CANONIQUE - CANONISATION
adressés aux évêques, qui semblent s'être promptement réservé le droit de les contrôler et de les sanctionner. Vers le milieu du troisième siècle, Cyprien écrivait à son clergé : Dies eorum, quibus excedunt, nuntiate ut commemorationes eorum inter memorias martyrum
celebrare possimus. Quamquam Tertullus scripse-
rit et scribat et significet mihidies, quibus in carcere beati fraires nostri ad immortalitatem gloriosœ mortis exiiu transeunt, et celebrentur hic a nobis oblationes et sacri/îcia ob commemorationes eorum (Epist. 36). On appela dies natalis le jour où les martyrs et même les autres saints, en mourant, passaient de la vie terrestre à la vie éternelle, et l'anniversaire où leur souvenir était particulièrement célébré. — Après les martyrs, vinrent les confesseurs de la foi, les ascètes, les thaumaturges, les missionnaires, les pères, les dignitaires et les bienfaiteurs des églises et des monastères. On les inscrivit pareillement sur la liste liturgique et plus tard sur le calendrier en usage dans chaque diocèse : inscription prescrite ou autorisée par Tévêque. En principe, la valeur de cette canonisation était limitée à la circonscription ecclésiastique où elle avait été ordonnée. Mais les saints dont la renommée s'étendait au delà des lieux où ils avaient été primitivement canonisés, se trouvèrent adoptés en d'autres lieux, à raison et en proportion de l'étendue de cette renommée. De là, sur les anciens Calendriers ecclésiastiques (V. ce mot), à côté des saints locaux, un certain nombre de saints communs à lat otalité ou à une grande partie de l'Eglise. A Rome principalement, on s'attacha de bonne heure à vénérer tous les martyrs et à en inscrire les noms, avec des mentions sommaires, sur un même répertoire. Vers la fin du vi« siècle, Grégoire le Grand écrivait : Nos autem pœne^ omnium martyrum, distinctis per singulos dies passionibus, collecta in uno codice hnbemus,atque quotidianis diebus in eorum venerationeMissarum soleîinia agimus (Epist.,Mll, 29). L'inscription sur ce martyrologe constituait une sorte de canonisation générale.
Diverses causes, qui seront indiquées aux mots Relique et Salnt, concoururent à multiplier les canonisations et en produisirent de fort étranges. On avait essayé d'en réglementer la procédure, en la soumettant à l'enquête de trois évêques et au jugement soit du métropolitain, soit d'un concile, et même, dans certains cas, au consentement de l'empereur ou du roi ; mais ces remèdes étaient restés inappliqués ou inefficaces. Les abus persistèrent, s'aggravèrent et finirent par scandaliser même les plus crédules. La papauté en profita pour s'attribuer le droit exclusif de canonisation. D'ailleurs les canonisations édictées à Rome devaient exercer un prestige plus grand que les autres. La première qui fut faite par un pape, en forme de décret, serait celle de Suibert, évêque de Verden, prononcée par Léon III (804), à la requête de Charlemagne, ou bien en 993, celle d'Aldaric, évêque d'Auesbourg, par diplôme de Jean XV. La question de priorité entre les deux dépend de la valeur d'un document dont l'authenticité est fort contestée. La dernière, faite par un métropolitain, qui soit considérée comme valable par les auteurs catholiques, est celle de Gauthier ou Gaucher, abbé de Pontoise, par l'archevêque de Rouen (1153). En 1170, arguant de ce que par suite d'une déception produite par la fraude du diable, on vénérait comme saint un ivrogne tué en état d'ivresse, Alexandre III défendit de lui rendre aucun culte, sans autorisation de Rome quand même des miracles seraient faits par son moyen *: Cum, etiam si per eum miracula fièrent, non licerel vobis ipsum pro sancto absque auctoritate Romance ecclesiœ venerari (Décrétâtes de Grégoire, IX, liv. III tit. 45, De reliquiis et veneràtione sanctorum, chap.' Audivimus), Cette disposition, arrêtée pour un cas particulier, fut transformée en règle générale par une rubrique du recueil officiel- où elle fut insérée : Sine papce licentia non licet aliquem venerari pro sancto. Cependant cette ordonnance ne prévalut point sans résistance. On cite la