III. Action physiologique et thérapeuteque. — Les can
CANTHARIDE — CANTHÈRE
tharides et la cantharidine (V.ce mot) jouissent d'une action irritante très considérable. Ce sont des vésicants puissants ; appliqués sur la peau, même en petite quantité, ils déterminent umvésication (V. ce mot) rapide. Il se forme une bulle remplie de sérosité, après une phase de congestion douloureuse, et à Fentour, d'après Zulzer, il y aurait une ischémie marquée. Sur les muqueuses, môme irritation, qui se traduit par la chute de Tépithélium, avec ulcération et suppuration. La cantharidine agit avec moins d'intensité sur les points où elle a déjà été appliquée (Bretonneau) ; et il y a des peaux sur lesquelles elle n'agit pas (Gubler). Prise à l'intérieur, elle détermine une sensation de brûlure avec coliques, vomissements, diarrhée, et même des spasmes du pharynx : cela dépend de la dose. Administrée soit sous forme de vésicatoire, soit à l'intérieur, elle détermine souvent — cela dépend de la dose, et c'est aussi une affaire d'idiosyncrasie — des accidents du côte des organes génito-urinaires, d'où lui est venue, bien à tort, une réputation d'aphrodisiaque. La vérité est qu'elle excite les reins et la vessie ; elle détermine une néphrite véritable, de l'albuminurie, de la cystite, du priapisme, des érections douloureuses : c'est de l'irritation, c'est une maladie — ou plutôt c'en est plusieurs — ce n'est pas une exaltation véritable de la puissance génésique. A dose forte, elle détermine des lésions de la moelle et des inflammations diverses (Cantieri). D'après Gubler on observe un cas de canlharidisme pour douze cas de vésication par la cantharide. Les cantharides servent surtout à confectionner les vésicatoires, et on ne les emploie guère à l'intérieur. Signalons pourtant l'emploi qui en a été fait par divers Russes dans le cas de rage (V.VÉsicATomE et Néphrite). D^ H. de V.
CANTHARIDINE (Chim.).
Fnrm \ ^quiv. . . C^^'W.
*^™- l Atom... C10H1204.
La cantharidine, découverte par Robiquet en 4810, est le principe actif contenu dans les insectes vésicants, notamment la cantharide, les my labres, les meloe^ les cérocomes. C'est l'anhydride d'un acide-alcool bibasique, l'acide cantharidique.
Pour la préparer, on épuise par déplacement la poudre de cantharides avec quatre fois son poids de benzine bouillante ; en concentrant le soluté de manière à le réduire à un petit volume, il se dépose par le refroidissement des cristaux qu'on lave au sulfure de carbone pour enlever l'huile verte qui les imprègne et on les fait cristaUiser à nouveau dans l'alcool bouillant. Le rendement est de 4 à 5 millièmes seulement.
A l'état pur, la cantharidine cristallise en lamelles incolores, brillantes, neutres, inodores, ou en beaux prismes obliques à base rhombe ; elle se ramollit vers MQ^ e|,fond à 218<> (Piccard). Elle est à peu près insoluble dans l'eau, ainsi que dans les huiles (Méhu), peu soluble dans l'alcool froid ; elle exige pour se dissoudre 34 p. d'éther froid ; 70 p. d'essence de térébpthine bouillante, 40 p. d'acide acétique glacial. Bien qu'elle ne fonde qu'à une température assez élevée, elle se sublime déjà au-dessus de 100° et s'évapore lentement à l'air, même à la température ordinaire, à la manière du camphre. Chauflée avec de la chaux sodée, elle se dédouble en cantharène, C^^ll*^, et en xylène, C^^H^^, ce dernier se formant plus abondamment en présence du sulfure de phosphore (P.). Mais la réaction la plus caractéristique est celle qu'elle éprouve sous l'influence des lessives alcalines : à l'ébuUition, elle perd de l'eau et se transforme en acide cantharidique, C^^H^^oio .
C20H1208 + 2KH02 " H^O^ + C^m^^KW^.
Les cantharidates, qui sont également vésicants, sont des sels cristallisables, bien déflnis ; mais lorsqu'on les décompose et qu'on cherche à mettre l'acide en liberté, il ne se précipite que de la cantharidine. 11 existe entre ces deux corps la même relation qu'entre un lactone et l'acide-
aîcool correspondant ; bref, la cantharidine doit être envisagée comme l'anhydride d'un acide bibasique et monoalcoolique :
C20Hi2(H202)(0^)(04) = EW + C2*>Hi2(04)(04).
Acide cantharidique Cantliaridiiie
Lorsqu'on chauffe pendant quelques heures en vase clos, vers 100°, la cantharidine avec de l'acide iodhydrique d'une densité de 1,9, elle se transforme en un corps isomère, V acide cantharique,^ corps qui paraît résulter de la décomposition d'un dérivé iodé qu'on peut isoler parmi les produits secondaires de la réaction. L'acide cantharique se dépose sous forme de cristaux orthorhom biques, volumineux, fusibles à 278°, non vésicants. La chaux le dédouble en acide carbonique et en cantharène, C^^H^^. Il se dissout dans 120 p. d'eau froide et seulement 12 p. d'eau bouillante ; il est très soluble dans l'alcool, insoluble dans l'éther et dans la benzine. Ed. Bourgoin. BiBL. : BoivAux et Léger. Prép. de la cantharidine {Moniteur Quesneville, t. XVI, 30i). — Dragendorff et M Asi:<G, Cantharidates [Zeitschr, c/iem. , 1867, 464). — Ferker, Rech. sur la cantharidine {Rép. ch. appliq., 1859, 3Î)^). — t'^UMOU/E, Journ. ph. et ch., 18B7, t. IV, 161. — MoRrREUx, Dosage de la cantharidine [ibid., t. XL VI, 33). PrccAFiD, Acide cantharique et cantharène (Soc, ch., t. XXX, 2; XXXI, 461). — Robiquet, An. ch., 1810, t. LXXVI, 302.
CANTHARUS (Malac). Genre de Mollusques-Gastéropodes-Prosobranches, du groupe des Pectini branches, créé par Bolten, en 1798, mais caractérisé scientifiquement par Môrch, en 1852. Il offre pour caractères : coquille de taille moyenne, bucciniforme, ventrue, solide, ornée de sillons transverses et de légères côtes décurrentes traversant les sillons ; ouverture ovale, échancrée en avant, présentant en arrière un petit canal ; bord externe crénelé à l'intérieur, denté postérieurement ; bord columellaire peu épaissi, appliqué sur la columelle,type C. Tranqueharicus Muller. Les Caniharus habitent les mers de l'Inde, des Philippines, les Antilles, le Japon et quelques parties de l'Afrique.
CANTHER(V. Ganter).
CANTHÈRE (ïchtyol.). Nom francisé de Cantharus, dénomination générique de Poissons osseux (Téléostéens), de l'ordre des Acanthoptérygiens Perciformes et de la famille des Sparidœ (V. ce mot), dont les principaux caractères consistent dans la présence aux mâchoires de dents en carde serrées, celles de la rangée externe plus fortes et plus crochues; une bouche assez étroite, non protractile, une seule nageoire dorsale et six rayons branchiostèges. Les Cantharus sont des Poissons voraces, se nourrissant de substances végétales et animales; on en connaît une dizaine de formes propres aux mers d'Europe et d'Afrique. La plus commune est le Cantharus lineatuSy c'est un poisson à chair blanche et légère assez estimé comme aliment.
Le mot Cantharus a reçu en zoologie plusieurs acceptions ; il sert à désigner, en effet, un genre de Poissons, un genre de Mollusques et un genre de Foraminitères. Or, comme en bonne nomenclature, le même nom générique ne peut être appliqué à plusieurs animaux de groupes différents, il s'ensuit que dans deux des trois cas cités le mot doit disparaître. Le genre Cantharus (Poissons) a
Cantharus Tranquebaricus M.
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GANTHÈRE — CANTILÈNE
été créé par Cuvier en 1829. Le genre Cantharus (Foraminifères) est dû à Monlfort en 4808. Enfin, le genre Cantharas (Mollusques) remonte à Bolten en 1798. Bien que ce genre de Bolten, comme l'observe avec juste raison
Cantharus griseus.
Herraannsen, soit : genus incongruum quo continentur Pisaniœ^ Purpurœ et Cancellarice, et quoiqu'il ait été repris en 1852 par Môrch, pour désigner un groupe de Buccinidœ de la section des Tritonidea de Swainson, c.-à-d. des Mollusques absolument différents de ceux que Bolten avait en vue, il n'en est pas moins vrai qu'il l'emporte sur les deux autres par son antériorité, et, qu'à tort ou à raison, ce que nous n'avons pas à discuter ici, il est aujourd'hui accepté par la plupart des malacolo^istes. Par ces raisons, les genres de Montfort et de Cuvier ne peuvent donc être maintenus.
Afin de nous conformer aux règles de la nomenclature, nous proposerons de remplacer le mot Cantharus par celui de Ternua, Le mot Cantharus avait été choisi par Cuvier parmi les noms vulgaires des pêcheurs de la Méditerranée. Sur les côtes méditerranéennes, en effet, les Poissons qui nous occupent sont connus sous le nom de Cantaro et de Ternua, nous ne faisons que suivre l'exemple du maître illustre auquel les lois zoologiques nous obligent à regret d'enlever un nom générique, du reste parfaitement caractérisé. -Nous croyons donc qu'en ichtyologie, Cantharus doit faire place à Ternua. Roghbr,
BiBL. : Cuvier et Valenciennes, Hist. nat. générale des Poissons.
GANTI (Giovanni), peintre italien, né à Parme vers 1650, mort à Mantoue en 1716. Il excella surtout dans le paysage et les peintures de bataille. Ses tableaux de sainteté sont des plus médiocres.
CANTICA. La comédie latine n'avait pas de chœurs, mais elle comprenait deux parties, le diverbium et le canticum. Ainsi s'exprime Diomède (p. 491), et cette affirmation est confirmée par Donat, dans l'introduction à l'Hécyre et au Phormion. Les mots mêmes indiquent la différence des cantica et des diverbla (dialogues) . On lit en effet dans le traité De Comcedia attribué à Donat : Diverbia hlstriones pronuntiabant, cantica vero temperabantur modis non a poeta, sed a perito artis musicœ fatis. Suivant Diomède, les cantica étaient dits par un seul personnage; s'il y en avait deux en scène, l'un était muet. Dans les manuscrits on désignait les parties musicales par les lettres MMC, et le dialogue par DV, placées après le nom des personnages en tête de la scène. Le témoignage de Donat à ce sujet (Introduction aux Adelphes) est confirmé par quelques manuscrits de Plante, le Vêtus et le Decurtatus, où, il est vrai, les trois lettres MMC sont remplacées {)ar un simple C. Quelle que soit l'interprétation de ces signes (mutantur modicantici, mutatis modis cantatur, modi musici canticum), il est clair qu'ils désignaient les parties chantées, récitatif ou chant lyrique, comme DV désignait les parties déclamées, monologue ou dialogue. Il est intéressant de rechercher dans quelles proportions sont combinés le dialogue et le canticum. Ritschl a observé que dans le Trinummus de Plaute, sur 12 scènes marquées, 7 ont le signe Ç, et 5 le signe DV; dans le Pœnulus, sur 11 scènes
marquées, 5 ont le C et 6 le DV ; dans le Pseudulus, sur 12 scènes marquées, 5 ont le G et 7 le DV ; dans le Truculentus, sur 9 scènes marquées, 4 ont le C et 4 le DV. Il y a donc un partage à peu près égal, qui donne à la comédie latine un caractère tout particulier. Les proportions sont à peu près les mêmes chez Térence; ainsi VHeautontimoroumenos a 400 vers de diverbium et 670 de cantica ; les Adelphes ont 552 vers de diverbium et 475 de cantica ; YHécyre a pourtant 600 vers de cantica contre 280. Quant aux mètres consacrés aux Cantica, chez Plaute, ce sont les septénaires trochaïques, les diverses sortes de vers lyriques, et une fois seulement (si le manuscrit n'est pas erroné), les sénaires. Ritschl conclut de là que tous les sénaires appartiennent aux diverbia, tous les septénaires trochaïques aux récitatifs, et les vers lyriques aux chants proprement dits. Il semble pourtant que chez Térence les iambes sénaires ne sont pas exclus des cantica, puisqu'on en trouve mêlés aux scènes lyriques sans que rien indique une interruption ou une différence de ton ; on sait d'ailleurs que Plutarque {De Mus,, 28) et Lucien (De Sait,, 27) parlent d'iambes accompagnées de la flûte. On peut se demander maintenant quelle est la structure des cantica eux-mêmes. D'après un passage du De Comedia, la mesure changeait dans un même canticum : ce qu'indiquait trois nombres placés dans les comédies. Hermann pense que ces nombres étaient I, H, Ifl, et Ritschl dit qu'il faudrait en conclure que les cantica étaient divisés en trois parties. On ne Ta pas vérifié pour Plaute. Meisner l'établit pour Térence et a minutieusement étudié la symétrie des cantica dans les différentes pièces de ce poète. Sur 36 cantica, 16 vers seulement dérangent son système, mais ils sont suspectés, plusieurs avec une grande vraisemblance. Cette question des cantica dans le théâtre latin n*est pas encore épuisée. A. Waltz.
BiBL. : Ritschl, dans le Rheinisches Muséum., XXVI, 599-637. -- Bkrgk, dans le Pliilologus, XXXI, 229-246. — Meisner, De Canticis apud Terentium ; Leipzig, 1881.— Cf. N, Christ, Mefno/t, p. 652.
GANTIERS. Com. du dép. de l'Eure, arr. dipsAndelys, cant. d'Ecos ; 177 hab.
GANT! G N Y. Com. du dép. de la Somme, arr. et cant. de Montdidier; 170 hab.
GANTILÈNE, On appelle ainsi, dans l'histoire de la littérature française, certains chants, moitié lyriques, moitié épiques, qui ont dû précéder au moyen âge les chansons de gestes proprement dites. C'est en ce sens que M. Léon Gautier a dit : « Les premières chansons de geste ne sont qu'un chapelet de cantilènes. » {Les Epopées françaises, P*^ éd., t. I, p. 99.) Plus tard, modifiant légèrement ses idées, l'auteur des Epopées françaises se borne à dire que « les premiers auteurs de nos chansons de geste se sont inspirés de nos anciennes cantilènes ». (2^ éd., 1, 43.) Dans un livre récent, M. Pio Rajna a combattu énergiquement la théorie des cantilènes : d'après lui ce mot cantilena, quand on le trouve chez les auteurs latins du moyen âge, désigne de véritables chansons de geste. La seule différence qu'il puisse y avoir entre les cantilènes antérieures au x^ siècle et les chansons de geste que nous possédons (on sait que la plus ancienne, le Roland, ne remonte guère qu'à 1070), consiste dans la dimension et non dans le fond. Il est certain que le mot cantilène ne signifie pas grand'chose de précis et que certains auteurs latins, tels qu'Aubri des Trois- Fontaines, Jaufré de Vigeois, entendent par là des chansons de geste telles que celles que nous connaissons et rien de plus : aussi pourrait-on sans inconvénient le rayer de notre histoire littéraire. Mais la suppression du mot n'entraîne pas celle de la chose : M. Gaston Paris a fort bien montré la nécessité de chants lyrico-épiques à l'origine des chansons de geste qui reposent sur un événement historique. Malheureusement aucun de ces chants ne nous est parvenu directement. — On appelle quelquefois Cantilène de Sainte Eulalie un petit poème français de vingt-neuf vers qui est considéré comme le plus ancien monu-
CANTiLÈNE — CANTINE — H6 —
ment poétique de notre littérature : c'est une imitation en langue vulgaire des proses ou séquences latines qui n'a rien à voir avec les cantilènes proprement dites. Ant. Thomas. BiBL. : Rajna, LeOnginideli epopea francese ; Florence, 1884, pp. 469-485. — G. Paris, compte rendu de l'ouvrage précèdent, dans laRomania, 1884, pp. 616-619. — Léon Gautier, ouvrage cité.
CANTILLAC. Corn, du dép. de la Dordogne, arr. de Nontron, cant. de Cliampagnac ; 312 hab.
CANTILLANA. Ville d'Espagne, prov. de Séville, district de Constantina, à 30 kil. N.-E. de Séville, sur le Guadalquivir, est un centre agricole de quelque importance ; le pays produit en quantité des céréales, du vin, de l'huile, des troupeaux. Il y a de nombreuses ruines et inscriptions romaines ; plusieurs de celles-ci mentionnent la cité de Ulpula magna^ qui parait être l'ancien nom de Cantillana ; pop. : 5,200 bab. (rec. de 1877).
CANTILLO (Alejandro del), jurisconsulte et historien espagnol contemporain, connu surtout par un ouvrage de droit international intitulé TratadoSj convenios y declaraciones de pax, y de comerclo que han hecho con las potenclas estranjeras los monarcas espaftoles de la casa de Borbon, desde et ano de ilOO hasta el dia ; puestos en orden é ilustrados muchos de ellos con la historia de susrespectivasnegociaciones (Madrid, 1843).
CANTILLON (Richard de), économiste anglais, né en Irlande vers la fm du xvii<^ siècle, mort à Londres le 14 mai 1734. D'abord marchand à Londres, il vint à Paris où il fonda une maison de banque. Très lié avec lord Balin«broke et répandu dans la haute société française, il fut, si Ton en croit Grimm, l'amant de la princesse d'Auvergne et participa aux spéculations de Law. Revenu en Angleterre avec une grosse fortune, il fut assassiu'î par son cuisinier qui le vola et mit ensuite le feu à la maison. Cantillon est l'auteur d'un Ivre remarquable qui a conquis les suffrages des plus grands économistes. Léonce de Lavergne a dit que « toutes les théories des économistes y sont contenues d'avance ». Cet ouvrage, intitulé Essai sur la nature du commerce en général, traduit de Vanglois, a été imprimé avec la mention: Londres, 1755, in-12, mais on est d'accord pour penser qu'il a été édité à Paris. Mau~ villon l'a inséré dans sa traduction des Discours politiques de Hume (Amsterdam, 1756, t. lll). En 1759, Philippe de Cantillon, probablement frère de Richard, a donné : Tlie Analysïs of irade, commerce^^ coin, bullion, banks, and foreign exchange, wherein the true principles of this useful knowledge are fully but briefly laid down and explained, etc. (Londres, in-8), qui n'est qu'une traduction très défectueuse et très incomplète de VEssai sur la nature du commerce. On a attribué à Cantillon les Délices du Brabant et de ses campagnes (Amsterdam, 1757, 4 vol. in-8), qui n'est certainement pas de lui, et une Histoire de Stanislas t^, roi de Pologne (Londres, 1741, 2 vol. in-12), qui est de J.-G. de Chevrières. H. S.
BiBL.: Stanley Jevons, Richard Cantillon nnd the naiionality of political economy, dans Contemporary Review de janv. 1881. — Leslie fciTEPHEN, Ndlioîial biography ; I.ondres, 1886, t. Vlll, qui a rectifié nombre d'erreurs accumulées dans les biograpiiies de ce personnage.
CANTIN (CaweniiniumJ . Corn, du dép. du Nord, arr. de Douai, cant. d'Arleux; 937 hab. Stat. du ch. de ter du Nord, ligne de Douai à Cambrai. Fabr. de sucre, de noir animal et de colle ; huilerie ; carrières de grès. L'église Saint-Martin, surmontée d'un clocher gothique moderne, a conservé de curieuses pierres tombales et des fonts de 1549. Pilori construit en 1749; château du xvJii^ siècle. La loideCantin, concédée en 1247 par Gautier, châtelain de Douai et Hellin de Wavrin, a été publiée par l'abbé Hautcœur, Cartul, de Vabb. de Flines, t. 1, p. 72.
CANTIN (...), directeur de théâtre, né vers 1820. Il commença par être violoniste, ouvrit plus tard un cabinet d'affaires, et enfin s'occupa de théâtre. Il prit, vers 1871, la direction des Folies-Dramatiques, où la
chance le servit à souhait, et où une seule pièce lui permit de faire sa fortune en moins d'une année. En effet, le succès prodigieux de la Fille de Madame Angot, de M. Charles Lecocq, succès qui se traduisit par une série de plus de quatre cents représentations consécutives, fit entrer dans ses coffres plus d'un million de bénéfices nets. Un autre ouvrage du même genre, les Cloches de Corneville, de M. Robert Planquette, ne fut pas moins heureux, et produisit les mêmes résultats. En 1879, M. Cantin quitte la direction des Folies-Dramatiques pour prendre celle des Bouffes-Parisiens, où il n'est pas moins heureux, car l'énorme succès de la Mascotte, de M. Edmond Audran, ne lui est pas moins profitable que les précédents. Cependant, tout en restant à la tête des Bouffes-Parisiens, M. Cantin s'associe bientôt avec MM Eugène Bertrand et Plunkett pour fonder l'Eden-Théàtre', dont l'inauguration se fait le 7 janv, 1883 avec le fameux ballet d'Excelsior, qui fait courir tout Paris. Mais au bout d'une année environ, il se désintéresse pour sa part de cette entreprise, et en 1885 il abandonne à M'^^Ugalde la direction des Bouffes.
CANTINE. I. Administration militaire. — On désigne sous ce nom des établissements qui ont pour objet de livrer aux hommes de troupe, à des prix très modiques, des denrées alimentaires et des boissons de bonne qualité, ainsi que certains objets d'un usage courant. Dans les corps de troupe, les cantinières qui tiennent ces établissements sont choisies par le colonel et commissionnées par le conseil d'administration. Elles sont prises autant que possible parmi les femmes des militaires non gradés. Mais cette règle n'est pas absolue, et certains régiments n'ont que des cantiniers civils. Dans tous les cas, les femmes des sous-officiers et des caserniers ne peuvent jamais tenir une cantine. Les cantinières ont droit au logement. Elles sont obligées de nourrir les sousofficiers, ainsi que les caporaux et soldats autorisés à ne pas vivre à l'ordinaire. Les prix des pensions sont fixés par le colonel au prorata du grade. Les cantinières ne doivent faire aucun crédit aux militaires ; elles tiennent un cahier de quittances qui est visé à chaque prêt par l'adjudaiit-major du bataillon. Au point de vue de la police et de la tenue, les cantines sont surveillées par radjudant-major et l'adjudant de semaine. Le colonel peut les consigner, c.-à-d. les fermer temporairement, et même retirer les commissions des cantinières. l\ y sl une cantinière par bataillon d'infanterie, deux par régiment de cavalerie, et trois par régiment d'artillerie. Elles sont pourvues d'une voiture à deux chevaux, du modèle réglementaire.
Aux armées, elles doivent faire viser leur commission par l'officier de gendarmerie qui commande la force publique de la division. A moins d'ordres contraires elles marchent avec le train de combat, c.-à-d. à la queue de leur régiment. Indépendamment des cantinières des corps de troupe, le grand prévôt et ses auxiliaires (prévôts et commandants de la torce publique) peuvent autoriser des marchands ou vivandiers civils à suivre l'armée pourvu qu'ils présentent les garanties nécessaires. Les patentes que délivrent ces officiers sont visées par le chet d'état-rnajor. Les marchands autorisés reçoivent en outre une plaque portant en exergue les mots marchand ou vivandier et le numéro de leur patente. Dans chaque corps d'arméeun médecin et un pharmacien militaires sont chargés de vérifier la qualité des denrées et liquides mis en vente.
En Allemagne les cantines sont des lieux de débit et non de consommation. Elles sont gérées suivant le mode qui paraît le plus avantageux au chef de corps. Dans la gestion directe, une commission spéciale fait les achats , fixe les prix et assure le débit. A la fin de l'année elle distribue aux sous-officiers et soldats une partie des bénéfices réalisés. C'est une sorte de société coopérative présidée par le colonel. Dans la gestion à Vcntreprise, un entrepreneur civil, qui doit pourvoir à son logement, achète le droit d'exploiter une cantine en
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CANTINE — CANTÎQUE
payant une certaine somme qui est partagée entre les hommes de troupe. Une commission spéciale fixe les prix de vente et surveille la gestion. Les cantiniers ne nourrissent pas les sous-officiers, qui ont leur casino ou mess.
On donne aussi le nom de cantine à des caisses deslinées au transport des bagages, vivres et autres objets nécessaires à l'armée (V. Caisse, t. Vlll, p. 796). E. F.
IL Médecine militaire. — On donne le nom de cantines à des coffres d'un modèle uniforme qui sont destinés à contenir une partie du matériel du service de santé en campagne, soit dans les corps de troupes, soit dans les ambulances. On distingue des cantines médicales^ des cantines de pharmacie et des cantines d'administration. Chaque bataillon mobilisé est muni dune paire de cantines médicales renfermant environ 371 pansements, qui se chargent sur la voiture médicale régimentaire (une par bataillon), à côté des paniers de réserve et autres objets en vrac. Ces cantines, qui sont numérotées 1 et 2, sont en bois, renforcées de fer; elles ont les dimensions suivantes : longueur, 0^81 ; largeur, 0^38; hauteur, 0'^455; cube, 0^140. Leur poids est de 26 kilogr. 500 pour la cantine n*^ 1 vide, et 50 kilogr. chargée; de 23 kilogr. pour la cantine n** 2 vide, et 49 kilogr. chargée. Ces coffres renferment : des médicaments simples, des médicaments composés, des objets d'exploitation de la pharmacie, des objets de pansement, des effets et objets à l'usage dts malades, des instruments de chirurgie et objets accessoires, le matériel de la pharmacie, le matériel du service général, des denrées et objets de consommation. La valeur du contenu d'une paire de cantines médicales est de 435 fr. 08. — Tous ces objets figurent sur une nomenclature qui en fixe la quantité existante, la valeur et la répartition par cantioe. Elle indique également la place exacte de chaque objet. Les cantines n^ 1 sont divisées en trois plans : supérieur, intermédiaire, inférieur, et chaque plan en cases. Les cantines n° 2 sont divisées en deux plans : supérieur et inférieur, le plan inférieur seulement en cases. Chaque ambulance n<* 2 (pour brigade de cavalerie ou places fortes) est munie de deux cantines de pharmacie, divisées en tiroirs, de sept cantines de chirurgie, dont une divisée en plans et tiroirs, et de quatre cantines d'administration. La valeur de tout ce matériel est de 4,464 (r. 53. Chaque ambulance n^ 3 (pour colonnes opérant dans les montagnes et colonnes opéranten Algérie, de i ,000 à 2,500 hommes environ) est pourvue de deux cantines de pharmacie, huit cantines de chirurgie, six cantines d'administration, dont une disponible. La valeur de cet approvisionnement est de 3,606 fr. 95. Enfin, il existe un approvisionnement supplémentaire d'ambulance n° 3, d'une valeur de 3,130 fr. 90, et se composant de deux cantines de pharmacie et six cantines d'administration, dont une disponible.
Chaque inspection générale du service des armées en campagne, chaque groupe de munitions, parc d'artillerie de corps d'armée, grand parc d'artillerie et équipages de pont d'armée sont pourvus d'une paire de cantines médicales, transportée sur une des voitures de l'inspection générale ou du parc. Une notice spéciale indique les mesures à prendre pour la conservation de ces approvisionnements. D'une manière générale, ils doivent être placés dans des locaux secs et aérés, à l'abri de l'humidité et de la chaleur. Tous les trois mois, au moins, ils sont visités avec soin. Enfin, les médictiments susceptibles de s'avarier doivent être mis en consommation pour le service courant et remplacés dans les cantines. Chaque médicament a une durée approximative de conservation, à l'expiration de laquelle son renouvellement est prescrit. Cette durée varie, pour les médicaments, denrées et conserves, de trois mois à trois ans. Les conserves de bouillon Liebig, seules, ont une durée illimitée. Ajoutons que malgré les transports continuels, les chocs, les chutes, les intempéries, le matériel renfermé dans ces cantines est toujours de bonne consommation. D** A. Coustan.
CANTINI (Gioacchino), graveur italien du xix* siècle, qui travaillait de 1809 à 1823. Il était élève de Raphaël Morghen et a gravé Judith tenant la tête d' Holopherne, d'après Allori, le Portrait d' Elise, princesse de Lucques et de Piomhino, etc.
CANTINIER, CANTINIÈRE (V. Cantine).
CANTIQUE. L Liturgie. — Littré définit ainsi le cantique : « Chant d'église en langue vulgaire ». C'est donc un chant destiné, non pas à un chœur, mais au peuple; on le trouvera là où le peuple n'est pas réduit, dans le culte, au rôle de spectateur, et où sa langue n'a pas été supplantée par une langue hiératique qu'il ne comprend point. C'est dire que le cantique est un produit principalement protestant. Il y a eu, sans doute, des cantiques dès les commencements de l'Eglise chrétienne. L'apôtre saint Paul parle déjà (Colon, lll, 16) «de psaumes, d'hymnes et de cantiques spirituels». Pline le Jeune fait allusion au chant des cantiques quand il écrit en 110 à Trajan, en parlant des chrétiens : ... soliti, stato die ante lucem couvenire^ carmenque Christo, quasi Deo^ dicere secum invicemy etc. (L. X, ép. 97). Mais le jour où le clergé devint le maître et où le latin cessa d'être une langue vulgaire, le cantique disparut de plus en plus du culte, ou n'y demeura qu'à titre d'exception, en des pays tels que la France et l'Allemagne. La Réformation lui rendit sa place dans le culte et l'amena à une floraison qu'il n'avait jamais connue auparavant. Dans tous les pays où la Réformation a fondé des Eglises évangéliques, il y eut des cantiques en langue vulgaire.
C'est l'Allemagne qui est la vraie patrie du cantique ; elle en a produit plus que tous les autres pays réunis; on les compte par dizaines de milliers; il y en a un très grand nombre qui sont d'une belle inspiration poétique ; quelques-uns sont de purs chefs-d'œuvre. Bien que les Hussites, en Bohême, eussent déjà eu leur recueil de cantiques, on peut dire cependant que c'est Luther qui est le père du cantique religieux. Quand il se mit à en composer, il ne pressentait pas la portée de ce qu'il faisait; il pensait simplement suivre l'exemple des Pères de l'Eglise et des prophètes. Mais il était poète dans l'âme et l'on sait combien il aimait la musique. En traduisant des psaumes et de vieux chants latins, il y versait un esprit nouveau, la foi qui remplissait son âme; ses cantiques sont d'un souffle puissant et pourtant simples, à la portée de tous. Il en composa trente-six ; comme ses amis suivirent son exemple, le recueil de cantiques luthériens (le premier fut publié en 1524) s'accrut bientôt dans des proportions consid(^rables. Le premier chant du réformateur fut une complainte sur deux jeunes hommes martyrisés pour leur foi dans les Pays-Bas ; le second, le cantique Nun freuteuch liebe Christengmein (1523), dans lequel il redit l'histoire de son âme, les angoisses où l'avait jeté le sentiment accablant du péché et la foi qui lui inspirait sa joyeuse confiance. C'est en 1529 qu'il composa le cantique Cest un rempart que notre Dieu, qu'on a souvent appelé la Marseillaise luthérienne, et dont Meyerbeer a su tirer un parti si admirable dans son opéra des Huguenots (V. sept cantiques de Luther traduits en français, dans Ch. Pfender, Vie de Luther; Paris, 1883). Voici ce qu'il dit dans la préface de son recueil de 1525 : « Je ne suis pas d'avis que l'évangile doive proscrire ou anéantir les arts, comme le veulent quelques spiritualistes à outrance; je voudrais, au contraire, voir tous les arts, et en particulier la musique, au service de celui qui nous les a donnés. » Les cantiques de Luther ne contribuèrent pas peu à la propagation de sa doctrine. Nous avons de la peine aujourd'hui à nous représenter l'iniluence qu'ils ont eue sur les esprits. « Les hymnes de Luther, dit le jésuite Conzenius, ont fait périr plus d'âmes que ses écrits et ses prédications. » Et le moine Thomas a Jesu : « Il est très surprenant de voir combien le luthéranisme a été répandu par les nombreux cantiques sortis de l'officine de Luther ; on les chantait dans les maisons, dans les ateliers, sur les
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places publiques, daus les rues et dans les champs. » Ils devenaient comme des colporteurs et des missionnaires pour répandre la nouvelle doctrine. Dans les cantiques de Luther et de ses contemporains, la versification est inhabile; la langue rude; ils ont plus de force que de grâce. Etant destinés au cuUe, ils ont un caractère objectif, redisent et au besoin défendent les dogmes de l'Eglise. Pendant la guerre de Trente Ans, temps de calamité et de désolation, le cantique devient consolatoire. SousTinfluence d'Opitz, la versification s'améliore. Avec P. Gerhard, nous entrons dans la période classique ; le cantique prend un caractère plus intime, plus individuel ; on y trouve la poésie du cœur; aussi les chefs-d'œuvre de P. Gerhard sont-ils encore aujourd'hui les plus populaires. Après lui, le cantique dégénère; sous l'influence du « Blumenorden » de Nuremberg, dont les membres se nommaient « les bergers de la Pegnitz », il tombe dans un sentimentalisme quelquefois mièvre et fade. Avec Angélus Silesius, c'est la couleur mystique qui y domine. Spener et le piétisme lui donnent un caractère plus biblique. Avec Gellert il devient plus didactique ; avec Klopstock, pathétique et émouvant. Enfin à la fin du xviii® siècle et au commencement du xix® siècle, il est envahi par le rationalisme ; alors c'en est fait de la poésie ; ce sont des sermons de morale mis en rimes ; les chefsd'œuvre des siècles précédents sont accommodés au gotit du jour et abaissés au niveau de la prose rimée des contemporains. Des hommes tels que Herder et Gœthe jugèrent sévèrement ces falsifications. Nous ne saurions donner ici une nomenclature des poètes qui ont écrit des cantiques ; leur nombre est légion. Déjà au milieu du siècle dernier, un Danois, amateur d'hymnologie, le secrétaire d'Etat Moser, possédait une collection de 250 recueils différents, et publiait une table de plus de plus de 50,000 cantiques allemands. La musique fut toujours à la hauteur de la poésie. Ici aussi Luther a été un initiateur. Il avait son cercle musical dans sa maison (Cantorey im Hause) ; il travaillait avec Conrad Rupp, Jean Walter, George Rhaw, Ludwig Senfl, de Munich. Luther cherchait l'air sur sa flûte ; les autres l'écrivaient et y ajoutaient l'harmonie. L'on compte parmi les chorals autant de chefs-d'œuvre que parmi les cantiques. Les Eglises luthériennes de Suède et de Danemark empruntèrent les plus beaux cantiques des recueils allemands et en produisirent beaucoup d'originaux. C'est l'Eglise luthérienne de France qui a été la plus mal partagée, la différence du génie des deux langues rendant la traduction des cantiques allemands fort malaisée. En France il semblait que la Réformation ne dût pas suivre le mouvement de la réforme allemande. Calvin se montra d'abord hostile à Part, qu'il considérait comme païen ; il n'en voulait avoir sous aucune forme, ni dans le culte, ni dans les lieux de culte. Il dut pourtant se décider à introduire dans son Eglise le chant des psaumes, « pourvu, disait-il, que l'on se donnât garde que les oreilles ne fussent plus attentives à l'harmonie du chant que les esprits au sens spirituel des paroles ». Pendant son séjour à Strasbourg, il publia un premier recueil : Aulcuns Pseaulmes et cantiques mijs en chant (Strasb., i539). Une nouvelle édition du 15 févr. 1542, portait, pour mystifier la papauté, l'inscription suivante : Imprimé à Rome par le commandement du pape, par Théodore Brûsx,^ Alternant, son imprimeur ordinaire. C'est Clément Marot qui avait commencé à traduire quelques psaumes en vers ; on s'en arrachait les copies ; chacun adaptait à ces psaumes l'air qui lui plaisait le plus, et l's musiciens y ajoutaient des harmonies savantes ; toute la cour retentissait du chant des psaumes. En 1542, parurent « avec privilè'ie du roi » Trente psaumes dédiés au roi. Réfugié à Genève, Marot y publia en 1543, 49 psaumes et le Cantique de Siraéon, sous le titre de Cinquante psaumes. Théodore de Bèze continua son œuvre ; mais sa traduction est bien loin de valoir celle de Marot. Le psautier fut complet en 1562, et, dans cette
même année, il en parut plus de vingt-cinq éditions. C'est surtout Louis Bourgeois et Claude Goudimel qui fournirent les mélodies et la musique. Ces mélodies contribuèrent à leur vogue ; beaucoup de catholiques se firent protestants pour les chants. Du Bouley, dans son Histoire de l'Université de Paris, nous représente les calvinistes de la capitale posant, au chant des psaumes, les fondements de leur religion, et Florimond de Rémond fait dater de ces mêmes psaumes l'existence de l'Eglise réformée. Pendant les guerres de religion, on les chantait en marchant au combat. C'est le psaume 68 en particulier (Que Dieu se montre seulement) qui devint le psaume des batailles. L'usage exclusif des psaumes imprima à la piété calviniste un caractère légal et rigide ; c'était de l'Ancien Testament ; la note évangélique, plus douce, et l'accent personnel du cœur y faisaient défaut; mais les théologiens calvinistes ne voulaient avoir que des cantiques « inspirés du Saint-Esprit », c.-à-d. empruntés aussi littéralement que possible à la Bible. Calvin dit que « après avoir circui partout pour chercher çà et là, on ne trouvera guère de meilleures chansons que les psaumes ». Ce n'est que dans notre siècle que les recueils réformés s'ouvrirent à d'autres cantiques. Dans les Eglises réformées des autres pays on suivit généralement l'exemple donné par l'Eglise de Calvin, et on mit en vers les psaumes. Les recueils de cantiques catholiques (V. ci-dessous) ne sont guère à citer que pour mémoire au point de vue liturgique ; en effet, n'ayant point de place, ou n'ayant qu'une place très secondaire dans le culte public, on n'y attache aucune importance; aussi l'air est en rapport avec le texte. Ainsi le recueil de Saint-Sulpice renferme des cantiques chantés sur des airs tels que Partant pour la Syrie, Femme sensible, Il pleut, il pleut bergère. Tout est charmant chez Aspasle, etc. Ch. Pfemder.
IL Musique et Littérature. — Dans la liturgie catholique, on nomme Cantica majora les trois chants du Magnificat, du Benedictus Dominus Deus Israël et du ISimc dimittis, et Cantica minora, sept autres chants tirés de l'Ancien Testament. Dans son acception ordinaire, le mot cantique désigne un chant composé sur un poème pieux en langue vulgaire. On en trouve l'origine dans les chants sur la vie des saints, populaires au moyen âge sous le nom de cantilena, et dans les 7îoëls; on peut s'en faire une idée exacte par quelques chants religieux populaires d'origine fort ancienne, conservés par tradition dans certaines provinces.
Dès le moyen âge, on fit des essais de cantiques ^ulgaires harmonisés à deux ou trois voix :
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bragQient de cantique du xiii« siècle, à trois voix, tiré du manuscrit de Montpellier.
Mais c'est après la Réforme que le cantique prit son
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importance et sa signification modernes; à côté des traductions huguenotes des psaumes, formant la partie officielle du chant de Téglise réformée, apparurent les « chansons spirituelles » de Marguerite de Valois, Marc- Antoine de Muret, Baïf, Guill. Guéroult et autres, destinées aux réunions privées et bientôt appelées cantiques. La musique en était d'ordinaire empruntée à des airs profanes connus, mais souvent aussi composée à plusieurs voix par les meilleurs musiciens du temps, huguenots ou catholiques.
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Début d'un cantique huguenot de G. Guéroult Cmusique de Didier Lupi).
Ces chants se répandant à la fois parmi les calvinistes et les catholiques, ces derniers leur opposèrent des œuvres analogues pour « regagner par la douceur des vers et du chant ceux qui, pour plaisir de Toreille et de la musique, se seraient débandés du giron de l'église catholique » ; (préface des Hymnes et cantiques spirituels de G. Le Fèvre de la Boderie, 1578). A son tour, le jansénisme eut ses cantiques, publiés par le F. Jean l'évangé liste, sous le titre de la Phllomèle séraphique (Tournay, 4632 et 1640), sur des airs profanes de Guédron, Moulinié, Boësset, etc. De nombreux recueils de cantiques parurent à cette époque. La musique de ceux du P. de La Gauchie, la Pieuse alouette (1619), était « partie recueillie de divers auteurs, partie aussi composée de nouveau, la plupart sur des airs mondains ». Pour réagir contre cette coutume regrettable, le célèbre P. Bridaine composa luimême un grand nombre des mélodies de ses cantiques ; Tévêque Godeau fit composer par Gobert la musique de sa Paraphrase des psaumes, et le P. Grasset demanda celle de ses cantiques à un certain Champenois. Ceux de J. Racine (Cantiques tirés de r Ecriture sainte), écrits pour les demoiselles de Saint-Cyr, lurent composés par Moreau, puis par Cotasse, mais dans une forme développée se rapprochant du motet ou de la cantate. Les cantiques plus simples, destinés aux chanteurs peu exercés, continuèrent malgré tout de s'adapter souvent à des airs profanes. L'un de ceux de l'abbé de Latteignant était sur le thème du menuet d'Exaudet. En 1772, les prêtres de Saint-Sulpice firent paraître en quatre volumes un choix des meilleurs cantiques de leur temps ; les mélodies en furent depuis harmonisées par Berton. Parmi les nombreux recueils de cantiques publiés au xix® siècle, on doit citer le Choix de cantiques sur des airs nouveaux à trois et quatre voix, du P. Lambillotte (1852, in-8), d'autres recueils du même auteur et de MM. Gounod, Gastinel, F. Clément, quelques cantiques détachés de M. Saint-Saëns et, pour le cuite réformé, les Chants de Sion, paroles et musique de M. Ch. Malan (1825, 1^^ éd.). (V. Choral, Noël, Psaume.) Michel Brenet,
BiBL. : 1° Liturgie. — Hoffmann, Gescldchte der deutsclien Kirchenlieder bis auf Luthers Zeit ; l^re&lau, 1832, — KocH, Geschichte des Khchenlieds und Kirchengesangs der christlichen, insbesondere der deutschenevangelischen Kirche; Stuttg., 1852, 4 vol. — Winterfeld, Der evangelische Kirchengesang und sein Verhàltniss zur Kunst des Tonsatzes; Leipz., 1843-47, 3 vol. — Zur I
Geschichte heîligen Tonkunst; Leipz., 1850, 2 vol.— Wa- KERNAGEL, Bibliographie der deutschen Kirchenlieder; Frankf., 1854. — F. Bovet, Hist.du Psautier des Eglises réf.; Paris, 1872. — O. Douen, Cl. Marot et le psautier huguenot; Paris, 1878-79, 2 vol. (ouvrage imprimé aux frais de l'Etat). — Josua van Iperen, Kerkelyke Historié van het Psalm-gesang der Christenen ; Amsterd . , 1777-78, 2 voL -— John Holland, the Psalmists of Great Britain ; Londres, 1843,2 vol. — Riggenbach, der Kirchengesang in Basel ; Base), 1870.
2'» Musique. — Le Semeur, année 1837. ■— D'Ohtigue, Dictionnaire de plain-chant et de musique d'église, 1860, in-4. — G. Becker, Guillaume Guéroult et ses chansons spirituelles, 1880, in-18.
CANTIQUE DES Cantiques. Livre d'étendue médiocre, admis dans le canon biblique à la section des Hagiographes, et consistant en poésies amoureuses dont le sens, le plan et Torigine ont donné lieu à de fréquentes controverses. L'interprétation qui a prévalu auprès des théologiens juifs identifie la jeune fille ou l'amante avec la nation juive tandis que, sous l'indication de l'amant ou du roi Saloraon, il faudrait voir la divinité elle-même. La théologie chrétienne y a vu plus volontiers Tunion de l'âme chrétienne ou de FEglise avec Jésus-Christ. Le principe même de cette interprétation mystique a été contesté par les récents critiques, qui se sont généralement prononcés contre la thèse de l'aliégorie et prétendent que les effusions dont le Cantique est rempli doivent être prises dans un sens purement humain. Les exégètes, en désaccord sur le sens général da livre, ne s'entendent pas non plus sur son plan, les uns y voyant une série de poésies détachées, fragments dépourvus de suite, et les autres un poème d'une ordonnance savante, un véritable drame, presque une pièce de théâtre. Enfin les opinions varient également sur la date de composition, les uns rapportant l'œuvre à une époque très ancienne, les autres la tenant pour de basse époque. — La première question est de déterminer le nombre des personnages mis en scène. La tradition n'en a jamais connu que deux, l'amant et l'amante, que l'on doive reconnaître ou non dans le premier la divinité protectrice d'Israël, Jésus-Christ ou un mortel, prince ou particulier ; dans la seconde, la nation Israélite, l'Eglise ou tout uniment une femme. L'on s'est avisé, récemment, de dédoubler le personnage de l'amant et de voir dans l'interlocuteur de ramante tantôt le roi Salomon, tantôt un simple berger. Au lieu que le poème consiste en un dialogue d'amour, il représenterait alors une véritable scène, une sorte de drame oh deux rivaux se disputeraient le cœur d'une femme : celle-ci prélère l'affection naïve de l'homme du peuple au faste de la cour royale. Voici comment le théologien Jacobi exposait cette théorie dès 4771 : La fille d'un vigneron de Jérusalem a été récemment mariée à un jeune berger des environs. Elle est enlevée pour être conduite dans le harem de Salomon. Mais elle résiste à toutes les sollicitations du roi et finit par rejoindre son mari. A partir de ce moment, ce fut à qui retrouverait dans ces gracieuses et vives descriptions d'un amour partagé tous les éléments d'une action scénique. Le système de Jacobi a été reproduit en Allemagne par plusieurs auteurs, notamment par Ewald et Hitzig, dont M. Renan a transporté les résultats dans notre langue en les modifiant seulement sur des points de détail. M. Reuss a persifilé d'une façon charmante ces essais, sans doute ingénieux et méritoires, mais où l'exégète use véritablement de libertés incompatibles avec le respect d'un texte ancien : « Quoi capita tôt sensus ! (selon les exégètes) il y a trois, quatre, cinq ou six actes ; on compte de cinq à seize scènes. La pièce n'a pas été composée pour la représentation pubhque : il est hors de doute qu'elle a été représentée dans les fêtes populaires. Elle l'a été à la cour même : elle l'a été dans un but hostile à la royauté. Il n'y a pas d'action : tout y est action. Elle est du genre bucolique : elle est plutôt de tout autre genre. Elle a été faite pour égayer une fête nuptiale : il ne s'y agit pas du tout de mariage. Elle a été composée en l'honneur de Salomon : elle doit le rendre ridicule ou odieux. Le sujet est une histoire véritable conservée par la
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tradition : le fond est purement fictif... Enfin, pour ce qui est de la morale prêchée au publie : l'auteur a voulu proscrire la polygamie ; il a voulu faire l'éloge de la fidélité conjugale ; il a voulu faire admirer la vertu, victorieuse de la séduction; il a voulu se rendre l'organe de l'indignation démocratique en face de la corruption de la cour. » Parmi les récentes interprétations dans le sens du drame, nous citerons celle d'un théologien protestant français, M. Bruston.
L'œuvre, d'après cet auteur, est un drame en cinq actes, qui montre comment une jeune fille du village de Sulem, dans le nord de la Palestine, amenée dans le harem de Salomon, sut se faire respecter de ce monarque, demeura fidèle au jeune berger qu'elle aimait et obtint enfin, par sa résistance courageuse et prolongée, d'être renvoyée auprès de ses parents. Au premier acte (I, 1 à 11, 7), on voit Salomon dans son harem au milieu de ses aimées qui lui témoignent leur amour dans des chants voluptueux. Une jeune fille, qu'elles nomment la Sulamite et qui y a été introduite par surprise, s'étonne d'abord d'être l'objet des caresses du roi, puis, comprenant où elle se trouve, déclare que son cœur n'est pas libre, qu'elle aime un berger de son pays et répond tant aux observations des femmes du harem qu'aux déclarations enflammées du roi par le dédain et le refus. Le second acte (II, 8 à lll, 5) est un monologue de la jeune femme, rappelant les souvenirs du passé et sa durable affection pour le berger qu'elle aime. Le troisième acte (III, 6 à V, 1) représente le mariage de Salomon avec une princesse étrangère, à laquelle le roi adresse les mêmes compliments qu'à la jeune bergère. Dans le quatrième acte (V, 2 à Vlll, 4), nouvelle tentative de Salomon pour triompher de la jeune campagnarde. Sorte de dialogue en partie double, Salomon faisant l'éloge de la bergère, elle lui ripostant par l'éloge de son berger. Salomon s'avoue vaincu et rend Fa liberté à la jeune fille. Au cinquième acte, la Sulamite reprend le chemin de la maison paternelle au bras du i3erger qu'elle aime. (VIII, 5 à 14.)
L'hypothèse du drame a été combattue très vivement par M. Reuss dans sa Bible, Nous n'hésitons pas à nous ranger à son avis et nous tenons avec lui les essais de reconstruction dont nous venons de donner un spécimen, poîu' d'agréables fantaisies, nullement pour des interprétations rigoureuses et scientifiques. Toutes ces tentatives reposent sur une erreur fondamentale, sur la prétention de couper en deux le personnage de l'amant, d'y voir tour à tour un roi licencieux dont les avances sont repoussées et un bon jeune homme dont les chastes desseins sont agréés. Ce dédoublement me semble une des erreurs les plus regrettables de l'exégèse moderne ; il est de nature à fausser les idées et, sous ce rapport, nous estimons que l'ancienne exégèse était plus rapprochée de la vérité. Cela n'est point pour dire que nous donnions raison à cette dernière dans son interprétation allégorique des déclarations amoureuses qu'échangent les deux principaux personnages. Cette interprétation semblait commandée par la présence seule du livre dans une collection d'écrits destinés à l'édification, et Ton accorde aujourd'hui que les docteurs juifs n'auraient jamais fait place au Cantique dans le canon s'ils ne lui avaient déjà attribué un sens mystique. Autre chose est de savoir si l'auteur avait eu en vue un amour purement humain : à cet égard, aucun trait du livre ne nous engage à chercher au delà du sens naturel et l'on se heurte, tout au contraire, dans la poursuite d'une intention spirituelle ou morale, à d'inextricables difficultés. — S'il nous est impossible de tenir le Cantique pour une œuvre dont l'auteur aurait écrit dans une intention mystique ou moralisatrice, nous ne nous associerons pas davantage aux polémistes qui l'ont traitée d'immorale et de licencieuse. C'est une poésie amoureuse qui contient, à côté de détails d'une grâce exquise, l'expression parfois un peu libre de la passion satisfaite. On y peut même signaler une pointe de grivoiserie. Ce n'est pas le bréviaire des
fiancés, c'est celui des amants. ' — Avons-nous affaire à un poème ou à des poésies détachées sans aucun autre lien qu'une même préoccupation amoureuse? C'est ce que prétend M. Reuss en réaction — et en réaction légitime — contre l'interprétation dramatique trop facilement acceptée par la plupart des exégètes contemporains. Il nous paraît qu'il va trop loin et qu'il est légitime de conserver à l'œuvre le nom de poème, (iertaines formules, des espèces de refrains, se retrouvent à plusieurs places et témoignent en faveur de l'unité d'inspiration et d'auteur. — Quel est l'auteur ? C'est un poète qui a mis la plume à la main pour célébrer les amours de deux personnages, dont il désigne l'un par l'appellation de Salomon, le fastueux fils et successeur du glorieux roi David. Sous ce personnage, nous sommes tentés de retrouver quelque monarque ou quelque prince. Si l'amant est un prince, l'amante est-elle une bergère? Oui, une bergère, dans le sens des « bergeries » du XVI 11^ siècle, une bergère richement parée et pour laquelle les parfums les plus savants n'ont pas de secrets. Ce cadre charmant, emprunté aux choses de la campagne, est un décor, et ce décor, ce qui n'a rien de contradictoire, s'allie à un sentiment très vif de la nature. Le Can-^ tique est donc, d'après nous, selon une définition que nous fournit l'ancienne exégèse, un épithalame; nous y voyons l'œuvre d'un poète de cour célébrant, dans une série de chants gracieux, spirituels, passionnés, dont quelques détails seuls sont obscurs, soit une nouvelle épouse, soit peut-être plutôt le succès d'une favorite, aux pieds de laquelle le prince, désigné sous l'appellation transparente et flatteuse de Salomon, a mis son cœur et sa puissance.
Un mot enfin sur la date. Nous n'insisterons pas sur le nom de Salomon, qui se lit en tête du poème et qui a pu être ajouté après coup à raison de ce même nom qui revient à plusieurs reprises au cours de l'ouvrage. Toutefois, sans remonter aussi haut, plusieurs exégètes tiennent pour une composition ancienne, viu® ou ix® siècle avant notre ère. On invoque de prétendus idiotismes pris aux régions septentrionales du territoire Israélite et la mention d'une ancienne capitale. Ces arguments sont dépourvus de toute valeur. Par sa teneur générale, par le talent et la science de la composition, par le raffinement de certains détails, l'œuvre nous ramène tout au contraire à une époque moins éloignée. Il est fort possible qu'elle date seulement du temps des princes Hasmonéens (environs de l'an 100 avant notre ère) et ait été composée en l'honneur de quelqu'un d'entre eux. En tout cas, celui qui a assuré à l'œuvre sa conservation est l'écrivain qui a placé en tête le nom de Salomon. Admis sous ce couvert au rang des livres sacrés, le Cantique nous est parvenu sous le prestige et la protection de l'interprétation allégorique. Dépouillé de ce voile, il nous apparaît aujourd'hui comme une œuvre charmante et passionnée, qui ne le cède à aucune des compositions analogues des littératures anciennes et modernes. Maurice Vernes.
BiBL. : Jacobi, Das diirck einc leichte und ungekûnstelte Erklàrung von seinen Wor-wûrfen gereitete Hohe Lied, 1771. — Umbreit, Lied der Liebe, 1828. — Ewald, Das Hohe Lied Salomo's, 18'26 (dernière édition 1867).— HiTziG, Commentar ûber das Hohe Lied, 1855. — ûe- L.rrzscAï,Commentar zum H. L., 1875. — B. Sciiaefer, Das Hohe Lied; Munster, 1876. — Kaempf, Das Hohe Lied; Prap;ue, 1877. — Stickel, Das Hohe Lied in seiner Einhed; Berlin, 1888. — E. Renan, le Cantique des cantiques, traduit de Vhébreu avec une étude sur le plan, l'âge et le caractère du poème, 1860. — Franck, Etudes orientales, 1861. — Godmt, Etudes bibliques, 1873.
— PiEROTTi, Notes sur le Cantique des cantiques, 186^.
— RiîviLLE, le Cantique des cantiques (dans Revue théologique de Strasbourg, t. XIV). — Ch. Bruston, le Cantique des cantiques (dans Encyclopédie des sciences religieuses, t. 11) ; Paris, 1877. — A consulter les Introductions à l'Ancien Testament ou Manuels des livres bibliques en allemand, français, anglais, qui tous traitent de l'âge et de la composition du Cantique. On consultera avec un profit tout particulier dans la Bible de Reuss le volume intitulé le Cantique des cantiques dit de Salomon, recueil de poésies erotiques traduites de l'hébreu avec introduction et commentaire (Paris, 1879} On y trouvera
G/VNTIQUE — CANTON
des renseignements aussi complets que précis sur l'histoire et l'interprétation du livre.
CANTIRAN (Jean-Bernard-Eugène de) (V. Boïrie).
CANTO en italien ou GANT US en latin, est un terme de musique qui signifie littéralement chant et qui s'applique à la mélodie essentielle et déterminante d'un morceau à plusieurs parties, en d'autres termes, au motif, au thème du morceau. En langue italienne, il désigne également Fart et la pratique du chant, un morceau de musique vocale, etc., etc. Le canto élait toujours confié autrefois au ténor, tandis qu'aujourd'hui, dans un ensemble, c'est plus généralement le soprano qui en est
chargé ; en raison de cette confusion qui
s'est faite entre les mots de canto et de -^
sopranOj on a appelé souvent clef de Ht ~
canto la clef à'ut (première ligne) :
Différentes épithètes ont servi à distinguer le canto en catégories et à marquer ses caractères ; en voici les principales : canto armonico, chant à plusieurs voix, en parties ; canto a capella^ musique vocale d'église, sans accompagnement d'instrumepts (plus tard l'accompagnement a été admis, mais seulement par unissons ou octaves avec les voix) ; canto fermo (V. ce mot) ; canto misurato, chant mesuré ; canto flgurato^ chant figuré ; canto semplice ou cantus choralis^ chant choral. Pour ces différents mots, V. Chant, Choral, Contrepoint, Harmonie, Mesure, Musique, Plain-Chant, etc.
Canto Fermo ou Cantus Firmus. — Motif que les anciens contrepointistes empruntaient à la liturgie grégorienne et développaient dans leur musique, mais de telle sorte que le thème s'afiîrmât toujours, tandis qu'autour de lui les autres voix dessinaient des contrepoints. La partie de canto fermo était marquée G F sur les partitions. On peut citer, comme types de ce mode d'emploi des motifs du plain-chant, les messes de Palestrina, Aeterna Christi numera et Assumpta est Maria, où chaque mouvement commence par la première phrase de l'hymne; dans son molit Beatus LaurentiuSy le canto fermo, confié au premier ténor, s'impose pendant tout le morceau, à travers les contrepoints des quatre autres parties, Bach a traité de la même façon plusieurs de ses cantates et autres morceaux religieux. La première origine du nom cantus firmus est dans l'invariabilité et le caractère définitif attribués à l'antiphonaire grégorien à la suite de la réforme musicale de Saint-Grégoire. A. Ernst. CANTO (rio), cours d'eau de l'île de Cuba (V. Cauto). CANTO (Girolamo del), surnommé il Porno, sculpteur italien, né vers la fin du xvi® siècle, sur le territoire de Gênes, élève de Santa-Croce. Il sculpta un Saint Barthélémy pour la conorégation des Pères Oratoriens et des Christs en croix. Bien que fort en vogue, Canto, qui était fort prodigue, mourut très misérablement vers 1657.
BiBL. : RoTTi, Vite de' Pittori, Scultori ed Architetti genovesi; Gènes, 1768, t. l, p. 357.
CANTO (José Borges do), guerrier brésilien, né à Rio Pardo (Rio Grande do Sul), tué en 1805, près du Quarahim. Lors de la guerre de 1801, il se mit à la tête de quelques volontaires et se jeta dans les Missions espagnoles de la rive gauche de l'Uruguay. S'appuyant sur les Indiens du pays, il força le gouverneur espagnol à capituler à Sara Miguel. D'autres volontaires le rejoignirent, notamment Pedroso, qui l'aida à conquérir pour le Brésil un vaste territoire. Canto fut tué dans une rencontre avec les Indiens de T Uruguay. R.-B.
CANTO FO LDI ou CANTO FO II (Ginevra),femmepeintre, née à Bologne en 1518, morte en 1572. Elève d'Elisabeth Sirani, elle est l'auteur de tableaux religieux estimables qu'on voit dans les églises de Bologne et de quelques petits tableaux de genre. Ses oeuvres principales sont: Saint Thomas de Villeneuve, au palais Belucci ; la Cène, dans l'église San-Procolo ; Sainte Apollon' e en prison, dans l'église délia Morte ; Sainte Apollonie, Saint Antoine de Padoue et les Saints Anges, dans l'église S. Andréa délie Scuole, etc.
Bologne, 1755. — d'Espa-
BiBL. : Le Pitture di Bologna...
Nagler, Kiinstler-Lexicon.
CANTOIN, Com. du dép. de l'Aveyron, arr lion, cant. de Sainte-Geneviève ; 1,140 hab.
CANTOIS. Com. du dép. de la Gironde, arr. de La Réole, cant. de Targon ; 223 hab.
CANTON, 1. Administration. —Circonscription territoriale comprenant plusieurs communes et formant une subdivision de l'arrondissement. On appelle aussi cantons les sections suivant lesquelles sont divisées certaines grandes villes. Tantôt ces cantons sont composés exclusivement de territoires urbains comme Lyon (8 cantons) , Marseille (8 cantons), Rouen (6 cantons) ; tantôt ils comprennent une partie de la ville unie aux communes voisines, comme Bordeaux (6 cantons, dont deux seulement exclusivement urbains), Nancy (4 cantons entre lesquels se partagent 43 communes), Lille, Caen, etc. A Paris, les vingt arrondissements municipaux forment chacun un canton. Quelle que soit la composition du canton, ce qui le caractérise, c'est qu'il est toujours le ressort de la juridiction d'un juge de paix.^ L'une des communes du canton, presque toujours la plus importante, porte le titre de chef -lieu de canton ; elle est le siège de la justice de paix, du bureau d'enregistrement, et presque toujours d'une recette buraliste, d'une perception, etc. Le canton n'est pas à proprement parler une circonscription administrative ; il est cependant l'unité qui sert de base pour les élections au conseil général et au conseil d'arrondissement. Chaque canton élit un conseiller génc^ral et un conseiller d'arrondissement. Dans certains cas il élit plus d'un conseiller d'arrondissement (V. (^ONSEEL d'arrondissement). C'cst au chef-lieu de canton qu'il est procédé au tirage au sort pour le recrutement de l'armée ; c'est là aussi que siège le conseil de revision. — On a souvent proposé de donner au canton une organisation propre et de remplacer l'administration à l'arrondissement par l'administration au canton. Un éminent jurisconsulte, M. Vivien, a surtout plaidé la cause du canton, dont il proposait de faire un organisme complet afin de développer enFvâncele self govermnent. L'idée de créer des conseils cantonaux a été également soutenue par M. Goblet qui, étant ministre de l'intérieur, en 1882, déposa à la Chambre des députés un projet do loi dans ce sens. On a aussi proposé de donner aux communes ayant des intérêts ou des besoins communs le moyen de se syndiquer et de se créer des ressources spéciales. Tel est l'objet d'un projet de loi déposé par M. Floquet, ministre de l'intérieur, en mai 1888. A. Souviron.
IL Ponts et Chaussées (V. Cantonnier).
m. Bl\son. — Pièce honorable moins grande que le quartier qui est le quart de l'éeu alors que le canton n'en occupe que la neuvième partie; il figure la bannière du chevalier banneret et il prend son nom des vides laissés par la croix pleine et qui se nomment cantons.
D'ordinaire, et quand il est seul, il est placé à dextre et en chef, et toujours aux angles dextres ou senestres, ce qu'il faut spécifier s'il n'est pas à sa place accoutumée. Quand il est un peu plus grand qu'au neuvième on le nomme franc-canton. II peut servir de brisure. Le franc-canton est une marque d'ancienne franchise ; quelquefois une concession du souverain. La croix se trouve cantonnée lorsqu'elle est accompagnée en ses quatre cantons de quelque pièce ; quatre figures disposées aux quatre angles d'un blason se trouvent placées en cantons, c.-àd. cantonnées ; si au contraire une pièce est posée en abîme et qu'elle soit accompagnée par quatre autres pièces ou figures posés aux angles c'est elle qui se trouve accompagnée en cantons ou cantonnée. H. G. de G.
D'argent, au canton de gueules à senestre.
CANTON
CANTON (en chinois Kouang-tcheou). Capitale de la province chinoise du Kouangtong, 23** 8^ W^ lat. N., llQo 56' 30'' long. E. de Paris, sur la rive nord du Tchoukiang. Cette rivière est principalement formée des rivières deFOuest (Si-Kiang) et du Nord (Pe-Kiang) qui se réunissent au-dessus de la ville, et de la rivière de l'Est qui
s'y jette à Whampou ; la rivière de Canton reçoit le nom de Tchoui-Kang (les Anglais écrivent Chti-Kiang) ou rivière de la Perle à Chamen, à quatorze milles à TO. de Canton et le garde jusqu'à sa principale embouchure dans le Delta où viennent se réunir tous les cours d'eau qui dépendent d'elle, embouchure que les Portugais nom-