CAPO D'ISTRIA «- CAPON
futur royaume, en le lui représentant sous les couleurs les plus sombres et les plus tristes. 11 n'est pas téméraire de penser qu'il rêvait de perpétuer sa propre autorité, ou que, désireux de complaire à la Russie, il n'avait pas été fâché d'éloigner du nouveau trône un candidat particulièrement agréable à l'Angleterre.
Ses complaisances pour la politique russe devaient, d'ailleurs, lui coûter bien cher. Une fois la guerre de l'indépendance terminée, les factions, un instant assoupies, avaient redoublé en Grèce de violence, d'audace et de turbulence. Capo d'istria avait eu le tort d'éloigner des affaires des hommes recommandables par leurs services et par leur mérite, mais qui, comme Mavrocordatos, sacrifiaient trop, selon lui, à l'Angleterre, ou, comme Kolettis, lui paraissaient trop accessibles à l'influence française . On l'accusait de subir servilement la direction du gouvernement russe, d'accorder des privilèges exorbitants aux sujets du tsar, de ne placer dans les hauts emplois que ses créatures, comme ses frères Viaro et Augustin ou le Corfiote Geunatas. On lui reprochait de régner par le despotisme et la délation, de se dérober à tout contrôle. Quand on le vit, après la révolution française de Juillet, profiter du désarroi de l'Europe pour resserrer encore une autorité qu'on trouvait excessive et qu'il paraissait vouloir rendre définitive, la patience échappa à ses adversaires. Ils oublièrent ou méconnurent ses services et ne reculèrent pas devant la guerre civile pour le renverser. Les journaux, comme V Apollon, l'attaquèrent avec violence et il essaya vainement de les réduire au silence. Un des héros de la guerre de l'Indépendance, le vieux Pierre Mavromichalis, voulut soulever le Magne, où il était tout-puissant. Le président le fit emprisonner à Nauplie. Mais d'autres, comme Condouriotis et Miaoulis, se retirèrent à Hydra et mirent les îles en état d'insurrection. Ce dernier s'empara même de la Ûotte grecque et, plutôt que de céder à l'amiral russe, qui le sommait de la rendre, n'hésita pas à la faire sauter (juil. 4831). On était en pleine guerre civile. Capo d'istria venait de convoquer une nouvelle assemblée nationale. Elle allait se réunir lorsque, le 9 oct. 1831, le président, qui se rendait à l'église Saint-Spiridion de Nauplie, lut accosté par Georges et Constantin Mavromichalis, fils du prisonnier, qui le tuèrent net d'un coup de pistolet et d'un coup de poignard. Ainsi périt, de la main des siens, l'homme qui avait le plus fait, au moins par la diplomatie, pour la renaissance de la Grèce. Vu les mœurs à demi sauvages de ses compatriotes, ce dénouement n'avait rien de trop surprenant. Capo d'istria était fait pour la vie de cour ou pour les calmes travaux des congrès. Il était déplacé au milieu des Klephtes. On a pu l'accuser d'ambition et lui reprocher des habitudes autoritaires qu'il avait prises en Russie. Mais au point de vue de l'argent son désintéressement fut incontestable. La guerre de l'indépendance lui coûta la plus grande partie de sa fortune et, tant qu'il fut président, il refusa toute liste civile. On a pu aussi incriminer ses procédés diplomatiques, parfois assez tortueux et assez peu francs. Mais il ne faut pas oublier qu'il avait à lutter contre des adversaires comme Metlernich : c'est tout dire. Il aima et servit la Russie. Mais il aima et servit par-dessus tout la patrie hellénique, et ce fut là sa véritable gloire. A. Debidour.
BiBL. : BuLGARis, NoHce sur le comte J. Capodistrias ; Paris, 1832. — Capefigue, lés Diplomates européens^ t. II. — Capodistrias, Correspondance {du 20 avr. 1821 au 9 oct. 1831), publié parBétant; Genève, 1839, 4 vol. in-8. — Détails de la correspondance de M. Dutrône avec le président Capodistrias; Paris, 1831. — Gervinus, Insurrection et régénération de la Grèce, 2 vol. in-8. — De Gobineau, Capodistrias {Revue des Deux Mondes, du 15 avr. 1841).— Lesur, Annuaire historique, 1821 à 1831.— Mélanges historiques (Si3{x[Ji,i)Cia laiopixà) imprimés à Paris. — ' G. Métaxas, Souvenirs de la guerre de l'indépendance; Paris, 1888, in- 16. — Metternioh, Mé~ moireSf documents et écrits divers, t. I à V. — Lettres et documents sur les derniers événements de la Grèce, qui ont précédé la mort du comte Capodistrias; Paris, 1831,
in-8. — Général Fabvier, Correspondance et papiers inédits. — Papadopoulos Vrétos, Mémoires biographiques^ historiques, sur leprésident de laGrèce; Paris, 1837-1838, 2 vol. in-8. — Porte folio papers relative to the affaire of Grèce..,; Londres, 1838-32, in-fol. — Thiersch, Etat actuel de la Grèce; Leipzig, 1833, 2 vol. in-8. — Tricoupis, Histoire de la révolution grecque ( "laiopta x^ç 'EXXTjvixfj; ETuavaaTaascoç) ; Londres, 1853, 4 vol., etc., etc.
CAPO D'ISTRIA (Jean-Marie-Augustin, comte de), homme d'Etat grec, né à Corfou en 1778, mort en 1857. Quatrième fils d'Antoine-Marie de Capo d'istria, il prit une certaine part à l'organisation des îles Ioniennes en république et à leur administration, à partir de 1799. Très cbaud partisan de l'indépendance hellénique, il s'attacha particulièrement, pour la faire triompher, à la Russie, comme son frère Jean. Ce dernier, devenu président du gouvernement grec, l'appela auprès de lui (1828) et mit à profit son énergie et son dévouement. Augustin fut délégué comme commissaire civil à l'armée que commandait le général Church, et oii il se fit tort par son orgueil, sa ténacité et son incompétence en matières militaires. On lui reprocha aussi, non sans raison, d'avoir usé de pression, en 1829, pour remplir l'Assemblée nationale de créatures de sa famille et pour provoquer en faveur du chef de l'Etat une sorte de plébiscite en le faisant élire comme député dans un grand nombre de collèges. 11 n'en acquit pas moins une autorité personnelle assez forte pour lui valoir, après la catastrophe du 9 oct. 1831, la présidence du gouvernement provisoire (où il eut pour collègues Kolettis et Kolokotronis). Mais, la guerre civile ne cessant pas, il fut réduit à renoncer au pouvoir et à quitter la Grèce (9 avr. 1832). Depuis, on le vit à Corfou, à Naples, à Saint-Pétersbourg, et il ne resta pas tout à fait étranger aux agitations politiques et religieuses de la Grèce pendant les premières années du règne d'Othon de Bavière. A. Debidour.
CAPODISTRIAS (V. Capo d'Istru).
CAPOÉTA. Genre de Poissons osseux (Téléostéens), de l'ordre des Physostoraes et de la famille des Cyprinidœ (V. ces mots), ainsi caractérisé : écailles de dimensions moyennes, plus rarement larges ; museau arrondi, bouche transverse, mandibules anguleuses, le côté antérieur de la mandibule tranchant et couvert de poils bruns, deux barbillons ; dents pharyngiennes comprimées, tronquées. Ce genre est caractéristique de la faune de l'O. de l'Asie ; une forme se trouve en Abyssinie ; parmi les formes connues, il importe de citer le Capoëta damas-cina, excessivement abondant dans le Jourdain et plusieurs fleuves de Syrie et d'Asie Mineure. Rochbr.
BiBL. : GuNTHER, Study of Fishes.
CAPON, CAPONNAGE. Lecapon est l'appareil à l'aide duquel on hisse l'ancre au bossoir après qu'elle a été levée jusqu'à l'écubier au moyen du cabestan. Il se compose d'un fort et long cordage, nommé garant de capon, et d'une grosse poulie ferrée munie d'un large croc. Le garant fait dormant sur le bossoir et passe alternativement dans les clans de la poulie de capon et dans les réas du bossoir; puis, faisant retour sur le pont, est élongé jusque sur l'arrière et revient sur l'avant en passant dans des poulies de retour. — Le capon étant affalé et l'ancre levée à hauteur de l'écubier, un gabier descend sur l'ancre et croche la poulie de capon dans la cigale ; les hommes de la manœuvre du pont sont rangés sur le garant de capon. Au commandement, on hisse Tancre en halant sur le garant, et en même temps on file une longueur convenable de chaîne. L'ancre venant alors à l'appel du bossoir est hissée jusqu'à ce que la poulie de capon touche le bossoir : l'ancre est caponnée. On tourne avec soin le garant de capon à un point fixe solide. Le caponnage de l'ancre est une opération parfois périlleuse pour l'homme descendu sur l'ancre pour crocher le capon, car lorsqu'il y a de la mer, il peut être enlevé par une lame, et l'ancre est soumise à des balancements dangereux. 11 faut donc agir avec la plus grande prudence, amarrer le