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CAPITAL

celle du payement de la rente (fermage), et celte charge l'oblige à mettre en œuvre un capital d'exploitation proportionné au capital foncier. On a cherché depuis longtemps à mettre en formule cette relation entre le capital d'exploitation et la rente, mais on n'a pu donner jusqu'ici aucune règle absolue. On peut seulement constater que le capital d'exploitation s'élève plus rapidement que la rente, et moins rapidement que le capital foncier, à mesure que la culture devient plus intense. Le produit brut par hectare est le facteur dominant de la valeur des capitaux agricoles. Tandis que ce produit brut peut s'estimer, dans la culture arabe, considérée comme le type inférieur, à 40 fr. par hectare, il s'élève graduellement jusqu'à 700 fr. et plus dans les cultures perfectionnées du nord de la France; mais tandis que la part du cultivateur est à peine de un cinquième contre 4/5 pour le propriétaire dans la culture arabe, la rente n'est au contraire que du cinquième du produit brut contre 4/5 pour le capital d'exploitation dans la culture perfectionnée. En se basant sur des baux de fermage répondant à des systèmes de cylture bien déterminés, on peut aisément déterminer la valeur du capital foncier, à condition de ne pas négliger cette règle d'application absolue que plus la culture est riche, plus les capitaux sont abondants et plus le taux de l'intérêt baisse. De 40 o/o dans la culture arabe en Algérie, le taux de l'intérêt du capital foncier diminue suivant une progression décroissante jusqu'à 3 et 2 4/2 % dans la culture perfectionnée. La cause de cet abaissement de la rente à mesure que le pays devient plus riche tient à la nature particulière de la terre, capital qui obtient plus de sécurité et est susceptible de plus-value rapide et plus considérable dans les pays riches que dans les pays pauvres. En ce qui concerne l'estimation du capital d'exploitation, on n'a que des repères insuffisants. 11 est, en général, sauf pour les vignes et les herbages, supérieur d'un cinquième à peu près au produit brut.

Il n'est pas inutile d'insister sur l'importance des capitaux agricoles et sur les rapports qu'ils peuvent présenter avec d'autres facteurs ou avec les éléments sur lesquels ils sont établis, parce que c'est d'eux que dépend Torientalion principale à donner à l'activité économique, et c'est par eux que s'explique la concurrence que se font entre elles les nations civilisées sur le marché de la consommation. L'économiste américain Henry George, étudiant les lois de Malthus dans leurs rapports avec le développement de la richesse (Progress and Poverty, p. 426), établit ce principe qui semble absolument inattaquable : « Au même niveau de civilisation , et pour un même degré de développement des arts, de l'industrie et du gouvernement des hommes, les contrées les plus peuplées sont toujours les plus riches. » Le milieu physique donne à celte loi des démentis, explicables il est vrai, mais réels. D'une manière générale, l'accumulation des capitaux provoque l'accumulation des hommes et inversement. Il en résulte que l'accroissement des besoins se trouve compensé par un accroissement de la production. Toutefois, ce principe est limité dans son application par les agents naturels : sous un climat froid la végétation est peu active. D'après deHumboldt, en Prusse, le blé ne produit que quatre fois sa semence, tandis qu'il la donne douze fois à la Plata, dix-huit fois au Pérou et vingt-quatre fois au Mexique. Le produit brut vaiie aussi suivant la nature des cultures; il est plus élevé pour les cultures arbustives, vignes, oliviers, orangers, que pour les prairies et les céréales. 11 varie encore pour une même culture placée dans des milieux économiques différents. Le sol européen reçoit des engrais coûteux, des travaux nombreux , que ne reçoivent pas les terres vierges du Nouveau Monde. Les céréales fournissent des rendements moyens de 27 hectol. dans certaines contrées (nord de la France, Belgique, Angleterre) ; elles ne donnent que 8 à 10 dans le Midi, en Italie, dans les

plaines hongroises et aux Etats-Unis par suite de l'insuffisance des capitaux d*exploitation. Il s'établit même, à cet égard, entre la population et les richesses que l'on tire du sol, un remarquable équilibre. La Hollande, par exemple, qui pourrait, à juste titre, être considérée dans l'ensemble comme une terre pauvre, tant l'exploitation s'y présentait difficile, porte aujourd'hui une population fort dense, grâce au travail de ses habitants. De 1872 à 4886, en quinze ans, l'extension de la culture de la vigne a valu au dép. de l'Aude un accroissement de population de un cinquième. De nos jours, la Campine, la Sologne, les Landes, la Camargue ont été amenées à un état de production inconnu auparavant. L'adage de Franklin, « à côté d'un homme naît un pain », restera toujours vrai, car toujours l'homme poussé par la nécessité saura s'ingénier pour vivre. L'Amérique, l'Australie sont à peine exploitées parce que le capital y manque encore, l'agriculture y est encore une industrie extractive, c'est la surface seule qui est engagée. En Europe, grâce au capital, l'agriculture est devenue une véritable industrie de transformation. La présence d'une population dense peut seule donner au sol une valeur élevée. Autour des grandes villes américaines, Boston, New-York, Philadelphie, Cincinnati, Chicago, Saint- Louis, etc., aussi bien que dans les environs d'Alger, d'Oran, de Bône, en Algérie, la terre atteint des prix très comparables à ceux de France.

C'est le capital d'exploitation qui, en stimulant le capital foncier, permet d'élever les rendements, le produit brut de la culture, mais le sol, capital foncier, ne peut être amené à un état de fertilité avancé qu'au prix de travaux longs et suivis, d'améliorations successives difficiles à improviser. Lorsque le produit brut s'élève, la densité de la population s'accroît corrélativement, celte conséquence ressort des faits. Toutefois, il est à peu près impossible d'établir un rapport mathématique entre le produit brut par 100 hect. et le nombre des habitants que cette surface peut nourrir. Trop de facteurs sociaux interviennent dans le problème. On peut établir cependant une relation entre l'intensivité de la culture dwe à l'abondance des capitaux et le bien-être des populations. Le mobilier et le régime de vie des cultivateurs en sont les indices les plus certains. Dans les pays riches la nourriture des ouvriers est bonne et abondante, la literie est soignée et propre ; dans les pays pauvres, il en va tout autrement Les propriétaires eux-mêmes n'échappent pas à cette observation, du moins les petits propriétaires. Dans les régions pauvres, le mobilier du cultivateur se confond avec celui de la ferme, il loge à côté de ses animaux; dans les pays riches le petit cultivateur jouit souvent d'une aisance qui touche au luxe, et qui révèle fidèlement l'état de prospérité de la culture. Les petits propriétaires de Jersey qui n'ont que 2, 3 ou 4 hect. ont tous un salon, un piano, un parterre de fleurs. En Hollande, sur les bords de la mer, les cultivateurs vivent avec luxe (de Laveleye). Arthur Young signale aussi dans ses voyages le luxe qu'il trouve dans la toilette des femmes de Lodi, riche village agricole de la Lombardie. Le taux des salaires même est, dans une large mesure, solidaire de l'abondance des capitaux engagés dans l'agriculture. Il se règle sur le cotit de la vie, et sur le nombre des besoins que l'on peut satisfaire dans un milieu donné. Bastiat a justement formulé la loi suivante : « A mesure que les capitaux s'accumulent, le prélèvement absolu du capital dans le résultat total de la production augmente, et son prélèvement proportionnel diminue. Ce travail voit augmenter sa part relative, et, à plus forte raison, sa part absolue, » Mais la hausse des salaires, qui semblerait dépendre directement de l'élévation du produit brut, est en rapport inverse avec l'accroissement de la population et, par suite, l'émigration ou l'immigration exercent sur les salaires une influence considérable absolument indépendante de la culture. Aux Etats-Unis, avec une agriculture

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