‹ La grande-Grèce, paysages et histoire (volume 5)Chapitre 4 sur 40 · I 0 LA GRANDE-GRÈCE · texte numérisé non relu

I 0 LA GRANDE-GRÈCE

rodote, que personne, même le Grand-Roi, n'oserait plus molester le gendre d'un homme qui avait un poing si terrible. Ses compatriotes Grotoniates, enthousiasmés dadmiration pour un si beau tour joué aux barbares et si digne d'Ulysse, le nommèrent par acclamation prylane. Dans cet office, raconte-t-on, quand il offrait le sacrifice hebdomadaire à Apollon, il faisait revêtir au serviteur qui l'assistait le costume d'un grand de la cour de Perse, enlevé à un des officiers qui avaient voulu le reprendre. Et à son imitation l'usage s'en maintint à Grotone pendant plusieurs siècles. Dèmocèdès agissait ainsi pour outrager ses anciens maîtres. Il avait, en effet, rapporté de son séjour à la cour de Suse et surtout des obstacles que Darius avait mis à son retour, une haine profonde contre les Perses. Lorsqu'on 480 s'engagea à la fois en Grèce et en Sicile la lutte qui allait décider du sort de la liberté hellénique, c'est lui qui, voyant que les Grotoniates, comme les autres Grecs d'Italie, s'enfermaient dans une lâche apathie et ne se souciaient de porter secours ni aux Athéniens et aux Spartiates contre Xerxès, ni à Gélon de Syracuse contre les Garthaginois, décida l'athlète PhayUos, trois fois pythionice, à agir de son initiative personnelle. PhayUos, comme avait fait antérieurement son compatriote Philippe quand il s'était joint à Dôrieus, arma à ses frais une trirème, dont il prit le commandement et qui représenta seule, mais avec honneur, la Grèce italiote à la journée de Salamine. G'est en souvenir de ce fait qu'Alexandre-le-Grand, vainqueur du dernier Darius, envoya à la ville de Grotone une part du butin delà bataille de Gaugamèles, en même temps qu'il en consacrait une autre part à la reconstruction de Platées de Béotie, théâtre de la défaite de Mardônios.

SUITE DE CROTONE Hl

Nous avons, dans le chapitre précédent, retracé le tableau des dissensions intestines qui déchirèrent Grotone pondant plus d'un quart de siècle àla suite du renversement du pouvoir des Pythagoriciens et de leur proscription. Ces troubles n'entravèrent pourtant pas le développement de la cité et ne portèrent aucun ébranlement à sa puissance, que la ruine de Sybaris avait fort agrandie et laissé sans rivale. Crotone avait désormais une hégémonie incontestée sur toutes les cités achéennes de la Grande Grèce, à tel point que le contre-coup de ses révolutions y était presque immédiatement ressenti. Cette situation grandit encore quand le rappel des exilés pythagoriciens eut rétabli la paix intérieure dans la ville fondée par Myscellos. Le v® siècle avant l'ère chrétienne fut l'époque culminante de la prospérité et de l'influence de Grotone. Elle avait hérité du commerce, des richesses et de la puissance de Sybaris, mais aussi, malheureusement pour elle, de son luxe corrupteur. G'est alors que sa population devint si nombreuse que pour la renfermer son enceinte fortifiée dut embrasser une circonférence de douze milles romains, environ 17 l/:2 kilomètres, que le fleuve Aisaros traversait par le milieu. G'est alors aussi que, gonflée d'orgueil, Grotone prétendit, comme Sybaris avant elle, supplanter l'institution panhellénique des jeux d'Olympie par la splendeur des jeux qu'elle institua. Elle était à ce moment la ville de l'Italie grecque la plus riche, la plus populeuse et la plus puissante à tous les points de vue.Tarente même à ce moment ne l'égalait pas. Son territoire direct et propre comprenait toujours les versants est et sud du massif de la Sila, avec les villes de Philoctète au nord et Scyllêtion au midi. Les cités indépendantes de Gau-

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