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CAYLUS

tels que Watteau, Van Clève, Tremolière, Michel Anguier, Thomas Regnaudin, Lemoyne, Mignard, qu'on retrouvera soit dans les Mémoires inédits de TAcadémie (1854, 2 vol. in-8), soit dans les Vies des premiers peintres du roi (1752), En 1759, il fonda un prix d'expression que l'on décerne encore; Cochin a consacré le souvenir du premier concours auquel il donna lieu par un charmant dessin que Flipart a gravé. En 1763, il remit dix pistoles pour la création d'un prix de perspective et provoqua, en 1764, un autre concours pour l'étude du squelette. Les Procès-Verbaux de l'Académie notent aussi le don d'une peau de lion dont s'afiublait le modèle à certains jours (1763). Ce fut également Caylus qui fit obtenir à Bouchardon, dont il devait plus tard écrire la Vie (1762, in-12), l'exécution de la fontaine de la rue de Grenelle, après qu'il en eut esquissé le plan de concert avec Mariette. Sans cesse préoccupé du noble désir de venir en aide aux vocations naissantes ou contrariées par la fortune, Caylus avait aussi, il faut bien le dire, les défauts de ses qualités. Il n'admettait pas que son pupille échappât à sa tutelle, et ne savait pas davantage établir une démarcation légitime entre la personnalité d'un artiste et son habileté. « Dès qu'il n'aimait pas quelqu'un, dit Cochin, il ne lui voyait plus de talent. » Aussi Diderot exprima-t-il brutalement, mais non sans justesse, le sentiment général quand il écrivait dans son Salon de il65 : « La mort nous a délivrés du plus cruel des amateurs. »

L'inimitié qui les éloignait depuis longtemps l'un de l'autre avait eu, dit-on, pour origine le froissement que Caylus aurait éprouvé à n'être point sollicité de collaborer à V Encyclopédie* Elle s'accentua encore lorsqu'une brochure anonyme, rédigée, ou tout au moins revue et annotée par Diderot, l'Histoire et le secret de la peinture en cire (s. l. n. d., in-8), vint troubler la joie de Caylus qui, après avoir longuement médité un passage de Pline l'Ancien, crut avoir retrouvé les procédés de l'encaustique. La découverte avait été solennellement présentée à la rentrée annuelle de l'Académie des inscriptions (15 nov. 1754) et la démonstration s'en faisait sur une tête de Minerve peinte par Vien, avec des couleurs préparées suivant les recettes de l'antiquaire. Diderot restitua au modeste Bachelier, directeur de l'Ecole des élèves protégés, le mérite d'avoir tenté les premières expériences et d'y avoir réussi d'une manière plus satisfaisante. Le débat fit grand bruit et Caylus ne pardonna jamais à son contradicteur.

L'Académie des inscriptions le comptait parmi ses membres les plus zélés; il lui a fourni plus de trente mémoires, principalement consacrés aux arts et aux usages domestiques chez les anciens ; quelques-uns d'entre eux cependant, traitent de sujets relativement plus modernes, tels qu'une étude sur Guillaume de Machaut (1753), une notice sur deux ouvrages satiriques manuscrits portant le nom de Bibles (1754) ou des conjectures sur la Galère subtile du temps de Charles IX (1756). En même temps, il poursuivait la publication de son vaste Recueil d'antiquités égyptiennes, étrusques» grecques, romaines et gauloises (1752-1767, 7 vol. in-4), dont le texte et les planches sont de sa main, et gravait, d'après Pietro Sancti Bartoli, un autre Recueil de peintures antiques imitées fidèlement pour lès couleurs et pour le trait (1757, in-fol.), tiré seulement à trente exemplaires. Bien qu'il eût deux fois fait hommage à la collection des antiques du roi de la majeure partie des objets précieux qu'il avait réunis, et qui remplissaient non seulement son hôtel de la rue Saint-Dominique, mais encore une maison située près de l'Orangerie des Tuileries, ses acquisitions étaient incessantes et ses désirs immodérés ; n'allait-il pas un jour jusqu'à sonder l'un de ses plus zélés correspondants, le P. Paciaudi, sur le moyen de se procurer un des manuscrits carbonisés d'Herculanum, déposés au musée de Naples?

Loin de se ralentir sous l'action de l'âge, cette ardeur

à tout voir, tout avoir et tout connaître, enfiévrait Caylus et le soutenait contre les attaques réitérées de la goutte qui le torturait. Il lutta ainsi plus d'un an contre un mal implacable, se faisant porter par ses domestiques aux séances de l'Académie et refusant jusqu'au dernier moment les secours de l'Eglise. Célibataire et sans enfants, il légua au roi son dernier cabinet, tandis que son titre de comte et celui de grand d'Espagne, qu'il tenait d'un de ses oncles, passaient à son plus proche héritier, le marquis de Lignerac, devenu duc de Caylus par brevet du 26 déc. 1770. Il avait souvent exprimé le désir d'être inhumé dans un sarcophage de porphyre antique, et ce vœu avait inspiré à Diderot ce plaisant distique :

Ci-gît un antiquaire acariâtre et brusque :

Ahl qu'il est bien logé dans cette cruche étrusque !

Ce tombeau, placé dans l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, a été, lors de la Révolution, transféré au musée des Monuments français où il abrita un moment les restes de Descartes, puis déposé au musée du Louvre où il est encore.

Quoiqu'il n'ait, à proprement parler, excellé ni comme graveur, ni comme archéologue, ni comme écrivain, Caylus n'en tient pas moips un rang fort honorable parmi les amateurs du xvjii^ siècle. Loin de s'enfermer, à l'exemple de son ami Mariette, dans un cabinet sévèrement interdit aux profanes et parfois même aux adeptes, il estimait, comme ses adversaires encyclopédistes, que son savoir devait profiter à tous. Sa pointe de graveur (son œuvre comporte près de huit cents pièces) et sa plume d'archéologue prenaient à tâche de multiplier l'image ou la description de tout ce qui lui passait sous les yeux. Si ses hypothèses scientifiques ne se sont pas toujours justifiées, il ne faut pas oublier qu'il travaillait le plus souvent, non d'après les monuments eux-mêmes, mais d'après des reproductions inexactes ou des inductions arbitraires . Enfin, dans les facéties écrites au retour d'un dîner du Bout du banc ou d'une tournée dans les faubourgs, il parle une langue dont les brutalités voulues et la verve un peu grosse sont bien à lui; V Histoire de M. Guillaume, cocher, a droit de cité sur les rayons de la bibliothèque des délicats au mémQ titre que les dialogues d'Henry Monnier,et bien plus justement que les interminables commérages de Restif de la Bretonne.

Caylus avait, dit-on, ordonné par testament de détruire ses papiers et sa correspondance : ses volontés paraissent avoir été exécutées avec rigueur. Néanmoins, quelques débris, échappés à cet autodafé, sont venus grossir le nombre déjà considérable de ses écrits énumérés plus haut. En J805, Serieys fit paraître de soidisant Souvenirs du comte de Caylus, imprimés sur ses originaux inédits qui, très probablement, venaient du dépôt littéraire des Enfants de la Patrie (hospice de la Pitié); d'où il avait déjà extrait une copie frauduleuse des Lettres du président de Brosses (V. ce nom). La part de Caylus se réduisait dans ce volume à une vingtaine de pages d'anecdotes et de réflexions que Serieys avait délayées et divisées en chapitres; le surplus était pillé un peu partout. Ces mêmes Réflexions ont été depuis réimprimées sur l'autographe par Pouîet-Malassis, avec VHistoire de M, Guillaume, cocher (1874, in-16). C'est encore du même fonds que Serieys avait tiré trentecinq lettres adressées à Caylus par divers savants et reproduites dans un volume intitulé Lettres inédites de Henri IV et de plusieurs hommes célèbres (1802, in-8), ainsi que des Lettres du P, Paciaudi (1802, in-8). Cette dernière compilation a été appréciée avec une légitime sévérité par M. Charles Nisard, éditeur de la Correspondance inédite du comte de Caylus avec le P. Paciaudi (Impr. nationale, 1877, 2 vol. in-8), collationnée sur les originaux de la bibliothèque de Parme et soigneusement annotée. D'autres résidus des papiers de Caylus sont conserves à la bibliothèque nationale et à celle de la Sorbonne. M. Ch. Henry, qui en a donné

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