VI INTRODUCTION
moins que Thevec ne fut jamais — au moins qu'on le sache — en opposition directe avec ses supérieurs, à une époque où les apostasies étaient nombreuses. Ce qui le prouve, c'est qu'il obtint l'autorisation de visiter Tltalie. '
Ayant rencontré le cardinal de Lorraine à Plaisance, ce prélat lui fournit les moyens de se rendre en Orient.
Il s'embarqua à Venise, en 1549, selon un de ses historiens, et parcourut l'Asie Mineure, la Grèce, la Terre Sainte et revint en France avant 1554, année où parut le premier de ses ouvrages, les notes de son voyage, sous le titre de Cofmographie du
Levant, S'il faut l'en croire, ses t lointaines navigations furent continuées dix-sept ans ou environ; i dans ce nombre d'années, il faut comprendre les autres voyages qu'il a faits en Europe et ailleurs, avant son expédition au Brésil.
Vers 1555, Coligny, grand amiral de France, prévoyant les malheurs prêts à fondre sur les protestants, avait eu la pensée de fonder une colonie en Amérique pour y servir, au besoin, de refuge aux partisans de la réforme. Il avait jeté les yeux, pour commander l'expédition, sur le sieur de Villegagnon, neveu du grand maître de Malte, Villiers de l'isle- Adam, qui avait fait ses preuves dans des caravanes contre Içs Turcs et qui lui-même, amiral de France,
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offrait toutes garanties pour le succès de l'expédition projetée.
C'était une magnifique occasion qui se présentait à Thevet pour satisfaire sa curiosité et visiter le nouveau monde. Le chevalier de Villegagnon faisait un appel à tous les volontaires. Lors de son passage à Malte, Thevet avait été en rapport avec ce remuant personnage, qui était regardé, non sans raison, comme un des plus braves chevaliers de Pordre de Malte. On vantait son courage, son intelligence, son activité. Le cardinal de Lorraine, neveu de son premier protecteur, était également un des plus chauds partisans de Villegagnon. Il crut lui rendre service et en même temps faire plaisir à Thevet en le lui donnant comme aumônier. L'un et l'autre acceptèrent avec empressement cette proposition, qui leur convenait à tous deux, et c'est ainsi que Thevet monta sur la petite flotte qui conduisait au Brésil les nouveaux colons.
Le spectacle grandiose qui se déroulait aux yeux de Thevet et qui ne ressemblait à rien de ce qu'il avait vu jusqu'alors le frappa d'admiration. Il ne se lassait pas de contempler l'Océan et §es merveilles, encore inconnues. Les forêts vierges du Brésil, ses animaux et ses tribus barbares achevèrent de l'émerveiller. Collectionneur avant toutes choses, il se mit à recueillir la faune et la flore de cette riche contrée ; il commença une belle collection de plantes, d'insectes.