CANONNADE — CANONNIÈRE
Au milieu des troupes patriotes, mais novices, l'artilierie seule possédait l'instruction militaire. La première bataille de la Révolution, Valmy, ne fut qu'une canonnade. Elle décida la retraite de l'armée de Brunswick. Bien d'autres actions semblables se produisirent à la même époque.
Sous Napoléon I*^*" , l'artillerie prit progressivement une importance numérique considérable, et ce grand capitaine décida souvent de la victoire en concentrant le feu d'immenses batteries sur un objectif déterminé. Le champ de bataille de Wagram fut le théâtre du plus formidable duel d'artillerie qu'on eût encore vu. Pour la première fois, cent bouches à feu y manœuvrèrent en une seule masse, sous un même commandement. Il y eut, à la seconde journée de Bautzen, une épouvantable canonnade ; 484 canons, réunis au centre de l'armée, sous la direction du maréchal Marmont, formèrent une grande batterie qui écrasa tout ce qu elle avait devant elle.
De nos jours, cette importance de l'artillerie dans les combats u'a fait qu'augmenter. La guerre de 1870 présente de nombreux exemples de grandes niasses d'artillerie concentrant ainsi leurs feux sur les troupes ennemies. A Sedan, l'ennemi amena 160 bouches à feu sur les hauteurs de Saint-Menges. A la bataille de Saint-Privat, 210 bouches à feu allemandes réunies canonnèrent le village. Les batailles actuelles débutent presque toujours par un duel d'artillerie, les difiérentes fractions engagées envoyant le plus vite possible leur artillerie rejoindre les batteries déjà engagées. Aussi la ligue de bataille est-elle à peu près dessinée par celle de l'artillerie. Cette action de l'artillerie en grande masse est l'objet en France d'études suivies, et les officiers qui prennent part ou assistent aux manœuvres annuelles du camp de Châlons y peuvent voir l'artillerie exécuter des tirs d'ensemble auxquels prennent part plus de 100 bouches à feu.
CANON NIER. L Armée de terre. — On donne le nom de canonnier à tout soldat servant dans l'arme de l'artillerie. Ceux qui sont particulièrement affectés au service des pièces portent le nom de canonniers servants^ ceux qui sont destinés au service des attelages sont appelés canonniers conducteurs. Dans chaque batterie, on distingue les premiers et les deuxièmes canonniers. Les premiers canonniers sont désignés parmi les plus méritants. Quand on s'adresse à un artilleur et dans les commandements militaires, on l'appelle : canonnier, Ex. : canonnier à droite ^ canonnier à gauche. Avant Louis XIV, le service des bouches à feu sur les champs de bataille et dans les sièges était fait par les maîtres canonniers, auxquels étaient adjoints leurs aides ou valets et des paysans réquisitionnés. Plus tard, on appelle plus particulièrement canonniers ceux des artilleurs affectés aux canons dans la guerre de siège. Le service des mortiers était fait par les bombardiers. Après 1791, dans les compagnies de canonniers qui composaient les régiments, les soldats durent être à la fois canonniers, bombardiers. Ils reçurent l'appellation unique de canonniers.
IL Marine. -~ Marin spécialement destiné au service et à l'entretien de l'artillerie à bord d'un navire de l'Etat.. Le personnel des canonniers, recruté avec soin parmi les inscrits maritimes remplissant des conditions spéciales d'intelligence, de vigueur physique et d'acuité de vue, reçoit pendant huit mois une instruction théorique et pratique à bord du vaisseau-école des canonniers la Couronne, qui stationne soit aux îles d'Hyères, soit en rade de Toulon. Au sortir de cette école, et s'ils ont satisfait convenablement aux épreuves de l'examen, les apprentis canonniers reçoivent un brevet qui les fait entrer dans la spécialité ou branche des canonniers, une des douze spécialités du corps des équipages de la flotte. Il y a des canonniers brevetés de l'^« ou de 2^ classe, des quartiers-maîtres canonniers, des seconds maîtres et des premiers maîtres canonniers (1^^ soldat, caporal, sergent et adjudant). C'est le décret du 5 avr. 1854 qui a fixé à peu de choses près les bases de l'organisation actuelle ; avant
cette époque, les canonniers étaient formés dans les écoles d'artillerie navale installées à terre et dépendant des divisions des équipages de la flotte à Toulon et à Brest (organisation de 1837). La spécialité dé canonnier est la deuxième dans l'ordre des préséances, c.-à-d. qu'à égalité de grade, c'est au maître canonnier, après le maître d'équipage ou maître de manœuvre, et 3i\'ànt tous iQsznires officier s mari - 7iiers, que reviendrait le commandement d'un navire dont tous les officiers auraient successivement disparu.
Canonnier vétéran. Officier marinier (sous-officier) ou quartier-maître de la spécialité des canonniers qui, après avoir rempli pendant quatre ans les fonctions de son grade et de sa spécialité au service de la flotte, est admis à renouveler ou parfaire son instruction théorique et pratique sur un navire annexe du vaisseau-école des canonniers, le vaisseau rasé le Saint-Louis. Sur ce navire on s'efforce de [)erfectionner les canonniers vétérans dans la manœuvre et l'entretien des pièces les plus puissantes de l'artillerie navale actuelle. R. D.
CANONNIÈRE.Î.Marine.— Bâtiment deflottille, c.-à-d. bâtiment destiné à servir sur les côtes ou dans les grands cours d'eau, caractérisé par conséquent par la faiblesse de son tirant d'eau, et pourvu d'une artillerie puissante par rapporta son déplacement.
La canonnière, qui n'était autre chose au siècle dernier qu'une grosse chaloupe, mue par des avirons et armée d'une bouche à feu à son avant, a pris une importance beaucoup plus grande au commencement de ce siècle, lorsque Napoléon voulut transporter en Angleterre, de Boulogne et des ports environnants, la Grande Armée (V. Flottille) ; on construisit alors des brigs-ca- Pionnières, que Ton distingua du bateau-canon on chaloupe-canonnière. Ces brigs-canonnières avaient pour dimensions et données principales : longueur, 25 m. ; largeur 5"^50 ; tirant d'eau arrière 2"40 ; ils étaient gréés en brigantiji (V. ce mot) et portaient quatre bouches à feu, trois canons de 24 et un obusier de 8 pouces; leur équipage montait à 22 hommes, qui devaient être renforcés pendant la traversée par les troupes passagères, exercées de longtemps aux principales manœuvres et au branle-bas de combat. Au moment de la transformation de la flotte à voile en flotte à vapeur, les difficultés qui s'élevèrent entre les puissances européennes et l'Empire chinois obligèrent la France et l'Angleterre à construire des canonnières à vapeur capables de se rendre dans l'extrême Orient en se servant d'une voilure : mais pour pouvoir doter l'ancien type de brig-canonnière d'une machine à vapeur, on fut obligé d'augmenter le tonnage et même le tirant d'eau (2-60) ; ces petits navires portèrent quatre canons de 50 et rendirent de véritables services sur les côtes basses et dans les fleuves de la Chine.
Aujourd'hui, pour satisfaire aux mêmes exigences, nous avons, sous le nom officiel de canonnières de station, de véritables navires de mer, de petits avisos, auxquels on a donné une artillerie assez puissante (deux canons de 14 centim. et deux canons de 10 centim.), mais dont le tirant d'eau s'est vu porté jusqu'à 3™20 ; c'est là un inconvénient grave, que ne compense pas l'augmentation réalisée dans la vitesse (de 11 à 12 milles à l'heure au maximum). En revanche, on a construit spécialement pour agir dans les rivières du Tonkin des chaloupes-canonnières qui réalisent l'idéal de l'aff'ût flottant; ces petits navires ne calent que 60 centim. d'eau et sont armés de deux canons de 90 miUim. et de trois canons revolvers de 37 centim. La faiblesse de leur tirant d'eau, qui leur donne la faculté de remonter très loin le fleuve Bouge et la rivière Noire en flanquant nos colonnes, ne permettait plus l'emploi de l'hélice comme moyen de propulsion ; on l'a remplacée par une roue placée à l'arrière et aussi bien dissimulée que possible aux vues de l'ennemi. Ces chaloupes-canonnières rendent tous les jours d'excellents services. Nous représentons ci-après le célèbre bateau-canon Gabriel Charmes^ expérimenté en 1886-87, canonnière