‹ La Grande encyclopédieChapitre 360 sur 397 · CELSUS - CELTES · texte numérisé non relu

CELSUS - CELTES

GELS US JuvENTius, jurisconsulte romain qui vivait à l'époque d'Adrien, et sur lequel on n'a guère de renseignements. On sait cependant qu'il fut consul.

P. Celsus Juventius, fils du précédent et jurisconsulte distingué dont le Digeste nous a conservé cent quarante-deux fragments extraits de ses XXXIX libri Digestorum. Ses autres écrits sont : Commentariorum libri (au moins sept), Epistolarum libri (slm moim onze), Quœstionum libri (au moins dix-neuf). Il fut membre du conseil de l'empereur Adrien et consul sous ce prince. Il a donné son nom au sénatus-consulte Juventien (V. ce mot), dont il fut chargé, avec les trois autres consuls, de développer la pensée et les motifs (loi 20, Dig., De Hereditatis petitione^ VI, 2). Son nom est également attaché à la condictio Juventiana que certains interprètes ont tirée, bien à tort, d'un texte de lui (loi 32, Dig., De reb, cred,^ XII, 1), et qui ne serait autre que l'action ex mutuo accordée au propriétaire d'une somme d'argent qu'un tiers aurait prêtée à son insu et en dehors des conditions de la negotionim gestio. Il est enfin connu par la réponse peu polie qu'il fit à une consultation qui lui parut niaise, Responsio Celsina (L. 27, Dig., Qui testam facere possunt^ 28). P. N.

BiBL. : RiviER, Introduction au droit romain^ p. 282. — Maynz, Cours de droit romain, 1. 1»*", p. 294, note âl,!!» 193; t. II, p. 302, note 11 ; t. 111, 476, note 16. — Accarias, t. II, n»» 816 et 873.

CELTES. On a réuni sous le nom général de race celtique deux ou peut-être plusieurs races, d'origine aryenne ou indo-européenne, qui, à diverses époques de l'antiquité, se sont successivement répandues sur toute l'Europe, et dont la langue s'est conservée dans différents dialectes, aujourd'hui encore en usage dans certains cantons de la Bretagne, dans les montagnes d'Ecosse, en Irlande, dans le pays de Galles et dans File de Man. Ces dialectes sont aujourd'hui les derniers vestiges de « cette brillante race celtique qui a sillonné l'ancien monde, en tous sens, de ses colonies guerrières ». Partout ailleurs les Celtes, à la suite des conquêtes grecques et romaines et des invasions germaniques ou autres, ont été peu à peu absorbés par d'autres races, ou se sont fusionnés avec elles pour former des peuples nouveaux.

I. Ethnographie. Les noms des Celtes dans les textes GRECS ET LATINS. — Cette raco, à différentes époques, a porté plusieurs noms dont le plus ancien est celui d'Hyperboréens. Par ce nom mythologique, les anciens Grecs désignaient d'abord, en général, tous les peuples inconnus, habitant le nord de l'Europe ; plus tard, ils l'appliquaient d'une manière plus restreinte aux peuples connus depuis sous le nom de Celtes. Ils appelèrent encore Hyperboréens les Gaulois qui, en 390, prirent la ville de Rome. Plus tard, nous trouvons dans les auteurs grecs et latins les trois dénominations suivantes: KbKxqI, Celtœ (Celtici), KsXiaf; raXàtat, Galatœ; Galli, VàXkoi. Gain est une transcription latine de la forme grecque et celtique FaXarat (Galatœ) et ràXXoi dérive évidemment du latin Galli. KzXxoi et FaXaToci, que certains érudits (Cf. Schoepflin, Vindiciœ celt,, p. 3) ont considéré comme les modifications d'un même thème, sont pour M, d'Arbois de Jubainville des mots d'origine et de racines distinctes. Le savant celtiste donne au premier le sens de « haut » et au second celui de « guerrier ». Les Galates auraient été, d'après lui, les guerriers que les Grecs prirent à leur solde à l'époque du démembrement de l'empire d'Alexandre ; ce mot étranger aurait joué à peu près le même rôle en Grèce que le mot allemand lansquenet (Landsknecht) en France. La forme Kekxai qu'on ne trouve ni avant ni après Strabon correspond à la forme Celtœ de Cisar. Ces trois noms n'ont pas fait en même temps leur apparition dans l'histoire. Pendant longtemps on ne connaissait que le terme de Celtes, en usage depuis l'an 500 environ av. notre ère. On le trouve pour la première fois dans un texte d'Hécatée de Milet, cité par Etienne de Byzance (fragm. 21 et 22, Miiller-Didot,

Fragm, hist. grœc, I, 2). Il est également employé dans les écrits d'un auteur inconnu, qui ont servi de source aux ora marltima d'Avienus. A cette époque primitive le mot KsXtoi, substitué à celui d'Hyperboréens, avait un sens vague et indéterminé. C'était un nom générique sous lequel se cachaient un nombre considérable de nations très diverses, à peine connues, occupant les régions occidentales et septentrionales de l'Europe. Le terme FaXàtai, encore inconnu à Aristote, mort en 322, est appliqué dès le ni^ siècle av. J.-C. aux peuples celtiques qui firent irruption en Grèce et pillèrent en 279 le temple de Delphes. Il est employé pour la première fois par Timée, dont les histoires se terminent en l'an 264 av. J.-C. (fragm. 37 Miiller-Didot, Fragm. hist, grœc, I, 200). Un siècle plus tard seulement la forme Galli fait son apparition dans les Origines de Caton. (Herm. Peter, Histor. romani, reliquiœ 1,61.) Désormais la confusion commence : les auteurs grecs et latins se servent des trois noms de la manière la plus arbitraire ; tantôt ils les considèrent comme synonymes et les emploient indistinctement et tour à tour pour désigner l'ensemble des nations celtiques ; tantôt ils semblent faire une distinction entre les Celtes et les Galates. C'est ainsi que Timée, Polybe et Strabon paraissent donner au mot Celtes un sens général tellement vaste qu'il comprend à la fois les Celtes et les Germains, pour réserver le mot Galates à un groupe ethnographique nettement délimité, et s'appliquant aux populations géographiquement déterminées, cantonnées dans l'Italie septentrionale, sur les rives du Danube et en Asie Mineure ; mais ces mêmes auteurs emploient, dans d'autres passages, le terme FaXàiai comme synonyme de KsXxoi. Dans d'autres écrits, on trouve les deux noms associés, comme devant se compléter l'un l'autre. D'autres écrivains enfin considèrent le terme KsXtoi comme un nom générique ; Plutarque dit : « FaXàtat, tou xeXtixou jIvou; » [Vie de Camille^ XV). La confusion était déjà bien grande quand, vers l'an 50 av. J.-C, Diodore de Sicile, sous prétexte de tirer la question au clair, a fini par tout embrouiller. Aussi faut-il se méfier du témoignage de cet auteur que Mommsen appelle le plus misérable des écrivains {der elendeste der Scribenten) et dont les écrits fourmillent d'inexactitudes et de contradictions. Diodore, dans un passage connu (V, 32), prétend que le nom de Celte* s'applique exclusivement aux peuplades établies au-dessus de Marseille entre les Alpes et les Pyrénées, tandis que celles qui habitent le long de l'Océan et de la forêt Hercynienne jusqu'à la Scythie se nomment Galates.

D'après cet auteur, la Germanie ne serait qu'une continuation de la Gaule, et pour lui, comme pour Cicéron et Salluste, les Germains ne seraient que des Galli transrhenani. (Cf. Miillenhoff,D^w^5(:/i^ Alterthiimskunde; Berlin, 1887, II, 177-189.) Il faut s'en rapporter plutôt à César, le contemporain de Diodore, qui a connu de plus près les nations en question et qui, le premier, a fait une distinction entre les Celtes et les Germains, dont le nom avec le sens ethnographique moderne avait été prononcé à Rome, pour la première fois, en 73 av. J.-C. à l'occasion de la guerre servile. A son épocpie, les deux nations étaient séparées par le Rhin. Pour lui, tous les peuples en deçà de ce fleuve, même ceux qui n'étaient pas de race celtique, étaient des Gallï, et les Galli étaient les mêmes que les Celtœ ; il dit : ipsorum lingua Celtœ, nostra Gain appellantîir {De Bello gall. I, l).Il n'y a aucun motif pour soupçonner le grand historien de la Gaule de n'avoir pas été de bonne foi en écrivant cette phrase. Il est difficile d'admettre avec M. Lemière que c'était de parti pris et pai» politique que César s'attacha à faire oublier le nom des Celtes, nation odieuse aux Romains, pour lui substituer celu ide Gaulois. (P.-L. Lemière, Etude sur les Celtes et les Gaulois; Saint-Brieuc, 1873.) Cependant, même après César, la lumière n'était point encore faite ; dans une certaine mesure il a même contribué à augmenter la confusion ; car, d'une part, il étendit le nom

CELTES

de Gain à toutes les nations établies entre les Pyrénées et le Rliin, et de l'autre, par le fait qu'il distingue entre les Gaulois et les Germains et qu'il assigne à ces derniers -les contrées transrliénancs, on a fini par oublier qu'il existait, à cette époque encore, des nations celtiques ailleurs que dans la Gaule proprement dite.

On s'est demandé : les termes Celtes, Galates, Gaulois sontils réellement synonymes et désignent-ils historiquement un seul et même peuple ? ou bien sommes-nous en présence de deux peuples distincts, et dans ce cas les mots Celtœ et Gain sont-ils des noms ethniques successivement appliqués à des populations distinctes occupant à peu près les mômes contrées? Cette question, souleyée déjà à l'époque de César, a été vivement controversée de nos jours. MM. Amédée Thierry, Henri Martin et Alexandre Bertrand, pour ne citer que les noms les plus célèbres, se sont prononcés pour la dualité ethnique des Celtes. Leur thèse semble avoir été confirmée par les travaux récents d'éminents anthropologistes et ethnographes. Ceuxci font même un pas de plus et considèrent les (Celtes et les Gaulois ou Galates comme deux peuples de races complètement différentes : l'une, celle des Celtes, brachycéphale, de taille peu élevée et aux cheveux châtains, et l'autre dolichocéphale, de haute stature, au teint blanc et aux cheveux blonds. (Cf. Alex. Bertrand, De la Valeur des expressions Kekxol et FaXàiai dans Polybe, dans Rev. archéoL, 2^ série, XXXI, 1876, 4, et Broca, dans Rev. d'a7ithrop,, II, 4873, 577-628.) Roget de Belloguet admettait que les Celtes dolichocéphales blonds étaient venus se greffer sur le tronc préhistorique des Ligures et avaient produit un peuple mixte, les brachycéphales bruns, que déjà les anciens Grecs avaient appelé les Celto- Ligures. (V. Ethnogénie gauloise ; Paris, 4875, vol. Il, types gaulois.) Cependant, en face de ces hypothèses il ne faut pas oublier que les textes classiques ne nous autorisent pas à faire une distinction entre les Celtes d'une part et les Galates ou Gaulois d'autre part. Avec César il faut se résigner à considérer ces deux dénominations comme des termes synonymes. Une distinction n'est possible qu'au point de vue cln^onologique : les mêmes peuples ont porté à différentes époques des noms différents. On peut appeler Celtes, les peuples indo-européens qui, vers le vn^' siècle avant notre ère, ont franchi le Rhin pour inonder successivement la France, l'Espagne et la Grande Bretagne; on peut appeler Gaulois, les Celtes qui, vers le iv^ siècle av. J.-C, ont envalii l'ItaUe septentrionale, et i^éserver le terme de Galates aux nations celtiques qui, au commencement du iii^ siècle, ont fait irruption en Grèce, se sont établies dans la vallée du Danube et ont pénétré jusqu'en Asie Mineure. D'après l'usage le plus généralement admis, le mot Celtes est un nom générique, s'appliquant à toutes les fractions de la puissante race ; sous Je nom de Gaulois on comprend de préférence les populations des Gaules cisalpine et transalpine et sous celui de Galates on entend surtout ces hordes celtiques qui ont fondé un petit Etat en Asie Mineure.

Langue des Celtes. — De l'ancienne langue des Celtes, il ne nous reste plus qu'un vocabulaire bien pauvre, composé d'un certain nombre de dénominations géographiques et de quelques noms propres qu'on a relevés tant dans les textes classiques que sur des monnaies. Aucun fragment de texte écrit ne s'est conservé. Nous ne possédons que treize inscriptions, toutes de la période romaine, que Pictet a essayé d'interpréter, mais dont il n'a pu donner une traduction digne de complète confiance. Nous avons donc perdu preque toute connaissance des formes et de la constitution grammaticale de cette ancienne langue. Toutefois ces éléments épars, quelque insuffisants qu'ils soient, loin de justifier l'hypothèse de la dualité de langue, émise par beaucoup d'érudits, semblent, au contraire, en prouver l'unité. M. Prichard a rassemblé dans toutes les parties du monde celtique les dénominations géographiques, et a démontré que la langue parlée au N.

de la Gaule et dans les iles Britanniques était non seulement identique à celle qui était en usage dans la Celtique proprement dite, mais encore à celle dont on retrouve les traces en Espagne, au N. de l'ItaUe, sur les bords du Danube et dans l'ouest de l'Allemagne. {Research into the physical hist. ofmankind, \M\ , III, 444-423, S^'édit, ; cf. Mûllenhoff , Deutsche Alterthûmer, II, pp. 227 et suiv.) De plus, dans toute la littérature des anciens, il ne se trouve pas un mot qui fasse soupçonner l'existence de deux langues parlées par les peuples dits celtiques. On cite bien César qui, au commencement de ses Commentaires^ dit que les différentes nations de la Gaule différaient entre elles par la langue ; mais tout le reste du livre prouve qu'il ne voulait parler que des variétés dialectales entre les différents idiomes gaulois. On invoque surtout ce passage de Sulpice Sévère de la fin du iv^ siècle : Tu vero vel celiice, aut, si mavis, gallice loquere... (Sulp. Seu. opéra: Vérone, 474i, I, Dial. I, p. 96); mais on a proposé de le traduire : « Tu peux te servir de la langue celtique, ou autrement dit, gauloise. » Tacite, par contre, affirme de la manière la plus explicite que la langue parlée par les populations de la Gaule diffère peu de celle des habitants des îles Britanniques {Agricoles vita, xi.) Cependant on admet généralement que le dialecte des Belges a été quelque peu mélangé d'éléments germaniques; mais dans aucun auteur classique on ne trouve un texte qui permette d'admettre que ce mélange ait été tellement prononcé que les Belges n'auraient pas été compris des autres Celtes. Il n'y a donc pas de motifs sérieux qui nous fassent admettre la coexistence de deux langues celtiques dont l'une aurait été parlée par les brachycéphales bruns et l'autre par les dolichocéphales blonds. Tout porte à croire que les différentes langues celtiques, encore en usage de nos jours, sont sorties d'une tige commune.

La langue celtique parait avoir persisté moins longtemps en Orient que dans les pays occidentaux. Une dernière mention de la langue des Galates parlée en Asie Mineure se trouve dans les commentaires bibliques de saint Jérôme, qui écrivait au iv^ siècle de notre ère et qui nous apprend que les Galates, à côté de la langue grecque, se servaient encore d'un idiome qui leur appartenait en propre et qui était à peu près celui des Trévères {Ad Gal.^f I, 2.) Inutile de réfuter les savants allemands qui prétendent qu'à l'époque du célèbre père de l'Eglise on parlait à Trêves un dialecte germanique et que par conséquent les destinataires de l'épître de saint Paul étaient des Germains. En Occident, la langue celtique a persisté jusqu'à nos jours. Refoulée dans des régions très circonscrites, « elle forme, dit M. Broca, au miHeu des langues modernes qui l'entourent, des îlots comparables à ces sommets qui émergent encore au-dessus des eaux dans un pays inondé ». Des dialectes celtiques sont encore en usage en France dans la Bretagne, dans certains districts de l'Irlande, dans les montagnes d'Ecosse, en Angleterre dans le pays de Galles et dans l'île de Man. C'est Adolphe Pictet qui, le premier, dans son Mémoire sur Vaffinité des langues celtiques avec le sanscrit^ paru en 4837, a rattaché ces différents dialectes à la souche indo-européenne. Très peu de temps après, deux savants allemands, Franz Bopp, dans son livre Ueher die celtischen Sprachen in ihrem Verhdltniss zum Sanskrit, Zend, Griechischen , Lateiiiischen Litthauischen , Gothischen und Slawischen (Berlin, 4839) et Dieffenbach, dans ses Celtica^ poursuivant la voie inaugurée par le savant linguiste genevois, ont également démontré les affinités de la langue celtique avec les autres langues indo-européennes ; mais l'honneur d'avoir fondé, sur une méthode rigoureuse et sur une base scientifique, la glossologie celtique appartient incontestablement à Zeuss qui, en 4853, a pubhé sa Grammatica celtica. Les disciples les plus distingués de Zeuss sont, en Allemagne, depuis la mort d'Ebel qui, en 4868, a publié la seconde édition de

CELTES

la Qrammatica celtica^ revue et coiTigée, M. E. Wiiidisch, auteur des Irische Texte, en Angleterre M. Whitley- Stokes, et en France M. d'Arbois de Jubainville, qui s'est acquis une autorité considérable dans le domaine des études celtiques.

Les langues celtiques se divisent en deux branches principales : la gaélique et la britannique, La première se subdivise en deux groupes : le maux ou mannois^ parlé dans l'île de Man, et le gaélique 'proprement dit avec deux dialectes : Yirish ou fenish en Irlande, et le scottish ou gaélique albanach en Ecosse et les îles voisines. La branche britannique a trois groupes : 1" le gallois, parlé dans la principauté de Galles et dans le Cumberland, à l'O. de l'Angleterre, dans les montagnes du Galloway, dans le comté de Wigton, au S.-O. de l'Ecosse ; 2^ le cornish ou comique^ parlé dans l'archipel du Scilly et éteint depuis un siècle dans la Cornouaille, mais dont on a des monuments écrits ; 3<* le bî^eton-armoricain avec quatre dialectes : le léonard, le trécorrois, le cornoiiaillais et le vannetais (V. Armoricain [hnguistique], et Bretons [dialectes]). Le bre-to7i-armoricain est parlé dans la Bretagne française, à rO. d'une ligne qui tend de plus en plus à se déplacer vers l'occident. Au ix'^ siècle ap. J.-C., passant au-dessus de l'embouchure de la Loire, près de Savenay, pour arriver au N. vers le Coesnon entre Dol et Avranches, au xii^ siècle partant de l'embouchure de la Vilaine pour arriver près de celle de la Rance, cette ligne part actuellement du voisinoge de l'embouchure de la Vilaine et se dirige vers le N. pour aboutir à la mer, à l'E. de l'île Bréhat, entre Etables et Plouha, suivant MM. Aurélien de Courson, Hersart de la Villemarqué, Sébillot, Mauricet, Guibert et EUsée Reclus. M. Sébillot estime qu'il y a en France -1,340,600 personnes et dans les îles Britanniques 2,248,900 personnes qui peuvent se servir d'un dialecte celtique. {Revue d'ethnographie, 1886.)

Nous ne possédons auciui renseignement sur l'écriture en usage chez les peuples celtiques. S'ils possédaient un alphabet national, il doit avoir eu une certaine analogie avec l'écriture runique. Dans une exploration archéologique à Ballancourt (Seine-et-Oise), MM. J. Quicherat et H. Martin ont remarqué sur les parois d'une grotte une suite de traits gravés profondément, qui ne peuvent avoir été faits qu'avec une lame tranchante de^ métal.

fH

Inscription de Ballancourt.

Ces traits semblent former des caractères, dont M, IL Martin s'est rappelé avoir vu les analogues dans la chambre sépulcrale de plusieurs tumulus de l'Irlande. (V. J. Quicherat, Mélanges d'archéologie et d'histoire, 1, 147-148.) Ces signes rappellent en effet l'écriture en usage dans les pays Scandinaves et germaniques. Du temps de César, les caractères grecs étaient en usage en (raule {De Bello galL, 1,29) ; on s'en servait dans toutes les relations pubhques et privées autres que celles de la religion et de la science. L'alphabet grec se retrouve sur quelques monnaies et dans certaines inscriptions. Plus tard, après la conquête, les caractères romains se substituèrent aux lettres grecques.

Anthropologie. — En recueillant une grande quantité d'ossements, en étudiant les po[)ula(ions actuelles, en notant les dilférences pliysiques observaljles de nos jours, en faisant des recherches minutieuses sur la taille des habitants, la coloration des yeux et des cheveux, et en prenant de nombreuses mesures céphaliques et cranio-

Type I

;aulois d'après Taes gravé de Rimini.

méti'iques tant sur des sujets vivants que sur des crânes recueillis sur divers points du territoire français anciennement occupés par des populations celtiques, les anthropologistes ont démontré qu'il existait en Gaule deux races nettement distinctes au point de vue ostéologique :

1^ dans l'ancienne Armorique, oîi l'on parle encore des dialectes celtiques et au centre de la France entre la Garonne et le Loire, c.-à-d. au cœur même de l'ancienne Celtique, une race au type brachycéphale que la plupart des savants considèrent comme les Celtes proprement dits, tandis que Henri Martin l'appelle les celtisés et Roget de Belloguet les CeltO'Ligures, et qui a été consciencieusement étudiée par MM. Broca et Boudin {Rev. d'anthrop., Il, 577-628 * Mé7n, de la soc. d'anthr., I, 1-56; II, 221-259; Ilf, 147-209); Guibert de M\\t-\Smm{Eth7iogénie armorl caine. Saint - Brieuc,1868);Beddoe {Bull, de la soc, d'anthr,, VI, 507-517), et d'autres savants ; 2** au N. de la Seine et de la Marne, dans l'ancien Belgium, une race dolichocéphale, que Henri Martin regarde comme les véritables Celtes, tandis que Amédée Thierry les appelle les Kymris, et que d'autres, en s'appuyant sur un passage de Diodore de Sicile, nomment de préférence les Galates, race dont le type se rapproche de celui des Germains, et dont M. le docteur Lagneau a fait l'objet d'études très approfondies. (Rev. d'anthropol., 1875, pp. 624 et suiv.) De l'ensemble des documents fort incomplets, quoique déjà nombreux, malgré de notables différences dans les caractères des diverses populations celtiques observées, différences vraisemblablement attribuables à l'immixtion d'éléments ethniques multiples et encore mal déterminés, M. Lagneau a cherché à déduire d'une manière approximative la caractéristique suivante des deux races :

Tcte gauloise du sarcophage de la vigne Ammendola.

Celtes.

Crâne sous-brachycéphalc ou môsaticéphale, à région antérieure large et saillante ;

Cheveux lisses, plats, non bouclés, blonds ou châtainclair dans renfance,brunsou d'un châtain plus ou moins foncé dans Tage adulte ;

Dépression naso - frontale considérable ;

Yeux à iris clair ;

Face large à menton arrondi ; teint Irais et coloré;

Cou assez court ; épaules larges et horizontalement l»lacécs ; ijoitrine large et développée; courbes rachidiennes, cervicale, dorsale et lombaire peu prononcées;

Belges (Kymris, Galates, type germanicpie).

Crâne dolichocéphale;

Cheveux lisses, non bouclés, }jresque blancs dans l'enfance et blonds ou rouges à l'âge adulte ;

Yeux bleu-clair;

Face allongée, à ipenton assez long; teint d'une blancheur éclatante;

Cou long; épaules larges; thorax développé surtout verticalement, aplati antérieurement ; incurvations rachidienncs donnant à l'attitude une certaine roideur non dépourvue de noblesse

CELTES

Celtks {suite). Belges {suite).

Meinbres bien musclés ; for- Ossature grande et massive ;

mes du tronc et des mem- membres volumineux;

bres un peu courtes et tra- tronc large et élancé ; ex-

y3ues ; trêmités fortes et grosses ;

Taille petite. Taille très élevée.

M. Lagneau rapproche ethnologiquement, sous la dénomination générale de Germains, les Galates-Cimbres-Kimmériens, les Belges, les Germains, les Francs, les Visigoths, les Burgondes, les Saxons et les Normands (Rev, d'anthrop., 2° série, II, 470), et en même temps les dolichocéphales néolithiques connus sous le nom de race des dolmens, (V. Lagneau, art. Celtes, dans le Diction- 7iaire encyclopédique des sciences médicales.) Quant aux Celtes bracliycéphales à la chevelure brune, on les présume également en dehors de la Gaule, dans d'autres régions anciennement habitées par la race celtique, mais envahies par de nombreux et divers immigrants. M. Hovelacque trouve à TE. des Alpes des traces de l'invasion d'une race brachycéphale, de taille moyenne; il constate la traînée de cette race, d'abord à travers l'Allemagne du Sud, puis, plus loin dans la Roumanie actuelle, et il trouve une analogie frappante entre le crâne roumain et le crâne brachycéphale du centre de la France ; « le Roumain, le Dace moderne, dit-il, est le Celte de l'Orient ». (V. Bull de la soc, d'anthr,, 1874, 710.)

L'anthropologie constate l'existence de deux races celtiques nettement caractérisées, dont l'une offre un type identique à celui des Germains. La linguistique, par contre, étabht comme fait indéniable que ces deux races anthropologiques parlaient une seule et même langue, foncièrement différente de la langue germanique. Pour les uns il y a donc dualité, et pour les autres unité de race : mais Il est à remarquer que les deux sciences ne sont pas d'accord sur le sens et la définition de la notion de race. Tout ce qu'on a écrit sur la question de savoir si la langue celtique était une importation de la race dolichocéphale, ou si elle était parlée originairement par les bruns au type brachycépliale, doit être relégué dans le domaine de l'hypothèse; et d'autre part, l'histoire ne nous fournit aucune donnée qui nous permette de considérer les uns comme une race conquérante, et les autres comme une race soumise.

Religion des Celtes. — Selon toute vraisemblance, cette religion était originairement une déification des phénomènes célestes et des grandes forces de la nature, c.-à-d. un polythéisme semblable à celui des Grecs et des Romains ; mais nous n'en savons absolument rien. Nous ne possédons que quelques renseignements se rapportant au druidisme, religion de date relativement récente, que les Romains ont appris à connaître dans la Gaule transalpine et qui, s'il faut en croire César, aurait été une importation de l'île de Bretagne, importation dans tous les cas postérieure à l'expédition des Gaulois en Itahe. Le druidisme n'a jamais pénétré dans les pays transrhénans, ni dans les régions transalpines. Venu des îles Britanniques, il s'est concentre dans la Gaule, où il a provoqué toute une révolution religieuse et sociale. Les renseignements sur cette religion des Gaulois proprement dits, fragmentaires et obscurs, se réduisent à deux .chapitres de César, quelques lignes de Diodore et de Slrabon, quinze vers de Lucain et une assertion du Grec Timagène, reproduite par Ammien Marcellin. Tout ce que les traditions celtiques d'Irlande et les Triades du Mystère des Bardes de l'île de Bretagne (traduites en français par Pictet dans la Bibliothèque universelle de Genève, nov. et déc. 1853) prétendent nous révéler sur les croyances religieuses des anciens Gaulois, doit, jusqu'à nouvel ordre, être relégué dans le domaine de la fantaisie. Quant aux inscriptions et monuments figurés datant le plus souvent de l'époque dite gallo-romaine, où la religion des conquérants s'était déjà adaptée à la mythologie des populations conquises, ils ne nous renseignent que sur les noms celtiques et certains attributs de quelques divinités.

Dans l'étude des institutions religieuses des Gaulois, il importe de distinguer trois éléments : les noms et les attributs des divinités ; la doctrine ; le sacerdoce et son rôle politique et social.

Divinités gauloises. Ces divinités peuvent être divisées en deux catégories, dont l'une comprend les grandes puissances célestes qui étendaient leur protection sur toute une région, sinon sur la Gaule entière, tandis que l'autre est celle des dieux topiques. Il est regrettable que César, identifiant les grandes divinités gauloises avec celles de Rome, ne nous ait pas conservé leurs noms indigènes. Voici ce qu'il dit à ce sujet : « Les Gaulois adorent principalement Mercure, et ils en ont de nombreuses images ; ils le regardent comme l'inventeur des arts, le patron des chemins et des voyages ; ils pensent qu'il a la plus grande puissance dans le commerce et les affaires. Après lui, ils adorent Apollon, Mars, Jupiter, Minerve. De ces dieux ils se font à peu près les mêmes idées que les autres peuples : Apollon éloigne les maladies ; Minerve enseigne les éléments des métiers et des arts ; Jupiter a l'empire du ciel; Mars préside à la guerre... Les Gaulois se disent tous descendus de Dis Pater... Pour cette raison, ils mesurent le temps écoulé non par les jours, mais par les nuits » {DeBellogall.y VI, 17-18). Mercure porte, suivant les localités, un grand nombre de surnoms dont on ignore la signification. (V. R. de Belloguet, Ethnogénie gauloise, II, 391-392, 2« éd.) Nous savons par Pline (XXXIV, 18), et par Minucius Félix (éd. de 1672, p. 49), que la cité des Arvernes, du temps de Néron, lui érigea une statue colossale, sculptée par Zénodore, et lui consacra, au sommet du Puy de Dôme, un des plus beaux temples de la Gaule qui porta le nom de Vasso, Il avait un autre sanctuaire au Donon, dans les Vosges, et un grand nombre de noms de lieux ont conservé le souvenir du culte qu'on lui rendait. Certains monuments le montrent à côté d'une divinité féminine, du nom de Rosmerta. Apollon également se rencontre souvent à côté d'une divinité féminine, Sirona; on leur érigeait des temples communs (OreUi, Ins^^r. lat.,n^^ 2001 et 2047), et quelquefois les eaux thermales étaient placées sous leur double protection. D'autres fois, le nom d'Apollon est associé à celui de Dumona (J. de Wal, Myth. mon. epigraph. lat., 44, 225), qui comme lui était une divinité de la santé et de la médecine. Le dieu porte plusieurs épithètes gauloises, dont quelques-unes comme Belenus, Borvo, Grannus, se rencontrent aussi seules comme noms de divinités distinctes, et qui comme le nom d'x4pollon lui-même, sont restées attachées à un certain nombre de localités (V. Belenus, Grannus). Une nation guerrière connue les Celtes avait une grande dévotion pour le dieu des combats, auquel ils vouaient, avant de combattre, tout le butin dont ils pourraient s'emparer. Le Mars gaulois porte un grand nombre d'épithètes comme Segomo, Camulus (V. ces mots), Toutatès, Caturix, Albiorix, Cocosus. Dans plusieurs inscriptions, Segomo et Camulus, non seulement sont les noms propres d'une divinité, mais sont même accompagnés d'épithètes particulières. Dans des inscriptions de Bath en Angleterre, et d'Altrip, près de Spire, le nom d'une déesse de la guerre, Nemetona ou Nemon, est associé à celui de Mars (V. Lysons, Reliq. Brit. rom., I, pi. XI, 2; Hefner, Das romische Bayern, p. 85; Henzen, înscr. lat., n^ 5904). Minerve semble avoir empiété à la fois sur les attributions de Mercure, de Mars et d'Apollon; elle est une sorte de doublure féminine commune à tous les trois. Patronne particulière des femmes, elle présidait, en Vesta protectrice, à tous les soins du foyer domestique, enseignait les arts et l'industrie, était la providence des malades et des blessés, et chez les Gaulois cisalpins, la gardienne des drapeaux sacrés, qui ne sortaient de son temple que dans les* grands dangers de la patrie. Dans trois inscriptions du midi de la France, cette déesse porte l'épithète gauloise àeBelimma ou Belisana. (V. , sur cette Minarve gauloise, le

CELTES

mémoire de Chaudruc de Crazanne daws les Mém, de la Soc. clés Antiq., 4842, XVI). Dans Lucaiii {Phars., I, 445), Jupiter porte le nom de Tarants, nom probablement indentique à ceux de certaines inscriptions : lOVI TARANVCO; DEO TARANVCiVO; \(ovï), 0{ptimo), m(aximo), TANARO; conformément à ce qu'indiquent les idiomes actuels, Taranis aurait été le dieu tonnant. (V. Rev, celtique, V, 229, 381.) M. Gaidoz distingue le dieu du Tonnerre d'avec le dieu du Soleil qu'on trouve ordinairement avec le symbole de la roue; il pense que, sous l'influence romaine, les deux dieux celtiques furent réunis en un Jupiter. {Rev. archéoL, 3® sér., VII, p. 65.) Plusieurs inscriptions votives des Alpes attribuent le nom de Jupiter à une divinité topique, par exemple ÏOVI PENINO. Lucain représente Taranis comme une des trois grandes divinités de la Gaule ; les deux autres, il les appelle Esus et Tentâtes. Nous savons que ce dernier nom est une épithète celtique de Mars; mais nous ignorons la signification de l'autre. Pictet le fait dériver du mot asu, l'un des noms sanscrits de l'Etre par excellence, et tous les savants, qui admettent que le monothéisme était la religion primitive des Celtes, regardent le mot Esus comme le nom du dieu suprême. Ou trouve le nom Esus avec les noms d'autres divinités, tant romaines qu'indigènes, dans l'inscription d'un autel érigé par les nautonniers de la Seine, et trouvé en 4714 sous le chœur de Notre-Dame de Paris. Sur ce monument le dieu est représenté auprès d'un arbre qu'il semble frapper d'une hache, et sur lequel on a prétendu qu'il coupait le rameau qui porte le gui. Lucien (Herc, I-VI), mentionne un dieu Ogmios, une sorte d'Hercule gaulois, dieu de l'éloquence, de la bouche duquel partaient, dans les peintures où il était représenté, des chaînes attachées aux oreilles des hommes qui s'empressaient à le suivre. M. Rucher croit avoir reconnu ce symbole sur des médailles où l'on voit de petites têtes enchaînées à la tête principale. {Rev. numism., 1850, pp. 106 et suiv., pi. m.) D'après une tradition irlandaise, il pourrait bien être l'inventeur de l'écriture dite à'Ogham ou à'Ogum. (V. O'Donovan, Grani. irl., p. xlv.) Il faut encore mentionner Epona, déesse protectrice des chevaux, dont le nom et la figure se trouvent sur un grand nombre de monuments, et qui est d'ordinaire représentée par une femme assise sur une jument vigoureuse.

Les Romains n'ont point détruit le Panthéon gaulois ; ils y introduisirent leurs propres divinités. Les Gaulois, à côté des anciens dieux, adoraient également ceux qui avaient été importés de Rome et môme de l'Orient, comme Mithra, Serapis, Isis et Cybèle. Les divinités principales devinrent souvent, par la célébrité de leurs lieux de culte, des dieux topiques. C'est ainsi que nous trouvons au Puyde-Dôme un Merciirius Duniias ou Arvernus, à Randau (Puy-du-Dôme) un Mars Randosatus, à Vence (comté de Nice), un Mars Vintius et à Contes (comté de Nice) un Segomo Cunctinius.Bms l'inscription MARTI ET VASIONI, le dieu de la guerre est associé au génie de la ville de Vaison.

Parmi les divinités secondaires, il faut citer en première ligne les divinités topiques proprement dites. C'étaient des déifications de forêts, de montagnes, de fleuves, de sources et de villes, comme nous les trouvons en grand nombre dans les inscriptions de l'époque gallo-romaine ; Dea Abnoba (la forêt Noire) ; Ardoinna (V. ce nom) ; Yosago (les Vosges); Beo Rheno (le Rhin); Deœ Sequanœ (la Seine) ; Deœ Icauni (l'Yonne) ; Vasioni (Vaison) ; Nemauso (Nîmes) ; Luxovio (Luxeuil) ; Deœ Bibracti (Ribracte). Il faut encore ranger dans cette catégorie des divinités de second ordre les déesses-mères, {rnatres, matrœ, mairœ ou matronœ). Dans beaucoup d'inscriptions leur nom est accompagné d'épithètes généralement topiques. C'étaient les génies tutélaires des provinces, des bourgs, des familles. Souvent elles sont représentées assises tenant sur leurs genoux un ou plusieurs enfants. Plus tard, ces figures furent prises pour des sta-

tues de la Vierge, connues sous le nom de « Vierges noires ». Le culte de ces déesses-mères s'est perpétué dans la croyance aux fées.

Doctrine religieuse. Les druides n'ont pas mis par écrit leur enseignement. Leurs élèves durent apprendre par cœur un nombre de vers tellement prodigieux, que guelques--uns d'entre eux, au dire de César, consacraient jusqu'à vingt ans à cette étude. De tout ce corps de doctrines il n'existe plus le moindre vestige : aucune formule de prière, aucun chant réellement druidique, pas même une inscription. Nous savons seulement par les auteurs classiques que les druides prêchaient l'immortalité de l'âme. Voici ce que César dit à ce sujet : « Ce qu'ils veulent faire croire, c'est que les âmes ne périssent pas, mais, api'ès leur mort, passent des uns aux autres, et ils pensent que c'est là le plus grand stimulant du courage, en méprisant ainsi la crainte de la mort. » {De Bello gall., VI, 14; cf. Strabon, IV, p. 197; Diodore, V, 306; Pomponius Mêla, III, 2 ; Lucain, Pharsale, I, v. 458.) H y avait donc au fond de ce dogme une sorte de métempsycose qui a fait penser à quelques auteurs que les druides avaient emprunté cette croyance à Pythagore ou à ses adeptes. Cette foi, singulièrement propre^ à exalter les vertus guerrières, explique la puissance exercée par les druides sur le peuple et la part immense qu'ils prirent au gouvernement spirituel et temporel de la Gaule. Cette croyance en une autre vie a dû être bien vive, vu qu'on empruntait de l'argent à charge de le rembourser dans l'autre monde (Valère Maxime, II, 40). H est possible que la métempsycose ait pris une certaine place dans les spéculations eschatologiques des druides ; mais le peuple certainement avait à ce sujet des espérances moins spiritualistes. Dans sa pensée, la vie nouvelle était l'exacte continuation de celle-ci. C'est ce qu'on voit non seulement par les contrats dont il a été question plus haut, mais encore par les usages funéraires : on brûlait ou on ensevelissait des armes, des ornements, on immolait des chevaux, des chiens, des esclaves près du mort, pour que tout ce qu'il aimait se retrouvât dans le monde inconnu et qu'il y continuât la vie qu'il avait menée sur la terre. Strabon (éd. Didot, p. 464) fait allusion à un autre dogme. D'après cet auteur, les druides enseignaient que le monde était impérissable, mais qu'il viendrait des époques où le feu et l'eau prévaudraient à leur tour. Enfin Roget de Delloguet range parmi les dogmes druidiques tout ce qui concerne la puissance et les vertus divines que les Gaulois attribuaient au gui, cette plante envoyée du ciel. D'après Pline, les Gaulois voyaient dans cette plante un remède universel, et lui avaient donné un nom qui signifiait en latin omnia sanans, guérissant tout. {Hist. nat., XVI, 95.)

Sacerdoce. César nous apprend que les druides présidaient aux choses du culte, qu'ils avaient soin des sacrifices publics et privés, qu'ils interprétaient les traditions religieuses et instruisaient la jeunesse. Le druidisme était une propagande religieuse et sociale faite en Gaule par des initiés, dont l'école était dans l'île de Dretagne, et dont le succès fut si puissant qu'il leur procura la domination politique. Les druides ne constituaient pas une caste héréditaire; ils formaient plutôt un ordre puissant embrassant la classe lettrée tout entière et jouissant de grands privilèges ; les membres de cette association, recrutés dans les plus nobles familles, étaient dispensés du service militaire et exemptés de toute autre charge. L'organisation du collège des druides avait un caractère hiérarchique ; il y avait des bardes qui étaient à la fois poètes et chanteurs, des devins {vates) qui étaient chargés des sacrifices et étudiaient les sciences naturelles (çuaioXôyot) et les druides proprement dits qui ajoutaient à cette étude celle de la philosophie et de la morale. (Strabon, éd. Didot, p. 464 ; Pline l'Ancien, XXX, 4.) Ces trois classes obéissaient à un seul chef. Si, à la mort de cette sorte de grand-prêtre, il y avait plu-

CELTES

sieurs compétiteurs, c'était le suffrage des druides et quelquefois même la force des armes qui décidait.

Comme prêtres, les druides présidaient aux cérémonies religieuses. Nous n'avons aucun renseignement précis sur la manière dont ils célébraient leur cuîte. Des rites nous ne connaissons que ceux qui se rapportent à la manière de cueillir le gui du chêne, cérémonie dont on a peutêtre exagéré l'importance, et enfin ceux relatifs aux sacrifices humains qui, le plus souvent, paraissent avoir été de solennelles exécutions de criminels. Comme mesure disciphnaire, ils pratiquaient l'excommunication. Enfin, ils étaient chargés d'interroger les volontés des dieux et de prévoir l'avenir dans le vol des oiseaux, les entrailles et le sang des victimes. Ils célébraient le culte en partie dans des temples et en partie dans des forêts. Pendant longtemps on a considéré les monuments dits mégalithiques ou mégalolithiques comme des lieux de culte celtiques. Cependant les cromlechs, dolmens, menhirs, peulvans n'ont pas le moindre rapport avec le druidisme. Ces monuments, faussement appelés pierres druidiques, qui d'ordinaire renferment des objets en silex et seulement exceptionnellement des objets en bronze, sont attribués par M. Alex. Bertrand à une race plus ancienne que les r.eltes. Leur origine non celtique est encore prouvée par le fait qu'on ne les trouve pas seulement dans les régions jadis occupées par les Celtes, mais dans tous les pays du globe. D'autre part, les auteurs latins et grecs ne mentionnent pas ces pierres saintes et ne disent nulle part que les druides aient desservi ces autels en plein vent. Ils parlent toujours des sombres forêts à l'ombre desquelles ils auraient célébré leurs mystères.

A côté de leurs fonctions sacerdotales, les druides remphssaient encore celles de juges. Tous les ans, ils se réunissaient en assemblée générale dans la forêt sacrée du pays chartrain, considérée comme le vrai centre de la Gaule. Là, ils exerçaient les fonctions de la justice civile, criminelle et politique, jugeaient entre les particuhers, entre les tribus, entre les nations confédérées et excommuniaient ceux qui n'acceptaient pas leurs jugements. Comme juges, ils formaient avec les nobles les classes dirigeantes. Jouissant d'une haute considération, ils exerçaient une grande influence sur les destinées politiques du pays. Enfin, ils pratiquaient seuls l'unique espèce de médecine que la Gaule connaissait. Ils avaient certaines connaissances en histoire naturelle et étudiaient les vertus des plantes et les lois secrètes qui relient les phénomènes de la nature, les mystères de la terre et des astres (Ammien MarceUin, XV, 9). Ils pratiquaient la magie, et leur art de guérir avait un caractère mystique et religieux ; en somme, ils étaient autant sorciers que médecins. Les druides constituaient donc un ordre puissant, une théocratie nationale et patriotique, une sorte de clergé, dont les membres, les seuls lettrés du peuple, étaient à la fois prêtres, philosophes, pédagogues, médecins et magiciens. A tort, Pline l'Ancien fait dériver leur nom du grec Spuç, chêne, l'arbre saint. Ce nom se rencontre en irlandais sous la forme drui ou drai (gén. druadj nom. plur. druid), qui a le sens de sorcier. Certains auteurs de la basse époque mentionnent également des druidesses. Selon toute apparence, c'étaient des sorcières, des diseuses de bonne aventure. (V. pour tout ce qui a été dit sur la rehgion des Celtes, dans Lichtenberger, Encydop, des se, religieuses, l'article Gaulois, signé H. Gaidoz.)

Extinction du druidisme. Généralement, oh admet que le druidisme a fini par être exterminé à la suite des persécutions ordonnées par l'autorité romaine. En effet, Pline l'Ancien (XXX, 4) et Suétone (Vie de Claude^ 25) nous disent que la religion des Gaulois a été détruite dès le règne de Tibère et celui de Claude ; mais d'autre part nous savons que pendant presque tout Lempire romain les druides continuaient à exister, et pendant tout ce temps les divinités gauloises étaient adorées à

côté des dieux du pantliéon romain. M. Fustel deCoulanges a démontré que Rome a seulement fait disparaître ce qui, dans les pratiques sacrées des Gaulois et dans leur divination, était en opposition avec les mœurs et les lois romaines. Sans persécuter les druides et sans proscrire les divinités gauloises, les Romains crurent devoir interdire les sacrifices humains et briser la hiérarchie et l'unité d'organisation du sacerdoce. Les druides perdirent l'importance politique et sociale qu'ils avaient encore du temps de César ; ils ne jouissaient plus de leurs privilèges, ils n'avaient plus de chef suprême et ne tenaient plus ces assemblées périodiques, où ils se réunissaient de tous les points du pays. Si, vers la fin de l'empire romain, le druidisme est tombé et si ses croyances n'existent plus, c'est qu'il s'est éteint de mort naturelle ; mais cette extinction n'a pas été le résultat d'une mesure politique ou d'un acte de violence ; elle s'est faite insensiblement, comme toute la transformation sociale et intellectuelle de la Gaule. « Les Romains, dit M. Fustel, n'eurent pas besoin de persécuter les druides ; les Gaulois les abandonnèrent. Les esprits incultes purent leur rester assez longtemps fidèles; mais à la longue toutes les classes de la société, à mesure qu'elles s'éclairèrent, se séparèrent d'eux, et quand vint le christianisme, il n'eut pas même à le combattre. » (Fustel de Coulanges, Comment le druidisme a disparu, dans Revue celtique.YV, 37-59.) C'est en Bretagne et en Irlande que le druidisme se retira, après avoir quitté la Gaule. C'est là qu'il végéta longtemps encore, comme l'a démontré M. d'Arbois de Jubainville {Rev. archéoL, 4877, pp. 217-224) et c'est là qu'il mourut. Les bardes gallois de l'époque néo-celtique sont peut-être les héritiers des anciens druides. D'autre part, il faut admettre que le druidisme, disparu comme rehgion, résista à la refigion des Romains et plus tard au christianisme comme superstition, garda dans les couches du bas peuple de secrètes affiliations et persista jusqu'à nos jours dans certaines pratiques curieuses.

Caractère, Moeurs et Coutumes des Celtes. — Nous ne connaissons le caractère des Celtes que par les écrits de leurs ennemis. Les auteurs grecs et latins, peu bienveillants pour ces barbares du Nord, se laissèrent quelquefois entraîner à des déclamations injurieuses et à des accusations injustes et exagérées, qu'on peut appeler de véritables, calomnies. Le plus souvent les uns sont en contradiction avec les autres. Il est évident qu'en réunissant les traits épars sous lesquels les Celtes ont été dépeints, on obtient un portrait peu flatteur qui ne saurait prétendre qu'à une exactitude approximative. Le trait le plus saillant, qui imprime un cachet particuUer à la race celtique, c'est sa vaillance ou plutôt sa passion des combats, jointe à un mépris de la mort poussé jusqu'à une sorte d'enivrement frisant la folie. Les Celtes jouent avec la mort, la provoquent, se hvrent à elle comme des désespérés. Orgueilleux par nature, ils aiment à faire parade de leur courage ; souvent, au milieu du combat, ils rejettent les armes défensives et se dépouillent de leurs vêtements ; après le combat, ils déchirent souvent leurs plaies de leurs propres mains pour les grandir à tous les yeux. Eblouir les amis, faire trembler les ennemis est leur grande ambition. Très impressionnables et très irritables, ils tombent aisément dans les deux extrêmes de l'audace et de l'abattement ; aveuglés par la colère, d'un jour à l'autre, ils se jettent, avec une précipitation excluant toute prévoyance, dans les entreprises les plus inconsidérées et alors l'insuccès pouvait les déprimer et les rendre lâches ; « insupportables comme vainqueurs, ils tombent dans l'abattement s'ils sont vaincus », dit Strabon (IV, iv, 5). D'autres fois on les voit dans l'infortune tourner les armes contre eux-mêmes, pour ne pas survivre à leur liberté, exécuter leurs femmes et leurs enfants pour les empêcher de tomber entre les mains de l'ennemi. Un autre trait caractéristique était cette extrême mobilité d'esprit que César {De Bello galL, IV, 5) app'elle une infirmité gauloise.

CELTES

Non seulement ils sont turbulents au conseil, indisciplinés dans les rangs et querelleurs entre eux, mais ils aiment le changement, ont un goût inné des révolutions et s'aventurent à la légère dans les entreprises les plus hasardées, et la plupart du temps dans ces entreprises le sens politique leur fait absolument défaut. Se laissant guider par l'ambition ou par la cupidité, les différentes nations celtiques, le plus souvent jalouses les (mes des autres, n'ont pas le talent de centraliser leurs forces contre l'ennemi commun. En se débandant, elles l'aident à les vaincre successivement et à les réduire en définitive toutes sous le môme joug. Un autre trait curieux, mais qui les caractérise bien, c'est la grande facilité avec laquelle ils se lie|it aux peuples étrangers avec lesquels ils vivent en contact. Vainqueurs ou vaincus, ils se fusionnent avec eux ou se laissent absorber par eux ; de là, le grand nombre de peuples mixtes dans lesquels ils formèrent un des éléments constitutifs comme les Celto-scythes, les Celtoligurcs, les Celtibères, les Gallo-Romains, pour ne citer que les plus connus.

Toutefois, les Celtes valaient mieux que leur réputation. Ces hommes indomptables, capables d'atroces cruautés dans le déhre de la victoire, sont toujours prêts à s'émouvoir aux plaintes des opprimés et à défendre les faibles contre les forts ; ils punissent de mort l'assassin d'un étranger, tandis qu'ils n'imposent que l'exil au meurtrier de l'un de ses concitoyens ; ils protègent les voyageurs ; avec une franche et vive spontanéité ils prennent fait et cause, comme si elles leur étaient personnelles, pour toutes les injustices faites à leurs voisins ; en un mot, il y avait dans leur naturel un grand fond de générosité. A leurs chefs ils se dévouent avec une fidélité à toute épreuve. Les écrivains de l'antiquité jugent les femmes celtes avec moins de sévérité que leurs maris et leurs pères. Strabon nous assure qu'elles étaient fécondes et bonnes nourrices, élevant bien leurs enfants. Epouses dévouées et fidèles, elles accompagnent leurs maris dans leurs expéditions guerrières. Malgré la vertu de leurs femmes, on reproche aux Celtes une passion effrénée pour leur propre sexe. On a aussi raconté que les Celtes de l'île de Bretagne vivaient dans une' complète promiscuité : des groupes de dix ou douze hommes auraient eu les femmes en commun et les enfants étaient censés appartenir à l'homme qui le premier avait connu la mère, vierge encore. Enfin on accusait les Celtes d'ivrognerie. Il est de fait que le commerce des vins avait en Gaule, à Lyon surtout, une grande importance, avant que la culture de la vigne fût répandue dans la Gaule chevelue : « Avides de vins, dit Ammien MarceUin (XV, xii, 4), ils recherchent toutes les boissons qui y ressemblent ; on voit souvent les hommes de la classe inférieure abrutis par une ivresse continuelle, errer en décrivant des zigzags. » Du temps de César, l'usage du vin était réservé à l'aristocratie dans les régions au N. de Lyon, ce qui n'empêchait pas le peuple de s'enivrer avec la eervisia, le zythus ou le corma. Les Celtes, très vains de leur personne, prenaient un soin particulier pour ne pas devenir ventrus. D'après Strabon (IV, iv, 6), il y avait une ceinture, sorte d'étalon public, mesurant le maximun de l'ampleur permise aux jeunes gens, et ceux qui dépassaient ce maximum étaient punis. L'histoire rapporte plusieurs exemples qui prouvent qu'ils étaient très ingénieux pour inventer des ruses de guerre. Leurs stratagèmes parfois ne manquaient pas d'originahté. Un jour les Celtes d'Illyrie, pour ne citer que ce fait, simulèrent une retraite précipitée en laissant dans le camp abandonné une quantité de mets purgatifs (Polyen, VII, 42). La race celtique, douée d'une certaine vivacité d'intelligence, était susceptible de culture et d'instruction Httéraire. César admire leur talent d'imitation et leur aptitude d'invention (De Bello gall, V, 52 ; VII, 22). On leur attribue en effet l'invention de plusieurs objets d'une utilité générale et adoptés par les nations civilisées, comme le savon, le ^ tamis de crin, les tapis ornés, les matelas, les lits rem-

bourrés, les cottes de maille. Enfin, ils doivent avoir inventé l'art d'émailler et d'argenter le cuivre.

Los Celtes habitaient généralement des villages {vici), dont les cabanes étaient disséminées dans les campagnes, au bord de l'eau ou au mifieu des bois. D'après Polybe, les Gaulois qui envahissaient le N. de ritalio au iv^ siècle, groupaient leurs habitations en villages sans murailles. Du temps de cet auteur, il n'existait pas\ui seul boui'g qui eût une enceinte murée dans la Gaule Cisalpine. Par contre, dans la Gaule Transalpine et en Bretagne, il y avait des enceintes fortifiées, appelées quelquefois urbes, mais le plus souvent oppida, espèces de camps retranchés, où, en temps de guerre, les populations se retiraient avec leurs troupeaux. Dans la Gaule septentrionale et dans le S. de l'Angleterre, ces places de refuge étaient de vastes enceintes circulaires, au miheu des bois, protégées par des arbres qu'on avait abattus. Mais dans l'intérieur de la Gaule et sur les bords du Danube, on avait de véritables forts dont les plus grands étaient des oppida proprement dits, tandis que les plus petits prenaient le nom de-castella. Ordinairement situées sur des collines et entourées de fossés et de remparts, ces places renfermaient une population permanente et finirent par devenir des villes. Les Gaulois possédaient des œdificia épars dans la campagne ; il y en avait de deux sortes : les uns étaient des maisons de maître, les habitations qui ont précédé les châteaux modernes ; les autres étaient des bâtiments d'exploitation habités par les cultivateurs au service des nobles. Les habitations, des cabanes de forme circulaire, étaient faites de planches et de claies d'osier et couvertes de chaume ou de roseaux (Strabon, IV, iv, 3). La maison de pierre, en Gaule, date de la civilisation romaine.

L'ameublement était bien simple. Assis sur des bottes de fourrage ou des fagots, les Celtes prenaient leurs repas sur des tables de bois fort basses. Ils couchaient par terre sur la paille, du temps de Diodore de Sicile, et sur des peaux d'animaux, plus tard sur les lits rembourrés et les matelas de leur invention. D'après un passage de Tite Live (xxxvi, 40), les Boii se servaient à table d'une grande quantité de vases de bronze et d'argent, dits galliccu Le pain, le lait, la chair de leur bétail et la viande de porc salé ou frais faisaient le fonds de leur nourriture (Strabon, IV, IV, 3). Certains auteurs prétendent que les Bretons de l'Irlande et des peuples celtiques, voisins des Scythes, mangeaient même de la chair humaine. Pline assure que les Celtes de la vallée du Pô mêlaient des fèves à tous leurs aliments, mangeaient de la farine de lin et beaucoup de raves. Sur les bords des rivières et le littoral de la mer, on se nourrissait de poissons grillés et accommodés avec du vinaigre, du sel et du cumin. Les riches buvaient du vin qu'ils faisaient venir de l'Italie ou des environs de Marseille ; les pauvres se contentaient de la cervisia qu'on appelait zuthos si elle était faite avec du blé et du miel, et corma quand elle était préparée sans miel. La nourriture du Celte de la Bretagne et du littoral de la mer du Nord était plus grossière et plus misérable. Des voyageurs grecs et romains, qu'on avait accueillis avec une hospitalité sympathique et questionnés avec une curiosité infatigable, ont raconté que les banquets des Gaulois étaient 1res somptueux ; des mets copieux étaient servis par des enfants des deux sexes sur des plats en argent ou en bronze, et les vins qui coulaient à flots étaient versés dans des coupes de même métal. Presque toujours ces fêtes, d'ordinaire très bruyantes, se terminaient au milieu des rixes.

Primitivement, les vêtements des Celtes étaient faits de peaux d'animaux, dont César trouve encore l'usage dans l'île de Bretagne, tandis que, de son temps, les Celtes de la Gaule portaient une tunique qui, d'après Strabon, avait des manches, était fendue et ne descendait, par devant comme par derrière, quo jusqu'au haut des cuisses, telle qu'on la voit sur les monnaies gauloises. Sur la tunique était agrafé le sagum, manteau de laine épaisse ou légère, suivant la saison. Les saies affectaient les couleurs les plus

CELTES

vives ; il y en avait de bariolées, d'autres étaient quadrillées, d'autres enfin étaient semées de fleurs brodées ou appliquées. Ils portaient aussi des braies (bracœ, ppaxai, ava?upi8£ç), sorte de pantalons enveloppant les jambes. Cette partie de leur costume doit avoir déplu aux artistes, car le plus souvent les figures des monuments gallo-ro-

Fibules^et bracelet.

mains ont les jambes nues. Ils se coiffaient d'un capuchon {cuculliis}^ qui souvent était attaché au sagum. Nous n'avons pas de renseignements sur le costume des femmes. Nous savons seulement qu'elles portaient des colliers en spirale et qu'elles avaient, comme les hommes, un goût très prononcé pour la parure et les couleurs voyantes. Hommes et femmes aimaient à relever leur ajustement par des bijoux en or, en argent et en bronze argenté, des colliers, des bracelets, des armilles, des anneaux de jambes, des fibules, des plaques de métal, souvent d'un assez beau travail. Inventeurs du savon, les Celtes donnaient des soins tout particuliers à l'entretien de la propreté du corps. Ammien Marcellin fait la remarque qu'on ne les voyait jamais couverts, comme dans d'autres pays, de sales haillons. Ils portaient les cheveux longs, les lavaient fréquemment avec de l'eau de chaux, les rassemblaient sur le haut de la tète et les laissaient retomber ensuite sur la nuque. Les uns se rasaient la barbe, les autres la laissaient pousser modérément, mais les nobles conservaient toujours des moustaches épaisses et longues.

Le luxe s'étendait également aux armes ; ils les déco-

Poignards.

Epées.

raient de brillantes peintures et d'ornements ciselés en or et en argent. Leur armement se composait d'un casque

d'airain, de forme conique, surmonté, tantôt de cornes d'urus et d'élan ou d'ailes d'oiseaux,'^tantôt d'une sorte de grand crochet ; d'un bouclier innneiîse, le plus souvent de forme rectangulaire, orné de différents dessins, quelquefois de figures d'animaux ; d'un sabre énorme, à pointe mousse, suspendu au côté droit par une chaîne de fer ou de cuivre, dans un fourreau en fer, auquel, plus tard, on préféra la petite épée ibérique à pointe aiguë ; d'une cuirasse en mailles de fer, dont l'usage cependant n'était pas généralement adopté ; d'une lance, dont le fer était long de 50 cent, et large de 15 ; du saunium, autre arme de jet, droite vers la pointe et recourbée à la base en replis sinueux et qui faisait d'horribles blessures.

Enfin, on mentionne parmi les armes des Celtes l'arc et la fronde. Leurs enseignes portaient généralement la figure d'un sanglier, d'après M. Hucher, l'emblème de la victoire.

(Rev. numism.^ 1852, 191 ; 1855, 460.) Ils se servaient aussi de plusieurs espèces de chars de guerre. On a prouvé récemment que les prétendus chars armés de faux que tous les historiens, sur la foi de Lucain et de Pomponius Mêla, avaient attribués aux Gaulois, n'ont jamais existé. De leurs chars, ils entouraient souvent leurs campements pour les convertir de la sorte en fortifications de campagne. Quand César arriva dans la Gaule transalpine, l'usage des chars de guerre y avait disparu ; il persistait encore dans les îles Britanniques, où Tacite le signale encore du temps d'Agricola. Les Celtes accompagnaient l'attaque de hurlements et des sons stridents d'une trompette appelée A^arnon ou karnux. Tous les Gaulois, à l'exception des druides, étaient soumis au service militaire. L'armée était composée d'infanterie et de cavalerie. Les principes^ réunis en conseil de guerre, choisissaient les chefs. On ne sait guère quelle était leur organisation militaire et leur tactique. On redoutait leurs charges impétueuses. On les a accusés de massacrer tous les prisonniers et de couper les têtes des ennemis. La première imputation est certainement exagérée ; mais quant au second point, on sait qu'ils avaient l'habitude de clouer les crânes de leurs ennemis, comme des trophées, aux portes de leurs maisons et de leurs villes, et Tite Live nous assure que les Boii enchâssaient les crânes des chefs ennemis et s'en servaient en guise de coupes.

Les mœurs conjugales étaient dignes d'un peuple civilisé. L'épouse occupait dans la famille une position plus relevée que chez beaucoup d'autres peuples de l'antiquité. Elle n'était ni achetée, ni vendue ; elle avait la liberté de choisir son mari. Un passage de César (De BellogalL,\l, 19) semble indiquer que la monogamie était la règle et que la polygamie a pu exister à l'état d'accident et d'exception chez certains chefs. L'épouse apporte une dot, à laquelle le mari joint, après estimation de ses biens, une part égale. Les intérêts des apports communs sont économisés et ajoutés aux acquêts, ils appartiennent après décès

Haches.

CELTES

Lance et javelots.

de l'un des deux conjoints au survivant. A part cette égalité des droits de la temme et du mari en ce qui touche la fortune, le mari a droit de vie et de mort sur la femme comme sur les eniants ; si un gi'and personnage vient à mourir de mort suspecte, ses parents assemblés font mettre à la torture sa femme, et, si le crime est prouvé, ils la livrent aux flammes. Strabon vante les femmes celtes comme bonnes éducatrices, et il résulte d'un passage de César {De Bello galL.yi 18) que les garerons restaient exclusivement sous leur direction jusqu'à ce qu'ils lussent en état de porter les armes.

Avant ce moment, ils n'avaient pas le droit d'aborder leurs pères en public.

Suivant Polybe, la fortune des Gaulois établis en Italie consistait exclusivement en or et en troupeaux. Ils vivaient de l'élevage du bétail ; sans ignorer l'agriculture, ils ne faisaient entrer les céréales que pour une faible part dans leur alimentation. La propriété immobilière était collective. Le sol, qui formait un vaste pâturage, enclavant de petites parcelles de terre cultivée, était conmiun à tous les citoyens. Les maisons, toutefois, doivent avoir été une propriété individuelle. Ce fut seulement après la conquête romaine que la culture des céréales prit en Gaule une grande extension. « Autrefois, dit Straben (IV, i, 2), les Gaulois étaient guerriers plutôt que laboureurs, aujourd'hui ils sont forcés de cultiver la terre. » A cette époque, le domaine collectif du peuple fut partagé et transformé en propriétés individuelles (fundi). Un grand nombre de ces fundi^ devenus aujourd'hui territoires de communes ou réduits à la condition de hameaux, ont conservé leur nom primitif, généralement dérivé d'un gentilice romain. (V. à ce sujet les différents articles de M. d'Arbois de Jubainville dans la Revue celtique^ YIII et IX.)

Institutions politiques des Celtes. — Vers l'an 400 avant notre ère, c.-à-d. à l'époque où l'empire des Celtes, sous Ambigat, était à son apogée et occupait en Europe le premier rang, la royauté était la forme du gouvernement. Déjà, un siècle plus tard, la monarchie perd cette unité et se résout en un certain nombre d'Etats indépendants. A l'arrivée de César en Gaule, on peut considérer la monarchie comme n'existant plus. Sur ses ruines se sont étaWies des républiques qui sont, en général, aristocratiques. Les mots rex, regnum^ qu'on rencontre encore dans les auteurs latins, ne répondent plus à l'idée d'un pouvoir absolu et héréditaire. D'ailleurs, sur les quarante-neuf chefs nommés dans les Commentaires de César, neuf seulement portent encore le titre de roi. A la tête de la plupart des Etats, nous voyons, à cette époque, des magistrats et un sénat. Les citoyens eux-mêmes étaient divisés en deux classes : les équités^ cavaliers ou chevaUers, qui combattaient à cheval, et la foule {plebs), qui fournissait l'infanterie aux armées. Strabon (ÏV, iv, 3) nous apprend que l'aristocratie choisisssait un magistrat annuel ; mais que, pour la guerre, le chef militaire était élu par le peuple. Chez les Aedui et les Lexovii^ le magistrat portait le nom celtique de vergohret ; mais chez eux, ce haut fonctionnaire, chargé principalement de rendre la justice criminelle, ne pouvait commander l'armée, parce qu'il lui était défendu de sortir du territoire de la cité. Sans doute, le magistrat suprême devait avoir sous ses ordres des magistrats inférieurs. César les mentionne quelquefois d'une manière générale, mais sans jamais entrer dans aucun détail sur la nature et la durée de leurs fonctions ou sur leur hiérarchie. Il indique souvent un certain nombre de personnages influents qu'il nomme principes. Ces prin-

cipes ne remplissaient une fonction publique que lorsqu'ils se rendaient à une assemblée générale de la Gaule en qua- Uté de legati,

A côté du magistrat, nous trouvons le sénat, conseil qui dirigeait les affaires publiques. On ignore comment le sénat était constitué et de quelle manière on procédait au choix de ses membres. On suppose que chaque famille aristocratique (gens) y était représentée par son chef. Il y avait différentes espèces d'assemblées (conciliiim^ conventus). M. Ernest Desjardins en distingue quatre : l^^le concilium armatum, tenu au début d'une guerre et auquel prenaient part les principes d'une cité avec leurs clients, c.-à-d. tous les hommes en état de porter les armes ; 2** le concilium ordinaire, composé de la noblesse et des druides, dans lequel se discutaient les affaires politiques ; 3<» le concilium des officiers, pendant la guerre ; c'était un conseil de guerre comme par exemple celui que présida Vercingétorix après la prise d'Avaricum; 4* le concilium général de toute la Gaule, ou du moins de toute une région, auquel les chefs et des députés des différents Etats prenaient part pour y délibérer sur les intérêts communs de tous les peuples gaulois. Dans toutes ces assemblées l'aristocratie et le sacerdoce jouaient le rôle prépondérant. Aussi César déclare que la foule était privée de tout droit et réduite à une condition presque servile. L'homme du peuple, ordinairement chargé de dettes, était le vassal, le client, Vambactus des grands seigneurs, des équités qui formaient avec les druides la clake des privilégiés. Dans la classe des équités se recrutaient les sénateurs et les cavaliers. D'après la composition de l'armée de secours envoyée à Vercingétorix lors du soulèvement général de la Gaule, on peut évaluer dans quelle proportion la population militaire de la Gaule se répartissait entre l'aristocratie et la classe inférieure. On peut admettre que pour un cavalier il y avait trente fantassins. Polybe (II, xvii, 12), en parlant des Gaulois qui sont venus conquérir le nord de l'Italie, dit que celui d'entre eux qui se fait le plus craindre, celui qui exerce la plus grande puissance est celui qui se montre entouré du nombre le plus considérable de serviteurs. Ces hommes forment avec leur chef une association de camarades (Ixaipsta). Il faut distinguer entre deux espèces de clients : les uns, compagnons d'armes de leurs patrons, tenaient, quoique pauvres, un rang presque égal au leur ; les autres étaient des pâtres, des laboureurs, des ouvriers, et c'est de cette dernière catégorie que César dit que sa condition est presque celle des esclaves, qu'elle ne prend l'initiative de rien et n'est appelée à aucun concilium.

Les équités jouissaient de la terre cultivée à chai^ge de redevance à l'État ; cette terre était cultivée et moissonnée par les clients de la seconde catégorie. Les pâturages étaient bien une propriété collective ; mais les bestiaux qu'on y menait appartenaient surtout aux nobles. Le grand seigneur, entouré de ses nombreux vassaux ou clients qui le soutenaient et défendaient, en échange de la protection qu'il leur donnait, pouvait, comme Orgétorix, tenir tête aux magistrats. La majorité du sénat, en effet, était impuissante contre le chevalier qui réunissait autour de lui, grâce à l'appui de ses vassaux, une force armée supérieure à celle dont la majorité du sénat pouvait disposer. (V. d'Arb. de Jubainville, Rev, celt,y VIII.)

Les Romains ont donc trouvé en Gaule une sorte d'organisation féodale, analogue, en principe du moins, à celle du moyen âge. La puissance romaine a arrêté le développement de la clientèle des chefs ; la chute de l'empire romain d'abord, ensuite l'affaiblissement des princes carolingiens ont fait faire à cette clientèle des progrès, d'où est résultée en partie la constitution féodale du moyen âge. (V. J.Flach, les Origines de l'ancienne France ;Psirk, 1886, pp.5D-60.) Cependant, le système de clientèle ne s'appliquait pas seulement aux individus ; il s'étendait aux êtres collectifs ; un peuple faible était chent d'un autre peuple plus fort que lui. C'est ainsi qu'il se formait des confédérations

CELTES

qui embrassaient presque toute la Gaule proprement dite. A l'époque de César, deux peuples rivaux, les Eduens et les Arvernes, se disputaient l'autorité politique suprême du pays, c.-à-d. le patronage sur les différents peuples gaulois.

Industrie des Celtes. — Originairement les Celtes étaient un peuple de pâtres ; peu à peu ils s'adonnèrent à l'agriculture, dont ils surent perfectionner les procédés primitifs. L'emploi de la chaux blanche et de la marne comme amendement des champs, la charrue à deux roues, le soc à forme de pelle, la herse, le tamis fait de crins de cheval, la saupoudration des raisins avec une certaine poussière pour en hâter la maturité, une certaine façon de tailler et d'étayer la vigne et même la falsification des vins pour leur donner le goût de poix, recherché par les Romains, sont des inventions que Pline, Varron, Strabon et d'autres auteurs attribuent aux Gaulois. En fait de céréales ils cultivaient, à l'époque romaine, en partie pour l'exportation, le froment (gittov), le blé de trois mois {Iriticum trimestre)^ le siligo ou triticum hibernum^ le millet et le panic. Quand, sous la domination romaine, la culture de la vigne se fut développée en Gaule, le commerce des vins prit une grande extension, surtout à Lyon, où il existait une puissante corporation de marchands de vins {vinani),{S. Greppo, Essai sur le commerce des vins à Lugdunum et dans les Gaules^ dans Rev. du Lyonnais^ t. XIII, pp. 449 et suiv.) Pour loger les vins, ils remplacèrent les outres et les amphores par des tonneaux de bois cerclé, de leur invention. La culture du chanvre était fort répandue dans la vallée du Rhône et en Auvergne ; mais surtout le lin et les tissus qu'on en fabriquait en Gaule jouissaient d'une grande renommée. Cette plante textile était particulièrement cultivée par les Cadiirci^hs Caleti,\esRuteni,hs Bituriges Cubi et les Morini. Les Gaulois du Quercy se servaient aussi du hn pour fabriquer des matelas et pour rembourrer les lits. Les Gaulois fabriquaient également beaucoup de tissus en laine, des tapis brodés et surtout des saies (sagum), qu'ils savaient teindre avec une certaine habileté en se servant des baies du vaccinium (myrtille), et d'autres sucs végétaux. Dans le pays des Morini et sur les bords du Rhin on élevait des masses d'oies, dont on appréciait déjà le foie et qu'on expédiait en ItaHe. Athénée et Martial vantent les jambons de la Séquanie et d'autres produits de la charcuterie gauloise, fort prisés à Rome. Arrien, à plusieurs reprises, cite les Gaulois comme d'habiles chasseurs et loue beaucoup une race de chiens gaulois produite par le croisement avec des loups. Pêcheurs adroits, ils perfectionnaient l'art de construire des barques, pour lesquelles, dans la Gaule cisalpine, ils fabriquaient des voiles avec des joncs, tandis que les Venètos de l'Armorique employaient des peaux de bœufs pour le même usage.

Les Celtes n'étaient pas artistes. Nous ne pouvons juger de leur architecture que d'après quelques murailles de défense découvertes à Avaricum (Bourges), à Bibracte (mont Beuvray) et à Mursceint, dans le dép. du Lot, et par les tumiili, à noyau de pierre, formant de véritables cimetières et caractérisés par la présence, déjà abondante, du fer, à côté de nombreux bijoux et ustensiles en bronze et par l'absence complète d'armes et d'objets en pierre. M. Alex. Bertrand considère ces tumuli comme l'œuvre des Celtes. Il a démontré qu'ils se trouvent à l'E. d'une ligne, partant de Namur en Belgique, se dirigeant parallèlement aux côtes de l'Océan jusqu'à Soissons, pour s'incliner au S. sur Laon, puis sur Lyon, où elle se confond avec le Rhône. A l'O. de cette ligne s'étend la zone des monuments dits mégalithiques, contenant exclusivement des objets en pierre et en bronze, mais le plus souvent en pierre, jamais en fer, et qui sont l'œuvre de populations qui ont précédé les Celtes sur le sol gaulois. Les rares œuvres de sculpture, dont l'origine celtique est indéniable, sont des ébauches grossières et barbares. La pein-

ture n'avait pour objet que le luxe des armes et était pratiquée par des ouvriers plus ou moins habiles. En somme, on peut dire qu'avant l'époque romaine les arts plastiques n'existaient pas. Les Celtes, par contre, doivent avoir eu un goût prononcé pour la musique. Les chants des bardes, accompagnés du son d'un instrument à cordes, jouissaient d'une certaine célébrité.

Les Gaulois étaient d'excellents métallurgistes et exploitaient de nombreuses mines. M. Daubrée a constaté dans une foule de régions de la France des monceaux de scories qui ne peuvent dater que de l'époque antérieure à la conquête romaine. (V. Aperçu historique sur l'exploitation des métaux dans la Gaule, dans Rev. archéoL, 4868, t. XVII, pp. 298-313.) Strabon (ÏV, ir, 2), parle des grandes exploitations de mines et do forges chez les Bituriges Cubi et les Petrocorii. Les Gaulois connaissaient l'art de ferrer les chevaux et les bœufs. (V. J. Quicherat, Mélanges d'hist. et d'archéoL, I, 167-186.) Ils possédaient du cuivre de bonne qualité en Aquitaine et au pays des Ceutrones, dans les Alpes. A Vaudrevange, près de Sarreîouis, M. Daubrée a relevé, à l'entrée d'une galerie pratiquée sur un point où la roche est parsemée de petits grains de cuivre carbonate, l'inscription : OFFiciNA EMiLiANA, qui indique qu'il existait en cet endroit une exploitation industrielle. Cependant, la plus grande mine de cuivre exploitée par les Celtes était celle de la montagne de la Haya, près d'Irun, en Espagne. Le cuivre n'étant pas employé pur, mais toujours ahié à l'étain, on s'est demandé d'où ils tiraient ce dernier métal, dont on ne connaissait pas autrefois une mine sur le territoire gaulois, pour fabriquer le bronze. Mais, il y a quelques années, M. Daubrée a constaté des traces d'exploitation de mines d'étain dans les dép. de la Haute- Vienne, de la Creuse, de la Corrèze et de l'Allier. (V. Comptes rendus de l'Acad. des se, t. LXVIII, séance du 40 mai 4869.) Le bronze leur servait à fabriquer des armes, des ustensiles, des plaques destinées à recevoir les actes publics et les contrats particuliers, des statues, comme par exemple celle du Mercure arverne de Zénodore et d'autres objets rehgieux. Les mines d'argent, très riches et très nombreuses en Espagne, sont fort rares en Gaule. Cependant Strabon (IV, n, 2) cite celles des Gabali et des Ruteni. L'exploitation du minerai de plomb par les Celtes a été signalée sur différents points du territoire français ainsi que dans le S. de l'Allemagne. Les auteurs classiques admirent les procédés de l'étamage, du plombage et de l'argenture, pratiqués par les Gaulois avec une grande habileté. Les habitants d'Alesia appliquaient l'argent sur le cuivre et en fabriquaient les ornements des chevaux et les harnais des attelages. Nous savons par l'histoire de Bituitus qu'on a même argenté les chars. Pour leurs monnaies et leurs parures, les Gaulois tiraient l'or non seulement des mines du pays des Tarbelli, des Cévennes et des fdons de quartz aurifère du Limousin, mais encore, au moyen du lavage, du lit de certains cours d'eau, du Rhin et du Tarn entre autres, et de quelques torrents des Cévennes et des Alpes. Ils en fabriquaient des armilles, des colKers, des bracelets, des bagues, des fibules, des ornements pour les cuirasses et d'autres bijoux. Des émaux champlevés étaient fabriqués sur les bords de l'Océan et dans plusieurs ateliers qu'on a trouvés garnis de tous leurs ustensiles sur le mont Beuvray, à Bibracte. MM. Bulliot et H. de Fontenay ont analysé l'émail découvert dans cette intéressante station et ont expliqué, après les avoir reproduits, les procédés de fabrication. Voici leur conclusion : « L'émaillerie était pratiquée dans la Gaule antérieurement à l'ère chrétienne, et les Romains, lors de la conquête, trouvèrent cette industrie florissante dans le pays des Eduens. » (V. Bulliot et IL de Fontenay, l'Alix de l'émaillerie chez les Eduens avant l'ère chrétienne; Paris, 4875.) L'art monétaire, lorsqu'il n'a pas été une imitation plus ou moins maladroite des statères grecs et des deniers

CELTES

romains, est absoUimoiit })arl)are. La plus grande partie (les monnaies '^celtiques était imitée des statères de Pliilippe II, roi de Macédoine (360-336). C'est du règne de

Monnaies celtes.

ce prince, c.-à-d. du milieu du iv^- siècle, que datent les débuts du monnayage celtique. Cet art, après une courte période de spleindeur, dégénéra rapidement ; dès le

Céramique gauloise.

Céramique des dolmens.

i^'^ siècle av. J.-C, il [était en pleine décadence. (Voy, E. Hucher, VArt gaulois o\i les Gaulois d'après leurs médailles.) Aucun auteur ancien n'a fait allusion aux caractères distinctifs de la céramique gauloise en général, ou de l'un de ses produits. Mais il y a une grande différence entre la poterie, aux formes grossières, telle qu'on la trouve à l'âge des dolmens et qui est l'œuvre d'une civilisation beaucoup plus ancienne, et les produits de la céramique qu'on attribue au^ff'Gaulois. Dans le dép. do Lot-et-Garonne, on a découvert d'anciens fours à potier. (Vov. ïiev. arehéol.^ nouv. sér., 1868, t. XVni, pp. ^297-^299, pL XXIIL)

II. Histoire. Origine des Celtes. — La linguistique a démontré l'affinité des langues celtiques avec le sanscrit et les a fait rentrer dans la grande famille des langues indo-européennes. Les Celtes sont donc d'origine aryenne. Leur berceau primitif se trouvait probablement en Asie ; mais ce n'est qu'après leur établissement en Europe qu'ils se sont séparés du tronc commun des peuples enropéens, dont ils formaient avec les ancêtres des GrecFet ceux des Itabotes l'un des trois rameaux principaux. Le premier qui s'en détacba était celui des peuples slavo-germaniques; le second, celui qui devait peupler les contrées du S. et de l'O. de l'Europe, était composé des nations qui, dans l'antiquité, étaient connues sous les noms de Thraces, d'Illyriens et de Ligures. Le groupe gréco-italo-celte resta encore uni pendant de longs siècles et ne se divisa, selon toute probabilité, qu'à la suite de l'établissement des Scythes en Europe vers l'an 1500 avant notre ère. Il s'en détacha d'abord la race des Hellènes qui se dirigea vers le S. pour aller occuper la Grèce et les côtes de l'Asie Mineure, puis, deux cents à trois cents ans plus tard, ce furent les Italiotes qui émigrèrent pour prendre possession de la péninsule italienne, où ils finirent par se séparer en deux branches distinctes : les Latins et les Ombriens. Quoiqu'on ait appelé ces derniers veteres Qalli^ ils n'étaient point de race celtique ;

ils n'étaient parents des Celtes qu'au même degré que les Latins. Les langues celtiques et les langues italiques se distinguent nettement les unes des autres ; cependant , elles sont de beaucoup phis proches parentes entre elles que ne le sont les idiomes italiques et le grec. (V. d'Arbois de Jubainville, le Celtique et rOnibrien, dans ïiev. celtique, 111, pp» 40-46. ) Le rameau des Celtes, après le départ des ltaliot(^s, continuait à occuper la majeure partie de ri^urope centrale qu'il était seul à défendre désormais contre les empiétements des Scytk^s venant de l'Est.

La Celtique primitive. — L'Europe centrale peut être considérée comme le véritable pays d'origine de la race celtique. Là, cette race, détachée du tronc commun gréco-italo-cehe, développa le type historique qui la caractérise et fonda un des empires -les plus puissants et les moins connus. Les Grecs du vi^ et du v^ siècle désignaient du nom vague d'ÏIyperborécns tous les peuples inconnus du N,-0. Plus tard , ce nom qui avait primitivement une acception mythologique, fut identifié avec celui de Celtes, mais persista pondant quelque temps encore à côté de la nouvelle dénomination. Il est encore employé par Héraclide du Pont qui, vers la fin du iv^ siècle, appelle Hyperboréens les Gaulois qui, en 390, s'emparèrent de la ville de Rome. Dans ces temps reculés, les voisins des Celtes étaient, à l'O. les Ibères, sur la rive gauche du Rhin, et à FE., les Scythes qui s'avançaient par les steppes de la Russie méridionale pour aller faire la conquête de l'Europe. Plutarque, dans sa Vie de Marins (ch. xi), pour expliquer les invasions périodiques des peuples du Nord en général et celles des Cimbres et des Teutons en particulier, s'appuyant sur des renseignements puisés dans les écrits de Posidonius, émet l'hypothèse que la Celtique s'étendait, au N. du Pont, jusqu'à la Scythie et que le long de la frontière il y avait une zone, habitée par un peuple appelé les Celtoscythes, issus du mélange de deux nations. C'est de là qu'à diverses époques ce peuple mixte serait parti, tantôt sous le nom de Scythes, tantôt sous celui de Gaulois ou de Galates pour venir inonder de ses hordes barbares les régions méridionales de l'Europe. Ces mêmes Celtoscythes auraient été les Cimmériens des anciens, et plus tard les Cimbres dont l'invasion fut glorieusement arrêtée par Marins. M. Miillenhoff' voit dans cette hypothèse du célèbre biographe un des plus anciens documents qui fasse mention des Germains ; « à la caractéristique de cette race, dit-il, il ne manque que le nom ». (V. Deutsche Alterth., II, 162-189.) Quoi qu'il en soit, ces indications vagues nous permettent d'admettre que les Celtes, pendant cette période obscure, avaient pour voisins à l'E. les Scythes et vers le N.-E. les (rcrmains, et qu'à mesure qu'ils perdaient, à l'E., du terrain à la suite des empiétements progressifs de ces deux voisins belliqueux, ils durent reculer peu à peu vers l'Occident et chercher, dans les vallées du moyen et haut Danube et sur les rives du Rhin, une compensation pour les territoires enlevés. Les Scythes, bientôt maîtres de toute la partie méridionale de la Russie, en étendant successivement leur domination sur la vallée inférieure du Danube et les plaines de la Hongrie, de l'Autriche et de la Styrie, finirent par intercaler un puissant empire entre celui des Celtes et la Grèce, empire auquel la plupart des auteurs grecs du vi^ au iv'^ siècle assignent comme frontière occidentale les monts Rhipées et le pays des Hyperboréens. Cela revient à dire que les Scythes, à un moment donné, s'étaient avancés jusqu'aux monts Carniques. Vaincus par le fer des Scythes, les Celtes apprirent d'eux à se servir de ce métal précieux. D'après M. d'Arbois de Jubainville, ils leur auraient également emprunté l'usage du pantalon, auquel ils donnaient le nom de braca.

Pendant que dans le S. de l'Europe les Celtes durent se retirer devant les Scythes, ils furent refoulés simultanément dans les contrées septentrionales par les Germains, peuple alors inconnu et que, pendant longtemps encore, les

CELTES

Grecs et plus tard les Romains confondirent et identifièrent avec les Celtes eux-mêmes. Il est difficile de déterminer jusqu'à quel point cette confusion était justifiée par des infiltrations d'éléments germaniques dans le monde celtique. La seule chose qu'on ait pu faire, a été de déterminer d'une manière approximative quelle était, à cette époque reculée, la position respective des deux nations. M. Miillenhoff démontre que beaucoup d'affluents de droite du Rhin , comme le Main, la Sieg ( :=z Sequand) y la Ruhr {=Araiira, Arauris, l'Hérault), l'Embscher, la Lippe portent, comme le fleuve lui-même, des noms celtiques ; il ramène à la même origine le nom du mont Taunus et les noms de toute cette grande quantité de cours d'eau et de localités du N.-O. de l'Allemagne, qui, dans les documents du moyen âge, se terminent en apa (allem. a fa, affa). Il en conclut qu'une zone de forêts, formée par le Harz et les hauteurs de la Thu ringe avec leurs ramifications vers l'E., séparait jadis le territoire des Celtes de celui des Germains et que les deux nations ne se rencontraient que dans les plaines de l'Allemagne du Nord. (V. Deutsche Alterth,, II, 218-236.) D'après M. d'Arbois de Jubainville, les langues germanique et celtique possèdent en commun un certain nombre d'expressions dont plusieurs sont certainement d'origine celtique et qui rappelleraient une époque où les Germains vivaient sous la domination des Celtes. (V. Hev. historique^ XXX, 20-34.) Sur ces temps reculés, on n'a que des renseignements fragmentaires et obscurs. L'histoire n'a enregistré que les faits qui se sont passés sur la périphérie méridionale de l'empire celtique, sans mentionner les changements et bouleversements qui se produisaient simultanément au centre.

Migrations des Celtes. — Vers la fin de cette première période obscure, une grande masse de peuples celtiques doivent avoir été concentrés près des sources du Danube et sur la rive droite du Rhin. C'est là qu'il faut placer le point de départ des grandes migrations celtiques. L'histoire ne nous fournit absolument pas de donnée permettant de déterminer la date à laquelle ces Celtes passèrent le Rhin pour la première fois. Aussi a-t-on dû abandonner le système chronologique établi par Amédée Thierry. D'après l'éminent historien des Gaulois, une première invasion en Gaule, celle des Galls, peuple de race celtique, aurait eu Heu vers l'an 1600 ou 1500av. J.-C; elle aurait été suivie d'une seconde, celle des Kymris, peuple différent, quoique de même race, qui se serait effectuée de 631 à 587. M. Alex. Rertrand fait un pas de plus. Pour lui, les Galls sont des Celtes et les iTi/mr/s des Gaulois ou Galates, et il admet, probablement pour des raisons archéologiques, pour la Gaule, une période celtique s'étendant de l'an 1200 ou 4000 à l'an 600 ou 500 et une période gauloise ou galatique de l'an 600 ou 500 à l'an 250 avant notre ère. Mais rien ne nous autorise à faire reculer l'arrivée des Celtes en Gaule au delà du vii*^ siècle, ni à considérer ce pays comme le centre d'où seraient parties ces grandes migrations celtiques qui ont bouleversé l'Europe et dont l'histoire a en partie gardé un souvenir précis.

Les différentes migrations des Celtes peuvent être réduites à trois. Toutes les trois ont leur point de départ dans les régions transrhénanes et pour objectif l'une des trois grandes péninsules de l'Europe méridionale : l'Espagne, l'Itahe et la Grèce. D'après le nom que les auteurs anciens donnent, à différentes époques, au célèbre peuple voyageur, on pourrait appeler la première la migration celtique, la seconde la migration gauloise, et la troisième l'expédition galatique.

Migration des Celtes en Gaule, en Espagne et dans les îles Britanniques (vii^ siècle av. J.-C.?). — C'est en Espagne que les Grecs apprirent à connaître les Celtes, et c'est probablement là qu'ils entendirent pour la première fois prononcer le nom de Celtes. Quelques données fragmentaires, éparses dans les écrits des anciens,

nous permettent de préciser, d'une manière approximative, la date à laquelle il faut placer la conquête de ce pays par les Celtes. Les Ora maritima d'Avienus nous ont conservé un ancien document, le Périple, écrit vers le milieu du vi*^ siècle, qui, dans son énumération des peuples de l'Espagne ne mentionne pas encore les Celtes, tandis qu'il présuppose déjà l'état florissant de la ville de Marseille, fondée vers l'an 600 par les Phocéens {Ora maritima, v. 694-702). Il faut donc placer la venue des Celtes en Espagne vers la fin du vi*^ siècle, en se gardant toutefois d'assigner à cet événement une date plus récente, vu qu'Hérodote (II, 33), au v^ siècle, parle des Celtes comme d'un peuple établi depuis un certain temps déjà dans la péninsule hispanique. Si les Celtes ont pénétré en Espagne vers la fin du vi*^ siècle, ils devaient avoir occupé une partie de la Gaule déjà depuis quelque temps. M. d'Arbois de Jubainville date le passage du Rhin du vii*^ siècle. Avant les Celtes et après les Ibères, la Gaule était occupée par les Ligures. Refoulant ces derniers vers le S.-E. de la Gaule, les nouveaux conquérants prirent possession du N. et du centre du pays et s'avancèrent vers les rives de la Garonne, d'où ils gagnèrent l'Espagne. Comme, à l'époque de la rédaction du Périple, la présence des Celtes est signalée non seulement dans le N.-O. de la Gaule, mais aussi dans les fies Britanniques, et comme la langue commune aux Gaulois et aux habitants d'Albion, les Britanni proprement dits, s'est développée d'une manière uniforme sur les deux côtes de la Manche, on peut admettre que le courant migratoire venant du Rhin, après avoir atteint les côtes de l'Océan s'est séparé en deux : les uns se sont dirigés vers l'Espagne et les autres ont traversé la Manche. Dans l'un et l'autre pays, les Celtes ont trouvé des Ibères. Pour le mentionner en passant. César (De BellogalL, V, 12) nous apprend que, quelque temps avant son arrivée en Gaule, une colonie de Belges était allée s'établir dans les provinces méridionales de l'Angleterre. (Sur l'histoire et l'ethnographie de la Grande-Bretagne pendant les siècles antérieurs à l'invasion anglo-saxonne, V. J. Rhys, Early Britain. Celtic Britain; Londres, 1885.)

Cependant la conquête de la Gaule ne s'était point faite du jour au lendemain. Pendant longtemps encore les Celtes n'y étaient point les seuls maîtres et probablement ce n'est que postérieurement à l'an 400, lors de leur expédition en Italie, qu'ils atteignirent le littoral gaulois de la Méditerranée. Ils durent préalablement chasser les Ligures des régions de l'Ouest, où leur nom, d'après Etienne de Byzance, est resté à la Loire (Liger), pour les refouler peu à peu vers le S.-E. de la Gaule. Un souvenir de ces conquêtes faites par les Celtes aux dépens des Ligures nous a été conservé par Avienus qui, reproduisant un document du vi^ siècle, nous montre les Ligures rejetés dans les Pyrénées près de l'Océan, au miUeu des neiges où les ont chassés les Celtes après avoir dévasté leur pays par de nombreux combats [Ora marit., V. 131-137). Cependant Annibal, en 218, lojs de son passage par la Gaule, ne rencontre déjà plus M Ligures entre les Pyrénées et le Rhône. Ils venaient d'être refoulés, vraisemblablement, par les Volcœ, dans les pays qui s'étendent à l'E. du Rhône jusqu'aux Alpes, où ils se soutinrent encore pendant longtemps. Aristote, mort en 322, place encore en Ligurie la perte du Rhône, à Bellegarde (Meteorol.^ 1, 13, § 30). La Provence, le pays que les Ligures avaient occupé avant les Grecs et où leur présence est attestée dès le ix^ siècle, est également la région de la Gaule où ils se sont maintenus en dernier lieu. C'est là surtout que leur souvenir s'est perpétué et qu'il devait subsister très vivace encore à l'arrivée des Romains.

Vers la fin du vi^ siècle, les Celtes, après avoir conquis sur les Ligures le N. et le N.-O. de la Gaule, rejetèrent les Ibères au delà de la Garonne, dans les vallées des Pyrénées et descendirent par l'O. en Espagne, alors en partie soumise depuis de longs siècles à

CELTES

la suprématie des Phéniciens. Après s'être établis dans le N.-O. du pays, où Hérodote leur assigne les Cynèses (Cunètes) comme voisins, ils étendirent peu à peu leur domination jusqu'à Cadix (Strab., II, iv, 4). A côté des Phéniciens, les Celtes trouvèrent dans la Péninsule hispanique le peuple ibérien, avec lequel ils se mêlèrent pour former la nation des Celt ibères. M. d'iVrbois de Jubainville estime toutefois que ce nom ne désigne point un peuple mixte, mais plutôt un peuple celtique établi sur les bords de Ylber (Ebro). Le nom même des Celtes se retrouve non seulement dans celui des Celtibères mais aussi dans Celtici (KbXxvaoI), peuplade de la vallée inférieure du Tage, dans Celti^ ville de la Bétique, et dans les inscriptions Celtitanus et Celtaub^ trouvées sur des médailles. (V. Kuhn, Beitrœge, III, 366-367.) En outre, la présence des Celtes en Espagne est attestée par la toponymie de nombreuses localités de la Celtibcrie, la Lusitanic et la Galice. La domination des Celtes en Espagne dura près de deux cents ans. Ils durent se retirer au N. des Pyrénées devant les Carthaginois qui, sous Amilcar Barca et sous Asdrubal, firent, de 238 à 219 avant notre ère, la conquête du pays.

Migration des Celtes en Italie, en lllyrie et e7i Bohême (Expéditions de Bellovèse et de Sigovèse, iv^ siècle). Après le départ des bandes celtiques qui sont allées chercher fortune en Gaule, en Espagne et dans les îles Britanniques, le gros de la nation continuait à rester dans l'Allemagne occidentale, et c'est sur les bords du Rhin, dans les contrées du Main, et non dans l'intérieur de la Gaule que, suivant M. Mûllenhoff, il faut localiser l'empire légendaire d'Ambigat, la grande pépinière des émigrations celtiques vers l'Italie d'une part et vers les pays à l'E. des Alpes et la Bohême d'autre part. C'est sur les bords du Rhin que Bellovèse et Sigovèse se seraient séparés.

Le récit que Tite Live nous a laissé de cette double expédition est une légende. On soupçonne les Insubres de Milan de l'avoir inventée. Après la conquête de la Gaule cisalpine par les Romains, ces Milanais tenaient à rattacher aux noms des rois Ambigat et Bellovèse les souvenirs d'un empire glorieux qu'ils plaçaient au centre de la Gaule. En énumérant avec soin les peuples qui auraient pris part à l'expédition, ils voulurent prouver que leur mère-patrie était au cœur même de la Gaule transalpine. Remplie de contradictions et d'invraisemblances, cette fable fait remonter à l'époque de la fondation de Marseille une première expédition des Celtes, suivie de plusieurs autres. Or, à côté de cette tradition légendaire, recueillie par l'historien de Padoue, il en existait une autre, dont on trouve des vestiges dans Polybe, Caton, Trogue-Pompée, Diodore de Sicile, Arrien et même dans Tite-Live. D'après cette dernière tradition, on aurait eu à Rome le souvenir d'une seule invasion de Gaulois en Italie, celle qui mit fin à l'empire des Etrusques et qui, par la prise de Rome, en 390 ou 389, faiiïit écraser la puissance naissante des Latins.

Le premier exploit des Celtes en Italie qui soit daté par les auteurs anciens est la prise de Melpum, ville florissante de la province septentrionale de l'Etrurie. D'après Pline (III, 25), cette cité serait tombée au pouvoir des Gaulois le jour même où les Romains sont entrés victorieux à Veii. A n'en pas douter, cette tradition légendaire doit mettre en évidence le fait historique que la domination des étrusques a succombé à la suite des attaques simultanées des Celtes au N. et des Romains au S. La chute de l'empire étrusque et la prise de Rome, voilà les seuls faits qui permettent de préciser la date de l'expédition gauloise en Italie. Si, avant cette époque, les Alpes avaient été franchies par les Celtes, Hérodote, au v'^ siècle, n'aurait pas manqué de signaler leur présence en Italie.

M. Mûllenhoff fait observer que les Boii prirent part à la fois à l'expédition de Bellovèse et à celle de Sigovèse ; donc, ils ont dû se trouver au point de départ du double mouvement. Ce point central ne doit être cherché ni en

Gaule, ni en Bohême, mais entre les deux, dans une contrée rhénane, peut-être dans le bassin du Main ou dans celui du Neckar. Là, il s'est produit un mouvement simultané et parallèle vers le S. sur les deux rives du Rhin : les uns se |sont dirigés à l'E. et les autres à l'O. des Alpes, et leur jonction s'est faite sur les bords de la mer Adriatique. Il est même possible qu'à la même occasion, à la suite du même ébranlement du monde celtique, les Belges à leur tour se soient détachés de la souche commune pour passer le Rhin et les Ardennes, d'où ils atteignirent les rives de la Marne et le cours inférieur de la Seine. La cause de tout ce mouvement doit probablement être attribuée à une pression exercée par les populations germaniques qui, venant du N.-E. et refoulant leurs plus proches voisins celtiques vers le S.-O. tendaient à se rapprocher du Rhin.

L'expédition des Celtes en Italie présuppose la conquête du S.-E. de la Gaule toujours encore occupé par les Ligures. Quant à la preuve que c'est par la Gaule que l'armée envahissante a pris son chemin et non par les défilés orientaux des Alpes, nous la voyons dans la présence dos Salluvii, peuple ligure, dans cette armée. Avant de franchir les Alpes, les Gaulois ont dû s'arrêter un certain temps dans la vallée du Rhône, où quelques-unes de leurs tribus se sont même fixées et où, fusionnées avec les populations ligures, elles ont produit le peuple mixte des Celto-Ligures. Cependant, malgré cette fusion, à laquelle Roget de Belloguet accor^de une importance exagérée, l'élément ligure continua à prédominer, au moins dans la vallée du Rhône, carAristote,qui écrit pendant la dernière moitié du iv^ siècle, considère toujours encore cette vallée comme un pays ligure. Tandis que les uns se fixèrentauS.-E.de la Gaule, les autres, entraînant aveceux certains peuples ligures, comme par exemple les Salluvii, remontèrent la vallée de la Durance, traversèrent le pays des Taurini^ passèrent le mont Genèvre et pénétrèrent dans le N. de l'Italie, où ils mirent fin à la domination des Etrusques. A peu près en même temps qu'eux, d'autres peuples celtiques venant par le chemin à l'E. des Alpes, se rapprochaient également de l'Italie. Trogue- Pompée raconte qu'une partie des émigrants se rendit en Italie et s'empara de Rome pendant qu'une autre bande, après s'être frayé un chemin à travers des peuples barbares, pénétrait jusqu'en lllyrie. Ceux-ci descendirent par la haute vallée du Danube, franchirent les Alpes Noriques pour pousser une pointe jusqu'aux côtes de la mer Adriatique. Ici, comme dans la vallée du Rhône, les Celtes s'avançaient lentement, refoulaient peu à peu les Illyriens, occupaient les terres conquises et finirent par se fusionner avec les populations indigènes. Le chemin qu'ils parcoururent est nettement désigné par toute une traînée de peuples celtiques, plus ou moins mélangés, parmi lesquels la tribu illyrico-celtique des lapodes s'était le plus avancée vers le S. pour occuper les versants du mons Albius, dans l'Herzégovine actuelle ; au N. des lapodes et à l'O. des Alpes Juliennes, s'étaient fixés les Garni, et plus au N., les Taurisci occupaient le bassin supérieur de la Drave, les vallées de l'Eus et de la Salzach et s'étendaient jusque sur les bords du Danube. Théopompe est le premier auteur grec qui ait signalé la présence des Celtes dans les pays illyriens : en racontant dans le livre I de ses Philippiques les expéditions de Philippe de Macédoine, il fait incidemment mention d'une guerre que les Celtes, vers 360, auraient faite aux Ardyœi, peuple illyrien établi près du 7nons Albius, à l'endroit où nous trouvons plus tard les lapodes. C'est sans doute de ces régions que les Celtes, en 334, envoyèrent une ambassade dans la vallée inférieure du Danube i)our offrir leur alliance à Alexandre le Grand, alors en guerre avec les Triballes et les Gètes. (V. Ptolémée, fils de Lagos, cité par Strabon, p. 301 ; Arrien, Anabasis, I, 4; 6-8.) On peut dater de cette époque les premières relations politiques entre l'empire celtique et la puissance grecque. Le territoire occupé par les lapodes dans le voisinage des Ardyœi, fut selon

Cl'LTES

toute vraisemblance CDlevc aux ÂiUariales qui, vers la lin du lY^ siècle, étaient maîtres de la Paniionie et d'ime grande partie de la Thrace et qui, en 299, chassés par les Celtes, vinrent, an nombre de vingt mille, faire irruption dans le N. de la Macédoine, où Cassandre leur céda un petit territoire, près du mont Orbélos. Les succès des Celtes dans leurs guerres contre les peuples de l'IUyrie ont dû être facilités par les victoires remportées sur ces mêmes peuples par Philippe de Macédoine, qui les battit successivement en 359, 356 et 344 et par celles d'Alexandre le Grand qui, avant de partir pour son expédition en Asie, avait conquis une partie de l'Illyrie. Dans les populations mixtes des pays illyricns au S. du Danube, comme dans la vallée du Rhône, l'élément indigène restait prédominant. Tacite (Germ,^ 43) rapporte que les Pannonicns ne parlaient point la même langue que les Gaulois, et Strabon (VII, v, 4) pouvait parfaitement dire que, de son temps, l'Illyrie atteignait le Danube et touchait la Germanie. Ce mouvement migratoire fut arrêté à l'O, par une nouvelle nation, celle des Thraces, qui, vers 340, sous le nom de Gètes, fondèrent dans la vallée du Danube, aux dépens des Scythes, un puissant empire qu'ils intercalèrent entre celui des Celtes à l'O. et celui des Scythes à l'E. En attendant, le chemin, qui plus tard devait conduire les Celtes en Grèce, était tracé.

L'expédition, dite de Sigovèse, eut comme second résultat la conquête de la Bohême enlevée aux Scythes. En effet, nous trouvons plus tard des Boii établis au N. du Danube dans la Bohême actuelle. Posidonius nous apprend que, vers Fan 413 av. J.-C, les Cimbres et les Teutons les rencontrèrent au N. du fleuve, près de la forêt Hercynienne, et nous savons par Tacite que les Germains du temps d'Ariovistc avaient donné à ce pays celtique au N. du Danube le nom germanique da Boiohemiiiii (=:= demeure, pays des Boii). Les Boii quittèrent ces contrées vers Fan 60 av. J,-C. ; chassés par les Germains, ils passèrent le Danube, assiégèrent la ville de Noreia et s'établirent dans la Pannoniè. Il faut donc admettre que le courant migratoire, parti des pays rhénans vers le commencement du iv^ siècle et se dirigeant vers FE., s'est scindé dans la haute vallée du DanuJje ; les uns, prenant par la rive gauche, sont allés conquérir la Bohême, tandis que les autres se sont dirigés vers le S.-E., où nous les avons vus occuper, à FE. des Alpes, les pays illyriens entre le moyen Danube et la mer Adriatique.

Migrations des Celtes en Grèce et en Asie Mineure (ui^ siècle). Le déplacement des populations, qui eut lieu au commencement du iv^ siècle à la suite de la triple expédition des neveux d'Ambigat, a amené sur les bords du Rhin d'autres peuples celtiques, venus des plaines de la Weser et refoulés par les Germains. Cette nation belliqueuse s'attacha à leurs talons et les suivit pas à pas à mesure qu'ils s'avançaient vers le S.-O. Toujours pressés par les Germains, les Celtes, vers le iii^ siècle, se virent forcés d'entreprendre une dernière migration importante. Double comme la précédente, celle-ci prit également son cours à la fois à FE. et à FO. des Alpes et avait, à son tour, son point de départ dans les contrées rhéuanes. Au centre de ce mouvement se trouvait la nation des Volcœ qui, comme jadis les Boii^ se scinda en deux branches, dont l'une suivit l'expédition se dirigeant vers FE., et l'autre celle prenant le chemin opposé.

Nous l'avons vu, le chemin qui devait conduire les Calâtes en Grèce était tracé. Dès le commencement du \\f siècle, des peuples celtiques étaient maîtres du bassin de la Morawa, d'où ils menaçaient la péninsule hellénique. Ils firent une première incursion en 284 sous la conduite de Cambaulèset pénétrèrent jusqu'en Thrace. L'année suivante, trois armées se mirent en marche : la première, commandée par Ceréthrius, alla attaquer les Triballes de la vallée de FIsker ; Bolgios, avec la deuxième, se dirigea contre la Macédoine, tandis que plus à FO. Brennus, à la tête d'une troisième, allait s'attaquer aux Illyriens. Pto-

lémée Ceraunos, qui s'opposa à Bolgios, fut tué, son armée défaite, et la Macédoine tomba au pouvoir des Celtes. En 279, Brennus, avec une puissante armée, traversa la Macédoine et la Thessalie et pénétra jusque dans le cœur de la Grèce ; mais avant que ce corps d'armée ait pris le chemin vers le S., il s'eu était détaché, à la suite de dissensions intestines, une horde de 20,000 hommes, qui, sous la conduite de Léonorius et de Lutarius, traversa le S. de la Thrace pour passer, au commencement de Fannée 278, en Asie Mineure (Pol., I, 6; Pausan., X, xxiii, 9; Tite- Live, xxxvin, 46). Pendant ce temps, une autre bande de 45,000 hommes à pied et de 3,000 cavaliers partis des plaines de la Morawa s'avança vers FE., pénétra en Thrace, battit les Triballes et les Gètes, s'avança au S. de la Thrace, dans la vallée du Nestos et du Strymon, où elle fut mise en déroute par Antigone Gonatas (Justin, xxv, 4-2 ; Trogue-Pompée, ProL, 24-25). Peu de temps après, ce dernier prit à sa solde une armée de Celtes de 30,000 hommes, commandée par Biderius, pour disputer à Antipater, son compétiteur, la couronne de la Macédoine (Polyen, IV, 6, 47). Désormais, on rencontre fréquemment des mercenaires galates dans les armées grecques et même il n'est pas rare de les trouver dans des camps opposés. Après la défaite de Brennus, près de Delphes, Bathanatus doit avoir ramené une partie de l'armée vaincue dans la vallée de la Morawa, tandis qu'une autre partie se retira dans le S. de la Thrace, où elle fonda au pied du mont Hœmus un petit empire, dont la capitale fut Thylé, mais qui s'écroula vers l'an 242 avant notre ère(Polybe, II. 45). Cependant le courant principal de la migration du ifi^ siècle traversa les Alpes orientales, les vallées de la Drave, de la Save et de la Morawa, descendit le Danube et s'approcha des côtes de la mer Noire. Toute cette vaste contrée fut conquise et couverte de villes, dont les noms, conservés par la géographie romaine, sont identiques à ceux de la Gaule propre. Sur cet immense parcours, nous trouvons deux Cambodunum (Kempten et Weilheim en Bavière) ; Artohriga près de Laufen en Bavière ; Boiodurum (Innstadt, eu face de Passau) ; Vindobonna (Vienne en Autriche) ; Bregetio (O'Zôny en Hongrie) ; Singidunum^ nom dont la première partie paraît dériver d'un peuple appelé Sigynnes^ qu'Hérodote place au N. du Danube (Belgrade) ; Durostorum (Silistrie) et Noviodiinnm (Isaaktcha).

Les 20,000 Galates qui avaient passé sous Léonorius et Lutarius en Asie Mineure aidèrent le roi Nicomède à remonter sur le trône de la Bithynie. Probablement renforcés par les débris de l'armée de Brennus et d'autres bandes celtiques, ces Galates de l'Asie fondèrent sur les bords de FHalys et du Sangarius un petit Etat, dans lequel nous trouvons trois peuples celtiques différents : les Trocmi ou Trogmi^ les Tolistobogii et les Tectosages. Comme nous savons que des Volcœ Tectosages occupaient à la même époque Toulouse et le territoire s'étendant le long de la Méditerranée depuis les Pyrénées jusqu'au Rhône, que les Volcœ Arecomici étaient établis un peu plus à FO., près de Nemaiisus^ et comme d'autre part les auteurs classiques nous apprennent que des Tectosages occupaient la foi'êt Hercynienne, où ils existaient encore du temps de César, il est permis de considérer ces Tectosages de la forêt Hercynienne comme la souche commune d'une partie des Galates de l'Asie Mineure, ainsi que des Volcœ Tectosages et Arecomici du midi de la Gaule. Il s'ensuit que ces Volcœ se trouvaient au centre de la migration du ni^ siècle et que cette migration avait son point de départ dans les pays transrhénans. Expulsés par les Germains, les Volcœ se sont séparés en deux bandes : l'une remonta le Rhin, pénétra en Gaule, longea le Jura, gagna la vallée du Rhône, atteignit les bords de la Garonne et occupa le pays s'étendant entre les Pyrénées et le Rhône, le long du littoral de la Méditerranée, pays qu'ils forcèrent les Ligures, refoulés vers FE., de leur céder. L'autre corps d'émigration suivit le cours du Danube et, entraînant les popula-

CELTES

tions celtiques qu'il rencontra sur son chemin, descendit en Grèce et de là passa en Asie Mineure. Puisque les Boii, jusque vers io ly^ siècle, occupèrent la rive droite du Rhin et les contrées de la forêt Hercynienne, il faut admettre que les Volcœ^ dont la principale tribu s'appelait les Tectos'ages, expulsés par les Germains du centre et du N. de l'Allemagne, sont venus occuper les contrées évacuées par les Boit vers Fan 400 ; mais les Germains, les suivant de près, les chassèrent en partie, vers le iii^ siècle, de la nouvelle patrie qu'ils s'étaient créée sur les bords du Rliin et près de la forêt Hercynienne. Selon toute probabilité, les Volcœ^ dans ces différents changements de domicile, étaient toujours les plus proches voisins des (Germains, vu que ceux-ci ont étendu le nom de Volcœ à toute la race celtique. Ce nom s'est conservé jusqu'à nos jours dans la langue allemande dans l'expi^ession de welsch ou waelsch. Par le terme Volcœ (= Walh^jÀnr. Walhas ou Walhos)^ les anciens Germains désignaient d'abord tous leurs voisins de l'O., parlant une langue celtique et plus tard une langue romam'sée. Aujourd'hui encore, les Allemands appellent die Welschen toutes les nations romanes en général et les Français et les Italiens en particulier.

L'invasion des Cimbres et des Teutons au ii^ siècle av. J.-C, que les Belges réussirent à détourner de leur territoire et qui dévasta la Gaule et terrifia les Romaius, pourrait bien être considérée comme nue continuation des migrations celtiques, bien que les Cimbres soient des Germains tout comme les Teutons. Les Cimbres n'ont rien de commun ni avec les Cimmériens qu'on a considérés comme leurs ancêtres, ni avec les Cymrys, peuple celtique d'origine et de langue, qui, depuis le moyen âge, habite à l'O. des Anglo-Saxons une partie de la Grande Bretagne et que certains savants ont regardés comme les descendants des Cijnbres.

Décadence des Celtes. Conquête domaine, — A son apogée, vers l'an 400 av. J.-C., quand les neveux d'Ambigat se séparèrent pour aller faire la conquête de l'Italie et des pays de l'Europe centrale, l'empire des Celtes se démembra et se disloqua, nn siècle plus tard, par l'effet d'une révolution intérieure. Des débris épars de ce puissant et vaste empire, il se forma une foule de petites nations plus ou moins indépendantes les unes des autres, qui fatalement devaient successivement succomber à l'approche des légions romaines. On peut dire que la décadence de la race celtique commença quand, en 283, après nne longue paix entre les Gaulois et Rome, le pays des Senons, dans la Gaule cisalpine, fut conquis par les Romains. Un siècle plus tard, la lutte recommença et dura jusqu'en i9i av. J.-C. Les Gaulois cisalpius, vaincus, durent se soumettre et se laisser absorber par la civihsation latine ou quitter la péninsule pour chercher une autre patrie, au nord des Alpes, auprès de letn^s frères établis entre le Danube et la Drave, et où les peuples celtiques, plus ou moins fusionnés avec d'autres nations, durent plus tard également se soumettre au joug romain. Au moment même où succomba la Gaule cisalpine, les Romains attaquèrent, en Asie Mineure, la Galatie. Vaincus dans les deux batailles des monts Olympe et Magaba (190-194), les Celtes de l'Asie Mineure reconnurent le pouvoir des Romains et se laissèrent envahir parles mœurs étrangères. Ils ne gardèrent que leur langue qui, à en croire saint Jérôme, subsistait encore vers la fin du iv*" siècle. Refoulés de l'Espagne, comme nous l'avons vu plus haut, absorbés par les peuples barbares, au milieu desquels ils s'étaient établis dans les régions du Danube, les Celtes, au \f siècle avant notre ère, se concentrèrent dans la Gaule transalpine et les lies Britanniques, où, pondant une centaine d'années encore, ils réussirent à conserver leur indépendance et où leur domination eut un dernier éclat. Mais déjà, au mihcu du \f siècle, les Romains entrèrent dans la Gaule transalpine pour n'en plus sortir, La ville de Marseille, attaquée par des peuples

ligures, les appela à son secours une première fois en 154 et une seconde fois en 125. A la suite de cette seconde expédition, ils créèrent en 122 Aqiix ScxtUe (Aix), et, après avoir défait les Allobroges et les Arvernes aux batailles de l'Isère et de Yindalium, ils fondèrent, en 118, la colonie de Narbonne, à laquelle ils donnèrent le nom de Pvovincia Narbonensis, Lors de cette première guerre déjà, et avant même d'avoir la pensée de pénétrer dans la Gaule chevelue, les Romains s'étaient assuré, au cœur même du pays, un puissant aUié, les JEclui^ qui étaient les rivaux et les ennemis nés des Arverni.

L'invasion des Cimbres et des Teutons foillit un moment compromettre la domination des Romains en Gaule ; mais, en 102, Marins extermina ces barbares prèsd'Aix. Désormais, la paix régna dans la Gaule transalpine jusqu'au moment où les Gaulois, menacés par les empiétements des Germains, crurent devoir appeler les Romains à leur secours. Le proconsul Jules César (V. ce nom) accourut en 58, et dix ans plus tard, après une guerre mémorable et après la brillante entreprise de Vercingétorix et une lutte désespérée, dont la dernière scène et la plus dramatique se passa à Alesia (V. ce nom), la Gaule était définitivement soumise et même pacifiée. En échange de son indépendance, Rome lui apporta l'ordre, la paix et la prospérité. Avec la domination romaine commença une brillante période de félicité qui ne s'est pas renouvelée depuis, même pour la France moderne.

Ce qui facilita l'absorption des peuples celtiques par les autres nations et ce qui rendit infructueuse la résistance des armes gauloises aux armes romaines, c'est que depuis longtemps déjà les Celtes n'avaient plus l'idée de patrie. Probablement avec la royauté, ils avaient complètement perdu la notion d'une unité nationale embrassant les différentes populations celtiques. La conception d'un Etat dans le sens romain du mot leur était absolument étrangère. 11 y avait une foule de peuples celtiques, il y avait des Bituriges, des Eduens, des Arvernes et d'autres peuplades ; mais il n'y avait plus une nation celtique. Tel fut le prenùer symptôme et une des principales causes de leur décadence. A la suite de cette dislocation lamentable, les différents peuples, dépourvus de tout sentiment de solidarité, étaient incapables d'un effort commun. Jaloux les uns des autres, ils formaient, il est vrai, de vastes confédérations, s'étendant sur des régions entières et dans lesquelles les plus forts groupiiient autour d'eux, à titre de clients, autant de peuples faibles que possible ; mais ces associations n'étaient faites que dans le but de disputer la suprématie politique aux confédérations rivales. La chute des anciens rois avait préparé l'avènement d'une oligarchie égoïste et mesquine, dont les membres se disputaient le pouvoir, même en face de l'ennemi, comme Liscus et Dumnorix, ou trahissaient la patrie commune comme Divitiacus et Commius. César sut admirablement tirer parti de ces rivalités et de ces divisions qui, jusqu'au dernier moment, et même pendant l'insurrection générale de 52, n'ont cessé d'affaiblir la force des Etats gaulois. Il en fut de même au sein des petites nations, où les chefs de la noblesse vivaient continuellement en dissension les nns avec les autres ou avec le sacerdoce druidique, dont ils enviaient l'influence. La plupart du temps, au moyen d'un grand nombre de chents, les personnages riches et influents, tenaient en échec le sénat et les magistrats et empêchaient le cours de la justice. César, dans tous les pays où il opérait, avait le talent de s'assurer parmi les mécontents un certain nombre d'alliés qin, par de lâches défections, ne craignaient point de trahir la cause du pays. La multitude appauvrie était tombée presque tout entière en clientèle, et cette (clientèle, connne César le fait remarquer, tendait à dégénérer en une espèce de servage. Nécessairement, ce système du patronage et de la cMenîèle, un des grands vices de la constitution poli(i([ue d('s états gaulois, devait faire; le succès des Romains. La noblesse et le sacerdoce drm"~ dique, lig{iés ensemble, ont méconnu le réveil de la

CELTES

plèbe méprisée, qui trop longtemps avait été tenue à distance par eux. Le soulèvement général, préparé et dirigé par Vercingétorix, a été un des symptômes les plus caractéristiques de la défectueuse organisation sociale des Gaulois à cette époque. « Vercingétorix, dit M. Albert Réville, cette personnification de la patrie naissante, ne représente pas seulement la Gaule unie et armée, préparant la défense du pays et soutenant héroïquement la lutte contre César, c'est aussi l'avènement de la classe dépossédée, c'est le peuple Gaulois qui brise ses liens d'obéissance, pour marcher émancipé, sous le chef qu'il s'est donné. Ce n'est pas précisément une révolution intérieure contre les druides et les équités^ mais, ce qui revient au même, c'est un mouvement national accompli sans eux et malgré eux qui a ruiné leur prestige et détruit leur autorité. La Gaule succombe, mais le peuple gaulois ne périt point. » {Revue des Deux Mondes^ 45 août 1877.)

Cependant la conquête de la Gaule par les Romains était nécessaire; car la Gaule, en pleine décadence et affaiblie par ses dissensions intestines, était déjà envahie et allait être subjuguée par les Germains. « En peu d'années, dit César, tous les Gaulois allaient être chassés de leur pays et tous les Germains étaient sur le point de passer le Rhin. » {De BellogalL, I, 31.)

La Gaule, conquise en dix ans, fut vite rendue romaine. Les vainqueurs, pour assurer leur conquête et faire des vaincus non seulement des sujets soumis, mais de fidèles auxiliaires et bientôt des sujets dévoués, les traitaient avec douceur, respectaient leurs franchises municipales et leurs croyances religieuses, construisaient des routes, favorisaient le commerce et l'industrie, et fondaient des écoles qui, dans peu de temps, devinrent si florissantes qu'un siècle après la chute d'Alesia un Julius Africanus, habitant de la Saintonge, disputait à un citoyen de Rome, Domitius Afer, la palme de l'éloquence romaine. La rapidité avec laquelle la langue latine se répandit et avec laquelle les Gaulois s'assimilèrent les mœurs et imitèrent les arts de leurs maîtres, tient du prodige.

Un autre motif qui rattachait les vaincus aux Romains, c'est que désormais les populations de la Gaule étaient sûres de vivre en repos sous une domination énergique. Pour le peuple surtout, la paix était un bienfait inappréciable, dont il n'avait guère joui jusque-là. Avec la paix, le commerce et l'industrie purent se développer et répandirent le bien-être dans ces classes inférieures, qui, trop longtemps tenues dans une sorte d'esclavage, se relevèrent sous l'empire des Romains.

Enfin, ce qui faciUta le maintien de la conquête, ce fut justement le système de la clientèle ; car, en définitive, le résultat de la conquête fut ceci : tous les peuples Gaulois se trouvèrent placés dans la clientèle de Rome, sans que leur position politique ait été sensiblement modifiée. Bien plus, les Romains leur apportèrent un principe de droit, qui fut pour eux un véritable bienfait, d'après lequel tout Gaulois, investi de la personnalité juridique, eut la faculté d'appeler devant le magistrat son adversaire, et d'après lequel il fut interdit à qui que ce soit de se faire justice à soi-même. Dès lors, on vit cesser les guerres entre peuples, entre clientèles, entre familles. C'était une révolution favorable à la prospérité publique et à la félicité de chacun. (V. les articles déjà cités de M. d'Arbois de Jubainville dans les t. VllI et IX de la Revue celtique,) Bientôt, il n'y eut plus de Gaulois, mais des Gallo-Romains. Déjà, en l'an 70 ap. J.-C, sous le règne de l'empereur Vespasien, cette œuvre de transformation était un fait accomph.

La politique des Romains était bien simple et très rationnelle : ils se contentèrent de détruire les confédérations tant politiques que religieuses pour leur substituer la cité. Ruiner la patrie nationale et faire prospérer la patrie municipale, tel est le but qu'ils se sont proposé et qu'ils n'ont pas manqué d'atteindre. L'empereur Auguste, en l'an 27 av. J.-C, établit à Narbonne ce qu'on pouvait appeler la constitution provinciale et municipale de la Gaule. Il

confirma la séparation du pays en deux parties distinctes : 1^ l'ancienne province de la Narbonnaise ou simplement la Province, qui répondait à la Gallia bracata, ainsi appelée, non pour la distinguer du reste de la Gaule transalpine, où l'usage de porter des braies était également répandu, mais de la Gaule cisalpine, désignée sous le nom de Gallia togata et par conséquent considérée comme déjà romanisée à l'époque de César; 2^ la Gallia comata ou nova^ comprenant tout le pays conquis par César, s'étendant entre le Rhin, l'Océan, les Pyrénées et la Province, et auquel on conserva une sorte d'unité conventionnelle dont le culte de Rome et d'Auguste devint le lien. Cette Gallia nova fut subdivisée en trois provinces, pour la formation desquelles Auguste conserva les trois groupes ethnographiques d'Aquitains, de Celtes et de Belges, que César, dans la première phrase de ses Commentaires^ avait si bien distingués. Seulement, pour les égaUser à peu près, il agrandit l'Aquitaine des quatorze peuples compris entre la Garonne et la Loire; Strabon (IV, i, 1), toutefois, a soin de nous avertir que cette répartition avait un caractère purement administratif, vu que les peuples au S. de la Garonne parlaient une autre langue que les Gaulois, différaient des autres peuples de l'Aquitaine par le type physique, les usages et les lois, et ressemblaient aux habitants de l'Espagne plutôt qu'aux Celtes. Entre cette Aquitaine de convention et le groupe des Belges s'étendait la Lyonnaise, qui répondait à l'ancienne Celtique proprement dite (V. ce mot). La Belgique, qui a dû céder à la Lyonnaise les Caletes et les Veliocasses, mais qui, en revanche, a gagné les peuples riverains de la frontière rhénane, était une zone mixte entre la Celtique et la Germanie. Après la création des trois provinces, Auguste détermina le territoire des cités, dont le nombre était à peu près égal à celui des peuples de la Gallia comata avant César. Du temps d' Agrippa (mort l'an 12 av. J.-C), Strabon en comptait soixante. En l'an 21 de notre ère, ce nombre se trouva porté à 64, à la suite de l'adjonction de quatre cités rhénanes, qui faisaient partie des deux gouvernements militaires de Germanie, créés à la fin du règne d'Auguste ou au commencement de celui de Tibère. (V. E. Desjardins, Géographie de la Gaule romaine, m, pp. 155-172.) L. WiLL.

BiBL. : V. les sources indiquées par E. Desjardins, Géographie de la Gaule romaine, I, pp. 15-62; la riche notice bibliograpliiquc à la fin de Farticle Celtes de M. le D»" Lagneau, dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. — Ruelle, Bibliographie générale de la Gaule; Paris, 1886, et les articles concernant les Celtes parus depuis dans la Revue celtique, la Revue archéolo' gique, la Revue d'anthropologie, la Revue historique, le BiUletin épigraphique de la GaïUe, et les autres publications périodiques du môme genre. — D'Ardois de Jubainville, les Premiers Habitants de l'Europe; Paris, 1888.

CELTES ou CELTIS Protucius (Conrad Pickel, connu sous le nom de),savantallenîand,néàWipfeld sur le Main, au S. de Schweinfurt, le 1^^' févr. 4459, mort à Vienne le 4 févr. 1508. Fils d'un vigneron, il s'enfuit de la maison paternelle à Cologne (1477) afin de s'adonner à l'étude. Il devint, à Heidelberg, l'élève d'Agricola (1484-5). Il voyagea en Allemagne et en Italie comme les humanistes du temps. Son premier ouvrage, Ars versificandi et carminum (Leipzig, i486), lui valut une certaine réputation. A son retour d'Italie, l'empereur Frédéric III lui décerna, à la diète de Nuremberg, la couronne de laurier des poètes (1487). Il continua ses voyages à travers toute l'Europe centrale, fondant à Cracovie, à Mayenne, à Vienne, des associations imitées des académies italiennes. En 1492, on le nomma professeur de rhétorique et poésie à Ingolstadt ; il exerça dans l'intervalle de ses voyages ; en 1497, il fut appelé à professer à Vienne par l'empereur Maximilien, qui le mit en 150*2 à la tête du collège des poètes. Le principal titre de Celtes aux yeux de ses contemporains fut son talent de composer des vers latins : nous citerons ses odes (4 livres, Strasbourg 1513), ses élégies (4 livres, Nuremberg, 1502), ses épigrammes

Page 1