‹ La Grande encyclopédieChapitre 385 sur 397 · CENT ANS · texte numérisé non relu

CENT ANS

bientôt, par la faute de Philippe VI, qui fit exécuter sans jugement le sire de Clisson et dix autres chevaliers ou écuyers bretons (1348). Ch. de Blois chasse la comtesse de Montfort, qui va demander secours à Edouard III. Cette nouvelle phase de la guerre est signalée, en Bretagne, par le retour de 3. de Montfort, qui s'est évadé et qui meurt peu après ; en Flandre, par un soulèvement populaire contre J. Artevelde, qui est tué ; en Guyenne par une invasion dos Français, battus à Auberoche (4345). C'est alors qu'Edouard III, sur les conseils d'un seigneur normand, Geoffroy d'Harcourt, débarque dans le Cotentin, ravage la Normandie, entre en Picardie, gagne la grande victoire de Crécy (26 août 1346), et assiège Calais. Les Ecossais, alliés de la France, sont battus à Nevil's Cross (17 oct.) ; Ch. de Blois est défait et pris par les Anglais à la Roche-Derrien (20 juin 1347), et Calais capitule, après un siège de onze mois, le 3 août 1347 (V. Calais [siège de]). La trêve de Calais (28 sept. 1347), plusieurs fois renouvelée, suspendit les hostihtés pendant quelques années, sans qu'on pût arriver à faire la paix. En 1355, Edouard III envahit l'Artois, tandis que son fds, le prince Noir, pillait le Languedoc, et que son allié, Charles le Mauvais, roi de Navarre, attaquait la Normandie. La guerre continuait aussi en Bretagne, où le jeune B. Du Guesclin se signalait déjà parmi les partisans de Charles de Blois. En 1356, le roi Jean II jeta en prison le roi de Navarre, puis il repoussa le duc de Lancastre, qui avait envahi la Normandie, mais il fut vaincu et pris par le prince Noir à la désastreuse bataille de Poitiers (19 sept.) Cette nouvelle défaite de la noblesse souleva l'indignation du peuple et amena une crise terrible. Les Etats généraux, dirigés par Etienne Marcel, exigèrent des réformes et voulurent s'emparer du gouvernement ; les Jacques, ou paysans insurgés, commirent d'atroces cruautés ; Charles le Mauvais s'évada et vint à Paris disputer le pouvoir au jeune dauphin Charles, régent du royaume. Innocent VI avait fait conclure, à Bordeaux, une trêve de deux ans (23 mars 1357), maisEdouard lïl n'en songeait pas moins à se partager la France avec le roi de Navarre, et il signait avec Jean II le traité de Londres (24 mars 1359), qui lui enlevait la plus grande partie de son royaume. Le dauphin aima mieux combattre que d'accepter une pareille convention. Edouard revint en France, s'avança jusqu'à Paris, puis jusqu'à Chartres, en perdant inutilement beaucoup de monde, et consentit à signer, le 8 mai 1360, le traité de Brétigny (V. ce nom), moins ruineux pour la France que celui de Londres.

Deuxième péiiode. Charles V (1364-1380) profita des contestations auxquelles donna lieu le traité de Brétigny pour en différer l'exécution. D'ailleurs, les Anglais et les Français avaient encore l'occasion de se combattre, soit en Normandie, où les Anglo-Navarrais furent défaits par Du Guesclin à Cocherel (16 mai 1364), soit en Bretagne, où Ch. de Blois fut vaincu et tué àAuray(28 sept. 1364) par Jean IV, fils de Jean de Montfort, soit en Castille, où Du Guesclin renversa Pierre le Cruel, défendu par le prince Noir et mit sur le trône Henri de Transtamare, allié de la France (1366-69). Charles V déclara la guerre à Edouard III, en soutenant contre lui les seigneurs gascons, sous prétexte qu'il avait manqué à ses engagements et outrepassé ses droits (avr. 4369). Les populations du Midi se révoltaient contre la domination anglaise. Du Guesclin, nommé connétable de France, battit R. Knolles à Pontvallain (1370) ; le prince Noir, après avoir saccagé Limoges, revint malade en Angleterre; Charles V fit la paix avec Charles le Mauvais (1371); une flotte anglaise fut détruite, près de la Rochelle, par une flotte castillane (1372), et Jean IV fut chassé par les Bretons pour s'être allié avec Edouard III (1373). Battus encore par Du Guesclin à Chizé (21 mars 1373), les Anglais perdirent toutes les possessions qui leur restaient entre la Loire et la Gironde ; le duc de Lancastre traversa la France, de Calais à Bordeaux, sans pouvoir livrer bataille,

en perdant peu à peu son armée (1373) ; le duc d'Anjou conquit une partie de la Guyenne et reçut la soumission des seigneurs gascons (1374). Alors Edouard III conclut la trêve de Bruges (27 juin 1375), qui fut prolongée jusqu'au 24 juin 1377. Le vieux roi d'Angleterre, après avoir perdu son fils, le prince Noir (17 juill. 1376), mourut le 21 juin 1377, laissant le trône à son petit-fils, Richard II, âgé de dix ans. Aussitôt, le roi de France recommença la guerre, sur mer, en Artois et en Guyenne contre les Anglais, en Normandie et en Navarre contre Charles le Mauvais, redevenu leur allié (1377-78). Le duc de Lancastre essaya vainement de rétablir Jean IV en Bretagne et de reprendre Saint-Malo (1378) ; Charles V fit condamner Jean IV et voulut réunir son duché à la France, mais les Bretons, jaloux de leur indépendance, rappelèrent leur duc et le soutinrent, avec l'aide des Anglais. Du Guesclin lui-même ne voulait pas combattre ses compatriotes. D'ailleurs, il mourut le 13 juil. 1380. Le règne de Charles V, après tant de succès, se termina au milieu de ces revers (16 sept. 1380), tandis que le comte de Buckingham conduisait une armée anglaise de Calais en Bretagne.

Troisième période (1380-1429). Pendant la plus grande partie du règne de Charles VI, la guerre fut beaucoup moins active, à cause des troubles qui eurent lieu en Angleterre et en France. En 1381, le duc de Bretagne fut obligé de faire la paix avec Charles VI (janvier). En 1383, les Anglais vinrent attaquer le comte de Flandre, mais ils furent repoussés, et une trêve fut signée à Leulinghen le 26 janv. 1384. Quelques jours auparavant, était mort le comte de Flandre, Louis de Maie (9 janv.). Ses vastes domaines passèrent à son gendre, Philippe le Hardi, déjà duc de Bourgogne, fils du roi Jean le Bon. Après d'inutiles et coûteux préparatifs pour un débarquement en Angleterre, une nouvelle trêve fut conclue le 18 août 1388, et elle fut renouvelée en 1389, en 1394, en 1396. Richard II était occupé à lutter contre ses oncles ; le duc de Bourgogne disputait le pouvoir au connétable Olivier de Clisson et il était parvenu à le ressaisir, depuis que Charles VI était tombé en démence (1392). Des négociations, entamées pour amener un rapprochement entre la France et l'Angleterre, aboutirent à la trêve de Paris, conclue pour vingt-huit ans, le 9 mars 1396, et Richard II épousa Isabelle de France, fille de Charles VI, le 26 sept, suivant. Trois ans plus tard (août 1399), Richard II fut renversé par H. de Lancastre, qui régna sous le nom de Henri IV (1400-1413). Cette révolution, suivie de la mort violente de Richard II (févr. 1400), ranima les hostilités entre la France et l'iVngieterre, sans que la trêve fût formellement rompue. Elle fut même confirmée en 1400 et en 1403, et il y eut des pourparlers pour la paix. Henri IV était occupé à consolider son trône ; le duc d'Orléans, frère de Charles VI, soutenu par la reine Isabeau de Bavière, disputait le gouvernement au duc de Bourgogne, Philippe le Hardi (1403), puis à son fils, Jean sans Peur, gui le faisait assassiner en 1407, et bientôt commençait une véritable guerre civile, la lutte des Armagnacs et des Bourguignons. Henri IV vit son alliance recherchée par les uns et par les autres. Il envoya des secours aux Armagnacs, en 1412, mais il profita peu de ces discordes. Son fils, Henri V, (1413-1422) signa bien, le 25 sept. 1413, une trêve, qui fut prorogée en 1414 et en 1415, mais il réclama l'exécution du traité de Brétigny, se rapprocha de Jean sans Peur, puis, après l'expiration de la trêve, il débarqua en Normandie et gagna la grande victoire d'Azincourt (25 oct. 14i5). Le duc de Bourgogne reprit les armes contre le connétable Bernard d'Armagnac, beau-père du jeune duc Charles d'Orléans, captif en Angleterre, et contre le dauphin Charles, qui laissait le pouvoir aux Armagnacs. Pendant que Henri V s'emparait de Caen et d'une partie de la Normandie, Jean sans Peur s'aUiait avec la reine Isabeau (1417) ; les Bourguignons entraient.

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