VI. Technologie. — Centre de roues (V. Roue
VII. Météorologie. — Centre de dépression. — On appelle ainsi, dans une région de basse pression barométrique, le point où la pression est minimum (V. Rourrasque).
VIII. Physiologie. — Centres psycho-moteurs (V. Cerveau et Moelle [Physiologie]).
Centres sensitifs (V. Cerveau et Moelle [Physiologie]).
IX. Stratégie. — ; On appelle ainsi la partie d'une troupe qui occupe le milieu de son ordre de bataille, pendant que les deux extrémités de ce dispositif en forment les ailes. Cette division, constante autrefois, était regardée comme si importante que l'on constituait pour le centre et pour chacune des deux ailes des commandements séparés. Aujourd'hui qu'une armée agit avec une grande indépendance de ses éléments divers, les mots centre et ailes n'ont
plus une signification aussi exclusive, et avec la tendance actuelle de la tactique vers les mouvements enveloppants, le centre n'est plus considéré à un aussi haut degré qu'autrefois comme la partie maîtresse de la ligne de bataille. Au temps où la bataillon d'infanterie comportait des compagnies d'élite occupant ses deux extrémités, dans l'ordre de bataille, on appelait compagnies du centre, soldats du centre, les compagnies, les soldats qui n'étaient pas d'élite. Dans l'infanterie de ligne, les soldats du centre portèrent d'abord une épaulette noire sans franges, puis l'épaulette à torsade rouge et frange verte, avec un pompon à numéro à la coiffure. De plus, avant l'adoption du sabrebaïonnette, le soldat d'élite seul avait un sabre, le soldat du centre, le fusilier^ portait sa baïonnette dans un fourreau, en tenue de ville.
X. Politique. •— Le mot centre apparaît, dans la langue politique française, sous la Restauration. Il désignait le groupe des députés qui, à la Chambre, siégeaient en face le président. Ce groupe se composait des députés qui cherchaient le plus ordinairement à éviter les difficultés au gouvernement, aux ministres. Le cabinet les opposait tour à tour aux opposants de gauche quand ceux-ci voulaient marcher plus vite en avant, aux opposants de droite quand ceux-ci insistaient outre-mesure pour retourner en arrière. Le centre ne prit véritablement de l'importance que sous le règne de Louis-Philippe, alors que le régime parlementaire était le plus florissant. Les ministres ne semblaient compter que sur le centre et l'exaltaient toutes les fois que l'occasion s'en présentait. Guizot disait : « Sous un régime de liberté, le centre est le médiateur habituel et le juge définitif du gouvernement. » C'est M. Thiers qui sut le mieux avec le centre organiser la « politique de bascule ». Plus tard, le centre se subdivisa. Il y eut le centre proprement dit qui représenta la « politique de juste milieu », le centre gauche qui, de temps à autre, manifestait des velléités de réformes, alors même que le gouvernement ne les indiquait pas, et le centre droit qui, laissant de côté momentanément les questions constitutionnelles, se portait vers la droite quand il s'agissait de maintenir le statu quo dans l'organisation sociale. A l'Assemblée nationale de 1871, les centres eurent un rôle pour ainsi dire prépondérant. Ils aidèrent pendant deux ans M. Thiers à se maintenir au pouvoir, puis un jour aidèrent à le renverser. Ce fut l'acte capital de ce qu'on appela la « conjonction des centres », l'alliance du centre gauche et du centre droit, qui aspiraient à rester maîtres du pouvoir. Au Sénat actuel, il y a un groupe qui s'appelle le centre gauche, mais les autres divisions du centre n'existent pas officiellement. A la Chambre des députés telle qu'elle est organisée depuis la constitution de 1875, les centres subsistent, mais ils ont adopté de nouvelles dénominations. A la Chambre de 1889, il n'y a pas de groupes, mais il se fait de sérieuses tentatives pour reconstituer le centre gauche qui aurait des tendances conservatrices, et le centre droit qui en laissant chacun de ses membres faire in petto les réserves sur la forme du gouvernement, accepterait néanmoins la République comme un fait accompli.
Louis LuciPiA.
BiBL. : Mathématiques. — Les Traités de mécanique rationnelle. — Sturm, Duhamel, Résal, Collignon, De- LAUNAY, Laurent, etc., et les Exercices du P. Julien et de Saint-Germain.
CENTRE (Canal du) ou du CHAROLAIS. Canal delà Saône à la Loire et au canal latéral à la Loire. Le projet d'ouvrir une communication entre l'Atlantique et la Méditerranée, bien que conçu sous le règne de François P^*, ne fut sérieusement étudié qu'en suite des ordres du cardinal de Richelieu, en 1612 et en 1632 ; un entrepreneur offrit même, à cette époque, d'exécuter les travaux moyennant une somme de 950,000 livres. L'intendant Rouchu le reprit à son compte en 1665 ; mais un arrêt du conseil d'Etat, du 19 févr. 1667, invita les Etats de Rourgogne à appliquer « à l'establissement des manufactures et au remboursement des offices des cou-
CENTRE — CENTREVILLE
trollcurs ^inéraux et particuliers » les 600,000 livres qu'ils avaient votées pour le canal, « auquel Sa Majesté ne désiroit pas estre travaillé présentement, ains différé pour quelque temps ». La question fut discutée durant tout le xvni^ siècle : elle donna lieu à d'assez vifs débats, auxquels prirent part un ingénieur, M. Tliomassin, un magistrat, M. de Torcy, et un officier, M. de Brancion. M. Aubry, ingénieur en chef du pays de Bresse, fut chargé de l'examiner en 1778, et, sur son rapport, Louis XVJ, par lettres patentes du mois de janv. 4783, concéda l'exécution de ce canal aux Etats de Bourgogne. L'ingénieur en chef de la province, M. Gauthey, dressa les devis et dirigea les travaux. La première pierre fut posée, en présence du prince de Condé, le 23juill. 4784, à l'écluse de garde de Chalon-sur-Saône ; les troupes du régiment de Monsieur et de Beaujolais creusèrent le lit ; on y mit l'eau k la fin de 4794 ; cependant la navigation ne fut établie, sur tout le parcours, que pendant 1 hiver 4793-4794.
Ces travaux avaient coûté environ 45 millions, mais ils étaient relativement imparfaits, ou du moins incomplets, quand on songe que, par exemple, entre Blanzy et Saint- Julien-sur-Dheune, à l'entrée dans le bief de partage, les bateaux avaient à franchir, sur moins de un kil. de parcours, une hauteur de 48 m., répartie entre sept écluses, et que , dans la traversée de l'étang de Montchanin, sur deux kil., ou de l'étang de Parizenot, sur un kil. et demi, il n'y avait pas de digues, ni de halage, ni de contre-halage. En 4826, on construisit le réservoir de Torcy. Les écluses furent allongées de 48o5 à 48o7. Enfin, la loi du 5 août 4879, relative au classement et à l'amélioration des voies navigables, a été le point de départ d'importants travaux de transformation, qui donneront lieu à une dépense d'environ 42 miUions et qui sont relatifs à l'augmentation du mouillage, à l'agrandissement des écluses, à l'exhaussement des ponts, au complément de l'alimentation, k plusieurs élargissements et k divers ouvrages.
Le canal du Centre est entièrement renfermé dans le dép. de Saône-et-Loire ; sa longueur est de 446 kil., dont 47 sur le versant de la Saône, 4 pour le bief de partage, et 65 sur le versant de la Loire. Il débouche d'une part k Chalon, d'autre part k Digoin, après avoir suivi les vallées de la ThaMe, de la Dheune, de la Bourbince, passé k ou près Fontaines, Chagny, Cheilly, Saint- Léger-sur- Dheune, Saint-Berain, Saint-Julien, Montchanhi, Blanzy, Montceau-les-Mines, Ciry-le-Noble, Génelard, Palinges, et Paray-le-Monial. Il compte quarante-quatre écluses dans le versant méditerranéen et trente et une dans le versant atlantique, plus celle de La Muette, qui dessert exclusivement le port du Bois-Bretoux ; il est traversé par cinquante-cinq ponts, y compris ceux des voies ferrées. Le bief de partage est k 299 m., 550 audessus du niveau de la mer. L'alimentation se fait par les quatorze étangs ou réservoirs de Torcy, Torcy-Neuf ou le Creusot, Berthaud, Longpendu, Montchanin, la Corneaux- Vilains, la Muette, l'Etang-Neuf, Saint-Pierre, Bondilly, Montaubry, le Plessis et la Motte. Le creusement du réservoir de Torcy, en 4826, avait élevé la provision d'eau du chiffre variable de 4,500,000 k 3,300,000m. c, au chiffre constant de 5,400,000 m. c. ; la construction du réservoir de Torcy-Neuf, en 4886, a doublé, k elle seule, et au delk, les ressources alimentaires du canal : la contenance de ce bassin est de 8,767,000 m. c, sa superficie de 466 hect., son péiimètre de 45 kil., sa hauteur maximum de retenue de 44""50. Deux rigoles navigables s'embranchent sur le canal. Celle de Torcy, qui a 5 kil. de longueur et qui desservait les établissements du Creusot avant la construction du chemin de fer, passe, k 200 m. du Bois-Bretoux, sous un tunnel d'environ 4,300 m. ; elle n'est plus utilisée que pour l'alimentation. Celle de l'Arroux, qui date de 4869 k 4872, dessert l'usine de Gueugnon, a 43 k. 725 m. de longueur,
GRANDE ENCYCLOPÉDIE. — ÏX.
2"*60 de largeur au plafond, avec deux écluses et cinq ponts.
Le tirant d'eau du canal proprement dit varie de 4'^60 k 4 "^80, selon que les eaux sont abondantes ou qu'elles doivent être ménagées, mais il doit être porté partout k 2 m. k partir de 4894. Sur la rigole de l'Arroux, le tirant d'eau réglementaire de 4 "^50 est presque toujours dépassé. La largeur ordinaire du canal est de 40^^20 au fond, et de 46*^60 au niveau de l'eau. Dès la fin de 4889, le canal du Centre présentera déjk pour des bateaux de 38^^50 de longueur, pouvant porter jusqu'k 300 tonnes de chargement, des conditions de navigabilité de beaucoup supérieures k celles qu'y ont trouvées'jusqu'ici les bateaux de 35 m. et de 450 k 475 tonnes. On n'y aura plus de longues interruptions causées par les sécheresses ; on pourra y supprimer k peu près tout chômage d'été ; sauf les arrêts par les glaces, cette voie d'eau deviendra d'un service presque aussi régulier que la voie de fer et comptera parmi les meilleures lignes navigables. En outre de son trafic local et régional, qui est considérable, le canal sera alors parcouru par les péniches du N. de la France, de la Belgique et de l' Alsace-Lorraine, lesquelles depuis plusieurs années arrivent en assez grand nombre k Chalon par le canal de l'Est et la Saône. Sur la rigole de l'Arroux, il ne peut circuler que des bateaux dits berrichons^ de 25 m. de longueur et k chargement de 55 à 70 tonnes. Le halage est exclusivement opéré par des hommes pour les grands bateaux, quelquefois des mulets ou des ânes pour les petits. La navigation k vapeur trouve un grave obstacle dans le nombre élevé des courbes du canal. Le canal a surtout été jusqu'k présent une voie d'arrivages, d'expéditions et de transports intérieurs ; le mouvement du transit, qui est encore presqiie nul, va s'accentuer prochainement. Il a passé, en 4887, sur la ligne principale 42,484 bateaux ou radeaux portant 4,488,435 tonnes de marchandises, soit 400 tonnes de plus qu'en 4884, année où on avait atteint le chiffre maximum de 4,089,553 tonnes. En tête de ces marchandises viennent les combustibles minéraux (houille, castine, etc.) et les matériaux de construction (pierre, bois, plâtre, fontes, tuiles, etc.). Le trafic de la rigole de l'Arroux s'est élevé, en d887, k 46,499 tonnes, portées par huit cent cinquante-trois bateaux : ces chiffres progressent d'une année k l'autre depuis 4880. Les produits du canal (droits de navigation et droits accessoires) s'étaient élevés jusqu'k 676,749 fr. en l'an XIII, et avaient diminué régulièrement depuis lors jusqu'k ne plus être, moyennement, avant 4880, que de 430,000 fr. par an, représentant k peu près 4 fr. par mètre de longueur de voie navigable et moitié de la dépense annuelle totale d'entretien et d'exploitation. Les droits de navigation ayant été supprimés depuis le 22 févr. 4880, ces mêmes produits sont tombés k un chiffre moyen de 0 fr. 20 environ par mètre de longueur, soit 24,574 fr. en 4887. Ce revenu ne correspond plus guère qu'au dixième environ de la dépense d'entretien et d'exploitation, mais il y a heu d'espérer que si le mouvement commercial continue k croître, le Trésor retrouvera indirectement une compensation k ses pertes. L. Lex.
BiBL.: Ch. Bernard, la Conjonction des Mers; 1613, m-8. — Thomassin, Lettres sur les canaux proposés pour former la jonction des deux mers par la Bourgogne; Dijon, 1726, in-8. — De Torcy, Mémoire sur les canaux qu'on peut construire en Bourgogne et particulièrement sur celui dont le lac de Longpendu formerait le point de partage; 1775, in-12. — Gauthey, Devis des aqueducs à construire pour le canal du Charollois ; Diion, 1783, in-4. — Du même, Devis des écluses du Charollois ; Dijon, 1783, in-4. ~ Rappoi'ts annuels de l'ingénieur en chef du service, dans les Procès-verbaux des sessions dit Conseil général du dép. de Saône-et-Loire.
CENTRÉS. Com. du dép. de l'Aveyron, arr. de Rodez, cant. de Naucelle ; 4,65o hab.; sur la rive gauche du Viaur qui coule dans une gorge profondément encaissée.
CENTREVILLE. Petite localité de l'Etat de Virginie, comté de Fairfax (Etats-Unis), k 43 kil. 0. de Washing-
CENTREVILLE — CENTRONOTUS
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ton. Près de là eut lieu, en août 4 862, la seconde bataille de Bull-Run, où le général fédéral, Pope, fut vaincu par les confédérés. Aug. M.
CENTRIFUGE (Force) (V. Inertie).
CENTRINE (Centrina Cm.). Genre de Poissons Chondroptérigiens-Sélachoides de la famille des Spinacidœ et ne comprenant qu'une seule forme, le Centrina Salviani Risso, connu assez généralement sous le nom de Humaniin ou Cochon de mer. Le corps de ce Poisson est prismatique, à dos étroit et caréné, le ventre est large, aplati et porte un pli cutané, saillant, étendu des pectorales aux ventrales ; la tête est aplatie, assez petite, le museau court, large ; la bouche, peu fendue, est armée à la mâchoire supérieure d'une plaque de dents crochues, à pointe aiguë, et disposées sur plusieurs rangs; la mandibule est garnie d'une seule rangée de dents aplaties, à bord libre triangulaire et dentelé. La première dorsale, très développée et insérée au-dessus des pectorales, est traversée par une épine qui se dirige d'arrière en avant, au lieu d'être inclinée dans le sens de la nageoire comme chez les autres Spinacidés. Le dos est noir et les parties inférieures brunâtres. Le Centrina Salviani habite la Méditerranée. Rochbr.
BiBL. : Sauvage, Poissons, dans Brehm, éd. franc. — GuNTHER, Study of Fishes.
CENTRIPÈTE. Si l'on considère la force qui agit sur un point matériel en mouvement, cette force peut se décomposer en deux autres, l'une F, dirigée suivant la trajectoire et que l'on appelle force tangentielle^ et l'autre N dirigée suivant la normale principale et que l'on appelle force centrijfiète. Ces forces sont données par les formules
V est la vitesse du point considéré, p est le rayon de courbure de la trajectoire au point où le mobile se trouve à l'époque t. H. Laurent.
CENTRISCID^E (Ichtyol.). Nom d'une famille de Poissons osseux (Téléostéens), de l'ordre des Acanthoptérygiens Centrisciformes, et comprenant des animaux à corps ovale et comprimé, portant deux nageoires dorsales, et recouverts soit de petites écailles rugueuses, soit de plaques osseuses les cuirassant entièrement. Rochbr.
CENTRISCIFORMES (ïchtyol.). Gunther désigne, sous ce nom, sa treizième division de l'ordre des Acanthoptérygiens proprement dits, division à laquelle il donne pour caractères : deux nageoires dorsales, l'épineuse courte, la molle et l'anale de longueur médiocre, la ventrale tout à fait abdominale et imparfaitement développée. Cette division comprend une seule famille, celle des Centriscidœ, composée à son tour de deux genres, le genre Centriscus L. et le genre Amphisile Klein. Rochbr.
BiBL. : Gunther, Study of Fishes.
. CENTRISCUS (Centriscus L.). Genre de Poissons osseux (Téléostéens), de l'ordre des Acanthoptérygiens Centrisciformes et de la famille des Centriscidœ, caractérisés'^par un corps^^'ovale, comprimé, ^couvert de petites
Centriscus scolopax L.
écailles rugueuses, une tête écailleuse, la bouche petite dépourvue de dents, la première dorsale très reculée, courte, à deuxième aiguillon dentelé et très développé, et par des ventrales petites rapprochées. La forme la plus connue, le Centriscus scolopax L., vulgairement désigné sous le nom de Bécasse de mer, présente un corps com-
primé revêtu de petites écailles rudes et fortement ciHées, le ventre, très étroit, presque tranchant en avant, est caréné ; entre l'anale et les ventrales existent trois petites épines dont la médiane est dentelée, la tête est comprimée, le museau est très long, cylindrique ou plutôt tubuliforme ; la première dorsale est située très en arrière et composée de cinq épines dont la seconde, longue et forte, est dentelée en dedans ; le corps de ce poisson est d'un rose doré sur le dos et d'un rose argenté sur le ventre. Cette forme habite la Méditerranée et se tient de préférence dans les eaux vaseuses et profondes. Sa nourriture, d'après Risso, consiste en frai de poisson et en petits animaux. Rochbr.
BiBL.: Sauvage, Poissons, dans Brehm, éd. franc. — Gunther, Study of Fishes et Cat. Brit. Mus.
CENTROCORON E (Zool.). Lorsque Rathke décrivit dans les Mémoires de l'Académie de Saint-Pétersbourg (III, p. 426, pi. VIII, fig. 8-15) l'annélide qu'il appelait Amphitrite taurica, il avait déjà entrevu la nécessité de créer pour cette espèce un genre spécial. Ce genre fut plus tard établi par Grube sous le nom de Centrocorone, Il se distingue par les tentacules séparés jusqu'à leur base, par les cirres préhensiles longs et nombreux et par le corps divisé seulement en deux régions. (V. Grube, Familien der. Ann., p. 85.) A. Giard.
CENTROLÉPIDÉES (Centrolepideœ Desvx). Petite famille de plantes Monocotylédones, voisine de celle des Cypéracées, dont elle diffère surtout par l'ovule orthotrope pendant et le fruit monosperme, déhiscent. Ce sont des herbes annuelles ou vivaces, ayant le port des Cyperus ou des Scirpus. Leurs racines, fibreuses, donnent naissance à une touffe de feuilles radicales, filiformes, et engainantes à la base, du centre desquelles s'élèvent des hampes nues terminées par les fleurs. Celles-ci, disposées en épillets distiques uni-ou pluriflores, sont unisexuées, monoïques et dépourvues de périanthe. La fleur mâle est réduite à une seule étamine, la fleur femelle à un seul carpelle, terminé par un style et un stigmate filiforme et renfermant un seul ovule orthotrope pendant. Le fruit est un achaine monosperme qui s'ouvre le long de la ligne dorsale pour laisser échapper la graine. Celle-ci renferme, sous ses téguments coriaces et assez résistants, un albumen charnu abondant, à l'extrémité duquel est situé l'embryon. — Les Centrolépidées comprennent seulement les quatre genres : Centrolepis LabilL, Aphelia R. Rr., AlepyrumB.. Br. et Gaimardia Gaudich., dont les diverses espèces, au nombre de cinquante environ, sont presque toutes australiennes. Ed. Lef.
CENTROLOPHUS [Centrolophus Lac). Genre de Poissons osseux (Téléostéens), de l'ordre des Acanthoptérygiens Cotto Scombriformes et de la famille des Stromateidœ, ayant pour caractères un corps comprimé, une dorsale longue, à très petites écailles, et l'absence de dents au palais, celui-ci complètement hsse. Ce genre se compose seulement de deux ou trois formes propres aux mers d'Europe et ne présentant qu'un médiocre intérêt.
Rochbr.
BiBL. : Gunther, Study of Fishes.
CENTRONELLA (Paléont.). Genre de Brachiopodes fossiles, créé par Billings, et appartenant à la famille des Terebratulidœ et au troisième groupe de cette famille caractérisé par la bandelette brachiale longue au moins comme la moitié de la coquille. Cette coquille de Centronella est hsse, semblable à celle de Waldheimia. L'appareil brachial est formé de deux branches rubanées qui se réunissent dans le voisinage du front par leur plus large surface en une courte plaque médiane libre. Ce genre est du dévonien de l'Amérique du Nord ; nous citerons C. glanS'fageaEdll. (V. Térébratule) . E. Trt.
CENTRONES (V. Ceutrones).
CENTRONOTUS {Centronotus Bl. Schn.). Genre de Poissons osseux (Téléostéens), de l'ordre des Acanthoptérygiens-Blenniiformes et de la famille des Ble^iniidœ, a^^ant pour caractères un corps allongé couvert
de très petites écailles , pas de ligne latérale ; museau court, de très petites dents sur les mâchoires et quelquefois sur le palais ; dorsale longue formée par des épines ; pas de ventrales ou, (juand elles existent, rudimentaires et jugulaires; caudale distincte. — Ce genre comprend plusieurs formes propres aux côtes de France, aux mers du Nord, de la Chine et du Japon ; l'une d'elles, le Centronotus gunellus L., vit sur les cètes froides de l'Atlantique. Sa taille atteint 20 cent. ; son corps est mince, allongé, sa tête petite, à museau court, la bouche petite et fendue obliquement. Sa dorsale se compose de soixantedix-sept à quatre-yingt-une épines. Sa teinte générale est d'un gris brun ; la tête, jaunâtre, est ornée d'une bande plus toncée, dirigée de l'orbite à l'angle de la bouche; on voit des taches arrondies noirâtres et cerclées de blanc le long de la dorsale, (^ctte forme se tient au fond de l'eau sur les fonds rocheux. Sa capture est assez difficile, car sa peau, enduite d'un mucus gluant, la fait facilement échapper aux doigts qui la saisissent. Rochbr.
BiBL. : GuNTHEE, Study of Fishes et Cat. Brit. Mus. — Sauvage, Poissons, dans Brehm, éd. franc.
CENTROPHORUS {Ccntrophorus Miill). Genre de Poissons Chondroptérygiens-Sélacoïdes, de la famille des Spinacidœ, ayant pour caractères, chaque nageoire dorsale armée d'une épine le plus souvent petite et presque cachée sous les téguments ; une bouche large, les dents de la mâchoire inférieure à pointes dirigées en dehors ; celles de la mâchoire supérieure droites, triangulaires, lancéolées ; ouvertures branchiales larges, situées en arrière des yeux. Ce genre comprend environ huit formes des mers d'Europe et une des Moluques ; quelques-unes habitent à une grande profondeur; l'une d'elles, le Centrophoriis Cœlolepis MiilL, des côtes de Portugal, est habituellement péchée par 600 brasses. Ce Ccntrophorus et plusieurs autres formes voisines ont été capturés pendant la campagne du Talisman . Rochbr.
BiBL. : GuNTHER, Study of Fishes.
CENTROPOGON {Centropogon Presl.). Genre de plantes de la famille des Lobéliacées, composé de sousarbrisseaux à feuilles alternes et entières. Leurs fleurs, axillaifcs, solitaires et longuement pédonculées, ont un calice à tube subglobuleux, une corolle tubuleuse, entière et incurvée et cinq étamines, dont deux ont leurs anthères terminées par un appendice cartilagineux aigu. Le fruit est une baie globuleuse et biloculaire. — On connaît environ quatre-vingts espèces de ce genre, répandues dans les régions tropicales de l'Amérique. Quelques-unes, notamment le C. surinamensis Presl. (Lobelia lœvigataL.).) sont cultivées dans les serres chaudes de l'Europe à cause de la beauté de leurs fleurs. Ed. Lef.
CEHTHQPOfàE (Centropomus Gunth.). Genre de Poissons osseux (Téléostéens), de l'ordre des Acanthoptérygiens- Perciformes et de la famille des PaxidcB, reconnaissable à son corps oblong, comprimé, à ses dents villiformes, à la présence de ces organes sur le vomer et les palatins ; à deux dorsales, la première pourvue de huit épines ; à son préopercule dentelé sur deux rangs ; à son bord libre. On connaît un certain nombre de formes appartenant à ce genre, formes propres aux Indes et à l'Amérique centrale ; elles vivent dans les eaux douces et les eaux saumâtres, n'atteignent pas de fortes dimensions et sont estimées comme aliment.
BiBL. : GuNTHER, Study of Fishes.
CENTROPUS (Ornith.). Les Coucous qu'Illiger a placés, en i8ii, dans le genre Centropus et qui constituent aujourd'hui la tribu des Centropinœ, sont désignés vulgairement sous le nom de Coucals (V. ce mot et Coucou). Ils diffèrent des Coucous ordinaires par leur taille généralement plus forte, par leur plumage plus sec et plus brillant, offrant souvent des reflets métalliques sur les parties supérieures du corps, et par leur doigt postérieur muni d'un ongle très développé. On les rencontre sur la plus grande partie du continent africain, à Madagascar, dans
1155 — CENTRONOTUS — CENTROTOMA
l'Asie méridionale et dans les îles avoisinantes aux Philippines, à Célèbes, à la Nouvelle-Guinée, en Australie et dans quelques îles de l'Océanie. E. Oustalet.
BiBL. : Levaillant, Oiseaux d'Afrique, pi. 219 et 221. — G.-R. Gray et MiTCHELL, Gênera of Birds, t. II, p. 454 et pi. 115, flg. 4. — J. Gouli), B. Austr.. pi. 92.
CENTROSTEPHANUS (ZooL). Genre étaWi par Peters aux dépens du genre Diadema pour des espèces littorales d'Echinodermes, ordre des Echinoïdes, famille des Diadématides qui vivent toutes de nos jours. Ils sont caractérisés ainsi : test assez mince, globuleux, dix grandes plaques buccales portant des épines et des pédicellaires, plaques génitales pentagonales ; système anal formé de nombreuses plaques ; pores disposés par 3 en arc ; tubercules perforés et crénelés. Type le C. longispinis de la Méditerranée. Le genre Centrostephaniis est synonyme des genres Trichodiadema d'Agassiz et Echmodiadema de Verrill. R. Moniez.
CENTROSTOMA (ZooL). Genre de Turbellariés dendrocœles digonopores, créé par Dicsing en -1850 et appartenant à la famille des Leptoplanides. La trompe est fendue et fortement plissée, les yeux sont disposés en deux groupes parallèles; les orifices génitaux sont reportés en arrière. Ces animaux sont marins : C. lichenoides Mertens est de l'île Sitcha, C. incisum Darwin est du cap Vert (V. Turbellariés). R. Bl.
CENTROTE {Centrotus Fabr.). Genre d'Insectes-Hémiptères, du groupe des Homoptères et de la famille des Mem-
Centpotus cornutiis L. (très grossi).
bracides. L'espèce type, C. cornutus L., que [nous figurons, se trouve assez communément dans le centre et le nord de la France, et dans presque toute l'Europe. C'est le Petil Diable de Geoffroy, le vieil historien des Insectes des environs de Paris, li est long de 7 à 8 millim., d'un brun noirâtre et couvert de poils d'un roux doré, couchés et peu serrés. Le prothorax, caréné au milieu, est armé de chaque côté d'une grosse corne triangulaire aiguë ; il se prolonge en arrière en une pointe ondulée, comprimée et très aiguë à l'extrémité, presque aussi longue que l'abdomen. Les pattes sont noires avec les genoux et les tibias rougeâtres. Le C. cor mi tus se rencontre dans les bois, surtout sur les chênes et les coudriers. 11 saute très bien et est difficile à saisir. Une espèce voisine, le C. genisios Fabr., pour lequel Amyot Serville a établi le genre Gar~ gara, est également assez commune aux environs de Paris. On la trouve, en été, sur les genêts. Elle est longue de i milhin., de couleur brune et revêlue d'une pubescciice jaunâtre assez dense. Son prothorax, dépourvu de cornes sur les côtés latéraux, se prolonge postérieurement en une épine large à la base, aiguë à l'extrémité et touchant presque à l'abdomen.
Ed. Lef.
CENTROTOMA. Genre d'Insectes-Coléoptères, de la famille des Psélaphides, établi par Von Heyden {Ent.%eit.Stettin, 1849, p. 482), et caractérisé surtout par les palpes maxillaires, dont les trois derniers articles sont pourvus, en dehors, d'un long appenchce épineux. L'espèce type, C. lucifuga Eeyd., a d'abord été rencontrée aux environs de Francfort, dans les fourmilières du
Centi^otoma lucifuga Ileyd. (très grossi).
CENTROTOMA — CENTULLE
Tciramorium cespitum L., puis retrouvée dans les mêmes conditions aux environs de Paris. (V. Ann. Soc. ent. de France, 1872, Bull., p. u.) Une seconde espèce, découverte près de Banyuls, également dans des fourmilières du Tctramorium cespitumh., a été décrite par M. de Saulcy sous le nom de C. rubra. (V. A7in. Soc. ent. France, 1864, p. 258.) Ed. Lef.
CENTRURUS (Zool.). Genre de Scorpions, proposé par Hemprich et Ehremberg et appartenant à la famille des Buthides. Les Centrurus se distinguent des vrais Buthus par la présence d'une seule dent au lieu de deux à la marge inférieure du doigt fixe des chélicères et du genre Isometrus par la disposition des petites dents granuliformes au bord interne des doigts de la patte-mâchoire. Ces dents sont, en effet, placées en petites lignes brisées obliques au lieu de l'être en simples séries. Les Centrurus sont de taille moyenne et de formes assez grêles ; presque tous se font remarquer par la présence d'une petite dent obtuse sous l'aiguillon. Les Centrurus sont répandus dans l'Asie tropicale, la Malaisie, l'Amérique centrale où ils sont très nombreux ; le type est C. gracilis Latr. E. Simon.
CENT-SUISSES. Corps de troupes affecté spécialement à la garde du roi et composé de soldats suisses. La création de ce corps remonte aux dernières années du xv^ siècle, sous le règne de Charles VIII (4496). Licencié en 4792, il fut rétabli en 4844, réorganisé en 4845, et définitivement supprimé après la révolution de 4830. Les Cent-Suisses étaient chargés du service intérieur de la cour, partout où se trouvait le, roi, de la police des bâtiments occupés par ce dernier, de la police des jardins, etc. Ils accompagnaient le roi à la guerre. La charge de capitaine des Cent-Suisses était une des plus considérables de la cour. Les plus grands seigneurs la possédèrent. Le capitaine était considéré comme un cinquième capitaine des gardes. Il porta successivement le titre de capitaine surintendant et de capitaine-colonel. On- trouvera la liste des titulaires de ce poste dans l'ouvrage du P. Daniel. La compagnie comprenait, en outre, deux lieutenants, deux enseignes, huit exempts et quatre fourriers. A. Lefranc. BiBL. : P. Daniel, Histoire de la ynilice française; Paris, 1721, II, pp. 307-315. — Besson, Di^coitrs sommaire sur la création de la coynpagnie des Cent-Gardes suisses ordinaires du corps du roy. — Godefroy, Cérémonial de France, édit. de 1649, 2 vol. in-fol.
CENTULFE \^^. Ce prince passe pour avoir reçu la vicomte de Béarn de Louis le Débonnaire et avoir été le premier vicomte héréditaire de Béarn. Il aurait été, d'après Marca, le deuxième fils de Loup-Centulle, duc de Gascogne, et le frère de Donat-Loup, comte de Bigorre, et serait mort avant Fan 845.
CENTULFE II, fils du précédent. Il lui aurait succédé en bas âge, sous la tutelle de sa mère, et l'on ignore la durée de son règne. Il aurait laissé pour successeur un fils dont le nom n'est point connu et qui serait mort vers 905. Ces deux personnages ne sont d'ailleurs connus que par la cliarte d'Alaon (V. ce mot), et leur authenticité est, avec juste raison, mise en doute par la critique moderne. L. Cadier.
BiBL. : Marca, Histoire du Béarn ; Paris, 1640, in-fol. — Art de vérifier les dates ; Paris, 1783, in-fol., t. IL
CENTULLE 1^^' ou CENTO IN G, petit-fils de Centulfell. Il aurait été, d'après les historiens de Béarn, vicomte de Béarn de 905 à 940. L'historien espagnol Mariana dit qu'il fut un habile capitaine ; mais en le faisant contemporain de Sanche Abarca, roi de Navarre, et en le faisant combattre avec ce dernier contre les Maures, il connnet une grave ou'eur, car Sanche Abarca ne monta siu' le Irùne que trente ans au moins après la mort de Centullell.
CENTULLE M, dit Centulle-Gaston le Vieux, petitfils de CentuUe P^ et fils de Gaston Centulle L'^\ (^e prince est mieux connu, car il a laissé des traces dans les documents, en fondant des abbayes et en faisant des libéralités aux églises du Béarn, notamment à celle de Lescar. Il régna de 98 i à 4004 environ et laissa deux fils, qui furent
Gaston II de Béarn, Raymond Centulle, connu par un legs qu'il fit à l'abbaye de Saint-Pé-de-Bigorre, et une fille, Guillelmine, qui épousa Sanche, infant de Castille. Il eut, en outre, un fils naturel, Aner-Loup, à qui il paraît avoir donné en apanage la vicomte d'Oloron.
CENTULLE III, dit Centulle Gaston le Jeune. Il succéda, vers l'an 4042, à Gaston II, son père, comme vicomte de Béarn ; alla combattre en Espagne et prit part aux guerres de Sanche le Grand, roi de Navarre, contre les Maures. Avec Centulle III, on sort des hypothèses pour entrer dans le domaine de l'histoire. C'est sans doute lui qui fut le premier vicomte indépendant de Béarn ; il s'affranchit de la dépendance du duché de Gascogne à la faveur des troubles qui s'élevèrent à la mort du duc Bérenger, pour la succession de ce duché. Il lutta avec succès contre Arnaud, vicomte de Dax et, en 4039, après la mort d'Eudes, comte de Poitiers et duc de Gascogne, il disputa avec Bernard II, comte d'Armagnac, la succession du duché de Gascogne à Guillaume V, successeur d'Eudes. Il voulut soumettre le pays de Soûle, mais fut assassiné par les habitants du pays vers l'an 4058, après avoir eu la douleur de perdre, quelques années auparavant, Gaston III, son fils amé.
CENTU LLE IV, fils de Gaston III. Il succéda à son aïeul, Centulle III, dans la vicomte de Béarn et régna de 4058 à 4088. Ce prince prit part à plusieurs expéditions au service de Guillaume VI, comte de Poitiers et duc de Guyenne, qui le récompensa en lui abandonnant les derniers droits de gîte qu'il possédait en Béarn. Il réunit au Béarn la vicomte de Montaner et celle d'Oloron, qui en avait été un moment distraite. Il releva de ses ruines la ville d'Oloron, qui avait été détruite par les Normands et donna aux habitants une charte depoblation (4080), qui est un des documents les plus anciens et les plus importants que nous possédions sur le Béarn. Vers 4070, Centulle épousa Gisla, sa proche parente, dont le pape Grégoire VII l'obligea à se séparer, quoiqu'il en eût un fils. Après le divorce, prononcé par Amat, évêque d'Oloron et légat du Samt-Siège, les deux époux fondèrent à Morlàas, capitale du Béarn , un prieuré en l'honneur de sainte Foi, vierge et martyre ; il donna, entre autres, la dîme de son droit de seigneuriage sur la monnaie frappée à Morlàas, à l'abbaye de Cluny, dont dépendait le prieuré. A la suite de son divorce avec Gisla, Centulle IV épousa Béatrix, fille de Bernard P^, comte de Bigorre, et héritière de son frère Raymond II, auquel elle succéda en l'an 4080. Devenu comte de Bigorre, Centulle eut à lutter d'abord contre Sanche, vicomte de Labarthe, qu'il contraignit à lui faire hommage, puis contre Sanche Ramirez, roi d'Aragon, qui réclamait l'hommage de la terre de Béarn ; il dut, sans doute, se soumettre, car le roi d'Aragon, qui était entré en Béarn, se retira et plus tard, on voit Centulle IV aller à son secours contre les Maures. On trouve d'ailleurs jusqu'au xni^ siècle des traces des prétentions des rois d'Aragon sur la terre de Béarn. En 4088, Centulle ayant franchi les Pyrénées pour aller combattre sous les ordres du roi d'Aragon, fut assassiné par un de ses vassaux aragonais, nommé Garcias, dans la vallée de la Tena. De sa première femme, Gisla, il laissait un fils, Gaston IV, qui lui succéda comme vicomte de Béarn, et de Béatrix, sa seconde femme, deux fils, Bernard et Centulle, qui lui succédèrent l'un après l'autre dans le comté de Bigorre.
CENTULLE V, fils de Gaston IV le Croisé et petit-fils de Centulle IV. Il succéda à son père comme vicomte de Béarn en 4430; accompagna, suivant l'exemple de ses prédécesseurs, le roi d'Aragon, Alfonse le Batailleur, dans toutes ses expéditions et périt, le 47 juill. 4434, au siège de Fraga. Il ne laissait point d'enfants et fut le dernier vicomte de Béarn de la dynastie des Centulle, que l'on prétend issue des anciens ducs de Gascogne. Léon Cadier.
BriîL. : Marca, Histoire du Béarn ; Paris, 1640, in-fol. — Art de vérifier les dates ; Paris, 1783, t. II, in-fol. — Fagkt DE Baure, Essais historiques sur le Béarn ; Paris, 1814, in-8. —Léon Cadier, Cartulaire de sainte Foi de Morlàas; Pau, 1881, in-8.
CENTULLE — CENTUMVIMS
CENTULLE ou CENTOD \''\ comte de Bioorre (1080- 1088) (V. Centulle IV, vicomte de Béarn). '
CENTULLE II, comte de Bigorre, second fils du précédent. Il succéda à Bernard III, son frère aîné, mort sans enfants, vers l'an ill3, et mourut peu après (1134). Ce prince suivit le duc d'x\.quitaine, Guillaume IV, dans sa campagne contre le comte do Toulouse, Alphonse-Jourdain, puis le roi d'Aragon, Alphonse le Batailleur, dans sa lutte contre les Maures. A la prise de Sarragosse, en 1148, il gagna le titre et les prérogatives de pair d'Aragon. Dans ses Etats, il eut à réprimer une révolte des habitants de la vallée de Barèges, toujours indociles, et les contraignit à lui livrer des otages. Il força le vicomte d'Aure, Sauce Garcie, à lui faire hommage.
CENTULLE Ml, comte de Bigorre et vicomte de Marsan du chef de son père, Pierre, auquel il succéda en 1163. On n'a aucun renseignement sur la date de sa mort. Il portait aussi le litre de seigneur de Sarragosse, mais la juridiction de cette seigneurie ne s'étendait que sur le quartier de N.-D. del Pilar. Centulle III fut un prince législateur qui, le premier en Bigorre, s'occupa de l'organisation des communes. Il semble qu'une des raisons qui le poussèrent à concéder aux villes et aux bourgs de ses domaines des franchises fut le désir de les organiser pour résister aux incursions sans cesse renaissantes des Tescins. On nommait ainsi des habitants de la haute montagne, qui formaient des bandes de pillards pour descendre ravager et ruiner les vallées et la plaine. Bagnères, Tarbes, Lourdes, Maubourguet, Ibos, Vie et d'autres localités reçurent successivement de lui leurs chartes d'affranchissement. Centulle III avait épousé Matelle d'Aragon, cousine du roi Alphonse II. Il en eut une fille, Stéphanie, qui fut mariée à Pierre, vicomte de Dax. Les derniers temps de son règne furent remplis par une guerre avec Bichard, duc de Guyenne, fils du roi d'xingleterre. Assiégé dans Dax où il s'était renfermé (1176), Centulle, après huit jours de siège, dut se rendre et fut envoyé prisonnier en Angleterre. Bendu à la liberté au prix d'une grosse rançon, il ne tarda pas à renouveler ses attaques contre la Guyenne. Assiégé de nouveau dans Dax (1178), il fut emprisonné par les habitants eux-mêmes et Hvré avec la ville au duc Bichard. Grâce à l'intervention du roi d'Aragon, il put rentrer en liberté en livrant les châteaux de Clermont et de Montbrun.
Léon Flourac.
BiBL. : V. Bigorre.
CENTUMVIRS. Membres d'un collège de jurés, qui a joué dans l'organisation judiciaire des Romains un rôle important pendant les derniers siècles de la République et les premiers siècles de l'Empire. Remontant vraisemblablement au vi^ siècle de l'ère romaine, l'institution du tribunal des centumvirs a, selon nous, son origine dans une victoire du parti populaire. Tandis que le judex unus devait être pris parmi les sénateurs, il n'en était pas de même des centumvirs.
Les Centumvirs sous la République. Au nombre de cent cinq, les centumvirs étaient choisis dans les trentecinq tribus, à raison de trois pour chacune d'elles, « terni ex singulis tribubus sunt electi adjudicandum», nous dit Festus (v'^ Centumvir. judicia). Chacune des tribus était, on le voit, représentée dans le collège. Est-ce à dire qu'elle élisait ses représentants ? Contrairement à l'opinion de quelques-uns, nous ne le pensons pas. Sans compter que cette élection de jurés aurait, chez les Romains, un caractère singulier, c'est le terme de creare, et non celui (Veligère, qui correspond, dans la langue latine, au mot français élire. L'élection écartée, devons-nous dire que les centumvirs étaient périodiquement désignés par le sort, ou au contraire que leur liste était dressée, chaque année, par le préteur urbain ? C'est là un des nombreux points obscurs du sujet; il est prudent de réserver son opinion. La question de savoir qui dirigeait les débats devant le tribunal des centumvirs nous apparaît comme étant également
douteuse pour l'époque républicaine. Les decemviri litibus judicandis avaient-ils déjà la présidence de notre collège? Nous inclinons à le croire sur la foi de Pomponius (L. II, § 29; D. De Orig. juris, 2-1), bien que la plupart des interprètes refusent à ce texte toute autorité, et citent en sens inverse un passage de Suétone (Aug., 36). Si maintenant nous recherchons quelles étaient les fonctions et quelle était la compétence du collège des centumvirs, il importe de ne pas nous laisser influencer par notre conception moderne des tribunaux et de leur rôle. Notonsle d'abord, les centumvirs étaient des jurés, judices. Avant qu'il fût possible de les saisir du judicium, la procédure solennelle de la Legis Actio devait se dérouler in jure devant le préteur urbain. Notre institution, qui se rapprochait, à cet égard, de celle du judex unus, s'en séparait notamment en ce que les jurés n'étaient pas choisis pour un procès déterminé ; si les centumvirs étaient sans doute renouvelés chaque année, leur collège était permanent. Comme second caractère de notre tribunal, signalons sa compétence restreinte à l'application du droit quiritaire. D'une part, les pérégrins ne pouvaient, selon nous, recourir à la Legis Actio, et, par suite, ils n'étaient jamais justiciables des centumvirs ; d'autre part, la compétence de ces derniers était également écartée, pensons-nous, même si les plaideurs étaient citoyens romains, lorsque le Htige relevait du jus gentium; aucune des théories du jus gentium n'est, en effet, visée dans le passage de Cicéron que nous considérons comme le texte capital en notre matière [De Orat., lib. 1, XXXVIII, 173). Reste enfin une dernière question à élucider. Suivant quels principes répartira-t-on, entre le judex unus et les centumvirs, les procès rentrant dans la catégorie de ceux dont nous venons de parler ? Est-ce d'après la nature du litige ou d'après l'importance de l'intérêt engagé au débat ? les textes ne sont favorables ni à l'une à l'autre de ces méthodes. (V. pour les procès relatifs aux hérédités, Cic, in Verr. Act. Sec., hb. I, XLV, 115 ; au droit de propriété, Cic, in Verr. Act. Sec, lib. II, XII, 31, et pro Murena, XIÏ, 26; aux droits de servitude, Cic, De Or., lib. I, XXXVIII, 173, etOrator, XXI, 72.) D'après une opinion qui compte des défenseurs de plus en plus nombreux, et à laquelle nous nous rallions, les plaideurs décident eux-mêmes, quand ils sont d'accord, si l'affaire sera ou non renvoyée devant les centumvirs, de même qu'ils choisissent librement sur la liste des jurés le judex unus auquel le magistrat donnera le pouvoir de statuer. (V. Cic, pro Clîientio, XLIII, 120.) Le compromis est, chez les Romains, à la base de l'organisation judiciaire. Encore peu sûre de sa force, la puissance sociale se borne à ratifier le traité de paix conclu entre les parties. Nous avons supposé jusqu'à présent que ces dernières étaient du même avis. Qu'arrivait-il dans l'hypothèse inverse? La volonté du demandeur l'emportait-elle ? Le magistrat exerçait-il une certaine influence sur la solution à intervenir? Les textes étant muets, il est difficile de se prononcer à cet égard. Peu importe du reste, à notre sens, la nature du débat, lorsqu'il roule sur un sujet appartenant au droit quiritaire; dans l'énumération de Cicéron figure le 7z<?a^wm. D'après la doctrine générale, au contraire, les questions d'obligations échappent nécessairement à l'examen des centumvirs ; ceux-ci ne pourront jamais être saisis que des procès ayant trait au droit de propriété quiritaire, aux servitudes, aux testaments, aux droits de famille et par suite aux successions ab intestat et à la tutelle. Quand l'affaire devait être portée devant les centumvirs on dut recourir aux formes de la Legis Actio, même après le vote de la loi iEbutia qui, suivant une conjecture vraisemblable émise récemment, ne supprima pas, en règle générale, la Legis Actio, mais permit aux plaideurs de choisir entre elle et la procédure formulaire. Le collège se rassemblait-il, une lance était plantée devant lui; c'est la hasta centumvir ali s, symbole de la propriété quiritaire, signo quodam justi domina, nous dit Gains (IV, 16). Comment s'étonner du reste que cette réunion d'un collège de cent cinq membres
CENTUMVIRS — CENTURIE
représentant les trente-cinq tribus ait eu lieu avec quelque appareil ? Cette dernière observation nous explique également pourquoi, déjà à l'époque républicaine, nous voyons les centumvirs interpréter dans certains cas la loi avec une grande hardiesse et un vif sentiment de l'équité. (V. Cic, mo Cœcina, XVÏII, 58, et XXIV, 69.) Cette tendance de la jurisprudence centumvirale va s'accuser de plus en plus à l'époque impériale.
Les Centumvirs sous l'Empire. Le tribunal des centumvirs a brillé d'un vif éclat pendant les deux premiers siècles de l'ère chrétienne et spécialement au temps de Quintilien et de Pline le Jeune. (Tacite, Dialog, de orator, XXXVIII.) Les grands orateurs, qui prenaient autrefois la parole aux assemblées du peuple et dans les causes retentissantes des quœstiones perpetuœ, vinrent plaider devant notre collège, et en l'absence de vie publique, l'opinion s'intéressa davantage aux débats judiciaires d'ordre purement privé. Quelles furent les réformes apportées, pendant notre période, à l'institution qui nous occupe, et quelle fut leur origine ? Si quelques-unes d'entre elles remontent vraisemblablement à la réorganisation judiciaire entreprise par Auguste et à la Lex Julia judicionim privatorum, on ne saurait affirmer qu'il en soit ainsi pour toutes. Il est certain d'abord que le nombre des centumvirs fut augmenté et qu'il était au minimum de cent quatre-vingts au moment où Pline remportait devant eux ses grands succès oratoires. (Pline, Epist., VI, 33.) Les inscriptions nous révèlent, en outre, dès le règne de Tibère, l'existence d'un préteur chargé spécialement de la présidence supérieure du tribunal, prœtor hastarius. Je rappelle aussi que, d'après l'opinion la plus répandue, les decemviri litibus judicandis, prirent séance parmi les centumvirs seulement à partir d'Auguste. Quant au recrutement des membres du collège, un texte de Dion Cassius, LIV, 26, paraît démontrer qu'il avait lieu par la voie du tirage au sort ; mais on ne sait sur quelle liste. Passant de la composition du tribunal à son organisation, notons qu'il était divisé sous l'Empire en quatre sections, quatuor consilia. Comme nous ne possédons que des allusions faites par Pline et Quintilien à des règles bien connues de leurs contemporains, nous devons nous résigner à ignorer quand les sections étaient réunies au nombre de quatre ou au nombre de deux, quadruplex judicium y duplex judiciiim, et quelles étaient les conséquences de leur division d'opinion. (Pline, VI, 33, 2; II, 14, 10 à 14; Quintil., XI, 1, 78.)
Même après que les deux lois Julia eurent interdit l'usage des Legis Actiones, et consacré ainsi le triomphe définitif de la procédure formulaire, on continua à accomplir les cérémonies traditionnelles de la Legis Actio sacramenti, quand le procès devait être porté plus tard devant les centumvirs. Les paroles consacrées étaient au préalable prononcées soit devant le préteur urbain, soit devant le préteur pérégrin : Sane quidem cufn ad centumviros itur, nous dit Gaius, IV, 31, ante lege agitur sacramento apud prœtorem urbanum vel peregrinum prœtorem. De ce texte de Gaius, la plupart des auteurs concluent qu'à l'époque impériale, tout au moins, l'emploi de la Legis Actio était permis aux pérégrins, et que ces derniers étaient eux aussi justiciables des centumvirs. A notre avis, cette conclusion ne s'impose pas ; même lorsque les deux plaideurs sont citoyens romains, il leur est loisible de se présenter d'un commun accord devant le préteur pérégrin, et cela en vertu des principes de la prorogatio fori. (L. II, § 1 ; D. De judic, V, 1.)
tandis que certains interprètes réservent seulement aux centumvirs les causes relatives aux hérédités et spécialement aux hérédités testamentaires, et que d'autres fixent un chiffre au-dessous duquel l'affaire devrait nécessairement être portée devant le judex unus, et non devant notre collège, la législation antérieure se maintint, selon nous, pendant la période impériale. Si le procès a lieu entre citoyens et roule sur une question de droit quiritaire, jus civile^ les centumvirs seront ou non saisis au gré des par-
ties, quelle que soit la nature du débat et quelle que soit son importance. (Quintil., V, 10, n*^ 115 ; Gaius, IV, 31. Rapprochez, en outre, l'un de l'autre les §§ 93 et 95 du Comm., IV, de Gaius.) On conçoit cependant que les plaideurs fussent peu tentés, quand ils appartenaient aux classes inférieures de la société ou quand la valeur de l'objet en Htige était médiocre, d'entamer la procédure de la Legis Actio, compliquée, dangereuse et entraînant sans doute à des frais plus considérables. Il est vraisemblable, du reste, qu'à notre époque le magistrat avait le pouvoir de se refuser à jouer son rôle dans la Legis Actio, et de contraindre ainsi le demandeur à solliciter la délivrance d'une formule. Notons enfin que les principes du jus gentium dominant entièrement, sous l'Empire, la théorie des obligations, les actions personnelles échappent à la compétence des centumvirs. Le collège des centumvirs disparut à une époque demeurée inconnue. C'est sa jurisprudence qui créa la théorie de la Querela inofficiosi testamenti et de la Quarte légitime. Imaginée afin de protéger la famille du testateur contre les caprices de ce dernier, cette jurisprudence a exercé une influence notable sur le développement ultérieur du droit. Elle dut attirer aux centumvirs un grand nombre de causes. Lorsque cette jurisprudence nouvelle et d'une grande hardiesse eut été solidement étabhe sur l'autorité d'un tribunal illustre, la judex unus lui-même n'hésita pas à en appliquer les principes. S'ils n'ont pas été remaniés, à ce point de vue, par les commissaires de Justinien, les textes du Digeste le démontrent. (L. VI, pr. ; L. VIII, § 16; D. De inofflc. testam., V, 2.)
Emile Jobbé-Duval.
BiBL. : AccARiAS, Précis de droit romain, t. II, n° 736. — CiiÉNON, le Tribunal des Centumvirs, 1881.— F. Gayet, Dictionnaire des Antiquités de Daremberg et Saglio, v° Centumviri. — Poiret, De Centumvirls et causis "centumviralibus, 1886. — Hartmann-Ubbelohde, Der Ordo Jiidiciorum, 1'^ partie ; Ueber die Rômische Gerichtsverfassung, 1886, § 28, pp. 298 et suiv. — Mommsen, Rom. Staatsrecht, 1887, t. II, !«•« partie, p. 231, 3« éd. — Esmarch, Rom. Rechtsgeschichte^ 1888, p. 188, 3^ éd. — Wlassak, Rômische Processgesetze, 1888, pp. 110 et suiv., pp. 207 et suiv.
CENTUNCULUS (Centunculiis L.). Genre de plantes de la famille des Primulacées et du groupe des Lysimachiées. L'espèce type, C, minimus L., est une herbe annuelle, très petite, commune dans les champs sablonneux humides et dans les allées ombragées des bois sablonneux. Ses tiges, solitaires ou nombreuses, très grêles, rameuses, hautes de 2 à 6 centim., portent des feuilles alternes sessiles ou très brièvement pédonculées. Les fleurs, très petites, solitaires et axillaires, ont une périanthe double, tétramère et quatre étamines, insérées sur la gorge de la corolle. Le fruit est une capsule globuleuse, s'ouvrant par une fente circulaire. Ed. Lef.
CENTURL Commune de la Corse, cant. de Rogliano, arr. et à 42 kil. N. de Bastia; 719 hab. Située presque à l'extrémité de la pointe de la Corse connue sous le nom de cap Corse. Partagée en deux hameaux sur une hauteur, dans une position pittoresque. Elle possède une mine d'antimoine. Au-dessous est le petit port de Centuri, bien abrité mais ne pouvant recevoir que de faibles navires ; il fait quelque commerce, principalement avec l'Italie.
CENTURI AT E (Assemblée) (V. Assemblée du peuple à Rome, t. IV, p. 189).
CENTURIE. La centurie était une division militaire et pohtique des Romains. Son nom vient vraisemblablement de ce que, dans le principe, elle constituait une troupe de cent hommes. Plus tard, on ne s'arrêta plus à ce chifl're et notre expression servit simplement à désigner une troupe ou une division. Au point de vue mihtaire, on trouve des centuries chez les vieux peuples de l'Itahe, chez les Etrusques et chez les Romains avant la constitution de Servius TuUius. C'est ainsi que les tribus des Ramnenses^ des Talienses et des Luceres fournissaient chacune une centurie de cent cavaliers. Servius Tullius fit de la centurie une subdivision de la classe (V. Classis).
CENTURIE -*- GENTZONHUITZNAHUA
Chaque classe renfermait un certain nombre de centuries auxquelles il fallait ajouter les dix-huit centuries de chevaliers qui n'appartenaient à aucune classe. La première classe avait à elle seule plus de centuries que les autres classes réunies. Dans chaque classe on distinguait les centuries de junior es et les centuries de senior es. Les premières constituaient l'armée active, les secondes étaient plus spécialement affectées à la garde de la ville ; c'était l'armée territoriale, comme nous dirions aujourd'hui. On avait adjoint à la première classe deux centuries d'ouvriers et à la cinquième quatre centuries, celle des eornicineSy des sibicines, des accensi et des capite censi. Le nombre total des centuries était de cent quatre-vingt-treize ou cent quatre-vingt-quatorze, suivant les opinions dans le détail desquelles nous n'avons pas à entrer.
L'ensemble des centuries constituait les comices par centuries. Le caractère militaire de cette assemblée disparut de bonne heure lorsque l'armée fut organisée en légions. La centurie fut alors une division du manipule qui en comprenait deux ; les manipules étaient euxmêmes au nombre de trente par légion. Sous l'Empire, la légion fut divisée en dix cohortes et chaque cohorte en six centuries. Dans les doux systèmes il y avait donc soixante centuries par légion. Au point de vue politique, la centurie avait une grande importance, car lorsqu'il s'agissait de voter une loi chaque centurie avait une voix qui se formait à la majorité des individus composant la centurie. Les centuries de chevaliers étaient appelées à voter les premiers d'où leur nom prœrogativœ. Venaient ensuite celles de la première classe. Si elles votaient dans le même sens, ce qui arrivait presque toujours, car elles constituaient la haute aristocratie de fortune et avaient par suite des intérêts communs, la majorité était acquise et on ne consultait pas les autres. Ce résultat était dû au chiffre élevé des centuries qui composaient cette classe. Si les votes différaient on appelait la seconde classe ; jamais on n'avait besoin d'aller plus loin.
En l'an 241 av. J.-C, suivant l'opinion la pins généralement admise, les comices par centuries furent réformés, et la tribu devint la base de la division en centuries. On sépara dans chacune des trente -cinq tribus les membres appartenant a chacune des cinq classes de Servius Tullius ; chacun de ces groupes se divisa en deux centuries, une de juniores^ l'autre de seniores. Les 35 tribus formaient ainsi 350 centuries auxquelles il fallait ajouter 18 centuries de chevaliers, et 5 d'ouvriers, de musiciens, de capite censi^ ce qui faisait au total 373 centuries. La majorité absolue étant de 187, il était nécessaire de consulter, pour arriver à un résultat, 187 centuries, et comme ces centuries étaient également réparties entre les cinq grandes classes, il était nécessaire de consulter les citoyens appartenant à la troisième, ce qui, nous l'avons dit, n'avait jamais lieu auparavant, la première ayant à elle seule un nombre de voix suffisant pour entraîner la majorité. A la suite de cette réforme, la prépondérance dans les comices n'appartient plus exclusivement à l'aristocratie de fortune (V. Comices). Parmi les lois votées dans les comices par centuries se trouve la célèbre loi des Xll Tables.
La division en centuries subsista dans les tribus urbaines même après la disparition des comices par centurie. Mais ces centuries n'avaient plus de rapport avec les anciennes centuries des comices. C'était un simple groupement ayant des buts variés. On désignait aussi sous le nom de centurie, centuria^ un pareil type servant de base à la perception de l'impôt foncier (V. Cadastre). Paul Nachbaur.
BiBL. : MisPOULET, Institutions politiques des Romains^ I, pp. 46, 205 ; II, p. 313. —- Willems, Droit public romain, I, pp. 89 et suiv. — Ortolan, Histoire de la législation romaine^ 12« éd., pp. 58 et suiv. et Appendice de M. Labbé, même ouvrage, pp. 783 et suiv. — Accarias, Précis de droit romain^ n"' 11 et suiv., pp. 26 et suiv., 3« éd. — Bouché-Leclercq, Majiuel des institutions romaines^ pp. 26-30 et 110.
CENTURIES DE Magdebourg (V. Flacius Matthias).
CENTURION. Le centurion était un officier de l'armée romaine placé à la tête d'une centurie, ce mot étant pris dans son acception mihtaire. On en comptait soixante par légion puisque, comme cela a été dit au mot Centurie, il y avait deux centuries par manipule et trente manipules par légion. Dans chaque manipule on distinguait le ceiiturio prioris centuries, qui avait le commandement du manipule et se tenait à l'aile droite et le centurio posterioris centuriœ qui se tenait à l'aile gauche. Il existait entre les centurions d'une légion une hiérarchie correspondant à l'ordi'e des manipules. Cet ordre était le suivant : i^ Triarii (10 manipules); â<^ Principes (10 manipules); 3° Hastati (10 manipuléfs)* Les centurions des hastati étaient donc inférieurs à ceux des principes qui étaient eux-mêmes inférieurs aux centurions des triarii. Dans chaque manipule, l'ordre hiérarchique allait de un à dix. Le plus élevé en grade de tous les centurions était, par conséquent, celui de la première centurie du premier manipule des triarii. Il portait le nom de Primipile.
Lorsqu'à l'organisation de la légion par manipule fut substituée l'organisation par cohorte, le centurion de la première centurie de la cohorte (chaque cohorte renfermait six centuries) avait le pas sur les cinq autres, et le premier centurion de la première cohorte était supérieur à tous les autres. Les centurions qui commandaient les centuries des cohortes prétoriennes étaient considérés comme inférieurs à ceux des légions. La nomination des centurions appartenait aux consuls sur la présentation des tribuns mihtaires. Ils étaient recrutés panui les simples soldats, et le grade de primipilus était le seul auquel ils pussent aspirer. Leur solde était du quadruple de celle des légionnaires et ne variait pas suivant le rang qu'ils occupaient. Ils portaient comme signe distinctif un cep de vigne, vitis^ dont ils frappaient les soldats négligents ou désobéissants, P. N.
Milice papale des centurions. — Ancienne institution des Etats de l'Eglise abolie par Sixte-Quint, et remise en vigueur sous Grégoire XVI par le cardinal Bernetti, secrétaire d'Etat, après la répression du mouvement révolutionnaire de 1831. Dans les Légations, cette milice de sicaires, recrutée dans les bas-fonds du sanfédisme, fut organisée ostensiblement par le cardinal Brignole, commissaire à Bologne, sous le nom de volontaires pontificaux (1832) ; mais, dans les autres provinces, elle resta à l'état d'association secrète. En peu de mois, le nombre des affidés s'éleva à plus de cinquante mille. La rébellion contre les maîtres et les propriétaires, le pillage, l'assassinat, tout était permis aux centurions par le gouvernement, qui se débarrassait ainsi des libéraux. F. H.
BiBL. : Boughé-Leclerq, Manuel des institutions romaines, pp. 277, 283, 309. — Mispoulet, Institutions politiques des Romains^ I, pp. 321 et suiv. — Duruy, Histoire des Romains, I, p. 400, note 1, éd. illustrée.
Milice papale des centurions. — Luigi Carlo Farini, lo Stato romano dalVanno 1815 al 1850 ; Florence, 1853, 3« éd., t. I«s pp. 63-65. — Giuseppe La Farina, Storia dltalia dal 1815 al 1850 ; Turin, 1860, 2« éd., t. ï««-, p. 444.
CENTURION E (Louis), dix-septième général, de la compagnie de Jésus, élu le 30 nov. 1755, mort le 2 oct. 1757. Le seul acte quelque peu notoire de son administration fut la nomination (sept, et nov. 1756) de deux visiteurs qui devaient aller à la Martinique pour rendre compte du négoce de Lavalette, dont les jésuites se préparaient à décliner la responsabilité. Les visiteurs commis ne partirent point. E.-H. V.
CENTZONHUITZNAHUA, génies de la mythologie mexicaine. Fils ou plutôt frères de Goatlicue, ils voulaient la mettre à mort parce qu'elle avait conçu miraculeusement le dieu Huitzilopochtli, mais ils furent égorgés par celuici qui venait de naître. Leurs représentants, ainsi qu'un grand nombre de captifs, étaient annuellement sacrifiés en l'honneur de leur vainqueur, lors de la fête panquetzaliztli, dans la dix-septième chapelle du grand temple de , Mexico, appelée Huitznahuac teocalli. B-s.
CENTZONTOTOCHTIN — CEPEûA
CENTZONTOTOCHTIN, compagnons de Tezcatzoncatl, dieu du vin dans la mythologie mexicaine. La quarantequatrième et la soixante-cinquième chapelles du grand temple de Mexico leur étaient consacrées et on y sacrifiait, la nuit, lors de la fête de Tepeilhuitl, trois captifs auxquels on donnait les noms de tepuztecatl, toltecalt et papaUac.
CENVES. Corn, du dép. du Rhône, arr. de Villefranchesur-Saône, cant. de Monsols; 1,048 hab.
CÉO (Violante do), femme poète portugaise, née à Lisbonne en 1601, morte le 28 janv. 1693. Très jeune, elle prit le voile au couvent de N.-D. de la Rose, de l'ordre de Saint- Dominique. Née déjà sous la domination espagnole, elle subit l'influence funeste du cultisme de Gongora, propagé plus particulièrement par des prêtres. Elle composa, en espagnol, un certain nombre de pièces scéniques pour les fêtes de son cloître, et des poésies correctes de langage, mais bizarres d'invention et obscures à force de métaphores extravagantes. Ses Rythmas varias ont paru à Rouen en 1646, et on y remarque une ode réussie sur la mort de Lope de Vega. Vers la fin de sa longue existence, elle composa, dans sa langue maternelle, un Parnaso lusitano de divinos e humanos versos^ rempli d'un mysticisme étrange, et qui ne parut que longtemps après sa mort (Lisbonne, 1733, 2 vol. in-8). De son vivant, elle jouissait d'une célébrité extraordinaire et fut surnommée la dixième muse de Portugal; aujourd'hui, malgré ses dons poétiques réellement supérieurs, elle porte devant l'histoire la responsabilité d'avoir énormément contribué à la décadence de la littérature de son pays.
CEOLFRID ou CEOLFRITH, abbé de V^earmouth et Jarrow, né en 642, mort en 716. De noble extraction, il entra, dès l'âge de dix-huit ans, au monastère de Gilling, dans le Yorkshire, dont son frère Cynifrith avait été abbé, et qui suivait la règle de Saint-Benoît. Transféré, après une peste qui décima Gilling, au monastère de Ripon, il y tut ordonné prêtre, à l'âge de vingt-sept ans. iVprès de longs voyages et l'accomplissement exact des plus humbles fonctions dans la maison de Ripon, il assista Benedict Biscop dans la fondation de l'abbaye de Saint-Peter's à Wearmouth (672-674). Plus tard, il fonda l'abbaye de Saint- Paul's, à Jarrow (682), et il devint abbé de ces deux monastères en 1688. Très zélé dans les matières de discipline, il avait aussi le goût des lettres poussé à un haut degré. On lui doit la transcription de plusieurs manuscrits précieux. On a de lui une lettre adressée au roi des Pietés Naiton (Nechtan Mac Derih), sur les questions alors fort controversées de Pâques et de la tonsure (710). Se sentant vieillir, il présida à la nomination de son successeur, Hwaetberht et partit pour Rome, où il espérait finir ses jours. Mais la mort le surprit en chemin, le 25 nov. 716, à Langres, où il fut enterré dans l'église des Jumeaux Martyrs. L'Eglise le révère comme un saint. La lettre à Naiton a été conservée par Bède dans son Histoire ecclésiastique, B.-H.G.
CEO S ou KEAS (Géog. anc). Une des îles Cyclades (V. ce mot), aujourd'hui Kea ou Zia. C'est l'île de l'archipel la plus voisine de l'Attique. Elle a 103 kil. q. ; 4,311 hab. Elle est de forme ovale et s'étage autour de sa montagne centrale, le mont Saint-Elie, qui atteint 568 m. Bien arrosée, son sol est très fertile. On y cultive la vigne, le chêne qui fournit la vallonée, les mûriers, les figuiers. Elle exporte surtout du vin et de la vallonée. Elle avait jadis quatre cités, Coressus, Phgenessa, Carthea et Joulis. Les deux premières furent détruites par un tremblement de terre. Aujourd'hui il ne reste que la ville de Kea, bâtie sur l'emplacement de Jouhs, dont subsistent quelques ruines, notamment un lion colossal sculpté dans le roc. C'est dans cette ville que se concentre toute la population de l'île. On y accède par un bon mouillage, le havre de Limani. Les poètes Simonide et Bacchylide étaient nés à Céos.
CEOU. Rivière de France qui prend sa source à Montfaucon (Lot), à 300 m. d'altitude, passe à Saint-Cha-
marand, Saint-Germain-de-Bel-Air, reçoit le Bleu, le ruisseau de Pont-Carral, entre dans le dép. de la Dordogne, y reçoit les eaux de la fontaine de Bouzic, passe à Daglan, reçoit la Lausse, arrose Saint-Cybranet et se jette dans la Dordogne à Castelnau après un cours de 65 kilom. Les eaux de cette rivière sont remarquables par leur pureté et leur belle couleur bleue.
CEP. I. Viticulture. — Nom que l'on donne aux pieds de vigne. On dit souche de vigne ou cep de vigne,
IL Archéologie. — Cep de vigne. Insigne des centurions romains qui leur servait à corriger les soldats en cas de désobéissance ou de négligence dans le service. On le trouve souvent représenté dans les monuments figurés. L'emploi de ce bâton comme signe du grade a donné naissance à l'expression vite ponari, recevoir le cep de vigne, pour désigner la promotion au grade de centurion.
III. Ancien droit. — 1*^ Cep ou ceps, que l'on écrivait quelquefois chep et sep, désignait un intrument de torture au moyen duquel on serrait les pieds des criminels, et par extension, ce mot a été pris dans le sens de chaîne, fers, et même prison. Cep vient du latin cippus. De cep, on a fait garde-ceps, geôlier, et cépage, prison et office de geôlier. — 2** Etalon, mesure publique servant de type de comparaison (Coutumes de Tours et de Poitou), — 3^ Souche d'arbre. De là, cep a été employé dans le sens de haie {Coût, gén,, t. II, p. 687).
BiBL. : Ancien droit. — Du Cange, Glossarium, v° Cippus, 1. — De Laurière, Gioss. du droit françois, v° Ceps. — La Curne i)e Sainte-Palaye, Dictionn. historiq. de l'ancien laiigage françois, t. III, y» Cep. — Godefroy, Dictionn. de l'ancienne langue française, t. II, y° Cep.
CÉPAGE (Viticult.). Ainsi qu'il a été dit au mot Ampélographie, le cépage est une forme individuelle ou variation non fixée dans une espèce de vigne, dont on ne peut perpétuer les caractères que par bouturage, greffage ou provignage. C'est ce mot que l'on applique, avec juste raison, aux diverses formes de vignes cultivées.
CÈPE. I. Botanique (V. Bolet).
IL Art culinaire (V. Champignon).
CEP EDA (Joaquin Romero de), poète dramatique espagnol de la fin du xvi^ siècle, originaire de Badajoz, en Extrémadure ; il appartient à l'école de Séville et peut être considéré comme un des meilleurs précurseurs de Lope de Vega. On a de lui deux comédies : Selvage, imitation de la Celestina, surtout dans les deux premiers actes, composition romanesque, mal ordonnée, pleine d'invraisemblance, mais d'une versification facile et parfois élégante, et la Metamorfosea, drame pastoral, dont la facture est plus simple et le style excellent. Ces deux pièces parurent dans Obras de Joaquin Romero de Zepeda, Vecino de Radajoz (Madrid, 1582, in-4)et ont été réimprimées dans le tome I du Tesoro del teatro espanol de E. de Ochoa. Cepeda a encore composé : la Antigua, mémorable y sangrienta destruicion de Troya,,.. repartida en diez narraciones y veinte cantos (Tolède, 1584, in-8); Conserva spiritual,,, recueil de poésies lyriques (Médina del Campo, 1588). ^ E. Cat.
CEPEDA (Baltasar de), écrivain espagnol de la première partie du xvii^ siècle, né à Séville, où il devint notaire du tribunal archiépiscopal. Sur les titres de ses opuscules il est désigné tantôt sous le nom de Baltazar de Cepeda, tantôt sous celui de Bachiller Baltazar de Cepeda, tantôt sous celui de Licenciado Baltazar de Cepeda. On connaît comme étant certainement de lui six brochures, prose et vers : El Pater noster glosado a la Immaculada Concepcion, etc. (Baeza, 1615, in-4; 2 éditions un peu différentes) ; Relacion de algunas procesiones y fiestas,,, que ha hecho,,, Sevilla a la Immaculada Concepcion de Maria,,, (Baeza, 1615, in-4); Jornada de Laroche, por D, Juan de Mendoza.,, (Séville, 1615, in-4) ; Lunario y pronostico gênerai de las verdades que succederan en et ano de i6i7, acerca de la Limpissima Concepcion de la Virgen, etc. (Séville, 1617, in-4) ; Testamento y ultima voluntad de un fiel de-
IKil —
CEPKDA — CÉPHALALGIE
voto... acerca del sacrosanto mister io de la Immaculada, etc. (Séville, 1617, in-4) ; Testimonio en relacion que da el tiempo del estado que koy tiene el pleito de la îmmaculada Concepcion, etc. (Séville, m-4, sans date). Il ne serait pas impossible que ce licenciado Baltazar Cepeda soit le Cepeda de Séville, mentionné avec éloges par Cervantes, Agustin de Rojas et Mato Fragoso; ce dernier cite de lui une comédie, la Espanola^ qui ne nous est pas parvenue. Il y a aussi sous le nom de Cepeda, une comédie inédite El aniigo enemigo [\^^^) dans un manuscrit de la bibliothèque du duc d'Osuna et une ode assez remarquable dans les Flores de poetas illustres de Espinosa (Valladolid, 1605, in-4). Mais comme les Cepeda furent très nombreux à Séville et que beaucoup cultivèrent la poésie, il est difficile de savoir exactement de qui sont les pièces mentionnées seulement ainsi : de Cepeda. (V. à ce sujet La Barrera, Catalogo del teatro espagnol, p. 362, et A. Lasso de La Vega y Arguelles, Historia y juicio critico de la escuela poetica Sevillana, en los siglos XVI ijXVll [Madrid, 1871, pp. 209-210, in-8].) E. Caï.
CEPEDA (Fernando de) , historien mexicain du XVII® siècle. Membre du conseil royal, il fut chargé par le vice-roi Lope Diaz de Armandariz, marquis de Cadereita, d'écrire, avec F.-A, Carillo, une histoire de tous les travaux faits pour préserver la ville de Mexico des inondations. Cet ouvrage, précieux pour la topographie du Mexique et d'une rareté insigne, a été complété et rectifié par Juan de Albares Serrano et Ant. Verutia de Vergara, et publié sous ce titre : Relacion universal légitima y verdaderadel sitio en que esta fundada la... ciudad de Mexico^ etc. (Mexico, 1637, 4 part, en 1 vol. in-fol.).
CEPEDA (Francisco de), historien espagnol du xvii® siècle, né à Oropesa. Il n'est connu que par un ouvrage intitulé liesunta historial de Espana desde el Diluvio hasta el ano MDCXLII (Madrid, 1643, in-4). — Un autre Francisco de Cepeda, appartenant à l'ordre des dominicains, est l'auteur d'un dictionnaire extraordinairement rare, Artes de las lenguas Chiapa, Toque, Celdales y Zinacanteca (Mexico, 1560, in-4).
CEPEDA (Gabriel de), hagiographe espagnol du xvii^ siècle, né à Ocana. Il entra dans l'ordre des dominicains, fut préfet des études au célèbre couvent de N.-D. d'Atocha et écrivit plusieurs ouvrages parmi lesquels le plus connu est Historia de la milagrosa y vénérable imagen de Nuestra Senora de Atocha (Madrid, 1670, in-4).
CEPEDA Y GuzMAN (Carlos- Alberto de), poète espagnol, né à Séville en 1640. Petit-neveu de sainte Thérèse, il fut fait chevalier de l'ordre militaire de Saint-Georges, en 1663, commandeur et chef du collège de Balaguer, en 1683, peu après receveur de cet ordre pour toute l'Espagne et en 1686 capitaine du bataillon de Séville. On ignore la date de sa mort, mais elle est certainement postérieure à 1692. Il reste de lui un volume de poésies manuscrites qui a été étudié avec soin par le laborieux et érudit B. Gallardo : il juge Cepeda un écrivain facile et ingénieux, ingénu et naïf, mais qui n'a guère produit que des couplets de circonstance. Plusieurs de ses romances sont curieuses pour l'étude des mœurs et des événements littéraires ou autres du xvn*^ siècle. Quelques-unes ont été publiées par Gallardo : Ensayo de una biblioteca espanola, t. Il, pp. 364-382. E. Cat.
CEPEDA Y Lira (Andres de), poète espagnol du xvii^ siècle. Il n*est connu que par un poème héroïque, Vida de Alejandro Magno, en octavas rimas, qui comprend 18 chants et fut écrit en 1675. Il existe dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale de Madrid (M, 231) et ne paraît pas avoir été imprimé. E. Cat.
CEP ET. Com. du dép. de la Haute-Garonne, arr. de Toulouse, cant. de Fronton ; 314 hab.
CEPH>ELIS (Cephœlis Sw.), Genre de plantes de la famille des Rubiacées, dont M. H. Bâillon {Adansonia,
XH, 324 et Hist. des PL, Vïï, p. 282) ne fait plus qu'une section du genre Uragoga (V. ce mot et Ipécacuanha). ' Ed. Lef.
CEPHALACANTHE (Ichtyol.). Ce genre avait été créé par Lacépède pour un petit Poisson voisin des Dactyloptères, dont il se différenciait parla brièveté des pectorales. — Comme l'observe avec juste raison Gunther, ce genre ne peut être maintenu car les Cephalacanthes de Lacépède ne sont autre chose que de jeunes Dactyloptères (V. ce mot) incapables de s'élever hors de l'eau comme les adultes, à cause de la brièveté de leurs nageoires pectorales. ROCHBR.
BiBL. : Gunther, Shid*/ ofFishes.
CÉPHALALGIE. A s'en tenir au sens étymologique, on devrait étudier sous ce nom toute douleur siégeant à la tête en faisant abstraction de sa cause, de son étendue et de sa gravité, mais l'usage veut qu'on le réserve à celle qui occupe le crâne, et même, quand cette douleur crânienne présente une intensité et une durée exceptionnelles, on lui donne le nom de céphalée. La céphalalgie n'est pas une maladie ; c'est un symptôme qui est commun à beaucoup de maladies aiguës ou chroniques et dont les caractères varient selon la cause qui lui a donné naissance. La douleur peut être généralisée à tout le crâne ou limitée à une de ses parties, elle est, par exemple, frontale, pariétale, ou occipitale ; on lui donne le nom d'hémicrânie quand elle n'occupe qu'une moitié du crâne, comme c'est le cas dans la migraine. Le clou hystérique, douleur très vive limitée à un point du crâne, est aussi une variété de céphalalgie. Elle se manifeste par des douleurs tantôt aiguës et lancinantes, tantôt sourdes et profondes, comme si elles avaient leur origine dans le cerveau luimême, et s'accompagne presque toujours d'hyperesthésie sensorielle : le moindre attouchement portant sur la peau du crâne et même sur les cheveux détermine de la douleur, la lumière et le bruit fatiguent le malade qui devient bientôt très irritable et recherche la solitude pendant le temps que dure son accès. Un accès de céphalalgie peut être éphémère et ne durer qu'une heure à peine, mais quand il est sous la dépendance d'une maladie diathésique ou, si l'on veut, d'un empoisonnement chronique de l'organisme par des agents infectieux ou toxiques, il persiste sans rémission pendant des jours et des semaines et se reproduit avec la plus grande facilité. Il amène alors avec lui un malaise indéfinissable, une inaptitude au travail très marquée, des troubles gastriques, et une sorte de torpeur générale due à la crainte qu'a le malade de voir sa douleur augmentée par des mouvements.
Les causes de la céphalalgie sont nombreuses, car il n'est guère de maladies qui ne puissent la provoquer à une certaine période de leur évolution ; on peut cependant les diviser en causes locales, lésions des muscles ou des os du crâne, des méninges ou du cerveau, et en causes générales, maladies aiguës ou chroniques, troubles de la nutrition, de la circulation, etc. Il serait fastidieux de les énumérer toutes, nous n'insisterons que sur les principales. Jusqu'à présent, on ne voulait pas admettre que l'irritation directe du cerveau pouvait amener de la douleur, et on localisait le siège de la céphalalgie dans les enveloppes de l'encéphale ou bien on la considérait comme le résultat de phénomènes réflexes. « Quand je vois un malade en proie à une forte céphalalgie, disait Chomel, je suis entraîné à en chercher la cause dans les organes éloignés. » Une lésion des méninges ou des perturbations organiques lointaines sont des causes fréquentes de céphalalgie, mais il faut leur adjoindre l'excitation directe des cellules nerveuses par la modification pathologique des liquides qui les nourrissent, la lymphe et le sang.
Causes locales. La céphalalgie est souvent la conséquence d'une névralgie de la tace ; la douleur se montre alors par accès, elle est superficielle, s'exagère par la pression et consiste soit en élancements, soit en un engourdissement de la région malade ; elle peut présenter des
CEPHALALGIE
paroxysmes réguliers ou affecter le type intermittent, ce qui peut la faire confondre avec les accidents névralgiques qui sont sous la dépendance de la fièvre paludéenne. La migraine, qui n'est qu'une variété de céphalalgie, débute presque toujours par un point névralgique portant soit sur le trijumeau, soit sur le nerf optique lui-même, ce qui détermine alors des troubles de la vision, et ce n'est que plus tard que la douleur devient franchement céphalalgiquc et qu'elle s'accompagne de troubles réflexes et même de troubles psychiques. Cette marche de l'accès semble indiquer que, dans cette variété de céphalalgie, les différentes parties du système nerveux sont successivement atteintes : partie du nerf, l'excitation gagne les ganglions médullobulbaires, premier centre de réflexion de la sensibilité, puis les centres sensitifs de la région sphéno-occipitale. Les phénomènes sensitifs et les phénomènes réflexes dépendent de l'excitation du bulbe, et un fait qui paraît le démontrer, c'est que parfois la douleur qui a pris naissance sur le nerf trijumeau coïncide avec une sensation de fourmillement dans les doigts, or, le trijumeau, et le plexus cervical ont des origines voisines. Les phénomènes psycho-sensoriels sont dus à une exagération fonctionnelle de l'activité des cellules de la région postérieure du cerveau. Certaines migraines, frustes dans leurs manifestations, se passent tout entières dans cette sphère sensitive supérieure, ce sont celles qui ne sont caractérisées que par de l'amnésie, des vertiges, des accès maniaques, etc. Leur cause est toute centrale et doit être cherchée dans un trouble apporté au fonctionnement central des cellules nerveuses de cette région du cerveau. Le muscle occipito-fron'.al et ses annexes peuvent être le siège de la douleur céphalalgiquc : c'est ce qui se voit chez des rhumatisants soumis à l'influence du froid ou bien encore chez des personnes obligées par des troubles de la vue, à contracter sans cesse les muscles de l'orbite et de la région frontale ; la céphalalgie est alors une fatigue douloureuse, une véritable courbature des muscles épicrâniens, qui, gênés dans leur nutrition, traduisent leur fatigue par de la douleur, au même titre que les muscles des moUets après une longue marche. La carie et la nécrose des os du crâne, leur épaisissement consécutif à la syphilis, la méningite chronique, les tumeurs cérébrales, etc., déterminent des douleurs de tète extrêmement tenaces qui rentrent plutôt dans le cadre des céphalées. Ces diverses causes agissent soit en irritant directement les cellules sensitives, comme doivent le faire les tumeurs du cerveau, soit en irritant les filets nerveux que le trijumeau distribue à la duremère. Cette membrane est extrêmement sensible, le réseau nerveux qui la parcourt est des plus riches, et de nombreux faits cliniques ont démontré que de violents maux de tête étaient la conséquence de ses lésions.
Causes générales. Ce sont celles qui agissent le plus souvent; elles ont leur point de départ soit dans des troubles de la circulation, soit dans un état diathésique, soit encore dans une maladie fébrile. Elles produisent la céphalalgie parce qu'elles modifient la nutrition des cellules nerveuses, en altérant la composition des liquides nourriciers, ou en faisant varier leur volume. La congestion ou l'anémie cérébrale, les intoxications du sang et de la lymphe par un poison vivant ou par un poison chimique, les maladies générales sont les états qui prédisposent le plus au mal de tête. Un afflux mal réglé du sang vers les centres encéphahques est souvent la cause de céphalalgies violentes, comme cela se voit chez les sujets pléthoriques et prédisposés à la congestion cérébrale. C'est presque toujours aux approches de la période menstruelle que les femmes sont exposées à des douleurs de tête, alors que des poussées congestives se produisent vers les centres nerveux comme vers les autres organes. Les désordres gastro-intestinaux, dyspepsie, constipation, affections hépatiques, en étant des facteurs de la congestion du cerveau, sont par cela même l'origine fréquente de la céphalalgie. Les aliénés sont sujets à des douleurs de tête
persistantes qui coïncident presque toujours avec de la constipation et précèdent en général de plusieurs mois l'apparition des désordres intellectuels. L'alcoolisme, l'insolation, le refroidissement brusque après un repas abondant, une douche trop prolongée sur la tête, produisent la céphalalgie de la même manière. Le phénomène inverse, l'anémie cérébrale, la détermine aussi ; la pauvreté du sang en principes actifs, que l'on observe chez les anémiques et les chlorotiques, est l'origine de douleurs névralgiques fréquentes et de maux de tête à répétition, très tenaces et très fatigants, qui ne disparaissent que lorsque la santé générale devient meilleure. Si les modifications dans la quantité habituelle du sang qui irrigue les centres nerveux suffisent à provoquer la céphalalgie, celles qui se produisent dans la composition du sang et de la lymphe agissent encore plus activement. On pourrait ranger sous la dénomination de céphalalgies toxiques les maux de tête diathésiques et ceux qui sont dus à une intoxication proprement dite. L'arthritisme qui, de toutes les diathèses, est celle qui paraît modifier le plus profondément la constitution chimique des tumeurs, est aussi celle qui engendre le plus de céphalalgies, ainsi, du reste, que la goutte et l'herpétisme. Or, la goutte et le rhumatisme se caractérisent à un certain point de vue par la présence dans les tissus d'un excès d'acides urique ou lactique, et ce sont eux qui, en irritant les cellules psycho-sensitives, déterminent de leur part une réaction douloureuse. Les produits de désassimilation, quand ils sont retenus dans l'organisme, déterminent de la céphalalgie. L'ingestion exagérée d'aliments azotés peut occasionner un mal de tête qui disparaît si, en provoquant une diurèse abondante, on facilite l'évacuation de l'excédent de matières azotées. Les toxiques minéraux introduits dans l'économie agissent de même; il n'y a qu'à signaler les céphalalgies si violentes qui accompagnent les empoisonnements par le gaz d'éclairage, l'oxyde de carbone, les sels de plomb, de cuivi^e, de mercure, etc. Les douleurs crâniennes persistantes des saturnins sont dues à l'action sur les cellules nerveuses des parcelles de plomb accumulées dans le cerveau. Dans les maladies fébriles, les céphalalgies sont fréquentes et se •produisent surtout pendant la période où la fièvre est la plus forte. Elles se caractérisent par une douleur très intense qui se localise de préférence au-dessus de l'orbite et qui s'accompagne d'un peu de congestion de la face. Dans la fièvre typhoïde, c'est un des premiers symptômes ; elle commence avant la fièvre et s'accroît avec elle. Dans les fièvres éruptives, elle est si violente qu'elle a pu faire penser à une méningite, avant que l'éruption ^oit venue affirmer le diagnostic. La fièvre intermittente s'accompagne fréquemment de douleurs de tête qui reviennent périodiquement avec les accès. Il est probable que dans ces maladies ce sont les agents infectieux eux-mêmes, ou les ptomaïnes qu'ils produisent, qui amènent la céphalalgie en altérant la nutrition des cellules nerveuses. Sous l'action du parasite, il y a désintégration des éléments anatomiques, mais les produits désintégrés, peu solubles et par suite peu éliminables, s'accumulent dans l'économie et y deviennent l'origine de troubles divers parmi lesquels la céphalalgie.
Le mal de tête n'est pas toujours identique à lui-même, mais sa forme clinique n'a qu'une valeur séméiologique médiocre. Si l'on se rappelle qu'il est souvent le précurseur de maladies graves, on recherchera ses causes avec soin ; il ne faut pas oubher que la migraine est parfois une forme larvée de l'épilepsie et que celle-ci peut prendre sa place au moment où l'on y pense le moins. Le siège de la céphalalgie peut servir à préciser un diagnostic, la douleur se montrant, par exemple, là où existe une tumeur cérébrale, et, d'autre part, il arrive souvent qu'elle est le symptôme unique de profondes altérations de l'encéphale. La persistance de la douleur indique toujours une lésion grave et souvent la localisation cérébrale de la syphilis, son intermittence doit faire songer à une manifestation
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CEPHALALGIE — CEPHALEE
larvée de l'impaludisme ; si sa durée est éphémère ou si elle se produit par crises, elle reconnaît comme cause une diathèse dyscrasique ou une intoxication» Quant au traitement de la céphalalgie, il est essentiellement variable, car il doit être modifié selon sa cause ; il repose sur deux indications principales : faire disparaître, ou tout au moins atténuer dans la mesure du possible la maladie causale dont elle n'est qu'un symptôme, et en second lieu calmer la douleur. Cette dernière indication est remplie par la plupart des médicaments nervins, antipyrine, antifébrine, phénacétine, etc., qui jouissent d'une efficacité incontestable contre certaines céphalalgies, les migraines en particulier, mais qui sont contre-indiqués dans les céphalalgies toxiques, résultant de la rétention dans 1* économie de produits excrémentitiels. D^ Georges Lemoine.
BiBL. : Lasègue, Etudes médicales, isél— J. Chau- MiER, Essai sur le mal de tête, thèse de Lyon, i888.
CÉPHALANTHE. L.-C. Richard a donné ce nom à l'inflorescence des Composites (V. ce mot).
CEPHALANTHERA {CephalmitheraLX. Rich.). Genre de plantes de la famille des Orchidacées et du groupe de Néottiées, caractérisé surtout par le périanthe, à divisions presque conniventes , à labelle non prolongé en éperon, brusquement rétréci à sa partie moyenne et pourvu de plusieurs nervures, dilatées en crêtes longitudinales saillantes. Les masses poUiniques sont dépourvues de rétinacle, et l'ovaire, subsessile, est plus ou moins contourné. Ce sont des herbes à racines fibreuses, qui croissent dans les bois montueux, dans les taillis ombragés humides. On en connaît seulement quatre ou cinq espèces répandues dans l'Europe centrale et australe. Le C. ruh^a Rich., remarquable par ses fleurs assez grandes, d'un beau rose, se trouve dans plusieurs localités de la forêt de Fontainebleau, notamment aux alentours des gorges de Franchart. Les C. gr andiflor a Y^dhmgi. (C. pallens Rich.) et C, xiphophyllîim Rchb. (C, ensifolia Rich.), tous deux à fleurs blanches, se rencontrent également aux environs de Paris. Ed. Lef.
CEPHALANTHUS (Cephalanthus L.). Genre de plantes de la famille des Rubiacées et du groupe des Cinchonées, voisin des Nauclea^ dont il diffère surtout par les ovules solitaires dans chaque loge et descendants, par la graine dépourvue d'aile mais munie d'un arille charnu. Ce sont des arbustes ou des arbrisseaux à feuilles opposées et verticillées, à fleurs petites, blanches ou jaunes, disposées en glomérules capituliformes, terminaux ou axillaires. On en connaît seulement cinq ou six espèces des régions chaudes et tempérées de l'Asie et de l'Amérique. L'une d'elles, le C. occidentalis L., qui croît dans l'Amérique du Nord, depuis le Canada jusqu'à la Floride, est cultivée en Europe comme ornementale. On l'appelle vulgairement Bois-Bouton et Bois de marais. Son écorce, amère et astringente, est employée topiquement, aux Etats-Unis, contre les affections cutanées. Ed. Lef.
CEPHALAS (Constantin), littérateur grec du x*' siècle, rédacteur d'une Anthologie, publiée par Reiske en 4754.
CÉPHALE (V. Cephalus).
CÉPHALÉE. On désigne sous ce nom des maux de tète qui se distinguent de ceux de la céphalalgie par leur violence et par leur durée. La céphalée se montre de préférence soit quand il existe une lésion des centres nerveux ou des os du crâne comme dans les tumeurs cérébrales et la syphiHs tertiaire, soit sous l'influence d'une maladie diathésique, soit encore chez des sujets nerveux ou surmenés, tels que les neurasthéniques et les adolescents. Tandis que la céphalalgie n'est souvent qu'un phénomène passager et sans gravité, la céphalée est très tenace et implique souvent un pronostic fâcheux, car elle est en général la conséquence d'une affection grave.
Les adolescents en voie de croissance qui se trouvent soumis à un travail intellectuel au-dessus de leurs forces présentent assez souvent une céphalée très douloureuse nettement frontale et dont les paroxysmes ont lieu de
préférence le soir ou dans la matinée. Elle dure parfois pendant plusieurs semaines consécutives, sans rémission marquée, mais elle disparaît assez rapidement par un traitement tonique et la suspension du travail intellectuel. Chez les neurasthéniques qui, par la multiplicité des symptômes nerveux ou psychiques qu'ils peuvent présenter, se rapprochent à certains égards des hystériques, la céphalée est fréquente. Elle se manifeste plutôt par une sensation de constriction et de pesanteur comparable à celle que ferait éprouver un casque pesant et étroit ; la douleur se localise à une zone circulaire comprenant la nuque, les tempes et le front ; le maximum de souffrance est à l'occiput, le front est au contraire le point le moins douloureux de la zone. Cette localisation n'est pas toujours aussi étendue et la douleur peut se limiter à une partie seulement de cette région ; elle est toutefois rarement hémilatérale. La céphalée neurasthénique est presque toujours diurne ; elle cesse la nuit, même quand le malade a de l'insomnie ; elle peut aussi disparaître le jour quand il s'étend dans la position horizontale. La douleur s'accroît toujours après les repas, et s'accompagne de phénomènes secondaires, vertiges, sensation de vague, amnésie et troubles de la sensibilité.
A coté de ces céphalées qui accompagnent les névroses viennent s'en ranger d'autres qui sont symptomatiques d'affections plus graves. La plus connue est la céphalée syphilitique. Elle peut se montrer dans la période secondaire et ne correspond alors à aucune lésion anatomique des centres nerveux. C'est une douleur profonde, une encéphalalgie, plus vive en certains points, mais généralisée ; elle est lancinante ou constrictive et s'accompagne de vertiges. Comme intensité, M. Fournier fait quatre degrés : au premier degré, la douleur est légère ; dès le second, elle peut se comparer à un accès de migraine et empêcher le travail ; au troisième degré, elle alite les malades, et au quatrième, c'est une souffrance atroce pouvant amener des accès de délire furieux. La douleur est continue et augmente encore d'intensité la nuit. La céphalée qui apparaît au cours de la période tertiaire de la syphilis est souvent en rapport avec la formation de gommes dans le cerveau. C'est également une douleur profonde, parfois circonscrite à un point fixe du crâne et donnant alors la sensation térébrante d'un clou enfoncé dans la tête. Elle peut être extrêmement violente, très persistante, et présente habituellement des exacerbations nocturnes ; elle s'accompagne d'un état de vague cérébral des plus pénibles et d'engourdissement des membres, et marque parfois le début d'une attaque apoplectique. Les tumeurs cérébrales s'accompagnent d'une céphalée très intense que réveille le moindre mouvement ; elle est localisée et l'on peut, par la percussion du crâne, déceler un point particulièrement sensible qui correspond au siège de la tumeur. La douleur se montre par accès paroxystiques plus ou moins prolongés qui se terminent par des vomissements ; ils sont séparés par des rémissions de durée variable. Cette céphalée se distingue par ce signe de la céphalée syphilitique ; elle s'en distingue aussi en ce qu'elle va en s'aggravant, tout traitement restant impuissant contre elle, tandis que dans la syphilis, le traitement mercuriel et iodique fait rapidement disparaître les douleurs de tête. Les lésions des os du crâne, tuberculeuses ou syphihtiques, les altérations chroniques des méninges dans la pachyméningite chronique donnent aussi naissance à des céphalées extrêmement douloureuses, localisées au voisinage de l'endroit malade, mais s'irradiant souvent assez loin, particulièrement vers la nuque. Dans la méningite chronique, des maux de tête persistants sont habituellement l'indice qu'une nouvelle congestion va se produire.
La céphalée qui se montre dans l'urémie consécutivement à la rétention dans le sang des produits de la désassimilation, revêt la forme de migraine, avec une intensité plus grande. Elle peut se montrer avant tous les autres symptômes et mettre sur la voie du diagnostic ; ses accès sont intermittents et durent de quelques heures à quelques
CEPHALEE — CEPHALEMYU^
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jours. Une autre forme de céphalée urémique se manifeste par une sensation de gêne et d'écrasement qui a son siège au front ou à l'occiput ou qui détermine un cercle douloureux comprimant tout ou partie du crâne. Cette céphalée disparaît facilement en même temps que les causes de l'urémie, mais elle revient avec elles et torture le malade jusqu'à sa mort. D^ Georges Lemoine.
CÉP H A LÉM ATOME. Jadis, on désignaitsouscenom toutes les tumeurs sanguines siégeant sur le crâne des nouveaunés, aussi hien les tumeurs superficielles, bosse sanguine^ produite pendant l'accouchement par compression du crâne dans les voies génitales (V. Nouveau-Né), que les épanchements plus profonds, sous-péricrâniens et intracrâniens, qui méritent seuls le nom de céphalématome.
Céphalématome sous-péricrdnien ou externe. Tumeur formée entre le péricrâne et le crâne ; on a aussi décrit une variété diploïque. Le péricrâne conserve généralement sa transparence et la collection sanguine est d'ordinaire renfermée dans une poche mince de tissu conjonctif ; la tumeur adhère au péricrâne et, à ce niveau, la poche présente souvent des points d'ossification formant une vraie coque osseuse, mais elle est mobile sur l'os intact du reste; elle est ordinairement limitée par un bourrelet osseux qui se forme dès le deuxième jour, à moins qu'elle ne soit située juste à côté d'une suture. Voici comment Virchow exphque la formation de ce cercle osseux : le sang épanché refoule le péricrâne et empêche le contact de ses couches ostéogènes avec l'os du crâne, mais ces couches continuent leur office sur les confins de la tumeur et forment le cercle en question ; ce sont elles aussi qui forment la coque osseuse de la tumeur. Le céphalématome, relativement fiéquent chez le nouveau-né, puisqu'on le rencontre chez un sur 235 nouveau-nés, peut également se présenter à un âge plus avancé ; on signale le cas d'une enfant de six mois, d'une enfant de douze mois, d'un adulte de vingt-six ans, d'un autre de trentesix ans, enfin d'une femme de quarante-neuf ans. Parmi les causes de cette affection, on a invoqué la compression intrautérine du fœtus, dont le rôle parait bien incertain, et la compression pendant l'accouchement qui constitue un facteur plus sérieux. Mais la cause principale paraît résider dans une lésion héréditaire ou acquise du système vasculaire, friabilité ou minceur anormales des parois vasculaires. Peut-être, dans quelques cas, le développement imparfait des couches superficielles du crâne y contribue-t-il. Quoi qu'il en soit, la tuméfaction commence généralement du premier au troisième jour ai)rès la naissance, puis augmente graduellement; de volume variable, depuis celui d'une noisette, elle ne dépasse jamais les sutures de l'os sur lequel elle siège ; pulsatile au début, elle perd rapidement ce caractère que conserve la hernie cérébrale, par exemple, en même temps qu'elle présente un certain degré de réductibilité qui manque au céphalématome ; elle est fluctuante, ce qui la distingue du fongus de la dure-mère ; enfin, la présence absolument pathognomonique du cercle osseux permet de distinguer le céphalématome de toute autre espèce de tumeur du crâne. — Le céphalématome sous-péricrânien peut siéger sur tous les os du crâne, mais il est plus fréquent sur les pariétaux, particulièrement le pariétal droit. — Le pronostic est généralement favorable ; les accidents inflammatoires, les abcès, la destruction de l'os sont rares ; il n'en est plus de même si le céphalématome externe est accompagné d'un céphalématome intra-crânien ou sus-méningien. — Comme traitement, on a proposé l'évacuation de la poche, les fomentations chaudes aromatiques, les compresses froides alcooliques, la compression, l'établissement de sétons, etc. ; le mieux est de ne pas intervenir, de pratiquer l'expectation.
2^ Céphalématome interne, Epanchement sanguin placé entre le crâne et la dure-mère, rarement intra-arachnoïdien. Il coïncide souvent avec le céphalématome externe et communique alors avec lui par une fissure de l'os ; mais l'os peut être intact. Cette affection, rare du reste, est très grave ; elle peut se compliquer d'accidents
de compression du cerveau, d'hémorragies secondaires, de rupture de la poche, de nécrose ou de carie osseuse, de thrombose des simis, de méningite et d'encéphalite, de pyémie, etc. Si elle guérit, le sujet peut rester idiot. On a discuté l'opportunité de la trépanation dans ces cas. En résumé, la thérapeutique est impuissante. D^ L. Hn.
CÉPHALÉMYIE [Cephalemyia Latr . ) . Genre d'Insectes- Diptères, du groupe des Brachycères et de la famille des (Estrides. A l'état parfait, les Céphalémyies, c.-à-d. Mouches de tète, sont caractérisées par le corps peu velu, la tête grosse, arrondie antérieurement, avec les parties de la bouche rudimentaires et deux palpes courts. Les antennes sont formées de trois articles, dont les deux premiers courts et glabres et le troisième arrondi, pourvu d'une soie nue. Les cuillerons sont grands et les ailes, écartées, présentent deux cellules postérieures, dont la première est fermée. Les femelles sont ovipares, jamais vivi-
Cephalemyia ovis Latr. (très grossi).
pares. (V. N. Joly, Recherches zoologiques et anatomiques sur les Œstrides, dans les Annales de la société d'agriculture de Lyon, 4846.) Elles pondent, sur l'orifice des narines des moutons et autres Mammifères à cornes creuses, des œufs réniformes, courbés, à extrémités arrondies, avec des sillons circulaires. De ces œufs sortent de petites larves blanches, apodes, qui pénètrent dans les fosses nasales, puis dans les sinus frontaux et maxillaires. Elles sont pourvues de deux mandibules noires en forme de crochets, au moyen desquelles elles se tiennent cramponnées à la muqueuse des sinus. Au cours de leur accroissement, ces larves se nourrissent du mucus des cavités céphaliques, nasales, frontales ou maxillaires, dont leur présence augmente la sécrétion. Arrivées au terme de leur accroissement, elles se détachent de la muqueuse, se laissent entraîner dans les narines par le mucus, puis sont expulsées en dehors au moment où l'animal éternue. Elles s'enfoncent alors en terre et se transforment en une pupe en barillet, d'où sort l'insecte parfait au bout de trente ou quarante jours.
Le genre Cephalemyia renferme actuellement cinq espèces : le C. maculata Wiedemann (OEstrus titillator Clark, OE. libyens N.Joly), dont les larves vivent dans les fosses nasales du Buffle et du Chameau, en Algérie, en Egypte et en Hongrie ; le C, purpurea Brauer, rencontré dans les sinus frontaux des moutons à grosse queue du Caucase; les C. Clarki Skuckard et G. variolosa Lœw, tous deux du cap de Bonne-Espérance et dont le dernier vit sur une espèce d'Antilope ; et le C. ovis Latr. qui est V OEstrus sinus frontis de Linné, V Œstre des moutons de Geoffroy et la Mouche du ver du nez des moutons de Réaumur. Cette dernière espèce, la plus anciennement connue, se trouve dans toute l'Europe, en Asie, en Afrique, aux îles Canaries et dans les deux Amériques. En Europe, on la rencontre assez communément, aux mois d'août et de septembre, sur les solives des plafonds des bergeries. Ses larves vivent dans les fosses
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CÉPHALÉMYIE — CEPHALOGALE
nasales, les sinus frontaux et maxillaires des Moutons. Elles tourmentent beaucoup ces animaux en leur causant un prurit incommode dans les fosses nasales. Mais, contrairement à ce que plusieurs auteurs ont pensé, elles ne produisent pas la maladie connue sous le nom de Tournis^ laquelle est due à la présence, dans la masse nerveuse encéphalite, du Cœnure ou Scolex du Tœnia cœnurus Kuchenmeister, qui accomplit son développement dans le tube digestif du Chien et du Loup. L'insecte parfait, que nous figurons, est long d'environ 10 millim., d'un cendré brunâtre, avec une bande pourpre sur le front, la face jaunâtre, les yeux d'un vert foncé à reflets changeants, les antennes noires, les pattes testacées et l'abdomen soyeux, orné de marbrures jaunes, blanches et noires.
Ed. Lef.
CÉPHALIDE (Tératol.) (V. Omphâlosite et Monstre).
CEPHALIDIUM (Zool.). Dans son mémoire sur quelques formes peu connues d'animaux inférieurs, E. Metschnikoff décrivit, en 4864, sous le nom de Cephalidmm longisetosum^ un Gymnotoque inférieur que les zoologistes subséquents ont placé dans le groupe des Gastrotîiches (Ludwig) ; Metschnikoff le rangeait parmi les Ichthydines et le caractérisait génériquement de la manière suivante : Tète entourée de cils ; toute la surface ventrale également ciliée ; des épines rigides sur le dos ; pas de pointes anales ni de soies tactiles.
Zélinka a montré récemment que le genre Cephalidium devait être considéré comme synonyme de Dasydites Gosse. En effet. Gosse a fait connaître, en 1851, sous le nom de Dasydites goniathrix^ un ver très voisin du Cephalidium longisetosum qu'il a étudié avec plus de som en 4864, dans un mémoire publié sous le titre de the Natural History of the Hairy backed animalcules (Chactonotidœ). Le caractère fondamental, — la séparation bien nette de la partie céphalique, l'absence de bifurcation à l'extrémité postérieure et l'armature de longues soies — convient également aux Dasydites et au Cephalidium. Chez le Cephalidium^ la tète est complètement ciliée, tandis que chez les Dasydites il y a deux bouquets de cils, mais ce caractère a tout au plus une valeur spécifique. D'après Zélinka, le genre Dasydites doit être caractérisé comme iji suit : Corps pourvu de soies ; tète nettement séparée du tronc, dépourvue de tentacules ; extrémité postérieure arrondie, sans fourche caudale (V. Dasydites).
A. GlARD.
CÉPHALIN (Zool.). On sait que Ton peut distinguer dans la plupart des Grégarines un segment antérieur et un ou deux segments postérieurs ; le premier a reçu le nom à'épimérite et l'on peut admettre que, dans les cas où la Grégarine ne présente que deux segments, c'est le premier qui fait défaut : c'est l'épimérite qui porte les divers appareils, crochets, disques étoiles que l'on remarque chez beaucoup d'espèces et qui servent d'organes de fixation. Si l'on observe la partie antérieure de certaines espèces munies de crochets sur l'épimérite, on peut voir ce segment se détacher de l'animal qui continue à vivre sous cette nouvelle forme. Schneider a généralisé cette observation qu'il a été le premier à faire; pour lui, il y a, dans la vie de la Grégarine, deux phases, la première dans laquelle elle possède un organe de fixation ; elle s'attache à la paroi des organes, dans le tube intestinal, etc., et elle reste immobile. Dans la deuxième phase, elle est privée de ses moyens d'adhérence et devient errante dans la cavité du corps de son hôte : c'est l'animal adulte. La forme fixée a reçu le nom de céphalin et la forme libre celui de sporadin. K. MoNiEz.
CEPHALLEPIS (Ornith.). Le genre Cephallepis de \jodài^es{Proceed. x-ool. Soc. Lond., 4830, p. 42) dont le nom doit être corrigé en Cephalolepis^ ne renferme actuellement que deux espèces à' Oiseaux-Mouches (V. ce mot) qui habitent les provinces méridionales et orientales du Brésil et qui sont caractérisées par leur bec droit et un peu plus court que la tête, par leur tète ornée d'une aigrette
effilée, par leurs ailes longues, leur queue légèrement aiTondie, leurs tarses dénudés et leur plumage d'un vert métallique sur les parties supérieures du corps, d'un gris foncé et d'un bleu sombre et plus ou moins violacé sur les parties inférieures. Chez le Cephalolepis Delalandi V. le sommet de la tête et la huppe sont d'un vert brillant, tandis que chez les Cephalolepis Loddigesi Gould, ces mêmes parties sont d'un bleu lilas. E. Oustalet.
BiBL. : Temminck,PL col., pi. 18, fig. 1 et 2. — J. Gould, Monogr. TrochiL, t. IV, pi. 208 et 209! — MulsAint, liist. 7mt. des Oiseaux-Mouclies, 1876, t. III, pi. 187 et 191.
CEPHALDCOTYLEUM (Zool.). Diesing a réuni sousce nom dix-sept espèces de Cestodes, vus pour la plupart par Rudolphi, mais dont la détermination était restée douteuse. Quatre de ces espèces ont été rapportées par la suite au genre Bothriocephalus, une autre est devenue le type du genre Cyathocephalus ; des travaux ultérieurs auront pour conséquence un démembrement encore plus complet de ce groupe provisoire (V. Cestodes). R. Bl.
CÉPHALODIDYIVIE et TRIDYME (Tératol. gurlt) (V. Monstres doubles et triples).
CEPHALODIE(V. Lichen).
CEPHALOGALE (Paléont.). Genre de Mammifères Carnivores fossiles créé par Jourdan (4862), sur des débris
Ceplialogale Geoffroy!.
qui indiquent un animal de la taille d'un grand chien et formant le passage entre les Canidœ et les Ursidœ . La formule dentaire était de chaque côté :
Ll, Ci, Pm.f, Carn.l, M.|, soit, en tout, quarante-deux dents, comme chez les Chiens et les Amphicyon (V. ce mot). Le crâne était court et
Cephalogale miner.
large, surtout au niveau des arcades zygomatiques qui sont très développées. La mâchoire inférieure était remarqua-
CEPHALOGALE — CÉPHALOMETRIE
blement forte et courte, surtout dans sa partie antérieure; il en résulte que les incisives, petites et comprimées entre les fortes canines, s'atrophiaient et finissaient par tomber chez l'adulte où la trace même des alvéoles a souvent disparu, à l'exception de la première paire. La carnassière et les tuberculeuses sont également remarquablement puissantes par rapport aux prémolaires. Les membres étaient comparables à ceux des Amphicyon, mais les os indiquent des mouvements plus étendus. En résumé, le Cephalogale, qui devait avoir une tête large et courte, se rapproche des Amphicyon et des Hyœnarctos, mais présente des caractères tout à fait particuliers, dont quelques-uns se retrouvent chez les Suhursidés, Le type {C, Geoffroyi Jourdan) est du miocène inférieur et de l'éocène supérieur de l'Allier, en France. Une seconde espèce {C. brevirostris Filhoi), longtemps connue sous les noms de Canis brevirostris (Croizet) et de Canis issiodorensis (Blainville), est de Féocène supérieur du Tarn-et-Garonne ; le C. minor (Filhoi), du miocène inférieur de l'Allier, n'en diffère pas. E. Trouessart.
BiBL. : FiLiioL, Ann. des Sciences géologiques^ 1879, X, art. 3, pp. 107 et suiv., pi. 17, 18. — Lydekker, Catal. of fossil Mammalia in British Muséum^ 1885, I, pp. 147 et suiv.
CEPHALOLEPTA (ZooL). Genre de Turbellariés dendrocœles digonopores créé par Diesing en 1850 et devenu le type d'une famille spéciale. C. macrostoma, trouvé par Darwin sous les pierres, dans l'eau saumâtre, à l'archipel des Chonos (Chili), est la seule espèce connue. Le corps est large et aplati ; la tête, bien distincte, porte deux yeux et se termine par une ventouse ; les orifices génitaux se voient en avant de la bouche, qui s'ouvre à peu près au miheu de la face ventrale (V. Turbellariés). R. Bl. CÉPHALOMÈLE (Tératol.) (V. Polymélie).
CÉPHALOMÈTRE. Instrument dont on se sert en anthropométrie pour mesurer les courbes et les angles de la tète. Le céphalomètre a été inventé par Antelme en 1838; il peut s'appliquer aisément sur un sujet vivant et permet de rapporter la position de tous les points de la tète à un centre commun, ou mieux, « à une origine commune^ à l'aide d'un angle de longitude, d'un angle de latitude et d'un rayon vecteur, suivant la méthode des coordonnées polaires de la géométrie analytique à trois dimensions » (Broca). Cet instrument se compose essentiellement d'un cercle basilaire A qui se fixe au moyen de vis de pression a, b autour de la base du crâne, et d'un demi-cercle gradué biauriculaire D qui peut se mouvoir autour de l'axe biauriculaire (allant d'un trou auditif à l'autre) C C; son degré d'inclinaison se lit sur un cadran placé sur le cercle basilaire autour de l'oreille gauche G. Sur le cercle biauriculaire glisse un courscur H qui supporte une tige, ou une fiche exploratrice I que l'on peut amener au contact avec n'importe quel point de la tête. Cette fiche conservant toujours une direction normale au demi-cercle, son axe prolongé passe toujours au centre de ce dernier, le point idéal ou origine du système ; et comme elle est graduée au rebours on peut y lire les distances de sa pointe k cette origine représentant le rayo?i vecteur. On lit la valeur de l'angle de latitude sur le cadran latéral, et sur le demicercle celle de l'angle de longitude. On peut ainsi aisément déterminer les éléments d'une courbe crânienne quelconque en faisant varier, selon les cas, la position de la fiche exploratrice sur le demi -cercle biauriculaire et la position de ce dernier par rapport au cercle basilaire. En reportant, sur une feuille graduée à l'avance, les longueurs du rayon vecteur à partir de V origine^ distants de 10^ en 40*^ par exemple, on reproduit exactement la courbe qu'on désire en , réunissant les points ainsi déterminés par un trait continu.
On se contente le plus souvent de la courbe médiane et de différentes courbes biauriculaires^ mais on pourrait prendre n'importe quelle courbe inclinée sous un angle donné par rapport au grand cercle basilaire. On peut aussi construire. un dessin moyen d'une courbe sur une série
de têtes, en prenant pour chaque rayon sa moyenne dans la série. Le même instrument, légèrement modifié par
Céphalomètre.
M. Ed. Bertillon, peut s'appliquer à l'étude de la tête osseuse.
Un autre céphalomètre, inventé par le D^ Luysen 1886, est moins commode et moins exact. C'est une série de trois instruments (pour les trois directions des courbes); chaque instrument se compose de clavettes mobiles dans un cadre et susceptibles d'être immobilisées sur place à l'aide des viroles au moment où elles ont pris le contour demandé. Un système spécial d'encliquetage permet d'ouvrir le cadre et de porter sur une feuille de papier, sous forme d'un graphique spécial, le contour de la tête pris dans tel ou tel diamètre. Ce n'est en somme que le perfectionnement d'un instrument connu sous le nom de co7i' formateur^ employé depuis longtemps par les chapoliers pour prendre la courbe horizontale de la tête et qui, tel quel, ne saurait rendre aucun service à la science ; les dessins qu'il reproduit sont réduits d'une seule et même quantité dans tous les diamètres et ne donnent par conséquent qu'une caricature de la circonférence horizontale. Dans l'instrument de M. Luys on obtient les dessins directement, mais l'instrument est trop compliqué et peut être avantageusement remplacé dans tous les cas par le céphalomètre d' Antelme. J. Deniker.
CÉPHALOMETRIE. Partie de l'anthropologie qui traite des mensurations de la tête sur le sujet vivant ; elle diffère donc par l'objet de ces études de la craniométrie qui n'a en vue que la tête osseuse. Les mesures de la tête sont au nombre d'une cinquantaine, mais toutes ne présentent pas une égale importance. On peut les grouper sous trois chefs: mesures des angles ; mesures des courbes ; mesures des distances entre deux points de la tête en ligne droite. Mesures angulaires, La principale de ces mesures est celle de l'angle facial ou mieux de différents angles faciaux ; on y attachait jadis une grande importance en considérant le prognatisme ou le degré de saillie de la région maxillaire comme un caractère d'infériorité. Aujourd'hui, il n'en est plus de même. On a constaté que si sur le crâne certains angles faciaux (celui de Cloquet ou sous-alvéolaire, par exemple) ont encore une certaine importance comme caractère zoologique, ceux que l'on mesure sur le vivant n'offrent qu'un intérêt secondaire. Malgré les nombreux instruments inventés (double équerre, instrument du
D*" Harmaiid, goniomètre de Jacquart, etc.), on ne peut parvenir à une grande précision dans ces mesures. Le seul angle que l'on puisse prendre avec une exactitude suffisante, grâce au goniomètre facial médian de Broca, est l'angle de Cuvier ; cet angle est formé par une ligne allant soit de la glabelle, soit du point intersourcilier à l'intervalle entre les dents incisives, et d'une autre ligne partant de cet intervalle vers l'orifice du conduit auditif externe. Cet angle permet d'apprécier le prognatisme total et le prognatisme alvéolaire, mais les variations qu'il présente sont trop faibles (de 3®-4<^) de race à race pour pouvoir constituer un caractère distinctif. Le prognatisme des lèvres, (|ui forme la saillie du « museau » et qui donne une expression si caractéristique au profil de certains Nègres n'est pas exprimé par cette mesure et ne peut être en général mesuré d'aucune façon.
Mesures des courbes de la tête. Parmi ces mesures, la principale est celle de la circonférence horizontale de la tête avec ses deux portions, antérieure et postérieure, dont les limites se trouvent aux points sus-auricuculaires, c.-k-d. dans les dépressions qui se trouvent immédiatement au-devant de l'insertion de l'hélix du pavillon de Foreille. On a aussi exagéré la valeur de cette mesure en disant que les hommes à intelligence développée avaient la circonférence plus grande que les hommes sans culture intellectuelle. Les observations comparatives de Broca faites sur les internes et les infirmiers semblaient accréditer cette assertion ; mais elles n'ont pas été confirmées partout, et la taille du sujet semble avoir une influence sur la grosseur de la tête. D'ailleurs, la mesure de la circonférence de la tête présente plusieurs difficultés; elle ne peut être prise rigoureusement que sur une tête rasée ou ayant une chevelure peu abondante. Dans les cas de cheveux crépus elle est presque inapplicable.
D'autres courbes : Vantéro-postérieure^ allant de la glabelle ou du point intersourcilier à la partie la plus proéminente de l'occiput, la sus-auriculaire ^à'mi trou auditif à l'autre par le vertex, etc., ont été aussi préconisées et prises mais elles ne présentent que peu d'intérêt. On " prend ces mesures soit avec le ruban métrique , soit en obtenant l'empreinte de la courbe avec une lame de plomb, en ayant soin d'y indiquer les points de repère, soit enfin avec des instruments spéciaux (V. Céphalomètre, Profilomètre, etc.)
Mesures en ligne droite. Ce sont les plus nombreuses et de beaucoup les plus importantes. Nous allons énumérer les principales d'entre elles, en commençant par les mesures des deux grands « axes » de la tête : le diamètre antéro-postérieur ou la longueur maxima de la tête (entre la glabelle et le point le plus proéminent de l'occiput), et le diamètre transverse maximum ou largeur maxima de la tête. Le rapport centésimal de ces mesures, qui porte le nom d'indice céphalique ou mieux d'indice céphalométrique (pour le distinguer du même indice sur le crâne), exprime en chilfres la forme de la tète, et joue un grand rôle dans la distinction des races et de leurs variétés. Si l'on suppose le diamètre antéropostérieur m 400, on verra que le diamètre transverse varie, suivant que la tête est plus ou moins arrondie ou allongée, de 95 à 60. On est convenu de ranger parmi les brachycéphales toutes les têtes arrondies ayant plus de 80 comme indice céphalométrique ; et parmi les dolichocéphales ou têtes allongées, celles qui ont l'indice audessous de 77,7 ou de 75, suivant les auteurs. Les têtes dont les indices sont compris entre 80 et 77,7 ou 75 sont dites mésocéphales ou mésaticéphales, c.-à-d. ni trop allongées ni trop arrondies. La facilité avec laquelle on arrive, à l'aide d'un simple compas d'épaisseur (compas à branches recourbées), à prendre rigoureusement les éléments de l'indice céphalique, de même que sa fixité relative dans les races, en ont fait une des mesures principales en anthropologie; en même temps, c'est une de ces mesures qui ne peuvent être modifiées par l'attitude vicieuse ou la
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mauvaise volonté du sujet (d'où son importance dans l'anthropométrie criminelle). L'indice céphalique varie peu dans les limites d'une race ; il exprime des rapports qui paraissent se transmettre obstinément par hérédité. En somme, c'est un très bon caractère distinctif secondaire de races ou de types, à condition que l'on ne se contente pas de prendre la mesure moyenne déduite des observations, mais qu'on la compare aux résultats obtenus par la sériation des indices individuels ; ce n'est qu'à ce prix que l'on peut reconnaître, par exemple, l'existence d'un seul ou de plusieurs types dans une population donnée. C'est ainsi que l'on est parvenu à démontrer la prédominence du type dolichocéphale dans le nord de l'Europe, en Angleterre, en Scandinavie, en Allemagne du Nord, et la prédominence de brachycéphales dans les Alpes, sur le plateau central, etc.
La hauteur totale de la tête s'obtient par la mesure de la projection de la tête sur un plan vertical à l'aide de la double équerre ; la hauteur du crâne s'obtient par la projection de la partie sus-auriculaire. On prend aussi la hauteur de la face de la naissance des cheveux au point mentonier ; ou la hauteur du visage^ du point intersourcilier au point mentonier. En rapportant une de ces mesures à la largeur maxima de la face prise entre les arcades zygomatiques on obtient l'indice faciaU total ou partiel^ qui exprime plus ou moins exactement la forme générale de la face ; mais cet indice ne donne aucune idée de son contour qui est beaucoup plus irrégulier que celui de la tête ou du crâne. Suivant l'indice facial, on peut distinguer le type leptofacial ou leptoprosope (face allongée) et le iy^Qbrachy facial ou chamœprosope (face arrondie).
Viennent ensuite, le diamètre frontal minimum ou largeur minima du front (entre les crêtes temporales de l'os frontal qui font saillie sous la peau) ; la distance entre les angles internes des yeux ou les caroncules, une bonne mesure, surtout si on la compare avec la largeur du ne% prise en effleurant avec le compas les ailes du nez ; cette dernière largeur, rapportée à la hauteur du nez (entre la racine du nez et le point d'insertion de la souscloison) donne l'indice nasaU un des caractères importants dans la classification des races. Les variations dans la largeur relative du nez (en supposant sa hauteur = 400) peuvent aller de 40 à 420 ; chez les platyrhiniens (nez larges) cet indice est au-dessus de 80; chez les léptorhyniens (nez étroits) il est au-dessous de 70 ; enfin chez les mésorhiniens il est de 70 à 80 (Collignon). Parmi d'autres mesures nombreuses, on peut citer la largeur de la bouche, entre les commissures des lèvres, le sujet étant au repos ; la longueur et la largeur des oreilles ; la distance (ou diamètre) orbitaire externe prise entre les bords externes des orbites qui font saillie sous la peau ; le diamètre bi-malaire, entre les points saillants des pommettes, mesure peu exacte mais suffisante pour caractériser certaines races ; les diamètres bi-temjporal, bi-auricîilaire (entre les deux points sus-auriculaires symétriques, etc.) Toutes ces mesures se prennent soit au compas d'épaisseur, soit au compas-glissière semblable à celui qu'employent les cordonniers ou les mécaniciens.
Les mesures prises sur le vivant ne peuvent jamais être aussi rigoureuses que celles obtenues sur le crâne, mais en revanche elles peuvent être prises sur un grand nombre de sujets, ce qui compense largement les erreurs individuelles inévitables, dues aux difficultés de la mensuration (trouver exactement les points de repère, ne pas comprimer trop les chairs dans certains cas, etc). En outre en mesurant les sujets vivants on a l'avantage de connaître leur sexe, leur âge approximatif et leur provenance exacte, tandis qu'avec les crânes, dans la moitié des cas un ou plusieurs de ces renseignements font défaut. Toutes ces considérations expliquent suffisamment pourquoi dans ces derniers temps l'attention des anthropologistes s'est portée vers les mesures sur le vivant, par-
CÉPHALOMETRIE — CÉPHALOPODES
mi lesquelles celles de la tête occupent la première place.
Les mesures sur la tête recouverte de ses parties molles correspondent-elles aux mesures sur le crâne? Plusieurs recherches faites dans le but d'élucider cette question la laissent encore ouverte. On a cru d'abord par exemple que le bregma ou le point de rencontre de la suture coronale et de la sagittale sur le crâne correspondait sur la tête au point le plus proéminent de la hgne qui passe d'un point susauriculaire à l'autre perpendiculairement au plan horizontal ; mais les recherches rigoureuses de Broca et Ferré ont montré que ce point est toujours en avant du bregma d'une quantité variable suivant les sexes et les individus. La correspondance du tourbillon des cheveux, avec le lambda ou point de rencontre, sur le crâne, des sutures sagittale et occipitale n'est pas non plus rigoureusement démontrée. La mesure principale, l'indice cépiialique^ ne parait pas présenter davantage une correspondance constante sur le crâne et sur le vivant. A priori, les têtes à l'état vivant devraient avoir un indice un peu plus fort à cause de l'épaisseur beaucoup plus grande de muscles dans la région temporale, c.-à-d. dans le sens du diamètre transverse, que dans les régions sus-occipitale et frontale, c.-à-d. dans le sens du diamètre antéro-postérieur ; cependant les expériences faites à ce sujet sont contradictoires. D'après Broca il fallait soustraire deux unités à l'indice pris sur le vivant pour obtenir l'indice sur le crâne ; c'est encore l'opinion de Stieda et de Houzé , tandis que Mantegazza et Weisbach préconisent la réduction de trois unités et d'autres (Virchow et Topinard) n'en n'admettent aucune. La question reste ouverte et jusqu'à nouvel ordre il vaut mieux donner les indices sur le crâne et sur le vivant, tels quels, sans réduction et de ne comparer que les crânes avec les crânes et les mesures sur le vivant avec les mesures sur le vivant. J. Deniker.
BiBL. : P. Broca, Instructions générales pour les recherches anthropologiques à faire sur le vivant; Paris, 1879, in-16, 2« éd. — P. Topinard, Instructions anthropométriques pour les voyageurs-^ Paris, 1885, in-8; et dans la Revue d'Anthropologie, 1885, p. 397.
CÉPHALON, historien grec, auteur présumé d'un ouvrage intitulé Tpwtxa (Dion. Hal., Arch. Rom.^ I, 72).
CEPHALONIE (Géogr.) (grec mod. Kefalo7iia, l'ancienne Cephallenia). La plus grande des îles Ioniennes, sur la côte 0. de la Grèce, au large du golfe de Patras, séparée du Péloponnèse par un détroit large de 39 kil. Elle a 805 kil. q. ; 68,321 Iiab. (en 1879), soit 85 hab. par kil. q. Sa plus grande longueur est de 54 kil. du N. au S.-S.-E. Sa largeur est très inégale à cause des baies qui découpent profondément son rivage ; les principales sont celles d'Argostoh (large de 46 kil.), de Samé et d'Assos. Le sol est calcaire (à hippurites), par suite assez rocheux dans les montagnes, très sec, sans cours d'eau permanent, mais avec de bonnes sources, et fertile surtout en vignes, en olives, en céréales, en fruits et aloés, manne, etc. L'île est parcourue du N.-O. au S.-E. par les monts Elatovouni dont le point culminant, l'Ainos des anciens, atteint 1,620 m. Le climat est doux et tempéré, malgré les grandes pluies d'automne. Près d'Argostoh, sont des ruisseaux marins coulant vers les cavernes de l'intérieur et assez abondants pour faire tourner deux moulins. Au point de vue politique. File forme avec les îles voisines le nome de Gephalonie qui compte 1,100 kil. q. (dont Ithaque) et 81,000 hab. L'île comprend les trois éparchies de Kranaea, PaHi, Samé, avec vingt dénies. Le ch.-l. est Argostoli; les autres villes sont Liscuri et la vieille place d'Assos sur la côte N.-E. Les ruines anciennes sont rares, sauf dans les villes et sur le mont Elatovouni où l'on a retrouvé l'autel de Zens Aincsios. Nous avons indiqué les produits agricoles ; la population très laborieuse a mis en valeur tous les terrains cultivables ; elle en tire surtout de l'huile, du vin et des raisins secs (9 1/2 millions de kilogr. en 1885) ; les chèvres et les moutons sont assez nombreux. Le commerce maritime représentait, en 1885, un mouvement de onze cent trenteneuf navires et 403,000 tonnes. Les insulaires sont
d'excellents marins. Beaucoup se louent en Morée au temps de la moisson ; on les paie en nature. Les femmes travaillent aux champs, font de la poterie, des tapis, etc.
Histoire. — L'île de Gephalonie n'a pas joué grand rôle dans l'histoire grecque. Au temps homérique, elle est présentée comme dépendant du royaume d'Ulysse et gouvernée par des vassaux. Plus tard, elle forme une tétrapole ; les quatre cités qui se la partagent sont : Pronnos et Same à l'E., Kranioi (près d'Argostoh) et Pale (près de Liscuri) à l'O. La principale était Same qui portait le même nom qui avait désigné l'île, au temps le plus ancien. Au v^ siècle, Gephalonie lit partie de la Gonfédération maritime athénienne ; ,au iii^ siècle, de la Ligue étoHenne. En 189, M. Fulvius la conquit et les Romains l'annexèrent à la province d'Epire. Dans la décadence du Bas-Empire, elle devint à peu près indépendante; en 1224, Gajo la donna aux Vénitiens. En 1479, les Turcs s'en emparèrent; Antonio la reconquit, mais fut désavoué et les Vénitiens rendirent l'Ile aux Turcs ; en 1500, on la leur reprit de nouveau, et les Vénitiens la conservèrent; cependant, en ^571, les Turcs reparurent ; en 1595, on bâtit la forteresse d'Assos pour servir de refuge aux habitants. Geux-ci furent encore victimes des tremblements de terre de 1766 et 1767. Depuis le xviii^ siècle, Gephalonie suivit la destinée des îles Ioniennes (V. ce mot), passa successivement aux mains des Français, des Russes, des Anglais et fut réunie, en 1863, au royaume de Grèce.
CÉPHALOPAGE (Tératol.) (V. Grâniopaoe).
CÉPHALOPELTIS (Erpét.). Genre proposé par Millier, pour un Lacertilien de la famille des Amphisbœnidœ et qui n'a pas été accepté par les erpétologistes. Il est aujourd'hui considéré comme synonyme de Lepidosternon (V. ce mot). Tous les auteurs ont en cela accepté l'opinion de Duméril et Bibron, auxquels nous empruntons les raisons qui les ont guidés dans leur appréciation. « Le genre Lepidosterne, disent ces savants, a été créé par Wagler pour un animal qu'il a fait connaître sous le nom de Lepidoslernon microcephaliim. Nous y réunissons deux autres espèces dont l'une est celle qui a été décrite par Hemprick, en 1817, comme un Amphisbènc auquel il avait donné le nom de Scutigère et dont plus récemment Millier a fait le type d'un genre particulier qu'il a désigné sous le nom de Cephalopeltis. Les caractères sur lesquels reposerait l'établissement de ce genre étant exclusivement tirés des différences existant entre les os de la tête du Cephalopeltis Cuvieri de MiiUcr et ceux du Lepidosternon niicrocephalum sans qu'il en résulte aucune modification notable dans l'organisation externe de l'animal, nous n'avons pas cru devoir accepter la division générique de Muller. » La manière de voir de Duméril et Bibron est, nous le répétons, universellement admise aujourd'hui ; le genre Cephalopeltis doit donc tomber en synonymie de Lepidosterno7i. Rocher.
CÉPHALOPHE (V. Antilope).
CEPHALOPHORA (Malac). De Blainville {Traité de malacologie^ 1825) emploie ce terme pour désigner les animaux mollusques pourvus d'une tête distincte, nettement séparée du corps. Dans la pensée de son auteur ce mot devait remplacer le vocable Cephalés^ alors généralement admis, mais depuis remplacé par l'expression plus exacte de Gastéropodes (V. ce mot). J. Mabille.
CÉPHALOPODES. I. Zoologie. — La première classe des Mollusques, comprenant des animaux à tête très distincte, pourvus de deux grands yeux latéraux, de huit ou dix bras disposés en cercle autour de la bouche et d'un pied sous forme d'entonnoir. La cavité palléale développée à la face postérieure ou inférieure du corps renferme de chaque côté une ou deux paires de branchies, l'anus et l'orifice génital. Les bras groupés par paires autour de la bouche servent à l'animal d'organes de reptation et de natation, ce sont eux, encore, qui saisissent leur proie et l'amènent à la bouche : ils portent sur leur face interne des ventouses nommées cupules, disposées en séries longitudinales ou
CEPHALOPODES
des crocliets ; chez certaines espèces les bras sont réunis par une membrane formant en avant de la bouche un vélum. L'entonnoir, d'après Leuckart et Huxley, représente le pied ; il est situé sur la face ventrale et fait saillie en dehors. Il affecte la forme d'un tube cylindrique rétréci en avant ; sa base large communique avec la cavité palléale : sa fonction consiste à expulser l'eau introduite pour la respiration, les excréments et les produits sexuels. Il est éga-
Loligo Yulgaris L. (bras et bouche).
lenient chargé de concouiir à la locomotion, la conti'action des parois du manteau, en expulsant par l'entonnoir les matières contenues dans sa cavité, produisant un choc en retour qui rejette l'animal en arrière. Le système nerveux se distingue de celui des Gastéropodes par la concentration et la grosseur des ganglions ; connue pour ces derniers, on trouve trois groupes de ganglions ; ils sont réunis en une masse traversée par l'œsophage et plus ou moins enveloppée par le cartilage céphalique. Chez les Acétabulifères, la masse nerveuse se distingue en portion sus-œsophagienne et en portion sous-œsophagienne ; cette dernière, bien plus développée, est réunie à la première par deux paires de connectifs. L'extrémité postérieure du connectif postérieur et le bord latéral inférieur de la portion sus-œsophagienne donnent, naissance au nerf optique. Ce nerf, peu développé mais volumineux, se renfle en un gangHon optique, dont le pédoncule porte un petit ganglion donnant naissance au nerf de la fossette olfactive, située derrière l'œil. Les nerfs buccaux supérieur et inférieur sont réunis entre eux et avec le cerveau. Les yeux rappellent par leur organisation ceux des Vertébrés. Le bulbe oculaire est placé dans un orbite, il est enveloppé par une capsule, mince et transparente en avant et représentant la cornée, cette dernière peut manquer ; dans certains cas, elle est percée d'une ouverture par laquelle l'eau pénètre et vient baigner le bulbe. Le bulbe est composé d'une lame interne cartilagineuse et d'une membrane externe pigmentaire presque entièrement vasculaire, d'un cristallin contenu dans un corps ciliaire, et protégé par un diaphragme. La bouche est située au milieu des bras ; elle se ti'ouve entourée par un repli cutané formant une sorte d'anneau qui peut être considéré comme une lèvre. Les mâchoires, au nombre de deux, une supérieure et une inférieure, ressemblent à un bec de perroquet. La langue est armée de papilles dures, cornées, aiguës plus ou moins développées. L'œsopbage est souvent grêle et simple, d'autres fois, avant d'arriver à l'estomac, il se dilate en forme de jabot ; l'estomac, de forme arrondie, a ses parois épaisses, tapissées en dedans d'un revêtement offrant des plis longitudinaux et parfois des
l'.lîAMJE EXiYCLOrÉDlK. — IX.
villosités. Les organes de la respiration sont au nombre de deux ou de quatre ; ce sont des branchies lamelleuses placées dans la cavité du manteau et sur les côtés, elles sont baignées par un courant d'eau constamment renouvelé, pénétrant dans la cavité respiratoire par la fente qui existe de chaque côté de l'entonnoir : l'eau pénètre en arrière jusqu'aux branchies, elle ressort par l'entonnoir, les fentes parallèles se trouvant alors fermées par deux ventouses situées à la base de celui-ci. L'appareil circulatoire est composé d'artères et de veines communiquant les unes avec les autres au moyen d'un réseau capillaire très riche. Le cœur est très volumineux ; placé à l'extrémité postérieure du sac viscéral, il reçoit latéralement autant de veines branchiales que l'animal possède de branchies ; l'extrémité de ces veines est contractile. En avant, naît du ventricule une grosse artère distribuant des branches au manteau, au tube digestif, à l'entonnoir ; arrivée à la tête, elle se divise en différents troncs qui atteignent les yeux, la tète et les bras; partant également du cœur, une autre artère viscérale postérieure dessert les parties inférieures du tube digestif. Les réseaux capillaires existant dans tous les organes se déversent en partie dans les sinus veineux, en partie dans les veines, et ces dernières aboutissent à une veine cave située près de l'aorte. La veine cave se divise en deux branches (par exception le genre Nautile en présente quatre), qui portent le sang dans les branchies; elles sont désignées sous le nom de veines afférentes ou à' artères branchiales^ tandis que les veines branchiales, distinguées par le nom de veines branchiales afférentes, ramènent le sang des branchies dans les oreillettes du cœur. Les veines branchiales afférentes présentent, avant leur entrée dans les branchies, des renflements musculaires pulsatiles : ces renflements sont nommés cœurs branchiaux. Les organes urinaires, placés sur les côtés de l'ab domen, débouchent dans la cavité palléale ; ce sont des masses spongieuses, en forme de grappes, fixées sur les altères branchiales. La foche à encre, ou poche du noir, est un sac piriforme, débouchant au dehors avec l'anus, rejetant, lorsque l'animal est inquiété, un liquide d'un noir intense, au milieu duquel il disparaît. -— Les Céphalopodes sont dioïques ; les mâles diffèrent des femelles non seulement par leur forme générale, mais encore par la taille et par l'organisation des bras, dont l'un, complètement transformé, concourt à la fécondation. L'ovaire est impair, situé dans une poche péritonéale, laquelle reçoit les œuis ; elle communique par des canaux aquifères avec les sacs urinaires ; les œufs arrivés à leur maturité descendent dans la capsule péritonéale, laquelle communique par un oviducte, tantôt double, tantôt simple, avec la cavité du manteau ; l'oviducte possède une glande de l'albumine de forme globuleuse ; dans quelques groupes existent, en outre, deux grosses masses glandulaires formées par de nombreux feuillets, ce sont les glandes nidamentaires, débouchant près de l'orifice génital : elles ont pour fonction la sécrétion d'une substance visqueuse, destinée à envelopper les œufs et à les maintenir réunis ensemble. L'appareil génital mâle comprend une glande génitale impaire formée par de lon^s tubes cylindriques ; elle est enveloppée par une poche péritonéale dans laquelle débouche le canal extérieur commun des tubes ; à gauche, sur le côté de cette poche, prend naissance un conduit extérieur très long, pelotonné, se distinguant en un canal déférant, grêle et contourné sur lui-même, en une portion glandulaire élargie en vésicule séminale ; enfin une glande prostatique, munie d'une poche complémentaire, d'un sac à spermatophores, nommé poche de Needham, débouchant dans la cavité palléale. — Les Céphalopodes s'accouplent, les deux individus se fixant l'un à l'autre par les ventouses de leur bras, de telle sorte que les orifices des deux entonnoirs se trouvent vis-à-vis l'un de l'autre ; alors les spermatophores viennent daiis la cavité palléale et vers l'orifice génital de la femelle au moyen d'un bras du mâle modifié d'une façon spéciale et portant le nom àliectocoiyle. Dans certains
CEPHALOPODES
cas, rhectocotyle devient un véritable appareil copulateur ; il se remplit de spermatopliores, se détache du mâle et transporte les semences dans l'intéiùeur de la cavité palléale de la femelle.
Les Céphalopodes sont tous, sans exception, des animaux marins ; les uns habitent la haute mer, ordinairement dans les mers chaudes, bien qu'un certain nombre d'espèces soient spéciales aux mers boréales ; les autres se tiennent auprès des côtes. Les Céphalopodes ont été connus dès l'antiquité la plus reculée : mais à côté d'observations très exactes, l'imagination s'est emparée de ces formes singulières pour les représenter comme des êtres très dangereux, doués d'une taille gigantesque, d'une force à laquelle nul^ne pouvait résister ; les observations scienti-
fiques renouvelées à plusieurs reprises nous peimettent actuellement de rejeter ces histoires peu vraisemblables. Les Céphalopodes se divisent en deux grands ordres : les AcÉTABULiFÊRES (d'Orbiguy, 4834). Cette division a encore reçu les noms de Dibranchiata (Owen, 4838); Cryptodibranchiata (Blainville, 4844); Anosteophora et Sepiaphora (Cray, 4824). A cette division des Acétabuliières correspondent encore les termes de Sepiacea et de Sepiolea employés par Lamarck en 4809 et en 4842. Cet ordre a pour caractères un corps en forme de sac ouvert en avant, plus ou moins volumineux, de forme variable, avec ou sans nageoires ; deux branchies seulement symétriques, placées à droite et à gauche dans la cavité respiratoire, laquelle [occupe [la ^face inférieure ou ventrale de
Céphalopodes.
l'animal ; un tube locomoteur entier et une poche à encre. Tous les animaux de cet ordre sont bons nageurs. La circulation du sang se trouve activée par des cœurs branchiaux. Le système nerveux est très concentré ; les bras sont garnis de ventouses, parfois charnues, parfois enveloppées par des cercles cornés à bord Hsse, denticulé, ou présentant la figure d'une griffe. La ventouse a la forme d'une cupule ; elle est attachée au bras par des fibres musculaires ; à son intérieur existe un disque percé au centre, muni de phs rayonnes ; le disque sert de limite à une fossette dans laquelle se trouve un tubercule pouvant s'avancer jusqu'à Fouverture du disque et servant à produire le vide. Les mandibules du bec sont cornées. Une coquille toujours interne ; un seul groupe fait exception, les Argonautes (V. ce mot). Lorsque la coquille est pourvue de loges aériennes, la loge initiale est globuleuse, simple et munie d'un petit cœcum siphonal calcaire. — J^es Acétabulifères sont divisés en deux sous-ordres : 4oles Octopoda, à corps bursiforme, arrondi ou ovoïde, portant huit bras garnis de ventouses. Ils sont dépourvus de coquille interne ; les yeux, relativement petits, sont munis de paupières pouvant se fermer ; le manteau est uni à la tète et l'entonnoir est dépourvu de valvules. A ce groupe appartiennent les genres Odopus, Cirroteidhis^ Eledona, Argonaute, etc, (V, ces mots); 2° les DecapoIja, à corps oblong ; quatre paires de
bras sessiles et une paire de bras tentaculaires, allongés, terminés par une partie renflée nommée massue ; ventouses pédonculées, armées d'un cercle corné ou de griffes; bouche entourée d'une membrane parfois lobée et portant des ventouses ; bec corné ; une paire de nageoires latéro-dorsales ou latérales; glande nidimentaire développée ; un des bras sessiles ou deux modifiés pour l'accouplement ; une coquille interne cachée au milieu de la région dorsale. Cette coquille, lorsqu'elle est cornée, complètement homogène, porte le nom de Gladins ou de Plume ; si elle est constituée par une plaque poreuse, calcaire, elle prend le nom de Sepion ; dans d'autres cas, la coquille est complète, constituée par des loges aériennes et pourvue d'un siphon. Les genres qui appartiennent à ce second groupe, sont les suivants : Cranchia, Loligopsis^ Onychoteuthis, Ommastrephes^ Mouchexia, Loligo, Sepia, etc. (V. ces mots). Le deuxième ordre des Céplialopodes pw^te le nom de Tentaculifères (d'Orbigny, 4834). A ce même groupe se rapportent les dénominations de Tetrabranchiaia (Owen, 4838), et de Céphalopodes multiloculaires etpolythames employées par Lamarck en 4807 et en 48i2. Les espèces de ce groupe, très nombreuses à l'état fossile, ne sont actuellement représentées que par le seul genre Nautile (V. ce mot). Les Céphalopodes tentaculifères se distinguent par un animal contenu en entier dans sa coquille , dépourvu
CÉPHALOPODES — CÉPHALOPTÈRE
de bras, lesquels sont remplacés par des tentacules pouvant se rétracter dans des gaines entourant l'orifice buccal et formant à la face ventrale de l'entonnoir deux cercles ininterrompus et concentriques. Les gaines des bras supérieurs forment une large calotte, laquelle enveloppe la tête de l'animal lorsqu'il s'est retiré dans sa demeure. L'organisation anatomique offre les particularités suivantes : le cartilage céphaliquc ne forme pas un anneau complet, il est constitué par une lame affectant une forme quadrilatère dont les angles sont prolongés, et sur laquelle reposent les parties centrales du système nerveux. Les yeux sont pédoncules, dépourvus de cristallin. L'entonnoir est constitué par une lame enroulée dont les bords sont libres; les branchies sont au nombre de quatre ; les cœurs branchiaux font défaut. Les espèces de ce groupe habitent la haute mer et en particuHer l'océan Pacifique. J. Mabille.
II. Paléontologie. — Des deux ordres de la classe des Céphalopodes, les Télrabranches, réduits aujourd'hui au seul genre Nautile, sont de beaucoup les plus importants au point de vue paléontologique, ce qui tient peut-être à la fossilisation facile de leur coquille externe. Les six à sept cents espèces de Nautilides et d'Anmionites que l'on connaît dans les couches géologiques, relèguent au second plan les Dibranchcs à coquille interne ou dépourvus de coquille, qui sont au contraire beaucoup plus nombreux comparativement à l'époque actuelle. Ces derniers sont aussi plus récents, puisqu'ils ne datent que du trias, tandis que les Tétrabranches remontent au silurien le plus ancien, atteignent leur entier développement à l'époque jurassique et ne dépassent pas la fin du crétacé (ou le début de l'époque éocène), à part l'unique genre encore vivant Natitihis, — Les Nautiloïdes apparaissent les premiers dans le cambrien de Trémadoc (pays de Galles), où ils sont très rares {Cyrtoceras prœcox, Orthoceros sericemn) ; mais dès le silurien inférieur on les compte par centaines. C'est dans le silurien supérieur qu'ils atteignent leur apogée (plus de mille espèces rien qu'en Bohême), car ils diminuent dans le dévonien et le carbonifère, et Orthoccras est le dernier à s'éteindre dans le trias, le genre Nautilus ayant seul traversé les |)ériodes suivantes jusqu'à l'époque actuelle. Ce dernier genre a son apogée du trias à l'éocène. — Au pohit de vue phylogénétique on admet que les types à coquille enroulée sont dérivés de types à coquille droite comme Orthoceras, qui dominent en effet dans les couches les plus anciennes (cambricn, silurien), et prennent facilement la courbure simple de Cyrtoceras, 11 est prouvé que beaucoup de Nautiles enroulés en disque ont passé, dans leur jeune âge, par un stade Cyrtoceras ou Gyroceras, et Hyatt a essayé d'appliquer cette donnée à la classification phylogénétique du groupe.
Les Ammonites (V, ce mot) sont deux fois plus nombreuses que le groupe précédent (quatre mille espèces), et l'on peut dire que si les Nautiloïdes sont Paléozoïques, les Ammonites sont Mésozoïques et toutes éteintes depuis le commencement du tertiaire. Los Goniatites et les Clyménies à suture simple sont les plus anciens représentants de ce type, et en même temps ceux qui diffèrent le moins des Nautiloïdes. Toutes ou presque toutes les Ammonites dévoniennes et carbonifères sont, comme ces deux genres, des llétrosiphonés. Il est probable que les Annnonites proprement dites dérivent des Goniatites paléozoïques, et l'on voit chez beaucoup de types triasiques comment la coquille rétrosiphonée s'est transformée en prosiphojiée, les jeunes de ces espèces ayant d'abord les goulots siphonaux dirigés en arrière, puis ces goulots reculant peu à peu et finissant par être dirigés en avant. De même, on sait que toutes les Ammonites ont d'abord des sutures simples comme celles des Goniatites ; enfin la progression du syphon du milieu vers l'extérieur s'observe chez de jeunes Goniatites et Ammonites. Tous ces faits sont en faveur d'une dérivation des Nautiloïdes, La distinction des espèces entre elles est très difficile chez les Ammonites qui paraissent ne pi-ésenter (pie [des séries de foiniés (pii se
groupent assez naturellement suivant leurs rapports phylogénétiques, au point que Léop. de Buch les réunissait toutes en un seul genre {Ammonite) partagé en familles qu'il distinguait seulement par des adjectifs. Les Ammonites ont dû jouer un rôle considérable dans les mers de l'époque mésozoïque : la coquille de certaines d'entre elles dépasse les dimensions des plus grands bivalves actuellement connus, et l'animal qui habitait de semblables coquilles devait presque égaler en force les grands Céphalopodes nus des mers actuelles.
Les Dibranches {Belemnites et Belemnoteuthis) apparaissent pour la première fois dans le trias ; tous les types de cette époque sont des Phragmophora. Les Choîidrophora à poche à encre se montrent dans le lias et le jurassique supérieur. Quant aux formes totalement dépourvues de coquilles, on ne peut rien affirmer à leur sujet, leur enq}reinte ne pouvant s'être conservée que dans des circonstances tout à fait exceptionnelles. On ne sait si les Belemnites doivent être considérées comme dérivées de certains Tétrabranches {Orthoceras ou Bactrites) ou de quelque forme archaïque sans coquille. Ce type attemt son apogée dans le bas, puis décroît dans le jurassique supérieur et le crétacé. Le tertiaire montre encore quelques genres attardés {Bayanoteuthis , Beloptera Spiruhrostra), et Spirida e§t, à l'époque actuelle, le dernier représentant, très modifié, des Phragmophora, Quant aux Sepiophora (Seiches), ils dérivent très vraisemblablement des Phragmophora, Enfin, les Chondrophora se sont beaucoup moins transformés; les types actuels pourvus d'une poche à encre doivent différer fort peu de leurs ancêtres basiques et jurassiques : la plume seule montre de légères différences (V. Ammonite ft Bélonite). ^ E. Trouessart.
CEPHALOPTERE. I. Ichtyologie. —Genre de Poissons Chondroptérygiens-Batoïdes, de la famille des Cephalopteridœ, ayant pour caractères un corps déprimé, à peau à peu près complètement lisse, une queue grêle,' effilée, armée d'un aiguillon dentelé sur ses bords; une tète large, portant de chaque coté une expan-^
Copiialoplcra Rochebruni Vaill.
sion enroulée en forme de coniet et simulant une paire de cornes ; une nageoire dorsale placée au-dessus des ventrales. Les Céphaloptères habitent les mers tropicales ; une seule forme se rencontre dans la Méditerranée, c'est le Cephaloptera Giorna Lacép. connu sous le nom de Raie cornue ou Diable de mer; elle atteint 2 m. de long; d'après Risso, sa coloration est d'un bleu d'indigo avec reflets glauques et violets en dessus ; le ventre est d'un blanc mat.
Nous figurons une forme remarquable que nous avons découverte en Sénégambie ; l'exemplaire type, que M. le professeur Vaillant a bien voulu nous dédier, est déposé dans les galeries du Muséum, et provient de la côte de
CEPHALOPTÈRE — CÉPHALO-RACHIDIEN
— wn —
Guet N'Dar, où il a été péché dans les brisants. Tout le disque est, à la partie dorsale, d'un bleu d'outre-mer foncé avec une teinte rousse suivant une bande médiane ovalairement élargie en avant ; les nageoires ventrales sont de cette même teinte rousse qui s'étend sous la queue, dont les parties supérieures et latérales sont noirâtres ; la partie inféro-externe des prolongements céphaliques est d'un bleu pur, l'iris jaune d'or. Le Cephaloptera Hochebruni, très rare, comme nous l'avons dit, est considéré par les nègres comme un animal nuisible. Ils ne le mangent pas. Rochbr. II. Ornithologie. — Les oiseaux du genre Céphaloptère (Cephalopteriis Geoff. Saint-Hil., Ann, du Mus.^ 1809,
Ceplialopterus ornatus Geoff.
t. XIII, p. ^ï^o), qui appartiennent à la famille des Cotingidés (V. Cotinga), sont ainsi appelés parce qu'ils ont sur la tète une sorte de cimier formé par des plumes ércctiles et recourbées en avant. Ces plumes qui, à l'état de repos, sont rabattues en arrière et laissent voir leurs tiges blanches, se redressent quand l'oiseau est excité et, en se juxtaposant, forment par leurs extrémités recourbées une sorte de dôme qui abrite la partie supérieure de la tète et la base du bec, et qui a valu aux Céphaloptères h nom Sin^his à' Umbrella Birds (oiseaux à parapluie). L'aspect bizarre de ces Cotingas est encore exagéré par la présence sur la gorge d'un appendice tantôt dénudé et terminé seulement par un bouquet de poils, comme chez les Cephalopterus glabricollis (Gould), tantôt complètement revêtu de plumes imbriquées comme chez les Cephalopterus ornatus (Geoff.) et penduliger (Sclat.). Dans cette dernière espèce, la pendeloque ne mesure pas moins de 45 centim. de long. Abstraction faite de ces ornements singuliers, les Céphaloptères ressemblent à des Corbeaux par la taille, par les formes générales et par la couleur du plumage qui est d'un noir brillant à reflets bleus. Ils ont les pattes fortes, les ailes pointues, la queue longue et un peu arrondie, le bec robuste, déprimé à la base, muni en-dessus d'une carène arrondie et terminé par un léger crochet.
Les Céphaloptères ne se rencontrent que dans certains districts de l'Amérique centrale, de la Guyane, du Brésil, du Pérou et de l'Equateur, et se tiennent de préférence, iinon exclusivement, sur les îlots boisés qui parsèment le cours des grands fleuves. Ils sont essentiellement arboricoles et se nourrissent de fruits auxquels ils joig^nent parfois des insectes et des araignées. Le soir et le matin, ils poussent des cris retentissants qui rappellent tour à tour le son d'une flûte ou le mugissement d'un bœuf, aussi une espèce de ce genre a-t-clle été appelée Piper-BM (oiseau-
flùteur) par les colons anglais de la Guyane, et Toropisfier (oiseau-taureau) par les Indiens du Pérou. Ailleurs, cette même espèce, le Céphaloptère orné, porte le nom indien (TUéranimbé. D'après les renseignements recueillis par Wallace, ces Cotingidés construisent sur les arbres des nids grossiers avec des baguettes entrelacées. E. Oustalet.
BiBL. : 1° Ichtyologie. — Sauvage, dans Brehm, éd. franc. — De Rochebru.ne, Faune de la Sénégambie, Poissons. — L. Vaillant, dans Bull. Soc. Philom.; Paris,
2" Ornithologie. — Vieillot, Galerie des Oiseaux, t. I, p. 179 et pi. 114. — Temminck, PL Col, 225. — Wallace, Proceed. Zool. Soc. Lond., 1850, p. 20(3. — Ph.-L. ScLATER, Ihis, 1859, p. 111 et pi. 3, et Cat. B. Brit. lihis., 1888, t. XIV, p. 398.
CEPHALOPTERID^E. Famille de Poissons Chondroptérygiens-Batoïdes, dont le cara(îtère principal réside dans la disposition des nageoires pectorales; ces nageoires s'avancent de chaque côté de la tète et forment à droite et à gauche une sorte de corne contournée en cornet ; les yeux sont situés latéralement, les mâchoires portent de petites dents, disposées sur plusieurs rangs, d'aspect cordiforme ou triangulaire, à côtés ceintrés, à bord antérieur droit, tranchant ou festonné et légèrement denticulé. La famille des Cephalopteridœ comprend un nombre restreint de formes, atteignant en général de fortes dimensions. Propres aux mers tropicales, c'est exceptionnellement qu'on les rencontre dans la Méditerranée. (Quelques-unes ont été pêchées exceptionnellement aussi sur les côtes d'Angleterre. Rochbr.
BiBL.: C. et V., Jfisi. gén. des Poissons. — Sauvage, dans Brehm, Poissons, éd. française.
CÉPHALO-RACHIDIEN (Liquide). Masse liquide, encore désignée sous les noms de liquide araclmoïdien , sous-arachnoïdien, cérébro-spi?ial, etc., qui baigne l'encéphale et la moelle épinière, et a été pour la première fois bien observée par Cotugno. Ce liquide a son siège dans le tissu conjonctif sous-arachnoïdien, et l'épaisseur de la couche varie selon la distance qui sépare l'arachnoïde de la substance nerveuse ; c'est à la base du cerveau que le liquide se présente en plus grande abondance ; Magendie a donné le nom de confluents aux espaces sous-arachnoïdiens dans lesquels le liquide s'accumule en plus grande quantité. Tous ces confluents communiquent entre eux ; de plus, le liquide cérébro-spinal accompagne les nerfs rachidiens jusqu'aux trous de conjugaison et les nerfs crâniens jusqu'à leur sortie du crâne. Les ventricules cérébraux renferment également un liquide qui communique probablement avec le liquide céphalo-rachidien ; cependant la question est encore controversée. — Le fluide céphalo-rachidien est un liquide limpide, transparent, incolore ou légèrement teinté en jaune citron ; sa réaction est alcaline, sa densité inférieure à celle du sérum du sang, sa composition identique avec celle du liquide de l'hydrocéphale et de l'hydrorachis. Parmi les nombreuses analyses de ce liquide, bornons-nous à citer celle de F. Hoppe :
Eau 98,74
Matières solides .... i,25
Albumine 0,16
Matières extractives . . ) a ay Sels inorganiques ... ^ ^'^^* De plus, le liquide cérébro-rachidien paraît contenir un peu de sucre. En résumé, la composition qualitative de ce liquide est analogue à celle du sérum, mais la composition quantitative en diffère en ce que l'albumine est réduite au soixantième ou au centième de ce qu'elle est dans le sérum, tandis que le chlorure de sodium est porté au double et que l'eau est augmentée dans des proportions sensibles. Ces différences sont utiles à connaître lorsqu'il s'agit de déterminer la nature du liquide qui s'écoule dans certains traumatismes du crâne ou de la face. — Le liquide céphalo-rachidien résulte d'une transsudation des capillaires artériels. Sa quantité varie normalement, chez l'adulte, entre 60 et 450 grammes, (iuant au rôle physiologique du liquide céphalo-rachidien,
CEPHAI^O-RACHIDIEN — CÉPHATOTRIPSIE
les expériences de Magendie ont établi qu'il est soumis à un mouvement de translation continu, à un flux et à un reflux incessant du crâne dans le canal rachidien et vice versa^ coincidant avec les mouvements respiratoires. C'est un liquide de remplissage destiné à combler les vides qui séparent les centres nerveux de leur enveloppe osseuse ; il répartit uniformément et presque instantanément la pression sur les centres nerveux et en atténue les effets fâcheux, et permet à la colonne vertébrale de se mouvoir sans comprimer la moelle ; il amortit les chocs qui pourraient devenirfunestes pour les centres ; aussi Foltz lui a-t-il donné le nom pittoresque de ligament snspenseur du cerveau.
Au point de vue de la pathologie, l'écoulement du liquide céphalo-rachidien par certains orifices fournit un indice précieux pour le diagnostic de certaines fractures de la boîte crânienne (V. CrAne). La quantité de ce liquide augmente dans certains états pathologiques tels que 1'%dr acéphale et Vhydrorachis (V. ces mots). Enfin, on a attribué à une répartition vicieuse du liquide céphalo-rachidien la production du mal de mer (V. ce mot) ; c'est là une simple vue de l'esprit que rien n'est venu confirmer.
Dr L. Hn.
CEPHALOTHRIX (Zool.). Genre de Némertiens, créé par Oersted en 1844, et devenu le type d'une famille spéciale du sous-ordre des Anopla ou Némertiens inermes. C. bioculata Oersted vit dans la vase du httoral des mers d'Europe ; C, galatheœ Dieck se tient sur les Crustacés- Macroures du genre Galathea^ grâce à des organes de fixation particuliers (V. Némertiens). R. Bl.
CÉPHALOTRIBE Le céphalotribe est un instrument destiné à broyer la tête des fœtus lorsque l'accouchement ne peut se faire naturellement, soit à cause du volume excessif de cette tète, soit par suite d'un rétré-
Fig. 1. — Céphalotribe de Beaudelocque.
cissement du bassin. Le céphalotribe a été imaginé par Baudelocque neveu vers 1829. On voit figuré ci-dessus (fig. 1) ce premier instrument qui se compose de deux solides tiges d'acier articulées et disposées de façon à constituer une sorte de pince que l'on peut serrer à l'aide d'une manivelle. Ce céphalotribe, volumineux et d'une application difficile, n'a pas tardé à subir d'importants perfectionnements auxquels se rattachent les noms de Bailly, Blot, Cazeaux, Chailly, Depaul, Penard et Tarnier. Le céphalo-
Fig. 2. — Céphalotribe de Tarnier.
tribe de Tarnier représenté dans la fig. 2 est l'un des modèles les plus usités. Les cuillères en sont coudées, concaves et fenètrées ; elles portent de plus à l'intérieur une série de stries destinées à mieux fixer la tête fœtale. Le rapprochement des branches ne se fait plus, comme dans l'instrument de Baudelocque (fig. 1) par l'intermédiaire d'une manivelle encombrante ; une vis à larges filets est articulée sur la branche gauche du céphalotribe et elle peut s'engager par un mouvement de circumduction dans une mortaise de la branche droite ; il suflTit alors d'agir sur le petit volant qui est fixé sur la vis pour broyer lentement quoi- ((u'avec force la tète fœtale qu'on veut réduire. On trouvera dans les recueils spéciaux la description des divers céphalotribes imaginés par d'autres accoucheurs. Ils reposent tous sur le même principe et diffèrent par suite assez peu du précédent. (Pour l'emploi et les indications du céphalotribe, V. Céphalotripsie.) D^' Alphandéry.
CÉPHALOTRIPSIE (Chir.). La céphalotripsie est une opération chirurgicale qui a pour but de diminuer le volume de la tête fœtale par l'écrasement des os du crâne, dans les cas où l'accouchement normal est impossible. Lorsqu'il est nécessaire de recourir à cette intervention, on doit installer la malade sur le bord de son lit, les jambes écartées, comme si l'on devait faire une application de forceps (V. ce mot). La tête du fœtus étant solidement fixée par un aide à travers les parois de l'abdomen, on applique alors successivement chacune des branches du céphalotribe sur les côtés de la tête de l'enfant (V. Céphalotribe) ; on articule, et si l'on a fait précéder cette première opération de la perforation du crâne, il suffit de serrer la vis de l'instrument pour voir la pulpe cérébrale s'échapper au dehors à chaque tour. On continue jusqu'à ce que le rapprochement des branches indique que le crâne est suffisamment aplati. Ce premier temps exécuté, on fait enfin l'extraction du fœtus en tournant la concavité du céphalotribe soit à droite, soit à gauche de façon que la partie ix'duiteàoi la tête se trouve dans le sejis rétréci du bassin. Il est d'usage de faire précéder la céphalotripsie de la perforation du crâne et d'exercer ensuite des tractions. M. le professeur Pajot a proposé de modifier l'opération en supprimant la perforation et en broyant successivement la tête dans différents sens. Dans ce cas, il n'est nullement nécessaire de faire des tractions, car l'expulsion du fœtus se fait naturellement par les seules contractions de l'utérus. Ce procédé est moins rapide que le premier, mais il expose moins aux déchirures que déterminent quelquefois les fragments du crâne dans la méthode classique ; il est préférable d'y recourir toutes les fois qu'il n'est pas nécessaire d'agir promptement. Une fois que la tête est sortie, le passage du tronc peut être impossible ; dans ce cas, on réapplique le céphalotribe sur le thorax et on broyé les épaules comme on l'a fait pour la tête. La céphalotripsie peut se faire également lorsque le tronc de l'enfant est sorti d'à-
CEPHALOTRÎPSIE — CÉPHÉE
bord, si la tête de l'eiifaiit est retenue par le rétrécissement du bassin. Il est indiqué dans ce cas de faire d'abord la section du cou avec des ciseaux particuliers ; on opère ensuite le broiement de la tête à peu près comme précédemment. Le point important est de bien fixer la tête qui a une tendance à fuir au-devant des branches de l'instrument. C'est surtout dans les cas de rétrécissement du bassin que l'on a recours à la céphalotripsie. Cette opération est nécessaire, quand l'enfant est mort, toutes les fois que le bassin est suffisamment rétréci pour empêcher l'accouchement naturel, mais pas au point de rendre impossibles l'introduction et la manœuvre des branches de l'instrument. Si l'enfant est vivant, il y a lieu de distinguer : le bassin est-il peu diminué de calibre, il vaut mieux broyer la tète de l'enfant, cette intervention étant moins dangereuse pour la mère. Si le rétrécissement est au contraire de moins de 7 centim. on s'accorde à donner la préférence à l'opération césarienne qui augmente, il est vrai, les dangers de la mère, mais laisse f espoir de sauver l'enfant. Si le plus grand diamètre du bassin est de moins de 5 centim., il n'y a pas lieu de se demander si l'enfant est mort ou vivant, la céphalotripsie est impossible et l'opération césarienne s'impose. (Pour les indications de la craniotomie, de Vemhryotomie et de la symphyséotomie Y. ces mots . V. également Opération Césarienne et Bassin [rétrécissement]). D^ Alphandéry.
CEPHALOTUS. Genre de plantes, étabh par Labillardière (Spec. florœ Novœ Hollandiœ, II, p. 7, pi. 145), considéré d'abord par R. Brown comme le type d'une
Cephalotus follicularis Labill,
famille distincte, voisine des Renonculacées et des Rosacées, puis rapporté aujourd'hui par la plupart des botanistes à la famille des Saxifragacées, dans laquelle il constitue à lui seul le petit groupe des Céphalotées (V. II. Bâillon, HlsL des PL, III, pp. 337 et 409, fig. 378-381). L'unique espèce connue, C follicularis Labill., est une herbe vivace, dont le rhizome souterrain donne naissance à des feuilles de deux sortes, les unes elliptiques, entières, plus ou moins longuement pétiolées, les autres développées en forme d'urnes, garnies extérieurement de trois ailes longitudinales et pourvues chacune d'un large opercule à surface extérieure légèrement bombée ; ce qui leur a fait donner le nom de pitcher par les Anglais et celui de choppes par les horticulteurs belges et hollandais. De plus, l'orifice de chaque urne est garni, à son pourtour, d'un bourrelet saillant, pourvu en dedans et extérieurement de dents ou crochets résistants, acérés et recourbés vers l'in-
térieur. Du centre des feuilles s'élève une hampe dressée, haute de 30 à 40 centim. , chargée dans sa partie, supérieure de petites fleurs blanc-verdâtre, disposées en cymes bipares alternes, pourvues d'une bractée à leur base. Chaque fleur présente un réceptacle concave, sur les bords duquel s'insèrent un périanthe simple de six folioles libres et douze étamines, dont six alternes avec les divisions du périanthe et six plus petites, superposées à ces divisions. Le fruit est formé de six follicules brièvement stipités, renfermant chacun une seule graine pourvue d'un albumen charnu, à la base duquel est placé l'embryon. — Le C. follicularis se rencontre dans les marécages de FAmétralie austro-occidentale. On le cultive assez fréquemment dans les serres tempérées de l'Europe, à cause de ses curieuses ascidies. La structure, le mode de formation et le rôle physiologique de ces ascidies ont été étudiés en détails par plusieurs botanistes, notamment par M. A. Dickson (Journ. of Botany, ^'^ série, VU, 1883, p. 4) et par M. P. Maury, dans le journal le Naturaliste, 4887, p. 66. Ed. Lef.
CEPHALUS, fils d'Hermès et de Hersé, ou fils de Déion et de Diomédé, né à Thoricos en Attique. Epoux de Procris, fille d'Ereclithée, il fut enlevé par Eos pendant une chasse. Celle-ci, pour le détacher de sa femme, l'envoya vers elle déguisé en prétendant. Procris lui fit un accueil favorable, et saisie de honte quand il se fut fait reconnaître, elle se réfugia en Crète où elle chassa avec Artémis ; cette déesse lui donna une lance infaillible et un chien rapide comme le vent. Elle vint alors en Attique, se joignit, sans être reconnue, à Céphalus pendant une chasse. Celui-ci réussit à obtenir d'elle la lance et le chien, et lui promit son amour, qu'elle lui demanda en échange. Elle se fit reconnaître, ils se pardonnèrent leur infidéhté réciproque; mais comme dans sa jalousie contre Eos, elle suivait secrètement son mari à la chasse, elle fut tuée un jour, par inadvertance, d'un coup de la lance merveilleuse. L'Aréopage bannit Céphalus. Réfugié à Thèbes, il prit part à la guerre des Téléboïens, fonda le temple d'Apollon au promontoire de Leucade d'où il se précipita en expiation du meurtre de Procris. Quant au chien de Céphalus, Amphitryon l'emprunta pour poursuivre le renard insaisissable deTeumesse. Les deux animaux furent changés en pierre par Jupiter, durant cette chasse. Ovide a raconté l'histoire de Céphalus et de Procris dans le 7^ livre des Métamorphoses,
CEP H AS (V. Képhas).
CEPHEA (Cephea Pér. et Les.). Genre d'Animaux Cœlentérés, du groupe des Discoméduses, qui a donné son nom à la famille des Céphéides. Ce sont des Méduses pourvues de huit corpuscules marginaux, de quatre cavités sexuelles et de quatre bras buccaux courts, divisés en huit, puis en un plus grand nombre de rameaux, garnis de longs filaments et de capsules urticantes pédonculées. L'espèce type, C. octostyla Forsk., se trouve dans la mer Rouge. — Le Cephea polychroîna Pér. et Les., qui se rencontre assez communément dang la Méditerranée (golfes de Naples et de Messine), dans l'Adriatique et dans la mer Egée, fait partie du genre Cotylorhiza Ag., sous le nom de C. luhercidata A g. C'est le Médusa tiiber dilata de Macri, le Cassiopea borbonica de Délie Chiaje, et le Rhizostoma borbonicum d'Eschscholtz. (V. Carus, Prodr, Faunœ Mediterraneœ, 4884, p. 54.)
D»- Haiin et Ed. Lef.
CÉPHÉE. I. Mythologie. — Ce nom a été porté par plusieurs personnages de la mythologie grecque : \^ par Céphée, roi d'Ethiopie, fils de Bélos et d'Anchinée, époux de Cassiopée et père à' Andromède (V. ce nom) ; 2*^ par Céphée, père du roi d'Arcadie Lycurgue, un des chasseurs du sanglier de Calydon; 3<* par Céphée de Tégée, frère d'Amphidamas et de Lycurgue. Il prit part à l'expédition des Argonautes, et eut vingt fils qui périrent presque tous avec lui dans une expédition où ils suivirent Hercule.
— ii7r> —
CÉPHEE — GEPHUS
IL Astronomie. — Constellation boréale la plus rapprochée du pôle nord après la Petite Ourse, et située entre le Dragon , Cassiopée et le Cygne. Les trois principales étoiles a, Aldéramin, p, Alphirk et v, Errai, sont des tertiaires, 'formant un arc de cercle dont le centre est situé près de p Casstopée. La plus voisine du pôle, y, est appelée le genou, p est la ceinture, et « l'épmàe orientale. Trois étoiles de quatrième grandeur, un peu au S. des précédentes et très rapprochées, 8, s et ^, forment la Couronne de Céphée. Les coordonnées de la position moyenne d'à Céphée pour 4890 sont, d'après la Connaissance des Temps : Jl=2i^»15"^37«27 ; 0=4- ^'l'^TW'^ ; celles de p Céphée sont pareillement : iîlnr 2i^^27"^i4^26 ; D=:4-70H'3r^2. L. Barré.
. CÉPHÉNOMYIE {Cephenomyia Latr . ) . Genre d'Insectes Diptères, du groupe des Brachycères et de la famille des Œstrides. Voisines des Céphalémyies (V. ce mot), les Céphénomyies en diffèrent surtout par la trompe très petite et arrondie, le troisième article des antennes comprimé et la première cellule postérieure des ailes entr'ouverte à l'extrémité. Leurs larves, qui ont le même mode d'existence, se trouvent dans les fosses nasales, dans les sinus frontaux et maxillaires de certains mammifères. Des quatre espèces connues, le C. rufiharbis Meig. vit sur le cerf, le C. stimulator Bracy-Clarck sur fe chevreuil, le C, Ulrichii Brauer sur l'élan, et le C. trompe Modeer (Œstrus nasalis L. ; OE, tarandi Bracy-Clark) sur le renne, en Laponie. Ed. Lef.
CEPHESIAS- Lac antique décrit par Scylax. Il était voisin du Pontion, région habitée désignée par le Périple et caractérisée de nos jours par un assez grand nombre de tombes mégalithiques récemment découvertes. LeCephesias est actuellement recouvert par les vases du Tahedart et de Fouad Meharrar dans le bassin de Kaa er Remel, à environ 18 kil. S.-O. de Tanger, où il forme de vastes prairies marécageuses. On peut déterminer son périmètre par les dunes de formation ancienne d'El Briedj, de Haouara, par les escarpements de Cherf el Akab, les terrasses du pied des collines de l'Aïn Dàliya, les contreforts des monts des Béni Mçaouars (du Safe't el Hammam au plateau de l'Akbat el Hamra) et finalement par les plateaux d'El Gharbiya jusqu'à la pointe El Akouas (El Ras el Akouas). H. P. DE La Mârtinière,
CEPHEUS. I. Mythologie (V. Céphée).
IL Zoologie (V. Oribâtes).
CÉPHISE. Nom qui a été commun à plusieurs cours d'eau de l'ancienne Grèce ; il y en a deux en Attique, l'un qui passait à Eleusis, l'autre, plus connu, qui descendant
Côphise (fronton du Parthénon).
du Brilettos, traversait la grande plaine (Pédias) à l'O. d'Athènes, et se jetait dans la baie de Munychie, après avoir coupé les Longs Murs (V. Attique, Athènes). La mythologie artistique l'avait personnifié, et placé dans l'un des coins du fronton 0. du Parthénon, faisant pendant à rilissus, placé dans le coin opposé. C'est la seule figure à peu près entière de ce groupe qui ait survécu ; elle est aujourd'hui au British Muséum, et passe à juste titre pour une des merveilles de la sculpture antique.
CEPH ISO DORE, poète comique athénien. Nous avons le nom de quelques-unes de ses pièces, et quelques fragments : 'A[JLal^o'v£ç, 'AviiXaiç, Tpo^oSvioç, TyiYj.;, Yç. (V. Fabricius, Bihl. gr., Il, p. 427, éd. Maries.)
CÉPH ISO DOTE, sculpteur et fondeur en bronze athénien du iv^ siècle av. J.-C, beau-frère de Phocion. Il fit une statue de Zeus en marbre, pour Megalopolis, trois statues de Muses que Pausanias a vues sur Fllélicon.
Un autre artiste du môme nom, fils de Prascitèle, auteur de diverses statues de philosophes et des statues de bois peint de l'orateur Lycurgue et de ses fils à l'Erectheum.
CÉPHISOPHON, Athénien, ami et collaborateur d'Euripide. Il passait pour l'aider particulièrement dans la composition de ses chœurs. Son mtimité avec le poète fait souvent le sujet des plaisanteries d'Aristophane, qui le représente comme l'amant de la seconde femme d'Euripide, ('h(erilé, dont les mœurs légères expliquent en partie rhu-* meur misogyne du grand tragique.
CEPHITES (V. Guêpes fossiles).
CEPH US {Cephus Latr.). Genre d'Hyménoptères-Térébrants, de la famille des Tenthrédinides, qui a donné son nom au petit groupe des Céphides, caractérisé par l'abdomen sessile, très allongé, étroit et comprimé latéralement. Les antennes, composées d'un grand nombre d'articles, sont tantôt légèrement renflées en massue à l'extrémité, tantôt filiformes ou plus amincies à l'extrémité qu'au milieu (G. Phijllœcus Newm.). Les tibias antérieurs sont munis d'un seul éperon, terminé par une sorte de membrane foliacée. Les ailes antérieures ont deux cellules radiales et quatre cellules cubitales, dont la première est plus grande que la deuxième; la deuxième et la troisième reçoivent chacune une nervure récurrente.
On connaît une vingtaine d'espèces de Cephus, disséminées en Europe, surtout dans les parties méridionales. Leurs larves sont de petits vers blancs, glabres, peu agiles, munis de six pattes écailleuses, mais absolument dépourvus de pattes abdominales. La tête, assez petite, est nettement séparée du corps et l'abdomen est contourné en forme d'S. Contrairement à ce qu'on observe chez la plupart des Tenthrédines, ces larves vivent dans l'intérieur des tiges ou des rameaux des végétaux, où leur présence n'est décelée que par l'état de souffrance de la plante,' plus rarement par un renflement de la tige, et où elles opèrent leur transformation en insecte parfait, après s'être enfermées dans une coque soyeuse. Telles sont notamment les larves du C, arundinis Gir., qui vivent dans les tiges du Roseau à balais (Phragmites coimnunis Trin. ou Arundo phragmites L.); celles du C. (Phyllœcus) cynohasti L., qui habitent l'intérieur des branches du Quercus pedunculata Ehrh.; celles du C. (Phyllœcus)phtisicus¥B\)v., qui rongent le canal médullaire des branches de Rosiers (V. Perris, jinn, soc. ent. de France, '1873, p. 83; 4876, p. 184) ; enfin celles du C. (Phyllœcns) compressus Fabr., qui attaquent l'extrémité des rameaux des poiriers et occasionnent parfois des dommages très sensibles. (V. Goureau, Ann. soc, ent, de France, 1858, Bull, p. ccxxxi et Rogenhofer, Verhandl. %ool. bot, Gesell, in Wien, 1863, p. 1335.) Mais l'espèce du genre la plus nuisible à l'agriculture est le C, pygmœus L., dont nous figurons la larve et l'insecte parfait. Celui-ci est long de 6 à 7 milL, en entier d'un noir luisant avec des taches jaune citron sous l'insertion des ailes, sur l'abdomen, les genoux, les tibias et les tarses.
Vers la fin du mois de mai, les femelles pondent leurs œufs sur les tiges de blé ou de seigle, au-dessous des épis. Les petites larves qui en sortent bientôt pénétrent dans les chaumes, dont elles rongent l'intérieur en descendant toujours vers la racine. Les épis continuent à croître, mais ils restent rabougris et forment ce que les agriculteurs appellent des épis clairs. Parvenues sous le
CEPHUS — CERACCHf
— dlTf)
collet de la racine, les larves se construisent des coques allongées, transparentes comme du talc, dans lesquelles elles passent l'hiver, pour se transformer en nymphes au printemps suivant et quelque temps après en insectes
Cephus pygmœus L. et sa larve (très grossis).
parfaits. Elles peuvent ainsi causer de très grands dégâts et on a signalé, à diverses époques, des invasions qui ont ruiné les récoltes de tout un pays. Le meilleur moyen de les détruire consiste à arracher et à brûler les chaumes immédiatement après la moisson. (V. Du vigneau et Tristan, Ann, Soc, sciences, belles-lettres et arts d'Orléans et Ann. Soc. agric. de France, 4823, p. 159; John Curtis, Gardners chron., 1846, p. 116; Tischbein, Stett. ent. Zeitung, 1848, p. 760 et J. Giraud, Ann. Soc. ent. de France ^iSlO.i^.^O.) Ed. Lefèvre.
CE PIE. Com. du dép. de l'Aude, arr. et cant. de Limoux ; 426 hab.
CÉPION, célèbre musicien de l'antiquité qui avait, dit-on, contribué avec Terpanche, à porter de quatre à sept le nombre des cordes de la lyre. Plutarque ajoute qu'il composa un air qui avait conservé son nom.
CEPION (Quintus Servilius) (V. Serviuus).
CE PO LE. Genre de Poissons osseux (Téléostéens), de Tordre des Acanthoptérygiens-Blenniiformes et de la famille
Cepola rubescens L.
des Cepolidœ ayant pour caractères un corps très allongé, comprimé, revêtu de très petites écailles, une tête obtuse, des yeux grands , latéraux ; la dorsale et l'anale très longues, distinctes de la caudale qui est étroite, longue et lancéolée, une bouche à dents de force modérée. Les diverses formes de ce genre sont réparties dans la Méditerranée, les côtes d'Angleterre et les mers de Chine et du Japon. La plus commune est le Cepola rubescens Lin., ainsi nommé de sa couleur uniformément rouge ; quelques taches noires se montrent sur les maxillaires et les intermaxillaires ; son corps, excessivement allongé, res-
semble à une lame d'épée ; ses écailles sont d'une petitesse extrême. Rochbr.
BiBL. : GuNTiiKR, Cat. Flsher Brit. Mus. et Study of Fishes. — Val. et Cuv., H, N. gén., Poissons.
CEPOLIDŒ. Famille de Poissons osseux (Téléostéens), de l'ordre des Acanthoptérygiens-Blenniiformes, ne comprenant qu'un seul genre, le genre Cepole (V. ce mot) et caractérisée par un corps comprimé, très allongé, ensiforme, recouvert de très petites écailles ; une dorsale et une anale très longues, distinctes de la caudale, à rayons flexibles ; la ventrale ayant son premier rayon épineux ; une tête large, à museau obtus, des yeux grands et situés latéralement, des dents de faible taille, légèrement crochues; un très petit nombre d'appendices pyloriques et un nombre considérable de vertèbres caudales. " Rochbr.
BiBL. : GuNïHER, study of Fishes.
CEPOY. Com. du dép. du Loiret, arr. et cant. de Montargis, sur le canal et la rivière du Loing ; 943 hab. Jadis bourg important, ch.-l. d'un bailliage royal du ressort d'Orléans jusqu'en 1355 (passé à Montargis), puis d'une prévôté. Il y avait un prieuré de Saint-Loup, dépendant de Saint- Jean-de-Sens. La terre fut érigée en marquisat au milieu du xvin® siècle. Pont ancien sur le Loing. L'éghse a un chœur et un clocher du xiii^ siècle. Diverses antiquités romaines et des vestiges de thermes ont été mis à jour, sur ce territoire, en 1825. H. Stein.
BiBL. : Abbé Patron, Recherches historiques sur VOrlêanais, 1871, t. II, p. 21. — Edm. Michel, Monuments religieux, civils et militaires du Gâtinais ; Orléans, 1879, p. 43, in-4.
CEPOY (Thibaut de), ambassadeur de Ch. de Valois à Venise (V. Chepoy).
CERA. Ce nom désignait les images des ancêtres, des membres de chaque gens qui avaient exercé des magistratures. On plaçait ces images dans V atrium et on les ornait des insignes des fonctions qu'avaient exercées ceux qu'elles représentaient. La dénomination de cera vient de ce qu'elles étaient souvent faites de cire, cera. Le mot cerœ servait aussi à désigner les tablettes sur lesquelles on écrivait avec le stylus, et qui se composaient de planches très minces revêtues de cire.
CERACCHI (Giuseppe), artiste, né en Corse le i4 juill. 1751, exécuté à Paris le 30 janv. 1802. Il est connu surtout pour sa prétendue conspiration contre le premier consul. Il fréquenta les principaux sculpteurs italiens et obtint bientôt, comme sculpteur, une réputation presque égale à celle de Canova. En 1796, il vit à Milan le général Bonaparte, son compatriote, et obtint la faveur de travailler à sa statue. Mais Ceracchi abandonna bientôt l'art pour la politique. A Rome, en 1798, il contribua à faire proclamer la répubhque. A Paris, en 1800, il fréquenta des politiques exaltés : son compatriote Arena, le peintre Topino Lebrun. Ils se réunissaient chez un ancien employé du comité de Salut public, Demerville, grand colporteur de brochures jacobines. Ceracchi était le plus violent de tous ; il reprochait à Bonaparte de protéger le pape, de ne point rétablir la république romaine. Peut-être après avoir été chargé des bustes officiels de Masséna, de Moreau, de Bernadotte, lui en voulait-il de lui avoir refusé, depuis qu'il était consul, de faire sa statue. Ces brouillons peu dangereux s'entendirent avec un soldat désœuvré, Harrel, pour qu'il poignardât le premier consul. Mais Harrel, effrayé, révéla tout à Fouché, qui fit entrer dans le complot nombre de ses agents de la police. Le jour où le premier consul devait être frappé dans sa loge à l'Opéra (10 oct. 1801), toutes les précautions avaient été prises par Fouché. Arena et Ceracchi furent arrêtés à l'Opéra, mais sans armes ; les autres conjurés n'étaient même pas sortis de chez eux. Bonaparte fit grand bruit de ce complot où la police eut la principale part et acheva d'entraîner des hommes indécis, coupables surtout de propos malsonnants, mais incapables d'action. Ceracchi fut exécuté en place de grève avec Arena, Demerville et Topino-Lebrun.
H. Vast.
OERAGCHI — CÉKAMBYX
BinL. : Procès instruit par le tribunal criminel de la Seine contre Demer ville, Aréna, Ceracchi, Topino-Lebrun et recueilli par les sténographes ; Paris, pluviôse an IX, in-8. — TiiiERs, Hist. du Consulat et de l'Empire, t. IL
CÉRAISTE. Nom français des Cerastium (V. ce mot).
CERAJUOLO (mot à mot faisem's d'images de cire), surnom donné à la famille florentine des Benintendi ou des Fallimagini, qui se fit, au xv^ siècle, une réputation dans la sculpture en cire.
CERAJUOLO (Antonio del) , peintre florentin du x\ '^ siècle, élève de Lorenzo di Credi et collaborateur de R. Ghirlandajo, auteur de plusieurs tableaux d'autel ou portraits ; on a de lui au palais Pitti une Crucifixion.
CÉRAM. Ile de la Malaisie faisant partie de l'archipel des Moluques hollandaises, située entre '2** 40' et 3^ 30' de lat. S., et entre d^^o^ 3r/ et 178« 34' de long. E. Sa longueur est de 300 kil., sa largeur de 50 et sa superficie de 44,300 kil. q. Les côtes sont élevées et forment quelques bons ports. Le climat est sain. Une chaîne de montagnes traverse l'île dans toute sa longueur ; le sol, généralement fertile, est couvert en grande partie de vastes forêts. On y cultive la canne à sucre, le riz, le maïs, le muscadier, le giroflier, etc. Les sauvages de cette île sont appelés Harfours. Sur les côtes, on compte plusieurs petits Etats, qui reconnaissent la suzeraineté des Hollandais. L'intérieur de nie est fort peu connu ; le sagoutier y croît abondamment. Sa population est estimée à 450,000 âmes. M. d'E.
CÉRAM BYX (Cerambyx L.) Genre d'Insectes, qui a donné son nom à la famille des Cérambycides, une des plus importantes et des plus naturelles de Foiïlre des Coléoptères. Plus connus sous le nom de Longicornes^ que leur a donné Audinet-Serville {Ann. Soc. entom. de France^ 4832, p. 448) et appelés également Capricornes dans le langage vulgaire, les Cérambycides se reconnaissent facilement au premier aspect, au moins dans la grande majorité des cas, à leurs antennes très allongées, dépassant la longueur du corps. Celui-ci est en général allongé, parfois de grande dimension, avec la tète tantôt saillante et portée sur une sorte de cou, tantôt engagée dans le prothorax jusqu'aux yeux, qui sont le plus souvent très échancrés ou bilobés, parfois bipartits. Les antennes, de onze articles, sont ordinairement effilées vers le sommet, souvent filiformes, quelquefois en scie ou pectinées chez les mâles. Le prothorax, de forme variable, est souvent épineux sur les côtés. Les pattes, généralement grêles et allongées, sont terminées par des tarses de quatre articles, dont le troisième est ordinairement cordiforme et bilobé et dont le quatrième présente, à sa base, un rudiment d'article en forme de nodule.
Les Cérambycides sont en général des Insectes agiles, vivant au grand jour et volant avec rapidité pendant les heures les plus cîiaudes de la journée. On les trouve sur les fleurs (surtout celles des Ombellifères), sur les troncs d'arbres, mais tout particulièrement sur les bois de coupe rassemblés et cordés. Cependant, quelques-uns, dont les élytres sont soudées, vivent à terre et se rencontrent souvent cachés sous les pierres ; d'autres, en assez grand nombre, sont crépusculaires ou nocturnes. Beaucoup font entendre, quand on les saisit, un petit bruit monotone et strident, produit par le frottement du bord postérieur dorsal du prothorax sur le pédoncule du mésothorax, ces deux organes étant garnis de rides transversales très fines dont la rencontre détermine la stridulation. Plusieurs enfin, comme les Aromia, les Callichroma, etc., exhalent des odeurs agréables, comparables à un certain degré à celles du musc ou de l'essence de rose. Les métamorphoses d'un certain nombre d'espèces ont été observées et publiées en détails par divers auteurs, notamment par Latreille (Hist. nat. des Crustacés et des Insectes, 4802-4805), Ratzeburg (Die Forstinsekten , 4839), Miiôdte (Natîirh. Tidsskr.,Xj p. 369), Perris (Larves, 4877, pp. 446-570), Judeich et Kiisdm (Lehrh. Forstinsekten, 4889, p. 557, etc.). Les larves, molles, allongées, blanchâtres, apodes ou pourvues seulement de
Céranibyx cerdo L.
(Larve).
pseudopodes, présentent une grande analogie avec celles des Buprestides (V. Bupreste) ; mais elles ont trois articles distincts aux palpes maxillaires et deux articles aux palpes labiaux. Presque toutes vivent à l'intérieur des plantes et plus spécialement dans les végétaux ligneux, où elles se creusent de profondes galeries dans lesquelles elles se transforment en nymphes, puis en insectes parfaits ; ce qui fait qu'elles occasionnent souvent des dégâts considérables.
Au point de vue de leur classification , les Céramby cides ont été étudiés surtout par Leach (4805), Audinet- Serville (4832), Thomson (4860), Mulsant(4839-4863), Leconte (Journ. Acad. se.
Pliiladelphie , 4 849-4 850) , Lacordaire (Gênera des Coléoptères, t. VIII et IX), Gemminger et Harold (Catalogiis Coleopt., t. IX et X) et Ganglbauer ( Bestimmu ngs - Tahellen, t. VII et VIII), dont une traduction française, limitée aux Cérambycides gallo-rhénans, a été publiée dans
la Revue d'Entomologie de M. Fauvel (t. III, 4884, p. 463). On en connaît actuellement plus de 8,000 espèces, disséminées dans toutes les régions du globe et réparties dans un assez grand nombre de genres, dont les plus importants ont été ou seront traités à leur rang alphabétique. Le genre Cerambyx L., le seul qui doit nous occuper ici, est caractérisé surtout par les cavités cotyloïdes à peine angulées en dehors, les palpes maxillaires à dernier article plus court que les deux précédents pris ensemble, les cuisses comprimées, le prothorax transversal fortement ridé ou plissé en travers et muni latéralement d'une dent ou d'une épine. Ses espèces, peu nombreuses et de grande taille, sont propres à la région européo-méditerranéenne et vivent dans le bois des vieux arbres, oii leurs larves creusent des galeries profondes. Le Céranibyx cerdo L. (C. héros Fabr., Hamaticherus héros Steph.), dont nous figurons la larve et l'insecte parfait, est long de 28 à 50 millim., d'un noir brillant, avec les elytres d'un brun marron, plus clair vers l'extrémité. On'^le trouve fréifuemment en Europe. Sa larve vit, pendant plusieurs années, dans l'intérieur des vieux chênes, où elle pratique
Cerambyx cerdo L. {grandeur naturelle).
CERAMBYX — CÉRAMIOUE
ins
de nombreuses et larges galeries pénétrant jusque dans la profondeur du bois. Il présente une variété à élytres finement pubescentes, qui est spéciale à la région méditerranéenne et qui constitue le C. Mirbecki Luc. Une espèce voisine, le C. velutinus BruU., caractérisée par ses élytres déprimées, entièrement brunes et finement pubescentes, se rencontre assez communément dans le midi de la France. Ses métamorphoses ont été observées par Perris {Larves des Coléoptères, 1877, p. 563) et par M. Valéry Mayet {Annales Soc. entom, de France, 4881, Bull, p. cLxni). Citons encore le C. Scopolii Laich. {C. cerdo Fabr.), espèce commune, en été, sur les fleurs des Prunelliers, des Viornes, des Troènes et dont la larve vit surtout dans l'intérieur des Pommiers, des Poiriers et des Cerisiers. Sa longueur ne dépasse guère 25 millim. et sa couleur est d'un noir brillant uniforme. Ed. Lef.
CÉRAMIACÉES. Famille d'Algues de l'ordre des Floridées. Le développement de Fœuf se fait par l'intermédiaire d'une cellule auxiliaire avec laquelle il s'anastomose dès qu'il est formé par contact direct ou par l'intermédiaire d'un tube ou d'une courte papille ; Fœuf se vide dans cette cellule, et c'est aux dépens de celle-ci que se forme par bourgeonnement le sporogone, et toujours de la même manière, quelle que soit sa situation par rapport à l'oogone et à Fœuf, et bien que cette situation soit très diverse suivant les genres. Le sporogone est nu ou involucré ou enveloppé d'un tégument, et les spores se forment soit dans les cellules périphériques seules, soit dans plusieurs des cellules supérieures de chacune de ses branches, soit dans toutes les cellules sauf l'auxiliaire et le premier rameau qui en émane. — Les tétraspores sont presque toujours par quatre, quelquefois par deux, plus rarement de huit à vingt-quatre. Le thalle est toujours abondamment ramifié et à filaments le plus souvent nus, parfois recouverts d'une couche corticale. D'après les caractères du sporogone. Van Tieghem divise la famille des Céramiacées en trois tribus : Spermothaminées, Céramiées, Spyridiées (V. ces mots). H. F.
CÉRAMIÉES. Tribu d'Algues de la famille des Céramiacées à sporogone nu ou nivolucré, ne produisant de spores que dans ses cellules périphériques. H. F.
CÉRAMIQUE.- L Archéologie préhistorique. — Les débris de la céramique sont habituellement les témoins les plus sûrs et les plus abondants de la présence de l'homme. Dès que celui-ci connaît la fabrication et l'usage pour ses besoins domestiques, de vases quelconques, il en casse immanquablement, et ces tessons, en dépit de tous les accidents possibles, se conservent indéfiniment dans le sol. Cependant, nous l'avons vu {V. Belgique [Anthr.]), la date de l'introduction de la poterie est encore incertaine. Les trouvailles de tessons dans les cavernes quaternaires en France et en Belgique, sont assez nombreuses relativement. On en a dressé une nomenclature (Nadaillac). Mais l'âge de ces tessons ne serait-il pas contesté, que leur nombre même n'annoncerait qu'un usage bien restreint de la poterie à l'époque quaternaire. A cette époque cependant, au moins à partir de la période des cavernes, l'homme faisait cuire ses aliments. Comment procédait-il ? Sans doute à la manière de nos sauvages actuels. Jusqu'au moment de leur contact avec les Européens, les Hottentots faisaient cuire leurs aliments dans des sacs en cuir qu'ils remphssaient d'eau et dans lesquels ils mettaient des pierres rougies au feu. Et ils sont très nombreux les sauvages qui procédaient ou procèdent de cette façon principalement sous les latitudes chaudes. Dans le Nord même, les peuplades sibériennes ne connaissaient pas d'autre mode de cuisson encore à la fin du siècle dernier. Il en était de même des habitants des Hébrides, au nord de l'Ecosse, au xvi^ siècle. Les Indiens Serpents (Shoshonees), dans l'Amérique du Nord, fabriquaient des pots avec de dures racines, tressées avec une telle perfection qu'ils les rendaient imperméables. Et c'est dans ces pots qu'ils cuisaient leurs aliments, toujours au moyen de pierres chauffées. Les Dacotahs faisaient bouillir
le gibier dans sa propre peau, dont ils venaient de le dépouiller. D'autres sauvages font cuire leurs aliments sans vase aucun. Les grossiers Fuégiens se bornent à les jeter un instant sur le feu, dans les cendres. Les Botocudos ne
Fig. 1. — Fragments du pot de la deuxième caverne d'Engis (D'après M. Fraipont).
font pas mieux et n'obtiennent ainsi qu'une cuisson incomplète. Les nègres d'Afrique d'ailleurs, qui connaissent et fabriquent des poteries variées, font aussi cuire leurs aliments sur des pierres chauffées.
Les sauvages les plus dégradés ignoraient généralement la poterie. Tels sont les Australiens, les Veddahs, les Mincopies, les Tasmaniens, les Botocudos, etc. Les Australiens ne savaient même pas ce que c'était que l'eau bouillante, qui les remplissait d'étonnement. Mais l'ignorance de la poterie, obstacle absolu au progrès culinaire, à l'organisation du foyer domestique, n'est pas cependant un signe constant de sauvagerie. Car les Polynésiens, si civiHsés à d'autres égards, ne connaissaient pas la poterie plus que les métaux. Cette curieuse anomalie est souvent signalée. Parmi eux nous voyons des peuples métis, qui pouvaient leur être inférieurs physiquement, tels que les Fidjiens, fabriquer des poteries de terre avec une certaine perfection, quoiqu'ils ne possèdent pas la roue du potier. Les Maoris cultivaient des courges pour en faire des gourdes en guise de pots. Les Taïtiens, si raffinés, n'avaient que des plats en bois poli et des noix de coco, d'ailleurs polies, amincies, ornées, en guise de bouteilles et d'écuelles.
Les Patagons, bien moins élevés en civilisation, n'avaient aucun genre de poterie; ils se servaient et se servent encore de vessies pour porter de Feau, etc. 11 est évident après cela que l'homme quaternaire, ayant un foyer, des habitudes assez sédentaires, une cuisine assez variée en gibier de toute nature, une organisation sociale et des goûts artistiques, a fort bien pu se passer de poterie de terre. Mais nous nous garderons d'affirmer qu'il s'en est passé, la découverte de la poterie s'étant très inégalement répandue et n'ayant sans doute pas à l'origine été appréciée assez pour s'être du premier coup imposée universellement.
La poterie primitive, celle donnée comme provenant des
Fig. 2. — Vase néolithique, forme de bombe, avec orillons et trous de suspension. Dragages de la Seine (Musée de Saint-Germain).
CÉRAMIQUE
cavernes, et celle du dchiit de notre époque néolithique, est, en général, un grand bol sphérique, sans anse, sans pied, aux parois très épaisses. Les fragments de pot découverts par M. Fraipont dans la deuxième caverne d'Engis (Belgique), sont rouge-brun à la surface, et jaune-brun à l'intérieur, au centre, qui n'est pas cuit. L'un d'eux est
Fip
3.— Vase néolithique à fond plat, forme pot à beurre. Grottes de la Marne (Cotlect. de Baye).
orné d'un petit relief, premier essai d'orillon. Ils appartenaient à un pot demi-sphérique allongé de haut en bas (fig, 1 ) . A l'heure qu'il est encore, en Afrique, dans le Sennar, on fabrique de cette poterie primitive semblable à celle de nos époques préhistoriques. C'est la hurma^ en forme de bombe, faite d'argile mélangée de fragments de galet. Cette
forme n'est pas cependant la seule qui ait dû ou pu s'imposer. Les Esquimaux , qui ne connaissaient pas la poterie, fabriquaient cependant, outre des vases entièrement en stéatite, des vases avec un rebord d 'argile posé autour d'une pierre plate. Ces vases intermédiaires entre 'la géode, les vases de pierre, et le vrai pot, ont fort bien pu conduire dès l'origine au pot à fond plat. En pleine époque néolithique, au tem])S des dolmens, on s'est servi de vases à fond plat en pierre calcaire tendre, ^ en grès micacé, en lignite schisteuse, en ambre. La fabrication de la poterie fut dès l'origine dévolue à la femme, comme une œuvre vraiment domestique. Il en est d'ailleurs encore aujourd'hui de même dans toutes sociétés d'un développement industriel médiocre ou nul, en Océanie chez les Papous, en Afrique chez les Niam- Niam, en Amérique chez les Guaranis, etc. Il en est encore de même par exemple chez les Kabyles, malgré le contact déjà ancien de notre civilisation. Ce sont les femmes kabyles qui fabriquent ces écuelles rondes, à
Fig. 4. ■— Vase h boire d'un tumulus anglais (Lubbock), du genre des vases calici formes des dolmens do Bretagne, d'Espagne, de Sicile.
peine cuites à l'au' libre seulement, qui n'acquièrent qu'à la longue une dureté suffisante et sont ornées à l'intérieur de dessins de hgnes, noirs et jaunes, de même que ces vases vernissés et peints de lignes vertes et rouges, de la forme des gargoulettes, imitation lointaine de l'amphore antique. Les poteries primitives étaient fabriquées à la main, et sur plus d'un vase préhistorique on reconnaît l'empreinte des doigts de femmes. L'absence du tour à potier n'exclut pas cependant l'emploi de quelques autres outils. Ainsi, les femmes fidjiennes, qui fabriquent des poteries gracieuses, se servent d'une petite pierre ronde et plate pour façonner le dedans, et d'un petit maillet plat ou d'une spatule pour façonner et lisser l'extérieur qu'elles arrondissent comme avec le tour. La matière employée est d'abord une terre argileuse grossière mais souvent aussi assez fine. On y mêlait des fragments de roche, granit, calcaire, ou des débris de coquilles vulgaires. Ce mélange avait pour but d'empêcher la pâte de se fendiller extérieurement, pendant le séchage ou la cuisson. Il fut usité en Europe jusqu'à l'introduction des poteries dé l'antiquité classique.
Les poteries entières nous ont été conservées exclusivement par les tombeaux qui en étaient toujours garnis. Dans le cours de l'époque néolithique, et surtout au temps des dolmens, leurs formes se sont multipliées et ont em-
. 5. — Ecuolle en terre noire très fine des paîafittes du Bourget (Musée de Chambéry).
belli . Il en est qui sont restées grossières et cela varie d'une région à l'autre, suivant la matière employée et suivant aussi l'habileté des peuplades et l'importance des sépultures. Les plus grossières ne sont plus exclusivement en forme de bombe ou d'œuf et destinées à être suspendues (fig. 2) ou posées dans le sable ou sur une rouelle ; il en est aussi à fond plat qui rappellent le pot à beurre (fig. 3) ; il en est qui rappellent la coupe (fig. 4), l'écuelle, la marmite à deux anses. Elles représentaient en somme le couvert de la personne enterrée et figuraient à côté d'elle avec ses aliments habituels et sa boisson. Beaucoup d'entre elles ont des anses qui se réduisent le plus souvent à de simples orillons, à des trous percés tranversalement dans un petit relief arrondi ménagé de chaque côté. Beaucoup aussi sont ornées de lignes en zigzags et de points. Mais on présume que les poteries qui n'étaient pas réservées pour les funérailles n'étaient pas ornées. Pendant l'âge du bronze la poterie de terre a encore acquis plus d'importance que précédemment, surtout au point de vue des usages funéraires. Dès lors, on fabriquait des jarres pour serrer des provisions, vases de 50 à 80 centim. d'ouverture dont on ne possède que des fragments et qui étaient faits d'une terre grossière mêlée de grains de pierre écrasée, et mal cuite. On fabriquait des casseroles de la forme des soupières à deux anses, en terre assez fine, et qui servaient à la cuisson des aliments ; des pots de toute dimension à ouverture un peu évasée d'une pâte grossière et mêlée de gravois ; des bassins moins grossiers que les pots ; des écuelles et des tasses, d'une
CÉRAMIQUE
argile assez pure et assez fine, ornées quelquefois et munies d'anses ; des plats et des assiettes d'une terre très fine, souvent ornés, quelquefois peints et même agrémentés d'application de fines bandes d'étain fixées, avec de la résine, poteries très riches déjà et particulières aux belles civilisations des lacustres, ainsi que des bols noirs qui se posaient sur des torches ou anneaux d'argile, des faisselles ou moules à fromage, des vases à pattes, des creusets, des lampes, des fusaïoles, des grains de colliers, des rouelles ou roues de chariots votifs ; des figures animales presque informes (lacs du Bourget et de Laibach), etc. (fig. 5). L'application de lames d'étain n'est pas seulement particulière à l'époque, elle l'est encore à une région déterminée, celle des palafittes. L'application de couleurs, de couleur noire par exemple sur fond rouge, fut d'un usage moins fugitif et bien moins restreint. Les traits plus généraux caractéristiques de l'ornementation de l'âge du bronze, consistent dans la croix (exceptionnellement, la croix gammée), dans le cercle avec point central, symbole du soleil, dans la spirale, le cordon moulé autour du bord ou de la base du col, les profondes rainures très régulières gravées (peut-être à l'aide d'une pointe fixée par une corde au plafond) profondément autour du col ou de la panse. A l'époque précédente l'ornementation se réduisait habituellement à des impressions (lignes ou points et pointillés) faites avec le doigt, l'ongle, ou une corde sur l'argile molle.
L'usage d'incinérer les corps, généralement répandu à l'âge du bronze, nécessitait plus ou moins l'emploi de
Fig. 6. — Urne cinéraire à visage avec collier de fer et boucles d'oreilles en fil de bronze. — Cimetière de tombeaux à Eister ou cellas de pierres de Goscieradz (Prusse royale).
grandes urnes pour recueillir les cendres ou les os calcinés. A cet âge appartient donc une grande variété de vases funéraires, en dehors même des urnes cinéraires : ce sont des coupes à boire, des vases à aliments, des vases à offrandes, etc. Des urnes cinéraires renfermant des os calcinés ou des restes pulvérulents, ont été trouvées dans des sépultures caractérisées encore par une industrie purement néolithique, comme les grottes de la Marne, des tumuli du sud de l'Angleterre, etc.^(fig. 6). Mais la plupart de celles qu'on possède, et on en possède beaucoup, appartiennent à la fin de l'âge de bronze ou au premier âge du fer. Elles varient évidemment suivant les régions. En général, sous le rapport de la matière employée (argile mélangée habituellement de grains de pierre), comme du mode de fabrication, elles se rattachent étroitement aux poteries préhistoriques précédentes et même le plus souvent au type grossier de celles-ci. Il en est parmi elles cependant d'une réelle finesse de pâte, de forme très régulière avec des surfaces mi-polies et mi-rugueuses qui accentuent agréablement à l'œil les lignes de séparation du col et de la panse. Un système nouveau d'ornementation apparaît avec elles, celui par incrustation de matière calcaire blanchâtre dans des systèmes de points ou de lignes gravées avant la cuisson. Enfin pour la première fois et par le développement spontané d'un art tout local, des représentations humaines et animales apparaissent et
constituent même souvent l'ornementation essentielle. Ces motifs ornementaux sont plus ou moins caractéristiques de l'époque de l'introduction du fer. Dans quelques régions, sur le Rhin et surtout au nord-est de l'Allemagne entre l'Oder et la Vistule, dans les deux Prusses et le duché de Posen, les cimetières de la fin du bronze ou plutôt du premier âge du fer, composés de cellas remplies d'urnes cinéraires, ont fourni une notable quantité d'urnes à visage. Ces urnes qui ont été bien étudiées (G. Ossowski ) ne sont pas d'une fabrication supérieure à celles des autres. Mais elles portent , au-dessous du bord de l'ouverture.
Fig. 7. ■
Grillon avec anneaux de bronze de l'urne précédente.
coiffée d'un couvercle en forme de bonnet plat, un nez et des yeux avec sourcils, généralement moulés dans la pâte. Un ornement en forme de cordon simule un collier à la base du col, et les orillons, simulant des oreilles, sont ornés d'anneaux de fil de bronze avec chaînettes ou perles de verre bleu ou d'ambre. Il est à croire que dans ces urnes à visage étaient enfermés les os calcinés presque pulvérulents de femmes. Quelques archéologues ont vu en elles une imitation des urnes à figure de chouette, mises au jour par M. Schliemann à Hissarlik.
Malgré ces ornements, ces décorations symboliques si curieuses, malgré la perfection réelle de travail des poteries du bel âge du bronze des civilisations lacustres, où se montre la précieuse application de petites lames d'étain, l'art céramique de l'Europe conserve un cachet barbare (mise à part la poterie étrusque d'inspiration exotique) jusqu'à l'introduction des produits si abondants de l'industrie grecque. Cet art, en effet, l'art préhistorique, peu maître de la matière, a manqué d'un outil essentiel, le tour à potier. On a découvert dans des sépultures à tumulus du sud de l'Angleterre, avec une industrie de bronze, des vases en schiste et en ambre, qui ont paru à M. Ewans avoir été faits avec le tour. Mais il est hors de doute que c'est à la main que se fabriquaient tous les vases d'argile aux temps préhistoriques.
Cette céramique d'un cachet barbare subsiste parfaitement de nos jours. A elle se rattachent assurément celle même du nord de l'Afrique et celle de l'Afrique noire, celle du Caucase, etc., etc. Dans l'Afrique du Nord a vécu un peuple qui enterrait ses morts dans de grandes jarres, emboitées par deux. On a retrouvé un de ses cimetières près de Biskra. Des peuples de l'Amérique du Sud enfermaient aussi le cadavre de leurs morts dans des jarres. Les nègres fabriquent encore d'énormes jarres pour serrer leurs provisions. Les Caucasiens en fabriquent de véritablement colossales oti plusieurs hommes peuvent tenir et oii l'on descend par une échelle. Ils s'en servent pour conserver leur vin. Dans les deux Amériques, la céramique a eu un grand développement tout à fait original. Les potiers préhistoriques de ce continent étaient de véritables artistes en terre cuite. Car une grande quantité de leurs vases sont des représentations plastiques d'une foule d'objets, d'animaux, de figures humaines. La matière employée n'était pas différente et leur technique était à peu près la même qu'en Europe. Les vases des ÈIounds-Builders (V. ce mot et Amérique), sont d'une argile grise, quelquefois bleuâtre, mêlée également de grains de pierre triturée, de sable ou de fragments de coquilles et (pour les plus élégants) de gypse. Leur surface était lissée à la main, et après un séchage au soleil, ils étaient exposés au feu en plein air, ce qui ne les cuisait qu'imparfaitement. Çà et là ils paraissent avoir été cuits dans des fours, ou
CERAMIQUE
peut-être dans des trous creusés en terre. On en a trouvé qui avaient été faits d'argile appliquée sur des gourdes ou des paniers en jonc et en lianes. Ils indiquent l'emploi d'un procédé qui fut peut-être à l'origine assez général. On fabriqua ensuite de véritables moules qui pouvaient indéfiniment servir à donner la forme voulue à l'argile pétrie. Des fragments de ces moules ont été reti'ouvés.
Le système d'ornementation des vases américains consiste le plus souvent, comme en Europe, en rangs de points faits avec l'ongle, un instrument pointu de bois ou une coquille, en lignes, en cercles, en dents de loup, en chevrons, en cordon autour du col. Mais l'application fréquente de couleurs, surtout noires et grises, après la cuisson d'ailleurs et peu fines par conséquent, leur donne un aspect tout particulier. Ils se différencient surtout des vases d'Europe par leurs formes variées et parfois étranges. Ainsi, il y a parmi eux IVécpiemment des formes de bouteilles à long col, des formes d'alcarazas, et surtout des formes empruntées aux règnes animal et végétal. Auisi des vases à boire ont pour anse un bec, une figure humaine, une tète de lama, etc. Des bouteilles sont faites d'un col surmontant un corps de poisson, ou d'un buste de femme assise sur une boule, etc., etc.
Une autre particularité caractéristique de la céramique américaine consiste dans la présence et le nombre des pipes, objet inconnu en Europe jusqu'à nos jours. Ces pipes en terre, et aussi en stéatite, en ardoise, en pierre, sont vraiment le prototype de nos pipes artistiques. Elles représentent toutes sortes d'animaux : la tortue, la grenouille, la panthère, Véléphant^ l'opossum, le morse, le chat sauvage, des oiseaux en grand nombre, des poissons, etc., des figures humaines. A ce point de vue la céramique américaine n'est pas seulement originale, elle est encore très supérieure à celle de l'Europe préhistorique. Ses inventeurs l'ont propagée depuis les vallées du Mississipi jusqu'au Brésil^ à la Plata et sm Pérou (V. ces mots et Venezuela). On en aurait trouvé aussi des spécimens dans un tumulus du Japon (Nadaillac). Zaborowski.
II. Chimie industrielle. — L'industrie céramique a pris de nos jours une importance considérable qui s'accroît sans cesse, par suite de la tendance de plus en plus grande à faire entrer dans la construction les poteries émaillées ou non. Quelques chiffres tirés de l'Annuaire statistique de la Fi'ance permettront de mieux juger du développement de cette fabrication.
En 1885, la E'rance comptait 339 usines de production, et 150 spécialement consacrées à la décoration des pi'oduits fabriqués dans les précédentes ; soit un total de 489 manufactures ou ateliers, occupant ensemble 25,517 ouvriers et nécessitant une force motrice de 3,780 chevauxvapeur.
Au point de vue de la valeur des produits fabriqués, le chiffre de la production générale de la E'rance s'est élevé pour cette même année à 77,709,300 fr., que la statistique officielle décompose comme suit :
Porcelaine 31,489,520 fr.
Porcelaine opaque (faïence fine) . 1 5 , 722 ,450 Faïence ordinaire 30,497,330
Au point de vue du commerce extérieur, les statistiques publiées par l'administration des douanes nous apprennent que le chiffre des importations s'est élevé, en 1887, à une valeur de 8,739,425 fr., dont 2,491,051 fr. pour les faïences fines et 4,146,511 fr. pour la porcelaine décorée. Au point de vue des exportations des produits français ou francisés, la valeur de nos expéditions à l'étranger s'est élevée au chiffre de 12,953,837 fr. , dont 2,567,165 fr. pour les faïences fines et 7,500,710 fr. pour la porcelaine. C'est l'Angleterre qui occupe le premier rang dans nos importations; pour les exportations de porcelaine blanche, dont le total s'élève à 5,510,059 fr., les Etats- Unis d'Amérique sont notre meilleur client.
Définitions. La céramique est l'art de confectionner avec l'argile comme base des matériaux de construction
(briques, tuiles, etc.) les ustensiles domestiques et les objets purement décoratifs. L'art du potier met à profit la plasticité des argiles pour donner aux objets la forme que réclame leur destination ; par la cuisson , cette argile acquiert de la dureté, elle n'est plus susceptible de se délayer dans l'eau, de faire pâte avec elle, elle constitue alors ce que l'on est convenu d'appeler terre cuite. Mais la dureté des argiles cuites n'est que relative, et leur fusibilité ne permet pas de les cuire à une température très élevée, on a été obligé d'introduire dans la pâte un élément siliceux infusible, qui, permettant de cuire à plus haut feu, donne des produits plus résistants que l'on comprend habituellement sous le nom de faïence. Quand la pâte de la faïence est blanche et dure, elle reçoit le nom de faïence fine. Si, par une cuisson à une température plus élevée, on est arrivé à détruire la perméabilité des produits énumérés ci-dessus, on obtient des grès, qui, suivant la couleur de la pâte et sa plus ou moins grande finesse, se distinguent en grès fins et en grès communs. En employant les argiles les plus pures (kaolin) associées à un élément fusible (feldspath), on obtient des produits à pâte dure, blanche, ne happant plus à la langue et caractérisés par leur translucidité ; le nom de porcelaine leur est rései'vé. Les poteries ordinaires et les faïences ont toutes un caractère commun, qui pour certains usages devient un défaut, c'est leur perméabilité. Il devient donc nécessaire, si leur usage les destine à contenir des liquides, et pour la plupart des emplois domestiques, de recouvrir la terre d'un enduit imperméable qui, suivant sa naliire, a reçu différentes appellations. On appelle lustre la glaçure très mince qui recouvre certaines poteries antiques ; vernis, l'enduit plus épais et à base de plomb qui couvre certaines poteries communes ; émail, la composition vitreuse transparente ou opaque qui enduit la faïence, et qui, colorée par des oxydes métalliques, vient masquer la coloration propre de la pâte. Les faïences à pâte blanche peuvent être recouvertes d'un émail transparent auquel le nom de couverte est habituellement appliqué. Bien que d'une pâte imperméable, la porcelaine est aussi le plus souvent enduite d'une glaçure transparente ou couverte.
Classification. Un grand nombre de classifications ont été proposées pour ranger les produits céi'amiques ; une des plus suivies, quoique prêtant à certaines critiques, est due à Brongniart.