CATHELINEAU — CATHERINE
gauche de Tarmée. Après la reprise d'Orléans par les Prussiens, il rejoignit le général Chanzy et se distingua au combat de Vibraye et à la défense de Montfort. Nommé général de brigade au titre auxiliaire, il réunit ses volontaires à Rambouillet pour combattre la Commune de Paris, mais il ne prit aucune part aux opérations. Depuis 1872 il \it dans la retraite.
CATHELINIÈRE (Ripault de la), chef vendéen, mort en mars 4794. Chef d'une petite troupe de Vendéens, il fit pour son compte la guerre de partisans et prêta son concours à Charette en deux occasions, à la prise de Pornic(29 mars 1793) et à celle de Machecoul (20 juin). Arrêté le l^'' mars 1794 à Frossay, près Paimbeuf, il fut conduit à Nantes et condamné à mort par une commission militaire.
CATHELINOTou CATELINOT (dom lldefonse), bénédictin de Saint- Vanne, né à Paris en 1670, mort bibliothécaire de l'abbaye de Saint-Mihiel le 15 juin 1756. A l'âge de vingt-cinq ans il entra au couvent de Saint- Mansuy. Après s'être adonné pendant quelque temps à la prédication, il fut envoyé par ses supérieurs à l'abbaye de Sénones. Là, sous la direction de dom Calmet, il écrivit de nombreux ouvrages théologiques et historiques, dont on trouve la longue énumération dans la Bibliothèque lorraine de dom Calmet. N'ayant pas trouvé d'éditeur, le savant bénédictin ne réussit à faire imprimer que deux de ses livres : un Supplément à la Bibliothèque sacrée inséré dans le vol. IV de la première édition du Dictionnaire de la Bible de dom Calmet et une édition des Lettres spirituelles de Bossuet, publiée en 1746 in-8 et réimprimée en 1748 en 2 vol. in-12. Les nombreux manuscrits de dom Gathelinot semblent s'être perdus. L. W.
CATHERINE (Ordres de Sainte) (V. Sainte-Catherine et Catherine d'Alexandrie).
CATHERINE. Nous avons groupé les personnages de ce nom dans Tordre suivant : Les impératrices, reines et princesses (par pays et par ordre chronologique) ; les saintes et religieuses.
Impératrices, reines et princesses.
Angleterre.
CATHERINE de France, reine d'Angleterre, née le 27 oct. 1401, morte le 3 juin 1438. Elle était le dixième enfant de Charles VI et d'Isabeau de Bavière. Sa mère, après l'avoir presque délaissée pendant son enfance, lui montra une véritable prédilection quand elle vit sa beauté s'épanouir. Dès son avènement (1413), le roi d'Angleterre, Henri V, demanda sa main; en réclamant pour' dot les provinces françaises cédées par le traité de Brétigny (V. ce mot), avec la Normandie. Après une guerre désastreuse, le traité de Troyes (21 mai 1420) donna tout à la fois Catherine et la France à Henri V, qui devint ainsi l'héritier de Charles VI. Le mariage fut célébré dans l'église Saint-Jean, à Troyes, le 2 juin 1420, puis Catherine fit une entrée magnifique à Paris avec Henri V, le 2 déc. et fut couronnée reine d'Angleterre à Westminster, le 23 fév. 1421. Après avoir mis au monde, à Windsor, le 6 déc. suivant, un fils qui devait être Henri VI, elle revint en France, où elle vit, peu après, mourir son mari, au château de Vincennes, le 31 août 1422. Elle ramena son corps en Angleterre (12 oct.), et se retira au château de Windsor. Depuis 1425 elle vécut dans une retraite si profonde que ses dernières années échappent à l'histoire. On sait seulement qu'elle s'éprit d'un simple gentilhomme qui prétendait descendre d'une famille noble du pays de Galles, Owen Tudor, dont elle eut quatre enfants. Vers la fin de 1436, on connut ces relations et on lui enleva ses enfants. Elle mourut à l'abbaye de Bermondsey. Owen Tudor fut persécuté, retenu en prison. L'aîné de ses fils, Edmond Tudor, épousa une Lancastre, Marguerite Beaufort, devint comte de Bichmond et fut père du roi Henri VIL E. Cosneau.
BiBL. : Le Religieux de Saint-Denis, Jouvknel des Ursins, le Journal d'un bourgeois de Paris, Monstrelet.
— Le P. Anselme, Hist. géméal., i, 115.-- Vallet de Viriville, Histoire de Charles VII, t. I, 143, 187, 189, 218 et s., 2?4, etc. ■— A. Striokland, Lives of the que^^ns ofEngland; Londres, 1844, in-8, t. III, 116 et s. — Leslie Stephen, Dict. of nat. biog.; Londres, 1885, in-8.
CATHERINE d'Aragon, première femme de Henri VIH, roi d'Angleterre, née le 15 déc. 1485 à Alcalâ de Henâres, morte à Kimbolton le 7 janvier 1536. Elle était la plus jeune fille de Ferdinand et d'Isabelle la Catholique. Fiancée le 18 avr. 1490 à don Alfonse de Portugal, élevée avec le plus grand soin par Isabelle, elle fut mariée en 1500 au prince de Galles Arthur, et arriva à Plymouth le 2 oct. 1501, le mariage fut célébré le 14 nov. ; mais, paraît-il, il ne fut pas consommé, Henri VH jugeant son fils trop jeune (il était né en 1485). Arthur mourut le 2 avril 1502 , les parents de Catherine demandèrent le renvoi de la jeune princesse en Espagne et le remboursement de sa dot (100,000 écus d'or). Henri VII ayant perdu sa femme Elisabeth d'York, demanda pour lui-même la main de la princesse : puis la fiança à son second fils (23 juin 1503). Le pape accorda les dispenses nécessaires et le mariage fut fixé au 8 juin 1505. La veille, le jeune prince de Galles protesta contre cette union. Tout fut remis en question. Le sort de cette princesse devint l'enjeu d'une lutte diplomatique entre ces deux grands trompeurs, Henri VII et Ferdinand le Catholique. Enfin, après l'avènement de Henri VIII, elle fut épousée solennellement le 11 juin 1509 et couronnée le 24 du même mois à l'abbaye de Westminster. Les premières années du ménage royal furent assez heureuses, mais Catherine perdit successivement trois enfants et ne garda qu'une fille, Marie Tudor. Nommée régente pendant la campagne de France (1513) elle montra une grande activité contre les Ecossais dont le roi fut tué à Flowden ; elle insista vivement en 1520 pour la conclusion d'une alliance entre son mari et son neveu Charles- Quint. Jusqu'à ce moment son crédit semble très solide. Mais en 1525, Henri VKl crée duc de Richmond le fils naturel, Henry Filzroy, que lui avait donné Elisabeth Blount; en 1526 il songe à divorcer. (Pour le récit de cette affaire V. Henri VIII d'Angleterre.) Catherine défendit ses droits et sa fille avec la plus grande énergie. Le roi épousa secrètement Anne de Boleyn le 25 janv. 1533 et le 23 avr. l'archevêque de Canterbury déclara nul le mariage entre Henri VllI et Catherine. Celle-ci quitta la cour mais non l'Angleterre, et y séjourna jusqu'à sa mort dans un état de demi-captivité. Sa conduite digne et ferme força à l'estimer ceux même qui avaient intérêt à la voir disparaître. Victime dans son jeune âge de la raison d'Etat, elle fut à la fin de sa vie sacrifiée aux passions de son libidineux époux. Le portrait de Catherine par Holbein la représente comme une femme de forte taille, au teint vif, aux traits réguliers et agréables. L. Bougier.
CATHERINE Parr, reine d'Angleterre, sixième et dernière femme de Henri VIII, née en 1512, morte en 1548. Fille de sir Thomas Parr de Kendal, contrôleur de la maison royale, qui mourut en 1517 ; elle fut élevée avec le plus grand soin et avait acquis une érudition très complète. Mariée toute jeune à Edouard Borough, puis à John Nevil, lordLatimer. Devenue veuve une seconde fois vers 1542, elle fut forcée d'épouser Henri VIII à sa grande terreur, le 12 juillet 1533, et fut régente pendant son- absence, en 1544. Elle s'occupa avec un grand dévouement de l'éducation des enfants que le roi avait eus de ses précédentes épouses et le soigna lui même avec beaucoup de sollicitude dans sa dernière maladie. Néanmoins elle faillit avoir le sort d'Anne de Boleyn et de Catherine Howard. Accusée d'hérésie par Gardiner et Wriottesley, elle apprit par hasard qne le roi avait signé un acte d'accusation contre elle ; elle se tira habilement d'affaire en déclarant n'avoir pas d'autre opinion que celle d'Henri VIIL Restée veuve, elle épousa presque aussitôt lord Thomas Seymour de Sudeley, frère du protecteur et régent. Elle en eut une fille le 30 août 1548,
CATHERINE
mais elle mourut le 5 sept, suivant des suites de son accouchement. Sa grâce, son éloquence, sa science et la pureté de ses mœurs, en faisaient une femme accomplie. Elle fut enterrée à Sudeley Castle ; son cercueil lut ouvert à plusieurs reprises, de 1782 à 1817, et enfin enterré de nouveau dans le caveau de la famille Chandos. L. Bougïer .
CATHERINE de Brâgânce, reine d'Angleterre, femme de Charles 11, née le 26 nov. 1638 à Villaviciosa (Alemtejo, Portugal), morte à Lisbonne le 31 déc. 1705. Son père, Jean de Bragance, devenu roi du Portugal en 1640, la maria en 1661 à Charles 11. Elle eut pour dot Tanger, Bombay et 2 millions de crusados (1,750,000 fr.). Elle était aussi ignorante que possible, dévote à l'exès, incapable d'exercer la moindre influence sur son époux. Elle fut vite abandonnée et se résigna assez vite aussi à faire bon accueil aux favorites de Charles II et à leurs enlâlits. En 1673, lors de la réaction contre les cat^icrfiqûes, elle fut violemment attaquée au Parlement, mais le roi la défendit et cette attaque eut pour consécfûence d'augmenter le crédit de la reine. Elle ne quitta l'Angleterre qu'en mars 1692 et retourna à Lisbonne en traversant la France mais sans vouloir visiter Louis XIV. En 1704 elle fut nommée régente de Portugal au nom de son frère don Pedro. L. Bougïer.
Empire byzantin.
CATHERINE de Courtenay, impératrice titulaire de Constantinople, fille unique de Philippe de Courtenay, empereur titulaire de Constantinople, et de Béatrix de Sicile, née après 1273. Elle fut élevée à la cour de Charles 11, roi de Naples et de Sicile, frère de sa mère. Dès 1288 elle fut recherchée en mariage par Michel Paléologue, fils d'Andronic 11, empereur de Constantinople. Cette union, que favorisa le pape Nicolas ÎV, devait concilier les prétentions des deux dynasties rivales des Courtenay et des Paléologue. Cependant elle n'eut pas lieu. En 1294, Catherine passa en France, et le 24 janv, elle fut fiancée à Jacques l^^ d'Aragon, roi de Majorque. Cette fois encore le mariage ne tut pas consommé. Enfin, en 1301, entre le 28 janv. et le 8 févr., elle épousa son cousin Charles, comte de Valois, frère de Philippe IV, roi de France, auquel elle fit don, par contrat de mariage, de ses seigneuries de Courtenay et de Blancon et de ses droits sur l'empire de Constantinople et sur le comté de Namur. Elle mourut le 2 janv. 1308, en laissant une fille, Catherine, qui fut instituée héritière de son titre et de ses droits d'impératrice. Celle-ci qui, en 1305, avait été fiancée à Hugues V, dit Huguenin, fils aîné de Robert II, duc de Bourgogne, épousa le 30 juil. 1313, à Fontainebleau, Philippe de Tarente, fils de Charles II, roi de Sicile. Depuis lors, elle vécut presque constamment à Naples où elle mourut le 2 oct. 1346. Son fils aîné, Robert, prit alors le titre d'empereur de Constantinople.
Ch. KOHLER.
BiBL. : Du Cange, Hist. de l'empire de Constantinople ; Paris, 1860, in-fol. — Du Bouchet, Histoire de la maison de Courtenay, t. I, chap. vu.
CATHERINE, fille d'un noble génois, femme de Thomas Paléologue, despote d'Achaïe, qui l'épousa en 1430. Elle fut associée aux aventures et aux malheurs de son mari et mourut à Corfou en 1462. C. B.
CATHERINE, fille de Notaras Paléologue, prince de Lesbos, femme de Constantin Paléologue, surnommé Dragasès, qui fut le dernier empereur de Constantinople. Celui-ci l'avait épousée en 1441 ; elle mourut à Lesbos en 1443.
France.
CATHERINE de Médicis, reine de France, née à Florence le 13 avr. 1519, morte le 5 janv. 1589, fille de Laurent II de Médicis, duc d'Urbin, et d'une princesse française, Madeleine de la Tour d'Auvergne, parente de la maison royale par sa mère, Catherine de Bourbon. Catherine de Médicis devint orpheline peu après sa naissance : sa mère, prise de fièvre après ses couches, mourut le 25 avr.,
et son père le 4 mai de la même année. Dès son enfance, de nombreux projets de mariage avaient été mis en avant pour elle. Elle n'avait que quatorze ans lorsqu'elle fut mariée à Henri, duc d'Orléans, le second fils de François I«^. Ce mariage fut décidé à la suite de longues négociations entre François l®'' et le pape Clément VII. Ce dernier, de son nom Jules de Médicis, était cousin germain du grand-père de Catherine. Le pape et le roi de France en faisant conclure ce mariage que le pape vint célébrer lui-même à Marseille (28 oct. 1533), poursuivaient l'un et l'autre un but politique. Mais cette union fut mal accueillie en France ; on craignait une nouvelle guerre en Italie, et l'on disait que le pape avait trompé le roi.
Pendant les premières années qu'elle passa à la cour de France, Catherine de Médicis vécut effacée, mais elle sut habilement se concilier les bonnes grâces de François I®"* et de son entourage. La mort du dauphin, en 1536, lui conférait le titre de dauphine. Mais elle eut à subir l'outrageante rivalité de Diane de Poitiers qui avait su dominer le cœur d'Henri, et imposer son influence. Catherine eut la sagesse de se résigner et le courage de se faire l'amie de la favorite. La crainte d'être répudiée par son mari peut expliquer cette politique ; c'est que, après dix ans de mariage, elle était demeurée sans enfants. Cependant, en 1544, elle donna le jour à un fils et, à partir de cette époque, elle eut des grossesses très rapprochées. En 1547, à la mort de François l®', le mari de Catherine de Médicis montait sur le trône sous le nom de Henri 11, et Catherine était elle-même couronnée solennellement à Saint-Denis ; mais la véritable souveraine était Diane de Poitiers. Tous les efforts de Catherine tendaient à ne pas déplaire au roi, et elle sacrifiait tout à ses caprices. Pendant la campagne de Lorraine, investie quelque temps de la régence, elle eut un semblant de pouvoir. Henri II mourut en 1559. Catherine dut se montrer femme politique pour faire prévaloir son influeince sur l'esprit du jeune roi François 11, son fils, et pour conquérir une autorité qui lui avait échappé jusque-là . Le nouveau roi était d'un caractère indécis et entièrement; soumis à sa femme Marie Stuart, dominée elle-même par ses oncles, les piinces lorrains, François de Guise et'le cardinal de Lorraine, i-es Guises, personnifiant la cause catholique, étaient populaires et puissants. Catherine ne songea pas d'abord à leur tenir tête et se rapprocha d'eux. Elle respecta les biens de Diane de Poitiers parce qu'ils devaient revenir en partie aux Guises, et qu'elle ne voulait pas s'aliéner ses partisans ; mais Diane dut abandonner Chenonceaux à Catherine. Cependant, lorsqu'après la conjuration d'Amboise, Catherine vit la fortune des Guises s'accroître d'une façon inquiétante, elle éleva, de leur consentement même, au rang de chancelier Michel de l'Hospital (1560); elle chercha prudemment avec lui, par une politique de tolérance, à relever le parti protestant pour l'opposer au besoin aux Guises. Une assemblée de notable^ fut réunie à Fontainebleau, dans l'espoir qu'elle apporterait un remède aux agitations religieuses ; elle aboutit seulement à la convocation des Etats généraux pour le 13 déc. suivant.
Dans l'intervalle mourait François II. Il avait pour successeur son frère Charles IX, âgé de dix ans et demi. Les Etats généraux eurent ce résultat de conférer la tutelle du jeune roi à Catherine de Médicis, avec l'assistance du roi de Navarre, en qualité de lieutenant général. La reine mère tenta une politique de conciliation ; c'est en ce sens qu'elle dirigea les discussions du colloque de Poissy. Elle chercha tout à la fois à arrêter les progrès de la maison de Lorraine et à rapprocher du trône les Condé, les Montmorency, les Châtillon, en disgrâce sous le règne précédent, afin de neutraliser les partis l'un par l'autre ; elle résista aux remontrances de Phihppe II, son gendre, qui ne cessait de s'ingérer dans les affaires de France, et la poussait à la persécution religieuse. Le
CATHERINE
massacre de Vassy donna le signal de la guerre religieuse. Catherine songea un moment à invoquer l'appui de Condé, mais elle dut céder aux injonctions des triumvirs qui voulaient empêcher le jeune roi de tomber aux mains des huguenots. Catherine essaya à plusieurs reprises d'arrêter la guerre par des négociations; enfin, après l'assassinat du duc de Guise, fut signée la paix d'Amboise (19 mars 1563). Le 27 juin de la même année, Charles IX parvenait à sa majorité. Le jeune roi tint un lit de justice au parlement de Rouen. La reine mère, s'agenouillant devant lui, lui dit qu'elle lui remettait avec joie l'administration du royaume ; Charles embrassa sa mère et lui répondit qu'elle gouvernerait plus que jamais. Ce fut elle en effet qui prit la plus large part à la conclusion du traité avec l'Angleterre, signé à Troyes le 41 avr. 1564, traité important puisqu'il assurait à la France la possession de Calais qui devait être rendu à l'Angleterre d'après le traité de Cateau- Cambrésis.
Mais à ce moment un revirement complet allait se produire dans les tendances politiques de Catherine de Médicis. Débarrassée de la puissance gênante des Guises, elle comprit qu'elle ne gouvernerait qu'en mettant ses fils à la tête du parti catholique ; elle voulait ruiner le protestantisme lentement, sans violences et sans le secours d'armées étrangères. Catherine parcourut les provinces avec son fils Charles IX, dans le but de raffermir l'autorité du trône. C'est au cours de ce voyage qu'eut lieu, en 1565, cette mystérieuse entrevue de Bayonne qui semble avoir été le point de départ des terribles événements qui vont suivre. Catherine désirait revoir sa fille aînée, Elisabeth, mariée au roi d'Espagne, Philippe II; ce fut une occasion de traiter des questions politiques. Philippe II ne vint pas, mais se fit représenter par le duc d'Albe, soldat énergique et diplomate astucieux ; celui-ci avait emporté les instructions formelles de Philippe II d'après lesquelles il devait amener Catherine de Médicis à réprimer l'hérésie par toutes les voies de rigueur nécessaires. 11 est certain que la reine mère chercha d'abord à éviter toute sorte d'engagement et qu'elle sut déconcerter les desseins de son adversaire. Céda-t-elle à la fin, et les massacres qui ont eu lieu plus tard avaient ils été promis dès ce moment? Beaucoup l'ont soutenu ; toutefois des historiens éminents, MM. Picot, Henri Martin, Zeller, n'ont pas cru devoir admettre des conclusions aussi absolues. La question subsiste et, en tout cas, il resterait à savoir ce qui a été promis. Quoi qu'il en soit, l'entrevue de Bayonne avait éveillé les soupçons des protestants. Une seconde guerre religieuse éclata, et les chefs protestants conçurent le plan audacieux de s'emparer du roi. L'entreprise échoua ; Catherine décida non sans peine le roi à traiter, et la paix fut signée à Longjumeau le 23 mars 1568. Mais elle ne fut pas de longue durée. La politique de Catherine, qu'on a si bien qualifiée de tortueuse, amena de nouvelles insurrections. La reine mère, encore prête à négocier, ne put arrêter Condé dans sa marche vers La Rochelle. Elle vit que la lutte devenait inévitable, et pour que son fils ne cédât pas aux conseils de modération du chancelier de l'IIospital, elle l'amena à se retirer. Des mesures rigoureuses furent prises contre les protestants, en même temps que se continuait une guerre acharnée dans laquelle se distinguait le fils préiéré de Catherine, le duc d'Anjou. Malgré les revers des protestants, la reine mère, à bout de ressources, désirait la paix; elle fut signée à Saint-Germain (8 août 1570), mais Catherine ne l'obtint qu'au prix de larges concessions.
Il paraît à peu près certain qu'au moment où Catherine avait traité, elle n'avait pas encore de plan arrêté ; tout au plus songeait-elle à faire disparaître les chets de parti. Condé avait été tué à Jarnac ; Coligny l'inquiétait encore. Mais les politiques avaient su prendre le dessus à la cour, et Charles IX faisait conclure le mariage de sa sœur Marguerite avec le roi de Navarre, Henri. En même
temps, Coligny acquérait le plus grand crédit auprès du roi et poussait à la guerre avec l'Espagne ; Catherine voulait l'éviter. La reine mère et Coligny se disputaient l'esprit du roi. Catherine prit le parti de faire assassiner Coligny par les Guises. Une tentative eut lieu le 22 août 1572 ; l'amiral ne fut que blessé. Une conjuration se forma, dirigée par Catherine; il fallait décider le roi à sacrifier Coligny et à frapper un coup énergique. Il dut céder devant les menaces, les persuasions, les insinuations perfides de sa mère. Le massacre eut lieu dans la nuit du 24 août 1572, anniversaire de la Saint-Barthélémy. La responsabilité de ce crime doit en grande partie "retomber sur Catherine, et parmi ses complices, l'un des principaux fut le duc d'Anjou ; elle y fut poussée par des raisons politiques plutôt que par passion religieuse. Elle s'en fit un titre de gloire auprès des cours catholiques, et chercha à s'en disculper auprès des autres. Les Guises en tirèrent plus de profit qu'elle-même, et les huguenots ne tardèrent pas à organiser la résistance. En 1573, Catherine avait fait nommer roi de Pologne son fils, le duc d'Anjou, celui-ci ne devait pas tarder à être roi de France. Charies IX mourut le 30 mai 1574; le même jour, il venait de signer une ordonnance conférant la régence à sa mère. Elle en resta investie jusqu'à ce que son fils Henri fût revenu de Pologne, le 6 sept, suivant. Mais la guerre religieuse continuait. La reine mère poussait son fils à faire la paix; la paix de Monsieur en 1576, qui contenait en termes formels un désaveu de la Saint-Barthélémy, aboutit à un abaissement de la royauté et ne donna que plus de force au parti protestant. Ce fut alors que Catherine de Médicis vit naître la Ligue. En 1580, nous la trouvons réclamant les droits de sa famille à la couronne de Portugal ; plus tard, elle tenta de soutenir le prétendant don Antonio aux Açores, en 1582, puis à l'île de Terceire, en 1583, mais ce fut sans succès. Les progrès de la Ligue avaient amené le traité de Nemours (1585), puis la journée des Barricades (1588); la reine mère vint trouver le duc de Guise, mais ce fut en vain qu'elle essaya de fléchir ses prétentions, et pendant ce temps Henri III laissait Paris. Le 5 janv. 1589, treize jours après l'assassinat du duc de Guise, Catherine de Médicis mourut, et peu s'en fallut qu'elle ne vît l'avènement du premier Bourbon.
Si l'on cherche, à travers cette succession de luttes et d'intrigues auxquelles a été mêlée Catherine de Médicis, ce qu'elle a été vraiment, il semble qu'il soit bien difficile de découvrir les traits qui distinguent ce caractère. Certes, on ne peut dire qu'elle eut des desseins politiques arrêtés: mais elle eut l'ambition du pouvoir, ambition qui s'enracina d'autant plus qu'elle eut à lutter pour la satisfaire, et il se trouva qu'elle a servi ainsi l'intérêt môme de la France. Pour résister aux partis qui s'agitaient avec passion autour d'elle, tous les moyens lui furent bons, même le crime. Sceptique en politique, indifférente en religion en môme temps que superstitieuse, astucieuse et habile à feindre, elle a pratiqué sans cesse une politique de bascule, s'appuyant à tour de rôle sur les différents partis, mais veillant constamment à ce qu'aucun d'eux ne prenne une prépondérance dangereuse. C'est ce qui explique qu'elle ait poursuivi ces deux idées si conformes aux intérêts de la France, l'abaissement des grands et la résistance à la maison d'Autriche. Aussi Guizot a-t-il pu dire : « Si au point de vue moral on ne saurait juger Catherine de Médicis trop sévèrement, à travers tant de vices, elle eut des mérites ; elle prit à cœur la royauté et la France ; elle détendit de son mieux, contre les Guises et l'Espagne, l'indépendance de l'une et de Tautre, ne voulant les livrer ni aux partis extrêmes, ni à l'étranger. » Il faut ajouter qu'elle sut, avec un goût éclairé, favoriser les sciences et les arts. Elle accorda sa protection au grand sculpteur Germain Pilon, elle fit construire le palais des Tuileries par Philibert de Lorme, et plus tard l'hôtel de Soissons par Pierre Lescot. On voit
CATHERINE
encore un reste de cet hôtel au milieu de la Bourse du travail; c'est une haute colonne cannelée qui servait aux observations astrologiques de cette reine qui croyait à la magie, aux talismans et aux prédictions fournies par les astres. Les Lettres de Catherine de Médicis ont été publiées par M. le comte Hector de La Ferrière, 3 vol. in4, 4880-488T (Collection de documents inédits sur rhistoire de France), G. R. et L. Del.
BiBL. : De Reumont, la Jeunesse de Catherine de Médicis, 1854, trad. par A. Baschet. — Eugène Alberi, Vie de Catherine de Médicis^ trad, par M^i® S. (Sala); Paris, 1844, in-12. — A. Chéruel, Marie Studrt et Catherine de Médicis, 1858, in-8. -- Abbé C. Chevalier, Dettes et créanciers de la reyne mère Catherine de Médicis, 1589-1606 ; Paris, 1862, in-8 (Documents publiés d'après les archives de Chenonceaux). — A. Baschet, la Diplomatie vénitienne; Paris, 1862, in-8. — Henry White, the Massacre of Saint-Bartholomew ; Londres, 1868, in-8 (Articles critiques de Alfred Maury dans Journal des Savants, 1871, pp. 142, 241, 276, 417). —Henri Bordier, la Saint-Barthélémy et la critique moderne; Paris et Genève, 1879, in-4. — Alfred Maury, Nouvelles Recherches sur la Saint-Barthélémy [Journ. des Savants 1880, p. 154). — Baguenault de Pughesse, la Politique de Philippe II dans les affaires de France {Revue des quest. hist., 1879, t. XXV, p. 5). — Catherine de Médicis, par l'auteur de la Vérité sur Marie Stuart ; Paris, 1880, in-12.
— G. Gandy et G. Baguenault de Puchesse, la Sdint- Barthélemy [Rev. des quest. hisL, 1880, t. XXVllI, p. 268). — D'A. Ph. V. Segesser, Ludv^ig Pfyffer und seine Zeit; Berne, 1881, 2 vol. in-8. — De Ruhlk, Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret, 1881. — Jules Loiseleur, les Nouvelles Controverses sur la Saint-Barthélémy Revue histor., 1881, t. XV, p. 83) — F. Combes, l'Entrevue de Rayonne et la question de la Saint-Barthélémy ; Paris, 1882. — Hector de La Perrière, l'Entrevue de Bauonne [Rev. des quest. histor., 1883, t. XXXI V, p. 457).
— Comte Edouard de Barthélémy, Catherine de Médicis à Epernay pour la négociation de la paix de Nemours; Paris, 1884, in-16. — Auguste Laugel, Fragments dliistoire ; Paris, 1886, in-8. — Th. Sciiott, Kutharina von Medici {Zeitschrift fur allgemeine Geschichte ; Stuttgart, 1887, t. IV). — Erich Marges, Die Zusammenkwift von Bâyonne^ Strasbourg, 1889, in-8. — B. Zeller, le Mouvement Guisard en 1588; Catherine de Médicis et la Journée des Barricades {Revue historique, nov.-dêc, 1889, p. 253). — Nous ne citons aucun des ouvrages généraux sur l'histoire de France, et nous nous contentons aussi de renvoyer à la liste des sources contenue dans le tome h'- des Lettres de Cath. de Méd. publiées par M. de La Ferrière.
CATHERINE de Bourbon, duchesse de Bar, fille d'Antoine de Bourbon et de Jeanne d'Albret, sœur *àe Henri IV, née à Paris le 7 févr. 4558, morte à Nancy le 13 févr. 1604. Protestante, comme son frère, pour le mariage duquel elle était venue à Paris, elle se convertit au catholicisme, au bruit des arquebusades de la Saint-Barthélémy. Après la fuite de Henri de Bourbon de la cour, autorisée à le rejoindre en Béarn (1576), elle revint avec empressement à ses premières croyances, auxquelles elle devait désormais demeurer fidèle jusqu'à la mort. Cette particularité rendait son établissement difficile. Des projets d'alliance avec Philippe II, roi d'Espagne (1580), avec Charles IH, duc de Lorraine (1581), avec le duc Charles-Emmanuel de Savoie (1583), échouèrent de ce chef. Une autre cause allait lui faire rejeter à son tour des partis non moins brillants. En 1587, elle s'éprit d'une vive passion, et qui semblait payée de retour, pour Charles de Bourbon-Condé, comte de Soissons, son cousin germain. Mais son frère refusa son consentement, il avait percé à jour les motifs intéressés de la poursuite du personnage ; il connaissait son ambition, sa versatilité; et, de fait, Soissons se vit à peine éconduit que, de dépit, il passa à la Ligue. Malheureusement, Catherine de Bourbon garda toutes ses illusions. Le roi d'Ecosse, Jacques VI, ayant sollicité sa main en 1588, elle repoussa ses avances. Le duc Christian d'Anhalt, en 1591, le duc Henri de Montpensier, en 1596, devaient avoir le même sort. Henri IV finit par s'en irriter, d'autant plus qu'il savait que Soissons et Catherine avaient échangé secrète'! ment des promesses de mariage. Il députa Rosny pour les leur reprendre, et celui-ci n'y parvint qu'à grand' peine. La France étant à peu près pacifiée, il manda à
sa sœur de le venir retrouver à Paris. Le cardinal du Perron composa à cette occasion les vers que voici :
Venez, ô chère sœur, délices de nostre âge, Voir vostre frère assis sur le trône des rois ; Venez voir ses sujets- lui rendre un juste liommage
Et goûter tout ravis la douceur de ses lois.
Cette gracieuse invitation était pour plaire à une femme qui avait hérité dans une large part des talents poétiques de son aïeule Marguerite d'Angoulême. Elle s'y rendit, sans se douter que, une fois de plus, un piège se cachait sous les fleurs. La rancune qu'elle nourrissait contre Sully lui ayant arraché des mots aigres à l'adresse de ce dernier : « Ma sœur, écrivait Henri IV à l'un de ses ambassadeurs, est toujours de mauvaise humeur. C'est pourquoi je me dépêche le plus possible de la marier. » Il était alors en pourparlers pour Punir au duc de Bar, héritier présomptif du trône de Lorraine. Quand la proposition lui en fut faite : « Je n'y trouve pas mon compte », dit-elle; et ce jeu de mots mélancolique fut sa seule protestation. La différence de religion des deux tiancés fit cependant naître des difîicultés par suite desquelles la négociation traîna longtemps. Tout s'arrangea enfin et le 25 févr, 1600, elle partit, inconsolable, pour sa nouvelle patrie. « On ne vit jamais tant de regrets de quitter la France », disait peu après Louise de Coligny, son amie d'enfance. Elle ne survécut que quatre ans à cette séparation, et laissa des regrets unanimes chez tous ceux de l'une et de l'autre religion qui l'avaient connue.
Léon Marlet.
BiBL. : Lettres de Catherine de Bourbon, publ. par E. de Fréville dans la Bibliobthèque de l'Ecole des Chartes, t. XVIII. -— Lettres missives de Henri IV, publ. par Berger de Xivrey et Guadet. — Economies royales ou Mémoiï^es de Sully. — Mémoires et Correspondance de Du Plessis-Mornay. — Correspondance de "Louise de Coligny, princesse d'Orange, publ. par P. Marchegay et L. Marlet: Paris, 1887, in-4. — Comtesse d'ARMîliLLÉ, ViedeCatherine de Bourbon, duchesse de Bar (Paris. 1872, in 8 , 2^ éd.). — Du Verdier, Bibliothèque françoise . — Le Parnasse François, éd. de 1618.
Russie.
CATHERINE P^ (Catherine Alexievna, en russe Materina), impératrice de Russie, née en 1682, morte le 10 mai 1727. Elle était née, selon les uns : à Germunared, en Suède, fille de Jean Rabe, quartier-maître du régiment suédois d'Afsborg, et avait pour prénom Marthe. Après la mort de son père (1684), elle fut ramenée en Livonie par sa mère qui mourut l'année suivante. D'après d'autres, elle serait née le 15 avr. 1679 à Jakobstadt, en Courlande, fille de Samuel Skawronski. Devenue orpheline, elle fut recueillie à Marienbourg par le pasteur Gluck qui la fit élever dans la religion protestante. Elle épousa, en 1702, un dragon suédois qui partit pour la guerre et disparut. La même année, Marienbourg fut pris par les Russes ; la jeune femme, emmenée prisonnière, fut recueillie chez Mendschikov qui la prit à son service. Pierre le Grand la vit, en devint amoureux et lui fit embrasser l'orthodoxie (1703) ; elle eut pour parrain le tsarévitch Alexis et prit le nom de Catherine Alexievna ; elle devint la maîtresse en titre du tsar ; ûh sut habilement s'attacher son affection et lui rendit de grands services lors de la désastreuse expédition du Pruth (1711). En mémoire de cette circonstance, Pierre fonda Tordre de Sainte- Catherine. L'empereur, qui avait déjà eu d'elle plusieurs enfants, se décida à l'épouser en 1712 ; en 1724, il la fit couronner à Moscou.
A la mort de Pierre le Grand (1725), les partisans de Catherine, Mendschikov, Bassewitz, lagouchinsky et l'archevêque Théophane firent proclamer Catherine au détriment de l'héritier légitime de la couronne, son petit-fils, le jeune Pierre Alexievitch. Mendschikov exerça défait le gouvernement. Les principaux événements du règne de Catherine furent l'ouverture de l'Académie des sciences (1725) et rétablissement du Conseil supérieur secret destiné à contrebalancer l'influence du Sénat, l'expédition de
CATFÏERINE
Behring. Par son testament elle désigna Pierre II pour lui succéder. Elle était aussi remarquable par son intelligence que par sa beauté et elle exerça, en somme, sur son époux riniluence la plus salutaire. Cependant, sous son règne, la Russie joua un rôle moins considérable que sous Pierre le Grand. L. L.
BiBL. : MoTTLEY, Histovy of the life of Catherine I ; Londres, 1744. — Arseniev, l'Impératrice Catherine 11 [en russe) ; Saint-Pétersbourg, i856. -— Bruckner, Peter der Grosse; Berlin, 18"/9. — Le même, Historiches Tachenbuch, 1880, et les historiens de Pierre le Grand.
CATHERINE II ou CATHERINE ALEXIEVNA, impératrice de Russie, née à Stettin le 2 mai 1729, morte le 17 nov. 1796 à Saint-Pétersbourg. Elle était fille de Christian Auguste, prince d'Anhalt-Zerbst, général au service de la Prusse. Née dans la religion luthérienne, elle avait été baptisée sous le nom de Sophie-Auguste ; elle l'échangea contre celui de Catherine lorsqu'elle se convertit à l'orthodoxie russe pour épouser (le 1^^ sept. 1745) le grand-duc Pierre Fedorovitch , neveu et successeur désigné de l'impératrice Elisabeth. Le roi Frédéric II, qui s'intéressait à la jeune princesse, avait négocié pour elle ce mariage. Catherine était très supérieure en intelligence à son grossier époui ; l'union ne fut pas heureuse. Pierre délaissait sa femme ; la princesse eut tour à tour pour amants un Soltykov, Stanislas Poniatowski qui de-
Médaille de Catherine II.
vait être le dernier roi de Pologne, et Grégoire Orlov. Son époux l'avait prise en haine et songeait à l'exiler ou à l'enfermer dans un couvent. Au mois de janv. 1762, il monta sur le trône. Catherine, grâce à son intelligence, à ses démonstrations bruyantes de dé^'otion orthodoxe, avait conquis les sympathies du peuple russe. Soutenue par Orlov et son frère Alexis, elle ourdit une conspiration qui avait pour objet d'obliger l'empereur à abdiquer et de proclamer la tsarine régente pendant la minorité du grandduc Paul, alors âgé de huit ans. Les troupes et le clergé acclamèrent Catherine comme impératrice. Pierre fut emmené au château de Ropcha et y fut assassiné (17 juil. 1762). Catherine ne prit point part à ce meurtre, mais on ne peut dire qu'elle en fut affligée. Elle conserva Grégoire Orlov comme favori et comme confident ; en 1773, il fut remplacé par Grégoire Pottemkine qui lui-même eut pour successeur Zoubov. Pendant vingt années, Nikita Panine, sans être l'amant de l'impératrice, exerça l'influence la plus sérieuse sur sa politique ; le métropolitain Platon fut également un conseiller fort écouté. D'ailleurs, les mœurs dissolues de Catherine ne firent aucun tort chez elle aux qualités politiques de l'impératrice. Après celui de Pierre le Grand, son règne est un des plusremarquables'JdeM'histoire de Russie. Dès son avènement, elle s'annonça comme une princesse réformatrice ; elle était.
en dépit des défaillances de sa vie privée, imbue de l'esprit large et tolérant du xviii« siècle. Elle s'efforça de le faire prévaloir autour d'elle ; elle annonça qu'elle prendrait pour modèle Pierre le Grand et s'appliqua à faire oublier son origine étrangère par l'ardeur de son patriotisme. Douée d'une grande force de travail, elle assistait fréquemment aux séances du Sénat, voyageait dans son immense empire, écrivait elle-même des ukases, des dépêches, des ordres aux généraux. Son premier acte fut la convocation d'une commission chargée d'établir un nouveau code de lois (Oulojenie), Elle y fit figurer des représentants de toutes les classes et rédigea pour eux une instruction célèbre (Nakaz), oii elle s'inspirait de Montesquieu et de Beccaria. La commission était trop peu éclairée pour comprendre l'esprit moderne et ses travaux n'aboutirent pas. L'impératrice s'occupa ensuite des finances; elle mit un impôt sur les biens ecclésiastiques, améliora le régime des boissons, créa la banque des assignats, la société économique, introduisit la culture de la pomme de terre en Russie, attira des colons étrangers, surtout allemands, bâtit les villes qui ont conservé son nom, Ekaterinenbourg, Ekaterinoslav, etc., fonda le collège des médecins, ouvrit des hôpitaux, notamment le fameux asile de Moscou. Elle fit pénétrer en Russie l'usage de la vaccine, à laquelle elle se soumit elle-même. En 1775, la Russie fut divisée en cinquante gouvernements, subdivisés eux-mêmes en districts ; à cette division correspondaient des institutions judiciaires et financières. Le cadastre de l'empire fut dressé. La petite Russie fut divisée en deux gouvernements et les fonctions d'hetman furent supprimées. Les troupes cosaques furent réorganisées et soumises à une rigoureuse discipline. Le privilège de 1785 régla la situation de la noblesse; elle eut désormais ses assemblées provinciales présidées par un maréchal. La classe bourgeoise reçut un statut spécial qui organisa les municipalités. En revanche, les paysans furent complètement oubliés. Catherine rêva, d'accord avec Betzky, tout un plan d'éducation nationale qui commençait dans les asiles où les enfants étaient instruits et nourris, se continuait dans les petites écoles des villes de district et s'achevait dans les grandes écoles des chefs-lieux de gouvernement. Elle voulait ouvrir aussi quatre universités. Mais faute de personnel, elle ne réussit à créer que quelques établissements secondaires. Elle créa les corps des cadets pour l'artillerie et le génie et le monastère de Smolna pour les filles nobles. xAvec l'aide de la princesse Dachkov, elle fonda Y Académie russe pour le développement de la littérature russe. Elle encouragea cette littérature et y joua elle-même un rôle fort honorable ainsi qu'on le verra plus loin.
Malheureusement ces réformes, le luxe de la cour, l'avidité des favoris imposèrent de lourdes charges au peuple et provoquèrent de graves mécontentements. On fit courir le bruit que Pierre 111 n'était pas mort et à diverses reprises des prétendants apparurent sous son nom tantôt à Pétersbourg, tantôt à Astrakhan. Le clergé se plaignait des charges qui lui étaient imposées, les vieux Moscovites s'indignaient des innovations occidentales ; les serfs avaient espéré leur affranchissement et n'avaient rien obtenu ; les Cosaques voyaient avec peine restreindre leurs antiques libertés ; les raskolniks ou hérétiques étaient obligés de payer le double de l'impôt normal et s'en indignaient. La peste, qui éclata en 1771 après la campagne de Turquie, augmenta encore la misère publique. Un aventurier audacieux, le Cosaque Pougatchev, se fit passer pour Pierre III et groupa autour de lui tous les mécontents dans la région de la Volga. Il s'empara de Kazan, de Saratov, de Penza. Pour le vaincre, il fallut envoyer contre lui Souvorov (1774).
A l'extérieur, Catherine se montra la digne continuatrice de Pierre le Grand, le digne émule de Frédéric II et de Marie-Thérèse. Elle s'allia avec la Prusse, rétablit le duc de Biren en Courlande et intervint dans les affaires
CATHERINE
de Pologne pour soutenir les dissidents, c.-à-d. les protestants et les orthodoxes. Elle avait fait nommer roi son ancien amant Poniatowski ; elle exerçait depuis son avènement un véritable protectorat. Frédéric 11 n'eut pas de peine à la décidera consentir au premier partage (4772). Il valut à la Russie les gouvernements de Vitebsk et de Mohilev, provinces que la Russie disputait depuis longtemps à la Pologne. Plus tard, en 1793, elle prolita des troubles intérieurs de la République pour elFectuer le second partage qui lui assura l'Ukraine occidentale et une partie de la Lithuanie. L'année suivante, elle envoya Souvorov en Pologne ; il s'empara de Varsovie après une campagne sanglante et cruelle ; le partage de 1795 donna à la Russie le reste de la Lithuanie et la Courlande qu'elle convoitait depuis longtemps. Le reste des pays polonais fut pris par l'Autriche et la Prusse qui avait été la première instigatrice des partages. Catherine, d'autre part, s'efforça de mettre la Russie en possession de la mer Noire. Elle déclara la guerre à la Turquie en 1768. Les troupes russes se distinguèrent au siège de Khotin, aux combats de la Larga et du Korgoul. En 1771, le prince Dolgorouky pénétra en Crimée. Une escadre russe parut dans l'archipel et anéantit la flotte turque dans le port de Tchesmé (1770). Le traité de Kouïtehouk Kaïnardji (1774) valut à la Russie la possession d'Azov et de Kertch, le droit de faire passer ses navires marchands de la mer Noire dans la Méditerranée et la protection des chrétiens orthodoxes de la péninsule balkanique. Les Tatars du Boug, de Crimée et du Kouban, étaient désormais indépendants de la Porte, c.-à-d. en réalité sujets de la Russie. Les triomphes de Catherine étaient dus à des généraux comme Roumiantsov et Dolgorouky, des amiraux comme Orlov, Spiridov, Greigh. En 1783, la Crimée fut conquise et le premier navire de guerre russe fut lancé sur la mer Noire. Enfin, Catherine osait tenir tête même à l'Angleterre et, en 1780, elle se mettait à la tête de la neutralité armée pour interdire le droit de visite que les Anglais prétendaient s'arroger.
L'organisation des pays nouvellement enlevés aux Turcs et aux Tatars fut confiée à Polemkine ; Catherine rêva un instant, d'accord avec Joseph 11, la reconstitution de l'empire byzantin dont le premier titulaire devait être son petit-fils. Ce projet grec n'aboutit pas. La Turquie, en 1787, déclara la guerre à la Russie sous prétexte de réclamer la suzeraineté de la Grouzie dont le roi lléraclius venait de faire hommage à la Russie. La campagne fui menée par Souvorov qui battit les Turcs à Fokchany, Rymniket prit d'assaut Ismaïl. Le traité d'Iassy reconnut à la Russie la possession de la Crimée et la forteresse d'Otchakov et de toute la rive septentrionale de la mer Noire ; Gustave III avait pendant cette guerre essayé de reprendre la Finlande, mais il ne put y réussir.
Pendant les dernières années du règne de Catherine, le favori tout-puissant fut Potemkine. Passionné pour le luxe, il entraîna l'impératrice à des dépenses qui achevèrent d'épuiser le trésor public et provoquèrent de graves mécontentements. Catherine fut effrayée par les conspirations de l'intérieur et par les progrès de la Révolution française; elle renia les principes libéraux qu'elle avait affecté de professer ; elle fit exiler ou interner les hommes de lettres qui les avaient embrassés (Kniajnine, Radistchev, Novikov). Elle venait d'envoyer une escadre et de mettre en campagne Souvorov contre la République française, quand elle fut surprise par la mort à Fâge de soixantesept ans.
Catherine H sut, en général, s'entourer de collaborateurs distingués ; outre ceux qui ont été nommés plus haut, on peut encore citer des diplomates comme Bezborodko, Osterman, Vorontsov, Repnine, Sievers, Budberg, Dmitri Galitzyne, des administrateurs comme Betzky, des confidents comme la princesse Dachkov. Elle comprit toute l'importance de l'opinion publique — sinon en Hussie du moins à l'étranger — et s'efforça de se la concilier parles
rapports qu'elle entretint avec les principaux philosophes français. Elle attacha à son service Grimm qui, pendant de longues années fut, en quelque sorte, à Paris, son ambassadeur littéraire, traduisit une partie du Bélisaire de Marmontel, attira Diderot à Saint-Pétersbourg, acheta sa bibliothèque et entretint avec Voltaire une correspondance célèbre qui se prolongea de 1763 à 1778 ; elle fit élever par un artiste français, Falconnet, le monument de Pierre le Grand à Saint-Pétersbourg et enrichit cette capitale de monuments et d'œuvres d'art. Sous son règne, l'esprit philosophique pénétra dans la littérature russe, des revues se fondèrent ; des écrivains distingués, Von Vizine, Ablesimov, Kniajnine, Kheraskov, Bogdanovitch écrivirent des œuvres élégantes qui se lisent encore aujourd'hui. Derjavine célébra dans des odes pindariques ou dans des poésies légères les hauts faits du règne ou la vie de la cour. Catherine elle-même occupe parmi ces écrivains un rang distingué. Sauf la poésie, elle a, en littérature, abordé tous les genres : la littérature politique et sociale avec V Instruction dont il a été question plus haut, les éléments d'instruction civique, le drame historique, la comédie, le conte populaire, le pamphlet, la pédagogie (conte moral du prince Chlore, instruction du prince Soltikov), le journalisme (collaboration à la revue Un peu de tout, au recueil Byly et Nebyly), etc. Elle avait organisé au palais d'hiver, plus tard à celui de l'Ermitage un théâtre où elle fit représenter quelques-unes de ses pièces : Oleg, drame historique, le Chevalier de malheur^ pièce satirique où elle bafouait le roi de Suède, Gustave lïï, et qui n'a pas été conservée; des comédies, où elle mettait en scène les mœurs et la société russes : la Fête de madame Vortchalina (Grognon), les Malentendus, la Famille désunie, le Charlatan de Sibérie, 0 Temps, des Proverbes en russe et en français {le Flatteur et les flattés, le Iracassier, les Voyages de Promotaiev, etc.). Elle a écrit en tout quatorze comédies, neuf opéras, sept proverbes. On n'a conservé que onze comédies, sept opéras et neuf proverbes, soit en tout vingt-sept pièces. Aucune de ces pièces ne saurait être considérée comme une œuvre de premier ordre, mais toutes renferment des scènes intéressantes ; les types les plus réussis sont des caricatures assez plaisantes de vieilles femmes bigotes , ignorantes et superstitieuses. Voltaire, qui connut quelques-unes de ces pièces par une traduction, se crut obligé d'en louer « le dialogue toujours vrai et toujours naturel », mais n'ajoute point d'autre éloge. Diderot écrivait de la pièce intitulée 0 Temps I : « Je ne suis point étonné que ce poème ait eu du succès, il est national, il est gai, les caractères en sont bien dessinés, bien suivis et fortement peints ; les scènes simplement amenées, les incidents domestiques, toute la conduite naturelle et le dialogue vrai. » La critique moderne est naturellement moins indulgente. « Les comédies de Catherine, dit M. Polevoï dans son Histoire de la littérature russe, ne méritent pas une attention particulière au point de vue artistique ; néanmoins, elles sont fort importantes et constituent une tentative remarquable dans la peinture des types et des traits empruntés à la vie contemporaine. » Catherine écrivait dans une langue parfois incorrecte, mais qui ne manque ni de vigueur, ni d'originalité. Au fond, bien qu'elle fût née en Allemagne, sa vraie langue maternelle était le français; outre sa correspondance avec Voltaire, d'Alembert, Diderot, Grimm, souvent réimprimée dans les œuvres de ces écrivains, elle a publié de son vivant : Antidote ou examen d'un mauvais livre superbement imprimé, intitulé: Voyage en Sibérie, par M. l'abbé Chappe d'Auteroche (1770, sans indication de lieu; Amsterdam, 1771). Les Mémoires de Vimpératrice Catherine II écrits par ellemême ont été édités à Londres en 1859. Ils vont de 1729 à 1758. Un certain nombre d'ouvrages de Catherine ont été traduits en français ; Y Instruction, à Saint-Pétersbouraj en 1769, à Iverdun, \ 769, le Tsarévitch Chlore (Berlin, 1872) ; 0 Temps, par Leclerc (Paris, 1826) et
CATHERINE
par A. Legrelle (Gand, 1888) ; les Proverbes dans le Recueil de pièces de VHermitage (Saint-Pétersbourg, 4808). Ses lettres russes ont été publiées dans un grand nombre de recueils de Pétersbourg et de Moscou. L. Léger.
BiBL. : Une bibliographie complète de la vie et de l'œuvre de Catherine II formerait la valeur d'un volume. On en trouvera les principaux éléments dans les ouvrages suivants : Catalogue des Russica de la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg ; Saint-Pétersbourg, 1873,2 vol. in-8,voir la table méthodique, pp. 623 et suiv. — Des indications plus sommaires, mais suffisantes, sont données dans Vliistoire de Russie de M. A. Rambaud; Paris, 1884, 3® édit. — Dictionnaire bibliographique des femmes écrivains russes; Saint-Pétersbour»-, 1889. — Castera^ Histoire de Catherine II : Paris, 1800, 2 vol. — Tooke, Histoire de l'empire de Russie sous Catherine II (trad. de l'anglais); Paris, 1801, 6 vol. ~ Sabathier de Castres, Catherine II et la Russie; Berlin, 1869. — Capefigue, la Grande Catherine; Paris, Î862. — Brûckner, Catherine II; Berlin, 1883, en ail. Le même ouvrage en russe avec de très curieuses illustrations; Saint-Pétersbourg, 1885. — Art. de M. Rambaud dans la Revue des Deux Mondes^ 1874 et 1877. — Tratghevsky, le Furstenbund et la politique allemande de Catherine II (en russe) ; Saint-Pétersbourg, 1877. — Les ouvrages de Soloviev, Kostomarov, Ilovaïsky sur la fin de la république polonaise. — Vey- DEMEYER, la Cour et les hommes remarquables de la Russie dans la seconde moitié du xvi^ siècle. — Lettres de Grimm à Catherine 11^ publiées par Jacques Grot; Saint-Pétersbourg, 1886. — Sainte-Beuve, Nouvelles Causeries du lundi, t. IL — Les Mémoires du prince de Ligne, du comte de Ségur, du prince Adam Czartoryski, de Niemcevi^icz. — Polevoï, Histoire de la littérature russe, 2« édit.
Suède.
CATHERINE, reine de Suède, née en 1513, morte le 23 sept. 1535. Fille de Magnus l«^ de Saxe-Lauenburg et de Catherine de Brunsvig, elle fut mariée en 1531 à Gustaf Vasa qui Tavait recherchée par politique; aussi, malgré la naissance de Erik (XIV) en 1533, le bon accord ne dura-t-il pas longtemps entre les époux ; et, au lieu de travailler à atténuer le désaccord, elle l'aggrava en laissant entendre à son beau-frère, le roi de Danemark Christian 111, que Gustaf Vasa voulait attenter à sa vie. B-s.
CATHERINE Jagellon, reine de Suède, née le 1^^' nov. 1526, morte le 15 nov. 1583. Fille du roi de Pologne Sigismond P^' et de Bonne Sforza, elle fut mariée à Vilna, le 4 cet. 1562, avec un des fils de Gustave Vasa, le prince Jehan (III), de onze ans plus jeune qu'elle. Lo roi Erik XIV, après avoir approuvé cette union, en fit plus tard un grief à^son frère; les époux, arrêtés par son ordre au château d'Âbo (1563), furent incarcérés jusqu'en 1567 à Gripsholm, oii naquirent deux de leurs enfants : Isabelle, en 1564, et Sigismond (III) en 1567. Ils eurent plus tard Anna (1568). Catherine, réclamée par le tsar Ivan IV, un de ses anciens prétendants, allait être livrée à ses envoyés par Erik XIV, lorsque la chute de celui-ci fit passer le trône à Jean III. La reine fut couronnée avec lui (10 juil. 1569) et elle obtint en apanage l'ile dOEland et une partie de l'OEstcrgœtland. Habile et dévouée, elle jouit d'une grande influence, décida Jean III à embrasser le catholicisme et fit élever dans cette religion son fils, Sigismond III, qui put ainsi être élu roi de Pologne, mais qui pour la même cause finit par perdre le trône de Suède. Elle fut inhumée dans la cathédrale d'Upsala oii l'on voit son beau mausolée. Une partie de sa correspondance, en polonais, est conservée à Lund dans le registre de sa chancellerie, B-s.
CATHERINE Stenbock, reine de Suède, née le 22 juil. 1535, morte à Strœmsholm le 13 déc. 1621. Fille du riksrâd Gustaf Olofsson Stenbock, seigneur de Torpa, et nièce de la seconde femme de Gustaf Vasa, celuici Tépousa, le 22 août 1552, malgré les protestations du clergé et quoiqu'elle eût été dès son enfance fiancée à Gustaf Johansson Tre-Rosor. L'union fut heureuse quoique stérile. La reine se fit aimer par sa bienfaisance, mais elle eut des difficultés à propos des îles d'Âland que le roi lui donna en mourant, quoique par son testament il les eût attribuées à son fils Cari (IX). B~s.
CATHERINE ou KARIN MANSDOTTER, reine de
Suède, née vers 1550, morte le 13 sept. 1612. Orpheline d'un soldat, elle vendait des noix dans les rues de Stockholm lorsque le roi Erik XiV remarqua sa beauté, la plaça comme femme de chambre auprès de sa sœur,' la princesse Elisabeth, et lui fit donner une éducation soignée. Elle brillait dans les fêtes, suivait le roi dans ses voyages et le servait tendrement dans ses accès de démence. Dès le 15 oct. 1566, elle lui donna une fille nommée Sisridle 28 fév. 1568, un fils, Gustaf, naquit de leur mariaee secret qui fut rendu public et célébré pompeusement le 4 juil. 1568. Son couronnement, qui eut lieu le lendemain, excita l'indignation des frères du roi et des grands qui, soulevés contre lui, le firent prisonnier le 29 sept. 1568. Catherine, qui avait contribué à la catastrophe en ruinant le Trésor par son luxe de parvenue, resta fidèle au pauvre insensé et partagea sa prison jusqu'en 1573, où elle fut séparée de lui et internée à Âbo avec ses quatre enfants. La famille royale lui fit une position digne de la veuve d'un roi; elle obtint comme douaire le vaste domaine de Liuksiala près Tammerfors en Finlande (1577). Elle était douce et bienfaisante, mais le peu que l'on sait d'elle ne justifie pas la légende que lui ont faite les bonnes gens et que poètes et artistes embellissent à l'envi. Beau vois, r ^^^hL^^JHt^-» P^^ O. Kancken, dans Suomi; Helsin;?fors 1850, t IX, pp 1-78, in-8; et par A.-G. Ahlgvist : Stockholm, 1874, in-8. '
CATHERINE, princesse suédoise, née à Nykœpin^ le 12 nov. 1584, morte à Vesterâs le 16 déc. 1638. Fille de Cari (IX) et de Marie, princesse palatine, elle fut mariée le 11 juin 1615 à Jean-Casimir, comte palatin, et chargée d'élever sa nièce (la reine) Christine, fille de Gustaf-Adolf (1631-2 et 1636-8). La correspondance qu'elle entretint avec son mari et son fils (le roi) Cari X Gustaf, et qui est conservée aux archives nationales de Suède, est aussi intéressante comme expression de ses nobles sentiments que comme peinture des mœurs. B-s.
Saintes et religieuses.
CATHERINE d'Alexandrie (Sainte), vierge et martyre, morte vers 307. Fête le 25 nov. -- Cette très illustre sainte était née à Alexandrie, de sang royal. La nuit qui suivit son baptême, elle eut un songe en lequel la vierge Marie lui apparut tenant dans ses bras le petit enîant Jésus, merveilleusement beau. Et Jésus la chérit et la caressa ; se la fiançant en la présence de sa très sainte mère, d'une multitude d'anges et des saints du ciel, il lui donna un anneau, comme à une vraie épouse. Catherine, s'étant éveillée, trouva l'anneau à son doigt. — En ce temps-là, Maximin, qui gouvernait l'Egypte et la Syrie, publia un édit annonçant qu'il allait faire un grand sacrifice aux dieux pour les remercier de leur protection, et ordonnant à tous ses sujets, sous peine de mort, de venir témoigner la révérence qu'ils portaient aux grands dieux. Et le peuple accourut de tous pays à Alexandrie pour faire des sacrifices. Alors, Catherine, qui n'élaitagêe que de dix-huit ans, résolut d'aller vers l'empereur et' de le reprendre du crime dans lequel il précipitait ce peuple aveuglé, le traînant avec lui en enfer. Maximin, précisément, célébrait le sacrifice annoncé, quand elle vint lui faire cette réprimande ; il continua son sacrifice. Le sacrifice achevé, l'empereur fit conduire la jeune fille dans son palais et il lui demanda : Qui es-tu ? La sainte répondit: Mon nom est Catherine; ma race royale est assex, connue en cette ville. J'ai employé mon temps à étudier la rhétorique ; mais je ne me vante de rien, sinon d'être chrétienne et d'avoir pour mon époux Jésus-Christ, vrai dieu et vrai homme. Puis elle lui rendit raison de sa foi avec telles grâce, sagesse et éloquence que l'empereur, stupéfait de l'entendre si doctement parler, ne faisait que la regarder et admirer son incomparable beauté, sans pouvoir trouver un mot à lui répondre. 11 la fit retenir en son pakis et il assembla les plus savants de son empire pour disputer contre elle : cinquante grands rhéteurs et philosophes. Avant cette