‹ La grande-Grèce, paysages et histoire (volume 5)Chapitre 6 sur 40 · LA GRANDE- GRKCE · texte numérisé non relu

LA GRANDE- GRKCE

l'Italie, il les livra aux Lucaniens, qu'il ne rougit pas d'appeler comme auxiliaires contre des Hellènes. ■ Les Gi'ccs italiotes étaient liés avec ceux de Sicile par des relations intimes et par une étroite communauté d'intérêts, surtout quand il s'agissait de faire face aux Carthaginois. Après la prise d'Agrigente, quand Denys, qui venait de s'emparer du pouvoir à Syracuse en profitant des circonstances et en accusant ses adversaires de trahison, rassembla une nombreuse armée pour marcher au secour de Gela, assiégée par les Kenànéens, les cités de la Grande-Grèce n'hésitèrent pas à envoyer des contingents auxiliaires considérables au secours de leurs frères siciliens. Ce fut à ces troupes venues d'Italie que Denys s'arrangea pour faire porter le^poids principal de la lutte. Mal soutenues, elles subirent de grandes perles. Leur mécontentement s'accrut rapidement lorsqu'elles virent la campagne, mal conduite, n'avoir pour résultai que l'évacuation de Gela et de Camarina, qui tombèrent aux mains des Carthaginois. Il devenait évident pour tous que Denys pensait bien moins aux intérêts de la cause grecque qu'aux calculs de son ambition personnelle. Les Grecs italiotes quittèrent l'armée et repassèrent le détroit, tandis qu'une tentative d'insurrection contre le tyran éclatait à Syracuse (40o-40i).

Ce fut là le point de départ de l'inimitié entre Denys et les Grecs d'Italie. Le nouveau maître de Syracuse ne leur pardonna jamais cet abandon, ni la sympathie qu'ils avaient montré pour les révoltés. D'un autre côté, la répulsion et la défiance qu'il inspirait aux cités de la Grande-Grèce s'accrurent bien naturellement l'année suivante, quand on le vit, sous prétexte de nécessités stratégiques, poursuivre avec système l'anéantissement des villes chalcidiennes de la Sicile, détruire Léontinoi, Naxos et Catane pour en transporter la population à Syracuse même, livrer le territoire de Naxos aux Sicules et celui de Calane à des mercenaires campaniens, qui y formèrent une colonie. Les deux cités

chalcidico-messéniennes, qui subsistaient encore après ces destructions craignirent d'être menacées du même sort. Aussi lorsqu'on 399 Denys, préparant une nouvelle guerre contre les Carthaginois, leur offrit de se lier avec elles par une étroite alliance, demandant à épouser, comme gage de cette alliance, une fille de la noblesse de Rhêgion, les deux cités lui répondirent par un refus conçu dans les termes les plus outrageants. Il devint dès lors évident que Denys, dès qu'il en aurait fini avec les Kenânéens, se retournerait contre Rhêgion et ferait tout pour la châtier et la soumettre. Lui laisser conquérir Rhêgion, c'était lui permettre de prendre pied sur le continent italien, c'était ouvrir la porte aux entreprises par lesquelles il poursuivrait l'asservissement de la Grande-Grèce après celui des Grecs de Sicile. Les Achéens décidèrent donc de soutenir énergiquement Rhêgion contre ses attaques. Mais entre eux et la cité chalcidienne se trouvait Lucres, qu'une parenté de race dorienne rendait particulièrement sympathique à Syracuse et qui depuis son origine, depuis surtout l'événement de la Sagra, s'était maintenue toujours dans une attitude d'hostilité plus ou moins sourde envers les Achéens. Locres se montra pleine d'empressement en faveur de Denys, prête à s'associer avec ardeur à tous ses projets politiques contre Rhêgion et les Achéens ; elle contracta avec le tyran de Syracuse une alliance matrimoniale, qui servait de garantie à une alliance militaire et politique. Assuré sur ce point d'un concours quand il en aurait besoin, Denys, tout en continuant activement les préparatifs de la guerre contre les Carthaginois, entra en relation avec les Lucaniens, dont la puissance grandissait rapidement et devenait chaque jour plus menaçante pour les Grecs italiens, qui dès ce moment, en particulier, commençaient à presser étroitement Thurioi et Héraclée. Il se créait ainsi, sur le sol même de l'Italie, à la fois parmi les Grecs et parmi les barbares, des complices tout prêts pour le jour où il serait en mesure de réaliser

les vues de couquète qu'il nourrissait à l'égard de la Grande- Grèce. La mise à exécution de ces vues ne dépendait plus que de l'issue de son grand duel avec Carthage, qui s'engagea en 397.

Les Grecs d'Italie profitèrent du répit que leur donnait cette guerre terrible en Sicile, dont le succès était encore douteux, pour organiser leur défensive et se mettre en mesure de faire face avec avantage au danger qui allait fondre sur eux de deux côtés à la fois, si Denys était vainqueur. Ils ne voulurent pourtant pas trahir la cause grecque, même contre un ennemi qui ne connaissait pas les scrupules de ce genre, en acceptant l'alliance que les Phéniciens occidentaux leur offraient. C'est par eux-mêmes, en s'unissant enconfédération, qu'ils résolurent de se défendre.

Aucun doute que ce ne soit à ce moment qu'il faille placer ce que raconte Polybe, qu'assez longtemps après la pacification des cités achéennes de l'Italie par le retour des exilés pythagoriciens, événement dans lequel les Achéens delà mère-patrie avaient joué le rôle de médiateurs et de conciliateurs, sur le conseil de ces mêmes Achéens de Grèce, les Crotoniates, les Cauloniates et les Sybarites (dont le nom est ici employé, comme il arrive souvent, pour désigner les Thuriens) formèrent une ligue d'après le modèle de la leur. Cette hgue eut un conseil fédéral pour en administrer les affaires communes, et ce conseil tint à époques régulières ses assemblées dans le temple deZeus Ilomarios, élevé alors à Grotone à l'imitation du temple de Zeus Homarios ou llomagyrios àAigion, où se réunissaient, sous la protection du dieu, les membres du conseil de la hgue des cités d'Achaïe(l).

(1) Ce fait est important pour l'organisation de la première ligue achéenne. On admet généralement que ce n'est qu'après l'engloutissement d'Hélice dans la mer. en 373, que les séances du conseil fédéral, qui se tenaient d'abord dans cette ville, au temple de Poséidon Helicônios, furent transférées à Aigion, où elles eurent lieu désormais sous le patronage de Zeus Homarios et de Dèmètôr Panachaia. Ici cepen-

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La présidence et la dirocUon d'une ligue do ce genre revenaient naturellement à Crolone, comme étant à ce moment la plus grande et la plus populeuse des cités de la Grande- Grèce. Formée d'abord entre les Acliéens, la confédération ne demeura pas restreinte à eux. Rhègion se liàta d'y entrer, car c'est de là qu'elle devait recevoir secours; et de son côté Taronte y adhéra, malgré son origine dorienne. Nous ne connaissons, et cela par Diodore de Sicile, qu'un seul des articles du traité de confédération, celui qui était relatif aux attaques des Lucaniens. Toutes les villes s'engageaient à porter immédiatement secours à celle d'entre elles qui serait l'objet de leurs incursions ; et si l'une d'elles manquait à cette obligation, les stratèges qui y avaient la direction du pouvoir exécutif devaient être punis de mort.

C'est à cette occasion que Grotone adopta un nouveau type monétaire, faisant allusion à la formation de la ligue et aux heureux effets qu'elle en attendait. Les monnaies qu'elle frappa alors portent d'un coté la tète d'Apollon, le dieu tutélairede la cité, de l'autre Héraclès enfant, étouffant les serpents envoyés dans son lit pour le dévorer par la jalousie de liera. C'est un sujet que l'art des époques antérieures n'avait pas traité et dont Zeuxis venait de créer le type dans un tableau fameux, exécuté, semble-t-il, pour Agrigente. Il eut un grand succès auprès des graveurs de monnaies et fut imité à la même date sur les espèces de contrées grecques fort éloignées les unes des autres, mais toujours avec la signification d'un symbole politique.

Lorsqu'en 394, après la bataille de Gnide, Samos, Éphèse

dant il est question de réunions au temple de Zeus Homarios antérieurement à cette date. Force est donc d'admettre qu'il y en avait alternativement à Hélice et à Aiglon, probablement deux fois dans Tannée, de même que le conseil de l'Amphictionie Delphique avait deux sessions. Tune à Delphes, près du temple d'Apollon, l'autre à Anthéla, dans l'enceinte sacrée de Dêmêtèr Pylaia.

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Rhodes el Cnide, délivrées des liarmostes lacédémoniens par la flotte de Conon et de Pharnabaze, s'uïiirent en une ligne pour la défense de leur liberté reconquise, elles frappèrent une monnaie d'argent commune, portant au droit rilèraclès enfant et les serpents, comme emblème de la ligue, et au revers le type particulier et le nom de chaque ville. Des cités plus éloignées, comme Lampsaque et Cyzique, adhérèrent à FalUance politique, à laquelle les événements mirent bientôt tin, mais non à l'union monétaire qui s'y rattachait, et émirent des espèces de leur système particulier avec le type fédéral Les Thébains, déhvrés en 379 par Épaminondas et Pélopidas, lorsqu'Athènes, inquiètede leurs progrès, se mit à faire cause commune contre eux avec Sparte, adoptèrent le même type, qui faisait allusion à leur situation entre ces deux puissants adversaires, symbolisés par les deux serpents qu'étrangle en même temps le fils d'Alcmène encore au berceau. Pour les Grotoniates, quand ils placèrent la même représentation sur leur monnaie en prenant la direction de la ligue des Grecs italiotes, les deux monstres étaient Denys et les Lucaniens. Tarente, au même moment, signala aussi dans sa monnaie son adhésion à la ligue par sa fabrication de petites pièces divisionnaires d'argent, qui portent en même temps la tête de l'Athènéde Thurioi, avec son casque décoré d'une figure de Scylla, et sur le revers Héraclès aux serpents.

En 393, Denys, après les plus incroyables alternatives de succès et de revers, avait terminé victorieusement la guerre contre les Carthaginois par l'incendie de la flotte d'Himilcon dans le port extérieur de Syracuse, que le général kenânéen tenait bloquée; il venait de relever Messènê, détruite dans la guerre, en y établissant des Locriens et des hommes tirés de Medn*a, leur colonie; maître en Sicile, il passa le détroit et essaya d'enlever Kliègion par surprise. Mais il y échoua avec de grandes pertes et dut se retirer, après avoir conclu une trêve d'un an avec les Rhêgiens.

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C'est en 391 qu'il reprit les hostilités, passant cette fois le détroit avec une armée de 20000 hommes et une flotte do 120 j^i'osses galères. Sans attendre que les contingents du reste de Ja ligue lussent rassemblés, les Crotuniates volèrent au secours do Rhégion. Ils conduisirent devant cette ville une escadre de GO galères, fournies par leur cité seule, chiffre considérable qui permet d'apprécier ce qu'était alors leur puissance navale. Mais la flotte de Crotone fut battue k plate couture par celle de Denys, double de nombre et supérieure comme échantillon des bâtiments. Une partie des galères fut détruite; les autres auraient été capturées si elles ne s'étaient pas jetées à la côte, où les Rhêgiens accoururent pour aider à les défendre. Une tempête qui survint brusquement dans le détroit acheva de sauver les débris de l'escadre crotoniate. Elle mit, en effet, dans un complet désarroi la flotte syracusaine, dont sept bâtiments furentcoulés; Denys lui-même, monté surunequinquérème failUt périr et ne parvint qu'au milieu de la nuit dans le port de Messênè. Gomme on touchait à l'hiver, le tyran de Syracuse ne voulut pas cette année risquer l'entreprise du siège de Rhégion. 11 envoya ses troupes de terre hiverner à Locres et rentra dans sa capitale pour en ressortir au printemps. Mais pendant ce temps il faisait marcher ses alliés les Lucaniens contre les confédérés, tandis que sa flotte croisait le long des côtes pour appuyer les barbares. Nous avons raconté plus haut quel effroyable désastre les Lucaniens infligèrent alors aux gens de Thurioi, les réduisant à l'impuissance et coupant les communications entre les autres Grecs et les Tarentins, qui ne semblent pas, du reste, avoir mis beaucoup d'empressement à remplir leurs obligations fédérales.

Quand Denys reprit la campagne en 390, négligeant Rhégion, sur laquelle il comptait revenir un peu plus tard pour l'accabler, c'est contre les Achéens qu'il tourna tous ses efforts. Franchissant la frontière de la Sagra, il vint mettre

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le siège devant Gaulonia avec toutes ses troupes, unies à celles des Locriens. Crotone appela à elle tous les Acliéens et rassembla une armée de :2oOOO hommes, dont le commandement fut donné à Ilelôris. un exilé syracusain ennemi de Denys, le même qui l'avait repoussé de Rliègion trois ans auparavant. La bataille se livra tout près de Gaulonia, sur les bords du fleuve Ilélûros, et les Acliéens y essuyèrent la plus totale défaite. Nous étudierons plus loin les questions topographiques qui ont trait à cette bataille décisive. L'armée achéenne y fut dispersée comme un troupeau. Dix mille hommes, qui seuls avaient tenu pied, cernés sur une hauteur où ils manquèrent de vivres et d'eau, se virent réduits à se rendre à discrétion. Denys était froidement et atrocement cruel, quand il pensait que cela pouvait servir sa politique ; il allait bientôt encore à Rhègion en donner un exemple révoltant. iMaisil savait aussi, quand l'occasion s'en présentait, se faire un instrument politique d'une apparente générosité. 11 le fit voir à la suite de la bataille de Gaulonia. Tous les prisonniers achéens furent renvoyés par lui libres et sans rançon dans leurs cités, sous la seule condition de prêter serment de ne plus porter les armes contre lui. Denys offrit ensuite la paix aux villes achéennes, qui, par suite de la destruction de leur armée, se trouvaient à sa discrétion ; mais il exigea que leur confédération fût dissoute. Elles s'empressèrent d'adhérer à ces conditions et poussèrentmêmel'abaissementjusqu'à voter des couronnes d'or en signe de reconnaissance à ce généreux vainqueur, qui consentait à les épargner après les avoir réduits à l'impuissance ! Cette soi-disant magnanimité ne l'empêcha pas, du reste, de raser trois des villes confédérées dont l'anéantissement rentrait dans les calculs de sa pohtique, comme celui des cités chalcidiennes en Sicile. Ce furent Gaulonia, qui capitula à la suite de la bataille, Hippônion, qui avait adhéré à la ligue, bien que colonie de Locres, et enfin Scyllêtion, qui dépendait de Grotone. Les habitants de ces vil-

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les furent Iransporlés à Syracuse, dont Denys s'étudiait à grossir la population par les i)rocédés d'un despote d'Asie ; quant h leur territoire, le tyran les attribua aux Locriens, Mésalliés ou plutôt ses complices servîtes. Rhègion demeurait seule, abandonnée de tous ses alliés. Denys se retourna contre cette malheureuse cité, dont il voulait tirer une vengeance exemplaire. Après un long siège, héroïquement soutenu, il parvint à s'en emparer et la détruisit (387). Locres restait l'unique ville importante de la péninsule qui termine l'Italie à son extrémité méridionale; toute cette péninsule lui avait été donnée comme territoire par le potentat parvenu auquel elle s'était alliée et dont elle s'était volontairement, par avidité ambitieuse, réduite à être la docile cliente. Denys entreprit de fortifier l'isthme Scylacien par une muraille continue, élevée à son point le plus étroit, pour protéger le nouveau territoire de Locres contre les entreprises des Lucaniens, si ces alliés barbares, déchaînés et soutenu parlui, cherchaient à l'attaquer après avoir achevé d'écraser les autres cités grecques, qu'il leur livrait sans défense.

C'étaitcomme une sorte de réduitou de place d'armes qu'il cherchait à créer, pour servir de base à sa puissance militaire sur le continent italien. Mais il entendait bien ne pas l'y laisser confinée. Reprenant les vastes projets autrefois conçus par Iliéron, Denys prétendait assurera Syracuse et à son propre gouvernement une suprématie effective sur toute l'Italie et sur les mers qui la baignent des deux cotés. Dans la mer Tyrrhénienne, sous prétexte de réprimer un dernier reste de piraterie des Étrusques, il envoyait une flotte de 60 galères prendre possession d'Agylla, le port de Cît'ré, et y piller le temple de Matuta ; il relevait l'ancien élabhssement grec d'Alalia dans l'ile de Gyrnè, la Corse; enfin il nouait une alliance avec les Gaulois, qui dominaient alors dans l'Itahe centrale. Il respectait l'indépendance de ïarente et entretenait avec elle des relations amicales;

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mais en même temps il s'efforçait de la supplanter dans la domination de l'Adriatique, par où 11 tirait des chevaux de prix du pays des Hénètes ou Vénètes, 11 tenait dans cette mer deux escadres en permanence, à Lissos, sur la côte d'Illyrie, et à Hadria, sur les embouchures du Pu. Il favorisait l'établissement àAncône des exilés syracusains, qu'il voyait avec plaisir dans cet endroit, tandis qu'il ne pouvait pas les supporter au centre de son autorité. Sous couleur d'aider les Lacédémoniens, il envoyait une flotte à Corcyre, pour empêcher les Athéniens de s'y installer; mais cette flotte fut détruite par Iphicrate (374).

Six ans auparavant, en pleine paix, Denys s'était emparé par surprise de Crotone, en faisant enlever la citadelle par une escalade de nuit, dirigée du côté le plus escarpé du rocher qui la portait. Il en resta maître pendant douze années, jusqu'à sa mort, et y fit peser la plus dure tyrannie, décimant les habitants par des supplices et des exils, pour les châtier d'avoir osé chercher à contrarier ses plans, (l'est évidemment pendant cette occupation de Crotone par Denys que les Lucaniens se rendirent maîtres de tout le pays entre le Traeis et le Nèaithos, et firent de Pétéha leur métropole méridionale, prenant ainsi pied sur la mer Ionienne, et coupant la ligne ininterrompue que la colonisation grecque avait continué à former jusque-là sur les eûtes, même après avoir perdu l'intérieur des terres. Le tjTan de Syracuse payait de cette fiiçon les services de ses alliés barbares aux dépens des Hellènes, et poursuivait sa tâche de l'abaissement de Crotone par une nouvelle diminution de son territoire au profit des Lucaniens, après lui avoir une première fois enlevé le pays de Scyllétion pour le donner aux Locriens.

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A la mort de Deiiys Fancien, Crolone recouvra sa liberté. Denys le jeune, se contentant de la possession do Locres, n'essaya pas de la reconquérir. Arcliytas de Tarente étendait sa protection sur la cité achéenne. Il la fit entrer à titre de pleine indépendance dans la nouvelle confédération gréco-italique, reformée par ses soins. Mais dans cette confédération, Grotone diminuée et déchue n'avait plus la direction ; elle était subordonnée à riiég-émonie de Tarente, qui avait pris la présidence du conseil fédéral, en fixant le lieu de ses réunions à Héraclée.

Dans ces conditions nouvelles, Grotone jouit de quelques années de paix, oîi sa prospérité se releva un peu, bien que son territoire fût désormais bien restreint et sa force militaire très abaissée. Mais bient H, après la mort d'Arcliytas, la décadence reprit son cours, la situation de Grotone devint plus sombre que jamais. La formation de la nouvelle nation des Bruttiens fut pour cette cité un coup terrible. G'est tout près d'elle, à l'abri des forêts de la Sila et dans la vallée du haut Crathis, que les bandes d'aventuriers de race sabellique, lancées en avant par les Lucaniens, se déclarèrent indépendantes et se constituèrent à l'état d'un peuple éminemment guerrier, avide de pillage et de conquêtes, que de nouvelles bandes, sorties du Samnium, de la Gampanie et de la Lucanie, venaient incessamment recruter. Les premières villes grecques dont les Bruttiens s'emparèrent, dès 353, TérinaetTémésa, sur la mer Tyrrhénienne, Pandosia dans l'intérieur des terres, étaient des colonies de Grotone, qui entretenaient avec elle des rapports de dépendance. Très peu après, les Bruttiens enlevèrent aux Locriens Ilippônion, que ceux-ci avaient relevée, et s'avance-

rent de sommet en sommet dans les montagnes de la portion de la péninsule dont Denys avait fait le domaine de Locres, jusqu'aux environs de cette ville et même de Rhègion. Mais le principal objectif de leurs attaques fut toujours Crotone, comme Iléraciée et Thurioi avaient été ceux des Lucaniens. C'était la grande ville dont la possession aurait doublé leur puissance et leur aurait permis de se créer une marine militaire.

Aussi les Crotoniates applaudirent-ils avec enthousiasme, comme les Thuriens, à l'expédition d'Alexandre le Molosse, surtout quand ils virent le roi d'Épire, après avoir abattu les Lucaniens, tourner ses efforts contre les Bruttiens dans la vallée du Crathis et le massif de la Sila. Mais la catastrophe dans laquelle il périt devant Pandosia, vint bientôt anéantir les espérances qu'ils avaient conçues d'après ses premiers succès. Vainqueurs de TÉpirote, exaltés par ce triomphe inespéré, les Bruttiens étaient plus redoutables que jamais. Ils recommencèrent à presser Crotone et purent croire que bientôt ils s'en rendraient maîtres.

En 319, la ville assiégée et prête à succomber, implora l'assistance de Syracuse. Les Syracusains leur envoyèrent une armée considérable, qui battit les Bruttiens de telle façon que pour quelques années ils se tinrent tranquille. Cette armée était sous la conduite d'Hêracleidês et de Sôsistratos, qui s'étaient, au miheu dés troubles dont fut suivi la mort de Timoléon, emparés de la direction des affaires de Syracuse, avec l'appui du parti aristocratique et sous le titre de stratèges. Agathocle, qui commençait alors sa carrière, y avait le commandement d'une chiliarchie ou division de mille hommes. Il voulait renverser ses généraux et prendre le pouvoir à leur place. 11 les accusa donc, auprès des soldats et du peuple syracusain, d'aspirer à la tyrannie. Mais Ilèracleidès et Sôsistratos, étant bientôt après retournés à Syracuse, virent leur pouvoir renforcé et confirmé par l'assemblée populaire. Agathocle, ne se sentant

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pas encore en mesure de les vaincre sur le terrain polilique syracusain, était resté en arrière, on Italie. Il tenta de s'emparer de Cratone et de s'y faire décerner le pouvoir suprômo, mais il échoua dans cette entreprise. C'est alors qu'il s'en alla à Tarente, où il passa quelques mois comme capitaine de mercenaires ; mais il finit par s'en faire chasser et il rentra à Syracuse à la tin de l'année suivante, un revirement subit des dispositions populaires ayant amené l'exil de Sôsistratos.

Les intrigues d'Agathocle pour parvenir au pouvoir avaient amené une guerre civile à Crotone. Pendant leur séjour, les deux généraux syracusains avaient appuyé le parti aristocratique, qui les avait appelés. Agathocle, au contraire, llatta la démocratie, dont il devait bientôt après se faire à Syracuse un marcliopiedpour arriver à l'autorité. Les démocrates de Crotone ne décernèrent pas la tyrannie à un capitaine étranger ; ils le forcèrent même à s'éloigner, après avoir profité de son secours. Mais ils s'installèrent aux affaires et exilèrent les principaux membres de la faction aristocratique. Ceux-ci se retirèrent à Tlmrioi et y rassemblèrent une petite armée de mercenaires, avec laquelle ils vinrent attaquer Crotone. Paron et Ménédèmos, les deux stratèges élus par le parti démocratique, marchèrent contre eux avec des forces plus considérables et les exterminèrent. Ceci se passait en 318, et bientôt après Ménédèmos s'empara de la tyrannie, qu'il garda pendant dix-neuf ans.

Au bout de ce temps, Agathocle, qui avait pris à Syracuse le titre de roi, à l'exemple des généraux d'Alexandre, ayant mis fin à ses grandes guerres contre les Carthaginois et solidement assis son pouvoir en Sicile, avait acquis la libre disposition de ses forces pour de nouvelles entreprises, auxquelles le poussait son caractère inquiet et impatient du repos. Il reprit les projets de Denys l'ancien sur l'Italie, et sous couleur d'aller au secours des cités grecques, il n 9

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