CANTON (RIVIÈRE DE
ment Bocca Tigris (d'après l'équivalent chinois Hou-men) et dont les Anglais ont fait the Bogue, Canton est l'un des cinq ports ouverts au commerce étranger par le traité de Nanking de 1842. Les résidences étrangères sont établies depuis l'incendie des factoreries, en déc. 1857, àl'ô. de leur ancien emplacement, à l'endroit nommé Charain. La rive droite du fleuve se nomme Ho-nam. La ville de Canton, l'une des plus considérables de la Chine, contient un grand nombre de monuments remarquables, parmi lesquels nous citerons : le Temple des Cinq cents génies, le Temple de Longévité, la Pagode de Tsing Houei, la Mosquée, le Temple des Cinq génies, etc. La population doit dépasser 1,500,000 hab. Une grande partie demeure dans des bateaux sur le fleuve, auquel elle donne une physionomie spéciale. Tout le monde a entendu parler des bateaux de plaisir, dits bateaux de fleurs, que décrivent tous les voyageurs à Canton. Cette population est remarquablement active et industrieuse. Elle travaille les
métaux et l'ivoire, peint la porcelaine, fabrique des étolfes, etc. Canton est la résidence du Liang-Kouang Tsong-tou \ou vice-roi des deux Kouang, c.-à-d. les provinces de Kouangtong et de Kouangsi. Ce poste est occupé depuis août 1884 par le célèbre Tchang Tchetong qui dénonça le traité conclu par Tchong-heou avec la Russie au sujet des afî'aires de Kouldja. Tchang, qui est originaire du Tchely, avant de remplir les fonctions de vice-roi, avait été juge dans le Kouangtong (mars [1865), receveur des finances dans le Kiangsou (mai 1868) et gouverneur du Chan-si (janv. 1882). Les afî'aires de TAnnam avec la Chine étant traitées par l'intermédiaire du vice-roi de Canton, il est nécessaire que notre consul soit persona grata au yaraen de ce grand mandarin. La température moyenne de Canton, qui est de 21 ^ 6', s'élève en été jusqu'à 27<* 8'. — Les Chinois ont consacré de nombreux ouvrages à décrire la province et la ville de Canton; le plus célèbre est la topographie
CANTON
Koiiang4ong4ong4ché, terminée en 4683, qui a eu de nombreuses éditions, dont la dernière de 1864. La Bib. nat. do Paris ne possède que la description des antiquités de la \ille, Yang4ching'koîi4chao (N. F. chinois, 433 A).
HrsToiRE. — La province du Kouangtong a subi des destinées diverses : sous le nom de Nam-hài^ elle a fait partie d'un des neuf Quân, dans lesquels furent divisés le pays d'Annam sous la dynastie des Han. Sous le nom de Sin Kilân les voyageurs musulmans connaissaient fort bien Canton au moyen âge, car c'était le premier port important qu'ils rencontraient en Cliine. Odoric de Pordenone et Jean dei Marignoli nous parlent de cette ville au XIV® siècle. Les Portugais y arrivèrent dès 1514, ainsi qu'il appert d'une lettre d'André Corsali à Julien de Médicis, datée du 6 janv. 1515 (Cf. Ramusio, ï, ff. 180, 1.). Le nom même de Canton, donné à cette ville, est d'origine portugaise et est une corruption du nom de la province Kouang-tong. Le nom chinois de Kouangtcheou, porté à l'époque des Trois Royaumes et depuis les Min g (xiv® siècle) par cette ville, était devenu Tsinghaï en 896. A partir de l'arrivée des Portugais, au lieu du nom arabe Sin Kilân^ ete . , on trouve Canton et ses variantes sur les cartes européennes. Raphaël Perestrello est le premier Portugais qui ait visité Canton dans une jonque (1516) dont le nom nous ait été conservé. L'année suivante (1517), Fernâo Pères de Andrade, à la tête de quatre navires portugais et de quatre navires malais, se rendit à Canton avec Thomas Pires, envoyé par le gouverneur de Goa pour conclure un traité de commerce avec la Chine. L'attitude de F. P. de Andrade lui avait concilié toutes les sympathies, mais l'arrivée de son frère Simon de Andrade (1518), homme autoritaire et cupide, changea ces bonnes volontés en haine ; Simon attaqué fut obligé de fuir (1521) et l'année suivante un nouvel envoyé, Martin Alfonso de Mello Coutinho, eut son escorte massacrée en grande partie. Les Hollandais remplacèrent les Portugais comme influence dans l'extrême Orient, puis vinrent les Anglais dont la première expédition en Chine (1596), composée de trois navires et faite aux frais de sir Robert Dudley, n'arriva jamais à destination. Dès l'année 1634, les difficultés commencèrent lors du voyage du capitaine Weddell, qui, mal reçu par suite des agissements des Portugais, fut obligé d'employer la force. Mais ce n'est qu'à la fin du xvii® siècle et pendant tout le xviii«, que le commerce eui'opéen eut à lutter contre les mandarins locaux pour leur arracher des concessions définitives. Sauf le Portugal, dont le monopole commercial qui appartenait à la couronne ne fut abandonné qu'en 1752, les nations occidentales étaient représentées à Canton par des compagnies. L'East India Company fut définitivement constituée en 1702-8-9, la Compagnie hollandaise l'était depuis 1602. L'Empire fut représenté par les compagnies d'Ostende (1723) et de Trieste. Le Danemark eut deux compagnies, 1612 et 1670. La Prusse ne fit qu'une courte apparition avec les navires de la Compagnie d'Emden. Les Suédois, qui profitèrent de la débâcle de la Compagnie d'Ostende, constituèrent une société le 13 juin 1731. La France entra assez tard dans le mouvement commercial de la Chine : Il y a eu trois compagnies françaises de Chine : \^ en 1660, réunie à la Compagnie des Indes en 1664 ; 2^ en 1697, tombée pendant la guerre pour la succession d'Espagne ; 3° en 1713 qui ne fit aucun usage de son privilège. Ce fut vraiment la compagnie de 1697-1698, créée par la société Jourdan, de la Coulange et C^®, qui installa le commerce de la France à Canton, mais ce ne fut que plus tard, lors de la réunion des différentes compagnies des pays lointains en une seule, sous le nom de Compagnie des Indes (1719), que les opérations avec la Chine prirent un caractère définitif. Le commerce de Canton était dirigé de singulière façon. En 1702, le gouvernement chinois avait voulu concentrer le commerce étranger entre les mains d'un seul individu qu'on appelait
le négociant de V empereur, La mesure ne réassit point, et en 1722 on inventa cette institution si connue des voyageurs à Canton au xviii® siècle et qu'on appelait le Co-hang ou le Co-hong, Voici en quoi elle consistait :
L'empereur de la Chine accordait le privilège exclusif de commercer avec les Européens à un certain nombre de marchands qui répondaient au chef de la douane chinoise de tous les individus arrivés en Chine. L'assemblée de ces douze marchands dits hannistes en français, hong merchants par les Anglais, présidée par le chef de douane (Hou-Pou), se nommait Co-hang» Le nombre de ces marchands a varié suivant les époques ; il était de dix en 1777, de douze en 1793, de quatorze en 1808 et de treize en avril 1834, époque à laquelle finit le monopole de l'East India Company. Les factoreries étrangères, les hongs, étaient rangées ; danoise, espagnole, française, américaine, impériale, suédoise, anglaise, hollandaise, sur la rive gauche de la rivière de la Perle, sur une étendue de plus de 330 m., formant une sorte de square. Toutes ces factoreries furent détruites à la suite du bombardement de Canton par sir Michael Seymour. Pendant longtemps la Compagnie française n'avait pas eu de comptoir sédentaire à Canton ; chaque expédition conduisait en Chine et ramenait en France les subrécargues et les autres employés nécessaires. Plus tard un comptoir fut définitivement installé. Le commerce de la Compagnie française des Indes Orientales avec la Chine, c.-à-d. avec Canton, avait donné de beaux résultats. Ainsi qu'il appert du Mémoire de VabbéMorellet de 1725 à 1736, le bénéfice s'éleva à 104 1/2 %, de 1736 à 1743 à 141 1/4 %, de 1743 à 1756 à 146 2/3 %, en 1764 à 85 <>/o, en 1765 à 82 1/2 ^/o, en 1766 à 71 1/2 %, en 1767 à 68 %, en 1768 à 67 2/3 ""l^. Le comptoir de la compagnie était administré à Canton par un conseil de direction qui était composé, lors de sa suppression, des sieurs Thimotée, de Robien et Clouët. Après la suspension du privilège de la Compagnie des Indes Orientales, le commerce de rinde et de la Chine étant devenu libre, le rôle du conseil de Canton était devenu nul, et le roi de France, suivant un exemple déjà donné à Surate, par ordonnance du 3 fév. 1776, rédigée en 23 articles, créa un consulat à Canton. Les premiers agents furent nommés par le roi le 28 oct. 1776 : c'étaient les sieurs Vauquelin, consul, et Vieillard, chancelier. Quand Vauquelin mourut le 23 sept. 1782, Ph. Vieillard prit la gérance du consulat en qualité de vice-consul, et il fut remplacé dans ses fonctions, lors de son retour en France, par de Guignes fils. Le poste resta sans gérant sous l'Empire et sous Louis XVI II. Ce ne fut qu'en 1829 que la Restauration accrédita un agent en Chine ; lors de la mission de M. deLagrené, le consulat de France à Canton (1843) avait comme personnel le comte de Ratti Menton, consul, Ch.-Alex. Challaye, élève-consul, Aimé Rivoire, chancelier et J.-xM. Callery, interprète. M. de Lagrené arriva à Canton le 14 août 1844, et le 24 sept. 1844, il signait à Whampou un traité qui fut ratifié à Macao le 25 août 1845.
Les relations commerciales des Etats-Unis d'Amérique avec la Chine datent du 22 fév. 1784, époque à laquelle VEmpress of China, cap. John Green, partit de New- York pour Canton avec un chargement de ginseng. Le3juil.l844, M. Caleb Cushing signait à Wanghia, près de Macao, un traité avec la Chine au nom des Etats-Unis. — Malgré l'importance considérable qu'a pris le négoce américain à Canton, la concurrence môme qu'il a faite à celui de la Grande- Bretagne, il est incontestable que les Anglais occupent dans cette ville, comme dans tous les autres ports de la Chine, une position prépondérante. Leur histoire au xviii® siècle est un mélange de coups de force (visite du Commodore Anson, 1742) et d'actes de faiblesse (arrestation de Flint, 1762; exécution de Scott parles Chinois, 1773). Les ambassades de Macartney et d'Amherst ne donnèrent pas de résultats pratiques; la position des étrangers devenait de plus en plus difficile à Canton, et