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de l'ejcibtence de révèclié de cette ville et qui prononcerait sa réunion à celui de Catanzaro, est un acte aussi faux que la chronique elle-même, et qui ne soutient pas un mo. ment l'examen. Tout est donc fabuleux dans ce récit qui doit être rejeté avec mépris, et avec lequel il serait bon d'en finir définitivement, une fois pour toutes.
Etienne de Byzance enregistre d'après Hécatée de Milet une ville de Crotalla, que celui-ci plaçait dans l'Italie, c'està-dire, au sens restreint où lui et ses contemporains entendaient ce mot, dans la partie la plus méridionale de la péninsule, au sud de l'Œnotrie. L'habitude des Hellènes italiotes et siciliens ayant été généralement de nommer les villes d'après le fleuve voisin, Crotalla devait être située sur le Crotalos et en avoir tiré son appellation. C'est donc à l'embouchure de TAlli ou le long de son cours que l'on devra en recl^ercher l'emplacement, qui n'a pas encore été reconnu,
La station de Catanzaro est éloignée de huit kilomètres de la ville, à côté de sa Marina. Une étroite et profonde vallée s'ouvre à cet endroit en ligne directe sur la mer ; au fond elle semble brusquement fermée par un escarpement presque à pic de 1,000 à 1,200 pieds d'élévation, dont le sommet est couronné par les premières maisons de la ville, tandis que sur son fianc on suit les lacets nombreux, et éta^ gés les uns au-dessus des autres, d'une route qui serpente en ^'y appliquant. C'est à peine si, dans la saison où nous voyons ces lieux, un mince filet d'eau coule dans le large lit du torrent qui descend par cette vallée ; mais à certains jours il doit être terrible. Dans l'espace, pour le moment desséché, où s'étalent ses eaux quand elles grossissent, des troncs d'arbres dépouillés de leur écorce, des amas de branchages rompus et pétris ensemble, des cailloux gigantesques grossièrement arrondis, donnent une idée de ce que sont ses fureurs lors des pluies de l'hiver ou des grands orages que l'été fait éclater sur les montagnes. La végéta-
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lion est ici d'une puissance extraordinaire et d'un aspect, singulièremenL méridional, je dirais presque tropical; les mots ne sauraient rendre d'une manière suffisante ses tons forts et intenses. Des buissons épais et par endroits impénétrables de lentisques, de térébinlhcs et de lauriers roses bordent le lit du torrent, où s'élèvent aussi de loin en loin de gros saules à demi rongés de vétusté et des frênes au port élégant. A droite et à gauche, tout le fond de la vallée est cultivé avec le plus grand soin; dans les plantations qui la remplissent on voit se marier les nuances d'une gamme variée de verdures, pâle dans le grêle feuillage de l'amandier, légèrement dorée et d'aspect métallique chez les orangers, sombre et tournant au noir sur la ramure rougeâtre des caroubiers, d'un vert clair et franc dans la feuille luisante des mûriers. Les pentes élevées et rapides des deux croupes entre lesquelles la vallée est resserrée, comme l'escarpement encore plus abrupt qui la termine, sont garnis jusqu'au sommet d'oliviers dont le feuillage glauque prend des reflets argentés, de figuiers au tronc grisâtre, aux feuilles largement découpées, d'un vert mat et comme velouté, de nopals et d'agaves poussant sur les rochers. Le nopal atteint ici aux proportions d'un arbre et contourne de la façon la plus bizarre le tronc sur lequel s'implantent ses larges et épaisses raquettes, garnies sur les bords de fruits murs à cette saison et teints d\m rouge orangé. Avec les agaves, qui, du milieu de l'énorme touffe de leurs grandes feuilles aiguës, dressent la tige en colonne au sommet de laquelle les rameaux de leur inflorescence pyramidale s'étagent horizontalement avec la régularité d'un if d'illuminations, ils sont la note africaine de ce paysage. Puis çà et là, parmi les oliviers et les rochers, l'œil rencontre, comme une tache qui vient encore diversifier l'aspect des pentes, un bouquet de myrtes, de lentisques arborescent^ et d'arbousiers avec leur fruit rouge qui ressemble à une grosse fraise.
Des sortes de fiacres d'une forme ancienne mais d'une construction légère, avec des bouquets de fleurs peints sur la caisse et sur les portières, attendent les voyageurs à la gare pour les conduire en ville. Trois petits chevaux noirs calabrais, pleins d'ardeur, attelés de front, traînent ces véhicules. Chacun s'y case comme il peut. Un tarif de la municipalité de Catanzaro détermine le prix que l'on doit payer, soit par place, soit en prenant la voiture entière, pour la montée qui demande deux grandes heures. Au départ le cocher lance ses chevaux au galop, malgré la pente rapide de la vallée, et c'est entre eux une lutte de vitesse où chacun cherche à dépasser les autres, au risque de s'accrocher et de se culbuter; heureusement ils conduisent fort adroitement et savent très bien éviter les accidents. Cette allure ne se ralentit que lorsqu'on commence à monter les lacets des grands escarpements.
Avant de monter à Catanzaro, nous allons visiter des ruines d'un haut intérêt, à 2 kilomètres au delà de la Marina de cette ville, auprès de l'embouchure du fleuve Corace. Ce cours d'eau, qui prend sa source à Castellace dans la Sila Piccola, coule du nord au sud, sur une longueur d'un douzaine de lieues jusqu'à la mer. C'est le plus important de la région ; mais il n'a pas le volume d'eau permanent de ceux qui descendent des montagnes de la Basilicate et des forêts de la grande Sila ; son régime est celui d'un torrent, à sec pendant la plus grande partie de l'année, puis, par moments, se gonflant d'une manière subite et devenant aussi énorme que furieux. Nous ne rencontrerons plus, du reste, que des fleuves de ce genre jusqu'à l'extrémité de la Calabre; l'Esaro et le Tacino sont
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les dcrnici'os l'ivièrds qui l'appollciiL encore l'idée que nous avons riiabilude d'attacher à ce nom. Ceci tient au déboisement partiel des montagnes, car dans l'antiquité Pline représente comme navigables tous les cours d'eau qui débouchent sur la côte septentrionale du golfe de Squillace.
Le nom de Gorace est grec; c'est la forme régulièrement dérivée en italien d'un type antique Corax. Cependant on pourrait admettre que Gorace est sorti d'un diminutif du langage vulgaire de la grécité byzantine, Koraki, comme Monasliraki a donné Monasterace, Ryaki Riace, et Rizaki Risace. Geci est peut-être le plus vraisemblable; car il n'y a pas de trace de l'emploi antique de l'appellation de Gorax pour désigner ce fleuve, auquel Pline donne le nom grec de Garcinès. Et une appellation grecque n'a pu se substituer ici à une autre plus ancienne, postérieurement au i" siècle de l'ère chrétienne, qu'au temps de la domination des Byzantins, quand le pays était de nouveau complètement hellénisé. A l'époque où Denys de Syracuse enleva aux Grotoniates Scyllètion et son territoire pour les donner aux Locriens, le Garcinès dut former la limite entre les deux cités, comme le Gorace fait aujourd'hui, dans la partie inférieure de son cours, la séparation entre les diocèses de Gatanzaro et de Squillace.
Sur la rive droite du Gorace, à quelques centaines de mètres de la mer, que l'on aperçoit de h\ au travers des arbres, est un hameau appelé La Roccelletta del Vescovo di Squillace. Il est comme enfoui au milieu des plantations de mûriers, de figuiers, d'oliviers et d'autres arbres fruitiers, encloses de haies de nopals et d'agaves, et où serpentent des sentiers bordés de buissons d'une solanée épineuse et frutescente que l'on appelle dans le pays po)no (Toro selvaggio. Tout le terrain des plantations est rempli de fragments antiques qui attestent l'occupation de ces lieux par un centre de population de quelque importance, d'abord à l'époque grecque, puis sous les Romains. Par-
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tout de vieilloo maçonneries de briques ou d'opus relùmlatiim affleurent le sol. C'est surtout autour d'une ferme' appartenant à M. Massara, de Catanzaro, que ces restes d'anciens éditices sont visibles. On y remarque les débris de l'architecture de deux petits temples, l'un grec, d'ordre dorique, avec des chapiteaux et des colonnes de la pierre calcaire du pays, l'autre romain, avec des colonnes corinthiennes de marbre. Une petite collection d'objets trouvés dans le cours des travaux de culture et de plantation, a été formée dans une chambre de la massaria Le joyau en est l'avant-bras, avec la main (longs de prèsde 1 m. 50), d'une statue colossale en bronze du plus beau style grec. Ce fragment a été trouvé en plantant un olivier, et il est très possible que la statue elle-même soit encore gisante sous le sol au même endroit, car on n'a pas fait de recherches pour s'en assurer.
Tout auprès, sur un petit mamelon, d'où ils dominent les plantations environnantes, en offrant de quelque distanceun aspect des plus pittoresques, se dressent les murs, encore presque intacts, d'une grande et belle basihque chrétienne du iv<= ou du v*^ siècle, à laquelle il ne manque guères que la toiture et les colonnes de la nef, depuis longtemps enlevées, sans doute par ce qu'elles étaient de marbre. Le plan de cet édifice est purement latin, sans trace d'influence byzantine ; une confession, formant une vaste crypte, règne sous toute la partie postérieure, où était Tautel, et sous l'abside. La voûte de cette crypte est effondrée par endroits, et un fouillis de plantes pariétaires encombre l'intérieur des ruines. Les murs subsistants, qui forment le squelette extérieur de la basilique, sont bâtis en petit appareil de pierre avec des chaînes de grandes briques, les fenêtres encadrées de claveaux de brique, le tout d'une fort belle construction romaine, encore toute classique, qui rappelle les édifices de l'époque immédiatement post-(onstantinienne. Ce monument, que ne signale aucun Guide du
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voi/ageu?', ost le rosLe h; plus considérable des premiers siècles chrétiens dans les provinces méridionales de l'ancien royaume de Naples.
(Vest évidemment de l'église ruinée que provient un charmant bas-relief byzantin en marbre, d'une sculpture très tine, représentant la Vierge Marie et Tentant Jésus, lequel est aujourd'hui encastré dans une muraille sur le bord de la route, où la dévotion des paysans l'entoure d'hommages. Le costume de la Vierge est exactement celui de l'impératrice Théodora dans les mosaïques de San Vitale de Ravenne ; l'enfant Jésus est habillé comme un petit empereur romain de l'époque, avec la chlamyde agrafée sur l'épaule par une grosse fibule ronde, tenant le globe dans une main et le ■oohnnen dans l'autre. L'aspect et le style rappelle les diptyques du Bas-Empire, et la nature léchée et polie de l'exécution, dans cette sculpture de marbre, a une analogie sensible avec le travail de l'ivoire. Les lettres qui constituent l'abréviation consacrée des mots 3Iêtêr Theoil, titre décerné à la Vierge par le Concile d'Éphèse, en 431, accompagnent des deux côtés la tîgure de la « Mère de Dieu, » suivant l'usage constant de l'Eglise grecque.
Rien de plus rare que les sculptures proprement byzantines ; car je ne saurais donner ce nom aux œuvres de transition où le style propre de l'art chrétien oriental n'est pas encore entièrement formé, telles queTambonde Thessa- Ionique et certains sarcophages de Ravenne qui offrent avec lui une étroite parenté, et encore moins à ceux des sarcophages de Ravenne où l'on peut reconnaître la manière spéciale du sculpteur Daniel, mentionné dans les lettres de Gassiodore, d'autant plus que l'on n'est aucunement sur que ce sculpteur fût de naissance orientale, et non latine. L'art proprement byzantin n'est constitué avec ses caractères distinctifs, et désormais immobihsés, qu'à partir du Yi" siècle, du règne de Justinien. M. Bayet a relevé récemment, dani^ un livre fort bien fait sur L'histoire de la peinture
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et de la sculpture chrétiennes en Orient, les images sculptées en bas-relief que cet art nous a léguées, en nombre singulièrement restreint ; il en cite quatre comme d'une attribution certaine. Le savant archéologue n'a pas eu connaissance de laViergede LaRoccelletta, qui est fort supérieureaux sculptures citées par lui, saufpeut-ètre la Vierge de Miroplilio sur la mer de Marmara, signalée avec éloge par M. Albert Dumont, et dont je ne puis parler de visu. Il y a plus de souplesse et de vie, moins de raideur conventionnelle dans notre bas-relief de Calabre que dans la Vierge en orante du Musée de Patissia,à Athènes, que M. Bayet attribue au vi'' siècle, et surtout que dans la Vierge, analogue à celle-ci mais de date postérieure, qui se conserve à Ravenne dans l'église de Santa Maria in Porto. Cette dernière a été, dit-on, apportée de Grèce en l'an 1100 (la tradition prétend même que ce fut par un miracle) ; mais comme toutes les œuvres analogues elle est nécessairement antérieure aux décrets du second Concile de Nicée, qui, en 783, tout en conservant le culte des images peintes, interdirent pour l'Église d'Orient l'emploi de la sculpture à la représentation du Clu'ist, de la Vierge et des Saints. Tout me paraît donc se réunir pour faire attribuer la Panaghia sculptée de La Roccelletta del Vescovo di Squillace au temps même de la reprise de l'Italie sur les Goths, par Bélisaire et Narsès.
Quelle a pu être la ville qui a laissé ces ruines, traversées encore par un fragment du pavé de la Voie d'Equus Tuticus à Rhégium par Roscianum, comme le désigne l'Itinéraire d'Antonin? L'abbé de Saint-Non, qui en a pubhé une vue, suppose que c'est le Scyllètion antique , dont la situation n'était pas , en effet , la même que celle de la Squillace moderne ; mais cette identification ne supporte pas l'examen. M. Marincola-Pistoja y reconnaît la Crotalla d'IJécatée; c'est une opinion beaucoup plus sérieuse, mais que cependant je crois devoir écarter. En effet, pour la soutenir, cetérudit est obligé d'admettre, avec la plupart des
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géographes calabrais et napolitains, que le Carciuos do Pline est le même que le Caicinos de Thucydide, d'Élien et de Pausanias, fleuve qui formait la frontière entre les territoires de Gaulonia et de Cotrone, au temps où ce dernier comprenait Scyllùtion. Mais c'est ce que je ne saurais admettre. En identifiant le Crotalus au Gorace, il faut à la fois laisser l'Alli sans nom antique et supposer une grosse interversion dans le texte de Pline, qui pourtant, erroné quelquefois quand il s'agit de la position des localités de l'intérieur des terres, est d'une exactitude parfaite en tout ce qui touche dans ces parages à la côte même, évidemment grâce aux documents maritimes que son commandement naval de Misène mettait à sa disposition. Et ce ne peut pas être un simple hasard qui fait que Pline donne précisément cinq noms de fleuves pour le littoral entre Scylacium et la sailhe du mont Clibanos, oii cinq cours d'eau se jettent dans la mer: le Corace-Carcinès, l'Alli-Grotalus, le Simmer- Semirus, le Crocchio-Arocha et le Tacino-Targinès. Je maintiens donc la distinction entre le Carcinês, coulant au nord de Scyllètion ou Scylacium, et identique au Corace actuel, et le Caicinos coulant à quelque distance au sud de la même ville, et correspondant à TAncinale de nos jours. Et j'hésite d'autant moins à le faire que Pomponius Mêla mentionne sur la cote du golfe Scylacien une ville de Garcinos, juste au même point où Pline met son fleuve Carcinês, c'est-àdire à l'embouchure du Gorace, au nord de Scylacium. C'est cette ville de Garcinos dont je reconnais remplacement dans les ruines de La Roccelletta del Vescovo di Squillace, tandis que celui de Grotalla, comme je l'ai dit plus haut, doit être cherché sur l'Alli.
Maintenant le site où Pomponius Mêla met Garcinos est exactement le même où Pline mentionne les Castra Hannibalis, entre Scylacium et le Carcinês et au point où les deux golfes Scylacien et Térinéen, en pénétrant dans les terres, se rapprochent le plus, laissant entre eux l'espace II 17
le plus resserré du continent italien. Que l'on (regarde sur la carte et on verra que ces conditions ne s'appliquent à aucune localité du littoral de la mer Ionienne mieux qu'à La Iloccelletta. Et c'est encore en cet endroit que fait tomber la distance de 36 miUes romains comptée par la Table de Peutin,!4'er entre le promontoire Lacinien et la station d'Annibali, corruption évidente de Castra Hannibalis. Il y eut là, au beau temps des colonies achéennes de la Grande- Grèce, un établissement hellénique dont Pomponius Mêla a repris le nom par affectation érudite, bien qu'il ne fût plus celui dont on se servait habituellement de son temps. La ville grecque de Carcinos dut être détruite, soit par Denys l'Ancien quand ilrasaScyllètion, soit un peu plus tard par les Bruttiens. L'emplacement était désert quand Hannibal, en appréciant la valeur comme position stratégique, y étabUt une forteresse, ce qu'il dut faire lorsque Locres fut retombée au pouvoir des Romains, pour couvrir contre toute attaque de ce côté les cantonnements d'hiver de ses troupes, établis dans le pays de Crotone. Car c'est seulement alors que la défense du passage du Garcinês devint pour lui un intérêt majeur. Après la fin de la guerre, une petite ville y succéda au camp retranché d'IIannibal. Tite- Live, qui appelle cette locahté Castra et y mentionne l'existence d'un port et d'une douane [Caslrorum portorium, quo in loco nunc oppidum est), nous apprend qu'en 198 av. J.-G. les censeurs P. Cornélius Scipio Africanus et P. ^lius Pœtus, y établirent une colonie de 3,000 citoyens, nombre déterminé par le Sénat. MM. Zumpt et Mommsen ont démontré qu'un peu plus tard, quand une colonie importante eut été installée à Scylacium, en 12'2, Castra Hannibahs devint le port de cette ville, dont la côte semée de brisants était fort dangereuse pour les navires. C'était, d'ailleurs, un simple ancrage forain, et il n'y en avait pas dans d'autres conditions sur toute l'étendue du golfe Scylacien, encore bien plus dépourvu de ports méritant ce nom que la côte
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du promontoire Lacinien à ïarente. Mais du moins on pouvait y tirer à sec les barques de cabotage, et les bateaux un peu plus forts, qui restaient mouillés, ne couraient le risque que de s'échouer sur une plage do sable, en étant jetés à la côte par la tempête, au lieu de se fracasser contre des rochers comme devant Scylacium même.
Phne dit qu'à Castra Hannibalis la distance d'une mer à l'autre est de 20 milles romains, et c'est bien, en effet, celle que l'on peut mesurer en ligne directe de l'embouchure du Corace à la côte du golfe de Santa-Eufemia, près de Fondo del Fico. 11 ajoute que c'est en cet endroit précis que Denys de Syracuse entreprit de fermer par une muraille continue l'isthme Scylacien ou l'étranglement resserré entre les deux golfes opposés, « soi-disant, comme s'exprime Strabon, pour protéger contre les barbares de l'extérieur les populations comprises en dedans de l'isthme, mais en réalité pour rompre l'espèce de ligue qui unissait les villes grecques les unes aux autres, et pour affermir ainsi sa propre domination sur l'intérieur de l'isthme. » Le simple bon sens indique que le mur de Denys, destiné à protéger contre les incursions des Lucaniens le territoire qu'il venait de créer à ses alliés de Locres, devait embrasser le canton de Scyllêtion, qu'il leur avait donné. Et ceci oblige encore à mettre Castra Hannibalis à La Roccelletta, et non à Soverato, au sud de Squillace, comme font Mannert et Forbiger. Strabon nous apprend, du reste, que les travaux de Denys pour la construction de cette muraille ne purent pas être menés à fin.
Plus tard, Crassus entreprit à son tour de fermer l'isthme Scylacien par une muraille, quand il eut refoulé Spartacus et ses esclaves révoltés dans la péninsule de Rhégium. Afin de les y bloquer par terre, tandis que des bâtiments croisaient sur la côte, il fit exécuter ce grand travail par ses soldats, qu'il tenait de cette manière en haleine. On creusa d'abord un fossé, large et profond de 30 pieds, qui franchis-
sail la crête des montagnes. Plutarque dit qu'il avait 300 stades de développement, ce qui semble indiquer qu'il coupait Tistlime obliquement, de manière à s'appuyer à ses deux extrémités sur les places fortes de Vibo Valenlia (Monteleone) et de Scylacium, qui étaient des colonies et dont Spartacus n'avait pas réussi à s'emparer. Autrement, la longueur du fossé qui eût conduit d'une mer à l'autre par la ligne courte, comme celui de Denys, n'eût guères été que de moitié. En arrière du fossé, les soldats de Crassus commencèrent à élever un mur solidement construit. Spartacus avait d'abord raillé ces travaux ; mais quand il se vit au moment d'être enfermé comme dans une souricière, il prit plus sérieusement la chose et songea au moyen de s'évader avec les siens. On était en hiver. Profitant d'une nuit où une tourmente de neige empêchait les postes romains de faire une garde exacte, l'habile général, qui s'était révélé à la tête de l'insurrection servile, fit combler le fossé avec des fascines et des terres, sur un point où la muraille n'était pas encore bâtie, et passa avec son armée pour reprendre la campagne enLucanie. Tout le pénible travail de Crassus était désormais en pure perte. La circonstance de la tourmente de neige détermine le point où Spartacus opéra son passage, car il n'en tombe en Calabre que sur les hautes montagnes. C'est donc évidemment par la crête du Monte Cappari, au-dessus de Monterosso, que l'armée des esclaves força la ligne de blocus et fila sur les derrières des troupes de Crassus.
C'est dans la partie la plus haute de la vallée du Corace qu'était située la célèbre abbaye de Corazzo, fondée en 1060 par Robert Guiscard pour les Bénédictins, occupée en-
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suite par les Cisterciens en H65, laquelle compta parmi ses abbés, à la fin du xu* siècle, le bienheureux Jean Joachim, qui devait ensuite fonder, comme nous l'avons raconté, l'ordre de Flore.
En remontant un peu moins loin dans cette vallée, à 22 kilomètres de la mer, on rencontre, à une très grande hauteur au-dessus de la rive droite du fleuve, sur le sommet de la haute et droite arête qui continue au sud la chaîne de l'Apennin, entre les deux gorges profondes du Corace à l'est et du Lamato (l'ancien Lamétos) k l'ouest, la petite ville de Tiriolo, qui compte environ 3,000 habitants. C'est là que la route royale qui vient de Cosenza se bifurque pour conduire d'un côté à Catanzaro, de l'autre à Pizzo et de là continuer sur Reggio.
Tiriolo est une des villes de la Calabre dont la situation est la plus élevée. Aussi la vue qu'on a de là simultanément sur les deux mers Tyrrhénienne et Ionienne, offret-elle un des plus splendides panoramas qui se présentent dans cette contrée si riche en merveilleux aspects de nature. Droit devant soi, au sud, on voit l'arête des montagnes qui forment comme l'échiné de la péninsule italienne et se prolongent de l'une à l'autre de ses extrémités, on voit cette arête s'abaisser rapidement sur l'isthme Scylacien et s'interrompre presque du côté de Cortale et de Borgia, où elle n'est presque plus qu'une chaîne de fortes collines, pour se relever ensuite fièrement par les étages successifs des monts Cappari, Astore et du haut massif de l'Aspromonte, dont la cime à l'aspect sauvage et désolé vient fermer dans cette direction l'extrême limite de l'horizon. Il y a là, en même temps qu'un étranglement du continent entre les deux mers, comme une sorte de large vallée transversale qui se creuse dans l'ossature des montagnes et fait un pays distinct de la petite péninsule, d'une formation géologique particulière, à laquelle fut primitivement restreint le nom d'Italie. A l'est, au delà de la
profonde et sombre coupure du Corace, on aperçoit audessous de soi Catanzaro posée sur son rocher qu'entourent de tous les côtés des ravins abrupts, et par de là la vaste étendue delà mer Ionienne. A Fouest, au bout de la vallée du Lamato, dont le cours se termine aa milieu des marais qui bordent le rivage de la mer Tyrrliénienne, le golfe de Santa-Eufemia déploie sa courbe régulièrement arrondie, à l'une des extrémités de laquelle le groupe des maisons blanches de Pizzo apparaissent, portées au-dessus des flols sur leur piédestal cubique de rochers au flanc vertical. De ce côté, il semble que l'on soit placé sur le gradin supérieur d'un théâtre de forme antique, ouvert sur la mer et disposé tout exprès pour jouir de la perspective du Stromboli, dont le cône volcanique fume constamment à l'horizon, accompagné du groupe des autres iles Lipari, dont les cimes s'élèvent en arrière. « La nature, a très bien dit M. Léon Palustre, offre ici un aspect sévère, presque solennel, et les teintes grises des rochers, adoucies au loin sous une vapeur azurée, servent de premier degré à cette échelle monochrome qui, passant par le bleu plus accentué du ciel, se termine dans une mer de lapis. »
Les trouvailles d'antiquités sont fréquentes à Tiriolo. La plus importante et la plus fameuse est celle de la table de bronze, aujourd'hui conservée au Cabinet Impérial et Royal de Vienne, qui porte gravé le texte du sénatus-consulte interdisant la célébration des Bacchanales secrètes. J'ai déjà parlé de cet acte de l'autorité romaine qui fait époque dans l'histoire de l'Itahe méridionale. La table qui en a transmis jusqu'à nos jours une expédition officielle, fut exhumée à Tiriolo en 1640. Cette localité est sûrement la station Ad Turres de l'Itinéraire d'Antonin, située presque à mi-chemin entre le passage du fleuve Sabbatus, le Savuto de nos jours (station de Ad Sabbalum fluvium au-dessous de l'actuel Pvogiiano), et la ville de Vibo Valentia.
Sous les rois aragonais, Tiriolo fut constitué en princi-
pauté pour la famille (^icala, d'origine sicilienne. C'est là que naquit dans cette famille, au milieu du xvi^ siècle, le fameux renégat Scipion Cicala, dont la vie, comme roman d'aventures, vaut dans sa réalité toutes les fables que nous avons eu à réfuter au connnencement de ce chapitre. Scipion était le fils cadet d'un vicomte Cicalu, qui s'était distingué comme homme de guerre au service de Charles- Quint et de Philippe II. A l'âge de douze ans, en loCil, il s'embarqua pour l'Espagne à Messine, avec son père. Mais le bâtiment qui les portait fut capturé en mer par les corsaires barbaresques, et ses passagers emmenés comme esclaves à Tripoli. Ce que devint le père, on l'ignore. Mais le jeune Scipion, à cause de sa bonne mine et de sa haute naissance, fut conduit à Stamboul, où on le circoncit en lui donnant le nom de Sinan, après quoi on l'admit parmi les itchoglans du sultan Souleïman. Sa jolie figure plut au maître et bientôt sa faveur commença par les honteuses voies qui ont servi à l'élévation de tant de grands personnages ottomans, débutant dans le second harem qu'offre à la débauche des successeurs des Khalifes l'école des pages ou itchoglans. Quand il en sortit, Sinanreçutle commandement de deux galères, et bientôt, élevé au rang de pacha, il joignit à son nom de circoncision celui de sa famille arrangé à la turque et accompagné du titre, d'origine persane, de zadé, c'est-à-dire noble de naissance. En 1587, nous trouvons Sinan-Pacha Djighalizadé serasker et gouverneur de Bagdad, prenant Dizfoul et Nehavend sur les Persans, revendiquant le titre d'émir-oul-hadj ou chef du pèlerinage de la Mecque, s'occupant d'organiser mieux qu'on nel'avait fait jusqu'alors la caravane annuelle qui part des bords de l'Euphrate pour ce pèlerinage et restaurant somptueusement les lieux saints de Mesdjed-Ali et de Kerbela, où sont les tombeaux d'Ali et de Housseïn. Car, à la façon de tous les renégats, il affichait un zèle extrême pour l'islamisme et avait pris pour devise : « Champion de la foi sur terre et sur
mer. » Sa situation avait grandi à la cour, grâce à son mariage avec Çaliha-Sultane, fille du grand-vizir Ahmed et petite-fille du sultan Souleïman. Revenu à Gonstantinople vers 1590, il entra très avant dans la faveur du sultan Mourad JIl et en reçut la dignité de kapitan-pacha, dans laquelle ilsedistinguapar ses courses incessantes et hardies sur les côtes des pays chrétiens, où il allait porter le ravage. C'est alors qu'il fit venir auprès de lui sa famille. L'eunuque Omer-aga, de Zara, se rendit en Calabre pour ramener à Gonstantinople la mère et la sœur du Djighalizadé. Son frère, Carlo Gicala, vint aussi de Naples l'y rejoindre, et en 1592, d'après les relations des ambassadeurs vénitiens, le renégat sollicitait pour ce frère le poste de vaïvode de Moldavie ou bien le rétablissement du duché de Naxie, que, depuis sa conquête, le sultan Sélim avait déjà donné à titre viager au juif portugais Michez. Les ambassadeurs delà Sérénissime Répubhque, toujours si fins observateurs, dirent de lui à cette occasion : <c È leggiero, mutabile, solito a mangiar due volte al giorno, vituperato d'oppio. » Lui-même aspirait au grand-vizirat, quand la mort de Mourad vint arrêter pour un moment le cours de sa fortune. Presque aussitôt après, il était du nombre des pachas exilés pour avoir essayé de soulever les janissaires contre le nouveau grand-vizir, Ferhad-Pacha. Au printemps de cette même année il avait accompli sa plus brillante expédition maritime, ravageant avec une fureur sauvage le littoral de la Calabre, sa patrie, où il réduisit en cendres Keggio et Cariati.
Envoyé en exil à Kara-Hissar, le Djighalizadé n'y resta que peu de semaines et reçut bientôt du sultan Mohammed III l'ordre de se rendre avec un commandement à l'armée de Hongrie. Le grand-vizir Ferhad venait d'être renversé par les intrigues de Sinan-Pacha Khodja et jeté en prison. Sinan-Pacha Djighalizadé, en traversant Gonstantinople, trouva moyen d'achever de perdre cet ennemi. Le
sultan l'avait autorisé à acheter pour ses équipages les chevaux de l'écurie de Ferhad ; mais la sultane Validé, qui protégeait celui-ci et espérait bientôt le voir rentrer en grâce, lui défendit de le faire. Le Djighalizadé porta à Mohammed l'ordre de la Validé, qui contredisait le sien propre, et le sultan, entrant dans une violente colère, fit immédiatement étrangler Ferhad. L'année suivante, enl59G,.Sinan- PachaDjighahzadé avait un commandement important dans l'armée de Hongrie, à la tête de laquelle le sultan Mohammed était venu se mettre en personne. Au mois de septembre, il laissa les Impériaux prendre sous ses yeux la place de Flatwan, sans avoir fait d'efforts sérieux pour les en empêcher. Mais le 26 octobre il racheta cette négligence en décidant, par sa vaillance et par ses habiles manœuvres, le succès de la grande bataille de Keresztes, gagnée sur l'archiduc Maximilien et le prince de Transylvanie, Sigismond Bathory, après avoir un momenL paru perdue. Le soir même de cette bataille, oii 50,000 chrétiens avaient péri, le Djighalizadé, en entrant dans la tente du sultan Mohammed, fut salué par lui grand-vizir. H avait atteint le but de sa dévorante ambition.
Mais ce ne fut pas pour longtemps. Il signala son avènement au pouvoir par des violences insensées. Trente mille hommes de l'armée ottomane avaient fui le matin de la bataille, quand on l'avait cru perdue. Le nouveau grandvizir les stigmatisa du nom de firarilnr ou « fuyards, » et les condamna tous en bloc à la peine de mort. Se rassemblant, ils traversèrent en armes la Roumélie et passèrent en Asie Mineure, où ils se maintinrent à l'état de rebelles pendant un certain temps et où il fallut de grands efforts pour les réduire. Le Djighalizadé prononça aussi la destitution du Khan de la Grimée, qui n'était pas venu de sa personne à l'armée et y avait envoyé seulement son frère, Feth-Ghiraï; et à la nouvelle de cette décision, les Tatars de la Grimée se mirent en insurrection contre la Porte.
Enfin l'on accusa le nouveau grand-vizir de concussions dans le partage du butin de Keresztes. Il ne fut donc pas difficile à la sultane Validé d'obtenir, à la rentrée du sultan Molianmied à Constantinople, la destitution de Sinan- Paclia Djighalizadé et son exil î\ Ak-schehr en Anatolie.
11 en était revenu et avait repris le poste de kapitanpacha cinq ans après. Nous le revoyons alors à la tête d'une flotte de cinquante vaisseaux, empêchant, en 4601, l'attaque préparée contre Alger par André Doria et don Juan de Cordoue, puis, après cet exploit, dévastant les côtes d'Italie. Enfin, en 1604, le sultan Ahmed 1" le chargea de la direction de la guerre contre les Persans. Après une première campagne assez insignifiante, il fut complètement défait par Schah-Abbas, le 6 août 1605, sur les bords du lac de Tebriz. Le Djighalizadé ne survécut pas à cette défaite, qui ruinait sa réputation militaire ; il mourut au milieu de la retraite ou plutôt de la déroute de ses soldats sur Diarbékir, après avoir eu le temps de souiller ses derniers moments du meurtre du pacha d'Alep, Djanboulalzadé, le seul des généraux turcs qui dans ce désastre eût conservé son corps d'armée intact, et qui, par là même, excitait sa jalousie.
Scipion Cicala, devenu Sinan-Pacha, avait eu deux fils, Housseïn et Mohammed. Le second épousa une petite-fille du sultan Mourad 111 et de la vénitienne Baffa, c'est-à-dire la fille d'une sœur de Mahmoud 111. Il fut en grande faveur sous les sultans Ahmed, Moustafa, Osman II, Mourad IV etlbrahim. 11 arriva même au grand-vizirat sous Mohammed IV, et étant mort en Candie dans l'année 16o6, fut remplacé par le grand Keuprilu-Mohammed.
Cependant en 1668 on vit arriver d'Allemagne à Messine un personnage d'âge déjà mûr, qui se présenta à l'arclievêque comme le fils de Scipion Cicala. Il racontait sur sa vie une merveilleuse histoire. Fils du célèbre renégat et de la fille du sultan Ahmed (il travestissait ainsi le "rrand-vizir
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Ahmed, père de Çaliha-sultane), on l'avait nommé Mohammed-Beg. Élevé en prince, il était parvenu aux dignités fantastiques de « gouverneur et vice-roi de Terre-Sainte, Alexandrie, Antioche et de tout le royaume de Pharaon juS' qu'à la Mer Rouge, vice-roi de toute la Ghaldée et des royaumes de Cypre et Trébizonde, receveur-général du tribut du Saint-Sépulcre. » Mais des visions miraculeuses et le cri de sa conscience le pressaient de revenir à la religion de ses ancêtres. Instruit par les religieux Franciscains, puis parles Jésuites, sous la direction desquels il s'était placé, il était demeuré 18 ans chrétien secret, tout en continuant à occuper ses grandes charges et à faire extérieU' rement profession d'islamisme. Enfin , résolu à ne plus continuer ce double jeu, il avait fait ses préparatifs pour s'enfuir de Turquie et avait confié une immense quantité de pierreries à un nommé Charonsé (c'est ainsi que les relations imprimées par son ordre écrivent ce nom), qu'il devait rejoindre en Moldavie. Là ce dépositaire infidèle, pour se dispenser de la restitution, avait voulu le faire périr. Mais Mohammed-Beg, déguisé en berger, était parvenu à se sauver à pied à travers mille dangers et avait gagné l'armée des Cosaques du Don , où il avait été reconnu par des soldats qui l'avaient vu en Orient. De là il était passé à Varsovie, où la reine Marie de Gonzague l'avait reçu avec respect (c'étaient ses propres expressions) et l'avait fait baptiser solennellement, en le tenant sur les fonds du baptême et en lui donnant les prénoms de Jean- Michel. Ayant fait ensuite le pèlerinage de Notre-Dame-de- Lorette,il était allé à Rome, où il n'avait révélé sa condition qu'au seul pape Alexandre VU. Retourné en Pologne, il avait pris du service dans l'armée impériale contre les Turcs. En récompense, .l'empereur Léopold l'avait comblé de bienfaits et nommé garde de son artillerie.
On a peine à se rendre compte de l'intérêt que les Jésuites pouvaient avoir à appuyer une imposture aussi gros-
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sière, qui ne supportait pas l'examen. Toujours est-il qu'ils se firent les patrons et les prùneurs du prétendu Jean- Michel Cicala, et que par leur influence ils le firent reconnaître comme tel de l'archevêque de Messine et saluer comme cousin par le prince de Tiriolo, qu'il alla visiter en Calabre. Muni des recommandations de l'archevêque et du prince, et les Pères lui ayant préparé le terrain h Naples, il se rendit auprès du vice-roi Don Pedro d'Aragon, qui le reçut dans celte ville avec les honneurs dus à un prince de sang royal. De Naples, le fiux Cicala vint à Rome, où il fit une entrée publique et où le pape Clément IX l'accueillit avec la plus haute distinction. Etienne Picart, dit le Romain, grava son portrait, qui fut publié à Rome avec une notice édifiante sur sa vie, rédigée en espagnol. Après avoir séjourné un an dans la Ville Éternelle, fantaisie lui prit de visiter la cour de Louis XIV, pour y faire de nouvelles dupes. Il se fit préc éder en France par une relation détaillée de sa prétendue histoire, qui fut imprimée à Paris avec une dédicace au roi. Louis XIV envoya le duc de Saint- Aignan au-devant de « Jean-Michel Cigale, prince du sang ottoman, » comme on l'appelait à la cour de France, le reçut à ce titre en audience solennelle et le logea au Louvre pendant son séjour à Paris. Jacques de Souvré, grand prieur de France, le reçut dans le chapitre du Temple. Enfin il se rendit en Angleterre, où il fit aussi tout d'abord brillante figure à la cour de Charles II.
Mais c'est là que sa fortune extraordinaire échoua misérablement. Il fut, en effet, pour son malheur, reconnu à la cour d'Angleterre par plusieurs personnes qui l'avaient vu quelques années auparavant en Orient et à Vienne, dans la condition la plus basse et la plus misérable. Ils révélèrent ce qu'il était en réalité, non pas un grand seigneur turc, apparenté à la maison ottomane, mais un Valaque, né de parents chrétiens et du rang le plus obscur à Tirgovisti. Dans sa jeunesse, il était entré au service de Mathias, vaï-
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vode de Moldavie, qui l'avait envoyé k Coiislanliiiople dans la suite de son kapou-kihaya. De retour dans son pays, une aventure scandaleuse avec la femme et la fille d'un pope l'avait forcé à se sauver à Gonstantinople, où il s'était fait musulman pour échapper aux poursuites. 11 y avait végété assez longtemps, essayant de s'élever par l'intrigue, mais sans y réussir. Alors l'idée lui était venue de son imposture, et après avoir gagné Vienne, il s'était mis à aller de pays en pays, là où il n'était pas connu, débitant avec une incroyable effronterie la fable grossière qu'il avait imaginée et qui trouva une si étonnante créance. Chassé honteusement de la cour de Charles II et de Londres après la révélation de ces faits, il disparut sans qu'on sache ce qu'il devint ensuite.