CENTAINE — CENT ANS
Montesquieu, Guérard, Fustel de Coulanges, la centaine, en tant que circonscription territoriale régulièrement organisée, n'existerait pas encore sous les Mérovingiens. Le titre de centenarii donné alors à certains personnages n'implique pas nécessairement, comme on le soutient dans l'opinion précédente, l'existence de territoires administratifs appelés centenœ^ car il y a eu des comtes dans l'Etat franc, bien avant la formation des comtés. Quant aux centenœ dont il est fait mention dans deux décrets attiibués à Clotaire P^' et Childebert P^, suivant les uns, à Clotaire II et Childebert II, suivant les autres, ce ne seraient pas des circonscriptions administratives, mais des groupes de cent personnes, qui se composaient de propriétaires librement associés ou d'agents de police régulièrement organisés, et qui avaient pour mission la poursuite des criminels ; les chefs de groupes s'appelaient centenarii. On suppose, dans ce système, que des centaines territoriales, analogues à celles que révèle la loi des Alamans au vn*^ siècle, se seraient formées chez les Francs vers la même époque, sous l'influence de circonstances accidentelles et locales ; le nom qui s'appliquait à un groupe de personnes serait passé au territoire qu'elles habitaient ; la juridiction du centenier serait devenue, de personnelle qu'elle était, territoriale, et par suite de cette transformation graduelle, vers l'époque carolingienne la centaine n'aurait plus été autre chose qu'une division géographique.
Les premiers textes dans lesquels le mot centena a certainement cette acception chez les Francs sont des recueils de formules et des chroniques de la fin du viii® siècle, des capitulaires et des chartes du commencement du ix^. Le comté (pagus, comitatiis), principale division administrative, était alors habituellement subdivisé en circonscriptions que l'on nommait, ici vicariœ, là centenœ, selon qu'elles étaient administrées par un vicarius comitis ou par un centenarius. Ces dénominations étaient surtout en usage dans la Neustrie, l'Aquitaine, le Toulousain, la Septimanie et le S.-O. de la Bourgogne ; on les trouve beaucoup plus rarement dans la France centrale, la Lorraine, le N.-E. de la Bourgogne, la Provence et la Gascogne. Y avait-il entre les centenœ et les vicariœ d'autres différences que celle du nom? Cela est probable, du moins au commencement de l'époque carolingienne ; il semble qu'à l'origine la centena ait été une circonscription exclusivement judiciaire, fixant la compétence territoriale du tribunal présidé par un centenier, tandis que la vlcaria était le territoire dans lequel le vicarius exerçait, comme le comte dont il était le délégué, tous les pouvoirs administratifs. Mais il paraît certain que dès le ix*^ siècle, ces différences n'existaient plus, que les deux expressions désignaient également une circonscription à la fois administrative et judiciaire, à laquelle était préposé un subordonné du comte, qui portait tantôt le titre de centenarius, tantôt celui de vicarius. Seulement, centena était plutôt la désignation officielle, vlcaria l'expression vulgaire. C'est peut-être pour cette raison que le mot centena tomba en désuétude pendant la période d'anarchie qui précéda la ruine de l'empire carolingien ; les derniers textes où il est employé sont de la fin du x® siècle, et l'expression : plait centain (placitum centenœ.) , que l'on trouve dans quelques chartes flamandes du xiii*^ siècle, est une survivance toute locale et exceptionnelle. Au contraire, le mot usuel de vicaria survécut à l'administration carolingienne dans le nord comme dans le sud de la France et désigna, pendant l'époque féodale, tantôt d'anciennes vicariœ érigées en seigneuries héréditaires, tantôt de nouvelles circonscriptions administratives créées par les grands vassaux à l'intérieur de leurs fiefs (V. Viguerie).
Ch. MORTET.
BiBL. : DucANGE, Glossctritim médias latin, V'» Centena, Centenarius. — Guérard, Essai sur le systèyne des divisions te^nntoriales de la Gaule, 1837, pp. 5% 96, 156. — Deloche, Etude sur la géographie historique de la Gaule au moyen âge et spécialement du Limousin {Mémoires de
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CENT ANS (Guerre de). La guerre de Cent ans, entre la France et l'Angleterre, commença en i 337 et finit en 1453. Elle eut pour principales causes la rivalité séculaire des deux pays et les prétentions d'Edouard III, roi d'Angleterre, au trône de France. Cette guerre, qui occupe les règnes des rois de France Philippe YI, Jean II, Charles V, (Charles VI et Charles VII, et des rois d'Angleterre Edouard III, Richard II, Henri IV, Henri V et Henri VI, peut se diviser en quatre périodes. Pendant la première, la France éprouve des défaites désastreuses, encore aggravées par une crise révolutionnaire (1337-1364) ; pendant la seconde, elle se relève sous l'hahile gouvernement de Charles V (1364-1380) ; pendant la troisième, elle est accablée par de nouveaux revers et par des discordes civiles (1380-1429) ; enfin, pendant la quatrième, elle expulse les Anglais (1429-1453). La Flandre, la Bretagne, la Bourgogne, l'Ecosse, la Castille, la Navarre prirent part à cette lutte, qui devait se terminer par le triomphe de la France.
Causes et première période. Depuis que la Normandie, en 1066, l'Aquitaine ou Guyenne, le Maine, la Touraine et l'Anjou, en 1154, appartenaient aux rois d'Angleterre, les rois de France avaient toujours essayé de leur enlever ces possessions. Philippe-Auguste s'était emparé de celles du Nord (1203-1206), mais l'Angleterre avait encore une grande partie de la Guyenne quand Edouard III monta sur le trône (1327). Petit-fils de PhiUppe le Bel par sa mère, Edouard III aurait pu, sans la loi salique, aspirer à la couronne de France, mais il laissa Philippe VI de Valois, petit-fils du roi Philippe III, prendre cette couronne (1328), et il lui rendit même hommage en 1329 et 1331 pour la Guyenne et le Ponthieu. Bientôt l'intervention de Philippe VI dans les affaires de Flandre et d'Ecosse irrita Edouard III. Excité par Robert d'Artois, ennemi de Philippe VI, et par les Flamands, que leurs intérêts commerciaux attachaient à l'Angleterre, Edouard prit le titre de roi de France, réclama la couronne usurpée par Philippe de Valois, et la guerre de (^ent ans commença (1337). La France semblait plus forte que l'Angleterre, mais celle-ci l'emporta longtemps par la supériorité de son organisation militaire.
Les Flamands, avec leur chef Jacques Artevelte (V. ce mot) , s'étant révoltés contre leur comte, Louis de Maie, vassal fidèle de Philippe VI, le roi d'Angleterre débarqua en Flandre et s'avança jusqu'à l'Oise, pendant que les Français attaquaient la Guyenne et les côtes anglaises, mais le principal événement fut la défaite de la flotte française près de l'Ecluse (24 juin 1340). Une trêve de deux ans fut ensuite conclue près de Tournai, le 25 sept. 1340. Dès l'année suivante, les hostilités recommencèrent, quand Philipi)e VI et Edouard III intervinrent dans la guerre de la succession de Bretagne, le premier pour son neveu Charles de Blois, l'autre pour Jean de Montfort. En 1341, ce prince fut pris dans Nantes, mais sa femme, Jeanne de Flandre, résista virilement et fut secourue par Edouard III, qui, d'ailleurs, échoua aux sièges de Rennes, de Nantes et de Vannes (1342). Cette guerre de Bretagne fut interrompue par la trêve de Malestroit (19 janv. 1343), mais elle se ralluma