CENT ANS — CENTAURE
par surprise, dans Paris (nuit du ^28 au 29 mai), où ils massacraient les Armagnacs, gardaient le vieux roi Ciiarles VI et établissaient dans la capitale un gouvernement opposé à celui du dauphin, qui se retirait à Poitiers. En 1419, la prise de Rouen par Henri V et l'assassinat de Jean sans Peur par les Armagnacs (10 sept.) rendirent la situation de la France encore plus critique. Philippe le Bon, fils de Jean sans Peur, s'entendit avec le roi d'Angleterre, avec la reine Isabeau, et fit conclure le traité de Troyes (21 mai 1420) qui donnait à Henri V la main de Catherine, fille do Charles YI, avec les titres de régent et d'héritier du royaume de France. Le dauphin Charles, encore soutenu par l'Ecosse et par de fidèles partisans, devint le dernier espoir de salut. Henri V fit capituler Melun (nov. d420) et retourna en Angleterre. Son frère, Thomas, duc de Clarence,fut vaincu ettuéà Baugé(22 mars 1421), mais les troupes du dauphin furent défaites par le duc de Bourgogne à Mons-en-Vimcu (30 août). Henri V, revenu en France, s'empara de Meaux (2 mai 4422), fit une entrée solennelle à Paris (30 mai) et mourut au château du Bois do Vincennes le 31 août. H laissait ses deux royaumes à son fils, Henri Vî, né le 6 déc. 4424, qui eut pour régents ses oncles, le duc de Bedford en France, le duc de Glocester en Angleterre. Charles YI mourut le 24 oct. suivant (4422) et son fils prit le nom de Charles YII (4422-4464). Ce prince était jeune, faible, insouciant, et Bedford était un homme supérieur. Sous sa direction habile les Anglais furent vainqueurs à Cravantsur-Yonne (34 juil. 4423) et à Yerneuil (47 août 4424). Alors Charles YII, sur les conseils de sa belle-mère, Yolande d'Aragon, donna l'épée do connétable (7 mars -1425) au comte de Richement, frère du duc de Bretagne Jean Y, et beau-frère du duc de Bourgogne. Richemont voulut réorganiser l'armée et réconcilier Philippe le Bon avec Charles YII, mais, mal secondé par des troupes indisciplinées, battu devant Saint- James-de-Beuvron (6 mars 4426), abandonné par le duc de Bretagne, obhgé de lutter sans cesse contre les favoris du roi, il tomba bientôt en disgrâce (4427), et son ennemi, G, de la Trémoille, devint maître du gouvernement. Cependant, les Anglais, quoique vaincus devant Montargis par le bâtard d'Orléans (5 sept. 4427), faisaient des progrès continus et s'avançaient vers la Loire. Le 42 oct. 4428, ils commençaient le siège d'Orléans et, le 42 févr. 4429, ils battaient, à Rouvray, une petite armée qui venait au secours de la ville {Journée des harengs).
Quatrième période (4429-4453). C'est alors que Jeanne d'Arc vint ranimer les courages abattus et préluder, par la délivrance d'Orléans (8 mai 4429) au relèvement de la France. Yictorieuse à Patay (16 juin), elle fit sacrer Charles YII à Reims (47 juil.), mais, abandonnée par ce prince indolent, par l'égoïste La Trémoille, elle échoua devant Paris, fut prise à Compiègne (24 mai 4430), livrée par le duc de Bourgogne aux Anglais et brûlée à Rouen le 30 mai 4434. Néanmoins, les merveilleux exploits de la Pucelle avaient porté un coup mortel à la fortune de l'Angleterre. La Trémoille fut renversé par Yolande et le connétable de Richemont, qui reprirent le pouvoir (juin 4433). Tout en combattant les Anglais et en réprimant les excès des gens de guerre, Richemont prépara un rapprochement entre le duc de Bourgogne et le roi de France. Philippe le Bon, que Glocester avait irrité, et que Bedford lui-même n'avait pas toujours assez ménagé, fit enfin la paix avec Charles YII par le traité d'Arras( 20 sept. 4435. Y. t. IIL p. 4402). Avec l'alliance de la Bourgogne, les Anglais, qui avaient refusé de faire la paix, perdirent leur supériorité. Bedford venait de mourir (44 sept.) ; les populations de la Normandie s'insurgeaient. Le 43 avr. 4436, Richemont chassa les Anglais de Paris, avec l'aide des Bourguignons et des habitants révoltés. Il reprit ensuite Malesherbes, Nemours, Montereau (4437), Meaux (4439), et, encouragé par les réclamations des Etats d'Orléans, il entreprit la réforme
de l'armée, malgré un échec qu'il éprouva devant Avranches, à cause do l'indiscipline des gens de guerre (4439). Une révolte militaire et féodale, la Praguerie, vigoureusement réprimée par Charles YII (4440), profita peu aux Anglais. Ils prirent Harfleur (oct. 4440), mais ils perdirent Creil et Pontoise, en dépit des efforts du duc d'York (4444), et le duc d'Orléans, sorti de sa longue captivité (nov. 4440), essaya en vain, avec Philippe le Bon, de ranimer la Praguerie. En 4442, Charles VII parut, avec une armée formidable, à la Journée de Tartas (arr. de Saint-Sever) , et enleva aux Anglais Saint-Sever, Dax, Marmande, La Réole. En 4443, le fameux Talbot dut lever le siège de Dieppe, et le duc de Somerset fit en France une expédition infructueuse. Sur les conseils de son ministre Suffolk, Henri YI, découragé, conclut la trêve de Tours (28 mai d444) et épousa la belle Marguerite, fille de René d'Anjou (mars 4445). Pendant la trêve de Tours, prolongée successivement jusqu'au |or j^Yp^ 4450, le connétable licencia les bandes de routiers et à'écorcheurs qui avaient fait tant de mal, et organisa les compagnies d'ordonnance, qui furent les premiers éléments de l'armée permanente. En 4448, il fallut chasser du Mans les Anglais qui ne voulaient pas rendre cette place à René d'Anjou. Alors, ils surprirent la ville de Fougères, qui appartenait au duc de Bretagne, François F'', alHé de Charles YII (24 mars 4449). Le roi de France, d'accord avec le duc, déclara la guerre à Henri VI (34 juil. 4449). Pendant que le connétable, avec les Bretons, s'emparait du Cotentin et de Fougères, Dunois commençait la conquête de la Basse-Normandie et Charles YII entrait à Rouen le 40 nov. 4449. C'était l'époque où le duc d'York, par ses intrigues contre Suffolk et Marguerite d'Anjou, préparait la terrible guerre civile, ou guerre des Deux Roses , qui devait renverser Henri YI. Th. Kyriel, envoyé en France avec une petite armée, levée à grand'peine, fut vaincu à Formigny par le connétable et le comte de Clermont (45 avr. 4450) ; le duc de Somerset fut réduit à capituler dans Caen, et la prise de Cherbourg acheva la conquête de la Normandie (42 août 4450), En même temps, la guerre se faisait en Guyenne, où les Anglais étaient battus à Blanquefort (4*''' nov.). L'année suivante, Dunois acheva la conquête de la Guyenne, après avoir fait capituler Bordeaux (42 juin) et Bayonne (20 août 4450). Bientôt cette province, mécontente de l'administration française, s'insurgea, rappela les Anglais. Talbot amena d'Angleterre 5,000 hommes, entra dans Bordeaux (22 oct. 4452) et reprit une partie de la Guyenne, mais il fut vaincu et tué à la bataille de Castillon (47 juil. 4453), par J. do Bueil^ Jacq. de Chabannes et J. Bureati (Y. ces noms). Charles VII vint assister au siège de Bordeaux. Cette ville capitula une seconde fois (9 oct. 4453) et la Guyenne fut définitivement reconquise. Ces événements marquent la fin de la guerre de Cent ans. Elle fut ainsi terminée, non par un traité, mais par l'expulsion des Anglais. E. Cosneau.
BiBL. : Les chroniques françaises, anglaises et belges. Les histoires de Bourgogne, de Bretagne, du Languedoc, de Lorraine parles Bénédictins. —D. Félibien, Hist. de Paris. — S. Luge, B. Du Guesclin ; Paris, 1876. — Vallet: DE V., Hist. de Charles VII; Paris, 1863, in-8. — De Beaucourt, Hist. de Charles VIL — H. Wallon, Jeanne d'Arc. — J. QuiCHERAT, Rod. de Villandrando; Paris, 1879, in-8. — A. TuETEY, les Ecorcheurs sous Charles VÏI; Montbéliard, 1874, in-8. — E. Cosneau^ le Connétable de Richemont; Paris, 1887, in-8. —Du même, les Grands traités de la guerre de Cent ans ; Paris, 1889, in-8.— J. Stevenson, Letters andpapers illustrative, etc.; Londres, 1861-64, in-8.
CENTAURE. I. Mythologie. — Le sens primitif de ce mot, qui désigne tout un groupe de monstres mythologiques, illustrés autant par l'art que par la poésie des anciens Grecs, ne peut guère être déduit de considérations étymologiques. La mythologie comparée a cru en retrouver le prototype dans les Gandharvas védiques, personnifications des démons qui retiennent la pluie dans les nuages et la chassent à travers les airs sans la faire tomber sur le sol; cette identification est aujourd'hui abandonnée. En
CENTAURE
grec, le mot centaure peut signifier: tueur ou chasseur de taureaux^ de xsvtsîv et xaupoç, ou simplement cavalier coureur, x^vrwp. Les légendes qui les concernent sont originaires des pays montagneux de la Grèce, des environs du Pélion en fhessalie, de l'Arcadie où Hercule combat contre eux, de l'Elide, dans la région du mont Piioloé. Chez Homère, ils ne sont encore que des hommes sauvages, semblables aux bêtes, habitant les montagnes ; ils entrent en lutte contre les Lapithes, durant les noces de Pirithous, roi de ces derniers, avec Hippodamie. L'origine de cette lutte est ainsi expliquée par les poètes postérieurs à Homère : les Centaures emportés par leurs instincts brutaux, se jettent sur la mariée et ses compagnes ; dès qu'ils ont senti l'odeur du vin, ils repoussent le lait servi sur la table ; ils vident les coupes d'argent et, emportés par l'ivresse, commettent des excès qui dégénèrent en lutte sanglante avec leurs hôtes. Les Centaures, hommes sauvages, ne sont, comme les Cyclopes, les Géants, etc., qu'une conception dérivée. Tous les traits de leur être portent à croire qu'à l'origine ils étaient des personnifications animistes de quelque force de la nature, des esprits de la montagne et de la forêt, analogues aux hommes sauvages, aux chasseurs sauvages de la mythologie germanique. D'une façon plus spéciale, on peut voir en eux les démons du vent qui souffle en tempête; de là, la forme mélangée qui leur fut attribuée par la poésie et par l'art après Homère. On les représente en effet avec un buste humain fixé à un corps de cheval. Leurs armes sont des troncs d'arbres et des quartiers de rochers ; de même qu'Achille, que la légende présente comme un de leurs disciples, ils ont pour attribut les pieds légers et infatigables. Peut-être est-ce l'art grec qui le premier mit dans l'être des Centaures les traits du cheval ; et des représentations figurées, ces traits passèrent dans la poésie. D'autres mythologues ont vu dans les Centaures, ou les personnifications des torrents qui se précipitent des montagnes ou, à la suite de Kuhn, des nuées d'orages qui semblent chasser dans le ciel. A ce titre de démons funestes et dévastateurs, ils sont les fils d'Ixion et de la J^uée, à laquelle celui-ci s'unit, croyant avoir surpris Hera elle-même, l'épouse de Zeus. Mais à côté de ces Centaures de nature malfaisante figurait Chiron (Y. ce nom) présenté comme leur chef et leur maître, avec tous les caractères de la justice et de la sagesse, ce qui a fait de lui le précepteur de quelques héros illustres, tels qu'Achille, et l'ami d'Apollon, d'Asclépios, de Jason, d'Héraclès, etc. Les traditions différaient sur la destinée des Centaures ; la plupart les font succomber ou dans la lutte contre les Lapithes (V. ce nom et Pirithous), ou dans un combat contre Héraclès, en Arcadie. Suivant d'autres, ils s'enfuirent sur des navires; en passant devant l'île des Sirènes, ils ne peuvent résister à la douceur de leurs chants et deviennent leurs victimes. J.-A. Hild.
II. Iconographie. — L'alliance des formes de l'homme et de celles du cheval n'est pas, comme on l'a cru longtemps, une création d'origine purement grecque. Sur une stèle chaldéenne du xii^ siècle av. J.-C.,qui vient confirmer un texte de Bérose {Frag. hist, grœc, Midler, éd. Didot, II, fr. I), on voit un Centaure ailé tirant de l'arc (Perrot et Chipiez, Hist. de VArt, IH, fig. 442). Une figurine chypriote {ibid., fig. 414), paraît aussi antérieure aux plus anciennes représentations de Centaures trouvées en Grèce. Le Centaure existait donc dans l'art oriental. Mais chez les Grecs seulement cette double conception de la force brutale mise au service d'âmes passionnées et sensuelles, et parfois aussi, bien que plus rarement, de la force physique unie à la force d'esprit et à la sagesse, a reçu tout le développement qu'elle comportait. Peu de sujets ont aussi souvent tenté le ciseau des sculpteurs que les aventures de ces êtres étranges à la forme puissante. Aussi pouvons-nous suivre les progrès du type à travers toutes les périodes de l'art, depuis l'énergie archaïque jusqu'aux raf- -finements de la décadence.
Dans les plus anciennes représentations, le Centaure se compose d'un corps humain auquel viennent se greffer par derrière une croupe et deux jambes de cheval. Tel il se rencontrait sur le fameux coffre de Cypselus, tel on le voit souvent sur les vases à peinture noire. Puis, une heureuse modification ne laisse subsister de la forme humaine que le buste, rattaché avec un art extrême à un corps de cheval. Mais notons que sur la stèle chaldéenne mentionnée plus haut, les jambes antérieures sont déjà celles du cheval, et que le type du Centaure à jambes humaines persiste à côté de la forme plus récente sur les vases du meilleur style. La lutte d'Hercule et des Centaures, surtout le combat des Centaures et des Lapithes fournissent au sculpteur des groupes de combattants dont la monotomie, variée par la diversité des poses, convient merveilleusement aux condi-
.-r .s Centaure d'après un vase trouvé à Pompéi.
lions où doit se graduer un fronton, se dérouler une frise, s'isoler une métope. C'est ainsi que nous les voyons traités en un style gauche et presque barbare sur la frise du temple d'Assos (Louvre), sévère et vigoureux dans le fronton est du temple de Jupiter à Olympie (Berlin), plus libre avec quelque trace encore d'archaïsme dans les métopes du Parthénon (British Muséum, Louvre), plein de vie sur la frise du Theseion (Athènes), de mouvement, avec un peu de recherche déjà, sur la frise de Phigalie (British Muséum). C'est là surtout qu'il faut chercher le type purement hellénique du Centaure, avec sa brutalité nerveuse. Zeuxis, de son côté, avait peint une famille de Centaures, et Lucien vante la grâce d'une Centauresse allaitant son enfant ; mais on admirait surtout l'art avec lequel il avait traité le passage des formes humaines à celles du cheval. Les peintres de vases nous montrent le Centaure chasseur, portant sur l'épaule une branche d'arbres d'où pend le gibier qu'il a tué. Souvent aussi ils s'inspirent de légendes telles que l'enlèvement de Déjanire par le centaure Nessus et la visite d'Apollon chez Pholos. A mesure que l'art se raffine, le type des Centaures perd le caractère robuste que lui prêtaient les vieux maîtres. On les fait sujets de genre. Tels sont les Centaures trouvés en 4736 à la villa d'Adrien, et conservés au musée du Capitole. Ils portent la signature d'Aristeas et Pappias, nés à Aphrodisias, en Carie. L'une des statues représente un Centaure encore jeune, à la physionomie de satyre ; l'autre, un vieux Centaure qui, les mains liées derrière le dos par un Amour, se tord dans une vive souffrance. Il y a au Louvre un Centaure fort semblable qui porte sur sa croupe un petit Amour bachique (Frohner, Catalogue, n^ 299). Une autre réplique est au Vatican. Toutes ces statues datent de l'époque d'Adrien. Les Centaures, dont l'amour pour le vin est un des traits saillants, figurent aussi dans le cortège de Bacchus. Un sarcophage du Louvre nous montre une famille de Centaures. L'un d'eux porte dans ses bras un petit Bacchus. Dans le même groupe se trouvent le vieux Pan, un jeune satyre, deux Bacchantes (Frohner, n^ 300).