‹ La Grande encyclopédieChapitre 62 sur 397 · CAPENDU — CAPET · texte numérisé non relu

CAPENDU — CAPET

avec l'Aude et formait comme le fonds du vaste lac BubresuSy du palus Helyce, dont les restes couvrent la plage à Vendres, à Gruissan, etc. H constituait en somme une dépendance du port de Narbonne, et la route romaine d'Italie en Espagne (via Domitla) le traversait au Pons septimus ; les débris de ce pont subsistent encore au lieu dit Pounserme, vers la pointe méridionale de l'étang. La station de Pons septimus est mentionnée par les anciens itinéraires romains. Tant que le port de Narbonne subsista, c.-à-d. jusqu'au xiv® siècle, cet étang fut un réservoir d'eaux vives ; mais le jour où la rupture des digues romaines eut amené la ruine de ce port de commerce, il fut réduit à l'état de marais infect ; de là, au moyen âge, la mauvaise réputation de Capestang, où les épidémies furent presque continuelles pendant près de deux cents ans. Avant la Révolution, on avait entrepris le dessèchement de ce marais ; ce vaste ouvrage a été repris de nos jours ; un canal d'atterrissement faisant communiquer la robine de Narbonne à l'étang a été établi, et d'ici à quelques années le fonds desséché sera livré à l'agriculture, au grand avantage des populations riveraines. Tant que l'étang de Capestang communiqua avec la mer, ses eaux furent salées, et au moyen âge iL y avait dans cette ville des salines importantes ; plus tard la royauté y eut un grenier à sel. -- Commerce de fer et d'eau-de-vie. A. Molinier.

BiBL. : D. Vaissète, Histoire de Languedoc, passim. — Bulletin de la. Société archéologique de Béziers, H, t. IX, pp. 322-24, avec pi. — Laurent, Livre vert de l'archevêché de Narbonne.

CAPESTERRE-le-Marigot. Ch.-l. de cant. de l'île de la Guadeloupe, arr. de la Basse-Terre ; sur la côte orientale, au S, du cap Capesterre et de l'embouchure de la rivière aux Pères; 6,100 hab.

CAPESTRANO (Saint Jean de) (V. Capistrano).

CAPET. Surnom donné au fondateur de la troisième dynastie des rois de France, Hugues. Beaucoup d'historiens se sont appliqués à en chercher l'origine sans réussir à donner une explication certaine. Bien qu'on ne le rencontre guère dans les chroniqueurs antérieurement au XI® siècle, il semble probable qu'Hugues a dû le porter de son vivant, car la plupart des grands seigneurs en avaient alors d'analogues ; il suffit de citer le comte de Poitiers, Guillaume Tête d'Etoupes, le duc de Bretagne, Alain Barbe-Torte, le duc de Normandie, Guillaume Longue-Epée, etc. On trouve dans les textes les formes : Cipito^Caputius, Capetus, Capatus ; Richard le Poitevin, au xii« siècle, donne la forme vulgaire : Huon Chaped, ainsi que la chanson de geste de Huon Chapet^ dont nous ne possédons qu'une version du commencement du XIV® siècle. Raoul de Dicet au commencement du xui® siècle désigne la dynastie par l'expression Stiî^s Capaticiorum, Il semble probable que ce surnom est dû à quelque particularité de costume qu'il est aujourd'hui malaisé de définir. Dès le xHi® siècle la signification en était perdue, et les chroniqueurs en donnaient déjà des explications variées et bizarres.

A l'époque de la Révolution française les pamphlétaires hostiles à la monarchie se plurent à en faire par dérision le nom de famille de Louis XVI et des membres de la famille royale. Il semble difficile de déterminer lequel l'employa le premier. En juil. 1790, dans VAmi du peuple, Marat appelle le prince de Condé Louis-Joseph Capet, et à la même époque Camille Desmoulins, dans les Révolutions de France, nomme le roi M. Capet Vaine.

BiBL. : D. Brial, Nouvelle Interprétation du surnom de Capet donné au chef de la troisième dynastie de nos rois, dans Hist. de VAcad, des inscr, et belles -lettres j 1818, t. III, p. 77.

CAPET (Marie-Gabrielle'i, peintre français, née à Lyon le 6 sept. 1751, morte en 1827. D'après un acte de baptême publié par M. Bellier de la Chavignerie, Marie- Gabrielle Capet était « fille de Henry Capet, domestique, et de Marie Blanc, son épouse ». Elève de M°^« Guiard, elle fit ses débuts à l'Exposition de la Jeunesse, qui se

CAPËT — CAPETIENS

tenait à la place Daupbine. En 1781, on trouve d'elle, à cette exposition, une Tête d'expression, aux trois crayons; elle envoie ensuite, en 1782, un Jeune homme en habit noir et une Personne riant; elle expose, en 1783, son propre portrait. W-^^ Capet était fort appréciée de M"^® Guiard, et celle-ci la traitait sur un pied d'intimité ; M""® Guiard, ayant, en effet, exécuté son portrait, à elle-même, pour le Salon de 1785, s'était représentée peignant et ayant près d'elle ses deux élèves, M^i^ Capet et M^^^ Rosemont, devenue plus tard M^« Bervic. Le portrait à l'huile, la miniature et le pastel se partageaient tour à tour le talent de W^ Capet ; M^^ Guiard l'a portraicturée une seconde fois, au Salon de 1798, sous ce titre : la Citoyenne Capet peignant en miniature. W^^ Capet avait la réputation d'une agréable miniaturiste, dans les dernières années du XYiii® siècle ; sa renommée se maintint sous le Consulat et l'Empire. Parmi ses portraits, on remarque celui de Suvée, pastel; celui de Houdon, travaillant au bronze de Voltaire, une miniature quart de nature; ceux de M^^® Mars, de M'^® Saint-Fal, tenant sa fille assise sur ses genoux, du peintre Pallière, ces deux dernières œuvres exécutées au pastel. M^^® Capet a peint, dans un tableau exposé en 1808, W^^ Guiard, devenue M^« Vincent ; elle Ta représentée occupée à faire le portrait de Vien, alors sénateur, comte de l'Empire et membre de l'Institut. L'artiste, qui s'est placée dans cette composition, a mis en scène, auprès d'elle, les principaux élèves du peintre Vincent. Ces tableaux, ces miniatures contribuaient à faire de M^^® Capet un peintre à la mode ; le monde officiel de l'Empire avait recours à son pinceau. Au Salon de 1814, elle essaya un sujet d'un autre genre et peignit Hygie, déesse de la santé» Les miniatures de cette artiste sont restées, pour la plupart, dans les familles, où elles représentent des souvenirs. Celles qu'on a vu passer dans les ventes publiques ont subi des écarts de prix assez considérables ; le portrait de la Princesse de Caraman-Chimayy miniature ronde sur ivoire, a été vendu 3,000 fr. à l'hôtel Drouot, en 1877. Ant. V.

BiBL.': L. Bellier de la Chavignerie, Dict. des artistes de l'École française. — Maze-Sencier, l& Livre des collectionneurs.

CAPÉTIENS. On désigne ainsi, d'après le surnom porté par son chef, la troisième dynastie des rois qui régnèrent sur la France, depuis l'avènement de Hugues Capet, en 987, jusqu'à la mort de Charles IV, en 1328. Les historiens ne sont pas d'accord sur les origines de la maison capétienne. Si l'on écarte les généalogies légendaires ou inventées à plaisir qui, dès le xu« siècle, ont attribué à Hugues Capet une illustre origine pour le rattacher aux Mérovingiens et aux Carolingiens et justifier ainsi l'usurpation de 987, on se trouve en présence de deux versions entre lesquelles le critique hésite à se prononcer. D'après Tune, qui s'appuie sur les témoignages de deux chroniqueurs du x^ siècle, Richer et Aimoin, Robert le Fort, le premier personnage historique de la famille, serait le fils d'un Saxon établi en Gaule, nommé Wilichin. Parmi les historiens modernes qui ont adopté cette opinion, nous citerons Ranke et Kalckstein, et la plupart des historiens allemands dont on connaît la tendance à montrer partout la prédominance de l'élément germanique. Au contraire, en se fondant sur le témoignage d'un contemporain, Abbon, qui, en 836, appelle simplement le roi Eude un Neustrien, et sur quelques autres présomptions, la plupart des historiens français, et ceux qui ont plus spécialement étudié la question, MM. de Barthélémy, Gabriel Monod, Luchaire, etc., sont portés à croire que les ancêtres des Capétiens devaient être originaires du centre de la France. Ils ont expliqué la tradition de l'origine germanique répandue au x^ siècle par ce fait que la mère de Hugues Capet était en effet saxonne et prétendait descendre du héros de l'indépendance saxonne sous Charlemagne, Witi-

kind. Une opinion mixte, proposée par Michelet, ferait bien descendre les Capétiens des Saxons, mais de cette population saxonne déjà étabHe dans le Bessin dès le vi« siècle au témoignage de Grégoire de Tours.

ftuoi qu'il en soit, ce fut dans la lutte contre l'ennemi national, les Normands, que le premier des ancêtres connus, le vrai chef de la famille, Robert le Fort, conquit avec une immense renommée, une puissance territoriale et militaire qui en faisait un vassal dangereux pour le roi de France, lorsqu'il mourut glorieusement à Brissarthe en 866 (V. Robert le Fort). Son fils aîné, Eudes, fut le plus riche seigneur de France; la vaillance qu'il déploya en défendant, en 866, Paris assiégé par les Normands, le désigna naturellement aux grands et au clergé comme le seigneur le plus capable de les protéger, après la défaillance de Charles le Gros, suivie bientôt de sa déposition. Porté au trône en 888, il régna dix années, non sans avoir à lutter contre des insurrections provoquées par les défiances et les jalousies féodales, qui suscitèrent un retour offensif du représentant de l'ancienne dynastie, Charles le Simple, qu'il désigna lui-même comme son successeur. Mais celui-ci ne devait pas faire oublier la popularité de la famille de Robert le Fort ; épris, comme tous les Carolingiens, de la chimère d'une reconstitution de l'empire, il s'épuisa en vaines tentatives pour recouvrer les royaumes démembrés de l'héritage de Charlemagne, et livra la France aux incursions normandes et aux usurpations féodales, si bien que le second fils de Robert le Fort, nommé aussi Robert, put s'emparer de Laon et se faire couronner roi (922), comme l'avait fait son frère. A sa mort, survenue prématurément (923), son fils Hugues laissa ou fit porter au trône son beau-frère, Raoul, duc de Bourgogne, et pendant son règne s'occupa uniquement d'agrandir ses domaines et d'accroître sa puissance : violence, perfidie, trahisons, rien ne lui coûta pour arriver à ses fins : tour à tour adversaire ou allié des Carolingiens, il eut l'habileté de laisser ses rivaux s'épuiser en des luttes stériles. Avec lui, à la période héroïque de l'histoire de la famille, succède la période politique. Laissant le trône à Louis IV d'outre-mer, y appelant ensuite Lothaire, il exerça le pouvoir sous le nom de ces monarques, fut, sous le titre de duc des Francs, une espèce de vice-roi, et prépara ainsi les voies à son fils Hugues Capet, non moins habile que lui, qui fut porté au trône avec l'appui du clergé, après la mort de Louis V, le 1«^ juil.

Augustin Thierry et les historiens de son école ont cru voir dans l'avènement de la nouvelle dynastie la conséquence d'une révolution profonde, à la fois nationale et féodale, une réaction contre la domination germanique, représentée par la famille carolingienne. Rien n'est moins juste que cette vue. Il y avait longtemps déjà à cette époque que la fusion des diverses races avait produit sur le sol de la Gaule une nation nouvelle ; la branche carolingienne, qui régnait sur la France occidentale, n'y était pas considérée comme une étrangère, et l'on a vu plus haut que, sinon par son origine, du moins par ses alliances, la maison capétienne touchait d'aussi près à la race germanique. La question de race ne fut certainement pour rien dans le changement de dynastie. La famille capétienne dut sa fortune à la légende héroïque qui s'était formée autour des noms de Robert le Fort et d'Eudes, à l'habileté politique de leurs successeurs, à sa puissance territoriale, à l'appui du clergé et par-dessus tout, comme le remarque M. Luchaire, « à une coïncidence vraiment extraordinaire de circonstances favorables ». Ce qui est vrai seulement, c'est qu'à la mort de Louis V (21 mai 987), la dynastie carolingienne, depuis longtemps appauvrie et déconsidérée, n'avait plus de chef véritable, que le prétendant qui pouvait revendiquer la succession, Charles, duc de Basse-Lorraine, était plus Allemand que Français, et que, comme l'avait écrit Gerbert dès 985, « le roi de fait était Hugues »♦

Page 1