CENTAUREA - CENTENAIRE
couvert de paillettes sétacées très denses. Les fleurs, de couleurs très variées, purpurines, roses, rouges, jaunes, bleues ou blanches, sont rarement toutes semblables. Celles de la circonférence sont, en général, stériles, infundibuliformes, plus grandes que celles du centre et rayonnantes. Enfin, les achaines ovoïdes ou oblongs, comprimés latéralement et dépourvus de côtes, sont tantôt nus au sommet, tantôt terminés par une aigrette persistante, composée de soies inégales, scabres, ordinairement disposées sur plusieurs rangs.
Les Centaiirea ont des représentants dans presque toutes les régions du globe ; mais ils sont surtout abondants dans l'Europe centrale et méridionale, la région méditerranéenne et l'Asie moyenne. On en connaît au
moins 350 espèces, dont plusieurs sont cultivées comme ornementales. Tels sont, notamment, le C montanaL.^ espèce des montagnes des Vosges, du Jura, des Alpes et des Pyrénées, à fleurs de la circonférence d'un beau bleu, celles du centre violettes ; le C. americana Nutt . (Pledocephalns america-^ nus Don), espèce annuelle à fleurs bleu lilas ; le C.
ragusina L. {C, ca ndidissima Hort . ) , espèce italienne, remarquable par son feuillage blanc argenté et ses fleurs jaune vif; le C.
moschata L. (Amberboa moschata DC.) ou Barbeau musqué^ Bluet du Levant^ à fleurs blanches, violettes ou légèrement purpurines, répandant une forte odeur de musc ; enfin, le C, Amberboi Lamk {Amberboa odorata DC), espèce du Levant, appelée vulgairement Centaurée odorante, Barbeau jaune^ Ambrette jaune, Fleur du Grand Seigneur^ et remarquable par ses gros capitules de fleurs odorantes, d'un beau jaune.
Plusieurs Centaurea ont joui, autrefois, d'une certaine célébrité à cause des propriétés médicales qu'on leur attribuait. A ce point de vue, il convient de mentionner surtout le C, Centaurium L. , espèce vivace des montagnes de l'Italie, qu'on appelle vulgairement Grande Centaurée, Centaurée officinale. Ses feuilles, ses fleurs et sa racine étaient employées contre une foule de maladies ; mais ses feuilles étaient préconisées surtout comme vulnéraires. Sa racine, charnue, rougeâtre, légèrement aromatique, est amère, tonique et fébrifuge. — Notre Bleuet ou Bluet des champs (C. cyanus L.) a eu également une certaine réputation comme antiophthalmique ; d'où son nom vulgaire de Casse-lunettes, On l'appelle également Aubifoin, Barbeau, Blavelle, Jacée des blés. Ses fleurs servaient à la préparation d'une eau distillée employée empyriquement comme véhicule des collyres. On en extrait une belle couleur violette qui rougit avec les acides et devient bleue avec l'alun ; cette couleur est employée par les peintres en miniature. Ces mêmes fleurs, broyées avec du sucre, servent aux confiseurs à colorer les crèmes et les dragées. — Le C. Calcitrapa L. ou Chardon étoile. Chausse-trappe^ si commun sur le bord des chemins et des routes, dans les lieux secs et pierreux, est
Centaurea cyanus L. (Sommité fleurie).
considéré comme doué de propriétés amères, toniques et fébrifuges. Il en est de même du C. jacea L. ou Jacée des prés et du C. amara L., espèces communes dans les prairies et les pâturages. Ajoutons, pour terminer, que le Behen blanc ào.^ anciennes pharmacopées a été attribué au C. Behen L., espèce des lieux secs et arides de la Perso et de la Cappadoce (V. Behen). Ed. Lef.
CENTAURÉE (Bot.). Nom donné, dans le langage vulgaire, à plusieurs plantes appartenant à des familles différentes. La Centaurée blanche ou Turbith de montagne est le Laserpitium latifolium L., de la famille des Ombellifères (V. Laserpitium) ; la Centaurée bleue ^ le Sciitellaria galericulata L., de la famille des Labiées (V. Scutellaire) ; la Grande Centaurée ou Centaurée officinale^ le Centaurea Centaurium L., de la famille des Composées (V. Centaurea); la Centaurée jaune ^ le Chlora perfoliata L., de la famille des Gentianacées (V. Chlora) ; la Centaurée odorante^h Centaurea Amberboi Lamk, de la famille des Composées (V. Centaurea) ; la Petite Centaurée^ VErythrœa Centaurium Pers., de la famille des Gentianacées (V. Erythrée). Ed. Lef.
CE NT- DIX. Jeu de billes (V. Bille).
CE NT EL LAS, sculpteur espagnol, que Cean-Bermudez croit être d'origine valencienne et qui, en 1440, fut chargé par l'évêque Sancho de Roxas de la décoration sculpturale de la Silleria du chœur de la cathédrale de Palencia. En l'année 4517, Pedro de Guadalupe, employé parle chapitre à sculpter la boiserie du nouveau chœur, utilisa les stalles qui étaient l'œuvre de maître Centellas et compléta la Silleria en y ajoutant vingt nouvelles stalles qu'il orna d'excellentes sculptures appartenant, comme celles de son prédécesseur, au style gothique. P. L.
CENTENAIRE. I. Histoire. — L'usage s'est étabH de célébrer d'une manière spéciale le centième anniversaire des grands faits. Le point de départ de cet usage doit peutêtre être cherché dans le Jubilé (V. ce mot) des Romains. On trouvera au mot Anniversaire de nombreux détails. Rappelons seulement les célébrations récentes des centenaires de fondation des grandes universités, celui de l'affranchissement des Etats-Unis, enfin celui de la Révolution française solennisé par l'Exposition universelle de 1889.
IL Démographie. — Il y a des centenaires, mais le nombre en est moins considérable que la renommée pubhque ne porterait à le croire. Beaucoup de gens sont disposés à répéter qu'on vivait autrefois plus longtemps qu'aujourd'hui ; c'est précisément le contraire qui est vraisemblable; il est certain que, depuis que la statistique fournit une mesure de quelque précision, on constate que la vie moyenne est devenue un peu plus longue, non seulement parce qu'il meurt moins de jeunes enfants, mais parce que la mortaHté est un peu moins rapide, même à partir de l'adolescence (V. Vie). La raison du préjugé est facile à comprendre : elle provient d'une illusion naturelle à l'homme. De même que les vieillards, dont les sens sont émoussés et l'imagination assoupie, sont portés à répéter qu'au temps de leur jeunesse la campagne était plus verte, le soleil plus chaud et les femmes plus séduisantes, de même ils sont portés à croire que les vieillards étaient plus vieux ; car, autour d'eux, ils ne voient plus d'octogénaires dont le grand âge les étonne, étant eux-mêmes octogénaires, tandis que, lorsqu'ils avaient quinze ans, un homme de plus de soixante ans, qu'ils qualifient aujourd'hui d'homme mûr, leur paraissait un Nestor. Et certains Nestors ne les détrompaient pas. En effet, si les femmes cherchent à se rajeunir, les vieillards très avancés en âge mettent leur vanité dans la réputation opposée et arrivent parfois à se vieillir, précisément parce que ce grand âge est un objet d'admiration. Les gens qui, à l'âge de quinze ans, les trouvaient déjà vieux, et qui sont devenus à leur tour des vieillards, quoique ayant vingt ou trente ans de moins qu'eux, ne sont pas portés à les démentir. Il s'ensuit que, chaque génération prônant la longévité du temps passé, il s'étabht,
CENTENAIRE - CENTENÏER
par cette suite d'illusions constamment renouvelées, une opinion qui acquiert la force d'une doctrine.
La foi religieuse a contribué à entretenir ce préjugé, parce qu'on lit dans la Bible que les premiers hommes vivaient neuf cents ans et plus» En effet, elle attribue, avant le déluge, 930 ans à Adam, 912 à Seth, 962 à Jared, 965 à Henoch, 969 à Mailmsalem dont le nom est devenu proverbial, 777 à Lamech, 950 à Noé ; après le déluge, c.-à-d. dans des temps plus rapprochés de ceux où la tradition s'est fixée, elle ne donne que 600 ans à Sem, 464' àHeber, 230 à Sarug, 175 à Abraham, 110 à Noé. Les écrivains bibliques, quand ils parlent de leurs contemporains, assignent au contraire à la vie humaine des limites qni ne diffèrent guère de nos jours : un psaume de David {psaume XC, verset 10) dit qu'elle dure 70 ans et, pour les constitutions vigoureuses, 80 ans. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y ait pas eu de centenaires dans l'antiquité : au musée d'Oran, on voit la pierre tumulaire d'une femme qui, d'après l'inscription, serait morte à l'âge de 105 ans.
On trouve, de nos jours, des exemples d'exagération de longévité dans des documents officiels. Le Brésil a fait, en 1872, un dénombrement de sa population, le seul que cet Etat possède jusqu'ici; sur 10 millions environ de personnes recensées, les déclarations ont fourni 28,255 vieillards de 95 à 100 ans et 7,146 déplus de 100 ans : proportion tout à fait invraisemblable, comme nous allons le voir, et qui prouve seulement que, là où la statistique n'est pas suffisamment établie et où la population n'est pas assez éclairée, ce genre d'exagération peut être considérable.
En France, au xviii^ siècle, les premiers statisticiens ne nous autorisent pas à penser qu'il y eût alors plus de centenaires qu'aujourd'hui. Dupré de Saint-Maur ne trouve que 1 décédé par 3,000 qui passât pour centenaire. Deparcieux, en dressant ses tables de mortalité, ne cite pas de tontinier dépassant 99 ans. Cependant, le dénombrement de la Bourgogne, en 1786, accuse quelques centenaires, mais sur la simple déclaration des personnes. Duvillard, qui dressait sa table avec des éléments quelque peu antérieurs à 1789, compte 5 centenaires par 1,000 hab., mais sans avoir pu contrôler les témoignages.
Ce contrôle n'a été fait que dans des temps beaucoup plus récents. — En 1871, le recensement de la Bavière portait 37 centenaires ; M. G. Mayr, chef du bureau de la statistique, ht procéder à une enquête individuelle à l'aide des registres de l'état civil et constata que, sur les 37 prétendus centenaires, il n'y avait réellement qu'une femme qui eût passé cent ans. A la même époque, le Canada, qui jouit depuis longtemps du renom de longévité, a procédé à une enquête du même genre, en faisant rechercher sur les registres des paroisses la date de la naissance et de la mort de 421 personnes qui passaient pour avoir vécu plus de cent ans ; les pièces authentiques n'ont pu être retrouvées que pour 82 personnes, sur lesquelles 5 hommes et 4 femmes seulement avaient vécu plus d'un siècle ; les plus âgés étaient une femme morte à 109 ans et un homme mort à 113 ans. L'opinion avait attribué plus de cent ans à des individus qui étaient morts à peine octogénaires et en donnait jusqu'à 120 à un vieillard mort à 90 ans. — Le dernier recensement du royaume de Prusse (déc, 1885) portait 232 centenaires; quoique ce nombre hit déjà notablement inférieur à celui des recensements précédents (434 en 1871 et 359 en 1880), le directeur de la statistique procéda aussi à une enquête sur pièces authentiques ou sur témoignages précis, et il a trouvé qn'il n'y avait en réalité que 91 centenaires (24 hommes et 67 femmes) dont 12 avaient de 106 à 109 ans et dont deux femmes avaient l'une 110 et l'autre 113 ans.
En France, le recensement de 1861 a enregistré 256 centenaires ; celui de 1866, 127 ; celui de 1872, 190; celui de 1886, 184. Le bureau de statistique a procédé, en 1886, aune enquête individuelle d'où il est résulté que pour 48, il n'a été possible d'avoir aucun renseignement,^ que 63 n'avaient pas 100 ans (3 étaient des personnes de 25 à
31 ans, qui s'étaient déclarées centenaires par plaisanterie ; la plupart étaient des octogénaires), que 83 seulement (sur lesquels 16 ont produit leur acte de baptême et 67 n'ont fourni que d'autres actes ou de simples déclarations de leurs parents) pouvaient avoir passé 100 ans, 44 ayantlOO ans; 16, 101 ans ; 7, 102 ans ; 6, 103 ans; 5, 104 ans; 3, 105 ans; 1, 112 ans, et un vieillard de Tarbes, né en Espagne, ayant 116 ans (baptisé à San Estevan de Litera le 20 août 1770), Les femmes, comme dans les autres pays, étaient en majorité ; il y avait très peu de couples mariés, quelques céhbataires, beaucoup de veufs et de veuves. La moitié environ était dans l'indigence. Parmi les femmes, une était depuis 86 ans domestique dans la même famille.
C'est principalement dans le sud-ouest de la France (et en outre en Corse, dans la Seine, dans le Nord) que le recensement a enregistré le plus grand nombre de centenaires. Le relevé des décès confirme cette répartition : car un quart des centenaires (ou prétendus tels) morts de 1866 à 1885 appartient à six départements, Gironde, Landes, Basses-Pyrénées, Hautes-Pyrénées, Haute-Garonne, Ariège; un autre quart, à i 5 autres départements du sud-ouest et du massif central. Vit-on plus longtemps dans cette région, ou y est-on plus porté qu'ailleurs à l'exagération? Peutêtre ; toutefois, il est difficile d'admettre complètement cette fin de non-recevoir en présence d'un groupement aussi régulier. Depuis une vingtaine d'années, Fétat-civil enregistre en moyenne 73 décès de centenaires par an. Combien, sur ce nombre, y en a-t-il qui ont véritablement un siècle d'existence?
Beaucoup d'Etats insèrent, comme la France, la Bavière et la Prusse, des centenaires dans leur recensement. Combien en resterait-il après une enquête sévère? Voici le nombre de centenaires inscrits dans plusieurs Etats (avec la date du recensement) : Angleterre (1871), 160; Irlande (1874), 724 (?); Ecosse (1871), 79; Pays-Bas (4869), 22; Belgique (1866), 12; Prusse (1870), 13; Autriche (1869), 228; Hongrie (1869), 334 (?); Itahe (1871), 302.
Les rentiers viagers et les pensionnaires fournissent quelques indications plus précises que les dénombrements sur le nombre des centenaires. En 1887, le plus âgé des médaillés de Saint-Hélène était né en sept. 1785. La tontine connue sous le nom de Caisse Lafarge^ créée en 1791, a pris fin en 1888; sur 116,000 tontitiniers, 55,000 ont disparu sans qu'on ait pu suivre leurs traces, et sur 61,000 dont on connaît la date de la mort, 20 ont dépassé leur centième année, un d'eux ayant même vécu jusqu'à 106 ans : c'est une proportion très forte. — Parmi les 123,435 veuves de fonctionnaires pensionnées en France qui sont mortes de 1871 à 1879, 9 sont mortes à 100 ans, 4 à 101, 1 à 102. Mais les pensionnaires et les rentiers sont, comme le remarque déjà Deparcicux au xviif siècle, dans une condition favorable à la longévité. E. Levasseur.
CENTENERA (Martin del Bârco), poète espagnol du xvi® siècle, né en Estrémadure. Il se trouva, comme soldat, à la conquête des pays baignes par le rio de la Plata, et écrivit une sorte d'épopée ou plutôt une histoire rimée de cette conquête, en vingt-huit chants d'octaves: Argentina y co7iquista del rio de la Plata, con otros acaeci-^ niientos de los reynos del Peru, Tucuman, y estado del rasil (Lisbonne, 1602, in-8). Cette épopée est plus remarquable par l'exactitude historique et géographique que par la verve poétique ; aussi a-t-elle été réimprimée, à titre de document, par Barcia dans sa collection intitulée Historiadores primitivos de las Indias occidentales (Madrid, 1749, 3 vol. in-fol.). On attribue aussi à Martin del Barco Centenera un ouvrage en prose, el Desengano del mundo, E. Cat.
CENTENÏER (Histoire des institutions). On donnait le nom de centenarius, dans la hiérarchie militaire du Bas- Empire romain, à l'officier de grade inférieur qui comman-
CENTENIER — CENTENO
ld32
(lait cent hommes et qui, à Fépoque antérieure, s'appelait centurio (V.ce mot). Dans l'administration civile, où les fonctionnaires portaient souvent des titres empruntés à la hiérarchie militaire, le même mot désignait des employés de la police impériale, d'un rang secondaire, qui avaient pour principale attribution de saisir les biens des débiteurs du fisc.
Après les invasions du v^ siècle, on trouve des centenarii mentionnés dans les lois de plusieurs peuples germaniques, sans qu'on puisse dire avec certitude s'ils se rattachent aux centeniers du Bas-Empire, ou s'ils ont une autre origine. Chez les Visigoths et les Bavarois, ce sont des chefs militaires; chez les Alamans, des fonctionnaires civils préposés à des circonscriptions territoriales {centenœ), — Chez les Francs mérovingiens, les textes officiels ou privés qui font mention de centenarii sont si peu précis que le véritable caractère de leurs attributions est fort discuté. Suivant Sohm, Waitz et Thonissen, ils étaient, comme chez les Alamans, les chefs de circonscriptions territoriales appelées aussi centenœ (V. Centaine). D'origine germanique, comme l'indique le nom de thunginus {thûngr, vénérable), que leur donne la loi salique et dont le mot centenarius n'est que l'équivalent latin, ils étaient primitivement élus par le peuple; leurs attributions, exclusivement judiciaires, consistaient principalement à présider le mail ou tribunal de la centaine, c.-à-d. à convoquer les rachimbourgs ou jugcurs, à diriger les débats, à entendre les témoins et, quand les rachimbourgs ont « dit le droit », à prononcer la sentence; quant à l'exécution du jugement, elle appartenait au comte ou à son délégué (vicarius), qui seul avait le pouvoir exécutif. Sous les rois mérovingiens, le pouvoir judiciaire du comte fut notablement accru, aux dépens du centenier : ce dernier ne présida plus le mail qu'à défaut du comte; mais, sauf cette restriction, le caractère essentiel de ses attributions resta le même. Il continua à être élu, selon Waitz, tandis que, d'après Sohm, il était nommé par le comte et se confondait avec le vicarius comitis. — A ce premier système s'oppose celui de Montesquieu, de Guérard et de Fustel de Coulanges, qui n'admettent pas que, sous le régime de la loi salique ni sous les Mérovingiens, le centenier ait eu une juridiction territoriale, par la raison que l'existence de circonscriptions appelées centenœ ne leur paraît pas prouvée pour cette époque. Les centeniers seraient, d'après eux, des fonctionnaires subalternes, nommés par le comte, ayant certaines attributions judiciaires qu'il n'est pas possible de préciser ; à la fin du vi^ siècle, ils semblent être principalement les chefs des troupes ou associations de police, que la royauté organisa, sous le nom de centenœ, pour la poursuite des malfaiteurs. Ce serait seulement vers la fm de l'époque mérovingienne que, le nom de ces corps de police ayant passé à la circonscription géographique dans laquelle ils exerçaient leur mission, l'autorité du centenier serait peu à peu devenue territoriale.
Sous les Carolingiens, les renseignements fournis par les textes et notamment par les Capitulaires sont plus abondants et plus précis. Le centenier était alors un fonctionnaire préposé à la circonscription administrative et judiciaire qu'on nommait centena ou vicaria (V. Centaine), et •qui formait la principale subdivision du comté. Nommé par le comte, sous la réserve que son choix fût ratifié dans l'assemblée populaire {cum comité et populo)^ il était en fait son subordonné et le plus souvent son lieutenant {vicarius) ; car il paraît démontré, depuis les travaux de Sohm, qu'il n'y avait, à cette époque, aucune différence entre le vicarius comitis et le centenarius, pas plus qu'entre la vicaria et la centena; le centenier ne serait à distinguer que du vicomte {vice-comes), qui représentait le comte en toute matière et dans tout le comté, tandis que le centenier ne le représentait qu'au point de vue de l'administration judiciaire et dans le ressort de sa centaine. Ainsi, c'est lui qui était l'agent ordi-
naire du comte [exactor] publicus pour l'exécution des sentences rendues par le tribunal du comté et pour la levée de certaines taxes ; c'est lui qui souvent remplaçait le comte dans la présidence des tribunaux soumis à son autorité. Sohm borne là les attributions du centenier, qui était toujours, d'après lui, un agent d'exécution ou un délégué du comte. Mais l'opinion la plus générale est que le centenier avait, en outre, une juridiction propre; qu'une délégation spéciale du comte lui était sans doute nécessaire pour connaître de certaines affaires réservées par les capitulaires au tribunal du comté (causes criminelles, procès de hberté, contestations relatives à la propriété des immeubles ou des esclaves, procès des vassaux du roi) ; mais qu'en dehors de ces cas réservés, le centenier était compétent pour connaître, sans délégation spéciale du comte et en vertu d'un pouvoir propre de juridiction, de toute affaire portée devant le tribunal de sa centaine ; et que, pour assurer l'exécution des sentences ainsi rendues, il avait personnellement le ban, c.-à-d. le droit de prononcer une amende.
Le titre de centenarius, moins employé dans la langue courante que celui de vicarius, tomba en désuétude, comme le mot centena^ vers la fin de l'époque carolingienne. Quant à celui de vicarius (en français, viguier), il subsista à l'époque féodale, pour désigner d'une part d'anciens vicarii ou centenarii, dont l'office s'était transformé en fief héréditaire et qui étaient^ devenus les vassaux de leur comte ou d'un seigneur quelconque ; d'autre part, des fonctionnaires subalternes et amovibles, de création nouvelle, chargés, sous l'autorité des prévôts, de l'administration des domaines des grands seigneurs ou du roi (V. ViomER). Ch. Mortet.
BiDL. : V. l'art. Centaine.
CENTENIUS, propréteur en 217 av. J.-C. Il fut battu par Annibal, avec un corps de cavalerie, après la bataille de Trasimène, dans un défilé de l'Ombrie (V. Tite Live, XXII, 8). — Un autre Centenius (Marcus Penula), centurion, obtint du Sénat, en 212, un corps de huit mille hommes qu'il grossit de recrues volontaires, et vint attaquer Annibal en Lucanie. Il périt après un combat acharné (V. Tite Live, XXV, 19).
CENTENO (Diego), conquistador espagnol, né enCastille en 1505, mort en 1549. Il suivit Pizarre au Pérou, se fit remarquer en 1542, à la bataille de Chapas, gagnée par Vaca de Castro Almagro, meurtrier de Pizarre. Il était possesseur d'une grande fortune dans la province des Charcas, et ayant poignardé de sa main Almandras, qui y exerçait une autorité tyrannique, il en devint le véritable maître et se déclara contre Gonzalez Pizarre (1544). Ayant réuni une armée dans le sud du Pérou, il marcha contre Caravajal, lieutenant de Gonzalez Pizarre (1546), mais fut complètement défait et obligé de chercher un asile dans les montagnes, où il demeura plusieurs mois ; avec lui la cause royale semblait alors perdue. Mais Charles-Quint envoya au Pérou le président la Gasca, qui rallia les royalistes et leur rendit courage. Centeno, sortant de sa retraite, surprit, avec quelques-uns de ses amis, la ville de Cuzco et eut bientôt une petite armée. Il fut attaqué par Gonzalez Pizarre près du lac Titicaca et battu, quoiqu'il eût la supériorité du nombre ; il est vrai que, très malade, il ne put assister au combat que porté en litière (1547). L'année suivante, il contribua à la défaite du parti de Pizarre et montra envers celui-ci, ainsi qu'envers les autres officiers prisonniers, plus d'humanité que les autres royalistes. Malgré les services qu'il avait rendus dans cette guerre, Centeno se vit mal récompensé, et il se proposait de passer en Espagne pour porter ses plaintes à l'empereur ; quelques officiers qui avaient eu une grosse part du butin, craignant ses dénonciations, l'empoisonnèrent, dit-on, dans un banquet. E. Cat.
BiBL. : Garcilasso de la Vega, Histoire des guerres civiles des Espagnols dans les Indes, trad. en français ; Paris, 1830, 4 vol. in-8.
CENTENO (Amai^o), écrivain espagnol du xvi^ siècle,
né à LaPuebla de Sanabria (Léon). Il nous a laissé un livre curieux et devenu ti'ès rare : Historia de cosas âel Oriente, -primera y segunda parte, Contiene una descripcion gênerai de los Reynos de Asia, con las cosas mas notables dellos. La historia de los Tartaros y su origen y principio. Las cosas del reyîio de Egipto. La historia y sucesos del reyno de Jérusalem. Traduzido y recopilado de diversos y gi^aves historiadores (Cordoue, 1595, in-4). L'auteur a beaucoup emprunté à l'itinéraire de Hayton l'Arménien, mais il a aussi puisé à d'autres sources, qu'il n'indique pas. E. Cat.
CENTEOTL ou CINTEOTL (de centli, maïs mûr, et teotl, divinité), laCérès des Mexicains ; on la qualifiait de tonacayohua (soutien de notre cliair), et elle était identique avec Chicomecoatl (sept serpents), mais elle différait de Xilonen, déesse du maïs vert. Ses chapelles, les Cinteopan, étaient la vingt-huitième, la quarante-troisième et la soixante-sixième dans le grand temple de Mexico. On y sacrifiait une fennne que l'on disait être l'image de cette divinité. — Il ne faut pas la confondre avec Cinteotl, déesse des Totonacs, ni avec le fils de la déesse Toci, Centeotl, le dieu du maïs et des lapidaires, car il passait pour être l'un des quatre inventeurs de l'art de tailler les pierres précieuses. Sa chapelle était la quarante-cinquième du grand temple de Mexico ; on y sacrifiait chaque année un jeune homme portant ses insignes, ainsi que des captifs. B-s.
CENTERWAL (Julius-Ebbe), latmiste suédois, né en 1844. Il est depuis 1874 recteur de l'école élémentaire de Sœderhamn. Il a traduit: Choix de discours de Ciceron (1869-83, 3 fasc.) et d'Ecrits grecs et latins (1883), et publié : Manuel illustré des antiquités romaines {iSM- 84) ; les Catacombes de Rome (1881) ; Julien V Apostat (1884); et Voyages en Grèce et dans le Levant (Stockholm, 1888, in-8). B-s.
CENTESIMA rerum venâuum (Droit romain). On désignait sous ce nom une taxe indii'ecte de 1 "/o établie par Auguste après les guerres civiles, sur le produit des ventes, qu'elles fussent faites aux enchèi^es ou autrement. Centesimam rerum venalium post bella civilia institutam, nous dit Tacite (Annales^ I, 78). Cet impôt, que l'empereur Tibère avait abaissé à 1/2 ^/o puis rétabli à son taux primitif, fut aboli par Caligula, du moins en Italie. Suétone, en nous parlant de cette mesure, nous dit: Ducentesimam auctionum Italiœ remisit. On peut conclure de ces expressions qu'avant sa suppression, la taxe de 1 ^/o avait été de nouveau réduite de moitié. Cette abolition ne fut pas définitive, car un texte d'Ulpien (1. 17, Dig. 50, 16, de verb. signif.) nous prouve que la centesima rerum venalium existait encore de son temps.
BiBL. : MoMMSEN et Marcquadt, De VOrganisation financière chez les Romains ^traduction Vigie, p. 351. — HumjîKRT, Essai sur les finances et la compiabilité publique chez les Romains, t. I, p. 279.
CENTESIMA usurâ. On entendait par là l'intérêt d'un capital calculé à 12 °/o l'an. Ce nom vient de l'habitude où étaient les Bomains de payer les intérêts d'un capital aux calendes de chaque mois, chaque paiement comprenait ainsi un centième du capital. Si l'on en croit Cicéron, le taux de 12 °/o paraissait rigoureux à l'époque où il vivait; on ne pouvait, sauf le cas de nauticum fœnus, en stipuler de plus élevé, d'où le nom de legitimœ iisurœ.^ sous lequel il se trouve désigné, même dans la législation de Justinien où le taux lé|>al était fixé à 6 °/o, semisses usurœ (V. pour plus de détails le mot Intérêt). P. N.
BiiiL. : Maynz, Cours de droit romain, t. II, § 181, 1« éd. — AccARiAs, Précis de droit romain^ t. II, p. 1141, note 4 (!■■« éd.) p. 1157, note 4 (2« éd.). — OnrohA^n^ Explication historique des Instituts de Justinien. t. II, p. 365, n° 1658, 12« éd. (Labbé).
CENTETES (Mamm.) (V. Tanrec).
CENTETODON (Paléont.). (kmre de Mammifères fossiles Insectivores, créé par Marsh (1872), sur une mâchoire inférieure ayant les dimensions de celle de la Taupe. Les molaires que portent cette mâchoire ressemblent plus à
— 1133 — CENTENO — CENTIÈME
celles des Tanrees ( Centetes) qu'à celles des Insectivores du groupe des Talpidœ et des Soricidœ . La dernière molaire a trois tubercules avec un talon postérieur moins élevé. Le type du genre (C. pulcher) est de l'éocène (couches de Bridger) du Wyoming ; une seconde espèce (C. altidens) est du même gisement, dans l'Amérique du Nord. Le genre Diacodon de Cope (1875) paraît s'en rapprocher beaucoup, et il y aura lieu de s'assurer, par une comparaison directe, si les deux genres ne seraient pas identiques (V. Diacodon et Insectivores). E. Trt.
CENT-6ARDES. Corps de cavalerie d'éhte qui formait la garde personnelle de Napoléon III et faisait auprès de lui un service analogue à celui des anciens gardes du corps (V. Gardes du corps, Maison du roi). Constitué par les décrets du 24 mars 1854 et du 29 févr. 1856, il a été réorganisé par celui du 17 mars 1858 et a été licencié après le 4 sept. 1870. Aux termes du décret de 1858, il se composait d'un état-major et de deux compagnies. L'étatmajor comprenait 1 officier supérieur commandant (colonel, lieutenant-colonel ou chef d'escadron), 1 capitaine adjudant-major, 1 capitaine-major, 1 médecin, 1 vétérinaire, 2 adjudants sous -officiers et 4 brigadiers. Chaque compagnie avait 4 officiers (1 capitaine commandant, 1 lieutenant et 2 sous-lieutenants) et 101 hommes (1 maréchal des logis chef, 7 maréchaux des logis, dont 1 fourrier, 12 brigadiers, 75 gardes et 6 trompettes ou ouvriers). L'effectif total de l'escadron était de 13 officiers et de 208 hommes de troupe ; 50 gardes n'étaient pas montés. 25 cavaliers de remonte étaient attachés à ce corps, pour servir d'ordonnances aux officiers et aux sous-officiers ; les brigadiers et les gardes devaient panser eux-mêmes leurs chevaux et entretenir leurs effets. Les cent-gardes se recrutaient dans les régiments de cavalerie de la garde ou de la ligne. Tous les candidats devaient avoir au moins deux ans de présence au corps et encore trois ans à faire avant leur libération ; la taille exigée était de 1^^80. Les sous-officiers et brigadiers ne pouvaient entrer dans ce corps privilégié que comme simples cavaliers. Les cent-gardes ne devaient pas le salut aux sous-ofiiciers des autres corps ; dans les revues et défilés, ils prenaient toujours la droite des troupes. Ils étaient placés sous l'inspection permanente du grand maréchal du palais, qui nommait aux emplois de brigadier ou de sous-officier et dressait le tableau d'avancement des officiers. Toutes les questions concernant ces derniers (mutations, autorisations de mariage, congés, etc.) étaient soumises à la décision de l'empereur. La solde des cent-gardes était très élevée (8, 9, ou 10,000 francs pour le chef de corps, suivant son grade, 5,500 pour les capitaines commandants, 4,000 pour les lieutenants, 3,500 pour les sous-heutenants, 1,800 pour les adjudants, 1,600 pour les maréchaux des logis chefs, 1,500 pour les maréchaux des logis, 1,300 pour les brigadiers, 1,000 pour les simples gardes). Le chef de corps percevait, en outre, une indemnité de 2,000 francs; les sous-officiers promus sous-lieutenants dans le corps recevaient une première mise de 1,500 francs. L'uniforme était très brillant; il se composait d'une tunique bleu de ciel doublée en soie rouge, d'un pantalon garance à bande noire et d'un chapeau pour la tenue de ville. En grande tenue de service, les cent-gardes portaient la culotte de tricot blanc, la cuirasse, le casque. Les épaulettes des sous-officiers et des gardes avaient des franges de soie rouge recouvertes d'un rang de franges d'or. L'armement se composait : d'un mousqueton Treuille de Beaulieu (V. Mousqueton), d'une latte qui s'y adaptait comme une baïonnette et d'une épce (pour la tenue de ville). Les cent-gardes étaient logés rue Bellechasse, à la caserne du Panthémont, où l'on a établi depuis la bibliothèque et la revue du cercle militaire.
CENTIARE (V. Système métrique).
CENTIÈME denier. Ancien impôt qui frappait les offices héréditaires. H fut d'abord du tiers de la valeur d'un office et perçu à la transmission de cet office. En 1604, les titulaires d'offices casuels durent payer un di'oit annuel