçait la charge de Teniente-director de l'Académie. Castillo appartient à une période de complète décadence. Il est maniéré et médiocre coloriste. L'Académie de San Fernando possède de lui une assez bonne copie, faite à Rome, d'après le tableau du Dominicain représentant Diane et ses Nymphes, Parmi ses eaux-fortes, gravées d'une pointe très légère, ses meilleures sont : les Pèlerins d'Emmaûs d'après Mateo Cerezo et la Fuite en Egypte, d'après Lucca Giordano. P. L.
BiBL. : Cean Bermudez, Diccionario de los mas Unstrès profesores; Madrid, 1800.
CASTILLO (Fernando del), peintre et sculpteur espagnol, né à Madrid en 1740, mort à Madrid en 1777. Comme son frère aîné, Josef, Fernando montra dès son jeune âge de très heureuses dispositions pour l'art; comme lui également, il suivit les cours de l'académie de San Fernando. Entré dans l'atelier du sculpteur Felipe de Castro, il s'appliqua d'abord à modeler et obtint même le premier prix au concours de sculpture. Mais après le départ de son frère pour Rome, pris de goût pour la peinture, il se mit sous la direction de Corrado. Au sortir de ses études, il concourut pour une place de peintre attaché à la fabrique royale de porcelaine du Buen Retire et l'obtint. 11 resta dans cet emploi jusqu'à sa mort. P. L. BiBL. : Cean Bermudez, Diccionario de los mas ilustres profesores; Madrid, 1800.
CASTILLO (Juan-Ignacio-Gojïzalez del), poète dramatique espagnol, né à Cadix en 1763, mort à Cadix, en 1800. Ses farces et saynètes, jouées au théâtre de Cadix, obtinrent un grand succès, ce qui ne l'empêcha pas de mourir extrêmement pai\vre. Il avait composé une trentaine de saynètes, une tragédie, iVuma, une comédie, la Mère hypocrite, un poème contre les Français, la Galiada, et une ode sur l'expédition d'Annibal. Ses saynètes ont quelque mérite, de la facilité, de la verve et présentent un tableau fidèle des mœurs andalouses. Ses œuvres ont été recueillies par son compatriote A. de Castro qui en a publié un choix, en 4 vol. in-8 (Cadix, 1845-1846). E. Cat.
BiBL. : On trouvera une analyse de quelques-unes de ses pièces dans R. Alvarez-Espino, Ensayo critico del teatro espanol, etc.; Cadix, 1876, in-8, pp. 282-286.
CASTI LLO (André Lopez) et ses fils (V. Lopez del Castillo).
CASTILLO (Rafaël del), écrivain espagnol contemporain.
Il s'est d'abord fait connaître par quelques ouvrages dramatiques, imités de pièces françaises et écrits le plus souvent en collaboration avec Lalama : Polio de lugar (Madrid, 1857) ; Madrid riendo y Madrid Uorando, 4 actes (Madrid, 1858, in-4); Pobre Ciega! 4 actes (Madrid, 1850, in-4); los Desposorios de Albano 4 actes (Madrid, 1859, in-4); los Dos Artesanos, 3 actes (Madrid, 1859, in-4). Il est surtout connu comme romancier populaire et a produit de nombreux romans dans le genre d'Eugène Sue ou de Ponson du Terra il : Amor de padre ; Don Rodrigo de Villandrado ; los Pobres de Barcelona; el Campanero de San Pablo ; el Padre de los pobres ; el Rey, el pueblo y el Favorito ; el Trapero de Madrid ; las Cortesanas del slglo XIX; los Incendiarios de Madrid; los Misterios de Madrid o el salon de Capellanes ; los Polvos de la madré Celestina ; Palacio por dentro^ y pueblo por fuera, etc., etc. E. Cat.
CASTI LLO-SoLORz\N0 (Alonso del), écrivain espagnol du xviie siècle. On sait peu de chose de sa vie. L'érudit Mayans y Siscar le dit originaire d'Andalousie, tandis que Lope de Vega le comprend dans son Laurel de Apolo parmi les poètes natifs de Madrid. Alberto de la Rarrera, dans son Catalogo del teatro espanol, conjecture d'après divers indices qu'il naquit à Madrid vers 1590, d'une famille aisée. Devenu pauvre dès sa jeunesse, Castillo dut comme tant d'autres poètes accepter du service dans la maison d'un grand. Il fut quelque chose comme intendant ou majordome du marquis de Vêlez, don Luis Fajardo Requesens y Zuniga, capitaine général de Valence, et le suivit en Aragon et en Catalogne. Il vint à Madrid vers 1621, prit part avec succès au concours poétique célébré dans cette ville en 1622, en l'honneur de saint Isidore, et y demeura jusque vers 1627; il faisait partie de l'académie qui se réunissait chez don Francisco de Mendoza. Nous le voyons ensuite de retour à Valence, puis passant en Lombardie, à Milan, où il publia en 1631 la première partie des œuvres dramatiques de son ami le D^ Sébastien Francisco de Medrano ; l'édition de la seconde partie périt dans le voyage de Milan à Valence. Castillo alla probablement à Saragosse et mourut vers 1650. Auteur très fécond, il a laissé un grand nombre d'ouvrages en prose et en vers, histoires, nouvelles, comédies, pièces lyriques, etc., qui eurent du succès ; ses nouvelles surtout sont remarquajjles. Lope de Vega fait de lui un éloge très pompeux et Montalvan le loue en ces termes :
En don Alonso del Castillo admira Gracia, donaire, ingenio y dulce lira.
Citons parmi ses productions : Donaires del Parnaso, etc. (Madrid, 1624, in-8), recueil de contes mythologiques, de romances, et de poésies diverses, avec une seconde partie (Madrid, 1625, in-fol.) ; Tardes entretenidas, six nouvelles (Madrid, 1625, in-8); Varios y honestos entretenimientos en varios entre^ meses ypasos apacibles, etc., mélange de dialogues et de entremeses (Mexico, 1625, in-8) ; Jornadas alegres, six nouvelles en prose et vers mélangés (Madrid, 1626, in-8) ; Tiempo de regozijo y Carnestolendas de Ma^ drid, etc., sur le modèle des Carnestolendas de Castilla de Gaspar L. Hidalgo ; on y trouve l'entremes de El Casamentero (Madrid, 1627, in-8) ; Lisardo enamorado , nouvelle en huit livres, prose et vers (Valence, 1629, in-8); Huerta de Valencia, prosas y versos en las Academias délia, recueil qui comprend quatre nouvelles, une comédie et plusieurs pièces de vers (Valence, 1629, in-8), la comédie est intitulée El Agravio satisfecho et est une imitation asse:^ heureuse de la Fuerza del sangre de Cervantes ; Noches de placer^ recueil de douze nouvelles (Rarcelone, 1631, m-8) ; las Harpias en Madrid y coche de las Estafas, recueil dans lequel il y a un entremés : el Comisario de Figueras (Rarcelone, 1631, in-8, et 1633, in-8) ; la Nina de los
CASTILLO — CASTILLOA
embustes : Teresa de Manzanares, natvral de Madrid, roman d'intrigues, auquel sont mêlés deux entremeses : cl Barbador et la Prueba de los doctores (Barcelone, 4632, in-8 et Valence, 4632, in-8); los Amantes andaluces : historia êntretenida, prosas y versos (Barcelone, 4633, in-8) ; Aventuras del Bachiller Trapaza (Valence, 4634, in-8) ; la Garduna de Sevilla y anzuelo de las boisas, hija del Bachiller Trapaza (Valence, 4634, in-8, réimprimé à Logroiîo, même année et même format, à Madrid, d640, in-8, et à Paris, 4847 (lesoro de novelistas espanoles) ; elle a été traduite en français sous le titre : la Fouine de Séville ou rhaineçon des bourses (Paris, 4661, in-8) ; Fiestas del jardin, recueil de trois comédies et de quatre nouvelles (Valence, 4834, in-8) ; Sagrario de Valencia, vies des saints illustres du royaume de Valence (Valence, 4635, in-8) ; Patron de Ahira, el glorioso martir san Bernardo, de la ordendel Cistel (Saragosse, 4636, in-8); Epitome de la vida y hechos del inclito rey D, Pedro de Aragon, tercerodeste nombre, etc. (Saragosse, 4639; Historia de Marco Antonio y Cleopatra, ultima reyna de Egypto (Saragosse, 4639, in-8); los Alivios de Casandra, cinq nouvelles et une comédie (Barcelone, 4640, in-8) ; Sala de recreacion, recueil de cinq nouvelles, et une comédie intitulée la Torre de Florisbella (Saragosse, 4640, m-8). On doit enfin à Castillo Solorzano diverses poésies éparses dans les recueils du temps et quelques comédies qui eurent du succès ; mentionnons la Victoria de Norlingen y el Infante en Alemania, el Marques del Cigarral et el Mayorazgo figura. Ces deux dernières ont été réimprimées dans la collection des pièces dramatiques de la biblioteca Rivadeneyra. Plusieurs nouvelles de notre auteur ont été traduites ou plutôt imitées en français par Vannel : Divertissements de Cassandre et de Diane ou les nouvelles de Castillo et de Teleyro (Paris, 1683, 3 vol. in-i2). E. Cat.
CASTILLO Y Saàvedra (Antonio del), peintre espagnol, né à Cordoue en 4603, mort dans la même ville en 4667. Fils et neveu de Augustin et Juan del Castillo (V. plus haut), Antonio alla après la mort de son père, qui n'avait pu qu'ébaucher son éducation artistique, rejoindre à Séville son oncle Juan del Castillo. Celui-ci le fit entrer dans Falelier de Zurbaran, bien jeune encore, mais déjà réputé un maître. Les biographes ne nous disent pas combien dura son apprentissage. 11 semble toutefois que ce temps d'études fut assez court. Ebloui plutôt que pénétré des vigoureuses qualités de son maître, peut-être Castillo se crut-il trop tôt appelé à les imiter. Mais il ne fit que les exagérer et ne les épia jamais. Ces belles et savantes oppositions de lumière et d'ombre , cette exécution si robuste et si franche qui caractérisent le génie de Zurbaran, se transformèrent chez le disciple en parti pris sans mesure, en dureté et parfois même en violence. Au sortir de l'atelier de Zurbaran, Antonio était revenu dans sa ville natale. Palomino nous apprend que dès son arrivée il fut appelé à peindre pour le maître-autel de la cathédrale un tableau représentant Saint Aclscle et Saint Sébastien et pour une autre chapelle voisine du chœur une grande composition : Saint Pelage entendant prononcer sa sentence de mort. Sous la partie extérieure de la porte du Pardon, il peignit à fresque V Assomption de la Vierge f Saint Michel et Saint Raphaël, Saint Pierre et Saint Paul, Siaint Aciscle et Sainte Victoire. Chargé de la décoration de l'escalier monumental du couvent de Saint-Paul, Castillo s'en acquitta avec honneur. Ces peintures, encore en place aujourd'hui, représentent Saint Ferdinand consacrant à saint Paul le couvent qu'il fait élever ; diverses figures de saints complètent cette décoration. A l'hôpital de Jésus Nazaréen, il exécuta à l'huile, sur enduit, une Invention de la Croix et le Bon Larron; Palomino, qui vante beaucoup ces deux ouvrages, se montre en revanche assez sévère pour le
Couronnement de la Vierge et une Assomption peints pour ce môme hôpital, et qui, selon lui, pèchent notablement sous le rapport de la justesse des plans et de la distribution des masses, défauts très fréquents chez l'artiste. L'ordre des Franciscains commanda à Castillo des ouvrages importants. Il fit pour leur église deux Saint Jean, VEsprit Saint au milieu d'une gloire de Séraphins, V Apparition de la Vierge à saint Ildefonse, et pour leur cloître, le Baptême de saint François. II signa cette dernière toile : Non fecit Alfarus, voulant se railler par là de la vanité de son ancien élève Alfaro qui, revenu à Cordoue, prétendait supplanter Castillo et signait chacun de ses ouvrages d'un superbe Alfarus pinxit, tracé en trop gros caractères.
Antonio del Castillo s'acquit une réputation assez méritée comme portraitiste, mais son habileté dans les tableaux de chevalet est plus spécialement notée par les biographes. Palomino en relate un assez grand nombre, appartenant de son temps à des collections d'amateurs, et dont il loue Texécution pleine de fraîcheur et de grâce. Il aimait à donner à ses compositions des fonds de paysage qu'il peignait avec beaucoup de vérité et de naturel. Souvent, dit Palomino, il allait passer quelques jours à la campagne oii il dessinait soit un beau site, soit un pittoresque accident de terrain ou encore des animaux, des chars, des instruments de labour qu'il transportait ensuite dans ses toiles. Très enorgueilli des succès obtenus dans sa ville natale, il en était arrivé à se croire le meilleur peintre de l'Andalousie. Il se mit en tête d'aller à Séville faire montre de son habileté et porter aux artistes alors en renom une sorte de défi. On le conduisit à son arrivée au couvent des Franciscains où venaient d'être placées des toiles de Murillo dont le nom commençait alors à être dans toutes les bouches. Castillo demeura saisi d'étonnement devant ces ouvrages : « Est-il possible que Murillo, cet élève de mon oncle, ait trouvé cette beauté, cette splendeur de coloris ! » Et l'orgueilleux artiste ajouta : « Allons, c'en est fait de Castillo ! » De retour à Cordoue de son malencontreux voyage, et encore sous le coup de l'admiration, mêlée d'un peu d'envie, que lui avait causée la vue des peintures de Murillo, Castillo peignit un Saint François où il s'efforçait d'imiter son illustre modèle. Ce fut son meilleur ouvrage. Au musée du Prado, on voit d'Antonio une Adoration des Bergers od il semble bien également que l'artiste cherchait à rivaliser avec la jeune école sévillane. Il laissa, à sa mort, un nombre considérable de croquis et de dessins que se transmirent curieusement les artistes espagnols et qui ont peut-être plus fait pour sa réputation que ses peintures mêmes. Exécutés le plus souvent à la plume, ou encore avec des roseaux qu'il taillait grossièrement, ces dessins sont d'une hardiesse et d'une fermeté d'exécution véritablement remarquables. II modelait également avec beaucoup d'habileté, et ses petites terrescuites, reproduisant des figurines pittoresques ou de capricieuses ornementations, étaient fort goûtées des artistes et des amateurs. p. L.
BiBL. : Palomino, Vidas de los pintores eminenles; Madrid, 1724. — Cean Bermudez, Diccionario de los mas ilustres pro/fesores; Madrid, 1800.
CASTILLOA {Castilloa Cervant.). Genre de plantes de la famille des Ulmacées et du groupe des Artocarpées. L'espèce type, C, elastica Cervant., est un arbre laiteux, à feuilles distiques, brièvement pétiolées et oblongues, accompagnées de stipules membraneuses, connées en une coiffe supra-axillaire conique. Les fleurs, monoïques, sont disposées sur des réceptacles plans, entourés de nombreuses bractées formant involucre. Les .mâles, dépourvues de périanthe, sont formées d'un grand nombre d'étamines. Les femelles ont un calice à quatre divisions et un ovaire semi-infère, qui devient à la maturité une drupe renfermant une seule graine dépourvue d'albumen. Le C, elastica croît dans les régions tropicjales de l'Amérique centrale et occidentale. Son latex abondant, épais, sert à
CASTILLOA — CASTILLON
préparer la plus grande partie du caoutchouc provenant des Antilles, du Mexique méridional, du Panama, du Honduras, du Nicaragua, de Costa Rica, du Guatemala, de la Colombie, de l'Equateur et du Pérou, c.-à-d. de l'ouest de l'Amérique, entre le 25^ de lat. N. et le 25<> de lat. S. (V. H. Bâillon, Traité de botanique médicale, 4883, p. 994.) Ed. Lef.
CASTILLON. Com. du dép. des Basses-Alpes, arr. et cant. de Castellane ; 4G9 hab.
CASTILLON. Com. du dép. des Alpes-Maritimes, arr. de Puget-Théniers, cant. de Sospel, près le col de Guardia, entre le mont de l'Ours et le Raset ; 339 hab. Enceinte de hautes murailles percées de meurtrières.
CASTILLON. Com. du dép. du Calvados, arr. de Bayeux, cant. de Balleroy ; 560 hab.
CASTILLON. Com. du dép. du Calvados, arr. de Lisieux, cant. de Mézidon ; 266 hab.
CASTILLON. Com. du dép. du Gers, arr. de Lombez, cant. de Flsle-en- Jourdain ; 454 hab.
CASTILLON. Com. du dép. des Basses-Pyrénées, arr. d'Orthez, cant. d'Arthez; 314 hab.
CASTILLON. Com. du dép. des Basses-Pyrénées., arr. de Pau, cant. de Lembeye; 164 hab.
CASTILLON. Com. du dép. des Hautes-Pyrénées, arr. de Bagnères-de-Bigorre , cant. de Lannemezan ; 253 hab.
CASTILLON -Débats. Com. du dép. du Gers, arr. d'Auch, cant. de Vic-Fezensac ; 963 hab.
CASTILLON-de-Castets. Comp. du dép. de la Gironde, arr. de Bazas, cant. d'Auros ; 343 hab.
CASTILLON-de-Gagnières. Com. du dép. du Gard, arr. d'Alais, cant. de Bessèges ; 2,985 hab. ; au confluent de la Cèze et de la Ganière, à 4 kil. S.-E. de Bessèges.
CASTILLON-de-Larboust ou de Luchon. Com. du dép. de la Haute-Garonne, arr. de Saint-Gaudens, cant. de Bagnères-de-Luchon; 187 hab.
CASTILLON-de-Sâint-Mentory. Com. du dép. de la Haute-Garonne, arr. de Saint-Gaudens, cant. de Saint- Martory ; 545 hab.
CASTILLON DU Gard^ (CastiliOy Castelio), Com. du dép. du Gard, arr. d'Uzès, cant. de Remoulins ; 648 hab. Cette localité est nommée dès le début du xiii^ siècle, mais rien ne prouve qu'elle ne soit pas plus ancienne, elle date probablement du moyen âge et se forma sans doute autour de l'église de Saint-Christophe, dont le seigneur et collateur était le prévôt de la cathédrale d'Uzès. Les droits du chapitre sur cette localité et celle de Valliguière furent reconnus par Simon de Montfort en 1215. Ce village fut fort éprouvé pendant les guerres de religion, d'abord occupé par les catholiques, puis repris par les protestants d'Uzès en 1573, réoccupé par les catholiques en 1580, par Rohan en 1628. Castillon était dans la viguerie de Beaucaire et du diocèse d'Uzès, doyenné de Remoulins. Le territoire de cette commune est encore aujourd'hui fort boisé. Carrières de pierre, briqueterie, fabrique d'eaux-de-vie. A. Molinier.
CASTILLON-en-Couserans. Ch.-l. de cant. du dép. de l'Ariège, arr. de Saint-Girons, sur le Lez, affluent du Salât; 966 hab. La châtellenie dont ce village était le ch.-l. faisait tout entière partie du diocèse de Gouserans, et avait formé la part des comtes de Comminges lors du partage de ce diocèse entre eux et leurs collatéraux, les comtes de Carcassonne, au x® siècle. Tout le pays était habité à l'époque romaine, mais le nom même de Castillon, Castilio, petit château, prouve que cette localité date du X® ou du XI? siècle. Les comtes de Comminges y avaient un château, aujourd'hui détruit et dont il ne reste plus qu'une petite chapelle du xu® siècle ; elle a une abside romane et un curieux clocher à fronton percé d'arcades, bon type de ce genre de construction propre au Languedoc ; une inscription, dont la lecture a été longtemps douteuse, nomme le maître de l'œuvre, Jean de la Casa.
Dans l'église paroissiale, toute moderne, on conserve une belle croix processionnelle en argent, du xiv« siècle. Le comte Raimond de Comminges accorda une charte de coutumes aux habitants de Castillon en 1367. Au xvn® siècle, les habitants de la vallée du Lez se livraient à l'élevage du cheval. Lacure de Castillon était avant la Révolution à la collation de l'abbé de Bonnefont. A. Molinier.
BiBL.; Bulletin monumental, XLIX, pp. 290 et suiv. ; Congrès archéologique (année 1884), pp. 138-143.
CASTILLON-Massas. Com. du dép. du Gers, arr. d'Auch, cant. de Jegun ; 232 hab.
CâSTILLON-Savès (Gers) (V, Castillon).
CASTILLON-suR-DoRDOGNE (anciennement Châtillon). Ch.-l. de cant. du dép. de la Gironde, arr. de Libourne, à 41 kil. de Bordeaux, sur la route de Libourne à Bergerac, comprenant le village de Castillon et celui de Gapitourlan, à 3,140 m. au N,-E. de Castillon ; 2,954 hab. — Petit port sur la Dordogne ; commerce de vins et de laines; grande culture d'oignons. Fabriques de tonnellerie; filature de coton ; tanneries, corderies, clouteries.
Histoire. — La ville qui tire son nom de son ancien château, classé comme monument historique, ne serait rien sans ses faubourgs. L'enceinte murée ne renferme qu'un petit nombre de rues étroites et mal bâties ; c'est en dehors des remparts que la ville offre quelques maisons agréables. Elle a une petite promenade appelée l'Eperon et un assez beau quai sur la Dordogne, construit en 1736 par un seigneur de Castillon, auquel le roi donna en échange les murs et les fossés de la ville ; beau pont suspendu sur la Dordogne. — Avant la Révolution, Castillon dépendait du diocèse, parlement, intendance et élection de Bordeaux ; il y avait un couvent de carmes et plus anciennement un couvent de bénédictins, fondé en 1060 par un vicomte de Castillon. Le monastère et son église, qui subsistaient encore en 1543, sont détruits. L'église paroissiale est due aux libéralités du maréchal de Turenne qui légua, en 1675, 2,000 livres pour sa construction ; elle fut bâtie, en 1742, par le cardinal de Bouillon, ainsi que l'atteste une inscription placée dans le chœur. Turenne avait aussi fondé un hôpital pour les pauvres qui, pendant la Révolution, fut converti en maison de ville. C'est dans la plaine de Colles, à 1,500 m. de Castillon, que fut livrée, en 1453, la fameuse bataille de Castillon (V. ci-dessous). Castillon, assiégée par Mayenne, en 1586, ne se rendit qu'à la fin d'août après une vigoureuse résistance. Le vicomte de Turenne reprit la ville par escalade quelque temps après.
Bataille de Castillon, — Prise par les Français, en 1451, la ville de Castillon était retombée, en 1452, au pouvoir des Anglais et était de nouveau assiégée par l'armée de Charles VII, lorsque Talbot, cédant aux instances des habitants de Bordeaux, sortit de cette ville et vint attaquer les Français dans leurs retranchements, le 17 juil. 1453. Tombant à l'improviste sur les postes avancés de l'armée assiégeante, il les déloge tout d'abord d'une abbaye qu'ils occupaient et où il s'établit lui-même. Comme il y entendait la messe, on lui apporta la fausse nouvelle que les Français avaient quitté leur camp et étaient en pleine retraite ; l'aventureux vieillard, sans plus d'informations et malgré les conseils de ses compagnons d'armes, se lance sur les retranchements ennemis. Mais au lieu d'une armée en fuite, il trouve pour le recevoir l'artillerie^des frères Bureau. En vain fait-il mettre pied à terre à sa " gendarmerie, pour assaillir les palissades ennemies et lance-t-il contre les retranchements ses meilleures troupes bretonnes; atteint d'un coup de couleuvrine, il meurt avec lord Lisle, son fils, et trente autres seigneurs, la fleur de la chevalerie anglaise. Après un combat acharné, lord Molines, lieutenant de Talbot, est obligé de se rendre et les débris de l'armée anglaise se réfugient dans la forteresse de Castillon, laissant quatre mille morts sur le champ de bataille. Cette vie-
CASTILLON -CASTILLONNÈS
toire amena la capitulation de Castillon et de Bordeaux et la soumission du reste de la Guyenne. Léon Cadier.
Btbl. : F. JouANNET, statistique du département de la Gironde; Paris, 1837-1839, 2 vol. in-4, avec un Complet ment; 1847, in-8.
CASTILLON (Louis Perreau, sieur de Villiers en Normandie et de), diplomate français, né, selon Le Laboureur, avant août 1489, mort dans Tété de 1553. Il était, d'après Le Laboureur, fils de Jean Perreau, notaire, secrétaire et clerc des comptes du roi, et de Madeleine Laurens. En 1527, il fut chargé de plusieurs missions en Italie et en Anglelerre. Nommé gentilhomme ordinaire de la chambre du roi dans les premiers mois de 1529, il alla, la même année, en Italie, porter de l'argent et des ordres aux généraux et aux alliés de François l'^^\ L'année ^ suivante, il fut nommé valet de chambre de la reine Eléonore. En 1533, il remplaça comme ambassadeur à Londres le bailli de Troyes, Jean de Dinteville, et resta dans ce poste jusqu'en 1534. Après avoir reconduit l'ambassadeur impérial hors de France en 1536, lors de la rupture avec Charles-fjuint, et approvisionné, en 1537, les forteresses de Picardie, il succéda de nouveau à Dinteville comme ambassadeur en Angleterre le 10 oct. 1537. Le 6 févr. 1539, il eut pour successeur Charles de Marillae.Il ne paraît pas jusqu'à sa mort avoir rempli d'autres fonctions diplomatiques. Il avait épousé, avant 1543, Jacqueline de Roraersvalle, dont il eut au moins deux enfants. Louis Fârges.
BiBL. ; J. Kaulek, Louis Farges et G. Lefèvre-Pon- TALis, Corr. politique de MM. de Castillon et de Marillac: Paris, 1885, in-8.
C ASTI L LO N (Jean-François-Maur-Melchior Salvemini de), géomètre et littérateur, né à Castiglione (Toscane) en 1709, mort à Berlin le 11 oct. 1791. Reçu docteur à Pise, il passa en Suisse, oii il francisa son nom de Castiglione, et professa les mathématiques et la philosophie. Appelé en 1751 à Utrecht, il attira l'attention de Frédéric II qui le fit venir à Berlin pour enseigner les mathématiques à l'Ecole d'artillerie, et le nomma directeur de sa classe à l'académie de Berlin. Castillon fut un des rédacteurs du Journal de Berlin, de 1772 à 1776, Il n'a guère publié en volumes, en dehors d'un Discours sur Vorigine de Vinégalité parmi les hommes (1756) que des traductions en français, avec de bons commentaires en général : des Eléments de physique de Locke (Amsterdam, 1751) ; de V Avithynêlique universelle de ISeivton (Amsterdam, 1751) ; de la Vie d Apollonius de Tyane sur l'anglais de Blount (Berlin, 1776) ; des Vicissitudes de la littérature, sur l'italien de Denina (Berlin, 1786) ; des Lettres académiques de Cicéron (Paris, 1796). Son fils, Frédéric de Castillon, a de même traduit, de l'allemand, la Théorie de l'art des jardins, de Hirschfeld (Leipzig, 1779-1785), et publié des Eléments d'Euclide, T.
CASTILLON (G., vicomte de), diplomate français, né le 18 janv. 1811, mort le 30 nov. 1870. Nommé consul général et chargé d'affaires au Maroc en 1855, oii il succéda à M. Jagerschmidt ; il quitta ce poste en août 1861.
CASTILLON DE Saint-Victor (Alexis, vicomte de), compositeur, né en 1838, mort à Paris le 5 mars 1873. Artiste du plus grand mérite, il eût été une des gloires de l'école française, sans la mort prématurée qui l'emporta. A huit ans, son plus vif plaisir était d'aller toucher des grandes orgues à la cathédrale de Chartres. Reçu à Saint-Cyr, il donna bientôt sa démission pour se consacrer à la musique. Il commença fort tard ses études, sous la direction de Victor Massé. Mais le maître ne comprenait pas l'élève : un jour que Castillon soumettait à Victor Massé sa première œuvre, un quintette, où, à côté d'inexpériences, se trouvent des inspirations très remarquables, la critique de Massé fut particulièrement impitoyable. Castillon quitta son professeur pour aller travailler sous la direction de M. César Franck. En 1870, le jeune musicien demanda sa réintégration dans les cadres de l'ar-
mée, fit la campagne de la Loire, y déploya une énergie infatigable, malgré la faiblesse de sa santé. Il devait payer ce zèle de la vie, car il ne se releva pas des attentes que sa constitution reçut pendant cet Mver terrible. Il fut décoré pour sa brillante conduite à la bataille du Mans. La phtisie le minait rapidement. Au retour d'un voyage à Pau, il contracta, à Paris, une fluxion de poitrine qui l'enleva en cinq jours.
Le caractère d'Alexis de Castillon était vif et enjoué, son amabilité extrême. Son tempérament musical était essentiellement classique : enthousiaste de Bach et de Beethoven, il avait acquis une facture parfaite par la fréquentation assidue de leurs œuvres. Le sentiment est chez lui toujours vibrant et sincère, et, lorsqu'on reproche à de Castillon les formes un peu libres de sa musique de chambre, on semble oublier que Beethoven lui-même lui en avait donné l'exemple dans ses derniers quatuors, où il s'affranchit heureusement du moule traditionnel. Le concerto de piano de de Castillon, exécuté magistralement par M. Saint-Saëns au Cirque d^hiver (10 mars 1872), eut son finale outrageusement sifflé. « Jamais tumulte plus indescriptible ne s'était vu au Cirque depuis la première de l'ouverture des Maîtres chanteurs », dit un critique de l'époque. Le rapprochement est flatteur pour Castillon. Ce concerto a été exécuté de nouveau, avec succès, à la Société nationale (28 avr. 1888). Succès mérité, car l'œuvre, d'allure toute beethovénienne, est d'une superbe fierté d'accent. Castillon fut d'ailleurs, avec Bussine, C. Franck, G. Bizet, Saint-Saëns et H. Duparc, un des fondateurs de la Société nationale (1871), qui a rendu de réels services à l'art français. Les œuvres de Castillon ont paru chez Hartmann, Hamelle, Durand et Schœnewerk, mais plusieurs sont restées inédites. Voici la liste des œuvres gravées. Musique de chambre : quin^ tette, pour piano et cordes; 3^ trio (œuvre posthume), pour piano, violon et violoncelle ; cavatine extraite d'un quatuor inédit pour cordes ; sonate pour piano et violon. Musique de piano : cinq pièces dans le style ancien; fugues dans le style libre; deux suites^ formant dix morceaux; valses humoristiques. Musique de chant : six poésies d'Armand Silvestre, qui sont de vrais chefsd'œuvre d'expression mélodique. Musique avec orchestre : concerto pour piano. — Les œuvres inédites sont : cinq airs de danse pour orchestre (réduction au piano par Cb. Bordes); quatre esquisses symphoniques ; psaume pour soli, chœurs et orchestre; Torquato Tasso, poème sym phonique ; trois pièces dans le style ancien, pour orchestre ; Marche slave, pour orchestre ; deux symphonies; une messe (ces trois dernières compositions sont inachevées) ; un i^'^ trio; deux quatuors pour cordes. A. de Castillon avait également orchestré Vimpromptu en ut mineur (op. 90) de Schubert. M. Vincent d'Indy a réduit son concerto pour deux pianos, et, au moment où cet article est écrit (déc. 1888), Téditeur Hartmann va publier une série de morceaux de piano de Castillon, intitulée Douze pensées fugitives, A. Ernst.
CASTILLON NÉS. Ch.-l. de cant. du dép. de Lot-et- Garonne, arr.de Villeneuve-sur-Lot; 2,068 hab. —Bastide fondée en 1259, au milieu des forêts, sur un promontoire facile à fortifier, aux confins de l'Agenais et du Périgord. Elle devint une des grandes baylies de l'Agenais. Sa juridiction comprenait vingt-sept paroisses, dont quelques-unes furent le sujet de contestations entre les évêques d'Agen et de Périgueux. L'abbaye de Cadouin conserva des droits^ur ce territoire. Comme toutes les places fortes de l'Agenais, Castillonnès subit de nombreux assauts pendant la guerre de cent ans. Il fut pris et repris, au moins sept fois, de 1370 à 1451. Durant les guerres de religion du xvi« siècle, ses habitants restèrent fidèles à la cause royale et catholique. Les protestants s'emparèrent de cette ville en 1568 et en 1591. Sous Louis XIH, à l'époque où la plupart des places fortifiées de FAgenais étaient démantelées (1622), les remparts de Castillonnès
CASTILLONNÈS — CASTLEREAGH
furent au contraire restaurés et cette ville fut de nouveau disputée pendant la guerre de la Fronde. — Le plan régulier de la bastide a été à peine modifié, et l'on voit encore dans les ruelles les maisons anciennes séparées par les andrones. Il subsiste quelques portions des anciens remparts. Une maison (xviii« siècle), passe pour avoir été bâtie par Louis, le célèbre architecte du théâtre de Bordeaux. G. Tholin.
BiBL. : J.-J. -Oscar Bouyssy, Notice historique sur la ville de Castillonnès; Villeneuve-sur-Lot, 1875, in-8.
CASTILLY. Com. du dép. du Calvados, arr. de Bayeux, cant. d'Isigny ; 534 hab.
CASTIN. Com. du dép. du Gers, arr. et cant. d'Auch ; !227 hab.
CASTINE (Métallurgie) (V. Fonte).
CASTIN ETA. Com. du dép. de la Corse, arr. de Corte, cant. de Morosaglia ; il6 hab.
CASTINUS, général romain du temps d'Honorius; il fut envoyé en 422 en Espagne pour combattre les Vandales ; après la mort d'Honorius (423), il soutint, dit-on, l'usurpateur Jean et fut exilé après la chute de ce dernier (425).
CASTIRLA. Com. du dép, delà Corse, arr. de Corte, cant. d'Omessa; 285 hab.
CASTLEBAR. Ville d'Irlande, comté de Mayo. Elle fut attaquée par Humbert, le 27 août 1798. Les Anglais commandés par le lieutenant général Lake s'enfuirent si vite que la bataille fut appelée les courses de Castlebar. Les Français restèrent dans cette ville jusqu'au 4 sept. Fabriques de toiles ; 4,027 hab. L. Bougier.
BiBL. : E. GuiLLON, la France et l'Irlande pendant la Révolution ; paris, 1888, in-16.
CASTLECOWER. Bourg d'Irlande, comté de Kilkenny ; 1,695 hab. Souvent cité par les géologues pour ses minces bancs de houille noyés dans des graviers et des couches de marne schisteuse très riches en fossiles.
CASTLECONNEL. Village d'Irlande, dominé par les ruines d'un château-fort, à^ l'endroit où commencent les chutes du Shannon ; tourbières renommées, troncs d'arbres fossiles ; eaux minérales ; 555 hab.
CASTLEDOUGLAS. Petite ville d'Ecosse, comté de Kirckcudbright, au centre d'une région agricole très prospère, grâce à la marne qui abonde aux environs. Centre d'excursions dans la région des Glens. Doit son nom aux Douglas de Galston; 2,274 hab.
CASTLEFORD. Ville d'Angleterre, comté d'York(West- Riding), dominée par des ruines d'origine romaine; 6,268 hab.
CASTLE-LYONS (Y. Bruncker [Vicomte de]).
CASTLEMAINE. Ville d'Australie, colonie de Victoria. Cb.-l. du comté de Talbot,à 125 kil. de Melbourne. Stat. de ch. de fer. Cenlre des mines d'or de Sandhurst. Fonderie de fer et de machines.
CASTLEMAINE (Comte de) (V. Palmer).
CASTLEREAGH (Henri-Robert Stewart, marquis de LoNDONDERRY, vicomte), homme d'Etat anglais, né à Mount Stewart (Irlande) le 18 juin 1769, mort près de Londres le 12 août 1822. D'une ancienne famille irlandaise, il fit ses études à l'école d'Armagh et les acheva à Cambridge. En 1789 il entrait au Parlement irlandais comme représentant du comté de Down. Il sembla d'abord pencher vers l'opposition libérale ; mais il ne tarda pas à abandonner la politique purement irlandaise qui tournait à la violence, et cette conversion le rendit dès lors fort impopulaire dans son pays. Elu à la Chambre des communes en 1794 par le bourg de Tregony, réélu en 1796 par Orford, il démissionna en 1797, rentra au Parlement de Dublin et fut nommé garde du sceau privé pour l'Irlande. L'année suivante il devenait secrétaire du lord lieutenant et conseiller privé. Il montra une énergie cruelle dans la répression de la rébellion irlandaise qui lui semblait entachée d'une espèce particulière de jacobinisme. « Les prêtres conduisent les masses au combat, écrivait-
il ; avant de se mettre en marche, tous s'agenouillent, prient, après quoi ils se précipitent sur l'ennemi avec la résolution du désespoir; c'est une conjuration jacobine qui emploie des instruments cléricaux. » Castlereagh se distingua en effet par la haine dont il fit preuve à l'égard de la Révolution française, parmi tous les Anglais de marque qui affichèrent à cette époque de tels sentiments. Toutefois il crut de bonne politique d'accorder aux catholiques l'égalité des droits politiques et il fut un des principaux auteurs de l'union de l'Irlande avec l'Angleterre (28 mars 1800). Il alla dans cette voie jusqu'à s'attirer la colère du roi George qui s'écria : « Quelles sont donc les choses que ce jeune lord a rapportées d'Irlande et que vous voulez me jeter à la tête ? Il n'y a pas de pire jacobinisme, je dois considérer comme mon ennemi personnel quiconque appuie de telles mesures ! » Castlereagh siégea ' dans les deux premiers parlements impériaux (1801- 1802). Nommé conseiller privé de Grande-Bretagne et président du bureau du contrôle (1802), il devint ministre de la guerre et des colonies dans le cabinet Pitt (1805). Il démissionna à la mort de ce grand ministre qui le considérait comme son premier disciple et, à la formation du cabinet Portland, il redevint ministre de la guerre (avr. 1807). Il n'obtint aucun succès dans ce poste. On le considéra même comme responsable de l'échec désastreux de Pexpédition de Walcheren. Il eut à ce sujet une querelle retentissante avec son collègue Canning, à la suite de laquelle les deux ministres durent démissionner (21 sept. 1809) et se battirent en duel. Lord Castlereagh ne revint au pouvoir qu'en févr. 1812, date à laquelle il succéda au marquis de Wellesley, comme secrétaire d'Etat pour les affaires étrangères. Dans cet emploi, si difficile à tenir au moment décisif de la lutte de Napoléon contre la coalition européenne, Castlereagh fit preuve de qualités diplomatiques de premier ordre ; il réussit surtout merveilleusement à resserrer les liens qui unissaient les souverains coalisés et qui étaient sans cesse sur le point de rompre. Il se montra constamment opposé au maintien des conquêtes territoriales que la France avait faites depuis la Révolution et il obtint pour l'Angleterre une part importante de nos anciennes colonies.
C'est ainsi qu'il fit avorter le congrès de Prague (10 août 1813) et décida l'Autriche à se joindre à la coalition, qu'il s'opposa à la suspension des hostilités, après que Napoléon eut été rejeté au delà du Rhin (13 nov.). Il vint lui-même sur le continent en 1814 muni de pleins pouvoirs pour conclure toute espèce de traités et d'arrangements avec toute puissance. Il rejoignit à Râle (18 janv. 1814) les coalisés et les suivit en France. 11 prit une part prépondérante au congrès de Châtillon-sur-Seine (4 févr. 1814), au traité de Paris (30 mai), au congrès de Vienne (octobre), au congrès ' de Paris (1815) et à celui d'Aix-la-Chapelle (1818). Malgré ses succès diplomatiques il fut violemment attaqué en Angleterre. Son zèle tory lui fit exagérer la réaction contre les idées libérales : non seulement il entrava le progrès des réformes, mais il reprit sur ses adversaires une partie de celles qu'ils avaient réalisées. Il jeta ainsi le discrédit sur son parti et mit le comble à son impopularité par son attitude lors du célèbre procès de Georges IV contre Caroline de Brunswick, et par les rigueurs qu'il déploya contre les classes populaires. Deux fois assailli à coups de pierre dans les rues de Londres et irrité par des intrigues de cour et des tracasseries d'étiquette, Castlereagh fut frappé du délire de la persécution. On le vit quelque temps errer dans les plus tristes quartiers de Londres, avec des allures qui dénonçaient son trouble mental. Transporté dans sa maison de campagne de North Cray, à la veille de partir pour le congrès de Vérone, il se coupa la gorge avec un canif qu'il avait acheté au cours de ses promenades excentriques et dissimulé dans son portefeuille.
A la nouvelle de sa mort il y eut à Londres une explo-
CA8TLEREAGH — CASTOR
sion de joie féroce. Les colporteurs crièrent : Glorious news for England ; Castlereagh has eut his throat ! Et le jour de son enterrement à Westminster la populace insulta son cercueil. Lord Castlereagh avait hérité en 1821, à la mort de son père, du titre de marquis de Londonderry. On a publié : Correspondence, despatches and others papers of V, Castlereagh (Londres, 1848- 1853, 12 voL in-8), trad. en allemand par Frankenberg (Hambourg, 18^3-1854, 5 vol.). R. S.
BiBL. : Viel-Castel, Lord Casllereagh et la politique extérieure de V Angleterre^ dans Revue des Deux Mondes de 1854. — Desmousseaux de Givré, Lord Casllereagh, dans Revue contemporaine^ 1855, t. XIX. — ■ Alison, Lives oflord Castlereagh and sir Ch. Slewart ; Londres, 1861, 3 vol.
CASTLETON. ï. Ville d'Angleterre, comté de Derby, aux environs très pittoresques (région du Peak) ; elle est dominée par un château ruiné d'origine saxonne; caverne et roches très riches en fossiles. Mines de plomb. — IL Ville d'Angleterre (Lancashire), faubourg de Rochdales ; 31,314 hab.
CASTLETON. Ville des Etats-Unis, Etat de New-York, corn, de la banlieue de New-York, dans Staten-Island ; 9,500 hab. Nombreux hôtels et villas de New Brighton.
CASTOLOGI,CATlJSTUGL Peuplede la Gallia belyica, mentionné par Pline l'Ancien au voisinage des Atrebates et des Nervii et qu'on a placé à Catusiacum^ au moyen âge Cadussa in comitatu Laudunensi (dans le comté de Laon), aujourd'hui Chaourse, dans le dép. de l'Aisne, station mentionnée par V Itinéraire d'Antonin, sur la voie romaine de Reiras à Bavai (dép. du Nord). Leur nom ne figure pas sur la carte celtique de la commission de topographie. L. W.
BiBL. : Pline l'Anc. Hist. nat.,lY, xvii, 31. — Alphonse Wauters, Nouvelles Etudes sur la géographie de la Belgique ; Bruxelles, 1867, pp. 68-70.
GASTON (Le vicomte Alfred de), publiciste français, mort à Nice en 1882. Journaliste, poète et surtout prestidigitateur ; il a laissé un certain nombre d'ouvrages parmi lesquels nous citerons : les Tricheurs, scènes de jeux (Paris, 1863, in-12) ; les Marchands de miracles; Histoire de la superstition humaine (1864, in-12) ; Tartufe spirite, roman de moeurs contemporaines (1865, in-8) , les Vendeurs de bonne aventure (1865, in-12); Constantinople en i869; Histoire des hommes et des choses (1869, in-8); les Français sur le Rhin; la France devant l'opinion publique (1870, in-8).
CASTOR. I. Mythologie (V. Dioscures).
IL Astronomie. — Nom de la plus occidentale et boréale des deux belles étoiles de la constellation des Gémeaux. Cette étoile, qui semble de seconde grandeur, est double^ ou plutôt triple et c'est la plus belle composante, a^, de grandeur 2 J, qui porte ce nom, tandis qu'a^ de grandeur , 3,7 en est distante de 5^''68; la troisième composante, de 10® grandeur, en est éloignée de 73''''. Cette dernière n'est pas connue depuis fort longtemps, et l'on dit souvent que Castor est une étoile double : quand on la regarde dans une lunette, même en plein jour, on voit parfaitement (si le ciel est clair) ses deux principales composantes ; il faut des instruments assez puissants et un beau ciel pour voir la troisième. On l'a donc longtemps considérée comme une étoile double et l'on a cherché la durée de la révolution de a^ autour de a^, puisque dans les systèmes stellaires formés de deux étoiles, les mouvements de la petite étoile sont assimilables à ceux d'une planète autour du soleil, ou d'un satellite autour de la planète. Les éléments de cette orbite, calculés par différents astronomes, sont assez divergents : au siècle dernier, on évaluait à 330 ans la période de révolution; en 1847, Mœdler la trouvait de 520 ans; un peu plus récemment, Hind et Jacob avaient obtenu deux nombres assez voisins, 632 et 653 ans ; la dernière détermination, due à M. Thiele en 1872, lui assigne une durée bien plus considérable, 996 ans. Cette question a besoin d'être reprise, en tenant compte des perturbations apportées par le second satellite au mouvement du
premier. Castor est une étoile blanche ou légèrement azurée : elle appartient donc à la première classe des étoiles ou au premier type du P. Secchi. Son spectre est caractérisé par quatre fortes raies sombres situées, la première dans le rouge, la seconde dans le bleu près du vert, à peu près confondue avec la raie F, la troisième dans le violet au voisinage de H, enfin, la quatrième se trouve dans l'extrême violet. Ces quatre raies sont les plus brillantes de celles que Ton remarque dans le spectre de l'hydrogène. Cette étoile, moins belle aujourd'hui que Pollux, était donnée en 1603 par Bayer comme plus brillante : elle a donc diminué d'éclat, ou celui de Pollux aurait augmenté. Les coordonnées de la position moyenne de Castor ont pour valeur, d'après la Connaissance des Temps, pour 1889 : yR~7i^27'^31«04;D— + 32°7^52^''6. L. Barré.
111. Zoologie. — Genre de Mammifères de l'ordre des Rongeurs, devenu le type d'une famille (Castoridés) qui doit prendre place à la suite des Ecureuils et des Marmottes (Sciuridés) dont les Castors représentent le type aquatique. Les Castors ont la même forme de crâne et le même nombre de dents que les Sciuridés (quatre paires de molaires en haut et en bas), mais en diffèrent par leurs pattes postérieures qui sont largement palmées et par la forme de leur queue écaillease, élargie en forme de palette ovalaire. — Le genre Castor (Linné), est le seul survivant de cette famille à l'époque actuelle : il habite le nord des deux continents. Les caractères sont :
Castor,
quatre paires de molaires subégales aux deux mâchoires, présentant sur leur couronne des replis d'émail disposés de manière à se contrarier en haut et en bas. Le corps est trapu, bas sur jambes ; la tête courte et arrondie, les yeux petits, les oreilles courtes ; la queue, écailleuse sur ses deux faces, est elliptique, aplatie. Les pieds à cinq doigts, palmés aux pattes postérieures ; les ongles forts, celui du 4® orteil bifide. Deux paires de poches ovoïdes se voient près de l'anus : la première secrète un liquide huileux ; la seconde fournit la substance odorante nommée Castoréum (V. ce mot). Ces animaux sont aquatiques et habitent le bord des eaux douces. On a distingué le Castor d'Amérique (Castor americanus), du Castor d'Europe (C. fiber), mais ces deux animaux se ressemblent tellement sous tous les rapports que les naturaHstes modernes sont à peu près d'accord pour considérer ces deux prétendues espèces comme de simples variétés ou races locales d'une seule et même espèce, le Castor fiber de Linné. C'est un des plus grands Rongeurs vivants : le Cabiai (V. ce mot) seul le dépasse. Le Castor atteint 65 cent, de long, non compris la queue qui en a 30 (sur 10 de large) : il a donc bien près d'un mètre avec la queue. Son pelage est abondant, formé de deux sortes de poils, les uns de couleur marron, soyeux, plus longs, les autres bruns ou gris formant en dessous une sorte de
CASTOR
duvet moelleux et très chaud. Le Castor est célèbre par rinslinct qui le porte à vivre en société et à construire des terriers en forme de hutte qui constituent de véritables villages sur pilotis : à l'époque actuelle ce n'est plus guère que dans l'Amérique du Nord que Ton peut observer de semblables constructions.
Le Castor américain ou Castor du Canada s'étend du cercle arctique au nord du Mexique, et de la Floride à l'Alaska. Il est rare à Terre-Neuve. C'est dans les environs du lac de l'Esclave, du lac Supérieur, du lac Huron, au Nouveau Brunswick et à la Nouvelle-Ecosse qu'il est encore assez nombreux pour déployer son industrie en toute liberté. Voici comment il opère : une ou plusieurs centaines de Castors se réunissent au bord d'un lac ou du confluent d'une rivière, dans l'endroit qui leur
Dents molaires de Castor du Rhône.
semble le plus favorable à leur installation. C'est là qu'ils construisent leurs habitations. Pour cela, ils commencent par couper de jeunes arbres, à l'aide de leurs fortes incisives, en amont du point où ils veulent bâtir. Pendant qu'ils rongent Parbre circulairement à un pied environ au-dessus du sol, ils écartent les débris du bois avec leurs pattes, et calculent savamment ce travail de manière que l'arbre tombe toujours du côté de l'eau ; puis ils le dépouillent grossièrement de ses branches et le font flotter en nageant jusqu'au point voulu. Cette espèce de pieux est alors redressé et enfoncé dans la vase pour servir de pilotis à l'habitation. Des pierres, des fragments de bois et des branches, de la terre pétrie, servent de matériaux pour construire les murs de l'habitation qui est en forme de cloche ou de dôme, sans ouverture visible. Le plancher seul est muni d'un trou à fleur d'eau qui sert à l'animal pour entrer et sortir, toujours en plongeant. L'intérieur est simple ou à compartiments, mais jamais à plusieurs étages : la dimension de chaque hutte est assez variable, ordinairement de 2 m. au moins de diamètre sur 1 m . au-dessus de la surface de l'eau. Lorsque la colonie n'est pas inquiétée, le nombre de ces huttes s'accroît chaque année et devient quelquefois considérable. L'installation est complétée, sur les cours d'eau dont le courant est rapide, par la construction d'une digue, située en amont du village, bâtie à l'aide de matériaux semblables à ceux des huttes,et qui s'étend souvent sur une largeur de 30 à 40 m. Une famille composée de quatre vieux et six à huit jeunes occupe chaque habitation, au moins pendant l'hiver, car pendant l'été les mâles vivent isolés, couchant sur la rive ou dans des terriers plus petits. La femelle porte quatre mois et met bas dans la hutte : chaque portée est de deux à cinq, rarement six petits.
Les mœurs du Castor d'Europe (C, fiber) sont absolument semblables à celles du Castor d'Amérique, mais chassé de toute part par les progrès de la civilisation , il a renoncé presque partout à construire des habitations et des digues que son petit nombre ne permet pas d'entreprendre et qui trahiraient sa présence. Cependant,
d'après Meyrinck, il existait encore, en 1827, près de Barby (petite ville de Magdebourg), non loin du confluent de la Nuthe et de PElbe, dans un endroit appelé Mare aux Castors (Biberlache) une colonie de ces animaux avec des huttes en tout semblables à celles des Castors américains. — Actuellement, surtout dans le S.-E. de la France où l'espèce vit encore, ces animaux restent isolés, ne se réunissant par couple qu'à l'époque de la reproduction. Ils creusent alors un simple terrier en forme de galerie souvent très longue (jusqu'à cent pieds de long). On prend encore de ces animaux, de temps en temps, sur les bords du Rhône, notamment dans la Camargue et près d'Avignon, surtout lorsque les inondations les chassent de leur retraite. Ils ne remontent guère au delà de Valence (Drôme). On en a pris près d'Arles, Beaucaire, Tarascon, Avignon (1846). Autrefois ils étaient plus communs et leur chair était mangée comme viande maigre au siècle dernier : on en faisait des saucissons et la queue était le morceau le plus estimé. Les dégâts des Castors ne peuvent plus être bien considérables si Ton considère leur rareté actuelle : on reconnaît leur présence aux jeunes arbres abattus, et dont l'extrémité inférieure est taillée en bec de flûte, qu'ils attaquent non plus pour se faire des pilotis mais pour manger leur écorce dont ils les dépouillent entièrement pour l'emporter dans leur terrier. Le saule et le peuplier sont les arbres qu'ils prêtèrent. En été, ils se nourissent déjeunes pousses de toutes sortes et de racines de Tormentille (Potentilla tormentilla) qu'ils déterrent à l'automne. Récemment on a accusé les Castors d'endommager les digues de la Camargue, de sorte qu'on leur fait plus que jamais une guerre d'extermination.
En 1874, un Anglais, M. de Bute, fit placer une douzaine de Castors dans un enclos de quatre acres lui appartenant, en Ecosse, afin d'étudier les mœurs de ces animaux. Les Castors se reproduisirent, travaillèrent activement à élever une digue sur la rivière qui traversait leur enclos et construisirent une habitation de 3 m. de large sur 1 m. de hauteur ; sept huttes plus petites se groupèrent autour de celle-ci à mesure que la colonie s'accrut par la naissance des petits. La digue n'a pas moins de 70 pieds de long sur 8 de profondeur et 15 à 20 pieds de largeur. — Le Castor a vécu librement autrefois dans les îles Britanniques. L'espèce s'étend jusqu'en Sibérie, mais ne paraît pas dépasser à PE. l'Aldan, affluent de la Lena, et au S. la grande Tartarie, au N. elle s'étend jusqu'au cercle arctique : dans le pays des Samoyèdes le froid, c.-à-d. la glace, les empêche de construire des pilotis et les force à vivre dans des terriers.
IV. Paléontologie. — Les Castors étaient nombreux aux époques tertiaire et quaternaire : outre le g. Castor proprement dit, on distingue quatre genres fossiles appartenant à la même famille. Une douzaine d'espèces ont été décrites ; plusieurs sont plus petites que les Castors actuels, les autres d'une taille analogue ou supérieure. Tels sont Trogontheriiim Cuvieri (Fischer), ou Diabrotieus Schmerlingii (Pomel), du pliocène et du diluvium de France, d'Europe et d'Angleterre, Trogontherium Werneri (Fischer), du pliocène de Russie sud, Tr. subhimalayanus du miocène des monts Siwaliks dans ITnde, Steneo fiber Jœgeri (Kaup) du miocène d'Allemagne, ou St, subpyrenaïçus, du sud de la France, Sieneofiber Eseri ou viciasensis^ SI, sausaniensis ou minutus du miocène de France ; deux autres espèces fS. nebrasoensis et pansus) du miocène de l'Amérique du Nord, Chalicomys sigmodus du pliocène de la France méridionale, enfin Palœomys castor oïdes (Kaup), du miocène d'Allemagne. Le Castor fiber encore vivant a laissé ses ossements dans les cavernes et le diluvium quarternaire de France, d'Europe et d'Angleterre [Castor spelceus Munster), et dans les couches contemporaines de l'Amérique du Nord. Eûcastor tortus (Leidy), dePAmérique du Nord, doit rentrer dans le g. Castor proprement dit. E. Trouessart.
CASTOR — CÂSTOREUM
V. Châsse. — On chasse le castor uniquement pour s'emparer de sa peau, très estimée soit comme fourrure, soit pour la fabrication des chapeaux de feutre, et pour le castoréum (V. ce mot), et non pour sa chair d'une saveur peu agréable. Ceiîe chasse se fait en toute saison, mais il est prétérable de s'y livrer pendant l'hiver, avant la mue, les peaux ainsi recueillies étant considérées comme très précieuses parce qu'elles sont alors garnies de poils longs, soyeux et très fournis, tandis que celles provenant de castors pris pendant l'été ont perdu une grande partie de leurs.poils. — On tue ces animaux à V affût, on les prend au piège, à la tranche, ou on les détruit en masse en mettant à sec l'étang oU sont construites leurs habitations.
La chasse à l'affût commence après le coucher du soleil- Le castor cherche alors à gagner la terre, mais en s'entourant de toutes sortes de précautions. Il se tient d'abord à proximité du rivage, nageant entre deux eaux et laissant échapper une sorte de petit cri plaintif ; si rien ne lui paraît suspect il aborde, mais à la moindre apparence de danger il plonge, et c'est en vain que le chasseur l'attendra toute la nuit. — Les pièges employés généralement pour s'emparer de ces animaux sont semblables au quatre- de- chiffre (V. ce mot) avec une branche tendre de saule ou de peuplier comme appât. — Pour prendre les castors à la tranche, on creuse dans la glace de leur étang des trous où ils viennent respirer et se faire tuer par le chasseur. — Au Canada, la chasse au castor était autrefois très productive, mais le véritable massacre qui a été fait de ces animaux a eu pour résultat d'en diminuer considérablement le nombre.
VL Industrie. — 1*^ Fourrure de castor (V. Fourrure).
2° Nom donné à un drap très fort exécuté en laine par une armure de serge de 3 et employé pour vêtements d'hommes.
VII. Minéralogie. — Le castor est ainsi nommé parce qu'on le trouve toujours accompagné d'un autre minéral, le pollux. Il est identique au pétalite (V. ce mot), silicate d'alumine et de lithine. Il est monoclinique, formant rarement des cristaux distincts. Il se présente d'ordinaire en petites masses incolores et transparentes dans les pegmatites de l'Ile d'Elbe.
VIII. Art héraldique. — Animal amphibie représenté d'ordinaire rampant. Il est considéré comme un symbole de paix, d'adresse et de persévérance et ne figure guère que sur les armoiries bourgeoises.
BiBL. : Zoologie. — E. Trouessart, Catalogue des Rongeurs vivarrts et Fossiles (Bulletin de la société d'Etudes Scientifiques d'Angers (1880), p. 42, avec une bibliographie très complète. — Anonyme, les Castors en Europe {Revue Scientifique, t. XLIII, 1889. p. 147), résumé des travaux suivants. — A. Pighot, même sujet {Revue Britannique, mai 1888). — A. Porte, môme sujet {Revue des Sciences naiurel^es appligfuées, janvier 1889).
CASTOR (Antonius), le plus grand botaniste de l'époque de Pline, qui fut son élève. Pline vante ses connaissances et la richesse en plantes de son jardin, et a mis à profit ses écrits qui sont perdus. Cet auteur est probablement identique avec le rhizotome Antonius, cité par Galien.
CASTOR (Saint), évêque d'Apt, né à Nîmes au iv® siècle, mort à Apt en sept. 429. Marié à une riche Arlésienne, il la quitta pour embrasser l'état monastique, fonda un monastère aux environs d'Apt, probablement à Menerbes où l'on montre « la grotte de saint Castor ». Evêque d'Apt à la mort de saint Quentin, il assista au concile de Valence en 41 9. Les églises de Nîmes et d'Apt se mirent sous son patronage. Sa vie, écrite en langue vulgaire et conservée dans les archives du chapitre, fut traduite en latin par Raymond Bot, l'un de ses successeurs à l'évêché d'Apt.
BiBL. : BozE, Histoire de l'église d'Apt; Apt, 1820, in-8.
CASTOR (Antoine), entrepreneur de travaux publics, né à Treis, près Goblentz, le 7 juil. 4811, mort à Nice en fév. 1874. 11 est connu par les perfectionnements qu'il a
apportés aux dragues et aux machines élévatoires pour la manutention des déblais. Il a participé aux fondations du pont de Kehl à l'air comprimé, a été chargé de celles du pont d'Arles, etc. On a de lui un Recueil d'appareils à vapeur^ publié en 1860. Castor a en outre publié : Recueil de machines à draguer et appareils élévatoires (Paris, 1856, in-foL); Recueil d'appareils à vapeur employés aux travaux de navigation et de chemins de fer (Paris, 1860-1867, 2 vol. in-t'ol., atlas et texte, in-8). CASTORANO (Carlo-Orazio da) , mineur observantin, missionnaire de la Propagande en Chine où il arriva en 1700 et où il résida trente-trois ans, vicaire général du diocèse de Pékin, puis délégué apostolique en Tartarie et en Corée ; mort en Italie. Ce missionnaire est surtout connu par une grammaire restée manuscrite ( Grammatica seumanuductio ad linguam sinieam), qui jouit d'une grande réputation jusqu'à ce qu'Abel Rémusat (MéL Asiatiques, II, pp. 114 et 115) ait montré que cet ouvrage avait été, comme celui de Fourmont, inspiré par la grammaire de Varo. Henri Cordier.
BiBL. : Brevissima notizia, o relazione di va.rii viaggi, nelV imperio délia Cina R. P. Fra C. H. da Castorano ; Livourne, 1759. — Da Civezza, Bibl. Sanfrancescana ; Prato, 1879. ~ Cordier, BibL Sinica,
CASTORÉUM. Pharmacie et Thérapeutique. — Le nom de castoréum s'applique en pharmacie à la matière résineuse brunâtre, odorante, que renferment les glandes annexes de l'appareil urogénital du castor mâle. Ces glandes, au nombre de deux, débouchent dans le fourreau préputial de l'animal, assez loin, par conséquent, de deux autres glandes qu'il faut se garder de confondre avec elles et qui s'ouvrent directement dans le cloaque, les glandes anales. Les glandes à castoréum ont le volume et la forme d'une grosse figue (10 cent, de long) à l'état de plénitude*; complètement cachées dans la cavité abdominale, elles sont parcourues intérieurement par plusieurs replis flottants et renferment en plus ou moins grande abondance un liquide huileux très fortement odorant, sécrété par l'animal en beaucoup plus grande quantité à l'époque du rut; celui-ci paraît jouer alors le rôle d'indicateur. C'est ce liquide, qui, concrète par le refroidissement, donne la matière solide appelée castoréum. Quant aux glandes anales, souvent extirpées par les chasseurs en même temps (|ue les glandes à castoréum, elles ne donnent qu'un liquide infect. La femelle porte d'ailleurs les mêmes organes, mais infiniment moins développés, en tous cas non exploités par l'industrie. Ce produit est très apprécié encore aujourd'hui et entre pour une bonne part, en dehors de la recherche de la fourrure de l'animal, dans l'activité regrettable que mettent les chasseurs à faire disparaître l'espèce ; citons simplement, à titre historique, la fable ridicule d'après laquelle le castor, se débarrasserait lui-même de ses précieuses glandes pour désintéresser le chasseur acharné à sa poursuite. Le castoréum employé aujourd'hui en pharmacie provient de deux sources, le Canada et la Sibérie. Le castoréum du Canada est le plus recherché en France; ses deux variétés : castoréum du Canada, castoréum de la baie d'Hudson, sont également estimées : les deux poches brunes, ridées longitudinalement, ayant la dureté du cuir, se présentent soit séparées, soit confondues en une masse allongée et aplatie ayant la forme d'une figue; à l'intérieur, sur une coupe, le castoréum forme un bloc rougeâtre, marbré de veines blanches sinueuses correspondant aux replis de la paroi de la poche ; cette substance s'écrase sous la dent, possède une saveur âpre et dégage une odeur forte, toute spéciale, très désagréable lorsqu'elle est respirée en masse. Le castoréum de Russie ou de Sibérie se compose de deux masses séparées ou accolées, mais plus courtes, plus renflées à la base et nettement mamelonnées à leur surface; la masse interne est jaunâtre : l'odeur est différente et rappelle celle du cuir de Russie» autrement dit du bouleau, dont l'huile sert à parfumer