CANTACUZÈNE
ministre. C'est à lui sans doute qu'il faut reporter l'honneur des sages mesures et des succès militaires qui signalèrent ce règne : la réforme des impôts et de la justice, la construction de forteresses qui devaient mettre les villes de Thrace et de Macédoine à l'abri des fréquentes incursions des Turcs, des Bulgares et des Serbes, la domination de l'empereur de Byzance au moins reconnue à Phocée et dans l'île de Lesbos, rétablie effectivement à Chio et en Acarnanie . Par contre, Cantacuzène ne put sauver les villes de Nicée et de Nicomédie, assiégées par le sultan Orkhan ; d'autre part, l'appui qu'il prêta aux partisans de Grégoire Palamas entretint les divisions du clergé grec et dut nuire au succès des négociations engagées avec la cour pontificale d'Avignon, en vue d'obtenir une nouvelle croisade contre les Turcs. — - Cantacuzène affectait un grand désintéressement; toutefois, dès 1330, pendant une maladie d'Andronic III, il semble avoir visé à la couronne. Il reçut, comme régent, le serment de tous les fonctionnaires et força le vieil empereur Andronic à prendre l'habit de moine. A la mort d'Andronic le Jeune (1341), il continua de gouverner l'empire au nom de Jean Paléologue. Mais deux de ses anciens protégés, le grand amiral Apocauque et le patriarche Jean Calécas, s'efforcèrent de lui enlever la confiance de l'impératricemère, Anne de Savoie, et y réussirent. Profitant d'une absence du régent, Apocauque s'empare du pouvoir, soulève la populace de Constantinople contre les parents et les amis de Cantacuzène, fait jeter en prison sa mère Théodora et confisque leurs biens. Déchu de ses fonctions et acculé à la révolte, Cantacuzène revêt la pourpre à Didymotique (oct. 1341). La fortune lui est d'abord contraire; chassé de la Thrace, puis de la Macédoine, il demande des secours au roi de Serbie, Etienne Douchan, qui lui fournit d'abord quelques troupes, puis traite avec son rival. Mais sa capitale Didymotique, défendue par sa femme, l'impératrice Irène, résiste à Apocauque. Cantacuzène reprend l'avantage (1343); la Thessalie reconnaît son autorité; Bérée, ville importante de Macédoine, se déclare en sa faveur; son allié, le prince turcOumour, fils de Fémir d'Aidin, lui amène une armée. Cantacuzène échoue au siège de Thessalonique, mais s'ouvre par une victoire le chemin de Didymotique. Aidé des Turcs d'Oumour et d'un nouvel aUié, le sultan Orkhan, qui épousera plus tard sa fille Théodora, il soumet la plupart des villes et des ports de la Thrace, repousse les Serbes et les Bulgares. Apocauque est tué en visitant les prisons de Constantinople (1345) ; ses partisans dominent par la terreur. Cantacuzène n'a point de peine à se créer des intelligences dans la capitale; il y est introduit, le 3 fév. 1347, par un officier génois de la garnison, et fait proclamer une amnistie générale. 11 ne songea pas à renverser Jean Paléologue et se contenta de partager avec lui le pouvoir impérial. Le mariage du jeune empereur avec la fille de son collègue, Hélène Cantacuzène, fut le gage de cette réconciliation. — Le nouvel empereur trouva le trésor vide. Les Génois avaient repris Chio ; la Macédoine, la Thessalie, l'Albanie et l'Epire, avaient passé sous la domination d'Etienne Douchan, qui se faisait appeler tsar des Grecs eu des Serbes, L'empire ne conservait plus que la Thrace, la Chalcidique et quelques îles de TArchipel. Cantacuzène mit des droits à l'importation des blés pour se procurer des ressources, et entreprit de relever la marine grecque. Mais il rencontra l'hostilité des Génois établis à Galata; ceux-ci brûlèrent ses chantiers de construction, détruisirent ses vaisseaux et résistèrent victorieusement à une coalition des flottes byzantine, vénitienne et catalane (1351-52). L'empereur fut plus heureux contre les Serbes ; il leur enleva Thessalonique, Edesse, Bérée, s'empara même de Skoplie, la capitale d'Etienne Douchan (1350). Le tsar serbe dut négocier pour garder une partie de ses conquêtes. Cantacuzène intervint auprès du sultan d'Egvpte en faveur des chrétiens de Syrie et leur facilita la visite des lieux-saints. Les affaires religieuses l'occu-
pèrent aussi; tout en continuant à négocier avec le pape, il faisait approuver solennellement la doctrine des Palamites par un concile que présidait un des leurs, le patriarche Calliste (1351). Mais la paix à l'intérieur ne fut pas de longue durée. Le pouvoir de Cantacuzène était continuellement menacé par des intrigues auxquelles prenaient part son collègue Jean Paléologue et l'impératrice Anne. Cantacuzène répugnait à l'emploi de la violence, et préférait user, à l'égard de ses ennemis, de ménagements calculés. Cette tactique ne lui réussit pas toujours; en 1352, Jean Paléologue, qu'il tenait à dessein éloigné de Constantinople, prit les armes à son tour, désirant rester seul maître de l'empire, et s'empara d'Andrinople, dont Mathieu Cantacuzène, le fils de son collègue, avait reçu le gouvernement. Cette tentative est promptement réprimée; les Serbes et les Bulgares, alliés de Jean Paléologue, sont battus par les Turcs de Soliman, fils d'Orkhan, au service de Cantacuzène (oct. 1352); le jeune empereur se réfugie dans l'île de Ténédos. Cantacuzène croit affermir son autorité en associant à l'empire son fils Mathieu (1353). Mais l'année suivante est marquée par de nombreux revers. Le patriarche Calliste refuse de couronner le fils de l'empereur et prend parti pour Jean Paléologue. Un tremblement de terre couvre la Thrace de ruines, et sert de prétexte à Soliman pour installer des colonies ottomanes sur le littoral de la Chersonèse, dont il ne veut pas se dessaisir. Cantacuzène essaie en vain de surprendre l'île de Ténédos. Enfin Jean Paléologue, conduit par un noble génois, débarque dans le port de l'Heptascale pendant une nuit sombre et pénètre dans la capitale, oti le peuple se soulève en sa faveur. Cantacuzène, en face de l'émeute, ne fit aucune résistance; il abandonna le palais, livra à son rival le poste de la Porte-d'Or, qu'il avait fortifié et qu'il aurait pu défendre, et abdiqua sans attendre les renforts que son fils lui amenait de la Thrace (déc. 1354). Il revêtit l'habit monastique, ainsi que sa femme l'impératrice Irène, et se retira au couvent de Mangane oiiilprit le nom de Joasaph. Son règne de souverain, qui n'est que la continuation de son règne de ministre, nous montre une tentative intéressante, bien que malheureuse, pour relever l'empire byzantin et le préserver de la ruine qui le menaçait.
Jean Cantacuzène ne fut pas seulement un homme d'Etat, mais aussi un historien. Il était fort instruit et possédait plusieurs langues; il employa ses années de retraite à raconter l'histoire de son temps. Ses Mémoires, qui s'étendent de 1320 à 1357, et sont divisés en quatre livres, présentent, sous une forme indirecte, l'apologie de ses actes ; ils sont écrits dans une langue simple, exempte de rhétorique, mais un peu terne ; la narration est généralement froide et sans couleur. Cantacuzène a cherché à imiter Thucydide, parsemant son récit de longues harangues. Cet ouvrage est l'unique en son genre dans la littérature byzantine. On peut mettre en doute sur bien des points la sincérité de l'auteur; mais on peut contrôler son témoignage par celui d'un de ses ennemis, Nicéphore Grégoras, dont V Histoire byzantine est précieuse à ce point de vue ; celui-ci fut l'adversaire déclaré des Palamites. Outre ses mémoires, Cantacuzène a laissé plusieurs écrits, entre autres un Commentaire sur la morale d'Aristote et une critique de la religion de Mahomet. — Les Histoires de Jean Cantacuzène et de Nicéphore Grégoras sont les sources capitales pour l'étude de ce règne ; elles sont toutes deux publiées dans la Byzantine, Les chroniques de Georges Phrantzès et de Jean Ducas, composées au siècle suivant, offrent un moindre intérêt. Ph. Pouzet.
BiBL. : Val-Parisot, Cantacuzène homme d'Etat et historien (étude critique des histoires de Jean Cantacuzène et de Nicéphore Grégoras). Th. de doctorat, 1845. — On consultera également Lebeau, Histoire du Bas- Empire, édit. Saint-Martin, t. XIX et XX, ainsi que les autres histoires générales de l'empire byzantin.
CANTACUZÈNE (Serbanll), prince de Valachie, né vers 1640, mort en 1688. Il appartenait à une famille
CANTACUZÊNE — CANTAGREL
d^orîgine grecque qui prétendait descendre des empereurs de ce nom, par Manuel, petit-fils de Jean Cantacuzène. A la mort de son père Constantin, qui avait épousé la fille de Serban l^** et qui avait été assassiné par ordre de Grégoire Ghika, Serban II fut élevé à la dignité de spatar par Antoine, voïévode, en 1669. Ce dernier ayant été déposé peu après et Grégoire Ghika étant revenu au pouvoir, Serban fut obligé de s'enfuir à Andrinople tandis que ses frères étaient condamnés aux mines de sel. Quelques années plus tard, Grégoire Ghika ayant été accusé d'être un allié secret de la Pologne et ayant été à son tour déposé, son successeur Ducas éleva Serban au rang de grand logothète, et comme il se disposait à le faire périr, soupçonnant en lui un compétiteur, la Porte l'appela au trône de Valachie sur lequel il monta en Tannée 1679. A peine arrivé au pouvoir, il chercha par tous les moyens à arracher son pays au joug des Turcs, qui Tépuisaient par leurs réquisitions en hommes et en argent. Il fut cependant obligé de prendre part au siège de Vienne avec Kara- Mustapha en 1683; mais Tarmée moldo-valaque qu'il commandait ne faisait pas preuve de beaucoup d'ardeur et lui-même tenait les assiégés au courant de tout ce que préparait l'armée ottomane, Lorsque la ville fut délivrée le 12 sept, de la même année et les Turcs complètement défaits par Jean Sobieski, Serban II crut le moment opportun pour se déclarer indépendant. Il envoya son frère George Cantacuzène en mission auprès des empereurs d'Autriche et de Russie, afin de conclure avec eux une alliance. On lui promit le trône de Constantinople, comme descendant de h famille impériale des Cantacuzène s'il parvenait a rejeter les Turcs en Asie. Fort de l'appui de ces souverains, dont l'un, l'empereur Léopold, l'avait fait comte de l'empire, il rassembla dans le plus grand secret une armée de 30,000 hommes qui attendait cachée dans les montagnes le signal du combat, lorsqu'il mourut, empoisonné, dit-on, par son frère Constantin et son neveu Brancovan, poussés peut-être par la noblesse qu'une semblable entreprise avait effrayée outre mesure (19 oct. 1688). Il eut pour successeur son propre neveu Constantin Brancovan Basaraba, celui-là même qui fut accusé d'avoir pris part à la conspiration ourdie contre lui. J. Monnier.
CANTACUZÈNE (Démètre), prince de Moldavie, frère du précédent. D'un caractère faible et d'une médiocre intelligence, il s'attira la haine de ses sujets par son administration oppressive et ne sut pas en compensation obtenir la faveur du sultan; aussi son règne ful-il de courte durée. II fut forcé de s'enfuir en Pologne en 1679; replacé ensuite sur le trône, il fut déposé par le grand vizir Ibrahim-Pacha, en 1685, et remplacé par Constantin Cnntemir (V. ce mot). J. MoNNfER.
CANTACUZÈNE (Jordache), fils de Constantm C;intacuzène, étranglé par Grégoire Ghika en 1664 et frère de Serban-Voda Cantacuzène. Il a traduit les Evangiles en collaboration avec le Moldave Athanase Tomaidul (Bucarest, 1682).
BiBL. : A. Densusianu, Istoria. limbei si literaturei Romane ; lassi, 1875, in-8.
CANTACUZÈNE (Constantin Brancovan Basaraba), prince de Valachie (V. Brancovan [Constantin]).
CANTACUZÈNE (Etienne III), prince de Valachie, fils de Constantin Cantacuzène. Il succéda à son cousin Constantin Brancovan en 1714, prince auquel les Turcs l'avaient opposé afin de pouvoir s'en défaire plus facilement. Sa trahison envers Brancovan et sa soumission envers la Porte ne purent prévenir sa propre chute, qui fut hâtée d'ailleurs par ses intrigues avec la cour de Vienne. Il fut déposé en janv. 1716, arrêté par ordre du sultan et emmené prisonnier avec son père à Constantinople, où ils furent tous deux exécutés le 7 juin 1716. Sa mort marque la date de la fin de la dynastie iniigène et l'avènement au pouvoir des princes pli.inariotes, «jui montèrent sur le trône en la personne de Nicolas Mavrocordato son successeur (Y. ce nom). J. MONNŒR.
BiBL. : D. Cantemir, Histoire de l'Empire ottoman, traduit en français par M. de Joncquiéres,! 743, m-4.— Du même. Histoire des deux maisons de Brancovan et de Cantacuzène, en roumain. — Cogalniceano, Histoire de Valachie, ~ buLZER, Geschichte des transalpinischen Daciens, 1782, in-4. — Engel, Geschichte der Moldau und Walachei, 1801, in-4. — Ubicini, Provinces danubiennes, dans VUnivers pittoresque; Paris, Î840, in-8. — Th. Thornton, Etat actuel de la Turquie, trad. franc. ; Paris, 1812, 2 vol. in-8.
CANTACUZENE (Constantin), homme politique roumain, né vers 1800, de parents qui appartenaient à la famille des princes de ce nom. Sous le règne d'Alexandre Ghika, il fut secrétaire d'Etat jusqu'en 1842. Après une retraite de six années il fut appelé au gouvernement de la principauté de Valachie en qualité de caïmacam (sept. 1848-janv. 1849). Il se fit remarquer par une adrainistratration des plus honnêtes et des plus Hbérales, et défendit de tout son pouvoir la cause des Roumains de Transylvanie, que Tinvasion des armées venues en Hongrie avait forcés de fuir au delà des Carpathes ; il leur rendit les plus signalés services ainsi qu'aux soldats autrichiens qui les avaient suivis. L'empereur d'Autriche lui conféra en récompense plusieurs décorations. A la suite de la substitution de l'armée autrichienne à l'armée russe dans l'occupation de la principauté en aoilt 18o4, il fut investi par le commissaire ottoman, Dervich-Pacha, des fonctions de président du conseil d'admininistration, poste qu'il occupa jusqu'au moment où le prince Stirbey revint sur le trône au mois de septembre de la môme année. Lors de l'élection d'Alexandre Couza, comme prince de Moldavie et de Valachie, les rares mérites de Constantin Cantacuzène avaient un instant pu faire espérer qu'il monterait sur le trône des Principautés-Unies. J. Monnier.
CANTACUZÈNE-Altieri (la princesse Olga), née à Vienne (Autriche) le 23 nov. 1843. Elle a écrit en français plusieurs romans intéressants. Nous citerons : Tante Agnès (Paris, 1873, in-12); Carmela (1875, 2 vol. in- 12); le Passage d'un ange (1877, in-12); Poverina (1880, in-12) ; le Mensonge de Sabine (1881, in-12) ; Fleur de neige (1885, in-12); Irène (1886, in-12) ; une Exaltée (1887, in.i2).
CANTA6ALL0. Ville du Brésil, prov. de Rio de Janeiro, à 34 lieues de Rio. Stat. du chem. de fer de Nictheroy au Parahyba. Centre important pour la production du café.
CANTAGREL (François-Jean), homme politique français, né à Amboise (Indre-et-Loire) le 27 juin 1810, mort à Paris le 27 févr. 1887. Venu à Paris en 1827 pour terminer ses études, il fut nommé quelques mois après conducteur des ponts et chaussées et exerça en même temps la profession d'architecte, et, très avide d'instruction, suivit les cours de la faculté de droit. Devenu l'un des disciples de Fourier, il publia divers articles relatifs aux doctrines de l'école sociétaire, sans cesser d'ailleurs de s'occuper de questions artistiques dans la presse spéciale, et notamment dans l'/lr^i,<f]t^, où il collabora de 1834 à 1838. Après avoir été rédacteur à la Phalange, il fonda avec Victor Considérant le journal la Démocratie pacifique, où, tout en continuant à soutenir la théorie sociétaire, il se sépara néanmoins d'un groupe nombreux de disciples de Fourier qui ne voulaient pas qu'on s'occupât de questions politiques, mais simplement d'économie sociale: à la Démocratie pacifique on était d'avis que les deux questions étaient indissolublement liées. En
1847, il fut condamné à trois mois de prison pour délit de presse Lors des élections pour la Constituante, en
1848, il fut candidat dans l'Aveyron, pays d'origine de sa famille ; il obtint près de 18,000 voix, mais ne fut pas élu. En 1849, le dép. de Loir-et-Cher l'envoya à la Législative, le quatrième sur cinq : il s'était présenté comme candidat républicain socialiste. Il ne siégea que six mois parce qu'à la suite de la mmifestation du 13 juin 1849, aux Arts et Métiers, il fut condamné à la déportation par la Haute Cour de Versailles. Il parvint à se réfugier en
CÀNTAGREL - CANTAL
Belgique, d'où il adressa aux électeurs de Loir-et-Cher un manifeste qui se terminait ainsi : « Je vous avais promis de défendre la Constitution au péril de ma liberté, au péril même de ma vie. Ce que je vous ai promis, je l'ai tenu. Je l'ai tenu dans les termes de mon programme ; rien de plus, rien de moins. » U parcourut ensuite l'Angleterre et les Etats-Unis, où il habita jusqu'en 1856. Revenu en Belgique, il passa enfin en Suisse, à Neuchâtel, où il devint rédacteur en chef du journal V Indépendant, 11 rentra en France lors de l'amnistie générale de 1859. Kn 1863, il fut simultanément candidat sans succès, dans l'Aveyronet dans la Seine. Il fut encore candidat socialiste en Ibby dans la 7« circonscription de la Seine, mais il se désista après le premier tour de scrutin. En 1870, û fit parue du Comité civil de défense du dép. de Loir-et-Cher, puis vint à Nantes, où il fut rédacteur en chef du journal rUnion démocratique, dans lequel il ne dissimula pas sa sympathie pour les insurgés communalistes de Pans. En 1871, il fut condamné pour délit de presse à six mois de prison par la cour d'assises de la Loire-lntérieure ; il subissait sa peine à Sainte-Pélagie, lorsque les électeurs du quartier de La Chapelle (XV11I« arrond.) 1 envoyèrent au conseil municipal, il a été deux fois vice-président du conseil général de la Seine. 11 fut un des trente conseillers municipaux qui soutinrent la candidature Barodet contre celle de M. de Rémusat, patronnée par M. Thiers, chel du pouvoir exécutif. Il fut réélu conseiller municipal le 29 nov 1874. Il collaborait en même temps au journal la Vérité, Aux élections législatives complémentaires de 1876, il se présenta au Xlli« arrondissement (Gobelms), en remplacement de Louis Blanc, qui avait opté pour le ye arrondissement (Panthéon). Il tut élu au deuxième tour de scrutin (23 avr. 1876) par 5,596 voix. Il vota 1 amnistie pleine et entière et fut un des 363 députés qui protestèrent contre le coup d'Etat du 16 mai 1877. Aux élections du 14 oct. 1877, après la dissolution de la Chambre, il fut réélu avec 8,327 voix. De même aux élections du 21 août 1881, où il obtint 8,417 voix. Aux élections .Générales du mois d'oct. 1885, porté sur la liste radicale socialiste, il fut élu par 289,006 voix. Lorsqu i mourut il était vice-président du groupe de l'extrême gauche. Sans néeli'^er les questions politiques, il s'occupait surtout au Palais-Bourbon des questions économiques : assistance publique, travail, moyens de transport, canaux, chemms de fer, etc. il est l'auteur d'une remarquable proposition sur la réorganisation du Corps des ponts et chaussées. Il prit l'initiative de faire accorder une pension aux blessés de février 1848. Cantagrel a dessiné les planches de 1 ouvrage publié par le directeur des travaux sur la construction du pont d'ivry. On a de lui : le Fou du Palais-Royal (Paris 1841, in-18) ; Mettray et Oswald, étude sur les colonies agricoles (Paris, 1847); Organisation des tra-vaux publics (Paris, 1847) ; Réforme des ponts et chaussées (Paris, 1847) ; Qain%e Millions a gagner sur les bords de la Cisse (Paris, 1848); Comment les doqmes commencent (Bruxelles, 1857); ^écess^tédun nouveau symbole (Neufchâlel, 1858) ; D oùnous venons, où nous sommes, où nous allons (Neutchatel, lb5« ; V Election véridique (Neufchâtel, 1858) ; Vote au bulletin de ralliement (Paris, 1874). Loms Lucipia
CANTAL. Chaîne de montagnes, située dans le département de ce nom et qui fait partie des monts d'Auvergne, dont elle forme l'extrémité méridionale. Si Ion examine en effet sur une carte l'aspect général de ceux-ci, on saperçoit qu'ils peuvent être assez justement comparés a un arbre dont la cime irait se perdre au nord dans les plaines du Bourbonnais. La chaîne des Dômes formerait le tronc, le massif du mont Dore la maîtresse branche et celui du Cantal les racines. Le massif du Canta oôre 1 aspect Général d'un immense cône tronqué dont le diamètre de la grande base aurait près de 100 kil., tandis que celui de la petite n'en aurait que 10 environ. Le centre de cette dernière se trouve à peu près au sommet du puy de
Griou (1,696 m.) ; la circonférence en est formée par les lèvres de l'ancien cratère du volcan, déchiquetées en sommets appelés dans le pays, puys, sucs ou fours ; le point le plus élevé est le sommet ou la butte du Plomb du Cantal (1,858 m.). Il doit son nom à la butte basaltique arrondie qui la termine et au pied de laquelle passait autrefois une voie romaine, à lendroit appelé Col de la Tombe-du-Père. Très abrupte à l'O. du côté de la vallée de la Cère, le Plomb du Cantal est facilement abordable soit par les crêtes qui y mènent du N., soit par la pente assez douce qu'il présente à TE., du côté de la Planèze. Les flancs du Plomb, assez boisés à l'O. et au N., sont couverts de pâturages à l'E. et au S. On jouit à son sommet d'une vue étendue, limitée au N. par le puy de Sancy et le puy de Dôme, à l'E. par les [monts de la Margeride.
L'ait, moyenne de la grande circonférence de base varie de 200 à 400 m. à l'O. et au S. ; elle se relève jusqu'à 1,000 et même 1,200 au N. et à l'E. Celle de ia circonférence de la petite base ne descend jamais audesous de 1,500 m. Sur les côtés de ce cône on peut distinguer trois grandes divisions. L'une au îS. est limitée à l'O." par les talaises de la vallée du Falgoux ; à l'E. par celles de la vallée de TAlagnon. Découpée vers rO. en petits vallons assez fertiles par les affluents de la Bue, elle forme à TE. le grand plateau de Limon, couvert de pâturages parsemés de marais et de tourbières, d'un aspect triste et mélancolique, dont la sauvage âpreté n'est pas sans grandeur. Les pentes douces de ce plateau se relèvent légèrement au N.-E. pour aller se raccorder aux monts Dômes par le massit du Cézallier et des monts du Luguet. Les falaises de la rive droite de l'Alagnon bordent au N.-O. la seconde portion, limitée au S.-O. par le massif du Plomb du Cantal, les plateaux boisés du puy Gros et de Malbo. Elle est formée par un immense plateau basaltique, couvert de pâturages et surtout de céréales, d'une ait. moyenne de 800 à 1,000 m., coupé de ravins encaissés où coulent la Truyère et ses affluents et qui se rattachent à l'E. aux monts de la Margeride, au S. [au massif d'Aubrac. Presque absolument dépourvu d'arbres et même d'arbrisseaux, puisque les champs sont clôturés en murs bâtis à pierres sèches, ce plateau oôre un aspect caractéristique qui lui a valu son nom de lUanèxe, La troisième portion du massif, qui occupe le S.-O. du dép., offre un aspect tout à fait di.l'érent. Elle est découpée en vallées protondes (vallons du Falgoux, de Fontanges, de Saint-Projet, de Tournemire, de Mar-manhac, vallées de la Jordanne et de la Cère), ce qui lui donne la forme d'un éventail dont la poignée serait au centre du massif. Dans ces vallées d'une altitude en général moins élevée que le plateau du N. et de TE. et abritées des vents du N. par les sommets, la végétation est luxuriante et vivace. Le mélange des prairies et des bois, l'abondance des eaux vives, pendant l'été la pureté de Pair, leur donnent un charme riant et en font une des parties les plus belles de PAuvergne.
La chaîne du Cantal envoie ses eaux soit dans le bassin de la Loire, soit dans celui de la Garonne. La ligne de partage part de la Margeride, passe sur le plateau de la Planèze entre Vieillespesse et Talizat, suit les hauteurs de la rive droite de PAlagnon jusqu'au Plomb du Cantal, puis le bord de la circonférence de la petite base jusqu'au col de Cabre et rejoint le Cézallier en passant sur le plateau du Limon entre Dienne et Murât d'abord, Ségur et AUanche ensuite. Les principaux sommets, situés comme nous l'avons dit sur la circonférence de la petite base du cône, sont, outre le Plomb : le puy Mary (1,787 m.), le puy Chavaroche (1,744 m.) et le pic de PElancèze (1,503 m). Sur un contrefort du puy Mary se trouve le puy Violent (1,594 m.). Louis Farces.
CANTAL (Dép. du). Situation, limites, superficie. — Le dép. du Cantal tire son nom du Plomb du Cantal, sommet le plus élevé (1,858 m.) de l'ancien volcan dont
CANTAL
les ruines couvrent le massit montagneux de la haute Auvergne. 11 est compris entre45o28'ô4'' et W^3VAV^ de lat. N.; 1° Oi' 00'' de long. E., et 0' 16' 68''' de long. 0. du méridien de Paris. Borné au N. par le dép. du Puy-de-Dôme, à l'E. par ceux de la Haute-Loire et de la Lozère, au S. par celui de l'Aveyron, à l'O. par ceux du Lot et de la Corrèze; il n'est séparé de la Méditerranée que par TAveyron et l'Hérault, du Cher, centre de la France, que par le Puy-de-Dôme et l'Allier. H est à égale distance de l'Atlantique et des Alpes. Excepté vers le N.-O. où la Dordogne le borne, de Beaulieu au confluent de l'Auze, et sur une faible partie du cours de la Maronne,de la Cère, du Lot, du Goul et de la Truyère, ses limites sont presque partout artificielles. Leur pourtour total est d'un peu plus de 400 kil. La superficie du département est de 574,147 hect. Il est disposé comme une sorte de pentagone irréguUer dont les deux côtés sud forment un angle aigu rentrant, dont le sommet est tourné vers le N. Sa plus grande largeur du N. au S.-O. est de 124 kil.; sa plus grande largeur de TE. à l'O. est de 128. La percée du Lioran, où passe le chemin de fer d'Arvant à Figeac, est à peu près le centre du département.
Relief du sol. — Au point de vue du relief, le dép. du Cantal offre l'aspect d'une immense pyramide tronquée à bases non parallèles. Nous avons donné plus haut les dimensions extrêmes de la grande base. Le diamètre idéal de la petite , obtenu en joignant le sommet du puy Chavaroche à la butte du Plomb par une ligne qui passerait au-dessus du puy de Griou, n'a guère plus de 12 kil. L'altitude moyenne de ces bases varie également beaucoup. Tandis que celles de la petite, limitée par la couronne de sommets qui entoure l'ancien cratère, oscillent de 1,858 m. (Plomb du Cantal), à 1,503 m. (pic de TElancèze), celles de la grande offrent des différences plus grandes encore. En effet, tandis que les pentes du Cantal s'abaissent progressivement à rO. et au S. par une série d'ondulations vers les bassins de la Dordogne et du Lot, elles se relèvent au contraire au N. pour se relier au mont Dore par le Cézallier et le Luguet, et à l'E., où elles rejoignent les premiers contreforts de la Margeride et de l'Aubrac. Aussi Taltitude du pourtour, après s'être abaissée jusqu'à 210m. aux bords duLot, se relève-t-elle à 1,383 dans l'E. du département, en un point situé entre Ruines et Vedrines- Saint-Loup, à l'extrémité N. des montagnes de la Margeride. Dans cette région accidentée, les aspects du paysage sont nécessairement très variés. Ils diffèrent selon l'orientation des pentes, la constitution géologique du sol, la manière dont il est cultivé, les coutumes des habitants, etc. Les transitions entre ces différentes manières d'être ne sont pas brusques, mais au contraire amenées par des différences légères au premier abord. De là, la ditiiculté de trouver dans ce grand massif montagneux, où chaque puy, chaque vallée, a pourtant sa physionomie particulière, des divisions qui n'aient rien d'artificiel et dont les lignes de démarcation soient parfaitement conformes à la réalité. Il nous semble cependant qu'on peut distinguer sur les pentes du massif cantalien, trois parties assez nettement tranchées," au N., à l'E. et au S.-O. Nous allons les examiner séparément.
Région du No7'd, La région du Nord comprend la presque totalité des arr. de Mauriac et de Murât. Elle est limitée au S.-O. par les mouvements de terrain qui séparent les vallées de la Maronne et de la Dordogne; à l'E., par la profonde coupure où coule l'Alagnon pour aller rejoindre l'Allier. La première de ces limites se rattache aux sommets du centre du département, au puy Chavaroche (1,744 m.). Elle suit les lèvres de l'ancien cratère, jalonnées par le puy Mary (1,787 m.), les fours de Peyre-Arse (1679m.), le puy de Peyre-Arse (1,567 m.,) et le puy de Batatllouze (1,686 m.), et rejoint la seconde au cirque de Font-AIagnon. Du Puy Ghavaroche se détache à TE. le massif du roc des Ombres (1,647 m.) et (lu puy Violent (1,594 m.), qu'un profond ressaut de
terrain sépare des plateaux qui, de Salers (918 m.), descendent en pente douce jusqu'à la Dordogne. Du Puy Mary se détachent également des contrerorts importants. L'un se dirige au N.-O., forme les falaises abruptes que bornent au N. la profonde vallée du Falgoux et qui dominent le puy de la Tourte (1,709 m.) et le suc de Rond (1,582 m.). L'autre s'étale vers le N. dans les plateaux du Limon (1,568 m.), et, après s'être abaissé lentement jusqu'à une altit. moyenne de 1,000, m., se relève au delà des vallées de la Santoire et de l'Allanche, dans les massifs du Cézallier au N. (1,296 m ) et du Luguet auN.-E. (1,555 m.). Des falaises ou de brusques escarpements limitent ce plateau à l'E. et bordent à gauche la vallée de l'Alagnon.
Région de l'Est, La rive droite de cette même vallée de l'Alagnon est, elle aussi, bordée par des rochers à pic ou à |)ente très raide qui limitent au N.-O. la deuxième région, celle de l'E. Cette partie du Cantal, qiie l'on noninie la Planèze^ a la forme générale d'un triangle, dont le Plomb occuperait le sommet, dont les côtés seraient formés par les hauteurs dont nous venons de parler au N.-O. et par celles qui séparent la vallée de Brezons de la vallée de la Cère au S.-O., dont enfin, à TE., les premières pentes de la Margeride et de l'Aubrac figureraient la base. L'intérieur du triangle est un vaste plateau légèrement incliné du S. au N. et de l'E. à l'O., d'une altit. moyenne de 800 à 1 ,000 m., jalonné par des éminences telles que la butte de Tanavelle{i,Od'inu)ei\Qs\icde la Lebrine (1,009m.), et que coupent la Truyère et ses affluents, encaissés dans des ravins profonds. Le Plomb du Cantal le domine de sa masse imposante, flanqué au N. du pic du Rocher (1,800 m.), et des sommets de Prat-de-Bouc (1,528 m.) ; au S., du Cantalou (1,805 m.), du puy Brunet (1,806 m.), du pic de la Croix (1,766 m.), du puy Gros (1,599 m.), des hauteurs de Belle-Viste (1,482 m.) et de la Mouche (1,551 m.). Le chemin de fer de Neussargues à Sévérac pénètre sur ce plateau par le col de la Pierre-Plantée.
Région du Sud-Ouest.^ Le reste du dép. du Cantal forme la troisième région ou région du Sud-Ouest. D'une altitude moyenne en général moindre que les deux autres, elle ofire une disposition toute différente. Les plateaux font place à des croupes allongées, disposées comme les branches d'un éventail autour de la courbe décrite par les puys du puy Chavaroche au Plomb du Cantal et dont le centre serait au puy de Griou. Ces croupes se dirigent du N. vers l'O. et le S., et s'abaissent progressivement en enserrant entre elles les sept vallées de l'Aspre, de la Bertrande, de la Doire, de l'Autre, de la Jordanne, de la Cère et du Goul. La chaîne de collines granitiques, d'une altit. moyenne de 7 à 800 m., qui sépare, par un massif semi-circulaire dont la convexité est tournée vers le S., les bassins de la Dordogne et du Lot, semble former la bordure de cet éventail.
Une autre division, tirée presque uniquement delà géologie, a été indiquée par M. Boule. « Ce département, dit-il, nous présente trois régions naturelles : i^ Une région tormée par le terrain primitif. Le sol est très accidenté, raviné, granitique ou schisteux. De vastes régions appelées landes dans le pays, ne présentent que des bruyères et des genêts. La culture est pénible. Les pro* duits se réduisent à des châtaignes, du seigle, du sarrazin, quelques fruits. Les maisons des laboureurs sont bâties avec de la terre glaise en guise de mortier, quelquefois même à pierres sèches. 2<^ La deuxième région comprend les dépôts calcaires tertiaires. Elle est restreinte, mais d'une fertilité remarquable. Sur ces dépôts s'étale la belle plaine d'Arpajon, aux prairies excef)tionnellement belles. C'est une contrée riante, bien différente de la première. Aurillac s'élève au milieu de l'ancien lac tertiaire. 3^ Sur le piédestal granitique et tertiaire, le volcan a vomi ses déiectjons. Il a formé un gâteau immense de
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80 kil. de diamètre, aujourd'hui fortement entamé par les vallées rayonnant de l'ancien cratère. Sur ces laves la végétation est luxuriante. La présence dans les basaltes, par exemple, d'innombrables cristaux d'apatite (phosphate de chaux) nous explique cette fertilité. L'industrie principale est la l'abrication des tromages dits du Cantal. Les plus hautes cimes sont tapissées d'un gazon odorant que broute une grande partie de l'année la belle race de Salers. » (Bull. de la Soc. de Géogr. de Toulouse, 1884, n^ 5.) Très juste à certains égards, celte division, outre qu'elle n'admet que la géologie comme élément de classiticalion, a de plus l'inconvénient de ne pas tenir compte des diôérences d'aspects de la région volcanique. Cependant, entre les pentes andésitiques du cratère et le plateau basaltique de la Planèze, par exemple, les oppositions sont bien tranchées : constitution du sol, aspect général, végétation, mœurs des habitants, tout y est différent. Ce sont ces raisons qui nous ont déterminé à essayer à notre tour une nouvelle division.
Géologie. — On peut résumer en quelques lignes la géologie du Cantal en disant que ce pays est constitué en premier lieu par une vaste substruction de terrain primitif. Un alignement orienté du N. au S., que quelques auteurs ont attribué à une immense faille et qui est formé par des lambeaux de terrain houiller, y représente l'époque secondaire. Des dépôts sédimentaires s'y sont opérés à l'époque tertiaire, puis un immense volcan, dont le cratère occupait à peu près le milieu du département actuel, y a accumulé ses produits éruptifs et ses laves. C'est à ces phénomènes géologiques combinés avec les phénomènes glaciaires de l'époque quaternaire qu'est dû le relie! actuel du Cantal.
Terrain primitif. — 11 est très probable que le Cantal émergeait aux époques primaires et secondaires. Quoi qu'il en soit, le terrain primitif constitue aujourd'hui une portion notable de son sol et sa topographie a été représentée par M. B. Rames, sous la figure d'un vaste cirque dont nous allons suivre le contour. Après avoir formé au N.-O. du département les plateaux do ÏArtense{939 m.), il disparaît un moment sous les produits éruptifs du Cémllier, et, après avoir reparu au N.-O. dans le massif du Luguet (1,555 m.), il constitue à l'E. toute la chaîne de la Margeride, jusqu'au moment où il est de nouveau recouvert au S.-E. par les coulées basaltiques du volcan A'Aubrac. Traversant ensuite le nord du dép. de l'Aveyron sous le nom de plateau de la Viadène, la ligne du terrain primitif est coupée par les ravins profonds où coulent la Truyère (269 m.) et le Goul (346 m.). Elle rentre ensuite dans le Cantal et ferme presque tout le sud de l'arr. d'Aurillac par un croissant dont les sommets varient de 7 à 800 m. (Labrousse, 849 m.; Prunet, 788 m.; Saint-^lamet, 771 m.; Roumégoux, 671 m.; Saint-Saury, 712 m.), et qui s'abaisse au N. jusqu'aux bords de la Gère, au S. jusque sur le bassin tertiaire de Maurs. « Les collines qui continuent vaguement la région 0. du cirque se propagent jusqu'au N. du dép. de la Corrèze ; là elles se relèvent et se perdent dans les contreforts des monts Jargeau » (B. Rames).
Mais le terrain primitit dans le Cantal ne se borne pas à faire au département comme une sorte de ceinture, il affleure encore sur plusieurs points de l'intérieur. On le retrouve au N.-O., dans le massif du Falgoiix et du Vaulmier, d'où il semble se diriger vers le N., en se montrant encore à Marcfiastel et à Ségur. A l'E., il supporte tout le manteau basaltique de la Planèze et a été dénudé et mis à jour sur les flancs de toutes les vallées qui ravinent le grand plateau. Le même phénomène s'est produit àl'O. où « il affleure dans les thalwegs de la vallée de la Doire^ de VAspre à Seilhos, de la Maronne à Couder e et de la haute vallée delà Marse» (B. Rames).
Terrain rouiller. — Le terrain primitif dont nous venons d'indiquer la disposition a été traversé par un accident géologique qu'on a comparé à une grande faille
« se traduisant par un étroit et profond sillon, très régulier, -un peu ondulé^ traversant tout l'O. du département avec une direction moyenne N.-N.-E. La Dordoqne coule depuis plusieurs lieues dans ce sillon, lorsque celuici vient ébrécher profondément le grand cirque et pénétrer dans le Cantal à l'embouchure de la Rue. De là il se propage sans interruption, sur une longueur de 124 kil., jusqu'à l'extrémité S.-O. du département. Quand il retrouve le cirque à Pers et à CayrolSy il l'ébrèche de nouveau et il descend la pente rapide inverse, transtormé en une profonde gorge » (B. Rames). Ce sillon renferme des lambeaux de terrain houiller. Ils forment au N.-O. les bassins exploités de Vendes et de Cliampagnac. On en retrouve encore de faibles traces en descendant vers le S. Sinpont d'Auze; au ruisseau à'incon, à l'E. àePleaux; dans les com. de Saint- Paul-des-Landes, de Pers et de Cayrols.
Terrain miocène. — Dès l'époque du miocène inférieur de grands lacs s'établirent dans toutes les dépressions du terrain primitif. Ils y déposèrent de puissantes couches d'argile, de marne et de calcaire, dont il ne reste plus que des lambeaux portés à des altitudes très différentes par suite des phénomènes orogéniques dont la contrée fut ensuite le théâtre. Ces dépôts soni couronnés dans quelques localités et notamment au puy Courny par des alluvions à ossements de Dinotherium qui datent du miocène supérieur. Presque partout recouvert postérieurement et bouleversé par les déjections volcaniques , le terrain tertiaire n'affleure donc que sur des surfaces peu étendues, presque toujours à la base des premières pentes du volcan. Aux environs à'Aurillac il forme cependant un bassin assez étendu. Si, de ce bassin, on suit la base du volcan en remontant d'abord vers le N.-O., on le retrouve à Saint-Cernin , Saint-Martin-Cantalès , Sainte- Eulalie y Salins^ Méallet, Auzers, Saignes. 11 affleure également sur le plateau de VArtense et sous quelques points des pentes du Cézallier et du Luguet (Molompize), dans les ravins du grand plateau de la Planèze (Mous, Grisols)^ et sous les petits cônes volcaniques de Monchanson et du Suô de la Lebrine. 11 reparaît enfin au S. du volcan dans les vallées de Brezons, du Goul et de Cariât. Sur les pentes extérieures du terrain primitit, le terrain tertiaire forme encore, à une altitude bien moindre que dans le reste du département (300 m. environ), le petit bassin de Maurs.
Le Volcan. — Le volcan du Cantal a couvert dès le début de l'époque quaternaire à peu près toute la surface du département actuel. Si auN.-E., en effet, le Cézal' lier et le Luguet, si VAubrac au S.-E. en ont occupé une partie, lui-même en revanche a projeté ses coulées de laves jusque dans le dép. actuel de l'Aveyron. Nous allons en étudier successivement le cratère et les pentes.
Le Cratère. Nous avons déjà délimité le cratère du volcan cantalien en disant qu'il formait la petite base de l'immense pyramide irrégulière tronquée que figure l'ensemble du département. Il a la forme d'un cercle, ou plus exactement d'un polygone convexe irrégulier, dont les côtés sont formés par bne ceinture de crêtes andésitiques largement égueulée au S.-O. par les deux vallées de la Gère et de la Jordanne, Une série de puys également andésitiques, dont nous avons plus haut cité les noms , marque les ressauts de cette crête. Le plus élevé d'entre eux, le Plomb du Cantal, a gardé à son sommet un lambeau de basalte qui en forme ce qu'on appelle la Butte. C'est le seul témoin resté aux lèvres du cratère de l'immense coulée basaltique qui devait, postérieurement aux éruptions d'andésite, recouvrir les pentes du volcan. Au centre du cratère se dresse le puy de Griou, cône de phonolite d'une élégante et svelte régularité. Jl est flanqué de quelques autres puys moins élevés, également phonolitiques, le Griounnot (1,452 m.) et YUsclade (1,439 m.). Le iond comme les parois du cratère sont formés de puissants entassements de conglomérats andésitiques que
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lardent des filons de domite, d'obsidienne et d'autres roches éruptives.
Les Pentes, Les premières pentes extérieures du cratère sont andésitiques comme ses parois. Mais, autour d'elle, se range, ainsi qu'une circonférence enveloppante, toute une série de puys basaltiques. Ces puys, généralement séparés de la couronne d'andésite par une coupure escarpée et profonde, commandent une série de plateaux de même formation qu'eux. Ces plateaux affectent généralement la forme de triangles dont le sommet est tourné vers le cratère, dont les côtés sont formés par des vallées divergentes qui en descendent, dont la base est déchiquetée par des vallées secondaires où coulent les affluents des rivières principales. Ces pentes basaltiques se prolongent sur les terrains tertiaire et primitif par des îlots de petits plateaux isolés et de tables, sortes de témoins qui ont résisté aux dénudations. Le basalte couvre sous ses différentes formes les régions presque entières du N. et de l'E. Dans celle du S'-O., oti la dénudation a été plus profonde, il a laissé à nu d'immenses espaces de conglo ï:érat andésitique, produits d'éruptions antérieures.
Les Phénomènes glaciaires. — Le territoire constitué par les diverses formations géologiques que nous venons d'énumérer, a été fortement bouleversé par des phénomènes glaciaires. Ils semblent qu'ils aient eu lieu à deux reprises et qu'on peut distinguer sur le sol du dép. du Cantal deux périodes glaciaires bien tranchées, dont la première aurait été de beaucoup la plus importante. Les glaciers du Cantal ne se sont pas contentés d'être, par leur fusion et par les pluies torrentielles qui l'ont suivie, de puissants agents d'érosion et de mettre pour ainsi dire à nu l'ossature rocheuse du volcan, ils ont aussi contribué à donner au sol son relief actuel en dispersant leurs alluvions le long des pentes du massif. C'est sur les plateaux que Ton voit les premières traces de ces formations glaciaires. « Ce sont de gros blocs erratiques, répandus sur toutes les pentes de l'immense cône volcanique, dans une zone située entre 700 et 1,000 m. d'alt. Le volume de^ ces blocs est parfois très considérable. Sur certains points, leur accumulation est si prodigieuse que la contrée a reçu de ses habitants le nom de Cimetière des enragés. L'aire de dispersion de ces blocs a été fort étendue, car ils ont franchi les limites du terrain volcanique et recouvert les hauteurs du terrain primitif... Cet erratique est accompagné d'une formation alluviale de cailloux roulés, atteignant parfois une assez grande épaisseur et n'abandonnant jamais les hauteurs. L'ensemble constitue le vieux diluvium des plateaux de M. Rames. Pour retrouver de nouveaux dépôts glaciaires, il faut descendre dans le fond des vallées. Certaines nous offrent des appareils complets et d'une fraîcheur qui contraste bien avec l'aspect délabré du diluvium des plateaux... Sur les flancs des vallées, des moraines latérales, interrompues parfois par un ressaut de terrain, se suivent sur de longs parcours » (M. Boule). C'est le diluvium des vallées. Il a formé, non loin d'Aurillac, la grande et fertile plaine d'Arpajon. Ainsi donc un sous-sol de terrain primitif, gardant de l'époque secondaire quelques lambeaux de terrain houiller, recouvert ensuite sur plusieurs points par des dépôts lacustres tertiaires, puis au centre duquel un immense volcan a entassé ses laves, tandis qu'aux époques pliocène et quaternaire des phénomènes glaciaires donnaient à cet ensemble de formations diverses son relief actuel. Telle est dans ses grandes lignes la géologie du Cantal (V. Auvergne [Géologie]).
Régime des eaux. — Nous avons comparé, à propos du relief du sol, le dép. du Cantal à une pyramide irrégulière à bases non parallèles. On peut reprendre cette comparaison au sujet du régime des eaux et dire que chacune des faces de cette pyramide forme le territoire d'un bassin particulier. Si les eaux d'un quart environ du département portent leur tribut à la Loire par l'AIagnon, affl. de l'Allier, le reste du massif cantalien envoie les
siennes grossir la Garonne parla Dordogne et parle Lot. Encore faut-il, dans ces deux derniers bassins, distinguer les affluents directs de la Dordogne et du Lot de ceux qui ne grossissent ces deux cours d'eau que par l'entremise des deux plus importantes rivières du Cantal, la Gère et la Truyère. De là cinq divisions que nous allons étudier séparément.
Bassin de l*Al\gnon (ou Allagnon). — Toutes les eaux du dép. du Cantal qui vont à l'Allier lui sont, ou peu s'en faut, apportées par YAlagnon, La ligne de partage des eaux de son bassin, en partant du Cézallier, passe sur les plateaux entre Marcenat et Landeyrat, Ségur et Vernoîs, rejoint les hauteurs du Limon entre Dienne et Chavagnac et les suit jusqu'au puy de Bataillouze. De là elle se confond avec les crêtes du cratère jusqu'au Plomb du Cantal, descend vers la Planèze par le col de la Tombe du Père et les sommets de Prat-de-Bouc, se détourne au N.-E vers Laveissenet, longe les falaises nord de la Planèze au-dessus de la Chapelle-d'Alagnon et de Neussargues, et, allant rejoindre à l'est les derniers contreforts de la Margeride entre Fournols et Talizat, elle en suit les crêtes jusqu'à la limite du département. L'AIagnon prend sa source au cirque de Font-Alagnon, sur le versant N. du col du Lioran ; il se dirige d'abord au N.-E. jusqu'à Murât, incline à l'E. devant cette ville jusqu'à Neussargues, et là, resserré entre les deux hautes falaises des plateaux d'AUanche et de la Planèze, il s'infléchit de nouveau au N.-E et coule, rapide et encaissé, jusqu'à Massiac où il sort du département en se dirigeant droit vers le N. Sur sa rive droite, l'AIagnon reçoit : 1<^ les torrents qui descendent des pentes N. du Plomb du Cantal; 2<* VArcueil (30 kil.), qui prend sa source près de Montchamp et coule vers le N. en arrosant Vieillespesse et Bonnac. Sur la rive gauche ses affluents sont : 1^ VAllanche (30 kil.), qui naît dans le Cézallier, non loin de Landeyrat, arrose, en se dirigeant vers le S., Allanche et Sainte-Anastasie, et rejoint l'AIagnon près de Neussargues ; 2<^ la Sionne (30 kil.) qui, sortie des monts du Luguet, se dirige vers l'E. en passant par Chanet et Auriac-PEg^se et se jette dans l'AIagnon près de Blesle, dans le dép. de la Haute- Loire. Mentionnons pour mémoire deux faibles affluents de PAllier qui coulent en partie dans le Cantal. L'un est la Cronce, née près de Vedrines-Saint-Loup, et qui joint PAllier au N. de Langeac ; Pautre est le Céloujc, qui prend sa source près du village de ce nom dans le Cantal, et se jette dans l'Allier non loin et au S. de Brioude.
Bassin du Lot. — La ligne de partage des eaux du bassin de PAlagnon limite au N. le bassin du Lot, de la Margeride au Plomb du Cantal. A partir du Plomb, le bassin du Lot est séparé du bassin de la Dordogne par une ligne qui passe au puy Brunet, au puy Gros, et suit les plateaux qui bordent la vallée de la Cère jusque vers Vézac et Labrousse. Là elle rejoint la ligne des collines du terrain primitif et en suit la crête jusqu'à sa sortie du département, entre Saint-Saury et Parlan. Toutes les régions situées au S. de cette ligne envoient leurs eaux au Lot soit par la Truyère, soit directement.
Bassin de la Truyère, La Truyère, après avoir pris sa source en Lozère du côté de Serverette, coule d abord du S. au N.-O. et entre sur le territoire du Cantal dans la corn, de Chaliers. Elle se heurte près d'Anglards aux contreforts de la Margeride et tourne alors brusquement au S.-O dans la gorge abrupte formée par le front S. de la Planèze et les contreforts de l'Aubrac. Elle ne quitte cette gorge qu'après être sortie du Cantal et s'incline alors vers le S.-S.-O pour aller se jeter dans le Lot près d'Entraygues. La Truyère reçoit dans le Cantal, sur sa rive droite : 1^ le ruisseau de Ruines ; 2^ VAnde, qui prend sa source sur les pentes du Plomb, se dirige de PE. à PO. en arrosant Ussel et Roffiac jusqu'à Saint-Flour, et tourne alors au S. pour rejoindre la Truyère; 3° la Jurolle qui, née dans la Planèze,
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passe aux Ternes, à Sériers, à Alîeuze ; 4^ VEpie^ qui sort des pentes du Plomb et coule du N.-E.' au S.-O. ; 5^ le Vezon qui passe à Pierrefort ; 6^ la rivière de Brezons qui descend du Plomb vers le S. et dont la vallée est une des plus pittoresques du Cantal. Hors du département, la Truyère reçoit encore sur la même rive deux rivières nées sur les pentes du Cantal. Ce sont : i<^ le Sinicq, qui passe à Malbo ; 2* le Goul (SO kil.), qui, né près de Saint-Clément, passe près de Raulhac, sert de limite assez longtemps au Cantal et à rAveyron et reçoit le ruisseau de Cariât, Ces deux rivières coulent du N. au S. Sur sa rive gauche la Truyère reçoit : d<* VArcomie ; 2** la Bès (6o kil.), née en Lozère et qui sert de limite à ce département et à celui du Cantal sur un long parcours ; 3° le Remontalou, qui passe à Chaudesaigues; 4° la Levande, qui prend sa source près de la Trinitat ; 5<* la Réole, qui ne fait que servir de limite au Cantal et à TAveyron. Tous ces cours d'eau coulent du S. au N.
Affluents directs du Lot, La rive droite du Lot borde le Cantal au S. pendant une dizaine de kilomètres. II ne reçoit dans ce parcours que YAuze qui, née près de la Capelle-del-Fraisse, coule du N. au S. et le rejoint en aval de Vieillevie. Mais dans le dép. du Lot, en amont de Cahors, le Celé lui apporte les eaux de toutes les pentes méridionales du terrain primitif. Cette rivière naît près de Calvinet et coule de TE. à PO. en recevant sur sa rive gauche : i<^ la Ressègue; 2» la Bance qui baigne Maurs et se grossit de la Mouleyre et de Y Anes ; 3* h^Veyre, qui, née près de Saint-Saury, passe à Parlan et sert longtemps de limite aux deux dép. du Cantal et du Lot. Toutes ces rivières se dirigent du N. au S.
Bassin de la Dordogne. — Nous avons, en indiquant la limite du bassin de PAlagnon du Cézallier au Plomb du Cantal, et celle du bassin du Lot depuis le Plomb jusque vers Saint-Saury, tracé la ligne de partage des eaux du bassin de la Dordogne dans le dép. du Cantal. Comme le bassin du Lot, il se divise en deux parties d'inégale étendue, selon que la Dordogne reçoit directement les eaux cantaliennes ou qu'elles" lui sont apportées par un de ses grands affluents, la Cère,
Bassin de la Cère, La Cère (iiO kil.) prend sa source à ,1a Font-de-Cère, au pied du Lioran. Elle franchit, en se dirigeant vers le S-E., les gorges du Pas-de- Compaing et du Pas-de-la-Cère, serpente, en s'infléchissant vers PE., dans la plaine d'Arpajon près d'Aurillac, arrose Sansac et la Roquebrou , sert de limite au département pendant quelques kilomètres et va se jeter dans la Dordogne près de Bretenoux (Lot). Elle reçoit sur sa rive gauche le ruisseau de Roannes ; sur sa rive droite : 1^ le ruisseau de Mamou ; 2^ la Jordanne (40 kil.), qui part du puy Mary et descend dans la direction S.-S.-E. en arrosant Mandailles, Lascelles et Aurillac ; 3<* VAutre^ qui, née dans un contrefort du puy Chavaroche, passe à la Rocquevieille, Marmanhac, Jussac, Ytrac et se perd dans la Cère non loin de la Capelle- Viescamp.
Affluents directs de la Dordogne, Pendant plus de 50 kil., la Dordogne sépare les dép. du Cantal et de la Corrèze, depuis l'extrémité N.-O. du premier jusqu'au confluent de l'Auze, en laissant sur sa rive gauche l'enclave corrézienne de Bort. Elle reçoit dans le Cantal : d° la Tialle; 2° la Rue (6^ kil.), qui, née dans le mont Dore, se grossit à droite de la Tarentaine, à gauche du Boujan, de la Santoire et de la Rue-de-Cheylade ; 3° la Sumène{M kil.), qui passe près de Saignes et reçoit la Marse (40 kil.) ; ¥ ïAuzCy qui passe non loin de Salers ; 5^ la Maronne (90 kil.), qui, née dans le massif du puy Violent, va, en se dirigeant vers l'E. et arrosant Saint-Martin- Valmeroux, rejoindre la Dordogne près d'Argentat (Corrèze). La Maronne a pour affluents à droite: Vlncon, qui passe près de Pléaux ; à g:mche : VAspre, qui arrose la vallée de Fontanges ; la Bertrande, qui prend sa source près de Saint-Projet et se grossit de
la Doire, qui arrose Tournemire et Saint-Cernin ; la Soulane et enfin le ruisseau de Montvert,
Région des Lacs. — Le Cantal possède vers la partie iN.-O., dans la région où les pentes du volcan cantalien se joignent aux plateaux de PArtense, un certain nombre de lacs en général de faible étendue. Le plus grand est celui de la Crégut, qui a 4 kil. de tour ; le plus élevé celui des 5a7«î;a^g5, situé à 4,176 m. d'alt. On peut citer encore ceux de Cousteix, de Coindes. du Mont du Bélier, des Granges, de RoudadoUy de Menet, de Madic, le Lac Noir, etc.
Climat. — Le dép. du Cantal appartient au climat central, caractérisé par ses brusques et grands écarts de température. Il est compris entre les lignes isothermes de io^ et 12^5 centigr.; au S. de la ligne isothère de 20<* centigr. et traversé par la ligne isochimène de 5^ centigr. qui passe à Aurillac. Dans cette dernière ville il tombe par an i"^12 d'eau, quantité supérieure à la moyenne de la France (80 cent.). Ajoutons que les inconvénients de ces pluies abondantes sont très atténués par la pente du sol qui active Pécoulement et facilite Pévaporation. Du reste, les différences d'alt. (212 m. à 1,858 m.) font que le climat varie beaucoup. La situation particulière des lieux habités, selon qu'ils sont placés sur des plateaux ou dans les vallées, abrités par des forêts ou à découvert, joue aussi un grand rôle. D'une façon générale on peut dire que l'arr. d'Aurillac, d'une ait. moyenne moindre et où les vallées sont plus habitables et plus nombreuses, possède le climat le plus doux. Pour les mêmes causes celui de Mauriac vient ensuite. Ceux de Saint-Flour et de Murât, placés dans des conditions physiques presque identiques, sont à peu près aussi froids l'un que Fautre.
Flore et Faune. — L'influence de l'altitude et de l'exposition se fait également sentir dans la flore sauvage du Cantal. La végétation méridionale occupe les parties basses ou les lieux très abrités, comme la base du rocher de Cariât (panie glauque, fenouil, mélisse, figuier). La flore alpine garnit les pentes élevées, les hauts plateaux et les crêtes. L'influence de l'exposition est très sensible au centre même du volcan, au Lioran. Tandis que les pentes N. de la montagne sont couvertes de sapins et autres arbres à feuilles persistantes, ce sont les plantes de la zone tempérée, les arbres à feuilles caduques qui garnissent le versant S. Le Cantal a subi, comme d'autres départements, les funestes effets du déboisement. Cependant il garde encore sur les pentes du massif central et aussi dans les arr. d'Aurillac et de Mauriac quelques forêts importantes. Nous citerons particulièrement sur les pentes centrales : les forêts de Murat^ du Lioran, de la Pignaielle, les bois de Mandailles et le Bois-Noir ; dans l'arr. d'Aurillac : les forêts du Bousquet, de Coures, de Marmiesse,d''Ytrac, de Siran, de Montvert et de Saint-Santin ; dans l'arr. de Mauriac : les bois des environs de Pléaux, les côtes boisées de l'Auze, de la Dordogne et de la Rue ; dans celui de Saint-Flour : les forêts de la Margeride, les côtes boisées de la Bès et de la Truyère, les bois de la Trinitat et de Saint-Urcize, la forêt du Sinicq, Le châtaignier pousse dans les parties basses et ne dépasse guère Fait, de 700 m., puis viennent le chêne, le hêtre,"^ le frêne. Forme, l'ormeau et le bouleau. Ces essences ne monsent ras au delà de 1,200 m. Les forêts du massif central et de la Margeride sont presque entièrement composées de pins et de sapins avec quelques épicéas. Le sapin à peu près seul peut vivrti au-dessus de Fait, de 1,200 m. et il ne dépasse g.ière celle de 4,500. La faune domestique représente la majeure partie du règne animal dans le dép. du Cantal. Cependant on y trouve encore des loups, des renards, des blaireaux, des chats sauvages, des écureuils, des sangliers. Le lièvre y représente à peu près seul le gibier à poil. Comme gibier à plume nous signalerons Foie et le canard sauvage, nombreux surtout dans les marais élevés de la Planèze
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et du Limon ; la bécasse, la bécassine et la caille aux époques de passage ; l'alouette et le râle des genêts. Quelques aigles vivent encore dans la montagne. On trouve aussi d'autres rapaces diurnes, comme le faucon et Pépervier, ou nocturnes, comme le chat-huant et la chouette. La truite est encore fréquente dans les cours d'eau de la région montagneuse. Le saumon remonte assez souvent la Dordogne, rarement la Gère. Signalons particulièrement les écrevisses pêchées surtout dans les arr. d'Âurillac et de Mauriac. Les vipères sont assez nombreuses dans certaines régions.
Histoire depuis 1789. — En 1789, le territoire du dép. du Cantal faisait partie du gouvernement militaire d Auvergne (V. ce mot). Au point de vue civil, il faisait partie de la généralité de Riom ; au point de vue judiciaire, il formait le bailliage du haut pays d'Auvergne, dont le siège était à Saint-Flour et qui ressortissait au parlement de Paris ; au point de vue ecclésiastique, il faisait partie de l'évêché de Saint-Flour. En 1790, la hante Auvergne constitua le dép. du Cantal avec les quatre districts d'Aurillac, Mauriac, Murât et Saint-Flour. « Il fut délibéré que 'les séances de l'assemblée du département alterneraient entre Saint-Flour et Aurillac, en commençant par Saint-Flour.» (IHct. stat. du Cantal^ ïl, S7l.) Plus tard, le chef-lieu fut transporté à Aurillac. Pendant la Révolution, le Cantal fut favorable aux idées révolutionnaires. Une partie de ses gardes nationales se rendit à Saint-Flour pour participer aux opérations qui mirent fin à rinsurrection de Charrier (V. Camp de Jalès, Charrier). Quelques excès, qui furent malheureusement commis dans le département, donnèrent lieu aux missions des représentants Ro et Musset, avant et après le 9 Thermidor. Depuis, l'histoire du Cantal n'offre rien de particulièrement saillant.
Administration actuelle. — Arrondissements. — Le dép. du Cantal comprend aujourd'hui les quatre arr. d'Aurillac, Mauriac, Murât et Saint-Flour, dont voici les superficies : Aurillac, 194,272 hect.; Mauriac, 128,132 heet.; Murât, 85,358 hert. ; Saint-Flour, 166,384 hect. Comme on le voit, Tarr. d'Aurillac est le plus grand, celui de Murât de beaucoup le plus petit.
Cantons. —Ces quatre arrondissements sont divisés en 23 cantons; 8 pour Aurillac, 6 pour Mauriac, 3 pour Murât et 6 pour Saint-Flour, dont voici la liste :
Arrondissement d'' Aurillac : La Roquebrou, Saint-Cernin, Aurillac (S.), Aurillac (N.),Vic-sur-Cère,Montsalvy, Saint -Mamet et Maurs. — Arrondissement de Mauriac: Pléaux, Mauriac, Saignes, Champs, Riom-ès-Montagnes et Salers. — Arrondissement de Murât : Murât, Allanche et Marcenat. — Arrondissement de Saint-Flour : Pierrefort, Saint-Flour (Sud), Saint-Flour (Nord), Massiac, Ruines, Chaudesaigues.
Communes. — Les 23 cantons se subdivisent en 267 communes dont 95 pour l'arr. d'Aurillac; 61 pour celui de Mauriac; 36 pour celui de Murât; 75 pour celui de Saint- Flour.
Justice, Pouce, Prisons. — Le dép. du Cantal est du ressort de la cour d'appel de Riom. Les assises se tiennent à Saint-Flour. Chaque chef-lieu d'arrondissement possède un tribunal de première instance. Il y a 28 justices de paix. Il y a quatre commissaires de police dans le département (il y en a eu un cinquième à Maurs). Sont encore préposés à la constatation des délits 205 gardes-champétres, 35 gardes particuliers assermentés, 49 gardes-forestiers, 2 gardes-pêche spéciaux et 60 cantonniers assermentés. Le Cantal fait partie de la 24^ circonscription pénitentiaire dont le siè^e est à Rodez. Saint-Flour a une maison d'arrêt, de correction et de justice; Aurillac, Mauriac et Murât des maisons d'arrêt et de correction ; Vie, Maurs, La Roquebrou, Montsalvy, Saint-Martin-Valmeroux, Pléaux, Salers, Massiac et' Chaudesaigues ont des dépôts de sûreté; Saint-Cernin, Champs, Riom-ès-Montagnes, Saignes, Pierrefort, Ruines, Saint-Urcize, Allanche,
Condat, Marcenat, Ségur, Neussargues et Trizac des chambres de sûreté.
Finances. — Aurillac est le siè^çe d'une trésorerie générale à laquelle ressortissent trois recettes particulières, dans chacune des sous-préiecîures, et 43 perceptions. L'enregistrement, les domaines et le timbre ont une direction départementale à Aurillac, 4 conservateurs des hypothèques, 1 par arrondissement, et 21 receveurs. Le service des contributions directes est assuré par une direction départementale à Aurillac et 6 contrôleurs résidant à Aurillac (2), Saint-Flour (2), Mauriac et Murât; celui des contributions indirectes par une direction à Aurillac et 19 receveurs établis : à Aurillac (2), La Roquebrou, Maurs, Montsalvy et Vic-sur-Cère dans l'arr. d'Aurillac; Mauriac, Saint-Martin-Valmeroux, Pléaux, Saignes et Trizac dans celui de Mauriac; Saint-Fiour (2), Chaudesaigues, Pierretort et Massiac dans celui de Saint-Flour; Murât, Allanche et Condat dans celui de Murât.
Instruction publique. — Le Cantal appartient à l'académie de Clermont. Les garçons reçoivent l'enseignement secondaire dans les trois collèges communaux d'Aurillac, Saint-Flour et Mauriac; les jeunes filles, dans les cours secondaires de jeunes filles établis à Aurillac. Un lycée est en voie d'achèvement dans cette dernière ville. Le personnel de renseignement primaire est recruté par les deux é'^oles normales primaires d'instituteurs et d'institutrices établies à Aurillac. II y a également à Aurillac une école professionnelle gratuite de dessin.
Cultes. — Le Cantal forme le diocèse de Saint-Flour, suffragant de Rourges. Il comprend 23 cures et 290 succursales. Le clergé du diocèse se recrute par le grand séminaire de Saint-Flour et les petits séminaires de Saint-Flour et de Pléaux. Il n'y a de protestants et d'Israélites dans le département que quelques fonctionnaires. Pour le culte protestant, le Cantal relève du consistoire de Montauban.
Armée. — Le Cantal forme la 4** subdivision de région du 13** corps d'armée dont le siège est à Clermont. Le ch.-l. de cette subdivision, qui compose la 32® brigade de la 26® division, est à Aurillac. Le dép. du Cantal fournit à l'armée territoriale le 100® régiment d'infanterie. Il est compris dans la légion 13** de gendarmerie du 13^ corps d'armée. La compagnie du Cantal comprend 34 brigades, soit 19 à pied et 15 à cheval, dont l'effectif total est de 165 hommes et 6 officiers. Le dépôt de remonte d'Aurillac relève de la 3® circonscription dont le siège est à Tarbes.
Démographie. — Le Cantal comptait, au recensement de 1886, 241 ,742 hab. Voici les chiffres des dénombrements précédents :
220,304 hab.
253,329 hab.
L'accroissement considérable de la population de 1801 à 1806 trouve une explication dans les lacunes probables du recensement de 1801 et dans les années de prospérité qui suivirent les paix de Lunéville et d'Amiens. A partir de 1821 jusqu'en 1851, la population du Cantal oscilla entre 250 et 260,000 hab., grâce à Tétat de paix relatif qui se maintint en Europe et à la prospérité intérieure de la France sous la Restauration et la monarchie de Juillet. A partir de 1851, commence une période décroissante qui va sans interruption jusqu'en 1876. Nous croyons qu'il faut en chercher la cause dans la construction des chemins de fer et dans les grands travaux de Paris qui attirèrent dans la capitale une forte émigration auvergnate, et incidemment dans la guerre de 1870-71. Nous voyons en effet le mouvement d'accroissement de la population reprendre dans le Cantal en 1881 et 1886,
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après la crise industrielle et commerciale de ces dernières années, qui a amené un ralentissement assez sensible dans rémigration à Paris. Le mouvement de la population dans
les quatre arrondissements paraît avoir obéi aux mômes tendances. En voici les chiffres depuis 1851 jusqu'en 1881 inclusivement :