CAZOT — CAZOTTE
élections générales du 8 fév. 1871, il entre à l'Assemblée nationale lors d'une élection complémentaire le 2 juil. suivant, ayant obtenu 54,949 voix sur 97,257 notants. Dans cette Assemblée, il fait partie de l'Union républicaine et vote constamment avec le groupe que dirigeait Gambetta. Le 46 déc. 4875, il est élu sénateur inamovible par 305 voix sur 591 votants. Au Sénat, il fait aussi partie de l'Union républicaine. M. de Freycinet lui donne le portefeuille de la justice dans le cabinet du 28 déc. 4879. Il a le même portefeuille dans le ministère du 44 nov. 4884 que présidait Gambetta, avec lequel il tombe le 26 janv. 4882. Le 42 avr. 4883, il est nommé premier président de la Cour de cassation, mais la société des chemins de fer d'Alais au Rhône, dont il avait été administrateur, ayant été poursuivie en déclaration de faillite, il croit devoir donner sa démission de premier président le 44 nov. 4884. Depuis lors, il est resté au Sénat dont il a été nommé questeur le 46 janv. 4890. Louis Lucipiâ. GAZOTTE (Jacques), littérateur français, né à Dijon le 47 oct. 1749, mort àParislo25sept. 1792. Elève du collège des jésuites de sa ville natale, il y eut pour condisciples Bret (V. ce nom) et Jean-François de Rameau, à qui Diderot devait donner l'immortalité. Cazotte entra de bonne heure dans l'administration de la marine, après avoir étudié le droit chez un procureur, sur le conseil de Maurepas, son protecteur. Successivement écrivain principal en 4747, contrôleur en 4749, commissaire en 4750, il remplit pendant quatorze ans ces dernières fonctions aux Iles du Vent et à la Martinique, où il se maria, et se retira en 4760 avec le brevet de commissaire général; mais ni sous Choiseul, ni sous aucun de ses successeurs il ne put obtenir la liquidation de sa pension de retraite. Le P. La Valette, supérieur de la mission des jésuites à la Martinique, avait racheté de Gazotte, au moment où il quitta la colonie, ses propriétés au moyen de lettres de change que les supérieurs du P. La Valette à Paris refusèrent d'acquitter, alléguant que cette spéculation n'avait point été autorisée par eux. Il s'ensuivit un long et retentissant procès que Cazotte finit par gagner. Lors de son retour en France, il habita tour à tour, avec sa femme et ses trois enfants, Paris et une maison de campagne à Pierry, près d'Epernay. Jusqu'alors il ne s'était fait connaître que par quelques poésies fugitives et par des chansons ; l'une d'elles, intitulée la Veillée de la bonne femme et commençant ainsi :
Tout au beau milieu des Ardennes,
et une romance : les Prouesses inimitables d'Olivier, marquis d'Edesse, eurent alors une grande vogue. Il avait également sacrifié à la mode des fantaisies^'orientales, ou soi-disant telles, dont la traduction des Mille et une Nuits et les Lettres persanes avaient répandu le goût, en publiant la Patte de chat, conte zinûnois (4742,in-12) et Mille et une fadaises y contes à dormir debout (4742, in-42). Pendant un congé qu'il vint passer à Paris, il aurait pris part à la fameuse querelle dite des Bouffons, c.-à-d. aux discussions soulevées entre les partisans de la musique irançaise et ceux de la musique italienne, mais la Guerre de l'Opéra (s. 1. n. d., in-8) et les Observations sur la Lettre de J.-J. Rousseau (4754, in-42), qu'on lui attribue, n'ont été réimprimées ni par lui-même, ni dans ses OEuvres complètes (4798 et 4846). Le véritable début de Cazotte fut Olivier (4762, 2 vol. in-42), poème en douze chants et en prose, mêlée de vers, sorte d'imitation de l'Arioste, fort bien accueillie alors et dont la lecture nous semble insipide aujourd'hui, tandis qu'en dépit de quelques longueurs, le Lord impromptu (4771, in-8) supporte mieux cette épreuve décisive. Le nœud de l'intrigue est un de ces travestissements chers aux contemporains de Chérubin et de Faublas, mais la « Nouvelle romanesque » de Cazotte, ainsi qu'il l'intitule lui-même, ne blesse que la vraisemblance et non pas la morale. On ne l'a pas d'ailleurs réimprimée depuis longtemps, tandis que le
Diable amoureux « nouvelle espapole» (4772, in-8) a eu maintes fois cet honneur. On sait quelle en est la donnée : un jeune homme ijarie avec ses camarades d'évoquer le diable, il y réussit ; le monstre qui lui apparaît tout d'abord se transforme en page, puis en danseuse, mais au moment où le héros croît toucher au but de ses désirs, Beîzébuth se dresse devant lui sous sa première forme, les autres enchantements s'évanouissent et l'audacieux se retrouve seul, par une nuit d'orage, dans une voiture brisée. Les détails gracieux, pittoresques ou effrayants dont le récit est semé, en font surtout le prix. De plus, l'édition originale était accompagnée d'une préface où Cazotte donnait d'ironiques éloges aux planches dont son livre était orné, raillant ainsi le luxe habituel aux fadaises de Dorât et de son école ; or ces eaux -fortes (au nombre de six) sont traitées avec un parti-pris caricatural très prononcé et de savantes maladresses ; longtemps on les attribuait à un seul artiste, Moreau le jeune, mais M. Mahérault, s'autorisant d'un passage même de la préface, a établi que Marillier et peut-être Cochin pouvaient revendiquer leur part de cette mystification iconographique.
Cazotte a encore écrit d'autres contes en prose, recueillis dans l'édition de 4846 de ses Œuvres badines, et revu la traduction de ceux qu'avait tirés des Mille et une nuits un moine « arabe de nation », dom Denys Chavys, et qui forme les tomes XXXIX-XLl du Cabinet des fées. Sa facilité était d'ailleurs extrême ; on prétend qu'il rima en une nuit un septième chant pour la Guerre de Genève de Voltaire et qu'il improvisa sur un mot donné l'opéra-comique des Sabots (4768) dont Rameau neveu, puis Duni, écrivirent la musique et dont le livret fut d'ailleurs remanié ou récrit par Sedaine. C'est aussi pour venir en aide à son camarade Jean-François Rameau qu'il fit imprimer sous son nom une sorte de réclame à peine versifiée, intitulée la Nouvelle Raméide, et que le pauvre diable allait débiter dans les cafés.
Vers 4775, une transformation s'opéra dans l'esprit de Cazotte. Attiré de tout temps vers les sciences occultes, il devint l'un des adeptes de la secte des martinistes et s'adonna, dans sa retraite de Pierry, en compagnie de sa fille et de ses deux fils, qu'il avait également initiés, à toutes les pratiques des illuminés. Fervent royaliste, il épanchait ses inquiétudes sur la marche des événements dans une correspondance intime adressée à son ami Pouteau, secrétaire de de Laporte, intendant de la liste civile. Saisie aux Tuileries après la journée du 40 août, cette Correspondance mystique (titre parfaitement justifié de la réimpression de 1798, in-48) fut le motif de l'arrestation de Cazotte. A peine venait-il, grâce au dévouement de sa fille, d'échapper aux massacres de Septembre qu'il fut traduit devant le tribunal dit du 47 août. Ses lettres à Pouteau, publiées pour la première fois dans le Bulletin même du tribunal, furent la seule charge qu'on pût relever contre lui, mais elle suffit pour provoquer une sentence de mort. Après la lui avoir signifiée, le président du tribunal, Lavaux, qui était lui-même, dit-on, un initié, exhorta Cazotte à la mort par une allocution des plus singulières et tout au moins inutile, car la fermeté du vieillard ne se démentit ni devant ses juges, ni devant l'échafaud.
Les OEuvres badines de Cazotte ont été réunies par lui-même en 4776 (2 vol. in-8) ; elles comprenaient Ollivier, le Lord impromptu et le Diable amoureux ; elles ont été réimprimées depuis, avec d'autres écrits, en 4798 (6 vol. in-18), sous le titre à' OEuvres complètes^ et en 4846-4847, sous celui à' OEuvres badines et morales, historiques et philosophiques (4 vol. in-8). M. 0. Uzanne a fait figurer dans sa collection des Petits conteurs, la Patte du chat et les Mille et une fadaises (4880, in-8). Quant au Diable amoureux, il a été maintes fois réimprimé isolément ; l'une de ces éditions (4845, in-12 ; nouveau tirage, 4871, in-8), est ornée de
CAZOTTE — CE-ACATL
dessins par Ed. de Beauraont et accompagnée d'une préface par Gérard de Nerval. Le tome l^"" de l'édition de 4817 renferme un morceau apocryphe célèbre, intitulé la Prophétie de Cazotte, que Petitot, éditeur des Œuvres posthumes et choisies de La Harpe, fit connaître pour la première fois en 1806 ; c'est à l'issue d'un souper offert, au commencement de 1788, par un grand seigneur académicien à divers confrères et à d'autres gens de lettres, que Cazotte aurait annoncé à chacun des convives (Chamfort, Bailly, Condorcet, Roucher, etc.), le sort qui l'attendait. Seulement Petitot s'était bien gardé d'imprimer une note de La Harpe où il avouait que cette prédiction avait été écrite non en 1788, mais après la Terreur. La supercherie ne fut éventée qu'en 1817, lorsque Beuchot eut cité dans le Journal de la librairie la note additionnelle de La Harpe d'après l'autographe même appartenant à Boulard (V. ce nom). La mystification étant d'ailleurs postérieure à la mort de Cazotte et à celle de La Harpe, ne saurait être qualifiée de « plaisanterie cruelle », comme l'a fait Jal qui donne à entendre qu'elle courut « les salons et les carrefours » avant la Révolution ! Le nom de Cazotte a servi de pseudonyme à Reslif de La Bretonne pour une de ses dernières élucubrations : les Posthumes^ lettres écrites après la mort du mari par sa femme qui le croit à Florence (1802, 4 vol. in -12). Le récit de Nodier intitulé Monsieur Cazotte ne mérite aucune créance, car Nodier ne connaissait pas et n'avait jamais pu voir Fauteur du Diable amoureux, — Un fils de celui-ci, Jacques- ScévolaCâzoUe^ mort, âgé de 89 ans, le 20 juin 1853 à Versailles, où il remplissait les fonctions de bibliothécaire, a publié des mémoires personnels sous le titre de Témoignages d'un royaliste (1839, in-8). Maurice Tourneux.
BiBL. : A. Jal, Dictionnaire critique de biographie et dliistoire. — Gérard de Nerval, les Illuminés. — Ch. MoNSELET, les Galanteries du xviii^ siècle, 18B2, in-18. — Beuchot, Journal de la librairie^ 1817, pp. 38:^ et 418 ; 1820, p. 537. — Ch. Asselineau, la Prédiction de Cazotte {Bulletin du bibliophile^ 1868).
CAZOULÈS. Com. du dép. de la Dordogne, arr. de Sarlat, cant. de Carlux; 518 hab.
CAZOULS-l'Hérault. Com. du dép. de l'Hérault, arr. de Béziers. cant. de Montagnac ; 500 hab.
CAZOULS-lès-Béziers (Casulœ), Com. du dép. de l'Hérault, arr. et 2^ cant. de Béziers ; 3,466 hab. Cette localité n'est pas citée avant le xi« siècle, mais les débris trouvés sur le territoire environnant prouvent que le pays était habité dès l'époque romaine : sculptures, tuiles, lampes funéraires, etc. En 1103, la seigneurie de Cazouls appartenait à une famille noble qui paraît dans beaucoup d'actes du xii® siècle ; confisquée par les Montfort lors de la croisade des Albigeois, elle fut donnée par Araauri en 1224 à l'évêque de Béziers, et fit dès lors partie de la baronnie de ces prélats qui se disaient seigneurs de Cazouls. L'église Saint-Saturnin de Cazouls était cheflieu d'un archiprêtré du diocèse de Béziers. Eglise en partie romane, en partie gothique. Débris d'un château du XIV® siècle, déjà démantelé au xvm® siècle; maison du XVI® siècle. Vignoble renommé. — Sur le territoire de Cazouls, ruines du château gothique de Savignac ; on y trouve aussi quelques débris antiques.
BiBL. : Bulletin de la Société archéologique de Béziers, III, pp. 11-22.
CAZUMON (Astron.) (V. Cazimi).
CAZZOLA (Clementina), actrice italienne, née d'une famille de comédiens à Sermide (prov. de Mantoue), le 26 aotit 1832. Vivant dans un milieu artistique, elle monta sur les planches dès son plus jeune âge, et obtint des succès d'enfant dans deux petites comédies, il Pitocchetto et Giovanni dai bei cavalli^ où elle montrait les plus heureuses dispositions. Elle avait fait son éducation au monastère de Gandino, situé non loin de Bergame, et elle était à peine âgée de seize ans lorsqu'elle fit son premier début au théâtre deRe, de Milan, dirigé par Cesare
Asti, dans l'emploi des amoureuses. Ce début fut très bien accueilli par le public et par la critique, et, vivement encouragée, la jeune artiste fit de rapides progrès. En 1851, elle était engagée commue prima a^Mce dans la compagnie Cesare Dondini, à laquelle elle demeura attachée pendant sept années, parcourant avec elle toute l'Italie et se taisant applaudir et acclamer sur les scènes les plus importantes. En 1858, elle passa de la compagnie Dondini dans celle de Luigi Domeniconi, et en 1861 dans celle que dirigeaient les deux frères Salvini, dont l'un est devenu si célèbre. Depuis lors, M""« Cazzola a marché de succès en succès, grâce à un talent plein d'ampleur et d'émotion, auquel elle joint un regard de feu et une physionomie pleine d'expression et d'une extrême mobilité. Parmi les ouvrages qui ont le plus contribué à établir sa renommée, on cite surtout la Merope d'Alfîeri, la Pamela de Goldoni, Cuore ed Arte, la Dame aux Camélias de M. Alexandre Dumas, Elisabetta, regina d'In^ ghilterra, et hPia de Marenco.
CEA (Paléont.). Genre de Bryozoaires fossiles créé par d'Orbigny et considéré par lui comme le type d'une famille à part (Ceidœ), de la division des Foraminés {Cerioporldœ de Reuss et de Zittel) ; cette famille est caractérisée par les ouvertures des cellules évasées extérieurement, et le G. Cea par la disposition des cellules rangées des deux côtés de rameaux ou lames comprimées. Ce genre est du crétacé (V. Ceriopora). E. Trt.
CEA. Rivière d'Espagne, qui se forme par la réunion de trois torrents, descendant des montagnes du district de Riano (Léon), court du N. au S., baigne les villes d'Almansa, Céa, Sahagun, Mayorga et se jette dans VEsla, afïl. de dr. du Douro. Son cours a une longueur d'environ 117 kl. ; le lit de la rivière est généralement peu profond ; aussi déborde-t-elle fréquemment et cause-t-eUe de réels dommages aux régions qu'elle parcourt. E. C\t.
CEA (Juan de), peintre espagnol dont on ignore le lieu et la date de naissance. Tout ce que les biographes savent de lui, c'est que, vers Tannée 1565, il était à Burgos, et qu'en collaboration avec un autre artiste castillan, Juan de Aneda, il exécutait les peintures qui décorent le transept de la cathédrale. Un document conservé aux archives du chapitre nous^ apprend qu'en 1587 Cea était occupé à la restauration d'une très ancienne image de la Vierge, qui se trouvait dans le chœur, ainsi que des figures des saints Pierre et Paul qui ornaient la grande chapelle. P. L. CEA (Diego de), théologien espagnol, né à la fin du xvi^ siècle, au diocèse de Tolède, mort au monastère d'Aracœli en 1640. Il entra dans l'ordre des franciscains et devint commissaire général de son ordre à Rome.. 11 a publié : Archielogla sacra principum apostolorum Pétri et Pauli, 2 parties (Rome, 1636, in-4) ; Thésaurus Terrœ Sanetœ, qiiem Seraphica minorum religio de Observantia inter infidèles per trecentos et amplius annos religiose custodit et fi^deliier administrât (Rome, 1639, in-4). E. Cat.
CE-ACATL. Mot nahua signifiant un roseau, qui est le premier des quatre signes désignant les années chez les Mexicains, et le cinquième des vingt-quatre signes employés par eux dans l'astrologie judiciaire. Consacré au dieu des vents, QuetzalcoatI, il était regardé comme funeste et les voleurs s'en servaient pour n'être pas surpris. Le missionnaire blanc et barbu Quetzalcoatl, étant né (843) et mort (895) dans l'année d'un roseau^ qui revenait tous les cinquante-deux ans, fut appelé Ce-Acatl. Il n'est même désigné que sous ce nom dans la légende suivante : fils de Camaxtli et d'une des cinq femmes créées par Tezcatlipoca, il fit sept ans pénitence dans les montagnes en se tirant du sang pour devenir grand guerrier ; sa vaillance lui valut d'être choisi pour chef par les habitants de Tula dont il fut le premier seigneur. Ils en firent un dieu après son départ pour Tlapallan où il alla mourir, après avoir laissé des colonies à Cholula et dans les provinces de Cuzcatan et de Cempoallan. B-s.
CEADMAN (V. C^dmon).
CEAN-Bermudez (don Juaii-Agustin), célèbre critique et historien de l'art espagnol, né à Gijon (Asturies) le 47 sept. 4749, mort à Madrid le 3 déc. 4829. Après avoir terminé ses études de latinité et de philosophie, il accompagna à Séville son compatriote et fidèle protecteur et ami Gaspar- Melchor de Jovellanos, qui devint plus tard ministre de Charles IV, et qui occupait alors à Séville l'emploi à'Alcalde del crimen. Très lettré et très artiste lui-même, Jovellanos exerça sur l'esprit et sur la direction des nouvelles études du jeune Cean-Bermudez la plus heureuse influence. Par ses conseils, celui-ci entra dans l'atelier de Juan Espinal, artiste qui jouissait alors en Andalousie d'une grande réputation, et s'y appHqua à l'étude du dessin et de la peinture. Cean employait presque tout son temps, soit à l'ateUer, soit à l'Académie, où il travaillait avec ardeur. Ses besoins de progrès dans la pratique de l'art étaient tels qu'il vint à Madrid solliciter les leçons de Raphaël Mengs et se placer sous sa direction. L'autorité en ait de ce célèbre peintre et esthéticien était à ce moment, en Espagne, en Itahe, en Allemagne, quelque chose comme une véritable souveraineté. Par ses théories idéalistes et éclectiques, Mengs devait influer infaiUiblement sur le jugement de son élève et le marquer à tout jamais à son empreinte. Mengs ayant quitté Madrid pour aller s'établir à Rome, Cean fut sur le joint de l'y accompagner. Mais sa grande affection pour Jovellanos le retint en Espagne, et il rejoignit son ami à Séville. Il y fit un séjour de près de dix ans, y fonda en â779 une académie des beaux-arts, et classa les archives générales des Indes ; c'est dans la capitale de l'Andalousie qu'il commença de préparer ses travaux critiques, recherchant les documents concernant les artistes, étudiant leurs productions et recueillant des notes sur tous les monuments de l'art. Revenu à Madrid en même temps que Jovellanos, Cean-Bermudez, tout en contnmant de se livrer à la peinture, mais plutôt comme délassement que comme métier, obtint de l'Académie de San-Fernando diverses missions dans les provinces ; elles le mirent à même de grossir rapidement son trésor ae notes et de développer ses propres connaissances archéologiques et artistiques, déjà très étendues. Il commença dès lors de publier les résultats de ses recherches historiques et critiques sur les monuments et les artistes espagnols, travaux qui lui méritèrent rapidement de figurer au premier rans parmi les écrivains les plus érudits. Les deux académies espagnoles de l'histoire et des beaux-arts l'appelèrent successivement dans leur sein. Les principaux ouvrages sur l'art publiés par Cean-Bermudez portent les titres suivants : Descripcion artistica de la catedral de Sevilla (Séville, 4804 et 4856) ; Descripcion artistica del hospital de la Sangre de Sevilla (Valence, 4804) ; Carta â un amiyo suyo (don Gaspar de Jovellanos) sobre el estilo y gusto en la pintura de la escuela sevillaria y sobre el grado de perfeccion d que la elevô Bartolomé Esteban Murillo (Cadix, 4806) ; Dialogo sobre el arte de la pintura (Séville, 4849); Arte de ver en las Bellas artes del diseno, segun los principios de Suher y de Mengs, traduit de l'italien de Fr. Mihzia (Madrid, 4827), et enfin son plus important travail, paru à Madrid en 4800, en 6 vol. in-42, publié aux frais et sous le patronage de l'Académie de San-Fernando, qui porte le titre suivant : Diccionario historico de los mas ilustres profesores de las Bellas artes en Espana, Ce vaste répertoire, où les noms d'artistes, espagnols ou étrangers ayant travaillé en Espagne, peintres, sculpteurs, architectes, enlumineurs, brodeurs, peintresverriers, graveurs à l'eau-forte et en taille-douce, rejeros et médailleurs sont classés par ordre alphabétique est, quoique incomplet de beaucoup de noms d'artistes, le plus sûr et le meilleur ouvrage qui ait encore vu le jour en Espagne concernant les biographies de ses maîtres, la nomenclature et la description critique de leurs principales productions. Ce fut aussi par les soins et avec les notes de Cean-Bermudez que l'Académie de San-Fernando édita, en
GlUNDE ENCYCLOPÉDIE. — IX.
CEADMAN — CEARA
4829, l'ouvrage de Llaguno y Amiroîa, intitulé Noticias de los arquitectos y arquitectura de Espana desde su restauracion. On lui doit encore le texte du grand recueil lithographique entrepris par José de Madrazo, reproduisant les tableaux des collections royales, etc. : Coleccion de scuadros (Madrid, 4826-36, in-fol., de 492 pi.), ainsi qu'une biographie de son protecteur : Memorias para la vida del G.-M, de Jovellanos (Madrid, 4844). Son travail sur les antiquités romaines en Espagne ne parut qu'après sa mort {Sumario de las antiguedades roma-^ nas que hay en Espana, en especial, las pertenecientes a las Bellas Artes; Madrid, 4832, in-4). Cean avait entrepris une Histoire générale de la peinture restée manuscrite et inachevée, et qui appartient à la bibliothèque de l'Académie des beaux-arts. Sous le titre de Ocios de don Juan-Agustin Cean-Bermudez ont paru à Madrid, en 4870, par les soins de M. Zarco del Valle, divers opuscules restés jusqu'alors inédits, notamment la biographie de l'architecte de l'Escurial, Juan de Herrera, que Cean- Bermudez avait rédigée à la demande de l'Académie de l'histoire. Paul Lefort.
CEANOTHUS (Ceanothus L.). Genre de plantes de la famille des Rhamnacées. Ce sont des arbrisseaux ou des arbustes à feuilles alternes, quelquefois opposées, munies à leur base de petites stipules caduques. Leurs fleurs, hermaphrodites, de couleur blanche, bleue ou rose, sont disposées en grappes ou en panicules axillaires ou terminales. Elles ont un caHce à cinq divisions conni ventes au sommet, une corolle de cinq pétales unguiculés et cinq étamines opposées aux divisions calycinales. Le fruit est une capsule subglobuleuse renfermant trois coques crustacées ou cartilagineuses, qui contiennent chacune une graine obovale, aril^ lée au niveau du hile et pourvue d'un albumen charnu. — Les Ceanothus habitent les régions chaudes et tempérées de l'Amérique septentrionale. L'espèce la plus importante est le C. americanusL., dont la racine est employée, aux Etats-Unis, contre la gonorrhée et les affections syphilitiques. Ses feuilles constituent le thé de New Jersey ; elles servent à faire des infusions théiformes. Cet arbuste est fréquemment cultivé en Europe comme ornemental. Il en est^de même du C, azureus Desf., espèce du Mexique, dont l'écorce est préconisée comme fébrifuge. On cultive également le C, thyrsiflorus Hook., et le C, papillosus Tor., de CaHfornie, remarquables par leurs fleurs bleues très nombreuses. Ed. Lef.
CEARÂ. Ville du Brésil (V. Fortaleza).
^ GEARÂ. Montagnes du Brésil (Etat de Cearâ). Les marins désignent sous le nom de serra do Cearâ quatre chaînes qui signalent du large le port de Fortaleza : la serra de Cauhipe (240 et 380 m.), la serra de Joâ (620 m.) à l'O. de Fortaleza ; la serra de B'Iaranguape (pic de Massaranguape 920 m.) et la serra d'Aratanha (780 m.) au S.-O. de la même ville. R.-B.
CEARÂ. Rivière de l'Etat de Cearâ (Brésil). Elle prend sa source dans la serra de Baturité, passe devant la ville de Soure et se jette dans l'Atlantique à 4 kil. à l'O. de Fortaleza. Elle reçoit sur sa rive droite le Maranguapinho qui vient de la serra de Maranguape. R.-B.
CEARÂ. Prov. du Brésil, aujourd'hui un des Etats- Unis de la République fédérale des Etats-Unis du Brésil, sjtuée au N. de ce pays, sur l'océan Atlantique, entre les Etats dePiauhy à l'O., Pernambuco au S., Parahyba et Rio-Grande-do-Norteàl'E., l'Océan au N. Sa superficie est de 404,250 kil. q. (un cinquième de la France). Du N. au S., on compte 590 kil. environ et 500 kil. de l'E. à l'O. Il y a 700 kil. de côtes. En 4775 son territoire comptait 34,000 hab. ; en 4835, 240,000; en 4872 (dernier recensement) 724,686. On estimait sa population à 950,000 hab. en 4888. Cet Etat est formé par les bassins de plusieurs petits fleuves côtiers ; le principal est le Jaguaribe, long de 650 kil. ; viennent ensuite, en allant de l'E. à l'O., le Chor(S, le Curû, l'Aracaty-assù, l'Acaracù, et le Camocmi. Les Imiites de l'Etat coïncident à peu près
GEARA
avec la ligne de partage des eaux. Dans la zone cotière {beira mar) le sol est généralement plat ; on y rencontre pourtant quelques montagnes ; puis le terrain s'élève doucement vers Fmtérieur et présente plusieurs soulèvements formant des chaînes, les unes isolées, comme les serras de Baturité, de Maranguape (qui appartient au groupe connu sous le nom de serra do Cearâ), de Uruburetama, de Mucuripe et de Merudca, les autres se rattachant à la serra do Apody à l'E., aux serras de Araripe et dos Cariris Novos au S. et au S.-O., et à la serra de Ibiapaba à l'O., dont le point culminant est à 1,020 m. d'alt.
Sur la côte et dans les plaines le climat est chaud, mais tempéré la nuit par les brises de terre et le jour par les brises de mer. Dans les montagnes il est plus frais et plus sain. A Fortaleza, sur la côte, la température varie entre 20"^ et 31° ; dans les montagnes entre 14^ et 24^. Il n'y a que deux saisons : la sèche, de juillet à décembre, se prolongeant souvent jusqu'en février, et la pluvieuse, de janvier à juin. Les pluies sont plus fréquentes et plus abondantes en mars, avril et mai. Des sécheresses périodiques ont ravagé le Cearâ, occasionné des famines et causé l'émigration d'une grande partie des habitants de l'intérieur (1710-11; 1723-27; 1734-36; 1744-45; 1777-78; 1790-93; 1808-09; 1815-17; 1824-25; 1844-45; 1877-79; 1888-89). — « Le sol du Cearâ, dit le professeur André Rebouças, est constitué principalement par des gneiss et des granits. Sur la ligne du chem. de fer de Camocim à Sobral, on trouve les mêmes granitoïdes que dans la province de Rio de Janeiro. Les calcaires et les marbres se trouvent à Baturité, à Granja, à Villa-Viçosa, à Sobral. Les argiles abondent partout. Les prairies naturelles {campos de criaçàd) sont magnifiques. Lorsque les pluies tombent régulièrement, le bétail se reproduit comme nulle part. Les vallées humides et les montagnes où les sources sont nombreuses, sont d'une fertilité extraordinaire même pour le Brésil. Tous les fruits y sont d'une grande beauté, d'un goût et d'un parfum exquis. Le café de la serra de Maranguape est renommé. » — On trouve à Cearâ des mines d'or, de cuivre, de fer, etc. ; mais la seule exploitée en 1889, était la mine de cuivre dePedro- Verde dans le district de Viçosa. Les principaux articles d'exportation sont le caoutchouc, le coton, le café, le sucre, les oranges, le tabac, les plantes médicinales, les bois de construction, de marqueterie, de teinture, les fil3res végétales, les cuirs et cornes, les chandelles de carnahuba, les objets de paille tressée, le bétail. On évalue à deux millions le nombre des boeufs ; l'élève des chevaux et des moutons est très prospère. Le caoutchouc de Cearâ est extrait de la Manissoba (Jatropha glassovii, famille des Euphorbiacées) et de la Mangabeira (Hancornia speciosa, famille des Apocynacées). L'arbre le plus précieux de la région, à cause des applications nombreuses qu'il comporte, est le Carnahubeira dont il a été question dans l'article Brésil, § Produits du règne végétal.
En 1888 le Cearâ comprenait 64 municipes dont 19 avaient pour chefs-lieux des villes (cidades) et 45 des bourgs (villas). Les villes principales sont: Fortaleza (qu'on nomme à tort à l'étranger Cearâ), capitale de l'Etat, et seul port (rade foraine) ayant des communications directes avec l'Europe par des lignes de paquebots à vapeur ; Aracaty, centre commercial important dans la riche vallée du Jaguaribe; Icô, Sobral, Crato, Granja, Quixeramobim, Baturité, Maranguape, Jardim et Aquiraz. L'assemblée législative provinciale, ainsi que toutes les autres du Brésil, a été dissoute après la révolution du 15 nov. 1889 et l'organisation définitive de l'Etat dépendra du vote de la nouvelle constitution. Il y a une cour d'appel à Fortaleza. (Pour l'administration de la justice, V. Brésil.) Le Cearâ forme un évêché qui comptait 78 paroisses en 1888. Il y a dans cet Etat une école militaire (à Fortaleza), une école normale, plusieurs établissements d'enseignement secondaire, outre les écoles primaires, qui ne sont pas nombreuses, et un séminake.
Les documents officiels donnent pour le commerce avec l'étranger, en 1885-86, à l'importation 2,382 contes (6,741,000f.), àl'exportation3,388contos(9,588,000f.) ; pour le commerce avec les autres provinces, 3,040 contos d'importation (8,603,200 fr.) et 1,523 contos d'exportation (5,310,090 fr.). Les recettes du budget général étaient en 1857 de 427 contos, celles du budget provincial de 371. En 1887 ces chiffres avaient presque triplé : 1,172 contos (3,315,760 fr.) pour le budget général; 976 1/2 contos (2,763,495 fr.) pour le budget provincial. Les dépenses du budget général de 1887 étaient de 1,033 contos (2,923,390 fr.), celles du budget provincial de 1,054 contos (2,982,820 fr.). La province n'avait pas de dette en 1888.
Il y a seulement deux lignes de chemin de fer au Cearâ, toutes les deux appartenant au gouvernement central. Au 31 déc. 1888, elles avaient 236 kil. en exploitation et 193 en construction. La ligne de Camocim-Sobral commence à l'embouchure du Camocim, où se trouve le meilleur port du Cearâ, gagne, en suivant la rive gauche du cours d'eau, la ville de Granja, franchit le Camocim et arrive déjà à Sobral, sur l'Acaracù (129 kil.). Les travaux du prolongement se poursuivent par la vallée du Jabaïras, jusqu'à la ville Ipù(108 kil.). Le chem. de fer de Fortaleza-Baturité se compose d'une hgne principale reliant ces deux villes (103 kil. 5) et d'un embranchement de 3 kil. 5 de Maracanahù à Maranguape. Une ligne de Baturité à Quixadâ, en construction, aura 84 kil. 2. Le Cearâ est relié au réseau télégraohique du Brésil et, par le câble de Pernambuco, à celui de l'Europe.
Histoire. — La côte du Cearâ a été découverte en 1500 par Vicente Yanez Pinzon et reconnue quelques années après, par des navigateurs portugais. L'intérieur des terres a été exploré en 1603 par Pero Coelho. Martim Soares Moreno construisit en 1610 un fort à l'embouchure de la rivière Cearâ. Ce fut le premier établissement portugais du pays, dont le nom indien, Ciarâ ou Siarâ, désignait le chant d'une sorte de petit perroquet, la Jandaïa. De 1624 à 1629, selon Alencar Araripe, ou de 1614 à 1663 selon Varnhagen, ce territoire fit partie de l'Etat de Maranhâo, qui formait un gouvernement séparé de l'Etat du Brésil. Il fut ensuite rattaché à la capitainerie de Pernambuco. Les Hollandais, commandés par Garstman, prirent d'assaut, le 20 déc. 1637, le fort de Cearâ (Fortaleza do Cearâ), malgré la défense héroïque de son commandant, Bartholomeo de Brito. Ce fort prit alors le nom de Schonenborch. Chassés un moment par les Indiens, ils revinrent et fortifièrent de nouveau cette position qu'ils gardèrent jusqu'au 20 mai 1654, date à laquelle le capitaine Azevedo Barreto, envoyé de Pernambuco, en prit possession, l'armée hollandaise ayant capitulé à Recife. A partir de 1799 (décret royal du 17 janv.), le Cearâ torma une capitainerie indépendante. Le régime constitutionnel ayant été proclamé à Fortaleza le 14 avr. 1821, une grande agitation régna dans la province et plusieurs comités de gouvernement s'y succédèrent. De nov. 1822 à janv. 1823, l'indépendance du Brésil et l'Empire furent proclamés dans toutes les villes du Cearâ et une armée de miliciens et de volontaires, organisée dans cette province et dirigée par Filgueiras et Alencar Araripe, délivra le Maranhâo en forçant les troupes portugaises à capituler à Caxias. La nouvelle de la dissolution ae la Constituante réunie à Rio de Janeiro étant arrivée au moment de la rentrée de cette expédition, fut le point de départ de troubles plus graves. Les conseils municipaux de Quixeramobim (9 janv. 1824) etd'Icô (18 janv.), proclamèrent la République et la déchéance de dom Pedro P^, et, par l'influence d'Alencar Araripe et de Filgueiras, le mouvement insurrectionnel gagna bientôt toute la province. Le président nommé nar l'empereur, Costa Barres, réussit à se faire reconnaître à Fortaleza (14 avr.), mais il fut obligé de se rembarquer quelques jours après, laissant le gouvernement aux mains d'Alencar Araripe. Celui-ci envoya le 30 avr. son adhésion au gouvernement révolutionnaire de Pernambuco et proclama solennellement le 26 août
CEARÂ — CÉBAZAT
l'union du Cearâ à la « Confédération de l'Eq^uador, » dont la capitale était Recife de Pernambuco. Bientôt les républicains ayant été battus^ à Recife, un mouvement de réaction impéraliste et unitaire commença à Fortaleza le 47 oct,, dirigé par Azevedo-e-Sâ et encouragé par lord Cochrane, arrivé le lendemain. Alencar Araripe périt dans un engagement de ca^valerie à Santa Rosa, près de Russas '34 oct.) et Filgueiras, repoussé à Rio do Peixe (Parahyba), ■ut fait prisonnier à Crato (8 nov.), et mourut à SaÔ Româo (Minas Géra es), pendant qu'on le conduisait à Rio de Janeiro. Les débris de l'armée républicaine de Pernambuco et de Parahyba ( Division constitutionnelle de la Confédération de TEquateur) , commandés par Rego Cassumbâ, pénétrèrent, par Quixossô, sur le territoire du Cearâ. Harcelés par les miliciens d'Icô, ils arrivèrent à Engenho do Juiz, près de la rivière Salgado, où ils furent cernés par le commandant Lamenha Lins, qui était à leur poursuite depuis Pernambuco, et mirent bas les armes (28 nov.). Cinq des chefs de la révolte, condamnés à mort par une commission militaire à Fortaleza, y furent exécutés. Le 4 déc. on prêta serment à la constitution de l'Empire. En 4834, agrès l'abdication de dom Pedro P^, le colonel Pinto Madeira, de la garde nationale, très dévoué à Tex-empereur, se révolta contre le gouvernement de la régence, et la guerre civile ravagea de nouveau la province. L'ordre fut rétabli après la victoire du président José Mariano Cavalcanti de Albuquerque à Missâo-Velha (^44 juin 4832). Pinto Madeira, condamné à mort par un jury composé de ses ennemis, fut exécuté avant la confirmation de la sentence. A partir de 4880 le Cearâ a joué un grand rôle dans l'agitation aboMtionniste qui ne réussit à triompher complètement dans le Parlement qu'en 4888. Déjà en 4866, le président Homem de Mello constatait dans un rapport officiel que cette province avait su résoudre presque complètement le problème, si grave au Brésil, du travail libre. En 4873 elle comptait encore 32,000 esclaves. En 4884 (25 mars), sous la présidence de Theodoreto Souto, les 46,000 derniers esclaves qui se trouvaient sur son territoire furent affranchis. L'Amazone ayant immédiatement imité cet exemple, l'événement eut dans tout l'Empire un retentissement énorme.
La nouvelle de la révolution républicaine du 45 nov. 4889, à Rio de Janeiro, arriva à Fortaleza le jour même. Le 46, les trouves et les républicains déposèrent le président de la province, proclamèrent la République fédérale et acclamèrent un gouverneur provisoire. Ce changement politique s'accomplit dans toute la province, devenue l'Etat du Cearâ, sans troubles et sans résistance. — Le Cearâ est la patrie du célèbre romancier et orateur José de Alencar (V. ce nom) et du général Sampaio qui s'illustra dans la guerre du Paraguay, Il dispute au Rio Grande do Norte l'honneur d'avoir été le berceau de Filippe Camarâo (V. ce nom). Rio-Brânco.
BiBL. : PoMPÊo, Ùicîonsirîo topographico e estatistico da provincia do Cearà ; Rio, 1861, in-8. — Moreira Pinto, Geographia das proviiwias; Rio, 1889, in-8. — Alves NoGUEiRA, Compendio de geographia e chorographia do Brasil ; Leipzig, 1889, in-8. ■— T. A. A. (Alencar Araripe), Historia da provincia do Cearà ; Recife, 1867, in-4 (non terminé). — André Rebouças, les Zones agricoles du Brésil dans le Brésil en 1889; Paris, 1889, in-8. —Le Brésil^ extrait de la Grande Encyclopédie ; Paris, 1889, m-fol., 2« édit., illustrée.
CEARÂ-MIRIM. Rivière du Rrésil, dans l'Etat de Rio Grande do Norte. Elle coule dans la direction O.-E. et se jette dans l'Océan au N de la pointe Genipabù par 5<> 42' de lat. S. — Une ville du même nom se trouve sur la rive droite de cette rivière, et il est question de la relier à Natal par un ch. de fer. R.-R.
CÉARD (Nicolas), ingénieur français, né en 4747, élève de l'ancienne Ecole des ponts et chaussées de 4767 à 4769. Il a dirigé les travaux de la route du Simplon ; inspecteur divisionnaire des ponts et chaussées en 4805, il a été mis à la retraite en 4815 et est mort dans son département natal (le Cher) le 44 oct. 4^24, à Héry.
CÉARD (Henry), littérateur français, né à Bercy en 4854. Successivement employé au ministère de la guerre et attaché au cabinet du préfet de la Seine, il a été nommé, en 4883, sous-conservateur de la bibliothèque de la Ville (hôtel Carnavalet). Il a publié une nouvelle, la Saignée^ dans le recueil intitulé les Soirées de Médan (4880, in- 48), dû à la collaboration de quelques disciples de M. Zola, et un roman, Une Belle journée (4884, in-4 8), écrit la préface du livre de M. P. Bonnetain : Chariot s'amuse (4888) et celle des Lettres de Jules de Concourt (4885, in-4 8) ; il a de plus fourni de nombreux articles de critique littéraire ou dramatique à V Express^ au Télégraphe^ à V Evénement^ au Siècle. M. Henry Céard a fait représenter à FOdéon (48 nov. 4886) Renée Mauperin^ drame en trois actes, tiré du roman de MM. de Concourt, et au Théâtre-Libre (4889) les Résignés, dmim en quatre actes. M. Tx.
GÉAUCÉ. Com. du dép. de l'Orne, arr. et cant. de Domfront ; 3,028 hab.
CEAULMONT. Com. du dcp. de l'Indre, arr. de La Châtre, cant. d'Eguzon, sur la Creuse; 4,459 hab. Dolmen des Granges. Château en ruines de la Prune-aux-Pots.
CE AUX. Com. du dép. de la Manche, arr. d'Avranches, cant. de Ducey ; 558 hab.
CÉAUX. Com. du dép. delà Vienne, arr. deCivray, cant. de Couhé, sur la Bouleur; 846 hab. Intéressante église des xii® et xv^ siècles, renfermant quatre tombeaux gothiques dont deux ont conservé des statues de chevaliers du xm^ siècle. Sur le territoire de cette commune est le château de Monts, mentionné dès le milieu du x® siècle. Autrefois ch.-l. d'une châtellenie mouvante du mai^quisat de Couhé. C'est aujourd'hui un joli manoir du xvi° siècle. Ferme-école. — Château d'Anjolais, xv° siècle.
CÉAUX. Com. du dép. de la Vienne, arr. et cant. de Loudun ; 934 hab. Commune formée des deux anciennes paroisses de Céaux et de Joué; fut de 4790 à 4804 le ch.-l. d'un canton du district de Loudun.
CE AU X-d' Allègre. Com. du dép. de la Haute-Loire, aiT. du Puy, cant. d'Allègre; 4,433 hab.
CEBÀ (Ansaldo), poète et httérateur italien, né à Gênes en 4565, mort le 42 avr. 4623. Ses ouvrages en prose ont une certaine importance pour l'histoire de la République de Gênes, ses lettres sont intéressantes ; parmi les écrits assez nombreux qu'il a laissés, citons ; Rime (Rome, 4644) ; iZ Cittadino di repubblica (Gênes, 464 7) ; Esercizj academici (Gênes, 4624); il Gonzaga (Gênes, 4624) ; ilDoria (Gênes, 4624); Lettere (Gênes, 4623); trois tragédies, le Gemelle Capuane, Alcippo, la Prindressa Filandra, imprimées les deux premières à la suite des Tragédie scelle de Maffei (Vérone, 4723), la dernière séparément (Gênes, 4724). R. G.
BiBL. : N. GiULiANi, Ansaldo Cebà, dans le Giornale Ligustieo di archeologiaf storia e letteratura; Gênes, 1844.
CEBALLOS ou CEVALLOS (Eugenio), théologien espagnol du xviii^ siècle, né a Madrid. Il entra dans le couvent des Augustins de San-Felipe el Real en 4744 et fut une des lumières de son ordre. On a de lui des poèmes et des oraisons funèbres imprimées, parmi lesquelles celle du R. P. Enrique Fierez (48 juin 4773), mais son principal travail est une traduction en espagnol des ouvrages de saint Augustin : Meditaciones, Soliloquios y Manual del gran doctor de la Iglesia (Madrid, 4770, 2 vol. in-8); Confesiones pour l'éd. des Bénédictins (Madrid, 4784, 3 vol. in-8). E. Cat.
CEBALLOS (Fernando), moine espagnol du xix® siècle. Il n'est guère connu que par un livre intitulé Juicio final (Jugement dernier) de Voltaire, qui parut sous le pseudonyme El viajero de Lemnos(Séyilh, 4856, 2 vol. in-4).
CEBAZAN. Com. du dép. de l'Hérault, arr. de Saint- Pons, cant. de Saint-Chinian ; 553 hab.
CÉBAZAT. Com. du dép. du Puy-de-Dôme, arr. et cant. est de Clermont; 4,794 hab. Le fief de Cébazat appar*
CEBAZAT — CEBOCHOERUS
tint pendant longtemps à la maison de ce nom. En 1571, Péronelle de Cébazat le porta par mariage à Blain le Loup, seigneur de Préchonnet. Une partie relevait également de la maison de la Queuille, qui la posséda jusqu'en 1789. En 1270, Alphonse de Poitiers accorda aux habitants de Cébazat des coutumes analogues, sauf de très légères différences, à la charte, dite l'Alfonsine, qu'il avait donnée la même année à la ville de Riom. — Eglise curieuse (xii^ et xni^ siècles), avec porche en bois du xv^ siècle. — Fanal du xii^ siècle. L. F.
CÉBERET (Famille de). Famille d'administrateurs et de diplomates français des xvi® et xvii® siècles. Parmi ses membres nous citerons : Jean Céberet, conseiller du roi et maître ordinaire en sa chambre des comptes de Bretagne. Il épousa à Paris Lucrèce Le Cocq, et en eut trois fils, Charles, André et Jean. — Charles de Céberet, baptisé le 24 févr. 1602, mort le 29 oct. 1662, était « conseiller du roi en ses conseils, secrétaire de Sa Majesté, maison et couronne de France, et secrétaire de monseigneur le chancelier ». Il épousa Marguerite Le Secq et en eut un fils André, né le 8 févr. 1646. Ce dernier était prêtre, chanoine régulier de l'ordre de Saint-Augustin, prieur et curé de Saint-Etienne-des-Fossés, et portait : cV argent à un aigle de sable écartelé d'argent^ à trois ecussons de gueules et sur le tout d'azur à trois massacres d'or, 11 avait probablement pour frère, Paul de Céberet, sieur de Saint-Gencst, écuyer ordinaire de la reine Marie-Thérèse. — André de Céberet, second frère de Charles, fut baptisé le 14 nov. 1603. Il épousa, le 26 janv. 1642, Hélène de Mervillières ou MéviUiers, dont il eut deux enfants, Claude, qui suit, et Anne-Marie, morte en bas âge. — Claude de Céberet, chevalier, seigneur du Boullay, conseiller du roi en ses conseils, intendant de la justice, police et finances de la marine en Flandre et Picardie, administrateur et diplomate français, fils du précédent, né le 16 août 1647, mort à Dunkerque le 16 sept. 1702. Il suivit d'abord aux colonies M. de Baas, lieutenant général des armées du roi, qui l'emmena à la Martinique comme secrétaire de ses commandements et de son gouvernement, en 1669. En 1687, il fut envoyé à Siam comme ambassadeur extraordinaire avec M. de la Loubère. La Loubère était premier ambassadeur, et chargé des négociations poHtiques; Céberet devait s'occuper de tout ce gui regardait le commerce, mais l'un ne pouvait rien décider sans l'autre. Après son retour, Céberet fut nommé le 1®^ juil. 1690, commissaire général de la marine au Port-Louis et, le l'^'' janv. 1690, intendant de Flandre et Picardie. Ses armes étaient : d'azur à trois rencontres de daim d'or, deux et un (qui est Céberet), accolé d'argent à un pin (qui estPinct), arraché de sinople, fruité d'or et accosté en pointe de deux têtes de nègre au naturel, affrontées^ couvertes chacune d'un bonnet de gueules, doublé et rebroussé d'argent, et perlé de même, 11 avait épousé, vers 1667, Catherine Pinel, dont il eut un fils qu'il conduisit avec lui à Siam. Ce fils est probablement Claude y marquis de Céberet, homme de guerre français, né vers 1673, mort à Aire le 25 avr. 1756. Gardemarine en 1687, ce qui coïncide avec l'ambassade à Siam du précédent, il fut ensuite mousquetaire, capitaine de dragons, colonel, et se distingua aux batailles de Steinkerque, de la Marsaille, d'Oudcnarde et de Malplaquet. Après avoir obtenu successivement les grades de brigadier (21 avr. 1706), maréchal de camp (8 mai 1718), lieutenant général (22 déc. 1731), il fut fait grand-croix de Saint- Louis, le 16 déc. 1744, et, pendant la guerre de la succession d'Autriche, commanda un moment l'armée de Flandre, en l'absence de Maurice de Saxe. L. Farces.
BiBL. • Jal, DicL crit, de biographie et d'histoire. — Pinard, Chronologie historique inilitaire.
CEBÉS DE Thèbes, philosophe grec, disciple de Philolaûs le Pythagoricien et de Socrate. Il est, avec son compatriote et ami, Simmias, un des interloculcurs du Phédon de Platon ; il y est représenté comme un esprit
subtil, exigeant en fait de preuves, et prompt à trouver des objections. Nous ne savons d'ailleurs rien de ses doctrines. Diogène Laerce lui attribue trois dialogues, intitulés le Tableau, la Semaine, Phrynicus; mais l'authenticité de ces ouvrages était déjà niée par Panétius. Seul, le Tableau est parvenu jusqu'à nous ; on l'a imprimé plusieurs fois à la suite des Dissertations d'Epictète. Quelques érudits modernes, tels que Bâhr et Schweighâuser, croient à l'authenticité de ce dialogue. Mais comme il y est question des péripatéticiens, et qu'on y trouve cité un mot des Lois de Platon, on doit conclure avec Ed. Zeller que le Tableau n'est pas l'œuvre de Cebés.
Un autre philosophe du même nom, Cebés de Cyziç[ue, est cité par Athénée. Nous ne savons rien de lui sinon qu'il appartenait à la secte des cyniques. C'est à lui qu'on attribue parfois le Tableau. V. B.
BiBL. : ScHWEiGHAusER, Epict. Enchiridion et Cebetis tabula. — Bahr, Pauly's Real Encyclop., art. Cébeso. — Flade, De Cebete ejusque tabula ; Freiberg, 1797. — Klopter, De Cebetis tabula dissertationes très ; Zwikau, 1818-22. — Sevin, Mém. de l'Acad. des inscript, et belleslettres, t. III.
CÉBIENS (ZooL). Nom donné à la sous-famille des Singes américains, du nom latin du genre type Sapajou (Cebus), Cette sous-famille présente les caractères suivants : narines ouvertes latéralement (V. Platyrrhiniens) et séparées par une large cloison ; queue plus ou moins longue (sauf chez les Brachyures), et souvent prenante ; pas de callosités aux fesses. Dents au nombre de trentesix, ou quelquefois de trente-deux seulement (la dernière molaire faisant défaut). Ces dents diffèrent surtout de celles des Singes de l'ancien continent (Pithéciens), par le nombre des prémolaires qui est de trois paires en haut et en bas (au lieu de deux). Cette différence se montre déjà dans la première dentition qui présente ici vingt-quatre dents de lait, au lieu de vingt, comme chez l'homme. Ces dents ont d'ailleurs la disposition et l'apparence de celles des Pithéciens, et le régime est également frugivore. L'intelligence des Cébiens est, comme leur taille, inférieure à celle des Singes de l'ancien continent, et leur cerveau est moins développé. — Les genres Hurleur (i¥î/c^^^5), Lagotriche, Eriode, Atèle, Sapajou ou Sajou (Cebus), Callitriche, Saïmiri, Nyctipithèûue, Saki (Brachyurus et Pithecia), composent cette sous-famille. Les Ouistitis (Hapale), également américains, forment une sous-famille à part, sous le nom de Hapaliens (V. Ouistiti, Catarrhi- NiENS et Singes). E. Trouessart.
CEBIPIRA (Bot.). Nom brésilien du Bowdichia major Mart., arbre de la famille des Légumineuses-Papihonacées (V. Bowdichia).
CÉBOCÉPHALE (Tératol.) (V. Cyclopie).
CEBOGHŒRUS (Paléont.). Genre de Mammifères fossiles ongulés créé par Gervais et appartenant à la famille des Cochons (Suidœ). Ce genre, comme son nom l'indique, est remarquable par la forme de la couronne de ses dents molaires, qui sont bunodontes, c.-à-d. présentent des tubercules peu émoussés, et sont tellement semblables à celles des Singes qu'on les a considérées souvent comme ayant appartenu à des animaux de ce type. C'est ainsi que Fraas a décrit un de ces fossiles sous le nom de Colobus grandcevus. Filhol désigne ce groupe d'Ongulés éteints sons le nom de Pachy simiens (Pachydermes-Singes), afin de mettre en évidence la ressemblance qui existe entre leur dentition et celle des Singes. Lydekker place ce genre dans la famille des Chœropotamidœ, voisine de^ celle des Suidœ, Il y avait trois prémolaires et trois vraies molaires de chaque côté en haut et en bas. Les molaires ont généralement quatre tubercules, mais la troisième (ou dernière) inférieure présente en outre un talon bien développé, ou cinquième tubercule, comme dans Anthracotherium. Ces animaux devaient vivre dans les marais des époques éocène et miocène et se nourrir de bulbes et de racines aquatiques. On en connaît cinq ou six espèces. Le type est
Cehochcerus anceps (Gervais), des lignites de la Débruge, en France, et de roligocène d'Alsace; C. lacustris (Gerv.), est également de l'oligocène de France; C. mmor (Filhol), est des Phosphorltes du Quercy, et le C. crassus du même
CEBOCHOERUS — CECCHERELU
Cebochœrus minor, fragment de mâchoire supérieure et mâchoire inférieure.
auteur a la même provenance. Enfin, le Colobus grandœvus de Fraas ne diffère pas du Cebochœrus suiîlus de Gervais; ce dernier type est du miocène de Steinheim, dans le Wurttemberg (V. Cochon et Gh^ropotamus).
E. Trouessart.
CEBOLLERA (La). Montagne d'Espagne, au N.-O. de la sierra de Guadarrama, sur la frontière des deux Castilles, non loin des défilés fameux dQ Somo-Sierra ; atteint l'ait, de 2,426 m.
CEBORUCO. Volcan du Mexique, prov. de Jalisco, à TE. de Tepie et au S. du Rio Grande de Santiago, 2,464 m. d'alt.
CEBRENE. Ville de la Troade, auprès de l'Ida; elle périt lorsqu'Antigone en eut transporté les habitants à Alexandrie de Troade.
CEBRIO. Genre d'Insectes Coléoptères, qui a donné son nom à la famille des Cébrionides. Cette famille, placée à la suite des Elatérides, en diffère surtout par la structure du prosternum et des pattes. D'un autre côté, elle se rapproche des Malacodermes par la flexibilité des téguments et le nombre des segments ventraux apparents de l'abdomen. Une revision générale des genres et des espèces qu'elle renferme a été publiée par Chevrolat dans les Annales de la Société entomologique de France, 4874, pp. 9, 363 et 507.
Etabli en 4790 par Olivier, dans V Entomologie de {'Encyclopédie méthodique, t. II, n** 30 bis, le genre Cebrio se compose d'espèces de taille moyenne ou assez grande, au corps oblong, allongé, et même subcylindrique, ailé chez les mâles, aptère chez les femelles. La tète est plus ou moins verticale, avec des mandibules très saillantes, fortement courbées en dedans, des palpes maxillaires de quatre articles, et des antennes de onze articles, insérées près du bord antérieur des yeux. Ces dernières, filiformes et presque aussi longues que le corps chez les mâles, sont au contraire très courtes, moniliformes et terminées en une petite massue oblongue, chez les femelles. Le prosternum, dépourvu de mentonnière, est terminé postérieurement par une saillie recourbée, qui peut pénétrer librement dans une cavité antérieure du mésosternum, et les pattes, conformées pour fouir la terre, sont terminées par des tarses de cinq articles.
Les Cebrio se rencontrent spécialement dans l'Europe australe, en Corse, en Sicile et dans le nord de l'Afrique. Ce sont des Insectes généralement rares dans les collections, surtout les femelles, à cause de leur vie éphémère et de la localisation de la plupart des espèces dans des rayons très restreints. Deux espèces seulement font exception à la règle : le C, gigas Fabr., qui se trouve dans les parties méridionales de la France et dans le sud de l'Italie, puis le C. Fabricii Leach., qu'on rencontre dans le nord de l'Espagne, en Sicile et dans les Pyrénées-Orientales. Du reste, tous les Cebrio subissent leurs métamorphoses dans la terre, d'où les femelles ne sortent jamais. Ennemies de la
lumière, la tête tournée vers le fond de leurs galeries, dont leur corps épais bouche hermétiquement l'orifice, elles ne présentent extérieurement que l'extrémité de leur abdomen et attendent, dans cette position, le contact des ]^ -^^tes
Cebrio gigas, mâle.
Cebrio gigas, femelle.
qui volent à leur recherche. Ceux-ci se montrent principalement vers le soir, et parfois, après de grandes pluies, apparaissent tout d'un coup et en très grand nombre dans certaines localités. (V. Farines^Ann, Soc, Linn, de Bordeaux, 4830, p. 427 ; Graells, Ann. Soc. ent. France, 4837, p. 93; Mittre, Rev, zoologique, 4839, p. 53; Gandolphe, BulL Acad, d'Hippone, 4865, p. 7 ; Revelière, Ann, Soc. ent. France, 4874, Bull., p. cl.) Comme type de ce genre intéressant, nous figurons le C. gigas Fabr., dont Lefébure de Cerisy a, le premier, fait connaître la vie évolutive dans la Revue et Magasin de Zoologie, 4853, p. 87. Ed. Lef.
CEBRION. Fils de Priam, écuyer d'Hector. Il fut tué par Patrocle.(V. Hom. //., VIII, 348 ; XI, 524 ; XVI, 736.)
CEBRON (Le). Rivière du dép. des Deux-Sèvres, prend sa source dans les bois de la Gâtine et va se jeter sur la rive gauche du Thouet, à Saint-Loup, après un cours de 30 kil.
CÉBU. Ile de l'archipel espagnol des Philippines, relevant du groupe de Bisayas. Au N. de l'île de Mindanaô, sous le 40^ lat. N. Les indigènes, de mœurs pacifiques, parlent le bisaya. L'île produit du tabac, du maïs, du sucre et un peu de riz. Possède de riches dépôts de houille. Superficie d'environ 5,920 kil. q. et 400,000 hab.
CÉBU. Capitale de l'île de ce nom, siège de l'évêque des Iles Bisayas, à 48 kil. de Manille. Grand commerce de chanvre; 34,000 hab.
CECCANO. Ville d'Italie, prov. de Rome, sur le Sacco, station du ch. de fer de Rome à Naples; 5,955 hab. Au pied était la ville ancienne de Fabrateria.
CECCARINI (Giovanni), statuaire italien du xix® siècle. Elève de Canova, auteur du Neptune de la fontaine de la Piazza del Popolo à Rome.
CEGCHERELLI (Alessandro), conteur italien, né à Florence vers 4530, mort vers la fiîi du siècle, du moins après 4575. Il semble avoir exercé la profession de libraire ; sa littérature n'était pas si médiocre que le dit Negri. On a de lui : Délie Attionni e sentenze del S. Alessandro de' Medici, primo duca di Fiorenza, raggionamento (Veime, 4564); cet ouvrage contient des récits tournés à la façon des vieux contes, d'une langue charmante et d'une invention fort récréative ; il a été réimprimé en une édition critique à Bologne, 4865 ; Quattro novelle con molia diligenza ristampate (Lucques, 4854), réimpression d'un choix de contes d'après la première édition vénitienne. — Cette notice conforme à l'opinion accréditée, se trouve contredite par une récente étude de M. Gargano Gargani dans le t. P^ du journal florentin, le Parini. Avec une érudition déjà probante par elle-même, il démontre que le Belle attioni appartient à Ludovico Domenichi. Ceccherelli n'était qu'un
CECCHERELLI - CEGCHI
simple libraire ; on ne sait comment son nom s'est substitué à celui de Fauteur (V. Domenichi). R. G.
BiBL. : Giambattista Passano, I NovelUeri italiani in prosa, ; Turin, 1878, 2 vol. in-8. — Le même, Dizionavio di opère anonime e pseudonime ; Ancône, 1887^ m-8.
CECCHETTI (Bartolommeo) , historien italien, né à Venise le 2 sept. 4838, mort en 4889. Directeur de VArchivio Veneto, recueil si important pour l'histoire vénitienne, qui lui doit un très grand nombre de savantes études, il est le premier, le meilleur et le plus assidu de ses collaborateurs. Parmi ses ouvrages ou ses travaux les plus remarquables, citons : La Repubblica di Venezia e la Corte di Roma nei rapporti délia Religione (Venise, 4874, 2 vol. in-8) ; Programrna dell L e R, Scuola di Paleografla in Venezia (Venise, 4862) ; il Doge di Venezia (\enm, 4864) : gli Àrchivii délia Repubblica Veneta dalsecolo XIII al secolo XIV (Venise, 4865) ; la Vita dei Veneziani fino al 1200 (Venise, 4870) ; una Vista agli Archivii délia Repubblica di Venezia (Venise, 4866) ; Titoli e Note cronologiche degli Archivii délia Repubblica Veneta e dei g overni successivi (Venise, 4866), etc., car la liste serait très longue; on la trouvera tout au long dans Soranzo complété par les derniers fascicules de VArchivio Veneto. M. Cecchetti, en sa laborieuse carrière d'érudit, s'est quelquefois attiré de vives critiques dont on trouvera un écho dans la brochure citée plus bas. Son père,Pietro Cecchetti, était un archéologue distingué.
BiBL. : A. de Gubernatis, Dictionnaire international des écrivains du jour ; Florence, 1889. gr. in-8. — Attilio Sarfatti, AU' Archivio Veneto^ risposia; Venise, 1886, in- 16.— B. Cecchetti, Délia Vita e degli Scritti di Pietro Cecchetti; Venise, 1863, in-8. — G. Soranzo, Bibliografia Veneziana ; Venise, 1884, in-4.
CECCH I (Giammaria), poète dramatique italien, né à Florence le 44avr. 4548, mort le 28 oct. 4587. Jurisconsulte par état, il ne consacra au théâtre que ses loisirs, mais il faut croire qu'ils furent nombreux, car on connaît sous son nom quatre-vingt-cinq pièces, dont vingt-cinq comédies et soixante tragédies. Les unes sont obscènes, les autres pieuses, il passe avec une aisance bien xvi® siècle de Fattellane au mystère, mais sa vocation était d'imiter Plante et Térence, de faire des comédies savantes et dans les règles ; la plupart des pièces de Cecchi qui sont imprimées sont dans ce goût. Pourtant, il n'est pas si bien dégagé du théâtre populaire qu'il ne se permette du dialogue patois ; ainsi dans la Dote, pièce des plus classiques, Magnano parle en vénitien ; on doit remarquer aussi que la courtisane et le monde courtisanesque n'ont pas dans sa comédie, à beaucoup près, la même imporance que dans les comiques latins ou dans leurs imitateurs itaUens du xvi® siècle, l'Arioste, par exemple. Les pièces suivantes, seules, ont été imprimées : Commedie in prosa (Venise, i^^Ù), volume comprenant la Dote, la Moglie, i Dissimili, gllncantesimi, la Stiava, VAscivolo; Commedie in versi, libro primo (Florence, 4585), volume qui n'eut pas en réalité de seconde partie et qui contient les mêmes pièces, moins i Dissimili et VAscivolo, et plus il Corredo, il Donzello, lo Spirito ; certaines comédies de Cecchi furent donc rédigées à la fois en prose et en vers; il Servigiale, commedia, con glmtermedii (Ylorence, 4564), en vers; VEsaltazione délia Croce, con i suoi intermedii (Florence, 4589), sacra rappresentazione ou mystère ; le Maschere e il Samaritano, commedie in ver si (Florence, 4848) ;
, Commedie inédite pubblicate per cura di Giovanni lortoli con note: lePellegrine, l'Ammalata, ilMedico ovvero II Diamante, la Maiana (Florence, 4855) ; Commedie per cura di G. Milanesi (Florence, 4856); Commedie per cura di M, dello Russo (Naples, 4864).
, Cecchi a encore écrit Dichiarazione di molli proverbii, detti e parole (Florence, 4820), publication accompagnée d'extraits de ses comédies inédites, comprenant principalement les passages où se trouvent des expressions proverbiales : pour le texte, c'est la réimpression de celui
' qui avait paru dans les Atti dell' Accademia délia
Crusca (Florence, 4849, t. P^) ; on lui attribue avec certitude l'ouvrage anonyme, Lezione di maestro Bartolino dal canto de' Bischeri sopra Vsonetto : Passera e beccafichi magri arrosto (Florence, 4583) ; ce fut la première Cicalata lue à l'Académie de la Crusca ; le sonnet commenté est de Demi ; on a encore imprimé sous son nom, Novella (Venise, 4854). R. G.
BiBL. : Luigi Fiacchi, Notizie intorno alla'vita e aile opère di G. Cecchi (en tête de le Maschere, etc.); Florence, 1818). — Préfaces des éditions de Florence et de Naples, 1855, 1856, 1864. — Gamba, Série dei Testi di lingua ; Venise, 1739, in-8. — Lor. Stoppato, la Commedia popolare in Italia, saggi ; Padoue, 1887, pp. 78-79.
CECCH! (Domenico), chanteur scénique italien, né à Cortone vers 1660, mort en cette ville en 1717,11 brilla au théâtre dès ses jeunes années, et acquit une grande renommée en se produisant sur les plus grandes scènes de l'Italie, puis à Vienne. Après y être resté longtemps, il retourna en Itahe vers 170^, et y poursuivit sa carrière jusqu'en 4707. Ayant amassé une grande fortune, il quitta la scène alors et se retira dans sa ville natale, où il demeura jusqu'à sa mort.
CECCHI (Antonio) , voyageur italien , né à Pesaro. D'abord capitaine de la marine marchande, il partit en 4877 pour l'Abyssinie avec le capitaine Martini, chargé par la Société de géographie italienne d'aller aider le marquis Antinori, qui depuis dix-huit mois était occupé à faire dans le Choa des recherches scientifiques avec l'ingénieur Giovanni Chiarini. Il dressa une carte de la route de Zeïla au Choa. Cecchi et Chiarini partirent en 4878 pour le pays des Gallas, où ils eurent à lutter contre les maladies, les privations et les mauvais traitements. Après avoir visité le Limmou et le Gouragué, ils furent longtemps retenus prisonniers, enchaînés, dans le Ghera ; Chiarini y mourut, à vingt-quatre ans, le 5 oct. 4879 ; Cecchi, délivré en sept. 4880, se rendit au Gojam, à la cour du roi Jean et à celle de Menélik (mars 4884) ; il visita ensuite le Harar (nov.), reconnut le cours du Ouabi, et arriva le 43 déc. 4884 à Zeila, rapportant un nombre considérable d'observations astronomiques, géologiques et zoologiques, et les vocabulaires des idiomes de peuples presque inconnus jusque-là. En 4885, le gouvernement itahen lui confia une mission à Zanzibar ; il visita les côtes du pays sômali et conçut le projet d'y fonder un établissement itahen; nommé consul général à Aden, il retourna en 4888 à Zanzibar et régla le différend pendant entre l'Italie et le sultan ; il a obtenu de celui-ci des excuses pour son attitude à l'égard du consul itahen, mais n'a pu se faire céder le port de Kismayou ; en revanche, ritahe lui doit l'acquisition du pays d'Oppia, sur la côte somali (mars 4889). Il a écrit Da Zeïla aile frontière di Caffa (Rome, 4886, 3 vol. in-8, cartes géographiques et géologiques). L. Del.
BiBL. : Memorie délia Societa geograflca italiana, t. lo*et t. II (avec cartes). — Bolletino^ année 1879, p. 445 : 1881, p. 282-828; 690-726 ; 1882, pp. 174-132, 386-523 (avec carte).— C. Demay, Zanzibar (le Correspondant, 4« article, 10 fév. 1889). — Martini, Ricordi di escursioni in Africa dal 1818 al 1881 ; Florence, 1886. — Mittheilungen de Petermann, 1886, p. 807 (avec carte).— Franzoj, Continente nero; Turin, 1885. — Aubry, Archives des missions scientifiques, 1885.
CECCHI (Pier-Leopoldo), Httérateur itahen contemporain, né à Florence vers 4850. Il débuta en donnant des articles de critique d'art à divers journaux, Vltalia Nuova, le Diritto et à la Rivista europea. Parmi ses principales publications, citons : VIdealismo italiano nel secolo XIX (Florence, 4869, in-8), étude sur V Histoire de la philosophie du professeur L. Ferri ; Studio storico suU'arte cristiana (Florence, 4873); Studi sulVarte contemporanea : Il Velà e il Duprè, il monumento a Cavour (Florence, 48T3) ; il Progresso dei pensiero nelle lettere dei Rinascimento (Florence, 4875) ; Torquato Tasso, il pensiero e le belle lettere italiane nel secolo xvi (Florence, 4877, 2 vol. in-8) ; il Cristianismo primitivo secondo B, Labanca (Rome, 4886); la Scuola positiva e la critica storica (Rome,
CECCHI - CÉCroOMYIE
1886) ; Studi critici sulla filosofia délia religione di Raffaele Mariano (Rome, 1888). M. Cecchi est professeur de littérature italienne, au lycée Christophe Colomb, à Gênes. R. G.
BiBL. : A. DE GuBERNATis, DicHonnaîre international des écrivains du jour ; Florence, 1888, gr. in-8.
CECCHI-CoNTj (Giovanni-Battista), graveur au burin et à i'eau-forte, né à Florence en 1748, mort au commencement du XIX® siècle. Cet artiste a travaillé à presque toutes les publications qui furent faites à Florence de son vivant. Il a laissé dix-huit portraits pour la Série degVkiiomini illmtri; la Lapidation de saint Etienne (1776) d'après Federigo Barocci ; la Prédication de saint Jean-Baptiste, d'après Andréa del Sarto ; le Martyre de saint Laurent, d'après Pietro Berettini ; le portrait du Marquis de Pambal, etc.
CECCHI NI (Pier-Maria), artiste, auteur et critique dramatique italien, né à Ferrare vers 1570, mort vers 1630. Il profita de sa double expérience d'homme de théâtre pour écrire sur cet art des traités fort utiles à consulter pour l'histoire littéraire : Trattato sopra Varte comica, cavato délie opère di S, Tommaso e da altri santi (Lyon, 1601) ; Lettere facete e memorali ed alcuni brevi discorsi intorno aile commedie, commedianti e spettatori (Venise, 1622); Frutti délie moderne commedie e avvisi a ehi le recita (Padoue, 1628), ouvrage des plus curieux, où il dénombre un à un tous les masques fondamentaux de la comédie italienne ou commedia deW arte, montre comment, de son temps, tous s'étaient déjà éloignés de leur caractère originaire, et propose divers moyens pour remédier à cette décadence qui lui semblait des plus fâcheuses ; on ne cite de lui qu'une comédie, la Flaminia schiava (Venise, 1612).
BiBL. : Giannandrea Barotti, continué par Girolamo Baruffaldi, le jeune, Memorie istoriche di letterati feraresi ; Ferrare, 1792-1811, 3 vol. in-4. — Lor. Stoppato, la Commedia popolare in Italia, saggi; Padoue, 188Îf; p. 140.
CECCHINI (Francesco), graveur italien du xvm« siècle. On relève sur ses planches les dates extrêmes de 1783 et 1799. Il a gravé la Visitation, d'après Buonvicini (1799), V Adoration des bergers^ et \ Ascension, d'après le Pérugin ; le portrait de Lady Almena Carpenter, etc.
CECCO Angiolieri, poète italien (V. Angiolieri [Cecco]).
CECCO d'âscou, poète italien (V. Ascolï [Cecco d']).
CECHY. Nom tchèque de la Bohême (V. Bohème).
CECIDOMIUM (Paléont.). Genre de Diptères fossiles de la lamille des Chironomidœ créé par Wes'wood d'après des emprehites provenant des couches de Purbeck en Angleterre. Le type est C. grandœvum (V. Diptères fossiles.) E. Trt.
CÉCIDOMYIE {Cecidomyia Meigen) . Genre d'Insectes- Diptères, du groupe des Némocères, qui a donné son nom à la famille des Cécidomyides. Ce sont des Tipules, en général très petites et très frêles, aux ailes assez grandes, arrondies au bout, cihées sur les bords et parcourues par trois nervures longitunales. Les yeux, semi-lunaires, se touchent au sommet de la tète, qui est très petite, hémisphéri(pie el dépourvue d'ocelles. Les antennes, plus longues chez ies mâles que chez les femelles, sont formées d'un nojnbre variable d'articles, à la base de chacun desquels sont insérés de petits poils verticillés. Les tibias sont dépourvus de pointes à l'extrémité, et l'abdomen, cylindrique chez les mâles, effilé en pointe chez les femelles, est composé de huit segments.
Les Cécidomyies présentent un grand intérêt non seulement par le nombre de leurs espèces et la variété de leurs mœurs, mais encore par les dégâts qu'elles occasionnent et par les déformations qu'elles produisent sur un grand nombre de végétaux. Aussi ont-elles depuis longtemps attiré l'attention d'un grand nombre de naturahstes, notamment De Géer, Rondani, Bremi, Loev^, Winnertz, Léon Dufour, Giraud, Perris, Laboulbène, etc. Leurs larves, grêles et atténuées aux deux extrémités, sont de diverses couleurs : blanc mat, blanc vernissé, jaune, jaune orangé,
Cecidomyia destructor *Say.
avec des portions translucides plus ou moins étendues. Par une particularité remarquable, leur corps paraît être formé de treize segments sans la tête, le sèment céphalique étant divisé en deux parties (V. Ann, Soc, ent, de France, 1870, p. 183). Les stigmates sont au nombre de neuf paires. Les nymphes, de couleur blanche, orange ou roussâtre, sont pourvues, sur la partie antérieure du prothorax, de deux soies spéciales, plus ou moins apparentes, que Loew, W^innertz et Perris considèrent comme des organes respiratoires.
La plupart des larves de Cécidomyies accomplissent leurs métamorphoses aux lieux où elles ont vécu. Quelques-unes cependant, comme celles du €. cerris Koll., qui produit des galles velues sur les feuilles du Quercus cerris L. (V., Giraud, dans Verhandl, der zoologischbotanischen Gesellschaft in Wien, 1861), s'enfoncent dans la terre à une faible profondeur. Plusieurs s'enveloppent d'une coque d'apparence soyeuse. Beaucoup d'entre elles vivent sur les végétaux ou dans leur intérieur sans y produire aucune altération apparente; d autres, au contraire, provoquent des hypertrophies irrégulières de tissus, des déformations en forme de galles, que Perris a proposé de nommer Productions galloïdes ou simplement Galloïdes, pour les distinguer des galles véritables; d'autres, enfin, se bornent à exciter le développement anormal de certains organes ou à former avec deux petites feuilles opposées, une sorte de coquille bivalve. La plupart sont phytophages, mais quelques-unes recherchent les déjections animales et les détritus. Telles sont notamment celles du Cecidomyia populiL.Bnî., qui se développe dans le liber des peupliers morts (V. Ann, Se, natur,, t. XVI, p. 26d), celles du C, entomophila Perris, qui se repaît des déjections des Acarus nuisibles aux collcc'Joiis entomologiques (V. Ann, de VAcad, de Liège, 1855), et celles du 6'. pictipennis Perr. que l'on trouve sous l'écorce des brindilles de pin, parmi les déjections et les détritus laissés par les larves du Pityophthorus ramulorum Perr., Colcoptôre de la famille des Scolytides (V. Ann, Soc, eut. France, 1870, p. 171).
L'espèce du genre Cecidomyia la plus nuisible pour l'agriculture est le C, des^ tructor Say, dont la larve vit dans la gaîne des feuilles du blé, et qu'il ne faut pas confondre avec le C. tritici Kirby, qui appartient au genre Diplosis (V. ce mot).
L'insecte parfait, long de 2 millim. 50 à 3 millim., est d'un noir velouté avec l'abdomen d'un rouge sanguin, et des taches de même couleur sur le dos, aux épaules et à la base des ailes ; celles-ci ont un aspect gris et trouble, dû aux très petits poils qui les recouvrent. Le C. destructor existe à la fois dans l'Amérique du Nord et en Europe, principalement en Silésie , dans le duché de Posen et dans d'autres régions de l'Allemagne. Il se rencontre aussi parfois en France. Aux Etats-Unis, où il cause fréquemment de grands ravages, on l'appelle vulgairement ïïessian Fly, c.-à-d. Mouche de Hesse, parce qu'il passa pour avoir été introduit d'Europe en 1776 ou 1777, avec
Cecidomyia destructor (larve et plante attaquée).
CÉCIDOMYIE — CECIL
la paille amenée par les troupes hessoises à la solde de l'Angleterre, dans la guerre de l'Indépendance. Ses larves vivent isolées, ou en colonie de neuf individus au plus, entre le chaume et la gaine d'une feuille, soit en bas, immédiatement au-dessus des racines, soit au-dessus d'un des deux nœuds inférieurs du blé ou du seigle. Les chaumes ainsi attaqués ne nourrissent que très imparfaitement leurs épis et tombent au moindre coup de vent (V. Third report on the United States entomological Commission,.», 4883, p. 498).
Une autre Cécidomyie, le C. nigra Meig., est souvent très nuisible aux poiriers. Il en est de même du C, piri Bouché et du C, piricola Nordlinger. Au mois d'avril, les femelles déposent leurs œufs dans les bourgeons à fleurs ; les larves qui en naissent pénètrent dans l'ovaire et les petites poires, au lieu de s'allonger, deviennent globuleuses, noircissent et tombent. Ce sont les poires calebassées des arboriculteurs. Pour empêcher le mal de se 'propager, il suffit de ramasser et de brûler ces calebasses quand elles sont encore pleines de larves (V. Géliin, Insectes qui attaquent les Poiriers),
Quant aux hypertrophies ou déformations, souvent volumineuses, qu'un grand nombre d'espèces de Cécidomyies occasionnent sur les végétaux, elles intéressent aussi bien les tiges, les feuilles, les bourgeons, que les fleurs et les fruits. Ainsi, par exemple, le C. ericœ-seoparice L. Duf., produit, à l'extrémité des pousses de la bruyère à balai {Erica scoparia L.), des galloïdes en forme de petits artichauts, très communes au printemps dans les Landes, et dont Léon Dufour a publié l'histoire dans les Annales de la Société entomologique de France, 4837, p. 83. Le C, verbasci ValL, qui fait aujourd'hui partie du genre Asphondylia de Lœw, provoque, au contraire, le ballonnement et la difformité des fleurs de plusieurs Verbascum et an Scrofularia canina L., (V. L. Dufour, Ann, des Se. natur., 3^ sér., t. V, p. 42), tandis que C, artemisicB Bouché détermine l'hypertrophie des capitules de l'armoise, et que le C, brassicœ Winn. est nuisible au colza, dans les sihques duquel vivent ses larves (V. Laboulbène, Ann. Soc. ent. de France, 1857; Bull., p. xc). Enfin, Guénée en 4832, Bremi en 1847, puis M. Giard en 1889 (Comptes rendus de l'Acad. des se, p. 324), ont décrit les galloïdes produites par le C. hyperici Bremi à l'extrémité des rameaux et à l'aisselle des feuilles de VHyperi" cum perforatum L. D'après M. Giard, « la larve de cette Cécidomyie arrête le développement du bourgeon, et les feuilles opposées qui enveloppent ce dernier se creusent sous forme de deux hémisphères appliqués l'un contre l'autre par leur bord libre, de façon à constituer une logette sphérique. Ces feuilles se colorent extérieurement comme certains fruits ; leur parenchyme s'épaissit et leurs bords se couvrent de points noirs glanduleux, identiques à ceux qui existent sur le bord des pétales de YHypericum ». Ajoutons, pour terminer, que la Cécidomyie du hêtre (C. fagi Hartig) et la Cécidomyie de la ronce (C. rubi Schrank) appartiennent, la première au genre Hormomyia Lœw, la seconde au genre Lasioptera Meigen, tandis que les Cécidomyies du froment, du buis et du pin maritime font partie du genre Diplosis Lœw (V. Diplosis Hormomyia et Lasioptera). Ed. Lefèvre.
CECIL. Ancienne famille anglaise, originaire du comté de Northampton, dont les membres les plus importants sont :
David Cecil, mort en 1541, favori de Henri VII et de Henri VIII, haut shériff du Northamptonshire en 1529 et 1530. Son fils Richard, mort le 19 mai 1552, remplit également plusieurs charges à la cour et fut haut shériff du Rutlandshire (1539) ;
William Cecil, lord Burghley ou Burleigh, célèbre homme d'Etat, né à Boum (Lincolnshire) le 13 sept. 1520, mort à Londres le 4 août 1598, fils du précédent et de Jane Heckington de Boum. Il fit de fortes études à Cambridge, puis à Londres, où il fut inscrit au barreau en 1541. En
1547, il devint custos brevium à la cour des Plaids communs. A l'avènement d'Edouard VI, le lord protecteur Somerset le choisit pour maître des requêtes. Cecil le suivit en Ecosse et assista à la bataille de Pinkney (11 sept. 1547). Le 8 nov. de la même année, il était élu député de Stamfordà la chambre des communes. Devenu, en 1548, secrétaire de Somerset, il fut, comme le protecteur, enfermé à la Tour de Londres. Mis en liberté le 25 janv. 1550, dès le 5 sept, il était nommé secrétaire d'Etat et membre du conseil privé. Mais il vit avec peine l'avènement au trône de la reine Mary, et rendit à la princesse Elisabeth des services qu'elle ne devait pas oublier lorsqu'elle succéda à sa sœur en 1558. Cecil accomplit à ce moment diverses missions diplomatiques concernant la réconciliation de l'Angleterre avec la cour de Rome. Aussitôt après la mort de Mary (17 nov. 1558), il fut nommé premier secrétaire d'Etat, et dès lors et jusqu'à sa mort, il eut une part prépondérante dans la direction des affaires de l'Angleterre. Doué d'une activité extraordinaire, il s'appliqua à consolider l'Eglise protestante, à soumettre l'Ecosse et à rendre le pouvoir royal absolu. Dès janv. 1559, il réussissait à réunir un parlement favorable au protestantisme, à faire couronner EHsabeth (15 janv.) et, le 6 juil. 1560, à signer le traité d'Edimbourg avec les protestants d'Ecosse. Nommé le 10 janv. 1561 maître de la cour des pupilles, il réforma les abus scandaleux qui avaient rendu cette administration aussi détestée que redoutée des justiciables, et il institua, en juillet de la même année, une grande commission d'enquête chargée de rechercher les abus et d'y remédier. Il fut élu président de la chambre des communes en 1563 et, l'année d'après, accompagna Elisabeth lors de sa fameuse visite à l'université de Cambridge, dont il était chancelier depuis 1560. Voulant mettre un terme au perpétuel état d'agitation entretenu en Ecosse par les partisans de Marie Stuart et aux luttes sanglantes entre protestants et catholiques que les prétentions au trône de cette princesse prolongeaient et exaspéraient, Cecil profita de ce que les événements avaient réduit la malheureuse reine à chercher un refuge en Angleterre (mai 1568) pour conseiller à Elisabeth de la retenir prisonnière. Il dompta la grande révolte qui en résulta, entoura d'espions Marie Stuart et, lorsque la conspiration de Babington (V. ce nom) fut découverte, il insista pour qu'on conduisît la princesse à l'échafaud. Il fut alors quelque temps en disgrâce, EHsabeth, satisfaite au fond de ce qu'il eût exécuté ses volontés secrètes, le blâma hautement et avec les paroles les plus outrageantes d'avoir mal compris et mal exécuté ses desseins. Mais il ne tarda pas à rentrer en faveur et, au moment de la guerre avec l'Espagne, c'est lui qui réahsa l'emprunt forcé, qui brisa l'invincible Armada et qui signa un traité de paix des plus avantageux. Il faudrait résumer toute l'histoire d'Angleterre pour raconter les dernières années de sa vie. Créé baron Burleigh le 25 févr. 1571 , il fut nommé, en juil. 1572, lord haut trésorier d'Angleterre. Il a laissé dans son pays le renom d'un homme d'Etat illustre et d'un diplomate habile, mais peu de ministres ont été plus détestés et plus calomniés qu'il le fut de son vivant. On a publié sa correspondance (Londres, 1740 et 1759).
Thomas Cecil, comte d'Exeter, deuxième baron Burleigh, né le 5 mai 1542, mort le 7 févr. 1622, fils du précédent. Après avoir voyagé plusieurs années en Europe, il se fit nommer député en 1563, par Stamford. Il se distingua lors de la répression de la rébellion d'Ecosse (1569) et lors de la grande révolte de 1573. Gouverneur de La Brille (1585), il servit, en 1588, sur la flotte qui combattit l'invincible Armada. Il fut nommé, en 1599, président du conseil du Nord, et réprima, en 1600, la rébellion de Robert d'Essex. Membre du conseil privé à l'avènement de Jacques P^' (1603), il fut créé comte d'Exeter le 4 mai 1605.
Robert Cedlj comte de Salisbury, homme d'Etat anglais, né en 1563, mort à Marlborough le 24 mai 1612, égale-
CEGÎL — CECILE
ment fils de William. Après avoir fait ses études à Cambridge, et voyagé quelques années en Europe, il fut attaché, en 1588, à l'ambassade de lord Derby, chargée de discuter les conditions de paix avec l'Espagne. Haut shériff du comté de Hertford en 1589, il remplit pendant quelques années tous les devoirs de la charge de secrétaire d'Etat à laquelle il ne fut nommé officiellement qu'en ^1596. Il fut chargé, en 1598, d'une importante mission à Paris : il devait faire échouer un projet d'alliance entre Henri IV et Philippe H d'Espagne. En 1600, il fut un des commissaires chargés de juger le comte d'Essex, et après la chute du favori, il devint le premier personnage de l'Etat. La reine Elisabeth était gravement malade et avec elle finissait la dynastie des Tudors. Cecil prépara de longue date l'avènement de Jacques Stuart d'Ecosse, que la nation semblait devoir accueillir froidement. Le 24 mars 1603, le matin même de la mort d'Elisabeth, avant que la nouvelle fût parvenue à Londres, il proclama solennellement les droits héréditaires de Jacques P^. Maintenu dans sa charge de secrétaire d'Etat, il fut encore créé baron d'Essingden (13 mai d 604), vicomte Cranbourne (20 août 1604) et comte de Salisbury (4 mai 1605), chancelier de l'université de Cambridge (1605), lord trésorier (6 mai 1608). Comme son père, il fut mêlé intimement à tous les épisodes de l'histoire d'Angleterre de 1588 à 1612. Il joua un rôle singulier dans la fameuse conspiration des poudres qu'il connut dès ses débuts et qu'il pouvait facilement étouffer, mais qu'il laissa se développer à dessein afin d'y impliquer ses ennemis politiques, le comte de Northumberland et lord Montague. Il se distingua surtout dans l'administration des finances, parvint à réduire la dette et à doubler les revenus publics. Comme son père encore, il s'attira la haine de ses contemporains. Il a écrit : The state and dignity of a secretary of state's Place (Londres, 1642, in-4) ; a Treaiise against the Papists (Londres, 1606, in-4) et différents opuscules. David Dalrymple a pubhé sa correspondance secrète avec Jacques VI d'Ecosse (Edimbourg, 1766, in-12 et Londres, 1861), dont il existe une traduction française (Amsterdam [Paris], 1766, in-12).
Sir Edward Cecil, vicomte Wimbledon, né le 29 févr. 1572, mort le 15 nov. 1638, fils de Thomas Cecil (V. cidessus). Entré dans l'armée en 1596, il était capitaine en 1598 et assista, en 1600, à la bataille de Nieuport. Il commanda ensuite un corps envoyé au secours d'Ostende, assiégé par les Espagnols. Colonel en 1602, il fit la campagne du Brabant, prit part aux sièges de Grave et de JuUers (1610). Protégé par le duc de Buckingham, il fut, de 1612 à 1620, attaché à diverses missions diplomatiques. En 1625, il fut nommé maréchal et général en chef des troupes de terre et de mer levées pour l'expédition d'Espagne. L'échec lamentable de cette expédition, à Cadix, excita en Angleterre une véhémente indignation. Le crédit de Cecil à la cour ne reçut pourtant aucune atteinte. Le 9 nov. 1626, il était nommé vicomte Wimbledon et lieutenant du comté de Surrey le 18 déc. de la même année. Il prit part encore aux sièges de GroU (1627) et de Bois-le-Duc (1629). Le 30 juil. 1630, il était nommé gouverneur de Portsmouth, poste qu'il conserva jusqu'à sa mort. II a publié Journal of his Expédition upon the coast ofSpain (Londres, 1625-26, in-4).
William Cecil, deuxième comte de Salisbury, fils du grand ministre Robert Cecil, ne joua aucun rôle politique.
James Cecil, troisième comte, petit-fils du précédent, entra à la chambre des lords le 21 oet. 1669, au conseil privé en janv. 1679, et mourut en mai 1683.
James Cecil, quatrième comte, fils aîné du précédent, mort le 25 oct. 1693; s'étant converti au catholicisme, il fut accusé de haute trahison et enfermé à la Tour de Londres en janv. 1689, puis en mai 1692. Les poursuites furent abandonnées, car on ne put réunir aucune preuve contre lui. Les cinquième et sixième comtes ne jouèrent aucun rôle. Le septième, James (1748-1823), fut créé marquis de Salisbury le 18 août 1789 (V. Salisbury). R. S.
Buvleigh ; loi
BiBL. • CoLLiNS, Life of W. Cecil, lord Londres, 1732, in-8. — C. R., Memoirs of W. Cecil, lord B., 1738, in-4. — Nares, Memoirs on the life and admi-' nistration of W. Cecil, lord B. ; Londres, 1828-1832, 3 voL in-4. ~ Charlton, History of W. Cecil, lord B, biographical notices of his successors to présent «imes; Londres, 1747, in-8. — Life and times of W. Cecil the great lord Burghley ; Londres, 1851, in-8. — History and description jhU " ^' ' ^ ' '^
Blore,
of Burghley House ; Shrewsbury, x.^., xx. Guide to Burghley House ; Stamford, 1815, in-8. — Dal- TON, Life and times of sir Edward Cecil, lord Wimbledon; Londres, 1885, 2 vol. in-8. — Leslie Stephen, National Biography ; Londres, 1887, t. IX.
CECIL (Thomas), graveur anglais du xvii® siècle, travaillait à Londres de 1628 à 1635. Il s'est adonné spécialement à la gravure du portrait, mais ses planches ont un aspect lourd et désagréable. Il a laissé le Frontispice des OÉwi;r^5d'AmbroiseParé (Londres, 1634); le Frontispice de Sylva Sylvarum, de Bacon; le portrait d'Elisabeth d'Angleterre, à cheval ; le portrait de S, John Burgh^ devenu plus tard le portrait de Gustave-Adolphe; le portrait du Comte de Shrewsbury, etc.
BiBL. : Le Blanc, Manuel de l'amateur d'estampes.
CECIL (Richard), théologien anglais, né à Londres le 8 nov. 1748, mort le 15 août 1810, descendant de lord Burleigh. Après une jeunesse fort dissipée, il se convertit tout d'un coup, prit ses grades à Oxford et fut ordonné prêtre en 1777. Il se distingua fort comme prédicateur, et il a laissé des ouvrages estimés. Nous citerons : Memoirs ofJ, Bacon (Londres, 1802, in-8); Memoirs of the Rev, John Newton (1808, 2^ édit., in-12), et une édition de ses œuvres, Works (Londres, 1811, 4 vol. in-8), qui contient des biographies, des mélanges et des sermons.
CÉCILE (Sainte) vierge et martyre, patronne des musiciens, née à Rome, de noble et chrétienne famille, morte à Rome en 232, sous Alexandre Sévère. — Fête le 22 nov. — Elle s'était consacrée à Jésus-Christ ; néanmoins, ses parents la marièrent malgré elle à Valérien, jeune et noble Romain, mais payen. Quand ils furent dans la chambre nuptiale, Cécile dit : Sachez que j'ai un ange de mon Dieu, qui garde soigneusement mon corps, et si jaloux de moi, que si vous vous ingériez d'avoir ma compagnie charnelle, je crains qu'il ne vous ôte la vie. Valérien fut très marri de ce propos et surtout fort inquiet au sujet de Fange, dont il suspectait grandement la nature céleste ; il répondit : ma mie, faites-moi voir cet ange, La sainte répliqua gracieusement : // n'est pas possible que votre âme sale et infecte regarde un ange; il vous faut d'abord recevoir le saint sacrement de baptême^ qui vous nettoyera de vos ordures, Valérien consentit donc à recevoir le baptême et, sur les indications de Cécile, s'en alla vers le pape saint Urbain, qui se tenait caché à une lieue de la ville. Ce saint fit apparaître devant lui un céleste vieillard, vêtu de blanc et qui portait un livre où étaient écrits, en caractères d'or, ces mots : Il n'y a qu'un vrai Dieu, une vraie foi et un vrai baptême ; puis il le baptisa. — Quand Valérien fut revenu auprès de Cécile, il trouva à côté d'elle l'ange de Dieu, en forme d'un très beau et très admirable jeune homme vêtu de lumière. L'ange donna aux deux époux deux belles guirlandes de roses et de lis, leur disant : Ces couronnes sont tissées de fleurs cueillies dans les prairies du ciel, elles ne perdront jamais ni leur fraîcheur ni leur douce odeur; mais personne ne pourra jamais les voir, sinon ceux qui aiment la chasteté comme vous. Et il se retira d'avec eux dans le ciel. — Incontinent, Tiburce, frère de Valérien, entra dans la chambre, cju'il trouva embaumée du parfum des fleurs célestes ; mais il ne put voir ces fleurs. Dès cju'on lui eut expliqué la cause de ce prodige, il se fit baptiser par le pape Urbain. — Les deux frères furent mis à mort sur l'ordre d'Almachus, préfet de Rome. Celuici avait épargné Cécile, espérant qu'elle lui livrerait les riches trésors de Valérien et de Tiburce ; mais ces trésors avaient été donnés aux pauvres. Comme elle refusait de sacrifier aux dieux, il la livra aux bourreaux ; mais la sainte convertit les bourreaux et avec eux quatre cents personnes /
CÉCILE — CECILIE
parmi lesquelles Gordien, un des principaux personnages de Rome. Amalchus, irrité, ordonna de la décapiter; mais le bourreau lui frappa trois fois le cou sans pouvoir le trancher, faisant couler seulement du sang, que de pieux chrétiens recueillirent. Trois jours après, comme Cécile était en oraison, son âme s'envola au ciel. Le pape Urbain fit déposer son corps dans le cimetière de Calliste, et il consacra comme église sa maison, qu'elle lui avait donnée pour cet usage (Sainte-Cécile de Domo), — D'après un document mentionné par le Liber pontijfîcalis, Pascal l^^ s'occupait de faire reconstruire cette église, lorsqu'il eut une vision dans laquelle la sainte lui révéla l'endroit où était son corps. Sur cette indication, on retrouva non seulement le corps de Cécile enseveli dans une toile d'or teinte de sang, mais le corps de Valérien, son mari ; de Tiburce, son beau-frère; de Maxime, son ami; des papes Urbain P' et de Lucius l^^ et de neuf cents martyrs. On les transporta tous dans l'église nouvellement reconstruite (821).
Tels sont les principaux traits de la légende de sainte Cécile, que nous avons très malheureusement déflorée en l'abrégeant. Suivant le triste destin des plus belles légendes, elle paraît avoir succombé sous l'action du temps. Tillemont dit que les auteurs des Actes de sainte Cécile n'ont point reçu l'amour de la vérité {Mémoires pour servir à r histoire ecclésiastique, UI). En effet, non seulement l'histoire ignore complètement Almachus, préfet de Rome sous Alexandre Sévère, mais elle atteste que cet empereur, loin de persécuter les chrétiens, leur a toujours accordé une haute tolérance. D'autre part, le nom de Cécile, qui aurait eu une église à Rome dès 232, ne figure pas dans le calendrier compilé à Rome vers 363. Le premier auteur qui le mentionne est Fortunat, évêque de Poitiers (mort en 609) ; mais la Cécile de Fortunat est morte en Sicile entre 176 et 180, c.-à-d. à une époque où bien certainement il n'y avait point de pape du nom d'Urbain. La légende avait donc été abandonnée par la plupart des auteurs sérieux, tout en gardant, suivant la coutume, sa place dans le culte de l'Eglise et dans la littérature édifiante. De notre temps, des fouilles opérées dans le cimetière de Calliste firent découvrir certains objets qui fournirent aux intéressés l'occasion d'entreprendre le sauvetage de sainte Cécile. Mais, pour l'observateur impartial, ces objets, qui datent du vu® et du x® siècle, n'autorisent qu'une seule conjecture vraiment fondée, savoir que l'emplacement du cimetière de Calliste appartenait à la famille sénatoriale des Cœcilii, — Notre sainte est devenue la patronne des musiciens par suite d'un contresens commis en la lecture de sa légende : Cantantibus organis, Cœcilia Domino decantabat. On a conclu de ces mots qu'elle chantait les louanges de Dieu en s'accompagnant sur l'orgue, ou au moins sur un instrument quelconque. C'est ainsi qu'on la représente ordinairement. Or les instruments, organa, dont il s'agit dans ce texte, sont ceux de la musique fort profane exécutée aux noces de Cécile épousant Valérien encore idolâtre. E.-H. Yollet.
BiBL. : SuRius, Vitœ sanctorum^ 22 nov. ; Cologne, 157 0-1575, 6 vol. in-fol. — Bosio, Passio sanctse Cescilise^ Rome, 1600, in-4. -— Laderchi, Sanctse Cœciliœ Acta; Rome, 1722.— De Rossi, iaJîomasoiieranea.— Spencer, NoRTHCOTE et BROWNLO\v,iîowesoteier'r'ame, traduite par P. Allard; Paris, 1874, in-8, 2« éd. — D. Guéranger, Sainte Cécile et la société romaine aux deux premiers siècles; Paris, 1874, in-8.
CÉCILE (Renée), reine de Pologne. Née dans les premières années du XVII® siècle, morte end 644, elle était fille de l'empereur Ferdinand II et fut la première femme des roi WladislawIV, qui l'épousa en 1627. Elle lui donna deux enfants, Sigismond Kazimir et Marianne. Elle ne joua aucun rôle politique. L. L.
CÉCILE DE France, fille illégitime de Philippe P^, roi de France, et de Bertrade de Montfort, née à la fin du xi^ siècle, morte à une époque indéterminée. Destinée en mariage à Tancrède de Sicile, prince de Tabarie et régent de la principauté d'Antioche, elle fut, en 4405, emmenée en Pouille par Boémond P'', prince d'Antioche, et de là
envoyée en Orient où, en 1406, elle épousa Tancrède. Après la mort de ce prince, auquel elle ne donna pas d'enfants, et d'après le conseil qu'il lui en avait donné, elle épousa Pons, fils de Bertrand, comte de Tripoli, vers