‹ La grande-Grèce, paysages et histoire (volume 5)Chapitre 10 sur 40 · LA GHANOE-GRÈCE · texte numérisé non relu

LA GHANOE-GRÈCE

sidérée comme un réceptacle de génération de la plus grande puissance, et c'est ce qu'indique encore Plutarque en identifiant la défense, faite par les Orphiques et par Pythagore, de manger ce légume avec celle que les mêmes législateurs avaient porté de manger des œufs, « considérant comme impie de détruire ce qui doit devenir le point de départ d'une naissance. »

En même temps on attribuait à cette plante un caractère funèbre et infernal. On jetait des fèves comme offrandes sur les tombeaux. Nous lisons dans Festus: « Il n'est permis au fJamen Dialis ni de toucher ni même de nommer la fève, parce qu'on croit qu'elle appartient aux morts ; car on la jette en pâture aux revenants et on l'emploie dans le sacrifice mortuaire des parentalia. » Après les observations que nous avons eu l'occasion de faire plus haut sur l'esprit des cultes antiques, cette association des idées de génération et de mort n'a plus rien qui doive nous surprendre. Elle est complètement marquée dans ce que dit un des scholiastes d'Homère, que les prêtres ne mangeaient point de fèves noires parce qu'elles étaient le symbole de « la montée des âmes, lorsqu'elles quittent la demeure d'Hadès pour revenir à la lumière. » On sait que cette montée des âmes, accompagnant au printemps le retour de Dionysos et de Corê, qui reviennent du fond des enfers, jouait un rôle important dans la fête attique des Anthestêries.

Cette fête, qui saluait le retour du printemps, avait lieu dans les premiers jours de mars et devait son nom aux fleurs, anthê, que l'on y présentait en offrande et dont on s'y parait. La troisième journée de cette solennité, le 13 du mois d'anthestêriôn, comptait comme un jour néfaste et funèbre, et le rite qu'on y célébrait lui valait le nom de « jour des marmites », Chytroi.

Auprès du temple de Zeus Olympios à Athènes était une fissure du sol, que l'on montrait aux dévots et où l'on disait que les eaux du déluge de Deucalion s'étaient englou-

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ties dans la terre. On y célébrait en ce jour l'Hydrophorie, cérémonie de deuil en commémoration des morts du déluge. On versait solennellement dans le gouffre, là où les eaux du cataclysme étaient censées avoir passé, de pleines cruches d'eau mêlée de farine et de miel.

Le gouffre, chasma, du déluge de Deucalion était à ce moment, dans les croyances des Athéniens, une porte de communication avec le monde inférieur, quelque chose comme le mundus ouvert dans les idées des Italioles. Grâce à la force d'impulsion mystérieuse, qui à celte époque de l'année pousse au jour toutes les puissances souterraines, chthoniennes, qui fait bouillonner la sève et apparaître la végétation, les ombres des morts étaient censées monter sur la terre et venir errer autour des vivants. Pour les empêcher de devenir des vampires, de tourmenter les hommes, il fallait assouvir la faim dont on les supposait souffrant dans l'Hadês, il fallait mettre à leur disposition des aliments. De là le rite des Chylroi ou marmites.

Dans chaque maison, sur l'autel de Zeus Herceios, protecteur du foyer, on allumait du feu, et sur ce feu on plaçait une marmite sacrée en terre, qui ne servait qu'à cet usage. Dans cette marmite on faisait bouillir avec de l'eau un mélange de toute espèce de graines, que l'on appelait pansperniia, et d'où les fèves étaient soigneusement exclues comme pouvant provoquer une palingénésie terrestre des morts, contraire à la volonté du dieu qui les détient dans son empire avec un soin jaloux Cette panspermia était, prétendait-on, l'aliment que Deucalion avait fait cuire dans la première marmite qu'il mit sur le feu quand il prit terre après la retraite des eaux du déluge. Une fois bouillie, il était interdit, sous peine de sacrilège, à qui que ce soit de vivant d'y goûter. La marmite sacrée , qui contenait l'aliment funèbre, était laissée intacte et pleine, et personne ne devait plus entrer de la journée dans la pièce où on la laissait placée sur l'autel, afin que les ombres errantes pussent

venir s'y nourrir librement et sans témoins indiscrets. Tout ceci fait clairement comprendre en vertu de quelle intention symbolique on imitait le feuillage de la fève, emblème de renaissance, dans les couronnes de métal dont on ceignait le front des morts déposés au tombeau.

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