‹ La grande guerre ecclésiastique [microforme]Chapitre 5 sur 38 · PS RUE · texte numérisé non relu

PS RUE

sévir. Muis l'Eglise se réclamait de son immunilé qui se résumait tout simplement dans la soustraction à tout châtiment de ces grands criminels !

C'est cette résistance injuste du Pape et dé l'Archevêque à l'application des lois qui nécessita la passation des Constitutions de Clarendon qui mirent eufin les ecclésiastiques à la raison. Je sais qu’à force de colères et d’intrigues, et en essayant de trahir sa patrie pour la livrer à l'étranger, l'Archevèque obtint la révocation temporaire de ces constitutions, mais le premier coup était porté à l'immunité ecclésiastique et elle disparut peu à peu des coutumes du royaume. Moins & qua rante ans après d’ailleurs, St. Louis mettait de son côté, en France, les ecclésiastiques à la raison.

Et ce qu'il y a de mieux dans cette grave affaire, c’est que les outrecui dantes prétention du Pape et de l'Archevêque n'avaient d'autre base que les faux historiques réunis par le Moine Gratien dans son DÉcreT, et présentés au monde comme documents authenrti-

ues ! Toutes les prétentions du Clergé

la suprématie temporelle n’ont pas d’autres base que les nombreux docu ments qui ont été falsifiés dans ce but exprès, et mème que l’on a quelquefois entièrement forgés, comme la Donation de Constantin. En dépit de l'évidence, des. démonstrations même d'écrivains ecclésiastiques, on a maintenu pendant deux siècles l'authenticité de ce dernier document, et cela pour finir par avouer piteusement, quand la vraie science eût parlé, que c'était bien un faux, un document supposé, un mensonge audacieux, une tromperie impudente, et qui pourtant avait été cité par plusieurs Papes comme document respectable et authentique!! Voilà comme le parti ultramontain a montré sa sincérité à toute les époques! ! .

Eh bien, les gouvernements vont-ils laisser refleurir en ce siècle ces beaux jours de l'impunité du crime réclamée par 4 Clergé comme dedroit divin ? Etpourtant, Mgr. il n’y a pas de doute que par le Syllabus et les bulles Supernæ dispositionis et Apostolicæ Sedis, il n’ont pas catholiquement le droit de sévir contre

un ecclésiastique coupable d’un crime !

Il n'y a pas de doute que le Législateur qui passe une loi à cet effet, et le gras qui la sanctionne, et Le juge qui ‘applique et l'officier qui l'exécute et arrête un ecclésiastique, sont excommuniés ! Pourquoi donc les enterre-ton sans rien dire quand on refuse la sépulture an pauvre Guibord ? Celuici est bien moius excommunié que les autres ne le sont de droit et de fait uisqu’il avait signé l'appel au Pape.

ëst-ce que le Clergé peut ainsi s’affranchir à volonté de toutes les règles de la logique et du bon sens ?

Et les dispositions de la bulle Supernæ dispositionis, Mgr., s'étendent jusqu'aux affaires pürement civiles, aux réclamations de dettes par exemple, entre laïcs et ecclésiastiques! Sous ce système de prétendu droit divin, un laïc n’a pas le droit de poursuivre nn ecclésiastique devant des juges laïcs même

our le recouvrement d'une dette. Et e juge laïc n'a pas non plus le droit de rendre jugement contre l’ecclésiastique même si la réclamation est fondée. 11 faudrait donc rétablir les anciennes cours ecclésiastiques qui, suivant le trés chrétien système de Donozo Cortès, n'admettant aucun droit chez les laïcs puisqu'ils qu'ils doivent obéir en tout aux supérieurs ecclésiastiques, comr-ettaient les plus criantes injustices en parfaite tranquilité de conscience. V. G. n’ignore pas que les cours ecclésiastiques, du neuvième au quinzième siècle, n'admettaient pas le témoignage d’un laïc contre un prètre, Elles n’admettaient pas même sa plainte bien souvent. Et combien dc fois ont-elles condamné à de fortes amendes les parties qui voulaient arranger une affaire avant jugement ?

Sont-ce là les beaux temps que le Pa actuel veut faire revenir ? Ceteffroyable système a duré plusieurs siècles, Mgr.

et nous n’en voulons plus, fût-il recommandé par un Pape !!

Au reste ceux qui ont éprouvé les allures de la justice romaine d’aujourd’hui dans la question de l’Institut, savent, sans remonter au douzième siècle, ce que vaut la jus‘ice ecclésiastique et quelles garanties d’impartia-

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lité offre sa commode procédure de ne pas notifier les absents que l’on va procéder sur un rapport fait à leur désavantage.

Et s'il plaisait quelque jour à un Evèque de demander à Mgr. de Angelis si les écoles doivent être sous le con:

trôle exclusif du Clergé, on sait de reste ce que serait la réponse, Et l’on nous siguifierait de Rome que les Miuistres qui ne nomment pas un prêtre comme surintendant de l'éducation, en le rendant responsable aux seuls Evèques, seraient exposés à se voir frapper des censures ecclésiastiques.

Ils iraent donc, en fin de compte, partager le sert du pauvre Guibord qui se trouverait bientôt ainsi en nombreuse et illustre compagnie. Et V.G. viendrait sans doute nous dire encore que l'opinion d’un théologien romain vaut pratiquement celle de la sainte congrégation dont il est membre, ce qui aurait pour résultat de forcer la Législature et le gouvernement de s'arrêter respectueusement devant toute opinion qu'un Monsignor romain qui ne connait rien de nos affaires pourrait se mettre en têle de nous formuler. Le Clergé trouverait naturellement Le sys tème magnifique et nous montrerait saus doute pour en prouver sans réplique la transcendante excellence, les merveilleux résultats qu’il a obtenus en Italie, en Espagne et dans toute l'Amérique espagnole. Mais les hommes d'étude qui ont pu voir à quel dégré de nullité intellectuelle, politique et nationale, et d'infériorilé morale, les Clergés de tous les pays ont réduit les peuples qu'ils ont réussi à contrôler et dominer, ne sont guère disposés de laisser river sur eux la libérale et savante législation ecclésiastique.

Où est le gouvernement qui consentira à cela quand même vingt Conciles le déclareraient obligatoire ?

Mais j'oublie qu'aujourd'hui es Conciles sont devenus inutiles et pure œuvre de surérogation. Car enfin un canoniste loué par Pie XI nous informait, il y a trois ans, que le Pape était tout et le Concile rien sans lui, et qu'ici la partie étail plus que le eur autre jugeait chrétien de nous

apprendre que le «pe est comme un Dieu sur la terre ! Impie es: celui qui refuse de l'égaler à Dieu !

Quelques autres canonistes l'ont appelé Vice-Dieu, mais cette qualification me paraît quelque peu extravagante, quoique pourtant elle soit essentiellement ultramontaine ! !

On ne songe pas tout à fait assez, Mgr., que si nous devons être soumis au régime du droit canon, nous serong informés quelque jour, de par quelqu'illustre théologien de Rome, (on les fait tous : lustres à distance.) qui n'aura jamais étudié autre chose que les décrétales vraies ou fausses :

1° Que les Evèques ont droit d’imposer des amendes à ceux qui publient, ou vendent, ou annoncent des livres mis à l'index à Rome :—comme par exemple le « Voyage en Orient,»

Sismondi, Micheiet, Descartes, Grotius, l'histoire ecclésiastique de l’abbé Racine, ou encore l'histoire de l’Eglise de France de l'abbé Guettée, approuvée par quarante Evêques de France, ou autres affreux livres de ce genre :

2° Que les Evèques ont le droit de frapper d'amendes les notaires en certains cas et de les priver de leurs charges.—Cela se faisait autrefois si l’on avait lieu de soupçonner qu’un notaire n'eût pas fait tous ses efforts pour faire faire des legs à l'Eglise par un moribond, ou s’il l'avait empêché d’en faire trop et de mettre sa famille sur le pavé ; ou même s’il avait reçu un testament sans que le curé fût présent, ce qui était considéré comme fait de mauvais vouloir envers l'Eglise !

30 Que les Evêques ont le droit par eux-mèmes et de leur propre initiative de commuer les volontés des testateurs. — Ainsi quand l’Eglise n'avait pas reçu autant qu'elle l’avait espéré, l'Evêque cassait le testament, prenait ce qui convenait à l’Eglise, et la famille s’arrangeait avec le reste. Et il n’y avait rien à dire car l’Eglise étant seule Juge de ses droits, et refusant la sépulture ecclésiastique à ceux qui ne lui donnaient rien en mourant, les familles devaient encore se trou

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ver heureuses qu'on leur laissât quelque chose, Mais quand les oficiaux et leurs familiers et employés avaient pu entrer dans une succession, il restait rarement quelque chose. On peut consulter les auteurs ecclésiastiques pour connaître leur opinion sur les cfliciaux.

40 Que les individus qui portaient la tonsure, fussent-ils mariés, sont exempts de toute juridiction laïque.— Dans ces temps heureux de l’omnipotence ecclésiastique, un homme qui avait commis un crime allait tout simplement chez un barbier se faire faire une tonsure, et de suite l'Eglise le réclamait comme passible de sa seule juridiction. Et l’on convoquait gravement des arvitres pour décider si la .onsure était antérieure ou postérieure au crime. Et quelle que fût l’énormité de ce crime, mon homme en était quitte pour quelques douzaiues ou quelques centaines de chapelets, ou de récilations des psaumes de la pénitence, et aller entendre les offices à la porte de l'Eglise. S'il était riche, il rachetait un homicide pour quatre ou cinq livres tournois, et même le meurtre de snn pére pour dix-sept livres tournois : {environ dixsept louis d'aujourd'hui.) Les gouvernements ont lutté pendant plusieurs siècles pour se débarrasser et débarrasser le monde de ce magnifique droit chrétien qui assurait l’impunité au malfaiteur dès qu'il avait une tonsure sur la tête.

Et quand je dis, Mgr. que les théologiens romains déclareront ces dispositions obligatoires si on les consulte, je suis sûr d’être dans le vrai, puisqu'ils ne leur serait pas loisible de faire autrement, car ces dépositions émanent du ConciLr DE TRENTE et obligent conséquemm: rt la conscience des catholiques ‘: sont ces dispositions et plusieur: autres qui ont fait rejeter la discipline du Concile de Trente par les gouvernements, même celui du catholique Philippe II d’Espagne. Mais si nous tombions sous le système d’interprétations des MonsIGNORIS Romains, il nous faudrait bien subir ce beau syslême légal et

politique, puisqu'ils le donneraient comme de droit divin. Et ceux qui ñous parlent ici de l'adoption sans réserve du droit chrétien savent parfaitement que ce prodigieux système deviendrait obligatoire sous peine de péché. Et le fait est qu'en droit il l’est aujourd’hui puisque c'est un Concile œæcuménique qui l'a décrété; seulement on n'ose pas l'appliquer, mais on devrait refuser la sépulture ecclésiastique à ceux qui le violent, Pourquoi donc ne maltraite-t-on que le paurre Guibord quand il y a tant de plus grands coupables que lui ?

Ceux qui nous parlent de l'adoption du droit chrétien se donnent bien garde de le définir comme il doit l'être. On n'ose plus dire ces choses, encore bien moins les faire. On sail que dans une population peu instruite, on peut se tenir dans les généralités en parlant du droit chrétien, et que la masse s'imaginera qu'il ne peut s’agir que d’un droit bien supérieur au droit laïc. Et bien quelle est la vérité ? C'est que le droit laïc a corrigé le droit chrétien ! C'est que le droit chrétien tel que l’ultramontanisme l'a fait n'est pas digne d'etre comparé au droit laïc, parce qu’il constitue la violation et même le renversement de tous les droits ! C’est que si l’on osait entrer dans le détail des conséquences que produirait l’adoption du droit chrétien tel qu'on l'a fais on produirait infailliblement le rire universel.

En se tenant dans les généralités on est sûr d’aveugler les gens peu instruits. Ce système est plus commode.

Quant à moi, je crois bien faire en disant La vérilé et toute la vérité, pensant avec le grand St. Bernard et St.

Grégoire le grand qu’ vaut mieux qu'un peu de scanuale arrive que de céler La vérité, (1) et avec le grand Pape Innocent III que (la fausselé ne doit pas étre tolérée sous le voile de la sainteté. (2)

(1) Melius est ut scandalum nascitur quam veritas relinquatur.

(2) Falsitas sub velamine sanctitatis tolerari non debet.

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Mais continuons l'examen des conséquences de l'adoption du droit chrétien dont nous parle tant le Nouveau- Monde avec complet pari pris de tromper le public. Et V, G. voudra bien remarquer avec quelle modération dans mes cilatious j'effleure ce sujet qui demanderait plusieurs volumes pour tout énumérer et tout expliquer ! Nous avons vu quelques ordonnances du Concile de Trente ; ce qui suit est tiré du droit canan, des bulles des Papes et du Syllabus.

d Que l'Eglise a le droit illimité de posséder des biens, d'en acquérir, et de les recevoir par testament même au détriment des famiiles mises sur le avé ; et qu'un gouvernement viole la oi de Dieu s’il veut en aucune manière règler ou limiter ce droit :

60 Que l'abolition des cours ecclésiastiques a été un attentat contre l’Eglise et que le Pape a le droit d'ordonver qu’on les rétablisse dans les états CAMOMANeEr rt même protestants puisque le Pape à juridiction sur eux.

70 Que les gouvernements n’ont aucun droit de législater même sur la partie civile du mariage, que l'Eglise ne reconnait pas; ni de définir les effets civils du mariage en certains Cas :—Ainsi un prêtre mariera clandestinement deux mineurs contre le gré de leurs parents et les ours de justice v'auront pas le droit d'intervenir.

8e Que les gouvernements n’ont pas le droit de laisser libres les prêts d’argent même sur les effets de commerce, et sont obligés cinoniquement, ou de

défendre de demander un intérêt, ou

d'établir des taux très restreints sans aucun égard à la demande ou a l'abondance des capitaux où aux circonstances du commerce.—Autrefois le prêt à intérêt était absolument prohibé comme péché mortel. Il y a là dessus plus de vingt décisions de Conciles et plus de cinquante décisions de Papes.

Aujourd'hui néanmoins on le tolère.

D'où vient cela? De ce que l’on n’a jamais compris, ni voulu comprendre, quand les laïcs l'ont expliquée, la philosophie du prèt-à-intérèt, c’est-à-dire les raisons de toutes sortes qui en démontrent la complète légitimité. Sur cette

question comme sur tant d'autres, la raison ecclésiastique a dû fini par reconnaître de fait la supériorité de la raison laïque, Mais le droit reste.

Ye Que d'après les bulles d’excommumivation des Papes et les commen: tateurs autorisés du droit canon, uu catholique n'est pas tenu de payer une dette à un hérétique, ou que Le Pape a le pouvoir de l'en dispenser, ou de lui défendre de payer cette dette :—Je serais curieux de voir le Nouveau Monde disséquer, ressasser et contourner cette chrétienne disposition du droit chrétien de manière à la rendre acceptable à la conscience des hommes :

100 Que le Pape a le droit de dispenser de l'accomplissement de tous serments quelconques, politiques ou civils ou privés; donc de dispeuse, les citoyens d'obéir à la constitution ou à La loi-—V, G. n'ignore pas combien souvent les Papes ont dispensé de leurs serments les Princes qui avaient juré de maintenir intactes [a constitution et les lois d’un pays.

{lo Que le Pape a le droit d'établir des tribunaux d'inquisition dans tous les états catholiques, que les gouvernoments y soient opposés où non :—je doute, Mgr., que les nations soient très disposéesaujourd'hui d'accepter l'Inquisition, celte perle du droit canon d'après le fringant abbé Morel; et cette sublime perfection morale, d'après les illustres tbéologiens de la Civiltà !!

120 Qu'il est légitime de priver de leur biens les enfants des hérétiques et de les enlever dans certains cas à leurs parents :—M'est avis qu'il ne serait pas absolument facile aujourd’hui de faire adopter ce détail de ce que le Nouveau Monde appelle le droit chrétien.

130 Que les gouvernements sont obligés, et peuvent être contraints par les censures ecclésiastiques, de refuser aux hérétiques l'exercice public de leur religion :

140 Que la crainte d'une excommunication injuste est une raison suflisante pour justifier un homme de violer un devoir:—Ainsi un législateur, s’il craignait d'être excommunié méme injustement, devrait voter contre les lois que sa conscience lui dicte; un juge

serait tenu de juger contre la loi; un tuteur ne devrait pas placer à intérêt les capitaux des miveurs dont il administre les biens :

150 Que les Ecclésiastiques sont essentiellement sujets du Pape et lui sont fondamentalement soumis en tout ordre de choses; et qu'ils doivent faire passer leur obligation de jui obéir passivement avant leurs droits on leurs devoirs de citoyens du pays de leur naissance, ou des pays où ils vivent sous la protection de la loi :—Toujours le droit chrétien du Nouveau Monde!

160 Que le Pape ne pouvant se réconcilier avec la Civilisation moderne et le progrès, il faut, chaque fois qu'un pape, ou un théologien qu'on nous qualifiera d’illustre, déclarera l’une des conquêtes de la civilisation hostile à la suprématie du Clergé sur le temporel, mettre cette conquète au panier et changer les lois qui déplaisent au Pape ou aux théologiens illustres ou non ! :

Voilà, Mgr. une très petite partie des conséquences qui découleraient pour un peuple de la reconnaissance du droit que réclame la Cour de Rome de

contrôler les gouvernements dans le détail infini de leurs devoirs et deleurs

attributions. Voilà ce qui nous arri.

verait si nous acceptions le droit chrétien que le Nouveau Monde nous offre en se donnant bien garde de le présenter tel qu’il est. V.G. croirait-elle vraiment qu'il existe un gouvernement au monde prêt à admettre toutes ou seulement quelques-unes de ces prétentions ? S'il est vraiment des ecclé siastiques, à Rome ou ailleurs, qui le pensent, cela ne fait que démontrer péremptoirement leur complête incompétence à régir les sociétés aussi bien que leur entière ignorance des vrais principes du droit public.

Ces prétentions n’excitent aujourd'hui que le rire. Malheur à ceux qui ne le comprennent pas!

Votre Grandeur croiraitelle aussi par hazard, que les laïcs prennent au sérieux cette tentative de l’Episcopat canadien recevant limpul sion de Rome—qui me fait un peu, entre parenthèse, l'effet de vouloir

faire ici des expériences in animd vili —-de souméttre les détails de nos ins-

titutions politiques, de notre iégisla.

tion et de notre politique locale, au contrôle des membres des congrégations romaines ? Si V. G. et surtout l’épiscopat canadien, le pensez, il est temps, je crois, que 1'on se détrompe.

Quel est l'homme sensé en Canada ou ailleurs qui consentira à regarder comme nécessairement sages les décisions d'hommes qui ne comprennent ni notre Constitution, ni le principe générateur de nos lois, ni les circonstances locales, ni les principes généraux de gouvernement ou d’administration, ni surtout les nécessités de l'époque ! Mais ces hommes sont ceux là même qui, avec la Civiltà Cuttolica pour organe officiel, commencent par nous signifier que nos Parlements et nos Municipalités sont d’horribles choses que l’on ne saurait comparer qu'aux os décharnés d'Ezéchie:!! Voilà les hommes dont on veut faire nos guides! Mais quand donc comprendra-ton, pour l'amour de Dieu, que des hommes qui nous affirment les mains jointes avoir renoncé au monde, et vou- Joir continuer de lui rester étrangers, quand donc comprendra t-on que ces hommes, pour ne pas fausser le plus simple bon sens, devraient aussi renoncer à régir le monde? Quoi! le monde n'est pas digne de vous et vous seuls devez le gouverner! N'y renoncez vous donc que de houche ? Toute votre conduite semble vraiment le démontrer !

Il ne faut pas prendre, Mgr. pour l'expression de l'opinion publique les hypocrisies de quelques journalistes

ui parlent de soumission entière aux “vêques s’il demandent telle loi qu’il leur plaira à la Législature, et qui nous affirment mème que c'est une obiigation d'aller au üevant de leurs désirs. Ces jeunes écrivains qui sortent tout frais de colléges où trop souvent on les persuade que l'homme n’a pas reçu une raison ponr s’en servir, ont adopté ce moyen de faire leur cour à la puissance ecclésiastique, qui ouvre tant de portes en Carada ! Ils font ainsi leur petite besogne d'avancement per-

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sonnel et mousser leurs petites combinaisons ambitieuses ; mais ils savent parfaitement que tout en flattant le Clergé dans ses convoitises de suprématie sur le temporel, les lois si libéralement offertes n’en passeront pas d'avantage. Plusieurs même éombattraient dernain ce qu'ils offrent aujourd’hui de bouche s'ils voyaient le moindre danger qu'on l’ob‘int. Tant qu’il n'existe pas, ils font leurs petites affaires d'ambition en offrant avec une libéralité infinie aux dépens d'autrui tout ce que le Clergé pourrait désirer.

Il en coûte si peu d'offrir pour se faire donner des bonnes notes, et avec la arfaite certitude que l'offre ne peut tre suivie d'exécution! Je ne comprends pas que le Clergé ne voie pas cela! Et pourtant voilà déjà plusieurs questions sur lesquelles ceux qui <vaient tant promis n'ont rien tenu!

Ils ont vécu de ia confiance du (lergé, et la seule force des choses les a rejetés dans une autre direction quand le Clergé a eu besoin d'eux!

Il n'existe pas un homme digne d’entrer dans un gouvernement qui consentizait à recevair sa direction des membres des congrégations romaines, dont quelques unes sont si décriées

ar leur arrêis ou par les opinions ou es décisions qu'elles ont émises à différentes époques. Ils ne faut pas avoir étudié beaucoup, Mgr, pour pouvoir citer une centaine de décisions de congrégations romaines qui fairaient rire méme le Clergé aujourd’hui.

Si l'on ne sait pas cela en Canada, c'est que personne n’étudie ces sujets.

Mais s’il fallait citer des faits, j'en ai un magasin, et sans avoir puisé chez les impies ou les ernemis. Et je les ai collectés et réunis parce que je vois clairement depuis vingt ans que tôt ou tard il faudra faire face avec énergie aux envahissements préparés de longue main de l’ultramontanisme, et le peindre par lui-même pour le faire connaître tel qu’il est. Presque ous ceux qui le représentent dans la presse portent un masque ; ne disent pas ce qu'ils savent quand ils ont étudié, ou sont ignorants quand ils croient ce qu'ils disent.

Et puis, Mgr., les voyageurs instruits qui vont à Rome et qui causent droit public avec les membres si vantés ici des congrégations romaines, sont tout stupéfaits de leur inantitude à saisir les plus simples questions de droit politique; de les voir si neufs sur tout le droit moderne et si arriérés, je dirais presque si rouilles, sur les questions économiques ou d'adininistration les plus ordinaires. Et où auraient-ils pu apprendre ces choses ? Ils ne lisent rien de ce qui se publie en Europe depuis cinquante ans et ils l'ont presque tous en horreur! Ils peuvent être très forts sur les livres et les sujets qu’ils ont étudiés, mais ils ont malheureusement étudié précisément ce qui les a éloignés du mouvement actuel des idées. Est-ce dans St. T} omas qu'ils ont pu trouver la solution, ou l’exemen, des questions sociales, économiques 0 1 industrielles qui ont surgi quatre siècles après lui? Evidemment, Mgr. il faut de deux choses l'une : ou être de sun époque ou ne pas chercher à la régir.

Non! Mgr. il faut renoncer à cette irréalisable idée de faire contrôler notre législation ou notre politique intérieure par les théologiens de Rome ou par les Evèques du pays. Des fourbes peuvent faire semblant de se montrer disposés à le permettre, mais personne n’y songe sérieusement, et trop souvent ce sont ceux-là qui le disent le

lus qui le pensent le moins. Et toute a différence entre moi qui vous parle ainsi et ceux qui vous tiennent un autre langage, c’est que je vous dis franchement ce qui est, pendant que les autres ne disent pas ce qu'ils pensent.

Ils trompent Vos Grandeurs, et quand ils disent oi, c’est pour se faire accepter du Clergé et se faire recommander au peuple, mais ils font non sous maiu et travaillent derrière le rideau en contre sens de leurs protestations.

Et ce qui le prouve, c’est que quand ils vous ont flattés pendant vingt ans, ils vous abandonnent au moment critique, comme cela vient de ce voir. Et c’est la seule force des choses qui les amène là. Ils ne peuvent pas faire ce qu'ils ont promis, et quand ils promet-

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tent quelque chose dans le sens cléri-| mais les Clergés ne s'arrêtent, même cal, ils savent qu’ils ne lexécuteront| devant les catastrophes qu'ils ont ren.

pas !

Et la raison en est toute simple, Mgr. Le monde ne saurait redevenir clérical après les terribles luttes qu'il a subies, les effroyables catastrophes par lesquelles il est passé pour s’affranchir de te joug. Et toute tentative que le Clergé fera pour obtenir le contrôle de la politique du pays aboutira fata.

lement à une déception au moment même où l’on croira tenir la chose tant convoitée.

Ma lettre, Mgr., dépasse de beaucoup les bornes que je m'étais *"escrites, mais il était, je pense, permis à un homme traité comme je l'ai été de faire un retour sur le passé ; de montrer où ont si gravement failli les hommes qui l’ont condamné avec bien plus de passion que de savoir ; de résumer les antagonismes ardents, les convoitises mal déguisées, les intrigues secrètes ou publiques, et surtout les fautes graves de ceux qui aspirent au contrôle universel et qui se contrôlent si peu eux mêmes qu’ils sont à couteaux tirés les uns avec les autres; de montrer enfin combien peu s’entendent entre eux les hommes qui se prétendent les seuls guides sûrs de Fin.

telligence publique, et dont les luttes tantôtsérieuses, tantôt risibles, font que les fidèles ne savent plus à quel saint, ou plutôt à quei Evêque, se vouer.

J'ai montré au Clergé où il s'égare certainement. Je n’ai pas la suffisance de croire que je serai écouté ; car toute l'histoire est là pour montrer que ja-

dues imminentes. Ils popsenn partout leurs avantages jusqu'à ce qu'ils soient brisés. Alors ils crient au malheur des temps quand ils devraient pe se repentir que leur propre orgueil de corps, de lenr soif inextinguible de domination et de leur invincible opiniâireté.

Je sais bien qu’en faisant entendre les vérités que j'ai dites, je me suis suscité quelques haïnes de plus. Je ‘sais que l’on ne raisoune pas avec l'ultramontanisme qui est l'intolérance en essence ; qui ne permet à personne de penser en dehors du cercle si restreint de l'index,et qui veut que chaque citoyen soi. Aans la main du prêtre ce qu'est l'enfant de coilége dans la main du professeur, ou le moine devenu cadavre (perindè ac cadaver) dans la main de son supérieur; mais j'ai Cru qu’il était bon de remettre un peu sous les yeux d’un Evêque Canadien les graves considérations que suggère l’état singulier où l’on a fait arriver le pays par une pressio volitico ecclésiastique, pression :!": ‘reusement se résume aujourd uui dans le plus parfait brouhaha clérical que l’on ait encore vu ici et qui s’est ainsi nullifiée elle-mème.

J'ii l'honneur d’être, Monseigneur, De Votre Grandeur, Le serviteur très obéissant et très humble, L. A. DESsAULLES.

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