‹ La Grande encyclopédieChapitre 305 sur 397 · C4USE · texte numérisé non relu

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vement fourni. Pendant des siècles, l'homme a conçu toutes les causes sur le modèle de la cause qu'il sentait en lui-même, c.-à-d. comme des intelligences et surtout comme des volontés plus souvent capricieuses et méchantes que bonnes et raisonnables. Et comme ces prétendues volontés étaient supérieures en puissance à la sienne, comme il ne savait la manière de s'en emparer et de les réduire, il en fit des dieux par crainte, et crut les fléchir au moyen de sacrifices et de prières. La trace do ces anciennes superstitions subsistait encore au temps de Socrale (on en retrouverait môme quelques restes de nos jours), et ne donnait pas peu d'embarras aux philosophes. C'est Jupiter, disait-on, qui fait pleuvoir ; et si quelque esprit avisé observait que ce sont plutôt les nuages, vu que sans eux, par un ciel serein, il ne pleut jamais, on criait à l'impiété. Au moins devait-on reconnaître que les volontés divines, dans le monde physique sinon dans le monde moral, étaient soumises à de certaines conditions qui les faisaient agir à peu près toujours de même, et que le caprice de petits dieux fantasques aurait par trop compromis l'ordre et la régularité qui régnent dans la nature. Mais quelle était la cause de cette régularité et de cet ordre? Les Pythagoriciens avaient invoqué les nombres, dont ils faisaient la substance même de toutes choses. Platon imagina des idées, sortes de types ou de modèles immuables, qui mériteraient plutôt le nom d'idéal, destinées à rendre compte des ressemblances qui persistent entre les objets, bien que tout passe et tout change. Il constatait ainsi plutôt qu'il n'expliquait le fait que, dans le monde vivant surtout, les individus se succèdent incessamment, mais l'espèce demeure. A l'espèce seule appartient, par conséquent, l'existence véritable et aussi la causalité, bien que les moyens d'action de cet être d'un nouveau genre, et cet être lui-même, échappent totalement à notre expérience. Aristote le fit bien voir, et chercha la cause de chaque individu dans d'autres individus, ses parents, sans recourir à une entité supérieure. Mais Aristote à son tour réalisa dans les choses tant de qualités générales et particulières pour expliquer les phénomènes, qu'on peut sans crainte faire remonter jusqu'à lui la responsabilité de toutes ces qualités occultes^ de toutes ces formes substantielles, les seules causes que connût la philosophie du moyen âge. L'esprit humain était dupe en cela d'une illusion bien naturelle. Ayant affaire d'abord à ses propres modifications et affections qu'il subissait malgré lui, il les rapportait à des causes extérieures toutes semblables à elles ; la lumière n'était pas seulement une sensation, mais une qualité réelle dans les objets, et une qualité semblable à la sensation même qu'elle causait en nous. On ne s'apercevait pas qu'on ne faisait que dédoubler ainsi la sensation, pour en transporter au dehors le simple décalque et lui attribuer une réalité qui ne se trouvait que dans notre impression propre. L'erreur était manifeste lorsque, par exemple, le fait tout subjectif de dormir après avoir pris de l'opium devenait dans cette substance une qualité ou une vertu dormitive, qui en était la cause, ou bien lorsque cet autre fait de l'ascension de l'eau dans les pompes était causé, disait-on, par un mouvement d'horreur de la nature pour le vide. La chose même était énoncée de nouveau en termes abstraits et généraux ; ces mots, car ce n'était que cela, semblaient désigner une cause, ils ne désignaient qu'une seconde fois l'effet.

Le règne de ces abstractions logiques ou plutôt simplement verbales dans la science de la nature dura jusqu'à la renaissance de la philosophie, et même encore au delà. Plusieurs idées nouvelles contribuèrent cependant à y mettre fin. Celle-ci, d'abord, (fue la science ne doit pas être seulement une contemplation stérile, mais un moyen fécond d'agir sur les choses et de les transformer suivant nos besoins. Les alchimistes avaient eu déjà cette idée de leur art. Bacon la reprit pour en faire l'idée même de la

science moderne : il ne s'agissait de rien moins désormais que de la conquête de la nature par l'homme. Mais, disait-il encore, on ne réussit à vaincre la nature, qu'en se soumettant à elle, en l'imitant, en utilisant, pour un autre usage, ses procédés, il fallait pour cela expérimenter, ou reproduire les phénomènes dans des conditions nouvelles, ou tout au moins choisies et voulues par nous. C'était supposer que chaque phénomène a ses conditions d'existence, que nous pouvons souvent modifier à notre gré, et qui se trouvent par conséquent non plus dans des entités toujours inaccessibles môme à l'esprit, mais dans d'autres phénomènes qui tombent, comme les premiers, sous nos sens. L'eau monte dans les pompes, parce que l'air, qui est pesant, exerce une pression à la surface extérieure du liquide, pression que rien ne contrebalance à l'intérieur, puisqu'on y fait le vide. La simple pratic[ue de l'expérimentation, presque inconnue dans l'antiquité, et qui devint usuelle à partir du xvi^ siècle, suffisait à changer totalement le sens qu'on donnait au mot de cause. En même temps, les mathématiques, qui, par leurs progrès, se trouvaient en avance sur toutes les autres sciences, les entraînèrent aussi quelque temps à leur suite. Elles les habituèrent d'abord au calcul et à la mesure, moyen infaillible de reconnaître l'inanité de ces vaines abstractions qu'on prenait pour des causes. Les effets ou les phénomènes peuvent d'ordinaire se mesurer ; leurs causes réelles devaient donc se mesurer aussi. L'eau, par exemple, ne monte pas dans les poniçes aussi haut que l'on veut, comme on l'avait cru, mais jusqu'à une certaine hauteur seulement; Thorreur de la nature pour le vide n'est donc pas illimitée, elle a des bornes, mais qui les déterminera? Comment soumettre à la mesure une chose immatérielle et insaisissable en elle-même, comme cette horreur, qui n'est visible, si elle existe, que par les effets qu'on veut qu'elle explique? Au contraire, un fait sensible, comme la pesanteur et la pression de l'air, peut se mesurer ; et c'est ce qu'on fit par la hauteur du mercure dans le tube fermé qui devint le baromètre, hauteur équivalente à celle de l'eau qui monte dans une pompe. La science de la nature avait donc raison d'emprunter aux mathématiques leurs procédés de mesure exacte et précise ; elle était ainsi conduite à substituer, dans la recherche des causes, aux qualités occultes, des quantités manifestes aux sens, et, en général, au côté purement qualitatif des phénomènes leurs éléments quantitatifs.

Mais, non contente de ce premier résultat, elle voulut en outre démontrer, comme on faisait aussi en mathématiques. Descartes, et il ne fut que trop suivi en cela, crut pouvoir déduire d'une cause ses effets, comme de l'essence ou de la constitution d'un triangle, par exemple, on déduisait ses propriétés. Le rapport entre la cause et Teffet était donc celui de principe à conséquence, et le second terme se tirait entièrement du premier par voie d'analyse. Ainsi les qualités d'une substance, soit liquide, soit solide, s'expliquaient démonstrativement, on le croyait du moins, par la vitesse, la situation, la figure, toutes propriétés géométriques de particules que Ton supposait comme la nature réelle de cette substance. Cette théorie, un peu étrange dès qu'on la transporte en dehors des conceptions mathématiques aux phénomènes de la nature, eut cependant des résultats heureux au xvii® siècle ; elle amena à mieux marquer, par contraste, les caractères de la causalité simplement physique ou naturelle, et à renvoyer pour l'heure à la métaphysique l'idée de cause, telle que les philosophes se la représentaient en suivant les mathématiciens. Ce progrès est dû en partie à Malebranche d'abord. Si l'effet doit se déduire de la cause, celle-ci doit avoir en elle-même au moins ce qu'il faut pour en rendre raison. Mais comment déduire , par exemple, un mouvement d'un autre mouvement, et surtout un^ouvement d'une idée, comme lorsque je remue les bras ou les jambes parce que je le veux, et bien plus

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encore une idée d'un mouvement, comme lorsque, à la suite d'un ébranlement dans mes nerfs et mon cerveau, il se produit en moi une sensation? Quel rapport intelligible y a-t-il entre ces différentes choses ? Aussi Malebranche refuse de voir là des causes au sens plein du mot ; il n'y voit, comme il dit, que des causes occasionnelles, et renvoie à Dieu dans ces différents cas tout l'honneur de la causalité véritable. Dieu seul possède une puissance assez grande pour qu'on puisse expliquer par elle la création, car c'en est une aux yeux de Malebranche, des effets qui suivent ces différentes causes. C'est Dieu qui, à l'occasion d'un certain mouvement en produit un autre, ou d'un mouvement encore produit en nous une idée, ou enfin à l'occasion d'une idée de notre esprit remue aussitôt notre corps comme il convient. Et Dieu ne fait pas tout cela au hasard, mais en suivant certaines lois qu'il a établies lui-même par des volontés immuables. On s'est arrêté surtout à cette partie métaphysique et mystique de la philosophie de Malebranche, et c'est sans doute aussi celle qui lui tenait le plus au cœur. Mais c'est la contre-partie qui est pour nous la plus intéressante, je veux dire ces causes occasionnelles, qu'il appelle I aussi des causes naturelles ou physiques, et qui demeurent le seul objet des sciences de la nature. Malebranche en signale le véritable caractère, à l'encontre des mathématiciens : à savoir une liaison constante d'un mouvement et d'un autre mouvement, ou même entre des mouvements et des idées, entre des idées et des mouvements, liaison qui n'est connue de nous que parce que l'expérience seule nous la fait constater. Y chercher autre chose, par conséquent, c.-à-d. une déduction pour l'esprit et dans la réalité même une production ou création nécessaire, pure rêverie ; elle se trouve ailleurs, hors de la nature, dans une causalité parfaite et divine. En insistant, comme il le fait, sur le rôle métaphysique de celle-ci, Malebranche avait dégagé d'autant mieux le vrai caractère de la causalité entre phénomènes, celle qui importe à la science ; on avait voulu la rendre trop intelligible, on s'aperçut qu'elle ne l'était pas du tout, et qu'elle n'a d'autre garant que notre expérience.

L'œuvre de David Hume était donc faite en partie à l'avance, et grâce à un métaphysicien. On sait que ce philosophe ne reconnaissait aussi de liaison nécessaire qu'en mathématiques où la déduction est claire et distincte pour l'esprit ; ne trouvant rien de tel dans les phénomènes de la nature, il en conclut qu'ici l'effet, ou ce qu'on appelle de ce nom, est tout différent de la cause ; loin d'en procéder, il vient, on ne sait comment ni pourquoi, se placer à côté d'elle et y demeure. L'habitude de voir ainsi certains phénomènes toujours en compagnie ou à la suite l'un de l'autre, nous fait imaginer entre eux un rapport de production et presque de procréation, que nous serions fort en peine de légitimer ou même d'établir. La cause et l'effet se réduisant à deux phénomènes qui se succèdent ou s'accompagnent constamment, le lien que nous supposons entre eux vient, non pas de notre raison qui ne le comprend pas, mais uniquement de notre expérience ; il n'est donc pas nécessaire, d'une nécessité interne et démonstrative.

Cette conclusion, Kant ne l'accepta pas, bien qu'il admît l'analyse de David Hume. Il lui sembla que la science de la nature ne pouvait pas plus se passer de rapports nécessaires que les mathématiques elles-mêmes, et il fit du principe de causalité un principe constitutif de notre entendement ; nous ne comprenons les phénomènes que liés les uns aux autres dans le temps et dans l'espace; supprimez la liaison, supposez même seulement qu'elle puisse un jour cesser, et vous perdez toute assurance quant au retour régulier des phénomènes dans l'avenir; demain peut-être, et certainement tôt ou tard le monde ou le cosmos est menacé de retomber tout d'un coup dans le chaos. Et si l'on objecte que notre «prit ne peut pourtant pas imposer aux choses ses exigences et ses

lois, il ne le peut pas sans doute, répond Kant, aux choses elles-mêmes, mais il le peut certes aux phénomènes, ceux-ci empruntant une bonne partie de leur réalité, sinon toute, à notre esprit qui les connaît, et n'existant qu'à son point de vue, pour lui et on peut ajouter en lui, comme l'espace et le temps qui les contient tous. Sans examiner ici le système de Kant, remarquons les éléments dont il compose son principe de causalité. Entre la cause et l'effet, il exige un rapport nécessaire, comme Leibniz et comme Descartes, et en même temps il renonce à la doctrine qui pouvait seule en garantir la nécessité ; celle-ci allait de soi, lorsque l'on concevait la cause et l'effet comme l'essence d'une figure géométrique et ses propriétés, lorsque l'on croyait pouvoir déduire ainsi l'un de l'autre. Mais Kant précisément ne croit plus à une telle déduction ; il déclare avec Hume que l'effet n'est nullement contenu dans la cause, et n'en saurait être tiré analytiquement, ce sont pour lui deux termes hétérogènes qui s'ajoutent l'un à l'autre par une synthèse dont la raison nous échappe, et leur rapprochement seul nous les fait croire plus unis qu'ils ne sont. Alors que ne conclut-il aussi avec Hume que leur liaison, inintelligible en elle-même pour l'esprit, n'est acceptée de nous que sur la foi de notre expérience, sans que nous puissions dire si elle est nécessaire. Cette nécessité, naturelle entre des termes presque identiques ou dont l'un n'est que le développement de l'autre, n'est plus applicable à des choses qu'on représente entre elles comme entièrement hétérogènes. Kant a voulu en vain conserver un titre et un droit ancien, tout en accueillant des nouveautés, qui ne les comportent plus.

De nos jours, après les analyses des philosophes et surtout aussi les découvertes des savants, on s'accorde à ne plus chercher dans la nature que les conditions d'existence des phénomènes, et ces conditions, que l'on suppose rigoureusement déterminées, se trouvent dans d'autres phénomènes encore : l'expérimentation, en supprimant et rétablissant ceux-ci à volonté, nous apprend que les autres ne peuvent se produire qu'à leur suite. L'idée de succession constante^ et, comme dit Stuart Mill, inconditionnelle (c.-à-d. sans condition, ou plutôt sans autres conditions que celles que l'on connaît déjà), voilà à quoi se réduit toute la causalité scientifique, et les progrès accomplis depuis bientôt trois siècles par la science, en usant de cette interprétation, l'autorisent et la justifient de plus en plus. Peut-on dire cependant qu'elle soit définitive? Non peut-être, car elle ne satisfait pas suffisamment l'esprit, je dis à la fois l'esprit philosophique et même l'esprit scientifique. L'ambition de tout démontrer, à la façon des mathématiciens, n'a pas cessé de tourmenter aussi les autres savants. Les physiciens surtout, et déjà même après eux les chimistes, ne se contentent plus des liaisons que l'expérience leur fait constater entre les phénomènes ; ils substituent volontiers aux faits réels des représentations peut-être imaginaires, mais qui leur permettent de comprendre ces taits, à l'aide de quelques définitions et de quelques axiomes, sous forme de théorèmes rigoureusement enchaînés. La succession constante , qui tout à l'heure s'imposait à eux sans qu'ils en pussent voir les "raisons, masque maintenant une liaison nécessaire, c.-à-d. intelligible cette fois, et que les faits ne démentent pas ; ceux-ci se trouvent dès lors expliqués par elle, et offrent à l'esprit un ensemble de vérités qui semblent se déduire l'une de l'autre, au lieu de rapports obscurs que l'expérience lui faisait admettre comme par force. La causalité ph)jsique ferait ainsi place à une mécanique savante, dérivée plus ou moins des mathématiques, et participant, comme telle, à leur caractère de nécessité et d'intelligibilité. A une première vue des phénomènes et de leurs rapports, vue assez superficielle et insuffisante pour l'esprit, s'ajouterait une vue plus profonde de la liaison intelligible et vraiment nécessaire de toutes choses dans la nature.

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Ce n'est pas d'ailleurs le seul moyen de rendre la causalité plus claire : c'est celui des savants, mais certains philosophes en ont un autre. lis considèrent volontiers les causes et les effets, comme autant de moyens et de fins, et supposent dans la fin une sorte de puissance attractive qui attire et sollicite le moyen, c.-à-d. la cause, et au besoin la susciterait. Alors si l'effet ne se déduit plus de la cause, suivant la conception des mathématiciens, la cause en revanche, sous le nom de moyen, s'explique par l'effet ou par la fin, qui la requiert pour sa réalisation. Et l'idée de production^ de création même, que Hume écartait avec tant de soin de la causalité pure et simple, se retrouve peut-être au moins dans notre façon particulière d'agir, à nous autres hommes, toujours par fins et moyens. La cause efficiente, peu compréhensible en elle-même bien que réelle, oscillerait ainsi entre deux interprétations dernières dont l'esprit est plus satisfait ; le mécanisme (interprétation idéale pour les savants), et la finalité, dont nous allons maintenant parler (mterprétation philosophique).

Causes finales. — Nous n'avons découvert que deux termes en analysant la causalité précédente ; la finalité nous en offre trois, l'idée d'une chose à réaliser, les moyens qui servent à cela, et la chose elle-même après sa réalisation. Ces trois termes ne sont pas de même nature. Le second et le troisième sont des choses matérielles l'une et l'autre, et qui tombent toutes deux sous nos sens ; notons aussi que le rapport qui les unit est précisément celui de cause à effet, le moyen étant la cause efficiente de la chose réalisée. Le premier terme est tout différent ; c'est déjà la chose, mais à l'état d'idée, et non pas encore de fait matériel, c'en est le modèle ou plus simplement la conception dans l'esprit. Cette analyse montre que, pour connaître la finalité, l'homme a besoin de ses deux modes de connaissance, par les sens et par la conscience, et qu'il ne la connaît complètement, avec ses trois termes, qu'à condition de pouvoir les appliquer l'une et l'autre à la fois, c.-à-d. en luimême ; étant âme et corps tout ensemble, il a conscience de vouloir quelque chose dont il se représente l'idée, de mettre en œuvre les moyens matériels qui sont nécessaires à sa réalisation, et de la faire ainsi passer au rang des faits réels au dehors. Lors donc qu'il s'aventure à juger aussi de la finalité dans les choses extérieures, une des pièces du procès, et la plus importante, lui manque toujours ; il voit bien des causes et des effets (c'est ainsi qu'il qualifie certains antécédents et leurs conséquents), il croit y voir des moyens ajustés convenablement à leurs fins, mais ces fins elles-mêmes, conçues avant d'être réalisées, ces fins encore à l'état d'idée, et qui doivent susciter des moyens convenables pour leur réalisation, il ne les voit pas. Il les suppose donc et avec elles une intelligence capable de les concevoir, autorisé en cela, il le croit du moins, par l'aspect particulier de certaines causes, comme à propos de la vue et de l'ouïe, l'oeil et l'oreille qui semblent être des moyens intelligemment concertés pour voir et pour entendre. C'est ainsi que l'homme se représente certaines productions de la nature par analogie avec ses propres œuvres à lui, et les croit réalisées par une façon d'agir toute semblable.

On peut aller loin dans cette voie, et c'est ce qu'on n'a pas manqué de faire d'abord. Si la nature agit comme nous, elle agit sans doute aussi pour nous, et bien des choses ont été faites en vue de l'homme, à qui elles sont agréables ou seulement utiles. L'homme qui est déjà l'unique objet de ses propres^ actions, s'imagine aisément que tous les événements naturels ont aussi sa misère ou sa télicité pour objet; il se fait à lui-même son centre, et se croit en outre le centre de l'univers. C'est là une première forme de la finalité, la plus naïve et aussi la plus illusoire. Des philosophes, comme Socrate, l'ont empruntée aux croyances populaires, pour Taméliorer sans doute, en ajoutant que les dieux ont tout disposé en

ce monde pour le bonheur de l'homme, tandis qu'on leur attribuait plutôt des volontés malfaisantes ; l'homme luimême, disait Socrate, est comme un dieu à l'égard des autres êtres, qui n'existent que pour le servir. Aristote montra que la maxime socratique : « rien n'est en vain dans la nature », avait un sens plus profond; ses études sur les plantes et les animaux lui avaient appris que, dans un organisme, les parties sont faites les unes pour les autres, et toutes pour l'ensemble, afin de maintenir en lui et d'accroître la vie. Ce bien propre à chaque être organisé, et qui est l'objet de toutes Ses actions tant qu'il existe, et, on peut le dire, la cause même de son existence et de tout son développement, était une cause finale d'un caractère scientifique et métaphysique à la fois ; elle exprimait au moins quelque chose de réel, qui intéressait le savant et pouvait même le guider dans ses recherches, à savoir le rapport mutuel des organes dans un animal ou dans une plante, leur concert, leur harmonie. Les stoïciens étendirent cette idée à l'univers même, qu'ils se représentaient comme un être vivant, pour mieux marquer la liaison intime des parties entre elles et l'unité du tout. En môme temps ils ne dédaignaient pas la finalité superficielle qu'avait admirée Socrate, et ils répétaient avec lui que toutes choses dans la nature n'existent que pour les êtres intelligents et se trouvent accommodées à leur usage.

Ces doctrines soulevèrent dans l'antiquité^ de vives protestations, surtout de la part des Epicuriens, ils n'eurent pas de peine à montrer (et Lucrèce ne s'en fit pas faute) que l'homme ne subsiste qu'au prix d'une lutte incessante contre des forces hostiles, et que si quelquesunes paraissent lui être soumises, c'est lui qui a su s'en servir et non la nature qui les a préparées pour son usage, et cela fait honneur à son industrie, mais non pas à la prévoyance et à la bonté des dieux ; la nature est pour l'homme une marâtre, dira Pline l'Ancien, plutôt qu une mère bienfaisante. En outre, les Epicuriens niaient toute espèce de finalité, même dans chaque organisme considéré à part ; s' obstinant à ne voir que des causes et des effets, où leurs adversaires s'imaginaient reconnaître des moyens et des fins, ils disaient que l'oiseau vole parce qu'il a des ailes, et non pas qu'il a des ailes pour voler, et ainsi de tous les organes et de leurs fonctions, sans se mettre en peine de savoir si cette causalité réelle qu'ils constataient dans l'organisme était la même que partout ailleurs, ou si elle ne présentait pas certains caractères qui méritaient un nom nouveau, celui de finalité.

La science moderne se prononça résolument contre les causes finales dans le monde physique. D'abord Copernic, en déplaçant le centre du monde, qui devenait le soleil au lieu de la terre, faisait en quelque sorte déchoir celle-ci de son rang ; et comment imaginer encore dans ce nouveau système, que l'homme, habitant d'une planète qui tourne comme les autres autour du soleil, aurait été de la part du créateur l'objet de complaisances particulières, surtout lorsque, les découvertes astronomiques élargissant à l'infini le monde céleste que connaissaient les anciens, la terre elle-même parut comme un point dans l'immensité de l'espacej Etait-il croyable que tout l'univers n'avait été fait que pour elle? Ensuite les physiciens embarrassés de la nature plus ou moins vivante et intelligente que leur léguaient les philosophes de la Renaissance, pensaient faire œuvre de piété en lui refusant des caractères qui ne conviennent qu'à Dieu, et se la représentaient sous la notion claire et distincte de l'étendue mathématique, capable de figures et de mouvements. S'il se rencontrait cependant des traces de dessein préconçu dans les êtres organisés, elles venaient non pas de la nature, mais de Dieu ; mais on aimait mieux croire avec Descartes, en dépit de Pascal, que Dieu lui-même s'était contenté de donner à la matière le premier branle, et de \ la laisser ensuite prendre toute seule, en vertu des lois

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du mouvement, les diverses formes que nous lui voyons. Le mécanisme était si bien accepté des savants, que les réclamations théologiques et métaphysiques de Maiebranche et de Leibniz, qui vinrent ensuite, ne prétentendaient nullement lui porter atteinte. Leibniz répétait que le détail des phénomènes doit toujours s'expliquer mécaniquement, et reportait à l'origine de toutes choses la préformation, comme il disait, des ctres organisés, le mécanisme devant suffire ensuite pour les développer. « Je n'admets, disait-il encore, le surnaturel que dans le commencement des choses à l'égard de la première formation. » C'est ainsi qu'il pensait sauvegarder les droits de la philosophie et de la religion, sans compromettre en rien ceux de la science.

Certaines distinctions, toutefois, étaient nécessaires, qu'il n'a point faites expressément. Kant, après lui, sépara nettement la finalité interne et la finalité externe qu'on avait toujours plus ou moins confondues jusqu'alors. Celle-ci n'est que l'utilité que l'homme retire de tant de choses dans la nature, ce qui lui fait croire qu'elles ont été préparées tout exprès pour lui, tandis qu'il les a seulement appropriées à son usage. La plupart de ces choses existaient sur la terre bien avant l'homme, sans raison d'être alors, si elles n'en ont pas d'autre que le service qu'elles lui rendent. En réalité, la nature n'est pas plus attentive à faire du bien à l'homme qu'à lui faire tort ; elle n'est ni bonne ni mauvaise pour lui, elle est indifférente, et poursuit son cours en vertu de lois nécessaires. Certains vents s'élèvent dans la région des tropiques au moment le plus chaud de la journée ; seraient-ils envoyés tout exprès par la bonté divine pour rafraîchir Tair ; non, ils soufflent, parce que la chaleur raréfiant les couches d'air à la surface du sol, les fait monter, et occasionne des courants au-dessous d'elles. Ainsi, la découverte de la vraie cause ou de la cause mécanique d'un effet, dont on était tenté d'abord de remercier la Providence, enlève au croyant toute illusion d'un dessein dont il serait la fin, et lui fait perdre un de ses arguments pour prouver Dieu. Quant à la finalité interne, elle consiste dans les rapports de convenance que les diverses parties d'un organisme ont entre elles les unes à l'égard des autres, et aussi à l'égard du tout qu'elles constituent. Il semble, en vérité, que ce tout, ou du moins l'idée de ce tout préexiste elle-même à ses propres parties, et les produise dans l'ordre qui convient. Mais le simple mécanisme ne pourrait-il produire aussi, après bien des essais et des tâtonnements, un tel tout, qui nous donne, par analogie avec les œuvres de notre art, l'illusion d'un dessein formé à l'avance et réalisé par une intelligence? Kant n'a garde de le nier ; mais, nous ne comprenons pas, dit-il, comment cela pourrait se faire, et en attendant qu'un Newton vînt expliquer mécaniquement la formation d'un brin d'herbe, ce dont il le mettait au défi, il continuera à ne voir dans les divers organismes que des productions analogues aux machines fabriquées par nous, où tout a son agencement voulu et son usage prémédité. Vision dont notre entendement n'est pas tout à fait dupe, qu'il pourrait écarter, mais qui lui est commode pour se représenter les êtres organisés, et qui n'est pas inutile à la science elle-même, ne fût-ce que pour découvrir leur secret mécanisme.

Depuis Kant, la science s'est bien accrue, surtout celle des êtres vivants, et les preuves qu'il prétendait tirer de là pour maintenir au moins une apparence de finalité interne semblent avoir perdu de leur force. Darwin a prétendu, non sans de bonnes raisons, que toutes les différences entre les espèces animales et végétales venaient des transformations diverses qu'avaient dû subir, selon les divers milieux, quelques organismes primitifs, si simples qu'à peine méritaient-ils déjà ce nom ; et leur évolution se serait faite sous l'action et on peut dire la pression de causes purement mécaniques, comme la lutte pour la vie et l'adaptation au milieu, et non pas en vertu

de tendances à réaliser sans cesse, par une série de copies plus ou moins bien venues, certains types immuables. Qu'on n'admire plus dès lors cette accommodation parfaite des différentes espèces d'animaux et de plantes aux climats qii'ils habitent, ni même, dans les individus, le rapport réciproque de toutes les parties entre elles ; ils n'auraient pas survécu sans cela, et ne se seraient pas constitués à l'état d'espèces, lorsque tant d'autres moins heureusement doués ont disparu de la lutte pour n'avoir pu se plier aux exigences d'un nouveau genre de vie. Descartes n'avait donc pas tort de penser que la formation successive de toutes choses dans le monde physique pouvait tort bien s'expliquer sans qu'on ddt recourir aux causes finales. Et Lucrèce, Epicure, Démocrite, avant lui, n'avaient pas tort non plus de supposer que la matière toute seule réussit à sortir du chaos et à réaliser d'ellemême l'ordre qui nous étonne dans la nature, sans l'intervention d'une intelligence divine.

Est-ce à dire que les causes finales soient une notion surannée qui de nos jours n'ait plus aucune utilité ni même aucune signification, soit dans la science, soit dans la philosophie? Mais d'abord, dans la science, l'explication mécanique de l'évolution antérieure ne supprime pas le résultat et l'apparence à qui nous avons surtout affaire présentement. Qu'on ne veuille voir dans un organisme et ses fonctions que des causes et des effets et non pas des moyens et des fins, on avouera du moins que ce sont des causes d'un genre particulier. Partout ailleurs l'effet ne paraît pas avoir influé sur la cause pour l'accommoder ou l'adapter à lui ; nulle trace, par exemple, d'adaptation entre les deux gaz hydrogène et oxygène et l'eau qu'ils produisent en se combinant, entre les rayons du soleil, lorsqu'ils sont réfléchis par une lentille, et le foyer qui se forme à leur point de convergence. Mais une telle influence paraît exister entre chaque fonction et chaque organe, comme entre toutes les fonctions et entre tous les organes; ces diverses choses paraissent véritablement avoir été faites les unes pour les autres. Le fait de l'adaptation est indéniable, qu'on l'explique par la prévoyance d'un être intelligent, ou par une heureuse rencontre des causes aveugles après bien des tâtonnements infructueux. La question « à quoi cela sert-il ? » est donc encore légitime, car tout sert à quelque chose dans l'organisme, les partisans de l'évolution l'ont établi par des faits aussi fortement que les finalistes par leurs théories ; un être organisé qui aurait beaucoup d'organes ne servant à rien ou ne pouvant exercer leurs fonctions, serait mal adapté au milieu où il se trouve, gêné par eux dans la lutte pour la vie, et disparaîtrait fatalement. Tout au plus pourrait-on concéder aux évolutionnistes que certaines parties de l'organisme ne servent à rien pour le moment ; mais eux-mêmes nous assurent qu'elles ont autrefois servi à quelque chose, ou qu'elles pourront un jour ou l'autre servir dans de nouvelles conditions d'existence. L'évolution ne dispense donc pas d'étudier la finalité dans les êtres organisés, le fait de la finalité, bien qu'elle lui assigne une cause toute différente de celle que Ton croyait; mais cette cause même ne supprime pas, elle prétend au contraire expliquer les diverses adaptations qui sont quelque chose de plus, on doit le reconnaître, que la simple cause efficiente. Mais si la finalité, ainsi réduite à l'état positif, sans aucun caractère métaphysique ou théologique, est la seule qui intéresse désormais la science, la philosophie, par contre, a le droit de revendiquer pour elle la recheiche des causes finales ainsi peu à peu éliminées du domaine des faits. A la philosophie reviennent, en effet, comme sa part légitime, les questions d'origine, que la science s'interdit de traiter : car étudier, comme elle fait, les commencements des espèces vivantes, leur évolution successive, ce n'est pas encore étudier l'origine de la vie, et à supposer que la vie se réduise en définitive à quelque combinaison de la matière, il resterait toujours l'origine de cette combinaison,

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puis l'origine de la matière même et de ses lois ; questions insolubles, apparemment, au moins pour la science, qui ne peut les aborder avec ses méthodes précises et rigoureuses; elles se posent néanmoins à Tesprit de l'homme. Leibniz reconnaissait que le mécanisme est la seule explication que la science puisse admettre dans le cours de la nature, mais il ne pensait pas que le mécanisme s'expliquât lui-même, et il renvoyait au commencement de toutes choses, à rorigine, certains problèmes qu'il ne craignait pas d'appeler surnaturels. Son seul tort était de croire qu'on pouvait les résoudre « démonstrativeraeot » ; notre ambition est moins grande aujourd'hui, et les solutions qu'apportent les métaphysiciens, nous paraissent seulement de belles conjectures, des rêves séduisants dont notre esprit aime à s'enchanter lui-même. « Le problème de la cause finale, ditM. Renan, nous déborde et nous échappe : il se résout en poèmes. )> Ch. Adam.

Cause occasionnelle. — On appelle cause occasion' nelle un être ou un phénomène qui ne produit pas directement un effet, mais dont l'apparition donne lieu à la cause efficiente de produire cet effet. La cause occasionnelle se distingue de la condition en ce que l'effet pourrait être produit sans elle et pourrait même ne pas être produit malgré sa présence. Ainsi un visiteur inattendu peut être la cause occasionnelle d'une fâcherie contre un domestique. Quand même le visiteur ne serait pas venu on aurait pu se fâcher, et bien qu'il fût venu on aurait pu ne pas se lâcher. Quelques philosophes cartésiens voulant réserver à Dieu toute l'efficacité causale qui se trouve dans le monde et ne voulant pas cependant enlever toute causalité aux êtres, et en particulier aux hommes, ont imaginé de faire des volontés humaines des occasions pour Dieu de manifester son action et d'exercer sa causalité. Les plus connus sont Geulinx et Malebranche (V. ces noms). Ainsi, pour ce dernier, quand l'âme veut mouvoir son corps, elle ne le meut pas elle-même, mais Dieu, voyant cette volonté de l'âme, en tire occasion de mouvoir le corps en la façon que Tâme le demande. Ainsi les causes secondes n'ont point d'efficace ; selon le mot de l'Apôtre, c'est Dieu qui opère en tout opérant : Deus operatur in omm operanti. Celte doctrine a été inspirée à ces philosophes par la théorie de la création continuée entendue à la façon de Descartes. Pour Descartes, comme pour les scolastiques, « l'opération par laquelle Dieu conserve le monde est toute la même que celle par laquelle il le crée » ; mais ce qui distingue Descaries des scolastiques, c'est qu'il admet que les instants du temps sont divisibles ; par suite, Dieu recrée le monde à chaque instant et se trouve ainsi être la seule cause efficiente qui puisse exister. L'occasionalisme est une étape intermédiaire entre la théorie qui attribue aux causes secondes une certaine causalité effective et celle qui les en dépouille pour ne leur laisser qu'une causalité idéale. Malebranche se trouve ainsi à moitié chemin entre saint Thomas et Leibniz (V. Desgartes, Malebranche). G. Fonsegrive.

IL Droit civil et commercial. — Le mot cause désigne la raison immédiate et directe, identique pour une môme espèce de contrat, qui justifie, qui explique en droit l'obligation du débiteur. Un exemple éclaircira notre pensée. Je vous achète une maison : je suis obligé de vous en payer le prix. Pourquoi ? Parce que vous êtes vous-même obligé de me livrer la maison. La cause de mon obligation réside dans l'obligation que vous avez vous-même contractée. Mais comme nous avons supposé une vente, c.-à-d. un contrat translatif de propriété, et que, dans ces contrats, l'obligation de livrer la chose entraîne par ellemême la translation de propriété, mon obligation de payer le prix aura en réafité pour cause la translation de la propriété de la chose vendue. Quant à votre obligation de livrer la chose vendue, elle aura pour cause celle qui m'incombe de payer le prix. S'agit-il d'un contrat de louage, mon obligation de vous payer les loyers aura pour cause votre obligation de tenir à ma disposi-

tion les lieux loués, de me faire jouir, pour employé^ l'expression juridique, et cette dernière obligation aura elle-même pour cause mon obligation de vous payer les loyers. On peut donc dire que dans les contrats synallagmatiques, l'obligation de chacune des parties a pour cause l'obligation de l'autre. Si nous nous plaçons dans l'hypothèse d'un contrat unilatéral, la cause de l'obligation du débiteur variera suivant les différentes espèces de contrats de ce genre. Je vous ai prêté une somme d'argent, la cause de votre obligation de me la restituer consistera dans la livraison des deniers, car c'est cette livraison seule qui justifie, qui explique votre obligation. Dans une donation, l'obligation du donateur d'exécuter le contrat aura pour cause l'intention de libéralité qu'il a manifestée vis-à-vis du donataire. Dans ce dernier cas, la cause pourra c|uelquefois se confondre avec les motifs dont, en principe, elle se distingue profondément. Cette distinction est très importante, car, tandis que la cause constitue un élément essentiel à l'existence de l'obligation, les motifs qui varient dans chaque espèce n'ont aucune influence sur le contrat. J'ai acheté telle maison parce que je désire y établir ma résidence en été, ou pour y recevoir mes amis, ou pour y fonder un établissement industriel. Toutes ces raisons qui me décident à contracter sont des motifs, et on les désigne quelquefois sous le nom de cause impulsive, la véritable cause, celle que nous avons définie tout à l'heure étdixïi h cause finale. Les jurisconsultes romains n'avaient pas nettement dégagé l'idée de la cause telle qu'elle vient d'être définie ; mais il est évident qu'ils n'en admettaient pas moins l'existence, puisqu'on ne saurait concevoir un engagement dépourvu de cause. Les interprètes du droit romain ont désigné sous le nom de causa civilis, termes que l'on retrouve dans certains textes, mais qui n'avaient pas, peut-être, la signification précise qu'on veut leur donner, l'élément générateur du contrat, les paroles solennelles, l'écriture, en un mot, les conditions plus ou moins arbitraires que le droit civil ajoutait à la condition du consentement. La stipulation n'existait, comme telle, que si certaines paroles étaient prononcées, ces paroles constituaient la causa civilis obligandi. On ne trouve quelque chose d'analogue aujourd'hui que dans les contrats solennels, puisqu'on principe le consentement suffit pour obliger, et on dit alors que les formalités prescrites par la loi constituent la cause efficiente de l'obligation.

De la nécessité d'une cause véritable. Cette nécessité résulte de l'art. 1131 aux termes duquel l'obligation sans cause ou sur fausse cause ne peut produire aucun effet. Il est très difficile de concevoir une obligation où la cause fasse absolument défaut ; on peut cependant donner quelques exemples d'obligations de ce genre. Je vous vends la récolte que je ferai l'an prochain; or, la récolte ne se produit pas, mon obligation de vous la livrer a toujours été inexistante puisqu'elle a toujours manqué d'objet, par suite la vôtre, celle de payer le prix, a toujours manqué de cause. Autre exemple. Certains contrats consistent en des prestations successives à faire par l'une des parties à l'autre. Il en est ainsi dans le bail qui oblige le bailleur à faire jouir le preneur pendant toute la durée du contrat, obligation essentiellement successive. Supposons qu'à un moment donné la maison que je vous ai louée vienne à périr, vous ne pourrez plus me faire jouir pendant le temps qui s'écoulera jusqu'à la fin du bail, mon obligation de vous payer les loyers durant le même temps manquera de cause. On peut assimiler au cas où la cause fait défaut celui où elle est fausse, c.-à-d. n'existe que dans l'esprit des contractants. Je vous vends tel cheval que j'ai dans ma ferme, or il se trouve qu'au moment de la vente le cheval avait péri, mon obligation de vous livrer le cheval n'existera pas faute d'objet, la vôtre de me payer le prix manquera par suite de cause, mais comme nous étions l'un et l'autre convaincus de l'existence d'une cause, on dira en pareil cas que la cause

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est fausse. La fausse cause doit se distinguer de la cause simulée. Lorsqu'on simule une cause, il en existe une véritable, par suite, les obligations résultant du contrat produiront leurs effets, seulement cette cause n'est pas celle qu'indiquait la nature du contrat. Je vous vends tel objet, mais il est entendu entre nous que vous ne paierez pas le prix. La cause simulée de mon obligation de vous livrer la chose, c'est l'obligation qui, en apparence, vous incombe de me payer le prix, la cause réelle sera l'intention que j'ai de vous faire une libéralité. Ce qui est important à noter, c'est que, comme nous le disions plus haut, mon obligation sera parfaitement valable, car elle a une cause.

Effets de V absence ou de la fausseté de la cause. Si la cause fait défaut ou si elle est fausse le contrat sera inexistant; par suite, les parties seront dans la situation oii elles se trouveraient si le contrat n'avait pas eu lieu. Pas de difficulté au cas où ce contrat n'a pas été exécuté, chacune d'elles pourra se prévaloir de l'inexistence; dans le cas contraire, celle des parties qui a exécuté aura contre l'autre une action en répétition de ce qu'elle aura payé. Cette action, que l'on désigne d'ordinaire sous le nom de condictio sine causa, se prescrira par trente ans, conformément au principe général que toutes les actions se prescrivent par trente ans lorsqu'un délai moindre n'a pas été indiqué dans la loi (art. 2262). Mais il faut remarquer que cette prescription ne fera que s'opposer à l'exercice de l'action, et que le contrat n'en sera pas moins sans existence légale, de sorte que si l'une ou l'autre partie a intérêt à se prévaloir de cette inexistence on devra lui en reconnaître le droit. La confirmation d'un contrat sans cause véritable ne saurait produire aucun effet, car on ne confirme pas le néant.

De la cause illicite, — La cause d'une obligation doit être licite (art. 4131), et l'art. 1133 porte qu'il y a cause illicite quand elle est prohibée par la loi ou contraire aux bonnes mœurs ou à l'ordre public. Des exemples montreront quelle a été au juste la pensée du législateur. Je vous promets une somme d'argent pour que vous vous obligiez à continuer avec moi des relations illégitimes, ici, le caractère illicite delà cause est évident; ou bien, je vous promets telle somme pour que vous vous absteniez de commettre un crime, votre obligation est illicite, car il est immoral de votre part de vous faire promettre quoi que ce soit pour vous abstenir d'un fait défendu par la loi, dès lors mon obligation de vous payer la somme convenue a, par là même, une cause illicite. Dans certaines hypothèses, l'objet de l'obligation de l'une des parties ne sera pas illicite en lui-même, mais il sera illicite d'en faire l'objet d'une convention, de sorte que l'obligation de l'autre partie se trouvera avoir une cause illicite. Je vous promets 100,000 francs si vous me faites obtenir ia croix de la Légion d'honneur ; mon obligation a une cause illicite parce qu'il est contraire à la morale de donner à prix d'argent des distinctions instituées pour récompenser le mérite seul. On discute la question de savoir si l'obligation de payer à un entremetteur de mariage le salaire qui lui a été promis, a une cause illicite. Nous pensons qu'il est difficile de trouver quelque chose d'immoral dans le fait d'une personne de s'entremettre pour amener la conclusion d'un mariage. La plupart du temps les mariages se font par des intermédiaires, et si l'on ne critique pas leur rôle, c'est qu'ils agissent gratuituitement. Pourquoi leurs actes changeraient-ils de nature lorsqu'ils sont salariés ? H y a là, croyons-nous, un louage de service parfaitement valable. La jurisprudence est en sens contraire.

Effets de Vexistence d'une cause illicite, La convention ne peut produire aucun effet. Ne semble- t-il pas dès lors que l'on devrait appliquer à ce cas les règles que nous avons indiquées pour le cas d'absence ou de fausseté de la cause? C'est l'opinion qui nous semble la plus logique, puisque l'art. 1131 met sur la même ligne l'ab-

sence de cause, la fausseté de la cause et son caractère illicite. Dans tous ces cas la convention ne peut produire aucun effet. Tel n'est cependant pas l'avis de la jurisprudence qui refuse à la partie vis-à-vis de laquelle la cause est immorale le droit d'agir en répétition de ce qu'elle peut avoir payé. Je vous ai promis et donné une somme pour vous engager à commettre un crime ; je ne pourrai pas, suivant la doctrine de la cour de cassation, vous réclamer le montant de celte somme qui vous a été cependant payée sans cause.

Preuve de la cause, La preuve de la cause d'une obligation résultera le plus souvent de l'écrit qui constate cette obligation, écrit qui sera nécessaire s'il s'agit d'une valeur supérieure à 150 fr., sauf les exceptions établies par la loi. Lorsqu'il s'agira d'un contrat synallagmatique, ce contrat portera, en lui-même, la preuve de la cause puisque l'obligation de chaque partie a, en pareil cas, pour cause l'obligation de l'autre. Mais si on se trouve en présence d'un contrat unilatéral constaté par un billet non causé et conçu, par exemple en ces termes : Je reconnais

devoir à M, X.,, la somme de présumera|-t-on

l'existence de la cause sauf au débiteur à prouver qu'elle n'existe pas, ou au contraire faudra-t-il imposer au créancier de prouver l'existence de la cause sous prétexte que, devant établir l'obligation du débiteur il doit prouver la réunion de tous les éléments qui la composent ? La question nous paraît résolue par l'art. 4132, aux termes duquel la convention (lisez : l'écrit qui la constate, tout le monde est d'accord sur ce point) n'est pas moins valable quoique la cause n'en soit pas exprimée. Si un billet non causé a la môme valeur qu'un billet causé il doit faire preuve de la cause, sauf bien entendu au débiteur à établir le contraire. C'est en ce sens que la jurisprudence se prononce. Il y a controverse en doctrine. •

Dans un autre sens le mot cause est employé comme synonyme de litige. C'est ainsi que l'on dit qu'un moyen peut être employé en tout état de cause, ou que la cause est communicable au ministère public, etc. Enfin le mot cause signifie, et c'est en ce sens qu'il est pris par l'art. 1351, le fondement direct et immédiat, le principe générateur du droit ou du bénéfice légal que l'une des parties fait valoir par voie d'action ou d'exception (V. Chose jugée). Paul Nachbâur.

Cause dans les obligations (V. Obligation).

Causes d'office (V. Assistance judiciaire).

ÏIL Droit canonique. — Causes majeures. — On appelle ainsi certaines causes dont le pape prétend se réserver l'instruction et le jugement, à raison de la qualité des parties ou de Timportance de la matière. Cette prétention a son origine dans les Fausses Décrélales, lesquelles affirment, d'après un décret du pape Eleuthère (185) et d'autres décrets également apocryphes, que, même en première instance^ le pape a le droit de statuer sur les actions intentées contre les évêques. Comme il était pratiquement impossible de porter à Rome toutes les causes concernant les évêques, on étabUt entre elles une distinction fondée sur leur importance, et on ne considéra comme majeures, c.-à-d. réservées au pape, que les accusations pouvant entraîner la déposition ou la privation; mais on y ajouta, d'une manière générale, les causes qui concernent la foi et les droits propres au Siège Apostolique. — En France, la pragmatique, sanction de Bourges avait reconnu que les causes majeures dont rénumération se trouve dans le droit' {exceptis majoribus in jure expresse enumeratis) doivent être portées immédiatement au Saint-Siège. Cette disposition fut reproduite par le concordat de 1516; mais elle resta sans effet, parce qu'on l'interprétait ainsi : « Le droit qui énumère expressément les causes majeures, lesquelles doivent, par exception, être portées en première instance devant le Saint-Siège, c'est le droit reçu en France, » Comme le droit reçu en France n'en énumérait aucune, on décida qu'aucune ne pouvait être portée à Rome en

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première instance ; et la distinction n'eut de valeur qu'en matière d'appel. — Pour la procédure suivie dans ce dernier cas, V. Appellations ecclésiastiques, p. 417,

2« coi. E.-H. VOLLET.

Causes réservées (V. Causes majeures).

IV. Histoire. — Causes célèbres. —De tout temps, certains procès, en matière criminelle surtout, ont eu le don de passionner les esprits et de laisser un souvenir ineffaçable dans la mémoire des hommes. L'antiquité grecque et romaine pourrait, au besoin, nous en fournir des exemples. Mais que faut-il pour rendre une cause célèbre? L'atrocité ou la singularité exceptionnelle des faits, le rang social des parties, l'éclat de la défense, la présomption d'une erreur judiciaire, etc., tout cela ne suffit pas. Une autre condition, capitale et essentielle, s'impose : nous voulons dire l'existence d'un certain courant d'idées, d'une disposition favorable de l'opinion publique qui, comme la mode, a ses caprices. Combien d'affaires, en effet, malgré les circonstances les plus extraordinaires et les plus émouvantes, n'ont pu échapper à l'oubli ! Ainsi que les livres, les procès ont leur destin. En France, les premiers Recueils de causes célèbres, parus vers le milieu du xvm® siècle, furent accueillis avec faveur, et depuis lors, le public, épris d'aventures et de mystères, n'a cessé de se complaire dans ces récits qui flattent sa curiosité naturelle en lui offrant, sur le roman, l'avantage de la réalité. Il y a puisé sans doute un peu de ce goût souvent excessif pour les drames judiciaires dont les comptes rendus soulèvent, de nos jours, de si fiévreuses émotions. A un point de vue plus élevé, ne serait-il pas permis de dire que la lecture des causes célèbres intéresse également le jurisconsulte, le moraliste et le savant ? Les uns et les autres ne doivent-ils pas, dans la recherche des grands problèmes qui les préoccupent, s'attacher à l'examen des antécédents des criminels, de leur hérédité, de leurs dispositions intellectuelles et physiques? Et, à ce titre, le genre de publication dont nous parlons ne mérite-t-il pas quelque crédit?

En tête de ces recueils figure, par droit d'ancienneté, celui des Causes célèbres et intéressantes de Gayot de Pilaval (Paris, 1735, 20 vol. in-12), continué par de La Ville (Paris, 4764, 4 vol. in -12) et refondu par Richer (Amsterdam, 4772-88, 22 vol. in-42). Dans cet ouvrage, plus spécialement apprécié des hommes de loi, se trouvent relatés quelques procès curieux du vieux temps parmi lesquels celui que l'on a surnommé : la cause de Dieu : Il s'agissait d'un joaillier qui avait eu l'idée bizarre de contracter avec Dieu une société pour l'exploitation de son commerce. Aux termes d'un acte, parfaitement régulier d'ailleurs, il abandonnait la moitié de ses bénéfices à Dieu, à charge par celui-ci d'assurer la prospérité de la maison. Fidèle à son engagement, Dieu fit, paraît-il, réussir l'entreprise, et, non moins scrupuleux, le négociant, devenu riche, versa la part afférente à son divin associé entre les mains des pauvres, ses représentants sur terre. Mais, à sa mort, on découvrit dans ses coffres plusieurs bijoux de grand prix demeurés invendus. Sur chacun d'eux une étiquette portait ces simples mots : la moitié de la valeur à Dieu. Aussitôt les difficultés surgirent. Un procès s'engagea, sur l'existence légale de la société, entre l'administration des hospices au nom des pauvres, et les héritiers du bonhomme, et, après de longs débats, un arrêt du parlement intervint qui, donnant gain de cause aux hospices, valida l'étrange convention.

Nous bornant maintenant à une simple énumération, nous citerons, après Gayot de Pita\^al, et, en suivant l'ordre chronologique : Rob. Eslienne, Causes amusantes et connues (Berlin, 4769-70, 2 vol. in-12); Desessarts. Causes célèbres^ curieuses et intéressantes (Paris, 4775-1789, 90 vol. in-42) ; Méjean, Becueil de Causes célèbres et des arrêts qui les ont décidées (Paris, 1(S07- 43, 48 vol. in-8) ; Roussel et Pauchet de Valcour, Annales du crime ou de l'innocence^ ou Choix de Causes célèbres anciennes et modernes, réduites aux

faits historiques (Paris, 4813, 20 part, in-42); la vaste collection de Saint-Edme, intitulée Répertoire géné^ rai des causes célèbres et modernes (Paris, 4835, 45 vol. in-8) ; les Drames judiciaires, Causes célèbres de tous les peuples^ de la librairie ethnographique (4848) ; enfin, et plus près de nous, les Causes célèbres de tous les peuples, par A. Fouquier, recueil commencé à Paris en 4857 et toujours en cours de publication. L'espace nous manque — on le comprend sans peine — pour aborder ici l'analyse des principales causes célèbres. Le lecteur pourra d'ailleurs, à l'aide de la table ci-après, et en se reportant soit aux divers recueils précités, soit, dans le présent ouvrage, aux noms des personnages ou criminels les plus connus, se procurer tous les éclaircissements désirables. Un dernier mot : nous avons omis à dessein , dans la longue liste qui va suivre, les affaires a sensation de date relativement récente. Non encore consacrées par le temps, ce ne sont pas des causes célèbres.

Crimes politiques, Jean Châtel , 4 594 ; Ra vaillac, 4 61 0 ; Damiens, 4757; Charlotte Corday, 4793; Louvel, 4820 ; Fieschi, 4835; Alibaud, 4836 ; Orsiai, Piéri, etc., atrtentat du 44 janv. 4858.

Procès politiques. Jeanne d'Are, 4431; le collier de la Reine, 4786; Louis XVI, 4793 ; les Girondins, id, : M'"9 Roland, id. ; Marie-Antoinette et M^® Elisabeth, 4793-4 ; le ducd'Enghien, 4804 ; le maréchal Ney, 4845 ; Lavalette, M"^® Lavalette et les trois Anglais, id. ; Caroline de Brunswick, 4820; les quatre sergents de la Rochelle, 4822 ; les Chansons de Béranger, 4822 ; Testament du duc de Bourbon, 4830 ; John Brown, 4859 ; le maréchal Bazaine, 4870-73.

Les duels, Sirey-Durepaire-Caumartin , 4833-42; Dugarier, Beauvallon - D'Ecquevillez, 4845; De Mercy- Rozier, 4858.

Erreur s judiciaires. ^'kw^diàQ, 4687; Lebrun, 4689; Calas, Sirvan, de la Barre, 4762; Montbaillé, 4770; Joseph Lesurques, 4796 (innocence discutée); Verdure, 4780; Victoire Salmon, 4781 ; Dehors, 1836; Lesnier, 1848-55; Louarn et Baffet, 1854-60.

Les imposteurs, La femme sans nom, 4791-95; les faux Dauphins, 1799-4855.

Les empoisonneurs. Marquise de Brinvilliers, 4676 ; Desrues, 1777 ; la chambre ardente, 4679-82; V^^ Boursier et Kostolo,4823 ; W^ Lafarge, 4840 ; W^ Lacoste, 4844; le curé Gotteland et M™« Uusablon, 4850; Hélène Jegado, 4851 ; les époux de Bocarmé, id.; William Palmer, 4856 ; Couty delà Pommerais, 4864.

Bandits et brigands. Cartouche, 4721; Mandrin, 4755; les chauffeurs d'Orgères, 4799-4800; l'Auberge aux tueurs, 1834-36 ; brigands de la Vienne, 1834-40 ; les escarpes, 4844; les Habits noirs, id.; bande Thibert, 4847 ; bande Lemaire, 4857 ; bande Graft, Pascal, etc., les assassins de Péchard, 4857.

Assassins et meurtriers, La machine infernale de Senlis ; Billon, 4789 ; Dautin et Girouard, 4844 ; Serres de Saint-Clair id. ; les assassins de Fuaidès, 4817-19 ; Papavoine, 4825; Hippolyte Cornier, id. ; les assassins de P.-L. Courier, 4825-30; assassins par amour, Ulbach, Sureau, Julien, 4826-27 ; Frédéric Benoist, 4829-32; Robert et Bastien : le squelette de la rue de Vaugirard, 4833; Lacenaire, François, Avril, 4834-5; Delacollonge (le curé), 4835 ; Soufflard etLesage, 4838-9'; Besson et le berger Arzac : assassinat de M. de Marcellange, 4840 ; Eliçabide, assassinat de l'enfant de La Villette, 4840 ; Montély, assassinat du garçon de banque d'Orléans, 4842; Rousselet et Edouard Donon, assassinat de Donon Cadot, 4844 ; De Praslin (le duc), 4847 ; Montuharmont lebraconuier, 4850-1; Jobard, 1852; le cocher Coilignon, 1855; le palefrenier Beaumann, 4856; le capitaine Doineau, 4856; Verger, 1857; Joannon, Descharaps et Chrétien; assassinat des dames Gayet, de Saint-Cyr, 4860; Dumollard, 4864; les adultères de la Bastide Neuve; V'^ Auphan et Denante, 4862.

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