II. Blason (V. Canton
CANTON N EM ENT. l. Art militaire. — Le cantonnement est l'établissement delà troupe chez l'habitant. On appelle aussi de ce nom l'ensemble des lieux habités, occupés par la troupe dan ï ces conditions. La plupart desécrivains militaires qui ont traité du cantonnement l'ont envisagé comme une opération de longue durée, qui consistait à abriter les troupes en les espaçant sur un vaste territoire, pour les faire vivre pendant un armistice, des quartiers d'hiver, etc. Un exemple fameux de celte sorte de cantonnement est celui que donna César à la fin de la cinquième campagne des Gaules. Obligé, à cause de la disette, d'étendre au loin ses forces, le général romain plaça une légion sur l'Escaut, une entre Sambre et Meuse, une sur l'Aisne, près de Reims, une à Chartres, une au pont de Ce, sur la Loire, deux entre la Somme, la Seine et l'Oise, et quinze cohortes sur la Moselle, entre le Rhin et la Meuse. On remarquera que les légions, hormis celle du pont de Ce placée dans un pays tranquille, n'étaient pas éloignées de plus de vingt-cinq lieues les unes des autres, et pouvaient se soutenir mutuellement en cas d'attaque. Clausewitz et Rûstow restreignent ou proscrivent le cantonnement de longue durée, pour des raisons qu'il serait trop long d'énumérer ici. Du reste, nous voulons surtout nous occuper du cantonnement journalier, du canlonnementabri^ a'nsi que le général Lewal propose de le nommer, car c'est celui que nous sommes appelés à employer désormais à la guerre, en Europe. Le général Dulour dit dans son cours de tactique : « Le cantonnement est la manière habituelle de loger les soldats; le bivouac est l'exception. » Notre règlement du 26 oct. 1883, sur le service en campagne, dit à son tour : « L'établissement des
troupes au cantonnement doit être aussi fréquent que possible. » Mais le cantonnement absolu n'est applicable que loin de l'ennemi ; à mesure qu'on se rapproche de celui-ci, la question de sécurité s'impose davantage, et exige que l'on fasse bivouaquer une certaine proportion de troupes chargées de protéger le gros de l'armée qui se repose dans les cantonnements. Très près de l'ennemi, le bivouac seul doit être employé. C'est le système que pratiquaient nos armées de la République et de l'Empire et qu'ont suivi les Allemands en 1870-71. Le cantonnement, excellent au point de vue de l'hygiène et de la conservation des hommes, a plusieurs inconvénients dont le plus grave est la dispersion des troupes. Aussi fait-on en sorte d'y remédier en limitant le plus possible cet éparpilleraent. Autant que cela se peut, on s'efforce de ne jamais morceler un régiment et de cantonner dans une seule localité une brigade et même une division, quitte à faire bivouaquer le plus près possible des maisons le surplus des troupes qui ne trouveraient pas à s'abriter sous un toit. Les Allemands appellent cette installation mixte un camp de localité. Entin, on ne doit jamais fractionner un bataillon.
Toutes choses égales au point de vue du cantonnement, une commune agricole offre plus de ressources qu'une commune viticole et celle-ci plus qu'une commune industrielle. Les grandes villes, toutes proportions gardées, ont une capacité moindre que les localités rurales. Mais, dans les villages, les ressources varient considérablement suivant l'époque de l'année ; ainsi on les trouve réduites de moitié pendant les trois ou quatre mois qui suivent la rentrée des récoltes. Voici un aperçu des moyennes dressées par le général Lewal, comme permettant de déterminer en France la capacité de cantonnement d'une commune dont on connaît le chiffre d'habitants.
Dans un village ayant en moyenne 4 habitants par feu, cette capacité est en général de 4,7 hommes et de 0,36 cheval par habitant. Dans un bourg, les ressources, en cantonnement augmentent d'un quart, parce que la proportion des maisons aisées est plus grande, les auberges plus vastes et qu'on y trouve souvent des halles ou autres édifices publics. La moyenne y atteint donc 6 hommes et 0,50 cheval par habitant. Dans les petites; villes, les ressources ne sont plus que de 4,8 hommes et 0,16 cheval par habitant. Dans les grandes villes, les réductions sont beaucoup plus . considérables ; ainsi, pour une ville de 30 à 50,000 habitants, il faut diminuer d'un quart la moyenne afférente aux petites villes, et l'abaisser de moitié au moins dans les très grandes villes. On voit par les données ci-dessus qu'un village de 750 habitants peut recevoir 3,525 hommes et 270 chevaux, soit un régiment de 3,000 hommes en tenant compte du supplément d'espace ex'gé pour les olficiers, les comptables et les services généraux du corps. Eu égard aux mêmes exigences, on admet qu'une division de 15,000 hommes a besoin de 20,000 places environ. Voici les principales dispositions contenues dans notre règlement sur le service en campagne, en ce qui concerne le cantonnement :
Lorsque l'armée est couverte à grande distance, c.-à-d. qu'elle jouit d'une sécurité relative, les cantonnements peuvent être étendus de façon à abriter convenablement leg hommes; dans le voisinage de l'ennemi, au contraire, les cantonnements sont plus resserrés. Les habitants ne peuvent jamais être délogés de la chambre et du lit où ils ont l'habitude de coucher. Le commandant d'une arm^ée qui doit cantonner indique à chaque corps d'armée d'une manière générale la région où il devra s'établir. L(3 commandant de corps d'armée désigne ensuite les localités que doivent occuper les différentes fractions de son corpij d'armée, et les divers services. Le général de division répartit à son tour ses cantonnements entre ses brigades, son artillerie et ses différents services; le général de brigade assigne de même leurs emplacements à ses régiments. Quand la troupe arrive près de la localité où elle doit cantonner, la répartition des locaux et des emplacements à