‹ La grande et excellente cité de ParisChapitre 9 sur 42 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

Le fait d'avoir résidé de longues années à Paris, d'y avoir choisi sa sépulture dans un des principaux monastères de la capitale, ne suffirait pas pour attirer sur Thevet l'attention des Parisiens; il a d'autres titres à leur reconnaissance : dans sa Cofmographi'e il a donné une description de leur ville; il a importé, décrit et cultivé à Paris, proche de l'enclos du Temple, le tabac, source de richesses pour le pays, t Je puis me vanter avoir esté le premier en France qui a apporté la graine de cette plante, et pareillement semé, et nommé ladite plante Vherbe Angoulmoifine. Depuis un quidam, qui ne fait jamais le voyage, quelque dix ans après que je fus de retour de ce pais, luy donna son nom. • Il contribua également au progrès de la gravure en France et surtout à Paris : « J'ai attiré de Flandre les meilleurs graveurs et, par la grâce de Dieu, je me puis vanter d'être le premier qui ait mis en vogue à Paris l'imprimerie en taille-douce, tout ainsi qu'elle était à Lion, Anvers et ailleurs, i

Ce sont des titres réels à la reconnaissance de la postérité.

Dès 1558, Thevet avait donc fait connaître le tabac à ses ingrats compatriotes ; il considérait même comme un titre d'honneur pour lui d'avoir introduit cette précieuse plante en France, et il protesta toujours contre les prétentions de Jean Nicot, qui « intro-

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ff duisic à la cour, plusieurs aonées plus tard, Tusage « du tabac en poudre, i

ff Le pet un ou pety'n^ dit M. Ferdinand Denis dans sa brochure, qui est un éloquent plaidoyer en faveur de Thevet, joue un rôle important dans toutes les transactions des peuplades sauvages; les traitants de bois de Brésil prenant une part active aux fêtes des Brésiliens, les gens de Dieppe, de Fécamp ont adopté l'usage du petun dés 1508. Le seul résultat de Tex* péditionde Villegagnon (1555) fut l'acquisition d'une plante inconnue à presque tous, excepté aux marins; rimportation d'un objet de commerce donc on était loin de prévoir le développement, et la plante connue sous le nom de Coioba à Haïti et de Petun au Brésil parvint pour la première fois d'une façon presque officielle en France.

ff Un moine de Tordre des Cordeliers la rapporta dans le pan de sa robe, André Thevet, qui s'intitula plus tard Garde des Singularitei et Curiositei du Roy. André Thevet, qui avait parcouru le monde entier, mais que l'on accusait d'avoir voulu juger l'univers à travers le trou de son chaperon, André Thevet, si malmené par de Thou et dont la crédulité est devenue proverbiale, fut incontestablement le premier qui fit ce cadeau à son pays; or, c'est ce dont je veux le glorifier, et je suis cependant d'autant plus désintéressé dans la question, qu'on ne peut m'accuser de

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professer trop d'enthousiasme pour la précieuse solanée.

« Disons quelques mots de ce moine, qui enrichit la botanique bien plutôt qu'il n'enrichit le commerce et qui, tout en ayant un prodigieux amour pour la science et en sachant faire d'utiles collections (chose méritante à cette époque), ne sut pas cependant s'entourer d'une considération suffisante pour faire autorité un moment, même parmi les savants crédules auxquels il mendiait sa renommée.

• La curiosité, fille de l'ignorance, peut être mère de la science, a dit Vico : or, loin de jeter le froc aux orties, Thevet le mit de côté avec le dessein de le reprendre, puis il quitta le couvent et voyagea.

• Il navigua et pérégrina, pour nous servir de ses expressions, durant trente-six ans. Thevet a décrit la singularité d'une herbe que les Brésiliens appellent Petun et qu'il nomma Herbe angoulmoifine^ en souvenir de sa ville natale. Or, il ne s'en tint pas à la description ; il rapporta des graines de V herbe eftrange qui, pour me servir de l'expression d'un autre voyageur contemporain, donnait aux Sauvages si bonne contenance, que vous eussiez dit, « à les voir humant la fumée et resserrant soudainement la bouche, dont la lèvre était percée, que c'estoit quelque large encensoir. »

En toute circonstance, dans ses livres imprimés

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aussi bien que dans ses manuscrits, le moine, devenu cosmographe en citre, réclame obstinément Thonneur qu'on lui a ravi • L'herbe Petun se lie à tous ses souvenirs, et le déni de justice donc il se plaint le poursuit jusqu^en sa vieillesse; il semble lui être plus sensible que les reproches quelque peu sévères du grave et savant de Thou.

c Jacques Cartier, en 1542, dédaigna ce que le cordelier cosmographe ne se lassa pas de préconiser; Thevet a introduit le Petun incontestablement en France depuis 1556. Les graines de cette plante, rapportées soigneusement par lui, ont germé, grâce à lui, sur notre sol, quatre ans avant l'époque adoptée par tous nos historiens.

f II ne faut pas le dissimuler toutefois, l'homme qui a introduit à la cour la plante merveilleuse signalée à diverses reprises par Colomb, par Oviedo, par Cartier, par Barré, le zélé calviniste, celui qui lui donna le droit de cité, c'est toujours Jean Nicot, sieur de Villemain, l'ambassadeur de Charles IX prés de Finfortuné Sébastien; mais, pour dire la vérite, rhistorique de cette seconde importation, passezmoi le terme, est environné de faits aussi apocryphes, de détails aussi confus que ceux que Ton vient de lire étaient ignorés. André Thevet mourut huit ans environ avant Jean Nicot. »

Le tabac, appelé Herbe sainte à Lisbonne, fut mis à

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