‹ La Grande encyclopédieChapitre 303 sur 397 · CAUS — CAUSA · texte numérisé non relu

CAUS — CAUSA

lettre à Cinq-Mars, reproduite par tout le monde sans que personne pût en montrer roriginal, racontait en effet qu'au cours d'une visite à Bicêtre, en compagnie du marquis de Worcester, elle avait vu Je pauvre inventeur, enfermé dans cet établissement par ordre du cardinal de Richelieu. L'auteur lui-même de cette vaste mystification, Henri Berlhoud (Sam), y mit heureusement fin en avouant, vingt ans après, avoir fabriqué de la première à la dernière ligne la lettre de Marion Delorme, dans le seul but d'utiliser pour le Musée des familles, dont il était alors directeur (déc. 4834), un dessin deCavarni représentant un fou derrière la grille d'un cabanon. — Salomon de Caus est aujourd'hui considéré comme l'inventeur de la machine à vapeur (1645). Il a certainement la priorité sur le marquis de Worcester, auquel les Anglais continuent d'accorder ce titre et qui n'a cependant fait que reproduire, quarante-huit ans après (1663) et presque dans les mêmes termes, la découverte de notre compatriote ; mais, cet hommage rendu à la vérité, il importe de bien préciser l'étendue de cette découterte. Salomon de Caus n'a pas fabriqué de toutes pièces une machine à vapeur ; il s'est borné : 4^ à constater les phénomènes de la condensation et de la force expansive de la vapeur d'eau, à l'occasion du 4®^ théorème des Raisons des forces mouvantes (pp. 4 et 2) : « les parties des éléments (naturels) se meslent ensemble pour un temps, puis chacun retourne en son lieu »; ^^ à décrire un peu plus loin (p. 4), à l'occasion du théor, V. : « l'eau montera par aide du feu plus haut que son niveau », un appareil élévaloire dans lequel la force motrice employée est ladite vapeur (V. Vapeur [Machines à]. — En tout, une trentaine de lignes, en dehors desquelles il n'est nulle part question de sa découverte : il n'en a probablement pas soupçonné l'importance et elle est passée inaperçue parmi ses contemporains.

Voici la liste de ses ouvrages : la Perspective avec la raison des ombres et miroirs (Londres, 4611 et 1612, in-fol., avec fig.) ; lnstitutio7i harmonique (Heidelberg, 1614, in-fol.; Francfort, 1615, in-fol.), dont la seconde partie, relative à la constitution des tons et au contre-point, présente assez d'intérêt ; les Raisons des forces mouvantes, avec diverses machines tant utilles que plaisantes (Francfort, 1615, in-fol. av. grav. ; Paris, 1624, in-fol.; trad. allem. sous le titre: Von gewaltsamen Rewegungen, Beschreibung etlicher Maschi7ien; Francfort, 1616 et 1620, in-fol.), où se trouvent les descriptions de nombreuses machines de son invention et dont le troisième livre traite de la construction des orgues; Hortus palatinus (Francfort, 1620, in-fol., av. pi.), écrit en français et contenant les plans et la description des jardins d'Heidelberg ; la Pratique et la démonstration des horloges solaires, suivie des Raisons des consonantes de la musique (Paris, 1624, in-foJ.). Tous ces ouvrages sont très rares et le Hortus palatinus est presque introuvable. — La bibliothèque de Valenciennes possède un manuscrit de Salomon de Caus intitulé Traicté de la mesure des lignes droites avec les gonomètres et suivi d'une traduction française du premier livre de Y Architecture de Vitruve. .

Léon Sâgneï.

BiBL. : Baillet, Notice histo^nque sur les machines à vapeur, dans le Journal des Mines de mai 1813. — Fr. Arago, les Machines à vapeur^ dans l'Annuaire du bureau des longitudes, années i829, p. 156, et 1837, pp. 221 et 306. — Le Musée des familles, déc. 1834, p. 57. — Journal des connaissances utiles, mai 1835. — Les Abeilles de la littérature, janv. 1846.— Le Cabinet de lecture, janvier 1846. — • Magasin pittoresque, juin 1850 (intéressant article, avec une reproduction du portrait l'Heidelberg). — L. Figuier, Exposition et his- Loire des principales découvertes scientifiques modernes ; Paris, 1851-57, 4 vol. in-12. — Haag, la France proies^ tante ; Paris, 1852, t. III, in-8. — F.-J. Fétis, Biographie universelle des musiciens ; Paris, 1861, t. Il, in-8. — Comptes rendus de l'Acad. des sciences de Paris, 1862, t. LV, p. 134. — Maxim. Marie, Histoire des sciences mathématiques et physiques, dans le t. III, p. 168 ; Paris,

1883-87, 12 vol. in-8. — Consulter en outre la curieuse polémique engagée entre le Pays et la Démocratie pacifique, dans les n°« de fin janv. et comm. de fév. 1850.

CAUS (Isaac de), ingénieur français, probablement parent et peut-être fils du précédent, né à Dieppe au commencement du xvii® siècle. Dans un ouvrage intitulé Nouvelle invention de lever Veau plus haut que sa source, avec quelques machines mouvantes par le moyen de Veau (Londres, 1644, in-fol., av. pL ; trad. angl., Londres, 1659, in-lol.), il reproduit plusieurs des machines de Salomon de Caus, sans le citer, mais il ne fait aucune allusion au moyen d'élever Teau par la vapeur. L. S.

CAUSA (Droit rom.). Causa justa (V. Justa causa).

Causa liberalis. — On désignait sous ce nom en droit romain, les procès qui s'élevaient sur la question de savoir si un homme était libre ou esclave, soit que la liberté fût revendiquée par celui qui se trouvait en fait in servitute, soit qu'à l'inverse, un individu libre enfuit fût réclamé par un autre comme son esclave. Dans le premier cas les Romains disaient qu'il y avait proclamatio in libertatem, dans le second qu'il y avait vindicU' tia in servitutem, La causa liber alis présentait plusieurs particularités, tout d'abord celui qui se prétendait libre, ou à qui on contestait sa liberté, ne pouvait jamais plaider lui-même ; il était représenté en justice par un assertor libertatis (V. Assertor), cela tenait à ce que la legis actio, ïorme première du libérale judicium, étadt fermée aux esclaves. Cette particularité se maintint sous le système formulaire, après la disparition des legis actiones, et ne fut supprimée que par Justinien. En second lieu, celui dont la liberté était contestée restait toujours in libertate pendant le cours de l'instance, tandis que dans les autres procès, la possession provisoire de la chose litigieuse appartenait, dans la procédure des legis actiones, à celui qui paraissait au magistrat avoir le plus de droit, et au défendeur, dans le système formulaire. La solution adoptée en notre matière était inspirée par la faveur de la loi pour la liberté. Autre conséquence de cette faveur. Celui qui, à la suite de la causa liberalis, avait été proclamé esclave, pouvait, nonobstant la décision rendue contre lui, engager une seconde et même une troisième instance. En effet, n'ayant pu plaider lui-même il avait pu être mal défendu.

Enfin, et c'était là une particularité spéciale à la liberalis causa engagée dans la forme d'une legis actio, le taux du sacramentum était fixé uniformément à 50 as. Quant à la preuve, elle incombait toujours à celui qui voulait changer l'état de fait existant au moment de la poursuite. Sous le système de la legis actio, la liberalis causa constituait un procès ordinaire et aboutissait à une condamnation. Lorsque la procédure formulaire s'établit, elle se présenta sous la forme d'un prœjudicium, c.-à-d. d'un procès qui ne tendait en général qu'à faire établir judiciairement, et pour un usage à venir, un fait juridique dont l'existence était utile à constater.

Causa lucrativa. — Ce terme était employé pour désigner, d'une manière générale, V enrichissement a titre gratuit. L'expression se rencontre dans les textes à propos de la règle, dont il est assez difficile de se rendre compte, suivant laquelle deux causes lucratives ne peuvent concourir pour la même chose, dans le même individu : Traditum est duas causas lucrativas in eumdem hominem et eamdem rem concurrere non posse, cela veut dire que si la même chose nous est due soit par deux débiteurs, soit par un seul, pour deux causes différentes, toutes deux à titre gratuit, nous ne pouvons exiger la chose qu'une fois. En d'autres termes tout créancier à titre gratuit qui acquiert l'objet dû en vertu d'une autre cause également gratuite, perd sa créance : Omnis debitores qui speciem ex causa lucrativa debent liberantur cum ea species ex causa lucrativa ad creditorem pervenisset (L. 17, Dig., De oblig. et act., liv. XLIV,

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