III. Astronomie. — Nom du quatrième signe du zo
CANCER
diaque et d'une constellation boréale désignée plus communément sous le nom d'Ecrevlsse (V. ce mot). On représente le signe du Cancer par deux figures semblables renversées 69, analogues aux chiffres qui servent à former le nombre 69 couchés l'un sur l'autre. — Le Tropique du Cancer est un petit cercle de la sphère céleste parallèle à l'Equateur, situé dans l'hémisphère boréal et qui passe par l'origine du signe du Cancer. Le soleil paraît décrire ce parallèle le jour du solstice d'été. 8a déclinaison boréale est à cette époque (21 juin 1889) 23^ 27' 9''2. Son nom vient de ce que les positions du soleil à midi ont des déclinaisons boréales croissantes depuis l'équinoxe de printemps (20 mars 1889) jusqu'au solstice d'été. A partir du 21 juin, la déclinaison diminue journellement tout en restant boréale jusqu'à l'équinoxe d'automne (22 sept. 1889). Le soleil semble donc s'arrêter dans son mouvement ascendant vers le pôle iN. au solstice d'été, et il paraît revenir sur ses pas, à la façon de l'écrevisse. L. Barré.
IV. Art militaire. — Machine de guerre usitée au moyen âge et ditl'érant peu de la carcamuse et du cattus ou cliat (V. ce mot).
V. Médecine. — HrsTORrQUE. — Idées des anciens. Créé en premier lieu pour désigner certaines ulcérations des seins, ce terme, suivant les uns, aurait pris origine de la ressemblance grossière qu'offrent les veines dilatées rayonnant autour des tumeurs mammaires avec les pattes d'un crabe (xap/.ivo;, carcinoma, cancer, chancrcy krebs) ; pour d'autres, il rappellerait simplement l'action destructive de la maladie qui se comporte comme si quelque animal rongeait de proche en proche les parties affectées. Il a été appliqué anciennement à la presque totalité des tumeurs, et mêmî à des lésions morbides n'appartenant pas à proprement parler à la classe des néoplasmes. Du temps de Fallope (1563), de Fernel (1567), d'A. Paré (1572), on décrivait côte à côte le phlegmon, l'érysipèle, le squirrhe, l'œdème, etc..
Cette confusion dura depuis Galien jusqu'au xvn« siècle, et ce n'est qu'après le réveil des sciences anatomiques, après la découverte de la circulation, des lymphatiques, des globules du sang, etc., qu'on se décida à démembrer la classe des tumeurs contre nature du Pentateuque chirurgical. L'école de Boerhaave cons?rva l'ancienne dénomination de squirrhe pour ériger un groupe de formations pathologiques répondant à peu près aux tumeurs prises au sens moderne du mot. Malgré la distinction, depuis longtemps consacrée par l'observation clinique, en tumeurs bénignes et malignes^ on continua de leur assigner à toutes une pathogénie commune : 1 exsudation lymphatique qui avait succédé à la vieille hypothèse galénique d'une accumulation d'atrabile. Pour expliquer les diflérences si tranchées de l'évolution clini(|ue entre des lésions de môme origine, on admit la possibilité d'une dégénérescence des tumeurs bénignes en malignes par suite d'une dépravation de la lymphe : quand ce liquide une fois épanché constituait une masse concrète et dure, on avait un squirrhe; lorsqu'il venait au contraire à s'altérer et à fermenter, il formait un cancer. Ce mot avait donc un sens purement clinique, et servait à dénommer les productions accidentelles qui affectent une marche envahissante, qui tendent à s'ulcérer et à se généraliser, récidivent après ablation, et constituent ainsi une affection presque constamment mortelle. Quant à la nature môme du mal, personne n'osait entreprendre de la pénétrer. Peyrilhe, dans un mémoire couronné par l'Académie de Lyon en 1773, concluait qu'il est aussi difficile de définir le cancer que de le guérir, et encore en 1802, on pouvait lire en tête du questionnaire publié par la Société du cancer à Londres, cette déclaration significative : le cancer est un sujet complètement inconnu. U est vrai qu'on avait séparé successivement des squirrhes les lipomes, les écrouelles, les kystes divers^ communément appelés loupes; Hunter avait
insisté sur la nécessité de distinguer entre les maladies très différentes rangées sous la dénomination de cancer ; mais il était réservé à l'anatoraie pathologique de faire entrer la question dans une voie vraiment scientifique.
Etudes d'anatomie pathologique; Laënnec, Cruveilhier, Laënnec, chef de la jeune école anatomique éclose en France sous l'impulsion de Bichat, vint lire en déc. 1804, à la faculté de médecine, une ISote qui marque, en dépit de son titre modeste, le début d'une science nouvelle, Vanatomie pathologique générale. Dans sa classification des néoplasmes, cet auteur divisa la classe des tumeurs hétérologues (c.-à-d. formées d'un tissu sans analogue dans l'économie) en quatre groupes : le tubercule, le squirrhe, V encéphaloide, la mélanose. Il dissociait ainsi Pancienne famille des cancers, établissant une distinction radicale entre les tumeurs dures ou squirrheuses et les tumeurs molles, cérébriformes ou encéphaloïdes, qu'on avait considérées jusque-là comme deux formes, deux états d'évolution successifs d'une même affection. La clinique s'accommodait mal de cette séparation, d'autant plus que les formes malignes de la mélanose venaient réclamer leur place à côté du squirrhe et de l'encéphaloïde. 11 s'agissait de faire correspondre cette sorte de trilogie anatomique à un même tableau symptomatique, et Broussais bénéficia de ces incertitudes, lorsqu'il tenta de rayer du cadre nosologique le cancer qui n'était plus à ses yeux qu'une lésion irritative dégénérée.
^ Pendant ce temps, la société fondée à Londres, sous Pinspiration des idées huntériennes, pour l'étude de la maladie cancéreuse, produisait de son côté une série de travaux, parmi lesquels il faut citer principalement Y Essai d'une classification des tumeurs d'après leur structure anatomique d'Abernethy (1804), et les publications de John Burns et de Hey, qui consacrèrent le terme de fungus hématode comme synonyme de certains cancers, bien que ces auteurs eussent nié à tort la nature cancéreuse des néoplasmes vasculaires qu'ils décrivaient. Des observations cliniques exactes permirent à Lawrence, à E. Home, et surtout à Astley Cooper, d'assigner leur véritable place en onkologie, à une foule d'affections bénignes, jusque-là confondues dans le groupe des squirrhes. Les recherches de Velpeau vinrent corroborer celles d'A. Cooper sur les tumeurs bénignes du sein, et Cruveilhier fit faire un pas important à la question du cancer en montrant que le squirrhe et l'encéphaloïde avaient la môme structure, et ne différaient ^ue par la quantité de suc laiteux infiltré dans la trame fibreuse ou celluleuse du néoplasme (Société anatomique, 1827). Cet auteur admettait quatre espèces de cancer : le squirrhe, l'encéphaloïde, le cancer fragile, le cancer mélanique. Son opinion au sujet des caractères distinctifs de ce groupe pathologique se trouve résumée comme il suit dans son livre (Anat, pathol, générale): « Le cancer est constitué par un tissu morbide parasitaire, commun à tous les tissus, identique dans tous, vivant d'uue vie propre, et parcourant une série d'évolutions n'appartenant à aucun autre tissu accidentel. »
L'œuvre de Cruveilhier représente le point culminant de cette période qui avait vu prendre aux recherches d'anatomie pathologique un essor inconnu jusque-là. Bien qu'elle marque un progrès considérable, elle présente pourtant des côtés faibles : le suc lactescent du cancer était noir dans les tumeurs mélaniques et faisait même complètement défaut dans le cancer gélatineux. C'était encore la pluralité anatomique mise en confiit avec l'unité clinique, et la chirurgie ne pouvait accueillir qu'avec méfiance les assertions des anatomistes qui prétendaient infirmer les idées traditionnelles sur la nature des tumeurs et leurs dégénérescences. On peut se rendre compte de cet état des esprits en lisant les discussions orageuses soulevées au sein de l'Académie de médecine (1844) par Cruveilhier venant décrire sous le nom de corps fibreux
CANCER
de la mamelle une néoformation dont le droit de cité ne devait plus semb'er discutable après les travaux de Cooper sur la tumeur mammaire chronique et ceux de Velpeau sur les tumeurs fibrineuses (plus tard tumeurs adénoïdes) du sein.
Histologie pathologique; Lebert, la cellule cancéreuse. Le terrain n'étuit donc que bien inromplèt^'ment déblayé lorsque Thistologie naissante se trouva appelée à trancher le différend que Tanatoraie pathologique macroscopique avait été impuissante à résoudre. A la vérité, l'Allemagne possédait une école d'histologie pathologique depuis plusieurs années; mais les premières tentatives faites en France dans cette voie (Donné) avaient été accueillies avec défaveur par le monde médical. L*anatomie microscopique ne put se faire une place à Paris qu'ap'ès y avoir été importée par H. Lebert, élève de Schœnlein et de J. Millier. L'histologie pathologique, faisant timidement ses premiers pas dans un milieu presque hostile et tout imbu encore des idées anciennes, dépourvue d'ailleurs des connaissances les plus indispensables en analomie gi^néraie et en embryologie, ne pouvait prétendre à aucune autonomie. Lebert et ses collaborateurs ne firent en quelque sorte que poursuivre à 1 aide du microscope le développement des doctrines de Laënnec. Leurs investigations ayant justifié en tous points rétablissement du groupe des tumeurs homologues qui alors prirent le nom d'homœomorphes, ils s'appliquèrent de toutes leurs forces à donner également une consécration histologique aux tumeurs hétcromorphes. La recherche des éléments spécifiques du tubercule, de la syphdis, du cancer, fut l'écueil contre lequel vinrent se briser les efforts de notre première école histologique II est un mémoire qui reflète d'une manière très fidèle l'esprit et les doctriiies de cette époque : c'est le travail de Broca sur Tanatomie pathologique du cancer, couronné par r Académie en 185^2, mémoire des plus remarquables, malgré une doctrine anatoraique absolument fautive.
On peut dire que tous ces auteurs ont eu pour objectif principal l'étude microscopique et chimique du suc laiteux de Cruveilhier. L'idée d'une cellule cancéreuse spécifique (Lebert et llannover) était satisfaisante en ce sens qu'elle fournissait un caractère commun aux diverses formes macroscopiques, et permettait ainsi d'unifier ce groupe morbide au point de vue anatomique. Lebert eut également le mérite de séparer des cancers proprement dits la tumeur fibro-plastique dont il donna une description exacte. Mais sa conception d'éléments hétéromorphes propres aux seules tumeurs malignes, toutes les tumeurs horaœomorphes étant considérées comme bénignes, ne tarda pas à paraître insoutenable. Sa doctrine n'eut qu'un succès passager : les observations de tumeurs dites homœomorphes et partant bénignes, récidivant et se généralisant contrairement au pronostic histologique, se multipliaient, et la théorie de la cellule spécifique^ développée dans la Physiologie pathologique de l'auteur (1845), ne put résister aux attaques de Velpeau (discussions de î'Acad. de méd., 1H54). D'ailleurs, dès cette époque, il avait paru en France, sur l'anatomie des tumeurs cancéreuses, des travaux conçus dans un esprit bien diff*érent (V. plus bas).
Théorie de Virchow» Au moment même où la cellule cancéreuse tombait dans l'oubli, une théorie nouvelle, celle du carcinome alvéolaire^ surgissait sous la plume de Virchow. Les manifestations anatomiques de la maladie cancéreuse étaient caractérisées par rapparition d'un tissu spécial composé d'une charpente ou stroma de tissu conjonctif creusée d'un système de cavités ou alvéoles qui renfermaient, en même temps que le suc laiteux de Ta'uveilhier, les cellules polymorphes considérées jadis comme spécifiques par Lebert. Comme la presque totalité des tumeurs, ce carcinome dérivait du tissu conjonctif. Le passage de l'un à l'autre se faisait de la manière la plus simple, par prolifération des cellules fixes du tissu cel-
lulaire, lesquelles' comblaient peu à peu les espaces de ce tissu, et prenaient l'aspect des cellules dites cancéreuses. C'était un vévxiiMQ tissu spécifique, %2i\\s analogue dans l'économie, mis en lieu et place de la cellule spécl' fîque de Lebert. Cette théorie, séduisante par sa simplicité, se répandit rapidement, grâce aux travaux de l'école allemande. On ne se préoccupa plus dès lors que de constater partout la structure alvéolaire du cancer, négligeant toute recherche relative à l'évolution et à l'origine des éléments propres des tumeurs. La doctrine du carcinome alvéolaire a régné en maîtresse incontestée pendant une vingtaine d'années, et compte encore aujourd'hui des partisans autorisés.
Théorie épithéliale. Dès l'époque oii l'existence d'éléments anatomiques d'espèces particulières, sous forme de cellules ou de corpuscules, a été admise dans les tissus que Laënnec considérait comme sans analogues dans l'économie, la spécificité de ces éléments a été niée par divers auteurs. Plusieurs ont dit que ces éléments, ceux dits du cancer, du moins, n'étaient que des cellules épithéliales modifiées, et non des éléments hétéromorphes (Ch.Hobm). Leur nature épithéliale a été d'abord mise en évidence pour des cancers tégumentaires ou cancroïdes. que Hannover le premier désigna sous le nom d'épithéliomas (185'2). Ch. Robin qui répudia de bonne heure la doctrine des éléments hétéromorphes, décrivit ensuite sous la dénomination acheter adénomes^ une série de productions morbides de diverses régions. Broca signala également des tumeurs analogues qu'il appela polyadénomes, La théorie épithéliale était donc, sinon née, du moins bien près de naître, lorsque l'école de Berlin vint donner pour plusieurs années une autre dirertion au courant scientifique. Robin cependant la professa nettement dès '18o8, et Cornil s'y ralliait en 4865, au moment même où Thiersch, dans un mémoire magistral, établissait d'une manière irréfutable l'origine épithéliale des cancroïdes, dont il assimilait le mode de développement aux involutions glandulaires normales de l'embryon. Après quelques relations de cas isolés d'épithélioinas ou cancroïdes glandulaires (Billroth), parurent les recherches de Waldeyer (1867-1872), qui démontra en grande partie, pour lis parenchymes et le système instestinal, ce que Thiersch avait prouvé si nettement pour l'épiderme et ses dépendances. Se basant sur l'umbryogénie et sur l'histologie normale, il passa en revue les diverses formes de cancer dans la mamelle, l'estomac, le foie, les reins, l'ovaire, l'utérus, la peau : dans chacun de ces organes il put retrouver l'origine épithéliale, et, moins absolu que la plupart de ses devanciers, il étudia également avec soin les diverses modifications que peut présenter la trame conjonctive des tumeurs.
A partir de ce moment la théorie épithéliale n'a pas cessé de progresser. Bien qu'un grand nombre d'auteurs professent encore une théorie mixte, admettant qu'il existe, à côté de i'épithélioma, un carcinome vrai d'origine conjonctive, il faut reconnaître que ce dernier perd journellement du terrain. Dans un grand nombre de cas, l'évolution épithéliale est assez nette pour permettre d'aflSrmer la nature histologique du néoplasme, lors même que les lésions sont trop' avancées pour qu'on puisse retrouver leur point de départ. Quant aux carcinomes naissant dans des régions où il n'existe normalement aucun épitbéliura, ils se rapportent en partie à des tumeurs alvéolaires non épithéliales (sarcomes alvéo-^ laires) ; d'autre parties progrès de l'embryologie nous ont appris à connaître une foule de vestiges épithéliaux dont on ignorait l'existence: restes des fentes branchiales, lobules erratiques de la thyroïde et du thymus, restes de l'appareil génito-urinaire "de l'embryon, etc., etc. S'il existe encore quelques doutes, cela tient principalement à ce que certains observateurs ont cru pouvoir expliquer l'accroissement des masses épithéliales du cancer par une apposition consécutive d'éléments méso dermiques
CANCER
(cellules dites embryonnaires [V. ce mot], leucocytes émigrés, etc.). Nous admettons que la presque totalité des carcinomes ne représentent en somme que des épithéliums à marche envahissante, et que les quelques tumeurs qui font exception à cette règle doivent être séparées des productions cancéreuses proprement dites.
Pathologie générale. — Au point de vue de leur provenance anatomique, les cancers sont donc des productions épithéliales dérivant des épithéliums normaux de Téconomie. On les divise à ce point de vue en épithéliomas superficiels, téguraentaires ou cancroïdôs, et en épithélioraas des glandes et des parenchymes, épitliéliomas profonds ou cancers proprement dits. A vrai dire le mot de cancroïde s'applique surtout aux tumeurs de la peau et des muqueuses avoisinantes, revêtant le type épidermique. Il n'y a donc pas de distinction fondamentale entre les deux ordres de néoformations. Les éléments de ces tumeurs sont des descendants directs des cellules épithéliales préexistantes qui ont été le point de départ du néoplasme; aussi a-t-on pu comparer à juste titre le mode de formation de ce dernier à celui des involutions glandulaires qu'on voit se produire au cours de la vie embryonnaire. Dans les deux cas on voit, en effet, les cellules de la couche profonde ou génératrice de Tépithélium se multiplier et former ainsi des bourgeons qui pénètrent peu à peu dans le tissu conjonctif adjacent. D'après les observations actuellement connues, il est probable que la division karyokinétique représente le processus ordinaire, sinon exclusif, de la néoplasie. Mais on trouve, dans la genèse des épithéliomas, un certain nombre de particularités qui s'écartent notablement de celles qu'on peut observer à l'état physiologique chez l'embryon, et qui impriment dès l'abord à la néoformation son caractère pathologique. Ces particularités ont trait d'une part aux épithéhums eux-mêmes, et d'autre part à la façon dont se comportent les tissus ambiants. Les cellules en voie de prolitération conservent presque toujours, il est vrai, quelques-uns des caractères qui distinguent l'épithélium normal correspondant; mais généralement on les voit tôt ou tard augmenter de volume, ainsi que leurs noyaux et les nucléoles inclus, et toutes ces parties présenteut alors ce polymorphisme si frappant qui, aux yeux de Lebert, ne devait appartenir qu'aux seuls éléments du cancer (éléments dits kétéromorphes, hétéroplastiques, atypiques, etc.).
A partir du moment où l'épithélium a franchi les barrières que lui opposaient la membrane basilaire dermique ou les parois des glandes, et qu'il a fait irruption au delà, les téguments voisins présentent des modifications analogues à celles que provoquerait l'introduction violente d'un corps étranger. Chaque bourgeon, et par suite tout Tensemble du néoplasme, se trouve séparé des tissus sains par une zone d'envahissement que rien ne distingue, au point de vue anatomique, d'un tissu qui serait le siège d'une vive inflammation. Le tout peut se comparer à un arbre épithélial émettant conslimment de nouvelles branches et s'étendant ainsi progressivement de tous côtés. Quant à l'action que cet accroissement désordonné exerce sur les organes avoisinants, elle est éminemment destructive : tissu cellulaire, aponévroses, vaisseaux, muscles, os, glandes, tout, en un mot, disparaît pour être remplacé par l'épithélium dont la prolifération n'a plus d'autre terme que celui de la vie du malade (période des formations épithéliales hétérotopiques),
L'hypergénèse épithéliale qui est le point de départ des lésions cancéreuses n'occupe généralement qu'un point très limité. Cependant, dans les glandes en particulier, une série d'acinis ou de tubes peuvent être pris, soit en même temps, soit les uns après les autres ; pour les organes pairs (mamelles, reins), on voit parfois le cancer se déclarer des deux côtés, soit simultanément, soit successivement. La tumeur s'accroît ainsi tout à la fois par agrandissement des foyers déjà existants, et par adjonc-
tion de foyers nouveaux. Mais les allures envahissantes du mal ne se bornent pas à la région où il a débuté : tôt ou tard il se produit, dans des points parfois très éloignés de l'organisme, des tumeurs secondaires dont l'évolution est pareille à celle du cancer primitif. En ce qui concerne le mécanisme même de ces métastases, l'ensemble des notions acquises nous porte à nous rallier à la théorie de la migration des épithéliums. Les cellules jeunes, éparses dans le tissu conjonctif, peuvent vraisemblablement pénétrer dans le réseau vasculaire en vertu de leurs mouvements propres ; mais ce qui est incontestable, c'est la perforation des parois des vaisseaux, tant sanguins que lymphatiques, par les végétations épithéliales qui finissent par en obstruer complètement la lumière. Des fragments détachés de ces bouchons cancéreux sont entraînés par le courant circulatoire ; ils vont se fixer dans des organes plus ou moins éloignés, et y pullulent de façon à donner naissance à des foyers secondaires qui reproduisent la structure histologique de la tumeur primitive. Cette hypothèse rend compte des faits d'une manière beaucoup plus satisfaisante que celle qui consiste à admettre un agent morbide qui serait à l'état de dissolution dans le torrent circulatoire et qui irait infecter des tissus éloignés, auxquels il communiquerait la maladie.
Le tissu néoplastique des épithéliums n'a qu'une existence transitoire; dans les formes encéphaloïdes surtout, on voit les parties anciennes de la tumeur se nécroser et périr pendant que le cancer continue à se propager au niveau de la zone d'envahissement. La multiplication si active des épithéliums pathologiques implique une exagération proportionnelle des phénomènes d'assimilation, et par suite l'existence d'un réseau vasculaire très riche. Dans ses débuts, l'épithélium tire sa subsistance des vaisseaux normaux préexistants; plus tard, lorsqu'il se propage par diffusion, un grand nombre de capillaires naissent dans le tissu embryoplastique de la zone d'envahissement, et les artères qui vont se ramifier dans la tumeur se dilatent et prennent un développement notable. Mais, d'une part, l'hypergénèse des épithéliums est telle que déjà dans la période de début nous trouvons des masses trop volumineuses pour que la nutrition puisse s'y opérer à un degré suffisant : de là les amas grenus qu'on observe dans le milieu des aeinis et des tubes, et qui doivent leur existence à la nécrose des cellules centrales repoussées loin des vaisseaux nourriciers et mourant ainsi par inanition. Ce détritus central renferme souvent des cellules migratrices plus ou moins nombreuses.
D'autre part, la marche envahissante des formations épithéhales, qui émettent sans cesse de nouvelles ramifications et pénètrent le stroma en tous sens, ne permet pas la constitution d'un réseau vasculaire durable. Les vaisseaux, anciens ou néoformés, se trouvent comprimés, perforés et obstrués tôt ou tard par les épithéliums dont ils alimentaient la prolifération désordonnée. Suivant l'importance du rameau vasculaire supprimé, on voit alors se produire la mortification d'un département de la tumeur qui se nécrose en masse jusqu'aux limites tracées par la circulation collatérale. Ainsi se produisent les foyers caséeux, tantôt miliaires, tantôt dépassant la grosseur du poing, que l'on trouve si fréquemment dans les cancers. Quand ils existent dans les parties profondes de la tumeur, ils se ramollissent progressivement et peuvent donner dans quelques cas une sensation de fluctuation manifeste. Arrivés près de la surface, ils finissent par s'ouvrir au dehors par destruction des téguments qui les recouvraient, et l'on observe alors des ulcérations communiquant avec une excavation anfractueuse, et laissant échapper une bouillie fétide mélangée de pus. Tel est, en peu de mots, le mécanisme général des phénomènes de destruction et à'ulcération qui caractérisent les productions cancéreuses.
Lorsqu'une tumeur se reproduit après ablation chirur-
CANCER
gicale, cette manifestation nouvelle de la maladie prend le nom de récidive. Broca a établi à cet égard la distinction fort judicieuse entre la récidive par continuation, qui peut se faire sur place ou bien à distance (notamment dans les ganglions lymphatiques) et entre la récidive par apparition d'un deuxième cancer dans un autre organe, indépendamment de la tumeur primitive. Ce dernier cas est infiniment moins fréquent que l'autre, et pour qu'il soit bien établi, il est indispensable qu'un examen histologique précis ait montré qu'il s'agit d'un néoplasme nouveau, différant nettement par sa structure du cancer primitif ainsi que des colonies qui en étaient issues.
Le présent article étant uniquement destiné à donner une esquisse générale de la maladie cancéreuse, nous ne nous ariêterons pas ici à décrire en détail les particularités d'évolution et les diverses formes histologiques dej tumeurs épilhéiiales. Le sujet sera traité, avec les développements qu'il comporte, à l'article Epithélioma.
Les organes où siège le plus souvent le cancer primitif sont, par ordre de Iréquence : le segment inférieur et le col de l'utérus, la mameile, la lèvre inférieure, l'estomac, l'œsophage, le foie, l'intestin, le testicule, le rein, puis les autres muqueuses et parenchymes ; pour les tumeurs secondaires : les ganglions et les vaisseaux lymphatiques, les séreuses, le toie, les poumons, etc., etc., aucun point de l'économie n'en est indemne.
La configuration extérieure des cancers est très variée. Les cancroïdes à type épidermique débutent par un nodule généralement plus ou moins saillant, parfois papillaire ou verruqueux, souvent recouvert en tout ou en partie par des formations cornées qui lui donnent un aspect croûteux particulier; plus tard c'est une ulcération reposant sur un fond induré. Ceux des muqueuses à épithéliums cylindriques sont tantôt plats, tantôt villeux ou polypiformes, au moins dans les premiers stades. Les cancers viscéraux ne donnent souvent à la palpation que la sensation d'un empâtement diffus en forme de plaque mal délimitée (estomac, intestin, péritoine); tandis qu'on perçoit facilement les tumeurs pour d'autres organes (mamelle, testicule, ovaire, rein, partie antérieure du foie), sous forme d'une grosseur parfois bien limitée et distincte des parties voisines, plus fréquemment irrégulière et faisant corps avec les organes adjacents (téguments, muscles, séreuses, etc.).
Les différentes formes histologiques du cancer qui ont tant embarrassé les anciens anatomo-pathologistes tiennent essentiellement aux divers modes suivant lesquels peuvent évoluer les néoformations épithéliales, ainsi que la charpente conjonctive et vasculaire qui les entoure. Dans le squirrhe, la plus grande masse du néoplasme est représentée par un tissu lamineux dense, offrant la composition du tissu cicatriciel ; les éléments épithéliaux n'existent que sous forme de petits tractus épars dans le tissu inodulaire, et c'est ce dernier qui donne à la tumeur les caractères physiques auxquels elle doit son nom. Ces conditions se trouvent réalisées au plus haut degré dans les §quirrhes dits atrophiques ou clcU" irisants,
Vencéphaloïde nous offre, au contraire, de puissantes formations épithéliales séparées par de minces cloisons conjonctives et fournissant un suc laiteux très abondant. Dans la forme dite muqueuse ou colloïde, le tissu pathologique prend une consistance gélatiniforme due à la présence d'une grande quantité de mucine ; celle-ci est fournie en partie par les cellules cancéreuses (d'où la plus grande fré'|uence de ce genre de néoplasie dans les organes normalement pourvus d'épithéliums mucipares, tels que le tractus intestinal, par exemple), en partie aussi par une dégénérescence particulière du stroma. Quand la tumeur est à la fois très molle et très vasculaire, on a le fungus hématode (testicule). Le cancer mélanique présente une infiltration de grains pigmentaires qui se déposent en quantité variable, soit dans les
éléments cellulaires seuls, soit aussi dans le tissu connectif avoisinant. Le stroma peut devenir le siège d'une véritable ossification plus ou moins étendue ; d'autres fois il émet des prolongements hyalins qui envahissent progressivement les masses épithéliales, et donne ainsi naissance aux tumeurs dites hétéradéniques (Ch, Robin) ou cylindromes*
Comme accidents secondaires pouvant modifier et compliquer l'aspect des tumeurs, il convient de citer la nécrose et l'ulcération, la suppuration concomitante, les hémorragies, les formations cystiques, et plus rarement la calcification ou l'œdème. Mais ce ne sont là que des épiphénomènes de moindre importance : ce qui constitue le facteur essentiel et dominant, c'est l'évolution pathologique des épithéliums. C'est elle qui produit le néoplasme, qui lui imprime son cachet anatomique et en règle la marche clinique. Suivant que la nutrition des cellules est troublée plus ou moins profondément, l'épithélioma prend une croissance rapide, se généralise de bonne heure, ou reste au contraire à l'état de maladie locale pendant un temps plus ou moins long. Nous ne pouvons juger que par ses conséquences cette altération spéciale des épithéliums ; les moyens d'apprécier à priori son degré d'intensité nous font défaut, et sa nature intime nous échappe jusqu'à ce jour.
Le tableau clinique nous met en présence de symptômes multiples et variés, notamment en ce qui concerne les troubles fonctionnels ; à cet égard il est indispensable d'étudier séparément la symptomatologie du cancer dans les différents organes. La constatation de la présence du néoplasme est ici ce qu'il y a de plus important. Le foyer primitif une lois connu, on comprend que la présence* de loyers secondaires, notamment dans les ganglions lymphatiques, ait une valeur diagnostique de premier ordre.
Indépendamment des signes fournis par l'examen physique du cancer, les symptômes les plus communs sont ceux qui tiennent à la compression et à l'envahissement des vaisseaux (les œdèmes et les hémorragies), ou des nerts dont les lésions deviennent le point de départ de paralysies et de douleurs d'abord sourdes et vaguement localisées, plus tard térébrantes ou lancinantes, se produisant sous forme d'accès, avec des irradiations extrêmement pénibles. Les pertes de sang dues à l'érosion des parois vasculaires sont de règle pour l'estomac, l'intestin, l'utérus, etc. Elles peuvent être précoces dans certains cas, et mettre alors sur la voie d'un diagnostic difficile (rein, poumon, plèvre).
Les symptômes généraux survenant à un stade avancé du mal, sont par contre beaucoup plus constants : l'amaigrissement, la déperdition rapide des forces, la dyspepsie, la teinte terreuse ou jaune paille caractéristique, accusent le trouble profond de la nutrition. A la période de cachexie, l'épuisement et l'émaciation se prononcent de plus en plus, les douleurs redoublent, une diarrhée opiniâtre et la privation de sommeil viennent hâter la terminaison fatale. Souvent on voit se produire alors des accès fébriles dus probablement à la résorption des matières septiques qui prennent naissance dans la sécrétion ichoreuse de l'ulcération. Les malades meurent finalement dans le marasme, à moins qu'un accident tel qu'une hémorragie foudroyante, une embolie, etc., ne vienne mettre un terme à leurs souffrances.
L'évolution du cancer est habituellement chronique. Si l'on tient compte de la période souvent fort longue pendant laquelle il peut restera l'état de petite grosseur indolente, sa durée peut s'étendre à plusieurs décennaires. Même une lois que l'allure envahissante du mal se dessine et permet de porter un diagnostic probable, l'évolution se tait avec une rapidité très variable, de sorte qu'il est fort difficile de donner des chi tires, môme approximatifs. Il est facile de s'en convaincre en lisant les statistiques publiées par les observateurs les plus autorisés.
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Les cancroïdes du tégument externe sont ceux qui marchent le moins vite, d'une façon générale ; fréquemment ils durent dix ans ou pins, et il en est de même des cancers glandulaires revêtant la forme dite de squirrhe atropfiiqne. Au contraire les tnmeurs encéphaloïdes amènent habituellement la mort dans une période de un à trois ans au plus. Dans des cas rares, le carcinome aflecte une marche aiguë, un grand nombre d'organes, et particulièrement les membranes séreuses présentent un semis de petits nodules grisâtres, dont le volume varie entre celui d'une tête d'épingle et celui d'un pois. La terminaison fatale survient en peu de jours au milieu de symptômes comparables à ceux de la granulie : c'est la carcinose miliaire aiguë, laquelle peut survenir d'emblée, si bien qu'on ne sait on placer le début du mal, ou bien prendre son origine dans une tumeur ancienne ayant suivi jusque-là une marche chronique.
Le cancer s'observe à toutes les époques de la vie. La loi formulée par Paget, d'après laquelle il augmenterait de fréquence parallèlement aux progrès de l'âge, doit être atténuée en ce sens que c'est à l'âge mûr, entre cinquante et soixante ans, qu'on le trouve le plus souvent. Avant l'âge adulte, c'est dans la première enfance qu'il est le plus fréquent. Quant à l'influence du sexe, on admet généralement que la femme est plus souvent affectée.' Les recherches statistiques faites dans le but d'établir la distribution géographique n'ont pas fourni de résultats bien tranchés: le cancer existe partout, et l'opinion des auteurs qui prolessent qu'il est plus commun chez les peuples civilisés, et particulièrement dans les grandes agglomérations, ne repose pas sur des moyennes bien démonstratives.
Parmi les données étiologiques, on peut faire bon marché des indications anciennes concernant les tempéraments, les constitutions, etc.; Velpeau s'est catégoriquement prononcé à cet égard. 11 n'en est peut-être pas de même de l'opinion de quelques observateurs qui alfirment que la maladie s'attaque de préférence aux personnes brunes à système pileux très développé. Lever, qui a établi une statistique sur ce point, n'a trouvé en effet qu'une proportion d'un cinquième environ de femmes blondes parmi celles qui étaient atteintes de cancer. On possède des documents beaucoup plus positifs en ce qui concerne Vhérédité^ qui a été constatée dans un grand nombre de cas. Quant aux causes de la maladie, on ignore, ainsi qu'il a été dit plus haut, la nature intime de la perturbation évolutive dont les épithéliums cancéreux sont le siège. Par contre, il est indiscutable que les irritations locales de toutes sortes : traumatismes, cicatrices, tumeurs diverses, lésions syphilitiques, lupus, etc., jouent souvent le rôle de causes occasionnelles dans le développement des tumeurs. Le soi-disant antagonisme, qu'on avait cru pouvoir admettre autrefois entre le tubercule et le cancer, a été controuvé depuis longtemps par l'observation.
L'impuissance des recherches d'histologie pathologique à donner une solution satisfaisante de la question avait déterminé Velpeau à revenir à une définition purement clinique de la maladie cancéreuse, et cette manière de voir a prévalu jusqu'à ce jour dans la pratique. La plupart des médecins et des chirurgiens continuent à qualifier de cancers toutes les productions morbides à niarcbe envahissante, tendant à l'ulcération et à la généralisation. Ces caractères appartiennent à des tumeurs très difiérentes sous le rapport de la com [position anatomique ; aussi a-t-on pu dire à ce point de vue que chaque tissu de l'économie pouvait faire son cancer. Cependant, avec les progrès de la théorie épithéliale, il semble que cette contusion doive cesser. Déjà à l'aide du type bistologique représenté par le carcinome alvéolairey plusieurs auteurs avaient cherché à constituer une forme pathologique spéciale, et l'on peut dire que s'ils n'y ont qu'impartaitement réussi, cela tient surtout aux diffi-
cultés insurmontables qu'ils ont éprouvées pour parvenir à séparer les carcinomes vrais des épithéliomns. Aujourd'hui que nous savons que la très grande majorité des tumeurs décrites comme carcinomes ne sont que des épithéliomas diffus, cet obstacle tombe de lui-même, et il convient de réserver la dénomination de cancers aux seules tumeurs épithéliales.
Est-il possible d'établir un type pathologique satisfaisant sur cette conception de la maladie cancéreuse en tant qu'affection primiti\e du système épithélial ? Il semble, à première vue, que cette tentative n'ait rien que de justifié. Le cancer, caractérisé par sa marche toujours progressive, par la généralisation débutant dans les ganglions lymphatiques, par une cachexie spéciale, souvent précoce, et des conditions d'hérédité fréquemment constatées, paraît bien dictinct des tumeurs non épithéliales qui restent à l'état de maladie locale, et même de celles qui sont susceptibles de se généraliser (sarcomes, etc.) ; en effet, ces dernières produisent leurs foyers métastatiques non dans les ganglions, mais dans les poumons, sur la plèvre, etc. En outre, elles sont extrêmement rares, alors que le cancer est très fréquent. Pourtant il faut avouer que la question présente encore bien des points obscurs. Tous les épithéliomas, même atypiques, ne prennent pas la marche envahissante des tumeurs cancéreuses, et nous admettons avec Klebs qu'au point de vue d'une caractéristique anatomique, on ne peut s'en rapporter qu'à l'existence bien constatée de formations épithéliales hétérotopiques. Cela revient à avouer que nous ne possédons aucun signe distinctif pour les épithéliums qui sont à leur stade' de début, avant l'irruption épithéliale, et alors que le diagnostic différentiel serait surtout important à établir.
Les faits indéniables de cancers opérés avec succès, sans trace de récidive malgré une survie prolongée, ont porté d'autre part un certain nombre d'auteurs à nier l'existence d'une maladie ou diathèse cancéreuse. Le cancer pour eux n'est primitivement qu'un mal local ; les désordres causés par la généralisation et l'ichorhémie expliqueraient suffisamment la cachexie, qui d'ordinaire ne survient qu'à la période ultime.
Cette manière de voir ne répond qu'imparfaitement aux données qui ont été exposées plus haut. Mais, que l'on incline vers l'une ou l'autre opinion, il est évident que le problème n'est pas justiciable uniquement des recherches cliniques et anatomiques. Il est certains côtés de la question qui exigent manifestement l'adjonction, aux renseignements puisés a ces deux sources, des données lournies par la pathologie comparée et par l'expérimentation. Or, ces dernières, jusqu'ici, nous font entièrement défaut. Saut un ou deux cas douteux, les essais d'inoculation et de greffe n'ont donné que des résultats négatifs, et le soi-disant bacille carcinomateux récemment décrit a été reconnu pour un épiphyte inoffensif des téguments du mamelon. La question d'une maladie cancéreuse en tant que diathèse épithéliale restera insoluble aussi longtemps qu'on ne disposera pas de ce troisième facteur, qui relève de la méthode expérimentale. — L'hypothèse d'une transformation des tumeurs bénignes en cancers se trouvera discutée à l'article Tumeur. Nous renvoyons également à ce mot pour le traitement tout chirurgical du cancer, qui ne diflère pas de celui des autres tumeurs malignes, G. Herrmann.
B[BL. : to MÉDECINE.— V. les principaux traités d'histologie, d'anatomie pathologique et de chirurgie, où l'on trouvera des bibliographies détaillées.
2;» Paléontologie.— A. Milne- Kdwards, Monographie des Crustacés fossiles de la famille des Cancériens {Annales des Se. nat., 1863-64), et Histoire des Crustacés podophthalmaires fossiles, t. I, p. 163.
CANCER (Luis), grand missionnaire et linguiste espagnol, né à Barbastro près Saragosse, martyrisé en Floride le 26 juin 1549. Il fut l'un des premiers dominicains qui passèrent en Amérique. Après avoir prêché à Haïti,
CANCER — CANCIANi
fondé un couvent dans File de Paerto-Rico, il se rendit avec B. de las Casas dans l'Amérique centrale (1534), apprit le quicbé assez bien pour composer en celte langue des poésies relatives à Thistoire sainte, que les marchands allaient chanter dans les foires et qui suggérèrent aux Quiches et aux indigènes de Zacapula l'idée d'appeler les missionnaires dans leur pays, tn 1537, le P. Cancer accepta la tâche de pacifier ces Indiens que les conquistadores n'avaient pu réduire par les armes, et il réussit si bien que cette Tieri-a de giierra fut désormais appelée Vera-Paz. Ensuite il travailla à la conversion des Indiens de Tuzulutlan et de Coban (1538). Au retour d'une mission en Espagne dont il avait été chargé en 1538, il ramena des franciscains en Guatemala (1541). Zélé défenseur des indigènes, il plaida leur cause à l'Assemblée ecclésiastique de Mexico en 1546. Se rendant en Espagne (1547), il fut pris par un corsaire turc, racheté par un Français et il obtint de Charles-Quint une caravelle pour aller évangéliser les Floridiens. Il partit de la Vera-Cruz avec trois autres dominicains ; deux d'entre eux furent massacrés dans une descente sur la côte occidentale de la péninsule, vers 28<* de lat. N., ce qui n'empêcha pas le P. Cancer de débarquer de nouveau pour se tixer dans le pays, mais il n'eut pas plutôt mis pied à terre qu'il fut assommé, puis scalpé. Quelques-unes de ses lettres ont été publiées dans Documentos inéd. del archiva de Indias (t. VIL pp. 184-^201) ; Doc, ined. para la hist, de Espana (1879, t. LXX, pp. 573-582), et Doc. para la hist, de la florida, publ. par Buckin£>ham Smith (Londres, 1857, 1. 1, pp. 190-202). Beauvois.
BiBL. : Davila Padilla, Hist. de la prov. de Santiago de Mexico, ï. 1, ch. liii-lmi. — Herrera, Dec, VIII, I. V, ch. XIV, XV. — Salvador San-Cipria.\o, Hechos rie los PP. Fr, Luis Cancpv, Fr. B. de las Casas y Fr. Pedro Angulo en la predicacion del Evangelio (msc). -— Fabh:, Vida del P. B. de las Casas,t. 1, pp. 141-155, 2U5, 208, 573-
CANCER (Jayme), jurisconsulte espagnol de la fin du xvi« siècle et du xvn® siècle, né à Barbaslro en Aragon. Il étudia le droit à Salamanque et à Huesca, s'établit avocat à Barcelone et lut rei^ardé avec Fontanella comme le premier jurisconsulte de Catalogne. Parmi ses travaux citons : Varice résolu twnes juris Cœsarei, Pontificii et Mîinicipalis principatus Cataloniœ (Madrid, 1594, 3 vol. m-tol.). Ce livre, très estimé, eut plusieurs éditions: Fauteur en donna une seconde très augmentée (Barcelone, 4688) ; son gendre, D. de Myr, en donna une autre, partie à Tournon (1635), partie à Lyon (164'f, in-fol.) ; enfin il y en a une autre, de celte ville (1659, in-lol.). E. Cat.
CANCER Y VELASCO (Geronimo de), poète espagnol, né vers 1598, mort en 4654. Sa vie est peu connue; il semble avoir été distingué à la cour de Philippe IV et avoir eu pour prote teur le duc de Médina Sidonia. Les poésies lyriijues, dans le vieux mètre castillan, sont presque oubliées ; elles ont été réimprimées cependant dans le vol. XLll de la Bibliotheca Ribadeneyra, Comme poète dramatique Cancer a une réelle valeur ; à l'emphase de ses prédécesseurs et de ses contemporauis il oppose le burlesque et parfois le trivial ; ses comédies présentent presque toujours de Tinlérêt, de la verve et «ne audace qui en a t'ait condamner quelques-unes par l'inquisition. Une d'elles, Pelicanoy Raton, a eu l'honneur d'être attribuée à Calderon ; en revanche, le critique allemand Schack reporte à Cancer la pièce Dineros son calidad qu'on croit généralement de Lope de Vega. Cancer écrivit presque toujours en collaboration avec un ou deux autres dramaturges : avec Mât os Fragoso et Moreto, la Adultéra pénitente^ Caer para levantar^ el Bruto de Babilonia ; avec Moreto, Ha%er remédia el àolor, la Fuerm delnatural, la Virgen de la Aurora; avec Moreto et Villaviciosa, Dejar un reino par otro ; avec Rosete et Martinez, San Ginès 6 el mejor represen^ tante,' El Arca de Noé; avec Calderon et Vêlez de
Guevara, Enfermar con el remedlo ; avec Guevara, los Siete Infante de Lara; avec Calderon et Zavaleta, la Margarita preciosa ; avec Martinez et Zavaleta, la liazon hace dichosos ; avec Huerta et Rosete, Julian y Basilisa^ Chlco Baturi; avec Ro!«ete Nino et Rojas, el Bandolero Solposto, Seul, il n'a guère composé que les deux comédies burlesques : Muerte de Baldovinos et los Mocedades del Cid^ et un entremeses : Et Pleito de Garapina, Ses œuvres ont été publiées sous le titre : Obras varias (Madrid, 1651, in-4 ; Lisbonne, 1671, in-12), et Obras varias poeticas (Madrid, 1761, petit in-4). Plusieurs de ses comédies ont été maintes fois réimprimées dans les recueils d'œuvres dramatiques. E. Cat.
CANCHA Rayada (Bataille de). Bataille perdue par le général argentin :San Martin et le général O'Higgins dans leur campagne de 1818 contre les généraux espagnols OsorioetOrdonez pour l'aHranchissement du Chili. L'armée royaliste, renfermée dans la ville de Talea, surprit dans la nuit du 19 mars l'armée des patriotes campée dans la plaine de Cancharayada ; celle-ci, attaquée à l'improviste dans l'obscurité, fut dispersée et battit en retraite sur Santiago, Ce désastre fut réparé par la brillante victoire remportée à Maipo par le général San Martin le 5 avr. suivant. L. Guilaine.
CANCHE/La Cancia). Petit fleuve qui prend sa source dans les collines de l'Artois à Gouy-en-Ternois, non loin de Saint- Pot, passe à Azincourt. puis a Montreuil et se jette dans la Manche à Etaples, par un large estuaire, après un cours de 95 kil. Ce cours d'eau, bien que peu considérable, a une certaine importance historique, soit au point de vue des délimitations, soit au point de vue stratégique, surtput au moment des guerres avec les Anglais. La Canehe traçait la limite naturelle entre le Calaisis et le Ponthieu. Néanmoins, la ligne de séparation marquée par son cours ne fut pas toujours rigoureuse.
BiBL. : E. Drâmard, Bïbiiogy^aphie géographique et his' torique de la Picardie ou Catalogue raisonné des ouorages manuscrits ou imprimés relatifs a La géographie et à ihisloire de cette province, l'« parue : Boulonnais, Calaibis, Ardresis; Paris, lSSl,iii-8, où l'ontromera {indication de tous les travaux ou cartes relatifs à riûstoire de ce cours d'eau.
CANCHE (La). Riv. de France qui prend sa source près de Cussy-la-Colonne (Côte-d'Or), traver.-e ou forme létang de Lacanche, passe à ou près Saussey, Thomirey, Lacanche, Saint-Pierre-en-Vaux, et se jette entre Cordesse et Igornay dans l'Arroux, affluent de la Loire, après un cours total d'environ 24 kil., dont 8 environ dans le dép. de Saône-et-Loire. L. Lex.
CANCHIA (Sierra de). Petite chaîne de montagnes qui borde la rive orientale du lac de Yojoa (Honduras).
CANCHY. Com. du dép. du Calvados, arr. de Bayeux, cant. d'isigny ; 386 hab. Restes d'un château de l'époque de Henri IV.
CANCHY. Com. du dép. de la Somme, arr. d'Abbeville, caiit. deNouvion-en-Ponthieu ; 4i8 hab.
CANCIANI (F-Paolo), savant italien, né à Udine en 17i5, mort en 1810. il appartenait à l'ordre religieux des Servîtes ou serviteurs de Marie, qui suit la règle de saint Augustin. Il fut pendant trois ans secrétaire de l'ambassade vénitienne à Londres, puis remplit à Venise, jusqu'en 1767, les fonctions de Comullore del Governo. Il est surtout connu pour avoir publié, sous les auspices de l'archiduc Léopoid, grand-duc de Toscane, un recueil annoté des lois de l'époque barbare : Barbarorum leges antiquœ, cum notis et ylossariis,,, (Venise, 1781- 9:2, 5 vol. in-fol.). La matière de cet important ouvrage est plus vaste que ne le laisse entendre le titre : car on y trouve, non seulement les lois germaniques ou romaines promulguées depuis le vi*^ siècle chez les Francs, les Burgondes, les Wisigoths, les Ostrogotbs, les Lombards, les Saxons et les autres peuples germains, mais encore les Capitulaires des rois mérovingiens et carolingiens, les formules privées de cette époque, les traités de droit et
Cancilla filosa Sw.
CANCIANI — CANCRE -
les coutumiers désignés sous le nom d'Assises de Jérusalem, Assises de Remanie, Assises du royaume de Sicile. La plupart de ces textes ont été, depuis, édités d'une manière plus correcte; mais pour c[uelques-uns, le recueil deCanciani a gardé sa valeur originale, notamment pour la version italienne des Assises de Jérusalem (V. ce mot), et des Assises de Remanie qui n'a pas été publiée ailleurs. Ch. Mortet.
BiBL. : TiPALDO, Biografla degli Italiani illustri, t. I, p. 300. — EscHBACH, Introduction à Vétude du Droit, 1856, pp. 346, 369-70.
CANCILLA (Maiac). Genre de Mollusques-Gastéropodes-Prosobranches, du groupe des Pectinibranches, institué par Swainson, en 4840, caractérisé par une coquille fusi forme , non orabiliquée, renflée vers le milieu, à spire médiocrement développée, aiguë ; tours peu nombreux, à peine convexes, ornés de côtes spirales linéaires, élevées; ouverture médiocre; bord externe simple, à peine sillonné à l'intérieur; bord columellaire mince, calleux; columelle plissée. Le Cancilla filosa Sw. est une jolie coquille, de taille médiocre, de couleur jaunâtre ou blanchâtre, couverte de côtes spirales d'un brun plus ou moins intense ; elle vit dans les mers de l'Asie et en Océanie. CANCINO (Luis), peintre espagnol, né à Séville dans les dernières années du xvii« siècle, mort à Madrid en 17o8. Bien qu'il ait été l'élève de Lucas Valdès Leal, Cancino fut plutôt un amateur, faisant de la peinture par goût, qu'un véritable artiste. Après avoir fait ses études théologiques à Séville, il alla à Rome pour y solliciter un bénéfice. Revenu à Séville, il y fut ordonné prêtre. Mettant à profit les connaissances artistiques qu'il avait continué d'acquérir à Rome pendant son séjour, il peignit dans le cloître du couvent du Carmen une composition dont le sujet est emprunté à la vie de Saint-Elie. P. L. BiBL. : Cean Bermudez, Dlccionario de tos mas ilustres iprofesores ', Madrid, 1800.
CANCIONERO (V. Chanson [Histoire littéraire]).
CANCLAUX (Jean-Baptiste-Camille), général français, né à Paris le 2 août 1740, mort le 30 déc. 4817. R entra au service au commencement de la guerre de Sept- Ans. En 4789, il était major au régiment de dragons de Conti. Colonel, puis maréchal de camp en 4794, il fut nommé lieutenant général le 7 sept. 4792 et appelé en avr. 4793 au commandement en chef de l'armée de la Vendée. Après avoir assisté à la défense de Nantes le 29 juin et battu les Vendéens à Saint-Symphorien le 6 oct., il fut destitué et remplacé par Léchelle. Rappelé après le 9 Thermidor à la tête de l'armée de l'Ouest, il commença la pacification de la Vendée, qui devait être achevée par Hoche. A partir de 4797, il fut successivement ambassadeur en Espagne et à Naples. Après le 48 Brumaire, il reçut le commandement de la i¥ division militaire, à Caen, fut admis au Sénat en 4804 et nommé grand-aigle de la Légion d'honneur et inspecteur général de la cavalerie. 11 devint pair de France en 4844.
CANGON, Ch.-l. de cant. du dép. du Lot-et-Garonne, arr. de Villeneuve-sur-Lot; 4,446 hab. C'était, au moyen âge, une seigneurie importante, de laquelle dépendaient 43 ou 44 paroisses. Un château-fort, dont il ne subsiste que des portions de courtine, couronnait le plateau escarpé qui domine la ville. Les Madaillan furent seigneurs de Cancon au xm® et au xiv® siècle. De 4445 à 4430, les partisans anglais occupèrent cette place, que les Verdun et les comtes d'Armagnac se disputèrent de 4444 à 4492. Parmi les principaux seigneurs de Cancon on peut citer : les Monferrand, au xvi® siècle; les Gourdon de Genouillac, au xva® ; le duc de Roquelaure et Louis de Lorraine,
prince de Pons, au xviii®. Le vicomte de Beaumont, chef d'escadre, qui possédait la seigneurie de Cancon, lors de la Révolution, se fit remarquer par l'énergie qu'il déploya pour conserver tous ses droits, en dépit des décisions des assemblées. G. Tholin.
BiBL. : Lucien Massif, la Révolution à Cancon; Agen, 1888, broch. in-8.
CANCRE. I. Zoologie (V. Cancer [ZooL] et Crabe).
II. Pédagogie. — « La nature ne fait pas de cancres, a dit un homme d'esprit, pourquoi l'Université en faitelle ? » Cette vive formule n'est pas juste sans réserves, mais elle pose bien une question grave au fond, et devenue aujourd'hui pressante. Si la nature ne fait pas de cancres, elle y aide assurément, et si l'Université en fait, elle n'est pas seule à connaître ces écoliers que presque toute classe traîne après elle comme un poids mort, à qui l'on ne demande que la paix, et qui ne demandent rien de plus, non-valeurs avérées, de qui l'on n'espère plus rien, que l'on néglige sans scrupule si l'on renonce à les molester. Ce mal se rencontre plus ou moins, chez nous, dans toute grande maison d'enseignement secondaire ; mais ce n'est pas une raison pour en méconnaître la gravité. Sans le décrire plus longuement (il n'est que trop connu), je voudrais en montrer la portée, puis en rechercher les causes et les remèdes. — L'habitude de parler avec un sourire, apitoyé ou dédaigneux, de ces pauvres diables qui suivent ainsi nos classes — si cela peut s'appeler suivre — « sans honneur et sans profit », marque assez que l'opinion commune attribue leur cas, soit à leur infériorité naturelle, soit à leur faute, et le plus souvent à ces deux causes réunies. En cela elle a raison sans doute pour une part: il y aura toujours des enfants inintelligents, paresseux ou indociles, qui profiteront mal de l'enseignement, fùt-il parfait. Mais la catégorie des cancres serait-elle si nombreuse si elle n'était composée que de ceux-là ? Et admettons que les élèves à qui ce nom désobligeant s'applique soient, en effet, du jour où ils le méritent, indociles, paresseux ou sots, ou un peu tout cela à la fois : est-il bien sûr que tous soient tels par nature, que plusieurs ne le soient pas devenus, et devenus moins peut-être par leur faute que par celle des institutions, des méthodes ou des maîtres ? Si peu qu'il y en eût dans ce cas, évidemment ce serait trop. Que serait-ce s'il y en avait beaucoup ? Que penser d'un système d'enseignement qui notoirement gâterait les dons naturels, loin d'en tirer le meilleur parti ? Que dire de maîtres qui feraient une telle besogne sans s'en apercevoir, ou qui surtout, avertis, se résigneraient à la faire ?
Or, il est indéniable que, si l'on excepte les idiots, l'immense majorité des enfants sont d'abord vifs, curieux, prompts à comprendre et à s'intéresser, et qu'on ne soupçonnerait pas, si on ne le savait, combien d'entre eux seront, après des années d'études, indifférents au savoir, éteints, inertes d'esprit, quelquefois stupides. Est-ce le fond qui manque à ceux-là ? Parfois oui peut-être ; mais non toujours, puisqu'on en voit se réveiller plus tard et l'emporter dans la vie sur qui les méprisait au collège. Comment ne pas croire qu'il y a là quelque chose de plus qu'une crise de développement ? Si cette crise était nécessaire, pourquoi ne serait-elle pas générale ? Tous les enfants passent par un âge ingrat ; mais pourquoi est-il si ingrat pour quelques-uns, et prolongé au point que plusieurs ne s'en tirent plus ? Ayons le courage de voir les choses comme elles sont : notre régime des classes^ non corrigé par de sérieux examens de passage, le trop grand nombre d'élèves dans chaque classe ; l'abus de l'émulation, des compositions, des concours, qui force les professeurs à soigner leur « tête de classe », d'après laquelle on les juge^ au détriment des traînards, dont personne n'a cure et dont le nombre va toujours croissant ; le défaut de notre organisation, qui ne comporte pas des types suffisamment variés d'études secondaires répondant à la variété des besoins et des aptitudes ; le défaut de