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CENSURE — CENTAINE

Vers 4827, entrent, dans la commission de censure deux de ses anciennes victimes, Laya, Fauteur de VAmi des Lois, Briffault, l'auteur de Ninus IL La censure devient alors moins sévère. Les sujets à tendances républicaines sont admis : Masaniello, la Muette de Portici, Marino Faliero. Le mouvement romantique blesse pourtant les goûts littéraires des censeurs. Ils ont en horreur l'appareil mélodramatique des pièces modernes : le cimetière d'Hamlet est aussi simplifié que possible, la place de grève un jour d'exécution n'est pas admise. Les démêlés de Victor Hugo avec la censure sont restés célèbres. Marion Delorme dut attendre la révolution de Juillet pour être jouée.

Après le renversement de Charles X, le théâtre émancipé se jette sur les sujets qu'on lui interdisait et surtout sur le personnage de Napoléon écarté de la scène par la Restauration ; l'Odéon joue le Napoléon de Dumas. L'Opéra-Comique Joséphine ; les Nouveautés V Ecolier de Brienne; le Vaudeville le Lieutenaîit d'artillerie; les Variétés la Redingote grise ; la Porte Saint-Martin Schœnbrunn et Sainte-Hélène ; le Cirque Olympique V Empereur ; les Nouveautés le Fils de V Homme , c.-à-d. le Bue de Reichstadt, En même temps, nombre de personnages vivants étaient portés sur le théâtre ; les Variétés, malgré les prières de M™^ la Valette et de sa fdle, les mettaient toutes deux en scène dans un vaudeville intitulé Madame la Valette. Le gouvernement proposa une loi étabhssant une censure répressive, mais elle fut oubhée dans les cartons. Le ministère, qui laissait jouer une série de pièces révolutionnaires, jugea pourtant bon d'interdire le Roi s'amuse de Victor Hugo après la première représentation, en vertu du décret de 1806. En 1834, le directeur des Beaux-Arts envoyait une circulaire aux directeurs pour leur dire qu'il ne tenait qu'à eux de soumettre leurs pièces aux travaux des Beaux-Arts s'ils voulaient s'épargner des mésaventures pareilles.

A la suite de l'attentat Fieschi, la censure préventive fut rétablie après une discussion où intervinrent Thiers et Lamartine (sept. 1835). On nomma quatre censeurs et deux inspecteurs. La liste des pièces interdites de 1835 à 1848 montre que la sévérité des censeurs porta sur les attaques à la morale {Une iiiiit chez Putiphar, Louis XV chez madame Dubarry, etc.) ou sur les questions de politique intérieure {la Conspiration de Malet, le Roi en vacances, Henri VHI de Chénier, Schœnbrunn et Sainte- Hélène, etc.).

La révolution de 1848 rétablit la liberté absolue du théâtre. Les personnages contemporains y reparurent aussitôt. Proudhon était pris à partie dans la Propriété, c'est le vol, où l'on voyait Eve s'exhiber dans un costume si léger que tous les théâtres parodièrent à l'envi la pièce pour montrer les mieux faites de leurs Eves. Le gouvernement élabora, en 1849, un projet de loi pour réprimer ces désordres. Le projet fut envoyé devant le conseil d'Etat qui procéda à une vaste enquête sur l'exploitation des théâtres et la censure. On y manda trente-deux personnes, dont cinq directeurs de théâtres, cinq acteurs, quatre critiques parmi lesquels Jules Janin et Théophile Gautier, huit auteurs dramatiques parmi lesquels Scribe, Dumas et Victor Hugo, etc. Hugo et Dumas se prononcèrent pour la liberté absolue. Scribe et Jules Janin pour la censure préventive. Le ministre de l'intérieur, Baroche, détacha de la loi les articles relatifs au rétablissement de la censure qui fut votée immédiatement par la Chambre. Le système adopté était celui de 1806. Une commission consultative examinait les manuscrits ; deux inspecteurs étaient chargés de faire exécuter ses décisions en surveillant les répétitions et les représentations. La censure ainsi organisée fonctionna durant l'empire. Ses décisions ou ses bévues continuèrent à défrayer, comme par le passé, les chroniques des journaux. Emile Augier, forcé de modifier ses Lionnes pauvres, s'en vengea dans une spiri-

tuelle préface où il racontait ses démêlés avec la censure. On lui demandait de punir au dénouement l'héroïne en la défigurant par la petite vérole, en sorte, dit-il, que la pièce eût pu s'intituler : Les Lionnes pauvres ou de l'Utilité de la vaccine. En 1865, l'association pour le progrès des sciences sociales discuta à Berne la question de la censure théâtrale. Un auteur hollandais. Van Leunep, y rapporte ce fait curieux que la Gabrielle d'Augier avait été interdite en Hollande comme immorale. Or, cette pièce avait obtenu à l'Académie française un prix de vertu. La censure théâtrale fut supprimée par un décret du gouvernement de la Défense nationale en date du 30 sept. 1870 ; mais du temps du maréchal de Mac- Mahon, elle fut rétablie par un décret en date du 2 févr. 1874. La question de la suppression de la censure a été remise maintes fois sur le tapis durant ces dernières années, soit dans les journaux, soit à la Chambre. Elle a toujours été détendue par les divers ministres de l'instruction pubhque au point de vue de la moralité publique, de l'ordre intérieur et des relations diplomatiques. Son activité a trouvé ample matière dans les paroles licencieuses dont fourmillent les chansons de café-concert. Des considérations diplomatiques ont fait interdire au Gymnase en 1888, V Officier bleu; des considérations sociales amenèrent, en 1885, la défense de jouer Germinal, pièce de MM. Zola et Busnachoù l'on mettait en scène la troupe en présence des grévistes. La pièce fut d'ailleurs jouée un peu plus tard. Des raisons analogues motivèrent, en déc. 1889, l'interdiction du Pater de M. Coppée dont le sujet était emprunté à un épisode de la Commune de 1871 . D. B.

BiBL. : Indépendamment des très nombreux ouvrages relatifs à la législation de 'a presse et à celle du théâtre, on consultera Cucheval-Ci.arigny, Histoire de la presse en Angletem^e et aux Etats-Unis^ 1857, in-12. — E. Hatin, Histoire politique et littéraire de la presse en France, 1859-61, 8 vol. in-8. — Hallays-Dabot, Histoire de la censure théâtrale en France, 1862, in-18. — Du môme, la Censure dramatique. Histoire des vingt dernières années 1850-1810, 1871, in-12. — Anonyme, la Censure dramatique, administration théâtrale, 1873, in-12, 2« éd. — A. PouGiN, Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre, 1884, gr. in-12. — Jules Andrieu, la Censure et la Police des livres en France, sous l'ancien régime, 1884, in-12. — Henri Welschinger, la Censure sous le premier empire, 1884, in-12.

CENS Y. Com. du dép. de l'Yonne, arr. de Tonnerre, cant. de Noyers ; 97 hab.

CENT (Métr.). Synonyme de 100 hvres ou 50 kilogr. Aux Etats-Unis, c'est une monnaie de 0 fr. 0525.

CENT-ACRES (Les). Com. du dép. de la Seine-Intèrieure, arr. de Dieppe, cant. de Longueville ; 93 hab.

CENTAINE (Histoire des institutions). Circonscription administrative et judiciaire, qui existait chez les Francs à l'époque carolingienne, et peut-être déjà sous les Mérovingiens ; elle formait une subdivision du comté et était placée sous l'autorité directe d'un fonctionnaire nommé centenier (V. ce mot).

C'est une question depuis longtemps controversée entre les historiens des institutions franques de savoir s'il y avait, dans la Gaule mérovingienne, des circonscriptions territoriales appelées centaines. D'après Solim, Waitz et Thonissen, à l'époque de la dernière rédaction de la loi salique, les territoires administrés par les comtes {civitates, ,pagi) auraient été subdivisés en groupes de cent domaines ruraux {centenœ), à la tête desquels était placé un centenier {ce^itenariuSy thunginus). Ils pensent même qu'alors, comme pendant toute la période mérovingienne, la centaine aurait formé l'unité judiciaire, et que ce serait toujours le tribunal établi dans cette circonscription, mais présidé tantôt par le centenier, tantôt par son supérieur, le comte, que les textes désignent sous le nom de inall. Dans ce système, la centaine serait d'origine germanique et dériverait de Vhimdertschaft, sul)division du gau, qu'on a cru retrouver dans la Germanie de Tacite, et qui est mentionnée sans aucun doute dans la loi des Alamans, dans celle des Anglo-Saxons et dans les anciens codes suédois. Au contraire, suivant

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