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CATAPULTE — CATARACTE

phalange. Dans la tour de guerre (hélépole) construite par Démétrius au siège de Salamine et qui avait neut étages, de grandes catapultes étaient disposées à l'étage moyen et d'autres plus petites à l'étage supérieur. Philippe de Macédoine avait dans son arsenal 150 catapultes. Scipion trouva, dans Carthage-la-Neuve, 120 grandes et 281 petites catapultes. Les Romains, devant Jérusalem, en avaient 300. Comme toutes les machines de jet de l'antiquité, la catapulte reposait sur le principe de l'élasticité

Catapulte (Croquis de Folard).

de torsion des cordes. Un bras de levier était engagé par une de ses extrémités dans un écheveau de cordes tordues. Il portait à son autre extrémité un cuilleron où l'on plaçait le projectile. Au moyen de treuils, on bandait le levier, pour le lâcher ensuite brusquement. Au moment oti il venait frapper un bâti en charpente soigneusement rembourré à l'endroit où se produisait le choc, le projectile, lancé en bombe, s'échappait du cuilleron. La catapulte pouvait ainsi lancer des projectiles de 300 kilogr. à une distance de 600 m. D'autres catapultes étaient disposées pour imprimer à leur projectile une direction horizontale et rasante. Elles étaient appelées ewthytones par les Grecs, tandis que celles dont la trajectoire était courbe, portaient le nom à'antitones. On a trouvé en fouillant le sol de la Grèce des lingots de plomb, pointus à leurs deux extrémités, que l'on croit être des projectiles de catapulte, et qui portaient parfois cette inscription AEEAI (reçois).

Les catapultes, comme les balistes (V. ce moi) avec lesquelles on les confond assez souvent, étaient portées sur des chariots attelés, afin de pouvoir être facilement conduites d'un point à un autre du champ de bataille. La catapulte, décrite par Vitruve, apparaît six fois sur la colonne Trajane. Le trait énorme et pesant fait pour être lancé par cette machine était appelé par les Romains pilum catapultarium. Le moyen âge conserva l'usage des catapultes et l'artillerie à poudre était depuis longtemps en usage qu'on se servait encore de ces anciennes machines. On les vit fonctionner au siège de Rhodes en 1480. Gengis- Khan et Timour en employaient, dit-on, de si puissantes qu'elles lançaient des meules de moulin. Sous le second Empire, des catapultes de plusieurs modèles furent reconstruites pour la collection d'armes de Napoléon III.

BiBL. : (V. Baliste).

CATARA-Lettieri (Antonio), publiciste et philosophe italien, né à Messine le 27 août 1809. Mêlé au mouvement libéral, il fut exilé en 1838, sous prétexte que son enseignement corrompait la jeunesse. On l'avait nommé, dix ans auparavant, professeur de droit naturel et de morale à l'Athénée de Messine. Il a laissé : Opuscoli filosofici (1836) ; Elogio alla liber ta (1848) ; Opuscoli inediti (1854); Scritti varil d'Etica e Diritto naturale (1856); Introduzione alla filoso fia morale e al Diritto razionale (1862; 2® édit., 1872) ; un assez grand nombre de discours et dissertations sur des sujets de philosophie, de morale, d'éducation, dont les titres sont donnés dans la bibliographie de Narbone. Cet auteur a joué un rôle relativement important dans le mouvement philosophique de ce siècle, en Sicile, déjà fort intéressant par lui-même et dont on s'est beaucoup occupé, même à l'étranger. R. G.

BiBL. : Narbo^e^ Bibliogr a fi a Sicola; Païenne, 1851, 4 vol. in-8. — Collezione dei giudizi siil merito dei lavori

filosofici di A. Catara-Letiieri ; Messine, 1846, în-8. — La même, ColV aggiunta di altri Giudizi ; Palerme, 1854, in-8, 2« édit. — Serafino de Angelis, Rassegna degli scritti di Catara-Lettieri (dans VEco Peloritano, journal de Messine, ÎSo6, n» 5). — Vinc. di Giovanni, Sidlo Stato attuale e su'bisogni degli studi filosofici in Sicilia ; Païenne, 1854, ni-8. — Le même, Storia delta filosofia in Sicilia da tempi aniichi al secolo XIX; Palerme, 1875, 2 vol. in-12.

CATARACTE. I. Archéologie militaire. — Appareil servant à la défense des portes des villes fortifiées. Son nom est d'origine grecque, car cet engin était connu de l'antiquité. C'était une sorte de vanne ou de grille formée de lourds barreaux ou de pieux ferrés et suspendue au-dessus de l'entrée d'un ouvrage. Au moment propice on la laissait tomber verticalement. Elle glissait entre deux coulisses et venait obstruer l'entrée en écrasant tout ce qui pouvait se trouver au-dessous d'elle. Les harpes et les herses qui succédèrent aux anciennes cataractes peuvent donner une idée de ce qu*étaient celles-ci.

IL Géographie (V. Cascade).

III. Mécanique. — Dans le cas des machines à vapeur à simple effet, il arrive souvent qu'elles ne marchent pas d'une manière continue, en ce sens qu'après une excursion double du piston, quelquefois même après chaque excursion simple il se produit dans la machine un temps d'arrêt complet, plus ou moins long. Ce n'est donc pas aux derniers moments d'une excursion dans un sens, et par le fait du mouvement que possèdent encore dans ce sens les diverses pièces de la machine, que se prépare la distribution pour l'excursion en sens contraire. L'excursion s'achève : la machine tout entière est amenée au repos ; puis, quelques instants après, la distribution se

Fig. 1.

modifie. C'est donc à un système spécial, en dehors de la machine même, qu'est emprunté le mouvement que comporte cette modification. On peut assimiler ce système spécial au régulateur à piston flottant, appliqué anciennement aux machines soufflantes dans lesquelles il n'existait point de volant. A la rigueur, ce système n'est pas indispensable, et l'on pourrait très bien concevoir une machine à simple effet, marchant d'une manière continue comme une machine à double effet sans volant, et celle-ci pourrait, réciproquement, recevoir une marche intermittente ; mais la discontinuité est fort utile dans les cas où

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on remploie. On l'applique, en effet, particulièrement à d^e grandes machines utilisées à Texhaure des mines, aux grandes pompes d'extraction du type dit de Cornouantes. Ces machines mettent, en général, en mouvement des masses énormes ; elles ne comportent que de faibles vitesses, et elles ont à faire un travail qui varie beaucoup d'une saison à l'autre. Le temps d'arrêt complet, entre deux coups de piston, y est utile pour éteindre les vibrations de ces grandes masses et ne pas les laisser, pour ainsi dire, s'accumuler dans l'appareil et absorber l'énorme force vive qu'elles retiendraient en faisant succéder trop vite un coup de piston à un autre. Il convient même de ménager entre les coups de piston successifs un temps d'arrêt plus ou moins prolongé pour que la machine, dont le travail varie beaucoup, comme nous l'avons dit, suivant les saisons, ne marche jamais à vide. La cataracte permet d'opérer ce réglage en quelque sorte d'une manière indépendante de la machine elle-même. Cet appîireil régulateur se compose (fig. 1) d'une petite pompe dont le tuyau d'aspiration plonge dans une bûche pleine d'eau. Cette pompe est munie d'un piston plein que l'on charge à l'aide d'un contrepoids, et qui est en relation avec une tringle verticale munie de tasseaux. Un autre tasseau fixé sur la poutrelle de distribution agit, à un moment donné, sur la queue d'un levier qui relève ce piston, et l'on remplit ainsi d'eau le petit corps de pompe. Le piston abandonné à l'action de son contrepoids, redescend avec une vitesse que l'on règle, soit en forçant la soupape d'aspiration à rester légèrement ouverte, soit en laissant cette soupape se refermer entièrement, mais alors en employant un robinet qui étrangle, autant qu'on le veut, un tuyau par lequel l'eau est refoulée. Ce mouvement très lent de descente du piston produit l'élévation, très lente également, de la tringle, dont les tasseaux viennent agir, dans l'ordre voulu, sur les encliquetages retenant les contrepoids des diverses soupapes, lesquelles, dès le moment que leurs contrepoids sont dégagés, ouvrent en grand ou referment entièrement les orifices qui leur correspondent.

M. Kley a établi, pour les mines de Bleialf (Prusse), un type de machines très remarquable : c'est un moteur à double effet, à volant et cataracte. Expliquons comment ces caractères, en apparence si opposés, ont pu être conciliés dans un même appareil et quels avantages on attend de leur association. La vapeur agit également sur les deux courses de piston ; c'est une cataracte à huile qui est chargée d'ouvrir l'admission pour la course descendante du piston destinée à enlever la maîtresse tige. La course ascendante lui succède sans interruption. Pendant cette révolution de l'arbre, la machine opère elle-même les autres fonctions de la distribution, à savoir : la détente très prolongée en vue de l'économie, l'échappement, la compression et même l'admission de la course ascendante qui succède au mouvement descendant. Le volant commence par emmagasiner l'excès de force vive, développé au début de chacune de ces deux courses simples par l'attaque de la pleine pression. 11 restitue cette puissance en fin de course, de manière à atténuer la trop grande irrégularité que produiraient, sans cela, cette longue détente et la forte compression. Seulement, ce volant est paresseux, et calculé rigoureusement de manière à ne pas dépasser une révolution. La machine s'arrête ainsi après avoir fourni son coup double, tout comme dans le simple effet ; et elle restera en repos jusqu'à ce que la cataracte, que le mouvement de l'appareil a rencontré pendant ce temps, déclanche de nouveau l'admission au bout d'un temps arbitraire, pour fournir un nouveau coup double. On trouve à cette combinaison l'avantage d'établir une liaison cinématique, qui détermine rigoureusement la course du piston. Dans les machines à simple effet, cette excursion est arbitraire et ne se limite que par le jeu relatif de la puissance et de la résistance. Tout au plus dispose-t-on un tampon de choc

pour obvier aux inégalités imprévues et achever d'arrêter le piston, s'il arrive que la vitesse ne décroisse pas assez vite. Mais il est clair que ce tampon peut être brisé et le fond emporté par le piston, lorsque celui-ci se trouve lancé trop violemment. C'est justement ce qui arriverait pour une tige brisée, une pompe désamorcée, une fuite qui se déclarerait subitement. La résistance normale se trouverait alors supprimée, la machine s'emporterait sous l'influence de la puissance, privée de son antagonisme habituel. Avec la disposition actuelle, au contraire, le piston ne peut dépasser un maximum de course, déterminé géométriquement par l'instant où la bielle se trouve dans l'alignement de la manivelle. Cette dernière stoppe, toujours un peu en avant ou en arrière de ce point mort, afin que la machine reste prête à entrer en mouvement par la nouvelle admission. Si la manivelle s'arrête avant le point mort, elle retournera en arrière, et le volant prendra un mouvement pendulaire intermittent, dont les oscillations seront très voisines de 360®. Si l'arrêt a lieu un peu en arrière du point mort, ce que l'on peut régler à volonté, l'arbre possède un mouvement intermittent mais progressif. En cas de rupture de tiges, si la machine n'est pas détruite du premier coup, elle s'arrêtera docilement d'elle-même après avoir simplement achevé le coup double commencé. A cet avantage capital de concilier a insi la sûreté due au mécanisme de rotation, avec les facilités, précieuses pour l'épuisement des mines, que procure le jeu intermittent produit par la cataracte, il convient d'ajouter l'emploi de la longue détente que permet le volant. Ajoutons encore que les deux sortes de distribution sont indépendantes : avec la cataracte, on peut abaisser la rapidité de la marche jusqu'à moins d'un coup double par minute ; en la supprimant, on arrive à porter l'allure au degré maximum que comportent les machines à rotation. L. Knab.

IV. Ophtalmologie. — On entend par le mot cataracte l'opacifîcation complète ou incomplète du cristallin (Anat. palh,). Le cristallin, en dehors de la capsule qui l'enveloppe, se compose de deux ordres d'éléments, les fibres à noyaux^ qui sont superficielles, et les fibres dentelées qui constituent la presque totalité de l'organe. Ces dernières, comme l'indique leur nom, présentent des dentelures qui s'engrènent réciproquement sur leurs bords, tandis qu'elles ne sont que juxtaposées par leurs surfaces ; il résulte de cette disposition que la lentille cristallinienne se décompose facilement en lamelles, sous l'action d'agents chimiques. — Un effet analogue se produit, lorsque survient une cataracte. Ces lamelles se séparent, et la petite quantité de liquide contenu normalement dans l'intérieur de la capsule ou celle qui arrive du dehors par voie endosmo-exosmotique comble aussitôt l'espèce de fissure provenant de leur dislocation. C'est peut-être là le premier phénomène encore inaperçu de l'opacité qui ne se montre réellement que lorsque la dissociation est opérée en quelques points. — Dès qu'elles sont constituées, les opacités apparaissent, assez régulièrement groupées vers les régions de l'équateur du cristallin, et affectent, conformément à la disposition anatomique de ses fibres, une forme étoilée, rayonnante, qui leur a fait donner le nom de stries, La fibre ellemême devient granuleuse. De fines, isolées et superficielles qu'elles étaient, ces granulations moléculaires progressent rapidement en volume et en quantité, et le contenu de la fibre, qui semblait homogène au début, ne tarde pas à subir des altérations de densité et de forme. — Les stries se rapprochent, s'allongent, gagnent les pôles du cristallin, et bientôt toute la masse lenticulaire est transformée en un amas de débris de fibres, de matières grasses, de corpuscules calcaires, parfois de quelques cristaux de cholestérine, et enfin d'une substance particulière, la myéline, qui s'épanche en gouttelettes, au moment où la paroi altérée vient à se rompre.

On comprend que, si petit que soit le nombre des régressions du cristallin, il n'en constitue pas moins des

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métamorphoses différentes qui donnent lieu à autant d'états de la cataracte.

Etiologie. — Les opacifications du cristallin paraissent avoir pour origine la perte de transparence et la sclérose des fibres centrales qui s'observent assez fréquemment à un âge avancé, et qui ont pour prélude unaffaiblissement du muscle ciliaire (presbytie) et un changement de forme de l'organe. En môme temps, en effet, que se réduit l'amplitude de l'accommodation, le cristallin perd peu à peu de son élasticité et de sa souplesse, il s'aplatit légèrement, et tend à devenir lenticulaire, de sphérique qu'il était dans le jeune âge. Mais comme en définitive cette sclérose des fibres existe chez tous les vieillards, et qu'il n'y en a qu'un petit nombre qui sont atteints, il faut bien admettre l'influence d'autres causes, soit locales, soit générales, dans la production de la cataracte, si Ton ne veut pas s'en tenir à dépures hypothèses. Somme toute, la véritable cause déterminante des opacifications est vague ou incertaine. On sait qu'elles sont engendrées par le diabète et par la sénilité, mais on ne sait pas au juste de quelle façon diabète et sénilité agissent ; on voit bien l'effet, on ne saisit pas exactement la cause. Tantôt on invoque les troubles de la nutrition générale, tantôt on fait appel aux troubles de voisinage, tels que les altérations de la cristalloïde, ou à des lésions plus éloignées, comme celles qui résident dans la choroïde ou la rétine.

Il est incontestable que tous ces états particuliers du globe oculaire, maladies du tractus uvéal, inflammations de l'iris ou des membranes profondes, traumatismes de toutes espèces, contusions externes ou plaies pénétrantes, ont sur le cristallin un retentissement qui amène à la longue, d'emblée quelquefois, des opacifications indestructibles. Il se développe par proximité une sorte de processus inflammatoire dans le cristallin. Mais ce n'est pas là en réalité la cataracte essentielle, la cataracte type, celle que l'on a dénommée, en raison des circonstances qui accompagnent sa formation, cataracte sénile. Celle-ci nous parait dépendre surtout de phénomènes de dénutrition générale. — Qa'on écarte ce que l'on a désigné sous le terme vague de troubles de la nutrition (troubles qui peuvent survenir sous l'influence de la moindre maladie et ne sont jamais à aucun degré des facteurs appréciables dans la dégénérescence du cristallin), et qu'on le remplace par le terme net et précis de dénutrition générale, on aura fait, à notre sens, et suivant une opinion qui nous est personnelle, un grand pas dans le chemin de la vérité. Si l'on réfléchit que le cristallin n'a pas de vitalité propre, qu'il emprunte ses éléments de vie aux organes voisins, ne se nourrit et ne s'entretient que par imbibition, en puisant autour de lui, il est facile de comprendre que la débilitation et l'artério-sclérose des vieillards, le dépérissement, en un mot, de l'organisme amenant comme premier et presque unique phénomène le ralentissement de la circulation, doivent placer le cristallin dans de mauvaises conditions, pour que sa vie et sa régénération s'effectuent, dans d'excellentes conditions au contraire, pour que des métamorphoses de régression surviennent. On en trouverait peut-être une preuve dans ce qui se produit au cristallin à la suite de dépôts plastiques inflammatoires sur un des points de sa capsule. — Le point correspondant à la portion capsulaire devenue imperméable ne tarde pas à s'opacifier. Il en est ainsi dans le diabète où il y a dénutrition, où la maladie porte fréquemment sur les vaisseaux. Le cristallin ne reçoit plus ses éléments de vie en quantité suûisante. II se trouble, s'opacifie ; la cataracte se déclare. — Toujours est-il que cette altération est le triste apanage de la vieillesse, et ce n'est qu'exceptionnellement qu'elle se montre audessous de la limite de cinquante ans ; et encore faut-il la plupart du temps qu'elle soit liée à une affection générale, comme le diabète ou l'ergotisme, ou qu'elle ait pour cause soit l'hérédité qui joue un rôle indiscutable, soit le dépérissement progressif de tous les organes.

Marche, Elle est généralement lente. Toutefois il est difficile d'assigner une date même approximative de l'époque de la maturité. Dans quelques cas, elle paraît rester et reste stationnaire (G. zonulaire) ; dans d'autres, elle se développe avec une rapidité qui déconcerte toutes les prévisions. — Ainsi la cataracte traumatique peut se former en quelques semaines ; nous en avons vu se produire en l'espace de quarante-huit heures, et même moins, quand le traumatisme a été violent et la déhiscence de la capsule assez étendue. — La cataracte diabétique, réduite à une opacité centrale, pourra s'immobiliser pendant des années; puis, tout à coup, en un ou deux mois, elle fera de tels progrès que le cristallin sera totalement envahi. — D'une manière générale, l'opacification sénile parcourt son cycle en une période de trois à quatre années. H est rare que les deux yeux soient atteints simultanément, et plus rare encore que, la cataracte survenant à l'un, l'autre ne soit pas atteint à son tour, un peu plus tôt, un peu plus tard.

Symptomatologie. — L'opacification ayant pour résultat d'empêcher les rayons lumineux d'arriver jusqu'à la rétine, faisant pour ainsi dire écran au milieu de l'œil, il s'ensuit nécessairement que le degré de diminution de l'acuité visuelle est proportionnelle à son étendue et à son emplacement. Les cataractes périphériques peuvent passer entièrement inaperçues ; elles ne commencent à gêner la vision que lorsque les stries ou opacités gagnent le champ pupillaire. Il va sans dire que les cataractes centrales même à leur début entravent l'exercice de la vision presque aussi complètement que si tout le cristalHn était envahi, à moins que le malade ne se trouve dans la demi-obscurité ou ne dilate artificiellement sa pupille. Lorsque la cataracte est entièrement formée, on la reconnaît à première vue à l'aspect grisâtre ou blanchâtre de la pupille, et si on fait pénétrer un peu de lumière dans l'œil, le bord de l'iris semble reposer sur elle, tandis que dans le cas de maturité incomplète il existe toujours sur le cristallin l'ombre projetée du bord pupillaire. Qu'on se serve du miroir ophthalmoscopique (éclairage antéro-postérieur), ou qu'on emploie un verre bi-convexe pour diriger sur l'œil un faisceau lumineux (éclairage latéral), on reconnaît le plus léger trouble du cristallin. Stries et opacités se détachent en noir sur le fond rouge de l'œil dans le premier cas, apparaissent avec leur coloration blanchâtre naturelle dans le second cas. Il faut se garder de prendre pour une cataracte à son début la teinte jaunâtre du noyau du cristallin si fréquente chez les vieillards, et ne point s'étonner de troubles de toutes espèces, cercles irisés, nuages floconneux ou épais, obscurations passagères, phénomènes de polyopie, etc., qui se montrent par intermittences, suivant la portée du regard, et persistent en s'aggravant jusqu'à la maturité complète.

Il semble que la division la plus logique des cataractes est celle qui se fera d'après leur origine ou selon la cause dont elles dépendent. Partant de ce point, on peut les séparer et les grouper ensuite en plusieurs catégories :

Les cataractes primitives, que nous appellerons volontiers essentielles, celles qui paraissent uniquement avoir leur point de départ dans l'altération du cristallin (cataracte sénile); les cataractes consécutives à un état maladif de l'organisme (cataracte diabétique); les cataractes compliquées, ou secondaires, dépendant d'une altération ou inflammation du voisinage (cataractes développées à la suite de dépôts sur la capsule, ou de maladies de la zonule) ; enfin, les cataractes traumatiques (cataractes provenant d'un coup sur l'œil, de déhiscence de la cristalloïde, ou de la pénétration d'un corps étranger dans le cristallin). Nous ne dirons que quelques mots sur chacune de ces cataractes.

Cataractes primitives, essentielles, A un âge avancé, le cristallin perd sa sphéricité ; les couches primitives développées dans les régions équatoriales sont remplacées par de nouvelles couches et repoussées vers le

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centre de Torgaue, oîi elles se tassent, s'amincissent et se solidifient. Tandis que dans le jeune âge le contenu de la capsule était homogène, souple, en partie aqueux, et parfaitement translucide, à partir du complet développement de l'organisme, c.-à-d. vers Page de vingt-cinq ou trente ans, ce contenu perd de ses propriétés, le cristal- Jin se constitue en une masse dense, sèche et dure, pourvue à son centre d'une portion plus dure et plus résistante encore, le noyau. En même temps il prend une teinte jaune ambrée qui le prive d'une partie de sa translucidité. — La diminution de sa courbure, son aplatissement lenticulaire semblent résulter de l'inertie ou de l'inactivité du muscle ciliaire. Nous avons établi le concours de toutes ces causes différentes à la production de l'acte final, l'opacification sénile.

Cataractes consécutives à un état maladif de Vorganisme. Le cristallin ne se nourrissant que par voie endosmo-exosmotique, et puisant ses éléments de vie dans l'humeur aqueuse qui le baigne, il en résulte que tout ce qui altère la nutrition générale, les intoxications diverses, l'ergotisme, tout ce qui agit sur la composition du sang, comme le font certaines maladies générales, en augmentant la densité du sérum, auront un contre-coup fâcheux sur l'intégrité de l'humeur aqueuse. La densité de celle-ci s'élèvera parallèlement à celle du sérum, et l'équilibre nécessaire à l'échange par endosmose entre le cristallin et le liquide sera rompu. En d'autres termes, s'il y a augmentation de la densité de l'humeur aqueuse, le cristallin perdra plus qu'il ne gagnera. 11 y aura toujours échange, mais à son détriment, le courant d'exosmose l'emportant sur le mouvement en sens contraire. Par conséquent, déperdition d'une plus ou moins grande quantité de liquide, par conséquent perte plus ou moins rapide de sa transparence. Mais le diabète n'agit pas seulement par les déperditions aqueuses sur le cristallin, il agit en même temps par la présence du sucre qui augmente la densité des humeurs , de même que nous l'avons vu agir par le ralentissement sur l'activité vasculaire.

Cataractes compliquées ou secondaires. On pourrait invoquer ici les mêmes causes, c.-à-d. les troubles de la nutrition, les arrêts de l'échange endosmo-exosmotique. Seulement là, les causes sont éloignées ; ici, elles sont à proximité ; là, elles dépendent de l'état général ; ici elles sont soumises à une influence locale. Pour que l'échange s'effectue, il faut qu'il y ait intégrité parfaite des enveloppes du cristallin. L'humeur aqueuse peut donc à la rigueur n'être pas altérée dans sa composition ou sa densité, il suffit que le cristalloïde et l'épithélium qui la revêt ne soient plus intacts, pour que la fonction soit troublée. — Donc, tous les dépôts sur la capsule, toutes les synéchies, toutes les iritis même sans adhérence du bord pupillaire, outre qu'ils modifient considérablement la composition de l'humeur aqueuse, produisent des désordres dans l'enveloppe du cristallin, et altèrent profondément sa nutrition. 11 en est ainsi des maladies de la zonule et de la région ciliaire ; il en est de même, mais à un degré moindre, des modifications survenues dans le corps vitré, lequel concourt dans une certaine mesure à l'échange nutritif du cristallin.

Cataractes traumaiiques. Ou bien", c'est un coup violent porté sur l'œil qui rompt la cristalloïde et met d'emblée le cristallin en rapport constant avec l'humeur aqueuse, soit qu'il reste en place, soit qu'il se luxe en avant, en arrière, sur les côtés ; ou bien c'est un corps vulnérant qui entame la capsule et le cristallin, y reste fixé, les traverse de part en part et vient se loger finalement dans les milieux ou les enveloppes de l'œil. D'ordinaire aux petites plaies de la cristalloïde, aux simples piqûres correspondent des points d'opacification limités à la surface du cristallin. Ils restent généralement stationnaires. Mais si le tissu du cristallin a été intéressé un peu profondément, l'opacité menace de s'étendre et d'envahir

tout l'organe. Plus le sujet est jeune, et plus le cristallin se trouble vite. Il se gonfle, se ramollit et se résorbe de lui-même, pourvu que la déchirure soit suffisante. Plus tard, après vingt-cinq ans, il serait inutile d'attendre laguérison spontanée par le seul effort de la nature, le noyau étant devenu opaque, et il est indispensable de recourir à une opération. — Tant que le corps vulnérant n'a lésé que le cristallin et sou enveloppe après avoir simplement perforé la cornée, on peut augurer favorablement du sort de la cataracte traumatique. S'il a déchiré largement la cornée, intéressé l'iris et à plus forte raison la région ciliaire, si surtout le corps étranger est resté dans l'œil, les plus graves complications sont à craindre, et la cataracte traumatique est peut-être en elle-même la moins redoutable de ces complications, eu égard à la perspective des iritis, iridocyclites ou des accidents glaucomateux. Il importe donc de « se défier, suivant le précepte du professeur Trélat, des cataractes traumatiques », à cause des conséquences qu'elles peuvent entraîner. Les indications sont relatives à l'âge du blessé, au degré du traumatisme, à la situation de la plaie. Et le pronostic varie également selon ces conditions. On ne doit pas hésiter à extraire la cataracte même chez les tous jeunes enfants, si on a lieu de penser, ne fût-ce qu'à une teinte rouille brunâtre en un point du cristallin, à la présence d'une particule métallique, dans l'espoir que le corps étranger sera entraîné au dehors par les masses corticales. Dans les autres cas, à moins d'une déhiscence complète de la capsule et d'un gonflement énorme du cristallin faisant à son tour office de corps étranger, mieux vaut s'abstenir de toute intervention et attendre, en la facilitant par des moyens appropriés, la résorption qui ne manquera pas de se faire. Chez les adultes oii le cristallin est pourvu d'un noyau, l'intervention chirurgicale s'impose, à moins de complications du voisinage. Les inflammations de l'iris ou du cercle ciliaire la proscrivent presque toujours, mais le gonflement ou le déplacement du cristallin peuvent la rendre nécessaire, n'eùt-elle d'autre résultat que de dégager de l'encombrement l'iris retoulé ou meurtri, où la région ciliaire comprimée. Il est évident qu'à la suite de larges plaies pénétrantes et d'emprisonnement de corps étrangers dans les membranes profondes de l'œil, la cataracte qui se produit n'est qu'un accessoire, et que toute la sollicitude du chirurgien doit reposer sur un autre point plus important. Et même en pareille circonstance, la vision de l'œil étant perdue, il est quelquefois indiqué de parer par une extraction opportune de la cataracte aux menaces d'un phlegmon oculaire, et de sauver tout au moins l'organe, s'il n'y a aucune chance de rétablir la fonction.

Le type est la cataracte sénile. Mais l'opacification, qu'elle "^soit sénile, ou qu'elle dépende de modifications survenues dans l'organisme, affecte différents états suivant l'âge et les conditions particulières du malade. Un très rapide examen va nous en rendre compte. Ainsi la cataracte sénile elle-même, qui débute vers les régions équatoriales par des stries bien nettes, bien marquées, et qui est en général demi-molle, composée d'un noyau assez résistant et de masses corticales semiliquides, quand elle se développe chez les myopes d'un haut degré, se montre sous un autre aspect. Les stries sont fort distinctes, séparées les unes des autres, mais très fines, et en même temps qu'elles apparaissent vers Péquateur du cristallin, on aperçoit les premières traces de l'opacification autour du noyau, dans la masse corticale, de sorte que la vision est sinon abolie, du moins considérablement entravée dès le début. Ajoutez à cela que la maturité se fait très lentement, dure des années, et oblige souvent les malades à dilater artificiellement leur pupille pour voir, ne fût-ce qu'un peu, à travers la périphérie du cristallin moins opaque que le centre. Cette même cataracte sénile, la plupart du temps héréditaire, au lieu d'être grisâtre ou blanchâtre, présente dans cer-

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tains cas une particularité, la sclérose, non seulement du noyau, mais encore des couches corticales. Elle devient dure, noirâtre, et simule au centre de la pupille un amas de sang. C'est la cataracte noire pigmentaire qui avait fait penser àVonGraëfe à l'existence d'anciennes extravasations sanguines produites par des traumatismes, opinion qui n'a pas été suffisamment confirmée.

Cataracte molle. Ces sortes de cataractes, qui apparaissent surtout chez les enfants, à cause de l'absence du noyau cristallinien, sont sujettes à des métamorphoses régressives. Elles passent donc par différents états. Mais elles s'observent aussi dans le diabète, dans les lésions du fond de l'œil et particulièrement dans le décollement de la rétine, et leur marche est très rapide. La coloration de l'opacité est grise, laiteuse, souvent bleuâtre avec des reflets chatoyants, et il y a une telle augmentation de volume des masses corticales que l'iris est poussé en avant, et qu'il résulte de sa compression une dilatation pupillaire par inertie de la membrane. Les fibres du cristallin se désagrègent peu à peu, s'imbibent, se gonflent, et toute la masse cristallinienne est liquéfiée (cataracte liquide). Cette première métamorphose opérée, il s'en produit une seconde par suite de l'échange. Le courant d'exosmose l'emportant sur le courant d'endosmose, la cataracte perd de son volume, cède les parties aqueuses, et il ne reste désormais entre les feuillets de la capsule que des dépôts de graisse, de sels calcaires et de cristaux de cholestérine (cataracte sédlmentaire, siliqueiise, arldn-siliqueuse) ,

Cataracte nucléolaire. De forme très lente, cette altération qui porte sur le centre même du cristallin, et abolit la vue presque aussi radicalement que si la totalité de l'organe était envahi, se rencontre chez les individus débilités ou affaiblis prématurément par des excès, vers quarante ou cinquante ans, et semble dépendre d'une formation incomplète du noyau. Comme les deux yeux se trouvent d'ordinaire simultanément atteints, et que la situation môme de l'opacité provoque une cécité rapide, on a pensé à faire de multiples discissions ou d'autres manœuvres pour hâter la maturité. Pourquoi ces opérations préliminaires qui ne sont pas sans inconvénient et même sans danger et qui ne sont que le prélude de l'extraction ? Pourquoi ne pas recourir de suite à l'ablation de la cataracte et à l'enlèvement des masses corticales non encore opacifiées ?

Cataracte zolnnaire, stratifiée. Les couches périphériques et le noyau du cristallin restent transparents ; la zone intermédiaire est opaque à différents degrés ; tantôt ce n'est qu'un nuage, tantôt c'est une opacité franche, nettement délimitée. Non seulement l'altération est congénitale, accompagnée de nystagmus et paraît liée à des affections cérébrales ou à des convulsions, mais encore elle se rencontre chez plusieurs individus de la môme famille. Un de nos petits malades âgé de douze ans, récemment opéré à la suite d'une opacification générale ayant débuté par une simple zone, a eu sa sœur, sa mère et l'un de ses ancêtres atteints de la même aff'ection. Chacun de ces malades présente une colobome de l'iris. Si l'opacification gagne, et si la vue est par trop enrayée, il faut donc opérer. Une ou deux discissions suffisent. Ce qu'on appelle cataracte polaire postérieure n'est qu'une altération généralement peu étendue des couches corticales profondes du cristallin venant à la suite de lésions des membranes de l'œil ou du corps vitré.

Cataracte eapsulo4enticulaire. Elle n'est point à proprement parler une opacification de la cristalloïde qui reste la plupart du temps intacte, de nombreuses observations et quelques dissections habilement faites par Malgaigne l'ont démontré ; elle résulte d'un travail de prolifération des cellules épithéliales sous-jacentes, et l'opacité limitée qui en est la conséquence se présente sous la forme d'un disque blanchâtre qui occupe une partie ou la totalité de l'ouverture pupillaire. — Bien qu'on la considère géné-

ralement comme lenticulaire, cette cataracte, il faut bien le dire, a dans des cas incontestables une origine capsu* taire qui n'est autre qu'une altération de la couche épithéliale de la cristalloïde amenant à la longue une perturbation correspondante dans les couches superficielles du cristallin, double phénomène qui justifie cette fois la dénomination de C. capsulo-lenticulaire, — Consécutive à des perforations de la cornée et à des iritis, chez les jeunes enfants, cette affection se présente quelquefois sous la forme d'une petite pyramide dont la base est au centre de la pupille et le sommet correspond à la cornée vers laquelle elle envoie des prolongements (cat. pyramidale). Des difficultés surgissent pour l'opération, lorsqu'elle se trouve indiquée par une diminution réelle de l'acuité visuelle. Outre que les dépôts résistent à l'action du kystitome, il devient indispensable de les extraire après le cristallin, et cette manœuvre ne peut être exécutée qu'à l'aide de pinces à griffes, qui ont l'avantage d'entraîner des lambeaux de capsule altérée.

Cataractes secondaires et cataractes adhérentes. Formées à la suite de l'opération par des feuillets de cristalloïde ou des masses exsudatives agglutinées dans le champ pupillaire, les cataractes secondaires reconnaissent généralement pour cause une évacuation incomplète des masses corticales, soit que ces dernières fussent transparentes au moment de l'extraction du cristallin, soit que quelques portions du cristallin opacifié fussent adhérentes aux régions équatoriales de la capsule, et que les unes et les autres aient passé inaperçues ou n'aient pu être extraites. Débris de capsule, masses ou exsudats deviennent de sérieux obstacles à la vision, et nécessitent souvent une discission qui ouvre un pertuis dans l'obstacle, ou une opération complémentaire, Viridotomie, — Les cataractes adhérentes succèdent à des processus inflammatoires de l'iris, de la choroïde et du cercle ciliaire. Il se forme des exsudats qui agglutinent l'iris à la capsule (synéchies) et des dépôts pupillaires qui entravent nécessairement la nutrition du cristallin et amènent son opacification. La vue est abolie. S'il est possible dans de nombreux cas d'extraire la cataracte ainsi développée, il faut recourir toujours à une iridectomie préalable pour modifier la nutrition de Tœil, détruire les synéchies, et frayer ainsi une route pour le passage du cristallin.

Telles sont les variétés de cataractes que nous avons réduites à cinq ou six types principaux pour ne pas encombrer cette étude succincte. Nous ne parlerons pas du pronostic qui est entièrement subordonné à une foule de circonstances relatives à l'état de l'œil et à l'état de l'organisme. En thèse générale, on peut établir que toute cataracte non compliquée d'une maladie des membranes oculaires, ou d'une détérioration profonde de la santé, est opérable. En allant plus loin, il est permis de dire que l'on peut sans inconvénient opérer une cataracte même compliquée, à condition que l'intégrité de la rétine persiste. Et il est facile de se rendre compte aussi bien du degré de sensibilité de cette membrane, que de l'état des diverses parties de l'œil. — Vaine est la recherche des phosphènes, usitée autrefois comme moyen de traduire cette sensibilité, fjue l'on dénote d'une façon immédiate et absolument certaine en promenant dans l'obscurité une lampe ou une bougie à quelque distance de l'œil du malade. Toute personne atteinte de la cataracte doit distinguer de son œil malade à cinq ou six mètres et suivre nettement avec le doigt les excursions du foyer lumineux dans les différents sens. C'est une expérimentation à la portée de tous, qui indique la moindre défectuosité visuelle. Le toucher révèle, surtout par comparaison, le degré de dureté ou de ramollissement de l'organe. Les instillations d'atropine, en agrandissant le champ pupillaire, découvrent les synéchies et les dépôts ; le tremblotement de l'iris fait pressentir l'altération du corps vitré en même temps qu'il annonce le relâchement des attaches de l'appareil cristallinien, etc., etc. Ces préliminaires posés, il convient de

CATARACTE

répondre à trois questions qui se posent à Tesprit du chirurgien. — Doit-on, pour opérer une cataracte^ attendre sa maturité complète ? Autrelois c'était un préjugé très répandu, et peut-être aussi invincible chez le chirurgien que chez le malade, qu'on ne pouvait toucher à une cataracte avant ropacification complète, qu'il fallait, selon une expression usitée, attendre l'époque de sa maturité pour la cueillir. C'est ainsi que des malades atteints de cataractes zonulaires ou d'opacités centrales étaient condamnés de nombreuses années à la cécité. La chirurgie moderne a déraciné ce préjugé qui avait eu sa raison d'être avant les découvertes de l'anatoraie pathologique. On croyait à l'impossibilité d'extraire les masses corticales restées transparentes. 11 est vrai, en effet, que la substance corticale non encore altérée se détache moins facilement de la capsule, surtout vers les régions équatoriales où elle est resserrée entre les feuillets qui se rejoignent, mais à l'aide de manœuvres habiles et patientes on arrive toujours à vider le contenu de l'enveloppe cristallinienne. Parfois même on doit se hâter d'intervenir cbirurgicalement, surtout dans la première jeunesse, afin d'empêcher que les lésions du fond de l'œil ne s'établissent définitivement ou ne s'aggravent par défaut d'exercice, inertie. Lorsqu'il s'agit d'une cataracte à marche rapide, régulière, et qu'un seul des yeux se trouve atteint, nous donnerons toujours le conseil de temporiser. Mieux vaut attendre la maturité complète. Dans tous les cas, il peut être sage, utile, et il n'est pas à coup sûr préjudiciable de débarrasser hâtivement l'œil de sa cataracte. — Faut-il opérer un œil cataracte^ lorsque l'autre œil est entièrement sain ? La réponse à cette question dépend presque uniquement de la volonté du malade, et s'il y avait également des préjugés sur ce point qui commandaient l'abstention, avant que le second œil portât les premières traces de l'opacification et que la vision fut sensiblement diminuée, il n'existe plus aujourd'hui, par rapport aux cataractes bien franches, de règles absolues pour ou contre. Il y aurait tout au plus une règle qui conseillerait de ne pas remettre indéfiniment l'opération, eu égard à cette circonstance que l'inertie de la rétine prolongée de trop longues années peut entraîner une diminution de sa sensibilité. — Enfin, les deux yeux étant pris, faut-il les opérer simultanément? Nous nous élevons avec force contre cette pratique. En user ainsi, c'est méconnaître les correspondances intimes qui existent de l'un à l'autre œil. Rien de mieux, lorsque tout marche à souhait. Mais supposons une suppuration du lambeau, une inflammation sérieuse à l'un des yeux. Il y a des chances pour que la même complication surgisse à l'autre œil, et alors la vision peut être irrémédiablement perdue. Quelques chirurgiens paraissent ne point tenir compte de cet aléa. Pour notre part, lors même d'une volonté formellement exprimée par le malade, nous proscrivons avec énergie l'opération simultanée.

Traitement. — Les méthodes d'opération seront indiquées sommairement. Trois grandes méthodes : l'abaissement, la discission, Vextraction, qui se décomposent chacune en nombre de procédés.

Abaissement. Uniquement employé avant Daviel, encore usité aujourd'hui dans des campagnes reculées, l'abaissement est universellement proscrit par les chirurgiens expérimentés. Il consiste, comme son nom l'indique, à abaisser le cristallin après avoir rompu ses attaches, et à l'emprisonner dans la partie déclive du corps vitré, au moyen d'une aiguille à cataracte qui pénètre à travers la sclérotique, ou que l'on fait passer directement par la cornée. Sur cette méthode se sont greffés ; la récli" naison, qui a pour but de renverser le cristallin en même temps qu'on l'abaisse, et le broiement par lequel s'opère la fragmentation des masses cristalliniennes. Les malades étaient condamnés à deux ou trois mois d'immobilité et de séjour au lit ; huit fois sur dix le cristallin luxé se déplaçait, parfois il remontait, et le gonflement

des masses corticales par imbibition devenait la cause de processus inflamatoires et de phlegmons de l'œil.

Discission. Applicable seulement chez les jeunes sujets, ou à la rigueur dans les cas bien constatés de cataracte molles non pourvueè d'un noyau central. — On

Fig. 2. — Instruments divers : a, curette de Daviel; b, pince pour fixer l'iris ; c, aiguille à cataracte ; dy blépharostat; e, pince à fixation à ressort; f, aiguille à discission ; gr, couteau de de Graefe ; /i, curette de de Graefe.

se sert de l'aiguille de Bowman avec collet (fig. 2) que l'on fait pénétrer par le centre de la cornée jusqu'à la cristalloïde que l'on déchire avec la pointe, assez légèrement pour ne pas produire une déhiscence trop considérable qui aurait l'inconvénient de mettre d'emblée trop de masses corticales en rapportimmédiat avec l'humeur ac[ueuse. — Plusieurs discissions réduites, faites à quelques semaines de distance, valent mieux qu'une discission unique étendue (fig. 3). Le cristallin se résorbe petit à petit, et généralement au bout de trois mois il n'existe plus trace de la cataracte. Il est nécessaire de maintenir la pupille en dilatation permanente pendant toute la durée de la résorption. Cette méthode figure également à l'actif des cataractes secondaires où elle se trouve parfois indiquée, lorsque la résistance des dépôts plastiques n'exige pas une opération plus complexe (V. Iridotomie).

Extraction. Ici une infinité de procédés. Trois principaux : Extraction linéaire simple, extraction à lambeau, extraction linéaire combinée avec Viridectomie.

Extraction linéaire simple. Elle s'applique aux cataractes molles ou liquides qu'il ne convient pas de faire disparaître par discission. Les paupières écartées et rœi[

Fig. 3. — Discission.

CATARACTE

Fig. 4. — Introduction du kystitome.

fixé à l'aide du blépharostat, on ouvre la cornée avec le couteau lancéolaire (premier temps), on introduit par la plaie le kystitome pour déchirer la capsule, comme le montre

la fig. ci-jointe (fig. 4) (deuxième temps), et on fait sortir la cataracte par une pression légère à l'aide de la curette dont est pourvue Fextrémitéopposée du kystitome (troisième temps) (fig. 5).

Extraction à lambeau. Imaginée par Daviel vers la fin du dernier siècle, elle prend le nom de kératotomie supérieure ou inférieure, suivant son emplacement. L'œil et les paupières maintenus comme précédemment, on fait avec un couteau de fonno triangulaire, une incision qui embrasse la moite de lu cornée (fig. 6) , on ouvre la capsule, et il suffit

généralement d'une simple pression à travers les paupières sur la partie de la cornée opposée à la section pour faire sortir le cristallin. Le blépharostat pouvant gêner l'action du couteau, les doigts expérimentés d'un aide suffisent pour maintenir ^largement béantes les paupières.

Extraction combinée avec l'iridectomie.

Malgré les avantages du procédé tout français de Daviel qui a constitué en chirurgie l'un des plus grands progrès, — toute la science oculaire dérive de là, — il est incontestable que de l'étendue même du lambeau cornéen résulte la difficulté

Fig. 5. — a, sortie du cristallin par glissement; 6, sortie de la cataracte, avec application de la curette de caoutchouc au bord inférieur de la cornée.

Fig. 6. — A, extraction à lambeau ; B, incision linéaire de de Graefe; a, ponction ; 6, contre-ponction ; c, point sur lequel la pointe du couteau est dirigée en pénétrant dans la chambre antérieure.

de son maintien en place, de sa coaptation exacte. La réunion ne se fait pas toujours immédiatement, et celle-ci étant différée, c'est la suppuration à brève échéance, c.-à-d. l'insuccès, la mort de l'œil. Aussi devons-nous préférer pour cette raison le procédé introduit dans la pratique par l'Allemand von Graefe. Le principe de cette opé-

ration est la section linéaire. — Plus de lambeau cornéen, ou un lambeau tellement réduit que la coaptation des deux lèvres de la plaie est immédiate, et absolument forcée. La conséquence est l'iridectomie (fig. 7) qui pourrait être considérée comme un inconvénient, s'il n'était pas démontré que la section même de l'iris n'entraîne pas plus d'accidents inflammatoires que les meurtrissures, contusions ou froissements de la membrane provoqués par le passage du cristallin. Les manœuvres opératoires sont plus compliquées et les instruments plus nombreux.

On se sert du blépharostat déjà indiqué , d'une pince à fixation à ressort, du couteau étroit, d'une pince à griffes courbes pour saisir l'iris, de ciseaux courbes ou de ciseaux à ressort (fig. 8) , d'un kystitome coudé ou non, de deux curettes, l'une en caoutchouc ou en écaille convexe ou plate (fig. 2) pour la pression, Tautre convexe, également en écaille, pour la contre-pression.

Premier temps. Von Graefe faisait une incision périphérique dans le limbe scléro-cornéen ; on l'a modifiée en la faisant dans le tissu même de la cornée, aussi près que possible de la sclérotique. — Deuxième temps. L'iris est ordinairement entraîné au dehors par le flot de l'humeur aqueuse, on le saisit avec la pince, en le renversant légèrement vers la cornée, et on le sectionne (fig. 9). — Troisième temps. On introduit par son côté mousse le kystitome entre les lèvres de la plaie et on procède, en le retournant dans la chambre antérieure, à une large discis-

Iridectomie.

Fig. 8. — Extraction linéaire modifiée.

sion cruciale ou périphérique de la capsule. — Quatrième temps. On force la présentation du cristallin par une pression sur la cornée à l'aide d'une curette plate, et par une contre-pression sur la sclérotique à l'aide d'une curette convexe. — Cinquième temps. C'est le plus délicat. Les instruments enlevés, les paupières refermées et l'œil reposé, il s'agit d'extraire les masses corticales, qui, en raison de l'étroitesse de la plaie, ne se sont glissées qu'en petite quantité au moment de la sortie du noyau. On exécute une série de pressions très douces à travers les paupières, sur la portion de cornée opposée à la section, et on ne tarde pas à voir apparaître entre les lèvres de la plaie entr'ouverte des petites masses de substance qui s'échappent en bavant. Le nettoyage de l'œil une fois complet, intus et extra, on applique le bandeau, et grâce à ce procédé correctement employé, grâce aussi aux antiseptiques non irritants comme l'acide borique en solution, on peut affirmer qu'il n'y a jamais ou presque jamais de suppuration de l'œil. L'inflammation, si elle se produit, ne vient point du lambeau, elle ne vient que de Firis ou des frag-

Fig. 9. — Incision linéaire.

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