‹ La Grande encyclopédieChapitre 335 sur 397 · CAVOIE — CAVOUR · texte numérisé non relu

CAVOIE — CAVOUR

parle assez longuement de lui en divers endroits et qui lait remarquer avec quelque dédain qu'il n'était pas de très haute noblesse, attribue le crédit qu'il acquit à la cour de Louis XIV d'abord à l'adresse de sa mère, ensuite à ses avantages physiques, qui étaient, paraît-il, fort brillants. Cavoie, bien fait, habile aux exercices du corps, aimable et plein d'honneur, se rendit presque célèbre dans sa jeunesse par ses nombreuses amours et par ses duels, qui le conduisirent plusieurs fois à la Bastille, mais ne lui firent point pour cela perdre la bienveillance du roi. En ]666, il s'engagea comme volontaire dans la flotte hollandaise (les Provinces-Unies étaient alors alliées avec la France contre l'Angleterre) et émerveilla Ruyter par sa rare intrépidité. Six ans plus tard, il fut un des héros du passage du Rhin (1672). Fort aimé de Turenne et de Seignelay, il ne plaisait guère, en revanche, à Louvois. Mais il devenait chaque jour de plus en plus cher à Louis XIV, qui voulut le marier. Saint-Simon conte fort plaisamment, mais non sans méchanceté, l'histoire de cette pauvre M^^® de Coetlogon, fille d'honneur de la reine, qui, laide et sans fortune, était devenue follement amoureuse de Cavoie, lequel n'avait pour elle qu'indifférence. Quand il partait pour la guerre, elle prenait le deuil. Une fois qu'il était à la Bastille, elle remua toute la cour pour l'en faire sortir, alla trouver le roi et finit par lui présenter ses ongles « auxquels il comprit qu'il était plus sage de ne pas s'exposer ». Finalement, Louis XIV eut pitié d'elle et, pour obtenir que l'insensible gentilhomme voulût bien l'épouser, lui donna la charge de grand-maréchal des logis. Cavoie « renifla » bien encore un peu, mais, en somme, s'exécuta. 11 vécut, du reste, assez bien avec elle et en fut adoré toute sa vie. En 1688, dépité de n'avoir pu, grâce à l'opposition de Louvois, obtenir le cordon bleu, il parla de se retirer. Mais le roi lui déclara qu'il vivait depuis trop longtemps avec lui pour pouvoir lui permettre de le quitter, qu'il ne le voulait pas et qu'il aurait soin de ses affaires. Cavoie demeura donc à la cour. Il faisait d'ailleurs un noble usage de sa fortune et protégeait hautement des artistes et des littérateurs, avec lesquels il n'était pas tâché qu'on le sût lié. II aimait notamment à se montrer en public avec Racine ; aussi, un jour qu'il se promenait en sa compagnie sur la terrasse de Versailles : « Cavoie, dit en souriant Louis XIV, croit devenir bel esprit, et Racine se croira bientôt un fin courtisan. » A. Debidour.

CAVOIR (Vitrerie). Instrument de vitrier qui sert à égruger le pourtour d'un carreau ou d'une glace, quand on a donné le trait de diamant. Cet outil est un disque ou une plaque rectangulaire en fer, pourvue d'encoches dont les largeurs sont variées pour égruger des verres d'épaisseurs différentes. ^ L. K.

CAVOJAou KAVAJE. Ville de la Turquie d'Europe. C'est un ch.-l, de district de la prov. de Scutari (Albanie). Elle est située sur la route d'Avlona à Scutari, à 17 kil. au S.-E. de Durazzo. La population dépasse 5,000 hab. L. L.

CAVOLINIA (Maîac). Genre de Mollusques-Ptéropodes, de Tordre des Thécosomes, établi en 1783 par Gioeni, qui l'a ainsi dénommé en l'honneur du zoologiste Filippo Cavolini (1756-1810), pour un animal subglobuleux, formé de deux parties distinctes : la première, céphalique, munie d'un pied musculeux dilaté de chaque côté en forme de nageoires, séparées par un lobe intermédiaire ; la seconde abdominale, enveloppée par le manteau, et contenue dans la coquille. Le manteau est ouvert en avant et muni latéralement d'appendices de formes variables et extensibles. L'ouverture buccale est antérieure et inférieure ; elle est bordée de deux replis labiaux qui se prolongent sous le pied. Les orifices génitaux sont à droite, séparés, entre le tentacule droit et le cou, et l'orifice anal, à gauche, près du bord intérieur du manteau ; les branchies sont contenues dans une cavité intérieure du manteau ; elles décrivent

Cavolinia longirostris Les.

autour de la masse viscérale une sorte d'ellipse interrompue en avant, et sont composées de lames feuilletées formant un peigne au côté droit, tandis qu'à gauche elles sont disposées en lignes longitudi nales et parallèles.

— Coquille globuleuse, mince, bombée du côté de la face ventrale; ouverture étroite, plus petite que la cavité interne ; une fissure de chaque côté du test; la face dorsale, plus longue que la ventrale, est prolongée en avant de l'ouverture. Type : C, longirostris Lesueur. Les Cavolinies sont des Mollusques essentiellement nageurs et marins; ils habitent toutes les mers chaudes et tempérées, Asie, Océanie, Amérique, Afrique, etc. J. Mabille.

CAVOS (Catterino), compositeur dramatique, né à Venise en 1775, mort le 28 avr. 1840 à Saint-Pétersbourg, où il passa sa vie entière et fut comblé d'honneurs. Avant de quitter l'Italie, il avait remporté quelques brillants succès, et fait représenter à Padoue un ballet, la Silflde, En 1798, il arriva à Saint-Pétersbourg. Il a composé en langue russe la plupart de ses opéras. On compte douze opéras russes de Cavos, dont Fétis donne les titres. En français, il composa les Trois Sultanes; en italien, six ballets et un monodrame, il Convito degli spiriti, exécuté à Munich, A. E.

BiBL. : Mercier, Nécrologe universel du xix^ siècle^ fasc. tiré à part; Paris, 1851. — F.-J. Fétis, Biographie univers, des musiciens; Paris, 1875, in-8, 2" éd.

CAVOUR ou CAVORE. Bourg d'Italie, prov. de Turin; 1,921 hab., agglom., 7,202 dans la commune. Ce bourg est situé sur le Pellice, affluent de gauche du Pô, au pied d'une colline de 410 m. sur laquelle s'élevait la vieille ville de Caburrrum, Non loin est l'abbaye bénédictine de Santa-Maria-di-Cavour (fondée en 1010), jadis très prospère. Cette bourgade jadis fortifiée, fut prise par Lesdiguières en 1592, restituée l'année suivante au duc de Savoie. Filatures de soie et de lin. A.-M. B.

CAVOUR (Canal). Canal d'irrigation appartenant à l'Etat, long de 82 kil., qui s'étend de Chivasso sur le Pô jusqu'à Galliate sur le Tessin, au N. du Pô et qui arrose la Lomellina. Il a été exécuté par des Anglais, de 1863 à 1865, et a coûté 44 millions.

CAVOUR (Camillo Benso, comte de), homme d'Etat italien, né à Turin le 10 août 1810, mort à Turin le 6 juin 1861. Les Benso, originaires de Chieri, en Piémont, étaient de très ancienne noblesse, mais le nom de Cavour ne datait dans cette famille que du siècle dernier. Ce fut Charles-Emmanuel III qui contera le marquisat de Cavour, fief voisin de Pignerol, à Michèle Antonio Benso, seigneur de Santena et lieutenant général des armées de Sardaigne. Le marquis Michèle di Cavour, père du comte Camillo, le grand homme d'Etat, qui fut son second fils, était, sous l'Empire français, chambellan du prince Camille Borghèse, gouverneur général des départements transalpins : le prince tint l'enfant sur les fonts de baptême avec la princesse Pauline Bonaparte, sa femme, et lui donna son prénom. Par sa mère, Adélaïde de Sellon, le comte de Cavour se rattachait au patriciat genevois, et, par sa grand'mère paternelle, Philippine de Sales, à l'aristocratie savoisienne. Ses deux tantes maternelles, mariées l'une au duc de Clermont- Tonnerre et l'autre au comte d'Auzers, l'apparen talent dans la haute société française. Ces diverses influences ont concouru à son éducation. Mais, si les fortes traditions de famille ont trempé son caractère, elles n'ont pas eu de prise sur son génie. Robuste et pétulant, le jeune Camillo montra d'abord peu d'inclination pour l'étude. Entré à l'académie

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royale militaire de Turin (1^^' mai 1820), il se distingua pourtant dans les mathématiques. Les relations de son père avec Charles-Albert, alors prince de Carignan, le tirent admettre parmi les pages de l'héritier du trône (9 juill. 1824). Mais son esprit vif et indépendant s'accommoda mal d'un office de cour qui, à ses yeux, rentrait dans la domesticité. Quand il fut nommé lieutenant du génie, à sa sortie de l'académie militaire (16 sept. 1826), il se réjouit hautement d'avoir déposé « la livrée ». Cette parole imprudente fut rapportée au prince de Carignan, qui lui en voulut beaucoup. Le jeune officier, attaché d'abord à la direction du génie de Turin, travailla aux fortifications de Ventimille,^ d'Exilles, de Lesseillon, puis revint à Turin (oct. 1829). Il s'intéressait déjà vivement à la politique, professant des opinions qu'il jugeait plus tard « fort exagérées ». Rien ne lui semblait au-dessus de ses forces. « Il y a eu un temps, écrivait-il le 2 oct. 1832, où j'aurais cru tout naturel de me réveiller un beau matin ministre dirigeant du royaume d'Italie. » Il fut ensuite attaché à la direction de Gênes (29 mars 1830). C'est là qu'il débuta réellement dans le monde. La révolution de Juillet enflamma ses espérances patriotiques. Il crut que la France saurait « profiter de sa position et tirer î'épée du fourreau ». Bientôt déçu, il en ressentit une profonde douleur, voyant bien que son pays, « étreint d'un côté par les baïonnettes autrichiennes et de l'autre par les excommunications papales », était incapable d'apporter de lui-même aucun soulagement à ses maux. Le libre parler du lieutenant Cavour lui valut d'être l'objet d'un acte de sévérité : quoique la mesure eût été prise plus d'un mois avant l'avènement de Charles- Albert, il l'attribua toujours au ressentiment de ce prince. On l'envoya au fort de Bard, dans la vallée d'Aoste, pour surveiller de simples travaux de maçonnerie (6 mars 1831). Cet exil, qui laissait ses connaissances et ses facultés sans emploi, le dégoûta du service militaire : il se décida à donner sa démission, qui fut acceptée le 12 nov.

Camillo Cavour ne pouvait rester oisif : il s'occupa dès lors d'agriculture, partageant son temps entre un domaine de sa famille, situé dans la commune de Grinzane, dont son père parvint à le faire nommer syndic (1832), et les salons de Turin, que charmait son enjouement, mais qu'étonnaient fort ses tendances au milieu d'une société d'ancien régime. En dépit de ses alliances légitimistes, il fréquentait assidûment la maison du ministre de France, le baron de Barante, qui exerça sur lui une influence considérable. Il s'y lia étroitement avec le jeune comte d'Haussonville. L'un et l'autre l'aidèrent à dégager des idées révolutionnaires, qui avaient séduit d'abord son esprit ardent, le libéralisme pratique, mais résolu, qui était le fond même de sa nature. Le gouvernement autrichien, renseigné par ses agents, et le considérant comme un homme très dangereux, lui ferma la frontière quand il voulut faire un voyage en Lombard ie (1833). L'année suivante, il partit pour Genève, oii l'attiraient des souvenirs d'enfance, des parents, des amis, et se plut dans celte atmosphère de raison. Avant son départ, il avait rédigé en français un remarquable Extrait du rapport sur la taxe des pauvres en Angleterre, et, sur les instances du comte de Pralormo, ministre des finances, il avait consenti à le faire imprimer sans nom d'auteur. Un article très élogieux de Cesare Balbo signala ce travail dans la Gazzetta piemontese du 16 fév. 1835. Vers la fin du même mois, Cavour alla de Genève à Paris, où il trouva de précieuses relations. 11 y démêla avec une précoce sagacité les conditions des différents partis politiques, et s'attacha à l'étude des questions économiques et sociales . La France le convainquit que le triomphe de la démocratie était « l'inévitable avenir de l'humanité ». Que ce fût un bien ou un mal, il fallait s'y préparer. Au milieu de mai, il se rendit à Londres. L'Angleterre, qu'il parcourut, lui inspira une profonde admiration pour son régime de liberté : elle lui fut aussi d'un utile enseigne-

ment au point de vue industriel et agricole. Il revint par la Belgique, où il vit Gioberti exilé, traversa les provinces rhénanes, et rentra en Piémont dans le courant de juillet. Pendant son absence, son père avait été nommé par Charles-Albert vicaire de la ville de Turin, magistrature qui correspondait à celles de maire et de préfet de police (27 juin 1835). Pour se consacrer tout entier à ses Ibnctions, le marquis de Cavour confia à son fils Camillo la gestion de ses propriétés, dont la plus vaste était celle de Leri, dans la province de Verceil. Le jeune homme se prit d'une véritable passion pour l'agriculture. Tout en faisant prospérer les biens paternels, il se livra à de grandes opérations agricoles pour son propre compte, en vue do s'assurer une indépendance que lui refusait sa situation de cadet. Il put accomplir enfin pour affaires, en 1836, le voyage de Lombardie. Entre temps, il approfondissait ses études d'économie politique. Le comte de Pralormo, devenu ministre de l'intérieur, aurait voulu employer Camillo Cavour dans des fonctions publiques. Charles-Albert opposa une résistance invincible. II croyait avoir bien assez fait pour son ancien page, qu il traitait de carbonaro impertinent, en l'acceptant pour syndic de Grinzane, et en le nommant, sur la proposition de la commission supérieure de statistique, membre de cette commission (10 déc. 1836). L'activité de Cavour se porta sur des œuvres d'initiative privée. De 1837 à 1839, il s'occupa avec un zèle infatigable des asiles et des écoles infantiles, et fonda, de concert avec Boncompagni, Sclopis, et plusieurs autres, une société pour en faciliter l'extension. Il avait dans sa jeunesse la passion du jeu, et, bien qu'il se fût corrigé à la suite d'une grosse perte, il y prit toujours plaisir. Sous l'inoffensive dénomination de Société du Whist, il créa un cercle qui devint bientôt un foyer politique (1841). En 1842, il eut la plus grande part à la fondation àeï' Association agraire, qui, par les congrès, contribua puissamment aux manifestations de l'esprit public. Il transformait par le drainage le domaine de Leri, qu'il avait agrandi de ses deniers : même chargé du poids des affaires publiques, il ne cessa jamais de l'administrer. De fréquents voyages en Savoie, en Suisse, en France, le délassaient ou l'instruisaient. Il revit l'Angleterre en 1843. De 1844 à 1847, tout en continuant de faire de Tagriculture sa principale occupation, il déploya son intelligente énergie dans des entreprises industrielles ou financières, plus utiles au pays que fructueuses pour lui-même.

Les circonstances avaient fait Cavour publiciste. A son retour d'Angleterre (1843), il avait publié dans la Gazzetta deW Associazione agraria, à propos des fermesmodèles, qui lui paraissaient peu utiles dans l'état présent de l'agriculture piémontaise, un travail intitulé Sulla poca convenienza di stabilire poderi-modello in Piemonte. Il avait donné à la Bibliothèque universelle de Genève un article sur les Voyages agronomiques en France de Lullin de Châteauvieux. Il fournit au même recueil, en 1844, des Considérations sur l'état actuel de l'Irlande et sur son avenir, puis, en 1845, un Examen de la question relative à la législation anglaise sur le commerce des céréales. Une lumineuse et patriotique Etude des chemins de fer en Italie parut ensuite dans la Revue nouvelle de Paris, accompagnée d'une note flatteuse du duc de Broglie (l^'^ mai 1846). L'auteur, mettant l'action morale des chemins de fer en Italie au-dessus de leur action matérielle, les présentait comme un moyen de conquérir l'indépendance nationale. En mars 1847, reprenant au point de vue italien la question de la législation anglaise sur les céréales, il commença, dans VAntologia italiana de Predari, une autre étude intitulée DeW influenza che la nuova politica commerciale inglese deve esercitare sut mondo economico e sulV îtaîia in particolare. Il ne l'acheva pas.

Les écrits de Cavour avaient pu donner de lui une haute idée à quelques esprits éclairés, mais le public, qui

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ne les connaissait pas, ne le jugeait que sur son nom. Pour l'heure, il n'y en avait pas de plus impopulaire. Le vicaire de Turin, ayant dans ses attributions la police, comptait inévitablement beaucoup d'ennemis, et les principes absolutistes du marquis de Cavour n'étaient pas de nature à lui faire trouver grâce. On l'accusait de soigner ses propres intérêts plus que ceux de la ville, on lui reprochait des spéculations imaginaires : bref, il passait pour un accapareur. Cavour, qui avait un très vif esprit de famille, souffrait de ces calomnies, pour son père plus que pour lui-même. Le marquis se démit du vicariat le il juin 1847 : sa retraite ne changea rien à la situation de son fils. Dès le principe, V Association agraire^ empruntant au langage politique des appellations toutes faites, s'était divisée, d'après l'origine de ses membres plutôt que d'après leurs opinions, en démocrates et aristocrates, ou, par suite de l'opposition passionnée de Lorenzo Valérie aux propositions pratiques de Camille Cavour, en valériens et cavouriens. Les gouvernants, tout absolutistes qu'ils étaient, soutinrent plus d'une fois secrètement les adversaires de Cavour : celui-ci leur semblait plus dangereux. Aussi, suspect au roi, peu sympathique à l'aristocratie qui le sentait libéral, mal vu des libéraux qui le traitaient d'aristocrate, odieux au peuple qui considérait le champion de la liberté commerciale comme un bénéficiaire du monopole, Cavour, qui, dès sa jeunesse, paraissait né ministre, à trente -sept ans, en pleine maturité d'esprit, se renfermait dans le sentiment de sa dignité et de sa valeur, et, non sans tristesse, vivait retiré à Leri.

Tout à coup, le 30 oct. 1847, après de longues hésitations, Charles-Albert, entraîné par le mouvement qu'avait provoqué l'avènement de Pie IX, se décida à promulguer des réformes. Cavour revint aussitôt à Turin. Il y retrouva les mêmes défiances et les mêmes antipathies, mais il comptait bien faire voir avec le temps qu'il n'était pas l'homme qu'on s'imaginait. D'accord avec Cesare Balbo et quelques autres réformistes, il fonda un journal, il Ri-^ sorgimento, qui devait être l'organe du parti modéré. Le premier numéro parut le 15 déc. Directeur, rédacteur en chef et gérant, il y soutint pendant trois ans, avec autant d'habileté que d'éclat, les idées de liberté et de progrès. Dès le 7 janv. 1848, dans une réunion de journalistes et de personnages importants, convoquée pour appuyer les Génois qui demandaient l'institution d'une garde nationale et l'expulsion des jésuites, Cavour déclara que ce qu'il fallait demander avant toutes choses, c'était une constitution, laquelle raffermirait le pouvoir en lui donnant une base nouvelle et conforme à l'esprit du temps. Sa motion hardie, appuyée par les réformistes, fut repoussée par les démocrates, qui semblaient tout craindre de celui qu'ils appelaient Milord Risorgimento : cette fois pourtant, Brofferio se rangea de son côté. Charles- Albert résistait, mais, pressé par les événements, il finit par céder. Le 8 fév., il établit les bases du Statut, qui fut promulgué le 4 mars. Cavour, nommé membre de la commission chargée de préparer la loi électorale, en fut le principal auteur. Cesare Balbo eut la présidence du premier ministère constitutionnel (16 mars). La révolution de Milan éclata deux jours après. Le roi ne prenait aucune résolution. Cavour se prononça dans son journal pour la guerre immédiate contre l'Autriche : « Nous sommes dans des conditions, disait-il, où l'audace est la vraie prudence. » Il annonçait par là l'homme de 1859 et de 1860. 11 n'était pas, d'ailleurs, de ceux qui répétaient : Italia far à dasè; il envisageait l'opportunité du concours de la France.

Camille Cavour avait échoué aux premières élections (26 avr.), mais, aux élections complémentaires (26 juin), il fut nommé député dans quatre collèges : il opta pour Turin. Ses débuts comme orateur (4 juill.) ne furent pas très heureux. Il n'avait pas la parole brillante, ni même facile. Simple jusqu'à la familiarité, il parlait

surtout la langue des affaires, à la mode anglaise plutôt qu'à la manière italienne. Il arriva cependant, par sa clarté, sa puissance de raisonnement, sa promptitude à la riposte, sa verve sarcastique , sa finesse, sa bonne humeur, qui fit dire plus tard du grand ministre qu'il avait la politique gaie, et quelquefois aussi par la chaleur de ses mouvements , à se faire une éloquence toute spéciale dont la Chambre ne tarda pas à subir l'ascendant. Il siégeait sur les bancs de la droite, mais on l'y regardait comme un indiscipliné. A la nouvelle de la déroute de Custoza (25 juil.), Cavour s'enrôla des premiers parmi les volontaires : la conclusion de l'armistice (9 août) l'empêcha de partir. L'ardeur des démocrates ne fit que croître après les désastres. Cavour, luttant sans trêve, soit dans son journal, soit à la Chambre, au milieu des insultes de la gauche et des tribunes, soutint énergiquement les divers ministères dans cette période de confusion. Pour le public, ce n'était qu'un codino, c.-à-d. un réactionnaire. Lorsque "Gioberti arriva au pouvoir comme président d'un ministère démocratique, avec Rattazzi pour principal collègue (16 déc), il procéda à de nouvelles élections (22 "janv. 1849) : la ville de Turin préféra à Camillo Cavour un inconnu nommé Pansoya. Exclu du Parlement, le directeur du Risorgimento ne laissa pas d'appuyer loyalement Gioberti quand il s'efforça d'inaugurer à l'extérieur une politique plus avisée. Mais, en désaccord avec ses collègues, Gioberti se retira (20 févr.). Le roi voulait une revanche, l'opinion publique la réclamait. Cavour accepta la guerre comme une nécessité. Après la défaite de Novare et l'avènement de Victor- Emmanuel (23 mars), la Chambre fut dissoute. Aux élections du 15 juill., Turin, venant à résipiscence, renvoya au Parlement Camillo Cavour, qui 'ne cessa plus d'être son représentant. Une nouvelle dissolution, rendue nécessaire par le refus de ratifier la paix signée avec l'Autriche, amena enfin une majorité modérée (10 déc). Cavour sentit alors que c'était la liberté qui avait le plus besoin d'être soutenue. Le bruit ayant couru qu'il était question de restreindre la liberté de la presse, il publia, dans le Risorgimento du 19, un article sous ce titre significatif : Non si tocchi alla stampa ! (Qu'on ne touche pas à la presse !) 11 poussait Massimo d'Azeglio, président du conseil, à accentuer, au contraire, la politique libérale du gouvernement. Le discours vigoureux qu'il prononça, dans la séance du 7 mars 1850, en faveur du projet de loi présenté par Siccardi, ministre de la justice, pour l'abolition de la juridiction ecclésiastique en matière civile et criminelle (foro ecclesiastico), lui fit une grande situation parlementaire. Ce fut, en quelque sorte, le point de départ de son acheminement au pouvoir. Une partie de la droite, se séparant de Cesare Balbo, hostile à la loi, suivit Cavour, qui devint ainsi le chef d'un groupe, le centre droit, sur lequel le ministère pouvait s'appuyer plus particulièrement. Son influence allait toujours croissant. La mort de Pietro di Santarosa ayant laissé vacant le ministère de l'agriculture et du commerce, Azeglio, conseillé par La Marmora, en donna le portefeuille au comte de Cavour. Le roi, non sans quelque répugnance, signa sa nomination le 11 oct. 1850. L'entrée de Cavour dans le ministère fut généralement accueillie avec une certaine réserve. On sentait en lui une puissance : on pouvait prévoir qu'une fois dans la place il en deviendrait le maître. Du reste, agriculteur et économiste, il arrivait naturellement aux affaires par le ministère de l'agriculture et du commerce, auquel on rattacha l'administration de la marine. Libre-échangiste, il se mit immédiatement à transformer le système économique de la Sardaigne, tout en ménageant la transition. Un traité de commerce et de navigation fut signé avec la France le 5 nov. D'autres suivirent avec la Belgique (24 janv. 1851) et l'Angleterre (27 fév.). L'impulsion donnée à la production et aux échanges devait accroître la richesse publique, seul moyen de rétablir les finances épuisées par

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deux campagnes désastreuses et par l'indemnité de guerre payée à TAutriche. Le 19 avr., Cavour prit aussi possession du ministère des finances. Il conclut un emprunt en Angleterre et ne craignit pas d'établir de nouveaux impôts, mais en ayant soin de les répartir également. Dans la discussion de la loi sur la réforme du tarit douanier, il dut prendre cinquante-deux fois la parole (27 mai~17 juin). Il pressait son collègue des travaux publics pour les chemins de fer. De fait, il dirigeait déjà le conseil présidé par Azeglio. Le coup d'Etat du Deux-Décembre, qu'il avait prévu avant même l'élection de Louis-Bonaparte, ranima le parti réactionnaire en Piémont. Alors Cavour, qui voulait que le Statut portât tous ses fruits, jugea à propos de faire un pas de plus vers la gauche parlementaire. Par l'entremise de son ami Castelli, il s'entendit avec Rattazzi, chef du centre gauche, et, disposant lui-même du centre droit, il fit nommer son nouvel allié président de la Chambre. C'est ce qu'on appela le connubio,c,'k'à. le mariage des deuxcenlres. Le ministère, en dehors duquel il avait agi, donna sa démission (14 mai 1852). Azeglio le reconstitua sans Cavour. Cependant, comme on tenait à le ménager, un mois après, on lui donna la croix du Mérite civil. Singulière compensation pour un tel homme. Cavour regardait les titres, les décorations, les charges honorifiques, avec une indifférence € voisine du mépris », dit son parent M. de La Rive, Tout en pensant que noblesse oblige, il n'accordait pas à la naissance une importance plus grande. Un jour que son secrétaire, M. Artom, l'interrogeait sur la devise allemande de ses armoiries, Gott ivill recht, après lui avoir raconté la légende du pèlerin saxon venu en Piémont en 1080, et auquel on prétendait faire remonter l'origine de la famille Benso, il lui dit : « Y croyezvous'? Non. Ni moi non plus. » Et il partit d'un bruyant éclat de rire. De juillet à octobre, Cavour s'absenta, acceptant à titre officieux une modeste mission relative aux affaires de Monaco. Il alla étudier à Paris les nouvelles conditions politiques de la France. Rejoint par Rattazzi, il vit avec lui Louis-Napoléon. De là, il se rendit en Angleterre. Le cabinet piémontais, attaqué par les cléricaux, n'était pas soutenu par les libéraux. Il n'osa pas affronter la Chambre, et le roi, après de vaines tentatives pour former un ministère de droite, tut obligé de s'adresser au comte de Cavour.

Le 4 nov. 1852, Cavour prit la présidence du conseil avec les finances. 11 conserva en grande partie ses anciens collègues. Tenu à beaucoup de prudence vis-à-vis du roi, que circonvenaient les cléricaux, il retira le projet de loi sur le mariage civil, déjà voté par la Chambre, mais mal accueilli par le Sénat (21 déc). Il prit sa revanche dans la politique extérieure. A la suite de l'échauffourée mazzinienne du 6 fév. 1853, l'Autriche séquestra les biens des émigrés lombards-vénitiens naturalisés en Sardaigne. Cavour, dans un mémorandum adressé à toutes les puissances, protesta contre cette spoliation, indigne d'un gouvernement régulier. 11 demanda que l'Autriche prouvât la complicité des émigrés. Il s'ensuivit une suspension des relations diplomatiques entre les deux gouvernements. Cavour fit voter par la Chambre un crédit pour venir en aide aux émigrés privés de leurs biens (12 avr.). Cette ferme attitude accrut l'influence morale du Piémont sur les patriotes de toute l'Italie. Cependant, à Turin même, l'opposition d'extrême gauche ne désarmait pas. Brofferio, prenant prétexte de la cherté des grains, renouvelait contre Cavour, dans la Voce délia libertà^ les calomnies lancées autrefois contre son père, et, le 18 oct., une populace ameutée allait assaillir la maison du ministre. La diminution des droits sur l'importation des céréales, hâtée par lui en présence de la mauvaise récolte, démentait ces ignobles imputations, autant que la générosité avec laquelle, personnellement, il venait au secours de la misère. Cavour consomma le connubio en donnant le portefeuille de la justice à Rattazzi (27 oct.).

lequel l'échangea plus tard contre celui de l'intérieur. La liberté absolue du commerce des grains, la réforme du code pénal, combattue par la droite comme contraire à la religion, l'achèvement du chemin de fer de Turin à Gênes, des mesures financières appropriées aux circonstances, signalèrent à l'intérieur de nouveaux progrès (1853-1854).

A l'extérieur, la guerre d'Orient fournit à Cavour l'occasion d'accomplir un acte décisif. Dès les premières apparences de conflit, l'idée lui était venue de faire prendre rang au drapeau italien à côté de ceux des grandes puissances. Il avait communiqué ses vues au roi, qui les avait approuvées (janv. 1854). Aussi, lorsque le gouvernement anglais fit des ouvertures au cabinet de Turin, il fut bien accueilli du président du conseil. Mais c'était un simple contingent de troupes auxiliaires que l'Angleterre demandait : la Sardaigne voulut combattre comme alliée, au même titre que la France et l'Angleterre. Le gouvernement français lui donna raison. Cavour aurait désiré de plus raffermir, par une clause secrète, la situation du Piémont en face de l'Autriche, et tout au moins, comme satisfaction nationale, avoir de ses alliés l'engagement de faire lever le séquestre mis sur les biens des émigrés. Il ne put l'obtenir. Le général Dabormida, ministre des affaires étrangères, donna sa démission (10 janv. 1855). Cavour se chargea aussi des affaires étrangères, et, comptant bien tirer parti du traité d'alliance, en tout état de cause, il le signa le 26 janvier. Ne pouvant dire toute sa pensée, il eut grand'peine à faire comprendre au Parlement qu'il servait ainsi la cause italienne « de la seule manière qu'il était donné de le faire dans les conditions actuelles de l'Europe ». Le traité fut enfin ratifié, et, au mois d'avril, un corps de quinze mille hommes, commandé par La Marmora, partit pour la Crimée. Au moment même où Cavour venait de faire ce grand pas, il faillit tomber. La Chambre, après de longs débats, avait adopté, le 2 mars, un projet de suppression partielle des communautés religieuses. L'évêque Calabiana, membre du Sénat, communiqua à cette assemblée, le 26 avril, une proposition de l'épiscopat, avantageuse pour le trésor, mais qui ruinait la loi. II agissait à la sollicitation de Victor-Emmanuel, alors accablé par une suite de deuils domestiques, où les cléricaux lui montraient la main de Dieu. Cavour fit ajourner la discussion, et, le soir même, il remit au roi la démission du ministère. L'agitation de la population turinaise prit un caractère tel, que le roi se décida à rappeler Cavour. La loi, légèrement amendée, passa le 22 mai. Le pape fulmina l'excommunication majeure. Heureusement, la part glorieuse que les Piémontais prirent au siège de Sébastopol, notamment au combat de la Tchernaïa (16 aoùt)^ fut un confort pour [le roi soldat, qui s'attacha désormais à la politique de son ministre. Vers la fin de Tannée, ils visitèrent ensemble les cours de Paris et de Londres. Au mois de mars 1856, l'Italie recueillit les premiers fruits de la participation du Piémont à la guerre d'Orient, Elle prit place, dans la personne du ministre piémontais, au congrès de Paris. Là, en face des représentants de l'Autriche, Cavour posa officiellement la question italienne. Sous les auspices de la France et de l'Angleterre, il remporta une victoire morale qui eut un grand retentissement.

A son retour à Turin (29 avr.), Cavour reçut des Chambres, de la population, et, malgré tant d'obstacles, de l'Italie entière, les témoignages les plus éclatants de satisfaction. Lui, cependant, ne s'applaudissait qu'à moitié. Il avait espéré recueillir au congrès plus que des sympathies, et il revenait les mains vides. Mais, même au point de vue matériel, c'était un avantage considérable que d'avoir particulièrement gagné l'empereur des Français, dont le concours pouvait seul lui donner la force qui lui manquait. Dans des entretiens intimes, il l'avait convaincu que le canon était la seule solution de la question italienne, et il lui avait donné à entendre que lui-même

CAVOUR

était capable des choses les plus hardies. Rentré au ministère des affaires étrangères, qu'il avait cédé momentanément à Cibrario, Cavour accentua de plus en plus sa politique anti-autrichienne. Les déceptions qu'il eut du côté de l'Angleterre le lièrent encore davantage à la France. Sans négliger les travaux de la paix, dont le plus remarquable devait être le percement du mont Cenis, il s'occupa d'augmenter l'armée et la flotte, de reconstruire les fortifications d'Alexandrie, de créer un grand arsenal à la Spezia. Le peuple piémontais supportait courageusement les charges que sa mission d-avant-garde lui imposait. Son homme d'Etat avait toute sa confiance et son affection : ce n'était plus milord Cavour^ c'était papa Camillo, A Paris, Cavour avait vu Manin, et, quoique le plan franchement unitaire de l'ex-président de Venise lui eût alors paru « un peu utopiste », il avait compris le parti qu'on en pourrait tirer. Vers la fin de 1856, quand La Farina, dans une entrevue secrète, lui fit connaître le but de la Société nationale italienne^ qu'il allait fonder sous les auspices de Manin, Cavour l'encouragea à profiter d'une liberté d'action que lui, ministre du roi de Sardaigne, n'avait pas. Depuis lors, presque tous les matins avant l'aube, La Farina vit Cavour pour se concerter avec lui. Au mois dejanv. 1857, l'Autriche leva enfin le séquestre qui frappait les biens des émigrés, mais les rapports n'en devinrent pas moins tendus. Deux mois après, elle prit l'initiative d'une rupture complète des relations diplomatiques avec la Sardaigne. A la fin de juin, survint l'affaire du Cagliari (V. ce mot), dans laquelle Cavour montra, vis-à-vis du roi de Naples, plus de fermeté que le gouvernement anglais lui-même. A l'intérieur, le parti clérical profitait de l'émoi causé par les tentatives mazziniennes pour travailler les provinces soumises à son influence. Aux élections du io nov., il obtint un succès relatif. La situation de Rattazzi, qui n'avait pas su prévenir ces manœuvres, et qui était surtout visé par les cléricaux, devenait un embarras pour le ministère. Il donna sa démission le 13janv. 1858, et le président du conseil, se déchargeant des finances sur Lanza, prit le portefeuille de l'intérieur. L'attentat d'Orsini faillit compromettre les bonnes relations entre le Piémont et le gouvernement français. L'empereur essaya de peser sur Victor- Emmanuel pour lui faire restreindre les libertés politiques. Le roi résista fièrement. La seule concession faite par le ministère fut la loi Deforesta, qui punissait de la réclusion la conspiration contre la vie d'un chef d'Etat étranger, et qui modifiait la composition des jurys appelés à juger les procès de presse: l'acquittement de la Ragione (V. Ausonio Franchi) avait motivé cette dernière mesure. Napoléon lll sentit que l'apaisement des passions» italiennes importait à sa propre sécurité. Il voulut voir Cavour. Celui-ci l'alla trouver à Plombières, où il passa trente-six heures (20-21 juillet).

C'est dans l'entrevue de Plombières que l'entente, commencée à Paris pendant le congrès, fut définitivement établie : elle avait pour bases l'annexion au Piémont des provinces lombardo-vénitiennes jusqu'à l'Adriatique et la cession à la France de la Savoie et du comté de Nice. Cavour informa le roi de ces accords par une longue lettre datée de Bade le 24 juill.: le mariage de la princesse Clotilde avec le prince Napoléon, que désirait l'empereur, et auquel Victor-Emmanuel ne paraissait pas disposé à consentir, y était fortement conseillé. Le secret de Plombières ne fut confié qu'aux personnes dont l'aide était indispensable. Un plan d'insurrection pour le printemps de 1859, que Cavour discuta avec La Farina, fut approuvé par lui le 19 oct. Le 20 déc, La Farina lui présenta Garibaldi, appelé de Caprera. L'interpellation de Napoléon in à l'ambassadeur d'Autriche, à la réception du 1«^ janv. 1859, surprit pourtant Cavour. Il devait y avoir beaucoup d'imprévu dans le jeu fantaisiste de son partenaire. 11 fallut tout presser. Le 10, à l'ouverture du Parlement, le discours du roi avertit l'Italie que son cri de

douleur était entendu. Le 16, le prince Napoléon arriva à Turin. Le 18, le traité d'alliance franco-sarde et la convention militaire furent signés. Le 30, eut lieu le mariage du cousin de l'empereur avec la fille du roi. Les Chambres votèrent un emprunt de cinquante millions. Cavour, qui tenait à ce que la Sardaigne fît bonne figure à côté de la France, stimulait La Marmora, trop lent et trop correct à son gré. Les volontaires affluaient de partout. Pendant ce temps, l'Autriche se mettait sur le pied de guerre. Tout d'un coup, Napoléon III parut hésiter. L'Angleterre s'employait activement pour le maintien de la paix. La Russie proposa la réunion d'un congrès : l'empereur y consentit. L'Autriche exigea le désarmement préalable de la Sardaigne : l'empereur désira traiter directement la question avec Cavour. Celui-ci partit pour Paris le 25 mars ; il revint le 1®^ avril, très irrité du revirement pacifique de son allié. Il voulait, au moins, que la Sardaigne fût admise au congrès sur le même pied que l'Autriche. L'Angleterre, qui refusait d'appuyer cette prétention, s'entendit avec la France pour un désarmement général, préalable et simultané, et pour l'admission des Etats italiens au congrès à titre consultatif. Dans la nuit du 18 au 19, le ministre de France remit à Cavour un télégramme de Walewski demandant en termes impérieux le consentement immédiat de la Sardaigne. Cavour eut un moment de désespoir : il faisait des apprêts de suicide, quand son ami Castelli vint le rappeler à lui-même. Force lui fut de se déclarer disposé à subir la mesure proposée par les puissances. Mais l'Autriche avait déjà pris la décision d'envoyer à la Sardaigne un ultimatum. C'est avec un transport de joie que Cavour le reçut, le 23 : il le repoussa le 26. Le même jour, les premiers régiments français débarquaient à Gênes. Le 12 mai, le général La Marmora, en rejoignant l'armée, laissa le ministère de la guerre au président du conseil, dont la prodigieuse activité suffisait à tout. Après Magenta, Cavour, appelé par le roi, arriva à Milan X9 juin) : les Milanais firent un accueil enthousiaste au grand ministre qui avait préparé la délivrance accomplie par les armes françaises. Cependant, au fur et à mesure que le mouvement national s'étendait dans l'Italie centrale, une divergence de vues s'accusait entre Cavour et l'empereur. Au fond, Napoléon lll s'était lancé dans l'affaire italienne sans connaître le terrain : Cavour, avec son expérience et sa dextérité, l'engageait sur une pente oti il ne pouvait se soutenir qu'en faisant montre de force. En Toscane et dans les Romagnes, une grande réserve fut imposée au gouvernement piémontais. Le lendemain de Solferino, Cavour, mandé au camp par l'empereur, reçut injonction de ne rien laisser entreprendre contre les Marches (25 juin). L'accord avait été plus facile sur la question hongroise, déjà traitée à Paris avec Kossuth : le général Klapka organisait à Gênes une légion de ses compatriotes. La paix de Villafranca survint comme un coup de foudre (11 juil.). Inquiet des conséquences de l'armistice, Cavour était accouru de Turin, mais il était déjà trop tard. Il rencontra le roi à Monzambano. En voyant ses desseins politiques renversés, furieux contre l'empereur qui avait manqué à ses promesses, il alla, dans son exaspération, jusqu'à ne pas respecter en Victor-Emmanuel la dignité royale. Il donna immédiatement sa démission.

Après la constitution du nouveau ministère sous la présidence de La Marmora, avec Rattazzi comme ministre dirigeant (19 juil.), Cavour se rendit d'abord à Leri, puis en Savoie et en Suisse. Là, il recouvra bientôt son équilibre. Elargissant son programme primitif, il s'appropria celui que Manin avait tracé. « On m'accusera d'être un révolutionnaire, disait-il, mais avant tout il faut marcher et nous marcherons. » De retour en Piémont à la fin d'août, il contribua, par ses conseils et par l'action de la Société nationale réorganisée, au mouvement annexioniste de l'Emilie et de la Toscane. C'était toujours en lui que la nation mettait sa confiance. Jusqu'à la signature du

CAVOUR

traité de Zurich (10 nov.), on comprenait qu'il ne voulût accepter aucune responsabilité officielle. Mais, quand il fut de nouveau question d'un congrès, c'est lui que le cri universel désigna pour y représenter les intérêts italiens. Les intrigues des amis de Rattazzi ne firent que rendre plus vif le désir de voir Cavour reprendre le pouvoir. On reprochait au ministre dirigeant sa faiblesse, d'une part avec la diplomatie, de l'autre avec le parti avancé. On s'étonnait qu'il retardât la convocation du Parlement. Sous la pression de l'opinion publique, le ministère donna sa démission le 16 janv. 1860. Le roi, qui n'avait pas oublié la scène de Monzambano, et encore moins peut-être certains démêlés au sujet de la signora, ne se souciait pas de rappeler Cavour. Mais il s'était habitué à faire passer l'intérêt public avant ses sentiments personnels. Le nouveau ministère, présidé par le comte de Cavour, qui prit les affaires étrangères et provisoirement l'intérieur, lut constitué le 20 janv.

Le gouvernement français, malgré tout, servait encore la cause italienne en s'abstenant d'intervenir par les armes dans l'Italie centrale, pour pouvoir imposer la même réserve à l'Autriche. Cavour, rasséréné, avait jugé depuis longtemps que le principe de non-intervention, adopté aussi par l'Angleterre, permettait aux Italiens de tout oser. Dès le 27, il adressa aux agents diplomatiques du royaume une circulaire dans laquelle, après avoir rappelé les vains efforts de la diplomatie, il déclarait que le devoir des populations était de passer outre, et qu'il n'était plus au pouvoir du gouvernement du roi d'arrêter le cours naturel et nécessaire des événements. On sait comment ces événements se précipitèrent. Cavour avait confié la légation sarde à Paris à son secrétaire particulier, M. Costantino Nigra, pour faciliter les négociations avec la France. Après de nouveaux plébiscites, auxquels on procéda pour complaire à Napoléon IH, l'annexion de l'Emilie fut prononcée par décret royal le 18 mars, et celle delà Toscane le 22. Cavour et l'envoyé français signèrent, le 24, le traité qui cédait à la France la Savoie et le comté de Nice, sous réserve de la sanction du Parlement et du vote des populations. Quoique la Vénétie fût restée à l'Autriche, Cavour avait reconnu la nécessité de cette cession comme une conséquence des annexions non prévues à Plombières : c'était d'ailleurs une application du principe des nationalités qui affermissait moralement le nouvel ordre de choses en Italie ; enfin, une acquisition de territoire engageait la responsabilité de la France. Le 2 avr., Victor-Emmanuel ouvrit le Parlement national. La cession de Nice, sa ville natale, avait profondément ulcéré Garibaldi : il interpella le ministère dans la séance du 12. La Chambre passa sagement à l'ordre du jour. Le roi partit îe 15 pour visiter les nouvelles provinces : Cavour ne l'accompagna qu'à Florence. Les affaires de Sicile créaient une situation très grave.

S'il est vrai, comme le disait Manzoni, que Cavour était un homme d'Etat de haute valeur justement parce qu'il en avait les deux qualités nécessaires, la prudence et l'imprudence, c'est surtout lors de l'expédition de Garibaldi qu'il fit preuve de l'une et de l'autre. L'initiative venue des mazziniens, les secrets encouragements du roi, les remontrances de la diplomatie, les incertitudes mêmes de Garibaldi, plus porté à une entreprise contre les Etats romains, tout concourait à rendre perplexe le ministre qui voulait « gagner toujours du terrain, le pouvant, mais sans aventurer le terrain gagné ». Cavour mit tous ses soins à couvrir la responsabilité du gouvernement, il s'opposa à tout ce qui pouvait engager témérairement la question romaine, mais il fit plus que laisser faire l'expédition de Sicile : au départ (6 mai), il l'aida par l'intermédiaire de la Société nationale et il la protégea par une mission secrète donnée à l'amiral Persane; après le débarquement à Marsala (11 mai), il la soutint par des moyens à peine déguisés. Pendant que Garibaldi avançait en Sicile, le Parlement discutait le traité de cession de la

Savoie et du comté de Nice. Si l'opposition ne réunit qu'un petit nombre de votes, elle obligea Cavour, par la vivacité de ses attaques, à se surpasser lui-même. Ce fut alors que Rattazzi rendit publique sa rupture avec son ancien collègue. Ami particulier du roi, familier de la signora, il pouvait, môme sans le vouloir, gêner autre part qu'au Parlement l'action de Cavour. Mais les grands embarras devaient venir de Garibaldi. Maître de Palerme, le héros populaire, sans tenir compte des services rendus à son expédition, gardant au fond du cœur la plaie de Nice, sans cesse avivée par son entourage, montrait de plus en plus son inimitié contre l'homme d'Etat. Cavour avait beau lui faire donner l'assurance qu'il n'était pas moins résolu que lui, quoiqu'il dût agir par des voies différentes : Garibaldi n'en croyait que les mazziniens. Il expulsait La Farina, président de la Société nationale (7 juil.). Il se refusait obstinément à la prompte annexion de la Sicile, que Cavour désirait pour imposer à la diplomatie un fait accompli. Toutes les puissances, excepté l'Angleterre, s'employaient en faveur du roi de Naples, qui venait d'annoncer une constitution et Tadoption du drapeau italien (25 juin). Le 16 juill., les envoyés de François II, qui paraissait résigné à l'abandon de la Sicile, arrivaient à Turin pour proposer l'alliance napolitaine. Sous la pression du représentant de Napoléon III, Cavour consentait à entrer en négociation. Mais , en môme temps qu'il faisait écrire à Garibaldi par le roi pour l'engager à accepter une trêve, il le faisait féliciter par l'amiral Persane et l'encourageait à ne pas s'arrêter à moitié chemin. Garibaldi, écrivait-il le 22 au ministre de Sardaigne à Londres, « serait par trop bête de ne pas profiter de l'état déplorable dans lequel Naples se trouve ». Quant à lui, il laissait dire et il allait de l'avant. « La paix de Villafranca, ajoutait-il, a fait concevoir aux Italiens un désir irrésistible d'unité. » Contraint par la force des choses à employer des moyens que réprouvait sa conscience, Cavour en souflrait : « Si nous faisions pour nous ce que nous faisons pour l'Italie, s'écria-t-il un jour devant Massimo d'Azeglio, nous serions de grands coquins (gran baloss, en piémontais). »

Lorsque Garibaldi entra à Naples (7 sept.), Cavour dut prendre un parti énergique. Enivré par le succès, Garibaldi ne parlait de rien de moins que d'aller à Rome, malgré la présence de l'armée française, pour proclamer là seulement Victor-Emmanuel roi de l'Italie indépendante et une. Cavour ne pouvait pas lui permettre de lancer l'Italie dans un conflit avec la France. 11 fallait que le gouvernement régulier achevât lui-même l'œuvre commencée par la révolution, et, pour cela, qu'il prît possession des provinces pontificales qui séparaient l'Italie du nord de l'Italie du midi. Après une sommation adressée au pape de dissoudre les troupes étrangères, l'armée sarde passa la frontière (11 sept.). Napoléon IIÏ rappela de Turin son représentant et envoya des renforts à Rome. La courte campagne de Castelfldardo (V. ce mot) unit au royaume de Victor-Emmanuel les Marches et l'Ombrie. Garibaldi, subissant l'influence prépondérante de M. Crispi, s'opposait toujours à l'annexion des provinces méridionales. Au moment même où Cavour prenait avec tant de résolution la direction du mouvement italien, le dictateur avait demandé au roi le renvoi de son ministre : le roi lui avait opposé ses devoirs constitutionnels. Le Parlement national, réuni à Turin le 2 oct., donna son appui à la politique de Cavour. Victor-Emmanuel, arrivé à Ancône le 3, prit le commandement de l'armée. Il entra le 15 sur le territoire napolitain. Garibaldi, impressionné par les démonstrations publiques, convoqua enfin dans ses comices le peuple des Deux-Siciles, qui, le 21, se prononça pour l'annexion (V. Garibaldi). La rapidité avec laquelle les événements s'étaient accomplis devait laisser subsister et même faire naître d'immenses difficultés. La fusion de l'armée garibaldienne avec l'armée régulière, la résistance à Gaëte de François II, protégé person-

CA\OUR

nellement par Napoléon III, lequel ne consentit à rappeler la flotte française que le 49 janv. suivant, l'organisation administrative des provinces méridionales, oii la confusion de la période dictatoriale avait encore aggravé des maux invétérés, la camorra et la maffia (V. ces mots), le brigandage développé par les menées bourboniennes, furent autant de questions à résoudre. Si Cavour laissa les dernières en cours de solution, c'est qu'il y fallait la collaboration du temps. Le 18 fév. 1861, les représentants de l'Italie, moins ceux de Rome et de Venise, se réunirent à Turin. Le 14 mars, un vote unanime conféra à Victor-Emmanuel le titre de roi d'Italie.

Rome, devant laquelle s'inclinaient toutes les autres cités, était la seule capitale possible du nouveau royaume. Déjà, dans l'ancien Parlement, le 11 oct. 1860, Cavour l'avait désignée. Si la situation eties souvenirs prévalaient dans le sentiment général, c'étaient de hautes raisons morales et politiques qui déterminaient l'homme d'Etat. Le 25 mars, il déclara hautement que l'Italie ne pouvait se constituer sans Rome pour capitale ; et, le 27, par fidélité à son programme de liberté politique et religieuse autant que par nécessité de rassurer les consciences catholiques, il formula son principe de V Eglise libre dans VEtat libre. La Chambre adopta un ordre du jour qui proclamait Rome capitale de l'Italie, en garantissant l'indépendance du pape, et en reconnaissant la nécessité d'un accord avec la France. Le Sénat émit un vote semblable le 5 avr.

Une lutte douloureuse, qui devait être la dernière, attendait Cavour. Lui qui disait : « En politique, il n'y a rien d'aussi absurde que la rancune », et qui, rendant justice à chacun, était toujours prêt à tendre cordialement la main à ses adversaires, il n'avait pu triompher du ressentiment de Garibaldi, retiré à Caprera. La revision des grades de Tarmée garibaldienne fut l'occasion d'un éclat, provoqué par quelques hommes ardents. A leur instigation, Garibaldi publia d'abord une lettre violente. Puis, il arriva à Turin. Après trois jours d'orageux débats, la Chambre vota un ordre du jour conciliant, proposé par Ricasoli et adopté par Cavour (20 avr.). Le roi se mit en devoir de rapprocher l'homme d'Etat et le héros. A l'issue de l'entretien, Garibaldi calmé repartit pour Caprera.

Cavour avait toujours le même génie et la même activité, mais le labeur incessant, les soucis continuels et les luttes répétées l'avaient visiblement fatigué. Il poursuivait avec le gouvernement français des négociations relatives à la question romaine, lorsqu'il tomba malade dans la soirée du 29 mai. Le 31, il se sentit mieux et travailla une partie de la journée avec les ministres et ses secrétaires : le soir, il fut repris d'une forte fièvre, accompagnée de délire. Les jours suivants, la maladie, mal définie, s'aggrava. Le 4 juin, il comprit qu'il était perdu : il voulut voir Castelli et Farini, mais put à peine leur parler. Le 5 au soir, vers 5 h., il reçut le viatique des mains du curé de sa paroisse, le P. Giacomo, qui, pour ce fait, devait être mandé à Rome et suspendu a divinis ; à 9 h., il reconnut encore le roi : il lui demanda s'il avait reçu une lettre de Paris. Dans son délire, oii se pressaient toutes ses fortes pensées, il parlait surtout des Napolitains : « Non! non! disait-il, je ne veux pas d'état de siège. N'importe qui peut gouverner avec l'état de siège ! » Le 6 juin 1861, à 6 h. 3/4 du matin, le comte de Cavour mourait.

En 1850, lors de l'arrivée de Cavour aux affaires, l'opposition avancée s'était tournée vers les électeurs pour les presser de rendre bientôt possible « un ministère vraiment politique et italien ». En effet, c'était Vitalianité que les patriotes contestaient le plus au futur fondateur de l'unité italienne. « Anglais par les idées. Français par la langue », disait Gioberti. Certes, Cavour ne s'inspirait pas de ces souvenirs classiques de grandeur romaine dont certaines écoles italiennes se sont nourries. Les misères

présentes le touchaient beaucoup plus que les gloires passées ne l'exaltaient. C'était un homme moderne. Il n'ambitionnait pas pour sa patrie une primauté sans droits, mais il voulait fermement lui donner sa place légitime parmi les nations libres et prospères. Bien qu'il eût pu se voir, dans ses rêves de jeunesse, ministre dirigeant du royaume d'Italie^ il se serait sans doute estimé heureux, dans la réalité, comme Gioberti d'ailleurs, d'appartenir à un Etat bien constitué, faisant partie d'une fédération complètement indépendante de Tétranger. Il n'avait pas des idées fixes comme Mazzini, il ne concevait même pas un plan longtemps à l'avance comme Manin. Mais, comme ce dernier, il était essentiellement pratique. D'une merveilleuse souplesse, il tirait des circonstances tout ce qu'elles pouvaient donner. Piémontais, il voulut d'abord transformer son pays natal, puis l'agrandir, pour que le Piémont servit d'exemple et de rempart au reste de l'Italie. Lorsqu'il aperçut la possibilité d'aller plus loin qu'il n'avait prévu dans la voie de l'unification nationale, il n'hésita pas. Après avoir franchi la première étape, avec le secours de l'alliance française habilement préparée, c'est par une marche audacieuse que, prenant courageusement la tête de la révolution, il atteignit le but. Au dernier jour de sa vie si courte, l'unité italienne était presque faite. Ce n'est pas ici le lieu de reprendre le parallèle qu'on a voulu plus d'une fois établir entre le comte de Cavour et le prince de Bismarck : si tous deux ont constitué l'unité de leur patrie, ils y sont arrivés par des moyens bien différents. En se mettant à l'œuvre, Cavour n'était armé que d'un principe : la liberté. 11 n'y manqua jamais. Au gouvernement, comme dans l'opposition, et plus encore, tout en conservant le sens de la mesure, il fut hardiment libéral. Son système politique se trouve tout entier contenu dans une lettre qu'il écrivait à la comtesse de Circourt en oct. 1860 : « Je crois, disaitil, qu'on peut faire avec un Parlement bien des choses qui seraient impossibles à un pouvoir absolu. Une expérience de treize années m'a convaincu qu'un ministère honnête et énergique, qui n'a rien à redouter des révélations de la tribune et qui n'est pas d'humeur à se laisser intimider par la violence des partis extrêmes, a tout à gagner aux luttes parlementaires. Je ne me suis jamais senti si faible que lorsque les Chambres étaient fermées. D'ailleurs , je ne pourrais trahir mon origine, renier les principes de toute ma vie. Je suis fils de la liberté, et c'est à elle que je dois tout ce que je suis. » Son habileté, sa puissance de travail, sa connaissance des choses et des hommes, et aussi sa forte volonté, finirent par mettre dans ses mains presque tout le pouvoir ; mais il l'exerça en s'appuyant sur l'opinion publique, qu'il avait patiemment conquise, sans jamais se départir de la plus stricte légalité. Aussi, l'histoire pourra confirmer le jugement qu'au lendemain de sa mort, dans la séance de la Chambre des communes du 7 juin 1861, portait sir Robert Peel, fils du célèbre ministre, quand il appelait Cavour « le plus grand homme d'Etat qui ait jamais guidé une nation sur le chemin de la liberté ».

Le comte de Cavour, qui avait aimé dans sa jeunesse, et qu'une publication récente a révélé plus tendre de cœur qu'on ne le supposait, ne se maria pas et vécut constamment dans la .maison de famille. Après la mort de son père (15 juin 1850), il continua de l'habiter avec son frère, le marquis Gustave di Cavour, né le 27 janv. 1806, mort le 26 iév. 1864, député, mais du parti catholique, sans que la divergence de leurs opinions nuisît jamais à leur affection. Ses neveux et sa nièce lui étaient aussi chers que s'ils eussent été ses enfants. 11 eut la douleur de perdre l'aîné, Auguste, sous-lieutenant au régiment des Gardes, qui, blessé mortellement à Goito, succomba le lendemain à Volta Mantovana , âgé de dix-neuf ans (31 mai 1848). Le plus jeune, Ainardo, attaché d'ambassade, né le 13 déc. 1833, est mort à Turin le 30 août 1875, léguant à l'Hospice royal de Charité de cette

ville le domaine de Leri. Leur sœur Giuseppina, mariée en 1851 au marquis Carlo Alfieridi Sostegno, restée seule de la famille Cavour, est morte à Santena le 5 juin 1888. Elle a laissé deux filles : Luisa Alfieri, née en 1852, mariée en 1876 au marquis Emilio Yiseonti Venosta, ancien ministre des affaires étrangères, et Adèle Alôeri, née en 1857. Félix Henneguy.

BiBL. : Lettere édite ed inédite di Camillo Cavour, raccolte ed illastrate da I^uigi Chiala ; Turin, 1884-87, 6 vol. in-8 et un index. — Roggero Bonghi, Camillo Benso di Cavour; Turin, 1861, in-16, 2» éd. — Edward DiCEY, Cavour; Cambridge, 1861. — > W. de La Rive, le Comte de Cavour^ récits et souvenirs ; Paris, 1862, in-S.— I. Artom et Albert Blanc, Œuvre parlementaire du comte de Cavour, traduite et annotée; Paris, 1862, in-8. L'édition italienne. Il Conte di Cavour in Parlamenlo, n'a paru qu'en 1868, à Florence. ■— D. Stern, Florence et Turin; Paris, 1862, in-lS. — Vincenzo Botta, A Discourse on the life^ character and policy of count Cavour; New- York, 1862, in-8. — Giaseppe La Farina, Epistolario, raccolto e publicato da Ausonio l^ranchi ; Milan, 1869, 2 vol. in-18. — G. Massari, Il Conte di Cavour, ricordi biografici; Turin, 187.3. — Federigo Sclopis, Il Conte Camillo Benso di Cavour, rimembranze, n" Vil des Cariosità e ricerche di storia subalpina ; Turin, 1876. — Ch. de Ma- ZADE, le Comte de Cavour; Paris, 1877, in-8. — Sir J. HuDSON, Count Cavour, n» 295 de la Quaterly Review, juillet 1879. — Souvenirs historiques de la marquise Constance d'Azeglio, née Alfieri ; Turin, 1884. — Nicomede Bianchi, la Politique du comte Camille de Cavour de 1852 à 1861, correspondance particulière avec le mar-

?uis Emm. d'Azeglio ; Turin, 1885, in-8. — D. Berti, t Conte di Cavour avanti il 18 '^2 ; Rome, 1887, in-8. — Ricordi di Michelangelo Castelli (18^1-1815), editi per cura di Luigi Chiala dej^utato al Parlamento ; Turin- Naplesi, 1888, in-8. — Diario inedito con note autobiogra^ fiche del conte di Cavour, pubblicate per cura di Dômenico Berti; Rome, 1888. ■— V. de plus, au mot Italie, la bibliographie relative à l'histoire contemporaine.

CAVRIÂNA. Bourg d'Italie, prov. de Mantoue, à 11 kil. S.-E. de Tastiglione. Là fut établi le quartier général de Wurmser avant la bataille de Castiglione (5 août 1796) et celui de Napoléon III après la bat. de Solférino (24 juin 1859). Pop. en 1881 : 1,028 hab. agglom., 2,363 dans la commune.

CAVRON-Sâint-Martin. Corn, du dép. du Pas-de- Calais, arr. de Montreuil-sur-Mer, cant. de Hesdin; 804 hab.

CAWDOR. Bourg d'Ecosse, comté de Nairu, à 7 kil. de cette ville ; château du xv® siècle. C'est là que Macbeth aurait tué le roi Duncan. Non loin est un petit lac. Loch of the Clans,

CAWNPOUR ou CAWNPORE (V. Kanpour).

CAWTON (Thomas), théologien anglais, né à Norfolk en 1605, mort à Rotterdam en 1659. Ministre de Saint- Bartholomew's, à Londres, il signa la protestation des ministres contre l'exécution de Charles h^ et, prêchant devant le maire et les aldermen, il pria publiquement pour Charles 11 et la famille royale. Emprisonné, relâché en 1649, compromis de nouveau dans un complot royaliste, il parvint à se réfugier en Hollande, où l'église anglicane de Rotterdam le choisit pour pasteur. On n'a de lui que le sermon prêché à la chapelle des Merciers (Mercers* Chapel) le 26 fév. 1648-49, devant le maire et les aldermen. B.-H. G.

CAWTON (Thomas), orientaliste et théologien anglais, fils du précédent, né vers 1637, mort en 1677. Elève de l'orientaliste Samuel Clarke, il entra dans les ordres et devint pasteur d'une petite congrégation non conformiste, à Westminster. Il a laissé, outre quelques sermons : Philologi mixii dispulatio nona^ quœ est de Versione Syriaca vet. et novi Testamenti (Utrecht, 1671) ; Disputationum in Theologia Naturali selectarum Décima septa (1658), où l'on trouve la réponse à cette question : Dieu peut-il créer une créature absolument parfaite? Dissertatio de usu linguœ Hebraïcœ in Philosophia Théoretica (1654), et enfin une biographie de son père, Life and Death of Thomas Cawton, qui contient le fameux sermon dont nous parlons dans l'article précédent.

CAXAMBU (V. Cachambu).

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