VIII INTRODUCTION
d^oiseaux; il y joignit des armes et des ustensiles dont il se promettait d^enrichir son cabinet à son retour en France.
Éprouvé par le climat du pays dès son débarquement, il ne prit que peu de part aux affaires générales de la colonie ; le Conseil, d'ailleurs, était divisé par les questions religieuses. Brave soldat, mais politique malhabile, le neveu de Villiers de TIsle-Adam, négligeant ses instructions secrètes et le but pour lequel il était venu au Brésil, mécontenta catholiques et protestants ; ces derniers l'accusèrent de trahison et lui donnèrent le surnom de Caïn de l'Amérique,
Uniquement adonné à la contemplation des beautés naturelles de la France Antarctique, Thevet, par prudence et pour ne pas se compromettre, ne se mêlait pas aux discussions intestines qui devaient entraîner en peu de temps la ruine de la colonie ; mais, poussé par une insatiable curiosité, il faisait partie de toutes les reconnaissances opérées dans l'intérieur du pays. Dans une de ses prétendues expéditions, il fut même surpris, seul et malade, sur le bord de la mer par les Patagons, qui voulaient l'enterrer vivant après l'avoir dépouillé de ses vêtements, lorsque l'arrivée d'un de ses compagnons lui sauva la vie.
Cette mésaventure, la fatigue de ses excursions, sa santé chancelante et surtout la crainte de se compromettre dans des rivalités qui s'envenimaient chaque
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jour engagèrent Thevet à demander son retour en France; il lui fut facilement accordé. Il revint sans encombre en Europe, précédant de quelques mois seulement le reste de cette expédition coûteuse, dont les seuls résultats, dus à notre voyageur, furent l'importation d'une plante inconnue à presque tous, excepté aux marins, le tabac^ et le livre des Singula^ ritei de la France Antarctique,
C'est pour satisfaire la curiosité générale — on s'occupait alors autant du Brésil que de nos jours des expéditions dans l'Afrique centrale — que Thevet rédigea cet ouvrage, qui eut un véritable succès; il suffira de dire qu'il eut, la même année^ deux éditions. La première, incontestablement faite à Paris sous les yeux de l'auteur, est in-4® et illustrée de dessins et gravures, La seconde, in-S**, parut chez Christophe Plan tin. Français d'origine, dont l'officine devait devenir célèbre, mais qui n'était établi que depuis trois années à Anvers. Le texte de cette dernière, qui paraît avoir été faite pour satisfaire la légitime curiosité des étrangers et des regnicoles qui n'avaient pu se procurer l'édition princeps , n'en diffère pas par le texte, mais par les gravures,* réduites d'après l'original et augmentées de nouveaux dessins dont l'exécution n'a ni le fini ni la grâce de celles de l'édition de Paris. M. Gaffarel les attribue à Assuerus van Londerzeel. Ce dernier se serait con-