CANOPE
grande célébrité au temple que les Ptolémées y construisirent en l'honneur de Sérapis. Les Grecs y affluèrent bientôt et les Egyptiens firent de môme, autant sans doute pour le besoin du commerce que par l'envie de prendre part au culte du dieu. Les Grecs ont imaginé, pour expliquer le nom de Canope, une curieuse légende. il n'en était pas besoin, le nom de Canope est formé de deux mots égyptiens qui signifient terre d'or ; l'étymologie était connue des prêtres égyptiens qui la donnèrent au rhéteur Aristide, au témoignage même de ce dernier. Mais cette étymologie était trop simple pour les Grecs, trop éloignée de répondre à leur puéril désir de rehausser partout la preuve de la puissance de leurs héros légendaires et ils racontaient que Ménélas, à son retour de Troie, ayant abordé en Egypte, ainsi qu'il est raconté dans VOdyssée, l'un des pilotes de ses vaisseaux y fut piqué d'une vipère et mourut. Il s'appelait Canobus, d'où le nom de Canope donné à la ville. La ville devint célèbre dans le monde ancien par la dissolution des mœurs qui y régnait. Strabon dit que les mœurs d'Eleusis n'étaient qu'un prélude des usages de Canope. Les moralistes et les satiriques ont souvent fait mention de cette ville pour en détourner les sages et pour la stigmatiser, comme Juvénal. On y célébrait de grandes processions auxquelles accouraient une grande multitude de pèlerins de toutes les parties de l'Egypte et des pays avoisinants, de Grèce et du littoral de la Syrie. Le Nil se couvrait de barques remplies d'hommes et de femmes, chantant, dansant, se livrant sans réserve aucune à toute leur ardeur pour le plaisir. Hérodote nous en a laissé une description qui ne diffère pas beaucoup de ce qui se passe encore en Egypte lors de certaines grandes fêtes populaires, léguées par l'antique Egypte à l'Egypte moderne. A tort ou à raison Canope passa pour la sentine de tous les vices, et, à l'époque de l'ère chrétienne, les patriarches d'Alexandrie résolurent de purger leur pays de cette dissolution en faisant disparaître le temple de Sérapis, qui leur en semblait l'unique cause. Le temple fut détruit au temps de l'archevêque Cyrille en même temps qu'un grand nombre d'autres monuments de l'époque ptolémaïque ou d'époque pharaonique. On ignore à quelle époque la ville de Canope fut ruinée. Vraisemblablement cette ruine fut progressive. Les débris de la ville couvrent encore un grand espace de terrain ; ils sont en grande partie d'origine grecque, mais on découvre aussi parfois quelques monuments de style purement égyptien. Ces ruines sont situées à une petite distance d'Âboukir, village si célèbre par la victoire de l'armée française sur les Turcs, comme par la ruine de la flotte française par les Anglais, peu après la descente de Bonaparte en Egypte. Les documents coptes ne mentionnent que très rarement la ville de Canope ; ils nous apprennent cependant qu'il y avait un couvent de cénobites près de la ville. Ce couvent était d'origine grecque ; il avait vraisemblablement fait partie des dépendances du temple de Sérapis. Quand le temple fut détruit par l'archevêque Cyrille, il y plaça d'abord des moines qui n'y purent rester ; les moines furent remplacés par des cénobites de l'ordre pakhômien qui se montrèrent moins superstitieux et moins accessibles à la peur. Dans la science, cette ville est surtout célèbre par la découverte de la pierre sur laquelle était gravé le fameux décret de Canope. E. Amélineau.
Décret de Canope, — En 1866, le D'' Lepsius découvrit dans la basse Egypte, à San, une stèle trilingue de plus de deux mètres de hauteur et en parfait état de conservation : elle contenait un décret rendu sous Ptolémée m Evergète et rédigé en égyptien et en grec ; une inscription hiéroglyphique de 37 lignes était suivie d'une inscription grecque de 76 lignes ; une inscription en écriture démotique de 74 lignes était gravée sur la tranche. Ce document est inestimable et par l'intérêt de son contenu et par la consécration qu'il a donnée aux travaux de l'école de Champollion. Il nous apprend que des prêtres délégués